Vision à distance et espionnage extrasensoriel

Ce texte est relatif à ce que l’on appelle, en parapsychologie, la vision à distance, une forme de clairvoyance permettant de décrire ce qui se passe dans des lieux éloignés.

 

 Livre Drouot 2LLivre Drouot 5es éditions du Rocher ont publié, en 2005, un livre de Jim Schnabel paru aux Etats-Unis en 1997 : « Espions Psi ». Cet ouvrage est consacré à l’histoire de l’espionnage militaire extrasensoriel américain. Il s’agit du livre de référence indispensable pour toute personne intéressée par ce sujet. Le livre est préfacé par Patrick Drouot, un auteur bien connu en France pour son exploration des états modifiés de conscience et des thérapies « vibratoires » (avec ‘‘lecture’’ des corps énergétiques). Il a notamment procédé à des recherches sur les « vécus antérieurs » (accès aux mémoires de vies antérieures) de nombreuses personnes.

Sur le plan historique, on peut noter que les Israélites de l’Ancien Testament auraient utilisé militairement les dons de l’un de leurs prophètes, Elisée. Les Grecs avaient leurs oracles, et l’espion élisabéthain John Dee consultait des médiums et questionnait des « anges », voyant tout à travers sa boule de cristal. (1)

 

I. GONDOLA WISH et GRILL FLAME :

Dans son livre, Jim Schnabel a détaillé l’implication de divers personnages dans les recherches sur la vision à distance.

Skip Atwater et Paul SmithMel Riley fut muté, en 1976, à Fort Meade (Maryland), et Skip Atwater, un officier sorti de l’école d’espionnage de Fort Huachuca (Arizona), arriva à Fort Meade au cours de l’été 1977. Skip Atwater hérita du bureau du colonel Kowalski, les deux hommes s’intéressant fortement aux phénomènes psi. Et la mère de Skip Atwater croyait fortement dans le paranormal et le « surnaturel ». Au cours de son adolescence, il avait semblé être capable de sortir de son corps, et au début de sa carrière militaire il avait entendu parler des recherches psi faites dans les pays de l’Est, dont l’Union Soviétique. Il apprit aussi que la recherche psi de la CIA avait été entreprise dès 1972, au Stanford Research Institute (SRI), Menlo Park (Californie). Les chercheurs du SRI s’étaient concentrés sur la clairvoyance à des fins d’espionnage : la « vision à distance » (‘‘Remote Viewing’’ ou RV). Skip Atwater proposa au colonel Robert Keenan qu’une petite équipe de RV soit réunie, ses membres pouvant être recrutés parmi le personnel du renseignement militaire.

 Le projet de Skip Atwater reçut initialement le nom de code : GONDOLA WISH. Skip Atwater et le major Scotty Watt sélectionnèrent les candidats, parmi lesquels figuraient Mel Riley et Joe McMoneagle. Le groupe qu’ils sélectionnèrent était composé en grande partie de ‘‘photo-interprètes’’. L’un des individus sélectionnés avait, en 1975, expérimenté une sortie hors du corps au cours de laquelle il avait rencontré une sorte d’entité lumineuse, aimante et bienveillante, qui l’avait bouleversé.

Mel RileyLa première séance de RV fut réalisée par Mel Riley : une « RV mobile » au cours de laquelle un expérimentateur « mobile » (ici : Scotty Watt) se dirigeait vers un site choisi au hasard. Le « visionneur à distance » devait décrire l’environnement du sujet mobile en faisant des croquis spontanés et en verbalisant les impressions venant à la conscience. Mel Riley identifia certains éléments de la cible, mais pas très précisément. Les six membres les plus prometteurs de l’équipe se rendirent sur le campus du SRI (Melo Park, Californie) pour des expériences de RV mobiles.

Mel Riley

 

 

Un jour, on demanda à Mel Riley de « cibler » Scotty Watt. Mel Riley eut un goût de chocolat en bouche et il vit un bocal de verre plein de pièces de monnaie. Puis il sentit une route et un groupe de voitures. Scotty Watt emmena Skip Atwater et Mel Riley sur le site/cible, une concession Volkswagen, le long d’une grande route à quelques kilomètres de Fort Meade. Au début de la séance, Scotty Watt s’était trouvé dans une supérette où il avait acheté et mangé une barre de chocolat, un bocal plein d’argent se trouvant sur le comptoir près de la caisse.

Skip Atwater essaya de gagner la loterie du Maryland, mais les ‘‘visionneurs’’ échouèrent. Mel Riley et Joe McMoneagle ne purent non plus découvrir un trésor qui aurait été enterré quelque part en Virginie.

Le major général Thomson essaya, lui, de « visualiser » à distance le major Stone. Thompson eut l’impression de « voir » le Lincoln Memorial sur le Mall, près du Capitole. Or, le major Stone s’était rendu à la gare d’Alexandria, à plusieurs kilomètres au sud du Pentagone. Mais, sur le site, Thompson put voir, à quelques centaines de mètres, un autre bâtiment, le Temple maçonnique, avec une pièce d’eau, et dont l’apparence correspondait à ce qu’il avait « vu ». Thompson conclut qu’il s’était focalisé sur le Temple et qu’il l’avait pris par erreur pour le Lincoln Memorial. Quelques semaines après, à bord d’un avion, Thompson réalisa, en passant au-dessus d’Alexandria, que ce qu’il voyait était une version plus claire de ce qu’il avait entraperçu pendant la séance de RV.

Fin 1978, GONDOLA WISH connut une transformation grâce à ce qu’un mémo ultérieur de l’armée appellera « des résultats préliminaires et un haut degré d’intérêt ». L’unité fut alors connue sous le nom de « Service d’action spéciale », et le nom de code fut remplacé par GRILL FLAME. GRILL FLAME était un programme secret lancé par le Pentagone sous la direction du major général Thompson, chef d’état-major adjoint de l’armée, chargé du renseignement. L’unité comportait quelques ‘‘remote viewers’’(‘‘visionneurs’’ à distance) sous la direction de Frederick Holmes Atwater (dit Skip). On demanda à cette unité spéciale du renseignement militaire de prédire la zone de chute de “Skylab” (dont on attendait le retour en juillet 1979). L’adjudant-chef Joe McMoneagle visualisa la station orbitale tomber dans le Pacifique Sud entre l’Australie et l’Indonésie. Quelques semaines après, “Skylab” rentra dans l’atmosphère au-dessus de l’Australie orientale… Voici d’autres cas :

– Premier cas. Un avion de chasse A-6 de la Navy avait été perdu quelque part dans le monde. Ken Bell décrivit une zone boisée et les vestiges noircis de l’appareil et de l’équipage. Plusieurs fois au cours de la séance, il capta le mot « bald » (chauve). Plus tard, Skip Atwater découvrit que l’avion s’était écrasé sur le flanc d’une colline dans la chaîne montagneuse des Blue Ridge Mountains (une partie des Appalaches, Virginie), la colline s’appelant “Bald Knob” (« Mont Chauve »).

– Deuxième cas. Un hélicoptère américain était tombé dans un coin perdu du Pérou. Ken Bell se vit dans les hauteurs des Andes, sur le site du crash, avec le pilote et le copilote morts, brisés et brûlés. Ken Bell se mit à sangloter sans pouvoir se contrôler et la séance dut être interrompue.

– Troisième cas. On fournit à Skip Atwater le nom du ‘‘case officer’’ (officier traitant en charge d’une affaire) d’un agent en place dans un pays de l’Europe de l’Est, ainsi qu’une date et une heure, cet agent devant passer un test au détecteur de mensonges. Le fonctionnaire de la CIA qui avait apporté cette mission voulait que les « visionneurs » espionnent le ‘‘case officer’’ à ces date et heure, sachant qu’il se trouverait à ce moment avec l’agent. Joe McMoneagle décrivit deux hommes réunis dans un restaurant et le porte-documents que l’un des deux – l’agent – avait avec lui et dans lequel se trouvait, dit Joe McMoneagle, beaucoup d’argent. Une semaine environ après, l’examinateur rencontra l’agent pour son test et demanda à ce dernier s’il pouvait lui parler de tout l’argent qu’il transportait dans sa mallette la semaine dernière. L’agent, stupéfait, demanda comment il pouvait savoir cela.

– Quatrième cas. Dans les années 1980, Norm Everheart, un spécialiste des opérations techniques de la CIA, apporta une photographie à Fort Meade, représentant une « cible », celle d’un « clandestin » du KGB, un agent infiltré qui avait pris une identité étrangère. On pensait qu’il recevait ses instructions par une radio à ondes courtes, grâce à une sorte de code. Comment l’homme décodait-il ses messages ? Ken Bell décrivit un homme, dont les habits ressemblaient plutôt à des pyjamas gris, assis dans un appartement au deuxième étage d’un bâtiment, dans une ville bordée par une grande quantité d’eau. Cet homme se trouvait avec deux autres, habillés plus normalement. Le duo ne parlait pas la même langue que l’homme interrogé, lequel était résolu à ne pas parler. Sur la suggestion de Skip Atwater, Ken Bell essaya de soutirer télépathiquement les informations dissimulées, mais sans succès. Jim Morris, l’homme du contre-espionnage, confirma cependant tout : la pièce au deuxième étage, les vêtements gris, les deux interrogateurs.

Jim Morris donna à Norm Everheart les noms russes du fils et de la fille de l’agent du KGB. Lors d’une autre séance de visualisation, Ken Bell lui « parla » télépathiquement de ses enfants, et l’agent « répondit », disant que c’était censé être sa dernière mission, qu’il était sur le point de rentrer en URSS. Ken Bell apprit qu’il avait une calculatrice de poche (ce que Mel Riley apprit aussi). Or, Norm Everheart savait que les calculatrices de poche, modifiées ou équipées de puces de cryptage, étaient communément utilisées par les clandestins du KGB pour coder et décoder les messages. Norm Everheart rapporta l’information au QG de la CIA et la transmit à Jim Morris. Les agents du contre-espionnage sud-africain qui avaient suivi les interrogatoires de l’homme du KGB finirent par admettre qu’on avait découvert une calculatrice dans les affaires du Russe. Il n’a cependant pas été possible de confirmer si celle-ci a pu être utilisée pour décoder des messages.

– Cinquième cas. Une autre fois, Joe McMoneagle décrivit un crash aérien et repéra une personne suspecte ramassant une pièce de la carcasse et la dissimulant. Le sergent Mel Riley, lui, décrivit une forme volante aux ailes en forme de chauve-souris avec un cockpit bulbeux… Des années plus tard, Skip Atwater vit un reportage sur le nouveau bombardier furtif B-2. Mel Riley était donc parvenu à « voir » l’un des programmes les plus secrets du Pentagone. Les « cordes de lumière » perçues correspondaient aux fils de contrôle en fibres optiques.

– Sixième cas. A la fin de l’été 1979, Mel Riley et Joe McMoneagle visualisèrent le dispositif nucléaire chinois à Lop Nor. Joe Mc Moneagle dessina un diagramme détaillé d’un engin, incluant, en son centre, le même objet en forme de sablier que Mel Riley avait décrit. Ken Bell, le troisième « visionneur », décrivit aussi l’engin. Skip Atwater rédigea un rapport de synthèse des séances et le transmit aux officiers de l’Air Force qui avaient mandaté l’opération. Il apparut que l’objet en forme de sablier était un élément conceptuel que, croyait-on, les Chinois n’avaient pas été capables d’incorporer dans leurs bombes. Mel Riley fut rappelé pour une autre séance au cours de laquelle il perçut un grand désert lugubre et une série de grands cercles concentriques (faisant des kilomètres de diamètre) qui partaient d’un point central marqué par une tour ou quelque autre objet. Il sentit un avion, une bombe lâchée et puis… rien. Joe McMoneagle décrivit une « explosion démentielle », mais il pensa que cette explosion, non nucléaire, fut un échec. La tâche avait été déclenchée parce que l’espionnage américain (satellites espions, avions de reconnaissance U-2…) n’était pas parvenu à détecter une explosion nucléaire sur le site d’essai de Lop Nor le jour où l’essai était prévu. Les données des « visionneurs à distance » avaient suggéré une raison évidente à cette absence d’explosion nucléaire : la bombe avait explosé, mais le processus nucléaire n’était pas parvenu à s’enclencher. Les officiels américains utilisèrent d’autres sources de renseignement qui leur permirent d’apprendre que le parachute de la bombe ne s’était pas ouvert, que la bombe s’était enfoncée dans le sol et que les détonateurs s’étaient mal déclenchés.

– Septième cas. Certaines tâches de l’unité concernaient des cibles « domestiques ». Les responsables militaires voulaient savoir si leurs programmes secrets pouvaient être pénétrés par des « visionneurs ».

Une photo en noir et blanc montrait ainsi un hangar d’avions sur une base non précisée, l’armée ayant caché un char XM-1 expérimental à l’intérieur du bâtiment. On espérait que les autres hangars environnants, qui contenaient vraiment des avions, pourraient tromper les « visionneurs » en leur faisant rater la cible.

Joe McMoneagle décrivit un instrument de type clavier relié à une sorte d’ordinateur. Un système optique était aussi concerné. Il vit de gros obus, puis le char d’assaut. Il dessina un croquis détaillé « digne d’un ingénieur, avec un diagramme en coupe du système de visée laser, du stockage et du chargeur des munitions, les verrouillages de la tourelle, le bloc canon principal et le blindage high-tech spécial ». (2)

 

1. Talents spécifiques et limites du psi :

Les séances RV aussi précises que celle de Mel Riley et du bombardier furtif, ou de Joe McMoneagle et du char XM-1, ne survenaient évidemment pas tous les jours, les mauvaises séances étant au moins aussi nombreuses que les bonnes.

Certains « visionneurs » avaient des talents spécifiques. Ken Bell pouvait se connecter sur des « cibles » humaines, surtout des personnes souffrantes ou disparues, en captant leurs préoccupations et intentions… Mel Riley avait un don artistique (avec restitution très détaillée sur le papier). Hartleigh Trent était très bon pour trouver la direction de la cible… Joe McMoneagle pouvait dessiner les détails de cibles technologiques. Il pouvait parfois capter les rayonnements des fréquences radio – émanant par exemple d’une antenne radio – sous la forme d’une flamme orange.

Le psi avait des limites. Les nombres et les lettres – comme un prochain tirage de loto ou un nom sur un document secret – étaient presque impossibles à visualiser précisément. Les chercheurs du SRI pensaient que cette limite était en relation avec la manière selon laquelle les données psi parvenaient au cerveau. Les objectifs visuellement spectaculaires dont les emplacements étaient fixes, depuis longtemps, étaient généralement les plus faciles à visualiser. (3)

 

2. Vision à distance d’ambassades et de sites :

La CIA, les équipes d’opérations spéciales de l’armée, et même l’unité de commando Delta Force du Pentagone, ont demandé à Mel Riley, à Joe McMoneagle, et aux autres, de dresser un plan de l’intérieur d’ambassades et autres sites autour du globe, les cartes fournies étant comparées à ce que l’on savait de l’intérieur des édifices. Les cartes avec des informations psi raisonnablement précises pouvaient être utilisées pour guider les équipes qui allaient s’introduire dans les bâtiments afin d’installer des dispositifs d’écoute, dérober des informations ou effectuer ce qui devait être fait.

En 1980, un objectif fut amené par un officier de liaison de GRILL FLAME appartenant à la NSA, lequel avait apporté une photo de l’extérieur d’un consulat américain dans le secteur méditerranéen. La NSA voulait savoir comment des informations semblaient sortir du consulat au profit des Soviétiques. Joe McMoneagle dressa la carte d’un secteur particulier du consulat en disant qu’il y voyait une émanation en forme de flamme, quelque sorte de signal électromagnétique inhabituel, provenant d’un mur d’un certain corridor, derrière un distributeur d’eau fraîche. Joe McMoneagle découvrit un appartement de l’autre côté de la rue, lequel avait un halo inhabituel d’émanations électromagnétiques. Il s’agissait du poste d’écoute soviétique, électroniquement connecté au signal provenant du micro dissimulé dans le consulat. Joe McMoneagle précisa qu’il y avait, en dessous du poste d’écoute, un autre appartement avec d’étranges émanations, des Américains y étant présents. Or le jour, ou presque, où l’homme de la NSA avait confié cette tâche aux « visionneurs », une équipe d’enquête de la NSA dépêchée au consulat avait découvert le poste d’écoute soviétique. L’équipement de réception soviétique était si mal conçu qu’il retransmettait par inadvertance les signaux qu’il récupérait du micro dans le consulat, et les Américains que Joe McMoneagle avait détectés dans l’appartement inférieur étaient les membres de l’équipe de la NSA occupés à écouter… les écouteurs. (4)

 

3. Voyages dans le temps :

Les « visionneurs » pouvaient aussi « voyager dans le temps ». Parfois, ils arrivaient dans le passé alors qu’ils avaient été envoyés dans le présent.

Voici un cas de perception du futur. Don Porter, un ami de Skip Atwater, travaillait pour l’INSCOM, à Arlington Hall. Il devait participer à des négociations secrètes entre des officiels militaires et civils des deux Corées, dans une ferme située dans la zone démilitarisée. Don Porter voulait que les « visionneurs » se rendent dans la ferme une semaine plus tard environ, au moment des entretiens, et qu’ils « pénètrent » à l’intérieur du cerveau des délégués nord-coréens. Mais chaque « visionneur » produisit un résultat différent et aucun ne décrivit une rencontre, même pas une ferme ou la campagne coréenne. Don Porter alla en Corée et apprit que les Nord-Coréens avaient annulé la rencontre !

Au début des années 1980, la CIA demanda aux « visionneurs à distance » de vérifier le nouveau bâtiment de l’ambassade américaine à Moscou pour détecter d’éventuels micros soviétiques. Le nouvel édifice n’en était qu’aux premiers stades de sa construction, et la CIA voulait que les « visionneurs à distance » se projettent dans l’avenir pour voir le bâtiment après son achèvement prévu quelques années après. On demanda aux médiums de découvrir quelles pièces de l’ambassade achevée auraient des micros et où ceux-ci allaient être placés. Ils trouvèrent de nombreux micros dans les murs préfabriqués, certains étant réels, d’autres n’étant que des leurres. Joe McMoneagle décrivit des poutrelles d’acier et des barres de renfort soudées les unes aux autres de manière à servir d’antenne géante pour les micros. Le plus étrange, pour Skip Atwater, c’était qu’à mesure que les « visionneurs » avançaient dans le temps, année après année, les données commençaient à partir dans toutes les directions, aucun des « visionneurs » ne s’accordant sur quoi que ce soit. L’un d’eux, à qui on avait demandé de voir l’ambassade au milieu des années 1980, décrivit une confortable maison de grès brun, avec un feu dans la cheminée. Un an ou deux ans après, en 1983, une équipe mixte CIA/NSA amena une machine à rayons X sur le site du chantier pour sonder les murs. En « protestation », les Soviétiques annoncèrent qu’ils abandonnaient le travail. La CIA découvrit que la structure était truffée de milliers de micros et de leurres métalliques ! On trouva aussi les poutrelles soudées en forme d’antennes, comme Joe McMoneagle les avait décrites, en plus des micros reliés au système électrique et des micro géants que l’on pouvait faire fonctionner grâce à des micro-ondes émises de l’extérieur ! A la fin des années 1980, un consensus semblait s’être fait autour de l’idée d’abattre l’édifice, ce qui explique évidemment pourquoi les médiums avaient eu tant de mal à visualiser le futur de l’ambassade, l’édifice n’ayant pas d’avenir. Fin 1994, cependant, le Congrès approuva un budget de 240 millions de dollars pour un nouveau plan de reconstruction… (5)

 

4. Le char russe :

Lors d’une séance RV, Mel Riley vit un char d’assaut sur un “wagon-plateforme”. Il le dessina. C’est ce qu’avaient espéré entendre ceux du Département de la Défense. Il s’agissait, en fait, d’un char russe T-72. Hartleigh Trent essaya de se concentrer sur l’objet décrit dans l’enveloppe – le char -, cette fois quelques jours de plus dans l’avenir. Hartleigh Trent se retrouva sur un navire en mer. Il vit, dans la cale, un tank et ce qui ressemblait à des parties d’avion. Joe McMoneagle et Ken Bell décrivirent des scènes semblables.

L’unité continua de surveiller le marchand d’armes et le voyage du char au cours des jours suivants, mais en « temps réel », pas en se projetant dans l’avenir.

« Ils virent le char partir par rails, puis arriver dans un port et chargé dans la cale d’un navire. Le navire prit le large avec à sa tête ce que Riley prit pour un capitaine grec.

Un jour, McMoneagle visualisa le bateau, avec Atwater pour moniteur. Il sentit que là où se trouvait le cargo (probablement dans la mer Noire ou la Baltique) il faisait nuit. Il sentit aussi que le navire était à l’arrêt. Il ne savait pas si ce qu’il voyait venait de se produire ou allait survenir, mais c’était très net. Le premier navire fut abordé par des hommes en noir, comme dans un de ces films sur les commandos de la Seconde Guerre mondiale. Ils venaient d’un second navire qui se trouvait à proximité. Les hommes tenaient le capitaine en joue. Il avait les mains en l’air. L’autre bateau vint se placer bord à bord, lança une grue dans la cale et hissa le container qui renfermait le char. Ils étaient en train de voler le chargement de plusieurs millions de dollars du Pentagone, juste comme ça.

McMoneagle commença à se concentrer sur le capitaine du premier navire, celui qui était tenu en joue. Il décida de tenter de l’interroger ‘‘télépathiquement’’. ‘‘Que se passe-t-il ici ?’’, demanda-t-il à l’officier. A sa surprise, le capitaine ne semblait pas du tout impressionné par les armes du commando. Tout se passait comme prévu. L’abordage avait été strictement mis en scène, probablement pour couvrir la piste du général qui vendait le char. Atwater et McMoneagle ne découvrirent jamais si les ‘‘pirates’’ étaient des soldats américains des Forces spéciales, des hommes du marchand d’armes ou même des marins roumains ou polonais.

Mais ils découvrirent une chose : quelques semaines plus tard, un navire qui arrivait d’un port du Proche-Orient remonta la baie de Chesapeake et déchargea une cargaison spéciale dans le centre d’études des chars d’assaut de l’armée, à Aberdeen Proving Grounds : un T-72 soviétique flambant neuf. » (J. Schnabel) (6)

 

5.  Joe McMoneagle :

On reconnut que Joe McMoneagle était le meilleur « visionneur » de l’unité. En 1957, alors qu’il était âgé de 11 ans, et qu’il campait avec un groupe d’amis près d’une orangeraie en Floride, il ouvrit les yeux alors que quelqu’un lui tapotait l’épaule. Il vit une étrange femme, semblable à un fantôme, qui flottait dans l’espace près de l’arbre. Elle lui prit doucement le bras et il se mit à flotter près d’elle. Ils se trouvèrent dans une clairière, et la femme se mit à lui parler de l’avenir, lui disant qu’il rejoindrait l’armée et qu’il participerait à une guerre lointaine. Elle dévoila l’avenir de Joe jusqu’en 1970 environ. Puis il se réveilla. Huit ans après, il s’engagea en effet dans l’armée.

 Moneagle 4  Moneagle 1  Moneagle 2

Une nuit, en octobre 1965, sur l’île d’Eleuthera aux Bahamas, Joe Mc Moneagle vit un grand OVNI discoïdal intensément lumineux. Ce dernier plana, sauta vers une autre position, se déplaça ainsi 6 ou 7 fois, puis partit silencieusement au-dessus de l’Atlantique. Le lendemain matin, Joe McMoneagle et son ami se sentirent malades. Ils avaient attrapé des coups de soleil, avaient la curieuse impression d’avoir du sable dans les yeux, et ils conservèrent plusieurs jours des symptômes grippaux.

En 1966, Joe McMoneagle fut envoyé au Vietnam. Depuis qu’il avait rejoint l’armée à 18 ans, il avait fait un cauchemar récurrent au cours duquel il était enveloppé d’une sorte de lumière blanche. Il croyait que cette lumière signifiait la mort. Quand son avion atterrit sur la base militaire de Bien Hoa, en périphérie de Saïgon, il eut une vision différente : il se vit quittant le conflit vivant et indemne, et il se voyait quitter le Vietnam dans un avion jaune canari. Ses camarades notèrent qu’il semblait fréquemment anticiper les attaques, à tel point que, chaque fois qu’ils le voyaient replier son fauteuil, ils arrêtaient tout ce qu’ils faisaient et filaient aussi vers leurs bunkers respectifs. L’avion qui le ramena chez lui était jaune canari.

Un jour, dans un village autrichien, Joe McMoneagle eut une attaque cardiaque. Il sortit de son corps et vit son corps physique sur lequel son ami tentait des massages cardiaques. A chaque pression sur la poitrine, il sentait une sorte de déclic, comme un coup de poignard douloureux et, pendant un instant, il revoyait à travers ses véritables yeux avant de retourner dans sa position d’observateur spectral.

« Quand les secours arrivèrent et mirent le corps dans l’ambulance, le fantôme de Joe se mit à voler près du véhicule, suivant les lignes électriques le long de la route et accompagnant le convoi jusqu’aux urgences d’un hôpital. Quand le personnel médical commença à appliquer les défibrillateurs sur son corps, McMoneagle se mit à vivre une expérience de mort imminente (EMI) avec tous les détails caractéristiques. Il se sentit avancer dans un tunnel. Une lumière blanche l’enveloppa, cette même lumière qui apparaissait dans ses cauchemars récurrents, mais ce n’était pas la mort. C’était Dieu, irradiant un amour inconditionnel. Dieu dit à Joe de retourner dans la réalité physique. Il n’allait pas mourir. Joe résista – il se sentait simplement bien là où il était -, mais la scène s’évanouit et il se redressa sur son lit d’hôpital, pleurant et souhaitant repartir.

Il n’y avait aucune trace de dommage sérieux sur les scanners de son cerveau, mais, progressivement, McMoneagle eut l’impression d’être une nouvelle personne. Quand il parlait à quelqu’un, il avait l’impression de suivre une conversation sur deux pistes : une piste “oralo-auditive” et une piste télépathique. S’agissait-il simplement de voix dans sa tête ? Devenait-il fou ? La réalité et l’imagination paraissaient s’entrechoquer partout. Il pouvait s’allonger sur le canapé de son salon pour une sieste – et soudain il se retrouvait “re-localisé” avec une netteté de cinéma en Technicolor sur une plage des mers du Sud ou dans un désert, ou même, une fois, dans un temple au Japon, où il flottait entre les arbres, fasciné par les craquements de la roue d’une brouette poussée sur un chemin poussiéreux.

Comme beaucoup d’autres personnes ayant vécu une EMI, McMoneagle vit sa conception du monde changer spectaculairement dans un sens plus mystique et plus spirituel. » (J. Schnabel)

Fin 1977, il travaillait pour l’INSCOM à Arlington Hall quand il fut recruté pour GONDOLA WISH. Il pouvait rester dans un état de semi alerte alors qu’il descendait dans un état de conscience onirique, et ses RV avaient un réalisme et une consistance narrative remarquables. Il pouvait généralement raconter et dessiner ce qu’il avait vu dans les moindres détails, et pendant la séance il pouvait parfois décrire des scènes comme s’il était en train de regarder un film.

Il y avait parfois, cependant, d’étranges distorsions perceptuelles qui s’immisçaient dans son interprétation. Vers 1980, un client de la communauté du renseignement voulut que les « visionneurs » suivent les mouvements d’un agent étranger basé en Europe, environ toutes les 12 heures, sur une période de plusieurs jours dans un passé récent. Joe McMoneagle vit une route sinuant à travers des collines. La « cible », un homme aux cheveux sombres, conduisait une voiture sur cette route. Après environ 5 minutes de séance, Joe McMoneagle fut quelque peu désorienté par quelque chose : l’individu allait quelque part où Joe McMoneagle ne pouvait pas aller. C’est, précisa-t-il, comme s’il était en train de regarder la photo du type et que celle-ci avait été retournée. L’objectif s’était soudainement évanoui. Skip Atwater apprit que l’homme de la photo n’était pas venu à un rendez-vous avec son “case officer”. C’est la raison pour laquelle on avait voulu retrouver sa trace. Quelque temps après, le client découvrit que lors de la vision de Joe McMoneagle, l’homme avait perdu le contrôle de sa voiture sur une route sinueuse d’Italie et qu’il avait trouvé la mort après avoir plongé d’une falaise avec son véhicule.

Voici un autre cas, celui d’un agent du FBI confronté à un problème de contre-espionnage. Lors de la « visualisation », Joe McMoneagle vit un homme, habillé en complet, conduisant une voiture et arrêté par un policier. Cet homme parlait russe et il avait, sur son siège arrière, une canne à pêche. Cet homme se rendit dans une zone boisée bordant une installation militaire sensible, entourée par un grand périmètre de hautes clôtures. A un endroit, l’enceinte était interrompue par un bâtiment élevé, et à environ cinq mètres de haut sur le mur extérieur de celui-ci il y avait un élément de maçonnerie mobile. L’homme du KGB marcha jusqu’au bâtiment et assembla sa canne à pêche qu’il utilisa pour atteindre et déloger un petit paquet qu’un agent américain au service des Soviétiques – travaillant probablement là – avait coincé dans le mur près du bloc de pierre mobile. On pensa qu’il y avait erreur, car dans les autres cas où des cannes à pêche étaient apparues, elles semblaient abriter quelque appareillage électronique sophistiqué. Or, ici, la canne n’était qu’un moyen mécanique pour atteindre ce que les espions appelaient une « boîte aux lettres mortes », un endroit secret où les agents dissimulaient des films ou d’autres documents que leurs “case officers” allaient pouvoir récupérer.

« Malgré cela, Everheart transmit l’information à son contact du FBI. Plus tard, il apprit que le FBI avait repéré le site près de l’installation militaire. Et ils avaient vu l’officier du KGB utiliser la canne pour récupérer quelque chose dans une fissure implantée haut sur le mur de l’édifice. » (J. Schnabel)

Comme tous les autres « visionneurs », Joe McMoneagle avait une série de « codes » à trois chiffres qui lui avaient été attribués de manière aléatoire. Pour toutes les séances de RV, qu’il s’agisse de séance d’entraînement ou de séance opérationnelle, il devait en utiliser un pour s’identifier. Sous l’administration Carter, le NSC (National Security Council) connaissait surtout Joe McMoneagle comme le « visionneur » 518, grâce à une série de séances sensationnelles qu’il avait effectuées sous ce code.

A cette époque, l’effectif du Conseil de Sécurité Nationale comprenait un capitaine de corvette de la Navy appelé Jake Stewart, un supporter enthousiaste de GRILL FLAME. En septembre 1979, Jake Stewart apporta une série de photos prises par un satellite espion KH-9, lesquelles représentaient un grand complexe industriel au bord de l’eau, quelque part au nord de la Russie. Skip Atwater découvrit plus tard que les installations se trouvaient dans le port de Severodvinsk, sur la mer Blanche, juste en dessous du Cercle arctique. Le NSC voulait savoir ce qui se passait à l’intérieur d’un bâtiment, le 402, autour duquel des constructions étaient en cours. Ce bâtiment faisait plus de 400 mètres de long de chaque côté.

Lors de la première séance, Joe McMoneagle se sentit dans un lieu désagréablement froid, sur une colline ou une montagne…

Lors de la deuxième séance, il vit de grands bâtiments, des cheminées, et à côté une mer semi gelée. Skip Atwater lui montra alors la photo satellite et lui demanda de pénétrer à l’intérieur du bâtiment indiqué par Jake Stewart. Joe McMoneagle, en transe, se retrouva à l’intérieur de ce bâtiment. L’endroit, bruyant, semblait divisé en plusieurs niveaux, avec de grandes plaques ou des échafaudages partout, des poutrelles et des lumières ‘‘flashantes’’ bleutées, ces dernières étant identifiées aux arcs de chalumeaux. Après la séance, Joe McMoneagle dessina ce qu’il avait vu.

Lors de la troisième séance, Joe McMoneagle vit, dans une grande zone du bâtiment, un sous-marin apparemment en réparation. Dans un deuxième secteur il y avait une pile de matériaux de construction, et dans une troisième zone, la plus grande, il y avait un très grand sous-marin en construction. Le “visionneur” décrivit la queue de l’engin, un pont arrière très long et très plat, un kiosque et une ligne de tubes lance-missiles couplés, épousant des angles inhabituellement inclinés par rapport à la verticale. Sorti de sa transe, Joe McMoneagle dessina ce qu’il avait vu. Sur les croquis, il y avait neuf ou dix paires de tubes. Le sous-marin transporterait donc dix-huit ou vingt missiles. Conjointement à Hartleigh Trent (qui travaillait aussi sur cette cible), Joe McMoneagle décrivit un nouveau type de mécanisme de propulsion du sous-marin, une inhabituelle double coque et des détails des techniques particulières de soudage utilisées par les Soviétiques.

Afin de déterminer quand ce grand sous-marin allait être lancé, Joe McMoneagle dut avancer dans le temps, mois après mois. Il vit les Soviétiques dynamiter et dégager au bulldozer un chenal partant de l’usine pour rejoindre la mer. A un moment du quatrième mois, le sous-marin fut mis en eau dans ce canal artificiel, avant de procéder à des essais en mer.

Les photos satellites prises en janvier 1980, environ quatre mois après la dernière séance du « visionneur », montrèrent le nouveau sous-marin, de la classe Typhon, à quai. Il avait vingt tubes inclinés pour les missiles balistiques et un grand pont arrière plat. Juste à côté de lui, il y avait le sous-marin plus petit qui avait été en réparation, un submersible d’attaque de classe Oscar.

« L’affaire souleva un vif débat au sein du NSC quant à la valeur de la RV. Certains, comme Robert Gates, un jeune analyste spécialiste des Soviétiques détaché de la CIA, était radicalement sceptique, disqualifiant les informations fournies en disant qu’elles étaient sommaires, sans intérêt, invérifiables, et même qu’il s’agissait simplement d’un coup de chance. Mais d’autres, comme Jake Stewart, y croyaient. En ce qui les concernait, Joe McMoneagle – le Viewer 518 – était un atout de valeur pour les Américains, aussi proche du ‘‘parfait espion’’ psi que l’Amérique pouvait le souhaiter. » (J. Schnabel) (7)

 Moneagle 5    Moneagle 3

 

 6. Les otages de Téhéran :

Le 4 novembre 1979, une foule iranienne déchaînée envahit l’ambassade américaine dans le centre de Téhéran, prit ses occupants en otage et réclama que le Shah leur soit livré. Fin 1979/début 1980, le Pentagone et le Conseil de Sécurité Nationale demandèrent aux « visionneurs » de fournir des informations sur les otages, leurs conditions physiques et mentales, les apparitions et les attitudes de leurs geôliers, et la description des bâtiments où ils étaient gardés prisonniers.

Les « visionneurs » travaillaient sans relâche, mais ils eurent de plus en plus de mal à voir quoi que ce soit d’autre que les otages américains et les mêmes têtes de gardes iraniens barbus. Et quand le printemps vint, ils décrivirent de plus en plus des sites n’ayant plus rien à voir avec les otages : bâtiments urbains, canalisations d’égouts sous les rues, stations de radio gouvernementales, lieux perdus dans le désert.

Lors d’une séance en avril 1980, le « visionneur » Hartleigh Trent décrivit des soldats américains se laissant descendre en rappel depuis des hélicoptères dans le désert. Quelques jours après, les six membres de l’unité allèrent dans un motel de la ville de Laurel, non loin de Fort Meade, l’essentiel d’un étage leur ayant été réservé. Chaque « visionneur » disposait d’une chambre, une grande suite étant réservée aux réunions de l’unité. Scotty Watt confirma qu’une opération secrète pour libérer les otages était en cours.

Par le passé, il y avait eu des opérations où un « visionneur » pouvait effectuer deux ou trois séances par jour sur le même type d’objectif, ce qui était déjà assez éprouvant, mais faire davantage pouvait occasionner des épuisements totaux. Or, les “visionneurs” devaient, dans ce cas précis, quasiment faire de la vision à distance en non-stop… L’imagination prit le dessus. Et ils ne savaient pas si ce qu’ils « voyaient » allait dans le bon sens ou pas. Le 25 avril 1980, Jimmy Carter évoqua à la télévision le site de rendez-vous de “Desert One”, les pannes de plusieurs hélicoptères, la collision de deux avions dans le désert, les huit morts, les blessures horribles, la débâcle.

Après la première tentative, les prisonniers furent dispersés, et la tâche des « visionneurs » fut de trouver où ils étaient gardés. Un jour, alors que Hartleigh Trent était ‘‘monitoré’’ par Mel Riley, Jackie Keith (l’homme des opérations spéciales de l’INSCOM) eut une attaque cardiaque alors qu’il se trouvait dans la salle de contrôle, attaque qui lui fut fatale. Quant au Président Carter, il décida de ne pas procéder à une seconde tentative de sauvetage. Les prisonniers furent libérés au moment où sa présidence s’achevait. Le colonel de l’Air Force dit aux « visionneurs » que les informations qu’ils avaient fournies n’étaient « pas pires » que les renseignements recueillis grâce à des méthodes plus conventionnelles. (8)

 

7. Les tests psychologiques :

Jim Schnabel note que les effets secondaires de la RV (‘‘remote viewing’’ ou ‘‘vision à distance’’) ressemblaient plus qu’un peu à ceux d’une drogue hallucinogène. En sortant d’une séance intense, on pouvait voir le ciel quelque peu plus bleu, l’herbe plus verte, un couple d’oiseaux perchés sur un fil pouvait faire autant de bruit qu’une forêt tropicale pleine de toucans et de fauvettes…

L’armée avait classé la RV du projet GRILL FLAME dans la catégorie des expérimentations humaines. Les « visionneurs » avaient été présentés au docteur Dick Hartsell, un psychologue de l’INSCOM, qui leur fit passer des tests psychologiques et les interrogea en cherchant ostensiblement le moindre signe de désordre mental. Mais après cette première série d’entretiens, au début de 1978, Dick Hartsell parut se désintéresser de l’unité. Selon la rumeur, les « visionneurs » lui auraient fait peur, et il ne voulait plus rien avoir à faire avec eux. (9)

 

8. Suppression du financement et défense du programme GRILL FLAME :

En 1980, William Perry (chef du bureau d’études de la Défense du Président Carter) supprima le financement de l’unité de Fort Meade de son budget recherche et développement. Selon la rumeur, il avait pris connaissance de l’existence de l’unité par un collaborateur d’un sénateur de l’Ouest appartenant au mouvement des “Born-Again Christians” (« Chrétiens renés »). GRILL FLAME parvint quand même à survivre avec des fonds tirés d’autres projets de l’armée… Charlie Rose, un représentant démocrate du Congrès, entendit parler de GRILL FLAME à la fin des années 1970 par le général Thompson et par son administrateur, Jack Vorona, le chef du Directoire du renseignement scientifique et technique de la DIA. Jack Vorona et Charlie Rose firent le tour des installations de RV, au SRI et à Fort Meade. Charlie Rose discuta avec les « visionneurs » et assista à des séances pratiques. En 1979, il donna une interview publiée dans le magazine “Omni”. Il défendit le programme GRILL FLAME, faisant même référence aux informations que la RV avait permis de recueillir sur une cible soviétique non précisée, RV dont il avait été le témoin. Ce qu’ont vu ces gens, précisa-t-il, a été confirmé par des photos aériennes, et il ne pouvait y avoir aucun trucage.

 

II. Le SRI :

Paputhoffrmi les chercheurs impliqués dans la « vision à distance », il y eut Hal Puthoff (un physicien des hautes énergies spécialiste des lasers), qui rejoignit en 1969 le Stanford Research Institue (SRI), et Russel Targ (un autre physicien des lasers). Russel Targ rejoignitRussell-Targ-Bio-Photo-3 Hal Puthoff pour développer un programme secret au sein du SRI, la CIA voulant utiliser des médiums pour l’espionnage à longue distance. Au début des années 1980, environ 150.000 dollars furent employés dans le programme de vision à distance du SRI, le budget global pour ce programme se situant entre 500.000 et 1 million de dollars par an, avec une douzaine de personnes salariées. Quelques années après, le SRI obtint le soutien d’une agence affiliée au Pentagone et un contrat de “recherche-développement” de dix millions de dollars sur cinq ans.

 

Russell Targ

 

 

Parmi les sujets ayant participé au programme d’étude de la vision à distance, il y eut deux grands médiums : l’artiste new-yorkais Ingo Swann et Patrick Price.

 

1. Ingo Swann :

Hal Puthoff, qui enseignait l’ingénierie électrique à l’Université de Stanford, possédait le brevet d’un laser infrarouge réglable qu’il avait inventé. Il avait aussi co-écrit un essai important, « Fondements de l’électronique quantique ». Au SRI, il voulut réaliser quelques expérimentations psi pour voir si cela éclairait certaines portées de la théorie quantique. Bill Church, un ami philanthrope, lui donna dix mille dollars.

Un artiste de New York, Ingo Swann, contacta, parmi d’autres, Hal Puthoff. Il avait été militaire en Corée, artiste, romancier, astrologue, employé des Nations Unies… C’était un sujet psi qui avait participé à des expériences psi au City College de New York et à la Société Américaine de Recherche Psychique. Il avait notamment modifié à distance la température d’une baguette de graphite et était « sorti de son corps » pour voir des objets cachés dans un laboratoire.

Ingo_Swann2Ingo Swann

Le 6 juin 1972, Hal Puthoff emmena Ingo Swann à l’Université de Stanford, dans un laboratoire qui abritait un magnétomètre expérimental construit par Arthur Hebard, lequel s’intéressait aux particules subatomiques appelées quarks. Le magnétomètre était conçu pour mesurer, dans sa chambre de mesures protégée, les perturbations extrêmement infimes du champ magnétique que les quarks étaient censés provoquer en passant. Ce magnétomètre fut celui qui, quelques années plus tard, fut utilisé dans la première confirmation expérimentale de l’existence des quarks. Le magnétomètre était protégé des bruits électromagnétiques extérieurs grâce à du cuivre, de l’aluminium, un métal spécial qui enferme les champs magnétiques, et un supraconducteur ‘‘sur-refroidi’’. Hal Puthoff expliqua à Ingo Swann le fonctionnement basique du magnétomètre, puis il lui demanda de modifier la puissance de ce dernier, pour l’essentiel scellé et encastré dans un puits de béton dans le sol du labo. Ingo Swann voulut d’abord, pour avoir une meilleure emprise psychique, visualiser par clairvoyance ce qu’il y avait à l’intérieur du magnétomètre. Hal Puthoff estima que les perturbations constatées étaient liées aux efforts d’Ingo Swann pour modifier la puissance, la perturbation étant cependant jugée anodine par Arthur Hebard et certains étudiants et membres du personnel.

En octobre 1972, Ingo Swann revint dans les locaux du SRI à Menlo Park pour une brève visite, et Hal Puthoff lui fit faire quelques petits tests simples de clairvoyance. Hal Puthoff plaçait un objet dans une boîte en bois aux parois épaisses et cadenassées qu’il laissait dans une certaine pièce, et Ingo Swann, accompagné par un second chercheur, venait dans la pièce et essayait de deviner ce qu’il y avait dans la boîte. Un jour, deux hommes de Washington apportèrent leur objet/cible qu’ils mirent dans la boîte. Ingo Swann parla de quelque chose de petit, de brun, irrégulier, quelque chose qui ressemble à une feuille mais qui paraît beaucoup plus vivant et qui semble bouger. La cible était en fait un gros papillon de nuit, brunâtre, ressemblant à une feuille. Quelques semaines après, Ingo Swann reçut un appel téléphonique d’Hal Puthoff qui lui dit que les deux hommes, qui appartenaient à la CIA, avaient décidé de lui octroyer cinquante mille dollars pour financer huit mois de recherches supplémentaires.

Alors qu’il résidait dans le Colorado, Ingo Swann avait eu des expériences de sortie hors du corps et de prémonitions. Il pouvait voir les auras des gens. Après le lycée, il rejoignit l’armée, servit en Corée, puis sur une base de missiles Nike à la périphérie de Boston. Lorsqu’il quitta l’armée, il déménagea à Greenwich Village, travailla pour les Nations Unies, tout en peignant pendant son temps libre. Puis il écrivit des romans populaires. En 1971, il utilisa son premier prénom, Ingo, il avait ajouté un « n » à son nom de famille sur le conseil d’un numérologue, et il avait découvert qu’il semblait avoir des dons psychiques inhabituels. Il commença à gagner sa vie comme cobaye pour des laboratoires de parapsychologie. Il arriva au SRI, quelques jours avant Noël 1972, pour exécuter le contrat de la CIA.

Au SRI, au début, ses capacités psi semblaient faibles. Il n’aimait pas la machine d’initiation à la PES de Russell Targ. Le sujet devait deviner laquelle des quatre petites diapositives d’illustrations allait s’allumer, l’appareil étant un ordinateur primitif qui contrôlait les ampoules électriques derrière ces diapositives. Les résultats de chaque essai étaient automatiquement affichés et enregistrés. Ingo Swann n’aimait pas cette machine qui lui rappelait la parapsychologie du passé, celle consistant en la divination de symboles abstraits sur des cartes, et ce, jusqu’à ce que l’ennui fasse fuir les médiums. On pouvait aussi demander à Ingo Swann si le laser argon vert dans une pièce adjacente était allumé ou non, ou laquelle des deux boîtes identiques contenait une source radioactive de prométhium 147. Il fit aussi des expériences où les boîtes étaient remplies aléatoirement d’eau ou de pétrole. Mais les résultats obtenus n’étaient pas extraordinaires, et Ingo Swann échoua dans sa tentative d’action PK sur un petit magnétomètre du SRI.

En matière de vision à distance, Ingo Swann suggéra l’utilisation de coordonnées (latitudes et longitudes de la cible, sans donner la nature de celle-ci), mais Russel Targ et Hal Puthoff ne crurent pas que les systèmes de coordonnées pourraient mener la perception psi d’un individu vers une cible distante. Ingo Swann persista, et finalement les deux chercheurs acceptèrent de tester le principe des coordonnées. Ils consultaient une grande carte du monde, amenaient les coordonnées à Ingo Swann qui devait dire ce qui se trouvait à l’endroit correspondant. La première série de dix objectifs eut lieu le 23 avril 1973. Les descriptions fausses alternèrent avec des descriptions correctes mais sans véritable signification, et au bout de cinq jours et de cinquante paires de coordonnées le bilan n’était pas très positif. Mais lors de la seconde semaine de tests, les réponses d’Ingo Swann s’avérèrent plus précises et détaillées. Lorsqu’on lui donna les coordonnées correspondant à un endroit juste à l’est du mont Shasta en Californie, il déclara voir des montagnes et une grande vallée. Les coordonnées correspondant à un point à environ trente kilomètres à l’est du volcan Hekla, dans le sud de l’Islande, lui firent évoquer un volcan au sud-ouest et l’océan (qu’il pensait surplomber). Une autre fois, Hal Puthoff croyait que les coordonnées fournies correspondaient au milieu du lac Victoria en Afrique, alors que l’endroit concerné était en fait près du village tanzanien d’Ushashi, à quelque cinquante kilomètres de la rive sud orientale du lac Victoria. Ingo Swann avait eu l’impression de filer au-dessus de l’eau et d’atterrir sur la terre, et il avait mentionné un lac à l’ouest.

Fin juillet 1973, Richard Kennett, de la CIA, téléphona à Hal Puthoff pour lui donner des coordonnées qui furent transmises à Ingo Swann. Ce dernier eut l’impression d’une île, peut-être une montagne perçant à travers une couverture de nuages. Il vit des bâtiments, l’un étant de couleur orange, quelque chose ressemblant à une antenne radar, un disque rond, deux réservoirs cylindriques blancs assez grands, et au nord-ouest une petite piste d’atterrissage… Ingo Swann fit un croquis de l’île. Hal Puthoff et Ingo Swann envoyèrent le tout à Richard Kennett. Les coordonnées désignaient un endroit localisé dans l’une des îles Kerguelen, dans le sud de l’océan Indien. Ces îles appartiennent à la France et sont le site d’un « complexe de recherche météorologico-atmosphérique » franco-soviétique.

Ingo Swann racontait qu’une de ses arrière-grand-mères maternelles était une “femme-médecine” sioux et que sa propre enfance avait été marquée par diverses expériences paranormales. Il croyait avoir vécu, au huitième siècle, comme Européen. Il était le conseiller d’un conquérant européen qui employait comme conseillers les gens ayant des aptitudes paranormales. A cette époque, il lui était aisé de lire dans la pensée des gens. Il pouvait dire au conquérant ou au roi quelles étaient les véritables motivations d’une personne qui sollicitait une audience de sa part. Ingo Swann s’intéressait aussi beaucoup aux OVNIs.

Le contrat d’Ingo Swann avec le SRI s’acheva à la mi-août 1973.

Ingo Swann a travaillé sur des cas de personnes disparues, mais il a rapidement abandonné cette activité. Dans la plupart des cas, l’affaire s’était soldée par la découverte de la mort de la personne. Et l’épreuve pouvait être dure pour lui – la RV amplifiait la sensibilité émotionnelle – et encore davantage pour la famille du disparu… Ingo Swann participa à des recherches psi à la Société Américaine de Recherche Psychique et au Laboratoire des Rêves Maimonides à New York, ainsi que dans d’autres lieux de recherche psi.

« Il effectua également quelques travaux pour des compagnies pétrolières, tournant en hélicoptère autour d’une plate-forme de forage dans le golfe du Mexique ou parcourant le Kentucky, le Tennessee et l’Arkansas avec une équipe de foreurs-sondeurs, fondée par Bill Keeler, le président de la Phillips Petroleum. Aucune de ces collaborations ne durait très longtemps, mais Swann gagna suffisamment d’argent au cours de cette période pour s’acheter une maison de quatre étages dans le Bowery du Bas-Manhattan. » (J. Schnabel)

Ingo Swann s’essaya à la prophétie. Il prédit, fin 1973 et en 1974, que la science officielle accepterait bientôt le phénomène psychique, ce qui, à vrai dire, ne s’est pas vérifié. Il visionna aussi à distance Mars, Jupiter et Mercure avant les sondes spatiales américaines et russes. Certaines données étaient intéressantes, même si des sceptiques comme Carl Sagan les disqualifièrent plus tard en disant que ce n’était qu’un mélange de choses prévisibles, ambiguës ou – comme le « lichen » qu’Ingo Swann avait vu pousser à la surface de Mercure – totalement incorrectes. Notons, cependant, que selon les données rapportées par Ingo Swann, Jupiter avait un anneau ressemblant à ceux de Saturne, ce qui fut plus tard confirmé par les sondes spatiales. Il écrivit un roman, « Star fire », qui mettait en scène une jeune et belle rock star dotée d’extraordinaires pouvoirs psychiques…

Ingo Swann revint au SRI en tant que consultant au cours de l’automne 1974. Son retour devait correspondre avec le départ de Pat Price.

« Au cours d’une séance sur un objectif se trouvant au sein même de l’URSS, Ingo Swann commença à décrire un couloir dans un bâtiment. Il y avait des carreaux verts sur les murs et des caractères qui se révélèrent être du cyrillique. Les personnes croisées portaient des blouses de type médical. Swann en avait déduit qu’il s’agissait d’une installation de recherche sur les armes biologiques. Une autre fois, il s’était retrouvé dans un pays d’Europe centrale. Il avait devant lui un ensemble de bâtiments bien gardés. L’endroit ressemblait à un camp de prisonniers du type goulag. Swann descendit dans l’un des bâtiments et découvrit que d’autres recherches sur des armes biologiques y étaient menées. Elles impliquaient non seulement des animaux – des chiens, des cochons, des singes -, mais aussi des prisonniers humains pris dans le camp. Swann fut tellement bouleversé par tout cela qu’il se mit à hurler sans pouvoir se contrôler et que Puthoff dut mettre un terme à la séance. Swann sortit et dut boire quelques verres pour se calmer. La description spectaculaire de l’objectif ne fut jamais confirmée par le Pentagone et la présence de sujets humains semble improbable. Mais la description du site comporte des ressemblances avec une installation de recherche biologique sise à Obolensk, dans une forêt de pin, au sud de Moscou. On découvrit quelques années plus tard que, dans ce complexe, des animaux au moins avaient été exposés à des germes mortels. » (J. Schnabel) (10)

Ingo Swann 1Un jour, on fournit à Ingo Swann les coordonnées d’une installation sur une base de l’US Air Force et on lui expliqua qu’un moteur de roquette allait être testé dans cette installation au cours d’un laps de temps particulier d’une demi-heure. Il devait établir quand cet essai allait commencer. Il s’exclama qu’il pensait que cela avait eu lieu quelques secondes auparavant, ce qui était exact. Une autre fois, l’objectif d’Ingo Swann était une explosion nucléaire souterraine qui devait s’effectuer dans un complexe gouvernemental du Nevada. Il s’agissait de déterminer si l’essai avait eu lieu, dans un laps de temps donné. L’essai avait effectivement eu lieu et Ingo Swann le détecta. (11)

 

 

 

 

Le complexe secret du Pentagone :

Un jour, Hal Puthoff appela Richard Kennett pour lui parler du concept de clairvoyance d’Ingo Swann, basé sur les coordonnées. Richard Kennett demanda à un collègue, Bill O’Donnell, de lui donner les coordonnées de certains endroits se trouvant sur la côte Est. La cible proposée concernait un lieu se trouvant dans les Blue Ridge Mountains. Hal Puthoff donna les coordonnées à Ingo Swann, lequel commença à dessiner et à verbaliser ses impressions. Il dessina une carte montrant un objectif circulaire entouré par une route au sud, une autre à l’ouest et une rivière à l’est. Au nord, il représenta une ville. La séance avait duré six minutes. Le lendemain matin, Ingo Swann redessina le site puis il apporta un rapport à Hal Puthoff, dans lequel il évoquait un bâtiment circulaire (une tour ?), en se demandant si c’était une ancienne base de missiles Nike ou quelque chose comme ça. Il avait l’impression, sans être sûr, de quelque chose de souterrain. Il fournit une carte plus détaillée à Hal Puthoff, représentant un grand espace ouvert au milieu d’une zone forestière délimitée par des clôtures et une voie privée, qui renfermait un objet élevé ressemblant à un mât de drapeau et quelque chose de grand et de circulaire. Hal Puthoff s’apprêtait à envoyer à Richard Kennett le rapport lorsqu’il reçut un appel téléphonique de Patrick Price, un « sensitif » qu’il avait déjà rencontré. Hal Puthoff en profita pour lui donner les coordonnées de la cible.

Hal Puthoff reçut une enveloppe de Pat Price contenant plusieurs pages de descriptions verbales et de dessins. Pat Price avait décrit plus ou moins le même endroit qu’Ingo Swann, mais avec beaucoup plus de détails. Pat Price évoquait un pic au milieu d’une chaîne de montagnes, d’une hauteur d’environ 1500 mètres au-dessus de la mer, un secteur qui avait été un champ de bataille au cours de la guerre de Sécession, de grands espaces de stockage souterrains… Cela ressemble à un ancien site de missiles, la zone abritant maintenant des complexes de stockage d’archives, de microfilms, de dossiers. On pénètre dans la partie souterraine par des portes coulissantes en aluminium, les premiers secteurs étant remplis d’archives. Les salles font environ 30 mètres de long, 12 mètres de large et 6 mètres de haut, avec des pilastres évasés soutenant le béton. La température est douce et la lumière fluorescente, le personnel étant composé d’ingénieurs du cinquième corps de l’Armée. Pat Price évoqua aussi des caissons cadenassés, des fermetures à combinaison, des barres d’acier passant dans des anneaux, des travées avec des ordinateurs, des équipements de communication, de grandes cartes, des ascenseurs, le personnel appartenant à l’Army Signal Corps (Unité de transmissions). Hal Puthoff téléphona à Pat Price pour lui demander d’essayer de glaner davantage d’informations détaillées sur l’intérieur du site, particulièrement des codes secrets si possible. Quelques jours après, Pat Price donna ses impressions sur l’intérieur d’un bureau souterrain. Sur le bureau, il y avait des papiers marqués « Flytrap », « Minerva ». Sur le mur nord, il y avait un classeur portant les étiquettes « Operation Pool » (second mot illisible). Les chemises à l’intérieur du classeur étaient étiquetées « Cueball », « 14 Ball », « 8 Ball », « Rackup », et le nom du site ressemblait vaguement à quelque chose comme « Hayfork » ou « Haystack ». Le personnel comprenait le colonel R. J. Hamilton, le major général George R. Nash, le major John C. Calhoun (?).

Hal Puthoff envoya le tout à Richard Kennett, lequel les transmit à Bill O’Donnell, l’agent de la CIA qui lui avait fourni les coordonnées. Or, Bill O’Donnell avait fourni les coordonnées de sa cabane d’été ! Le week-end suivant, Richard Kennett emmena son épouse et ses enfants en promenade dans la campagne. A quelques kilomètres de la maisonnette de son ami, il tomba sur un panneau « Défense d’entrer » et des antennes satellites en arrière-plan. C’était manifestement une installation militaire secrète, laquelle semblait correspondre aux descriptions des médiums du SRI. C’était comme si Ingo Swann et Pat Price, au lieu de se concentrer sur la cabane dans les bois, avaient simplement trouvé cet endroit plus intéressant. De retour au travail, Richard Kennett chercha un agent susceptible de l’informer sur cette base militaire de Virginie occidentale. Il s’avéra qu’Ingo Swann et davantage encore Pat Price avaient décrit les détails d’un complexe secret du Pentagone, dissimulé dans les collines près du village de Sugar Grove, en Virginie occidentale. Il s’agissait d’une base de communication de l’US Navy, le site étant occupé par de nombreux cryptographes militaires et civils de la NSA. Il comprenait un grand ensemble souterrain planté à l’intérieur de la base de Reddish Knob Mountain, un pic d’une hauteur de 1320 mètres. Parmi ses fonctions secrètes, il y avait l’interception des communications téléphoniques internationales et le contrôle des satellites espions américains. La majeure partie du dispositif était souterraine et protégée contre une attaque nucléaire. Les données de la RV d’Ingo Swann et de Pat Price avaient été assez précises pour donner l’impression, dans l’esprit du Pentagone, « d’une fuite massive et criminelle d’informations top secrètes concernant des noms de code ». On demanda à Richard Kennett comment il s’était introduit à l’intérieur. On l’accusait d’être une « taupe soviétique ».

« Kennett tenta de s’expliquer du mieux qu’il pouvait, mais les responsables de la sécurité du Pentagone ne paraissaient pas s’intéresser aux histoires de médium. Hal Puthoff et Russell Targ furent également interrogés, et bientôt ils apprirent que des agents du DIS (Defense Investigative Service, Service d’enquête de la Défense) frappaient aux portes autour de leurs demeures respectives, interrogeant leurs voisins pour savoir si messieurs Puthoff et Targ avaient jamais été communistes, s’ils ne dépensaient pas trop d’argent ou s’ils ne se comportaient pas comme des agents soviétiques.

Incapables d’établir que quiconque au SRI ou dans le bureau de Kennett avait délibérément volé ou détourné des informations classifiées, les enquêteurs du Pentagone finirent par les laisser tranquilles. » (J. Schnabel)

Quelques années plus tard, la NSA, qui administrait le site de Sugar Grove, confiera elle-même des tâches aux « visionneurs » du SRI et de Fort Meade. (12)

 

2. Pat Price :

Pat Price, à côté de son travail de commissaire, d’entrepreneur et de vendeur d’arbres de Noël, avait été chercheur d’or en Alaska, élève pilote pendant la Seconde Guerre mondiale, responsable d’une société d’emballage à Lockheed et même agent de sécurité pour la célèbre entreprise Skunk Works à Lockheed, à l’époque du développement de l’avion espion U-2.

pat_price_hal_putoff_1974_cPat Price (à gauche) et Hal Puthoff

 Pat Price prétendait posséder l’ancien pouvoir chamanique permettant de modifier le climat, de créer ou de dissoudre à volonté les nuages. Il croyait aussi pouvoir faire changer à son gré, par psychokinésie, les couleurs des feux tricolores. Il était convaincu qu’il avait été, dans une autre vie, l’orateur colonial américain Patrick Henry.

J’ai évoqué, ci-dessus, la participation de Pat Price dans la détection psychique du complexe secret du Pentagone. En une autre occasion, il put fournir une description détaillée d’une installation soviétique qui remplissait une fonction semblable à celle du site de la NSA. Pat Price localisa cette installation au mont Narodnaya, dans des montagnes reculées du nord de l’Oural. Il évoqua un site souterrain, du béton armé, des portes d’acier de type coulissant, des héliports, des rails. A cinquante kilomètres au nord du site, il vit une installation de radar avec une grande parabole (cinquante mètres) et deux petites paraboles à rotation rapide. Au moment de la vision à distance, alors qu’il faisait nuit en URSS, la base était peuplée par une proportion exceptionnellement élevée de femmes. La CIA confirma que Pat Price avait vu juste.

* Un jour, Hal Puthoff tendit à Pat Price une série de coordonnées. Environ un mois plus tôt, au quartier général de la CIA, Hal Puthoff et Russel Targ avaient présenté leurs recherches à des responsables de premier plan de l’Agence, parmi lesquels John McMahon (chef du Bureau des services techniques) et Carl Duckett (directeur adjoint chargé des Sciences et Technologies). Ces officiels de la CIA avaient estimé que le temps était venu de passer à l’espionnage psychique de cibles plus sensibles à l’étranger. Les coordonnées fournies à Pat Price concernaient une installation militaire soviétique à l’extrémité sud de la zone d’essais nucléaires de Semipalatinsk, dans la république du Kazakhstan. Les agents de la CIA qui apportèrent les coordonnées furent Ken Kress (un ingénieur du Bureau des services techniques) et le physicien Peter Maris. Ils dirent à Hal Puthoff et à Russel Targ que le site était « une installation de recherche ». Pat Price effectua la séance dans une pièce électriquement isolée au deuxième étage du bâtiment de radiophysique du SRI. Il vit une grue sur roues utilisée pour déplacer de grands objets lourds à l’intérieur et autour d’une installation semi souterraine, chaque roue de la grue faisant deux fois la hauteur d’un homme. Près de la grue, il y avait plusieurs autres bâtiments et un ensemble de bonbonnes de gaz comprimé. De retour à Washington, Ken Kress et Peter Maris découvrirent une récente photo satellite du site qui montrait la grue sur roues avec le bâtiment entre ses jambes, exactement comme Pat Price les avait décrits. Pat Price décrivit de nouveaux détails, dessina un plan de l’endroit, avec une rivière à proximité au nord. Puis il « pénétra » à l’intérieur du bâtiment bas sous la grue, entra dans une salle où l’on voyait de grands éléments courbes en acier que des ouvriers essayaient d’assembler pour en faire des sphères de vingt mètres de diamètre, les ouvriers testant de nouvelles techniques de soudage.

Moins d’une semaine environ après sa première séance d’observation du site, Pat Price rencontra Ken Kress et Peter Maris, qui lui précisèrent que sa description de la grue était globalement précise. Pat Price explora de nouveau le site, et deux semaines après sa séance originelle avec Russel Targ, il avait déjà rempli plusieurs heures de cassettes utilisables, ainsi qu’un grand cahier de dessins. D’après les données, il semblait que le complexe de Semipalatinsk allait mener des explosions contrôlées d’un genre ou d’un autre, et les sphères métalliques devaient servir à contenir les explosions. La correspondance entre le dessin de la grue et la photo satellite du site était si étroite, note Jim Schnabel, que « simplement en posant ces images côte à côte lors de réunions avec des responsables du renseignement, Puthoff et Targ purent assurer le financement des recherches psi du SRI pour les années suivantes ». Et vers la fin de 1974 ou le début de 1975, un satellite américain repéra à l’extérieur les grandes sphères de métal, sous leur forme complète. Les “photo-analystes” estimèrent qu’elles faisaient effectivement environ vingt mètres de diamètre. Pat Price avait décrit les sphères et les techniques spéciales de soudage avant que quiconque aux Etats-Unis ait su qu’elles existaient.

* Une autre fois, Pat Price dit à Hal Puthoff qu’il avait vu une école de sous-marins russes dans le Pacifique. Le rapport de Pat Price fut confirmé. A l’automne 1973, selon Hal Puthoff, Pat Price avait vu venir la guerre du Kippour, avait suivi son déroulement et avait prévu la date du cessez-le-feu quelques semaines à l’avance. En une autre occasion, Pat Price déclara que Richard Nixon avait dans son propre bureau un dispositif qui allait le faire souffrir, une information qu’Hal Puthoff transmit à Ken Kress à la CIA. Quelques mois plus tard, quand l’affaire du Watergate approcha de sa conclusion, Hal Puthoff entendit parler du magnétophone dans le Bureau ovale de Richard Nixon, et il se dit que c’était probablement cela que Pat Price avait détecté.

Pat Price était plus précis, plus consistant et plus en phase avec les détails techniques des sites/cibles qu’Ingo Swann, et il pouvait donc récupérer davantage de données. Il semblait capable de récupérer non seulement des données visuelles ou sensorielles, mais aussi des données alphanumériques, des mots et des nombres. Quand il travaillait sur une cible, Pat Price pouvait souvent lire les nombres, des mots sur des feuilles de papier, des noms sur un uniforme, comme cela avait été le cas dans le site de la NSA en Virginie occidentale. Bien longtemps après la mort de Pat Price, Hal Puthoff et d’anciens responsables du renseignement qui avaient supervisé le programme du SRI ont confié à Jim Schnabel qu’ils n’avaient jamais vu d’aussi bons médiums que Pat Price.

Un jour, Richard Kennett voulut tester Pat Price sur une cible en mouvement. Richard Kennett partit dans un planeur avec, comme cible, une séquence de trois nombres. Pat Price montra les trois nombres qu’il avait écrits : ils étaient exacts et dans le bon ordre !

« Price indiqua quand même que l’exercice lui-même l’avait mis un peu mal à l’aise. Il avait été capable de visualiser les nombres dans son œil interne, mais derrière eux il avait vu osciller une forme bizarre. Elle avait semblé désorienter son système vestibulaire en lui donnant quasiment le mal de mer. Il dessina la forme. Elle ressemblait à une ‘‘ankh’’, la croix ansée des Egyptiens. Kennett éclata de rire. Il plongea la main dans sa poche de chemise et sortit une ankh en argent qui pendait autour de son cou. Avec les mouvements de roulis du planeur, elle avait oscillé sur sa poitrine derrière les nombres qui se trouvaient dans sa poche. » (J. Schnabel)

Hal Puthoff et Russel Targ mirent en œuvre un nouveau protocole, lequel reposait sur deux personnes : un expérimentateur qui se rendait sur un site/cible et le médium qui, depuis le SRI, essayait de visualiser l’environnement de l’expérimentateur. Après la séance, le médium pouvait se rendre sur le site/cible. Le premier test formel de ce protocole eut lieu le 4 octobre 1973. Bart Cox avait une liste de sites/cibles possibles dans le secteur de la baie de San Francisco. Il sortit un nombre aléatoire de sa calculatrice et l’utilisa pour choisir un site dans sa liste. Il prit le dossier approprié contenant les directions menant à l’endroit donné et donna le tout à Hal Puthoff, lequel alla vers sa voiture avec le chef de sa section au SRI, Earle Jones. Hal Puthoff ouvrit le dossier et suivit les instructions données pour aller vers l’objectif, en l’occurrence la tour Hoover sur le campus de l’Université de Stanford (à proximité de Palo Alto). Hal Puthoff et Earle Jones montèrent en haut de la tour pour trouver une table d’orientation, et ils cherchèrent à s’imprégner de toutes les sensations du site. A un moment préalablement déterminé, Pat Price, du SRI, essaya de visualiser où se trouvaient Hal Puthoff et Earle Jones. Il les perçut sur une crête ou un promontoire surplombant l’océan, et il estima qu’ils étaient à environ cent vingt mètres au-dessus du niveau de la mer. Il vit une pièce avec un carrelage espagnol et une colonnade, à environ cinq kilomètres au sud du SRI. De l’autre côté, il eut l’impression de voir une bibliothèque ou une sorte de musée avec une exposition à l’intérieur. La zone perçue lui parut être la tour Hoover.

En octobre 1973, Hal Puthoff et Russel Targ réalisèrent, avec Pat Price, neuf expérimentations de ce type (sur neuf lieux cibles distincts). Un juge qui n’avait participé à aucune expérience se rendit sur les différents sites avec en main des copies des transcriptions de Pat Price. Sur place, il essaya de deviner quelle transcription correspondait à quel site. Il y parvint sept fois sur neuf. Si la seule chance avait été à l’œuvre, il n’aurait sans doute pas obtenu plus d’une bonne correspondance sur neuf. Il n’avait qu’une chance sur trente-cinq mille d’obtenir par hasard sept bonnes réponses sur neuf. Parfois, Pat Price était installé dans une « cage de Faraday » protégée contre l’induction de champs électriques extérieurs. Deux fois, Pat Price était assis sur un banc dans un parc rempli de monde. On utilisa aussi des cibles mouvantes (comme dans la démonstration du planeur). Tout ceci n’avait aucune incidence sur les résultats.

Hal Puthoff et Russel Targ testèrent aussi Pat Price pour ses aptitudes “psychokinétiques”. Il fut capable d’influer sur le rythme du balancier de cuivre d’une pendule, et il perturba apparemment, bien que marginalement, un petit magnétomètre du SRI qui avait défié Ingo Swann. Karlis Osis, de la Société Américaine de Recherche Psychique à New York, plaça une petite boîte de cuivre dans une pièce fermée, avec, à l’intérieur de cette boîte, une plume, laquelle était contrôlée par un rayon infrarouge et une cellule photoélectrique qui devaient détecter le moindre mouvement. A l’autre bout du continent, le capteur infrarouge s’éteignit lorsque Pat Price se concentra sur la cible.

Un jour, Russell Targ et Hugh Crane (un autre responsable du SRI) étaient assis avec Pat Price dans la cage de Faraday, attendant d’effectuer la séance n° 4 de la série de neuf séances. Hal Puthoff et son chef de division Bart Cox étaient les expérimentateurs hors site. Bart Cox modifia le protocole afin de s’assurer qu’Hal Puthoff et Russel Targ n’étaient pas d’une manière ou d’une autre de mèche avec Pat Price. Au lieu de se rendre sur la cible choisie pour lui au laboratoire, il roula aux alentours, tourna selon « un algorithme pseudo-aléatoire » qui prenait en compte les virages effectués devant lui par les voitures. Au moment déterminé, il s’arrêta là où il se trouvait et il attendit. Lui et Hal Puthoff partirent à 15 heures, Russel Targ étant dans la salle de RV avec Pat Price. Ce dernier vit une petite jetée ou un petit quai le long de la baie, des petits bateaux, des voiliers, des vedettes… Hal Puthoff et Bart Cox se trouvaient dans la marina de Redwood City, et ils avaient en vue les bateaux décrits par Pat Price. Or, ils ne s’étaient trouvés sur les lieux que cinq minutes au moins après la description de Pat Price. Il s’agissait donc d’une RV de type “précognitif”.

La dernière cible de la série de neuf était une paire de piscines dans le parc Rinconada à Palo Alto. Pat Price décrivit les tailles et les formes des deux bassins, l’un rond et l’autre rectangulaire, et il détecta à proximité une petite casemate de béton. Mais il interpréta l’endroit comme une station de traitement de l’eau et il ajouta quelque chose qui ne se trouvait pas là : deux grands réservoirs d’eau en hauteur. Bien plus tard, Russel Targ lut le rapport annuel 1995 de la ville de Palo Alto, lequel mentionnait qu’en 1913 une nouvelle station hydraulique municipale fut construite sur le site de l’actuel parc Rinconada. Une photo montrait une tour avec deux réservoirs d’eau, plus ou moins à l’endroit où Pat Price les avait décrits.

Hal Puthoff et Russel Targ ont demandé à Pat Price d’essayer de distinguer psychiquement des enveloppes contenant des dessins tracés avec des stylos ordinaires, ainsi que d’autres enveloppes dont les dessins avaient été réalisés à l’aide d’encres invisibles spéciales de la CIA. Pat Price ne réussit pas parfaitement l’exercice, mais fit mieux que la simple chance.

 

* Collaboration avec la police de Berkeley :

Le 5 février 1974, Earle Jones entra dans le bureau d’Hal Puthoff avec un message de la police de Berkeley. La nuit précédente, la fille du magnat de la presse Randolph Hearst avait été enlevée. Hal Puthoff et Pat Price rencontrèrent les policiers dans l’appartement de Patty Hearst. Pat Price déclara qu’il ne sentait pas que l’argent était le mobile de l’enlèvement, mais qu’il s’agissait plutôt d’un acte politique terroriste destiné à attirer attention et sympathie. Au poste central de police, on présenta à Pat Price plusieurs volumes de photos d’identité judiciaire non étiquetées, comprenant les habituels suspects et quelques autres. Il prit trois photos et en sortit une en particulier, celle d’un jeune homme. Le nom Lobo lui venait à l’esprit (« loup » en espagnol). Cet homme, dit Pat Price, avait une extraordinaire capacité de contrôle mental. Par exemple, il s’était récemment fait arracher une dent chez le dentiste sans anesthésie, en utilisant l’autohypnose.

Deux jours après, la police reçut le premier d’une série de « communiqués » des ravisseurs. Comme Pat Price l’avait dit, ils ne réclamaient pas d’argent mais ils demandaient de la nourriture pour les pauvres. Ils se baptisaient « l’Armée de libération symbionèse ». La police et le FBI découvrirent que les trois hommes que Pat Price avait isolés au milieu des photos judiciaires étaient des membres du groupe. Celui que Pat Price avait appelé Lobo était un marginal de Berkeley appelé William Wolfe, et Willie le Loup était un de ses surnoms. (En anglais « Wolf » signifie « Loup ».) La police confirma même l’anecdote concernant l’extraction de dents sans anesthésie.

« D’abord, Price essaya de trouver Patty Hearst de manière directe, en décrivant son environnement immédiat avec suffisamment de détails pour que la police puisse localiser l’adresse précise. Mais s’il pouvait nettement la voir enfermée dans un placard à l’intérieur de la maison de quelqu’un – ce qui était effectivement le cas à ce moment-là -, il était incapable de déplacer sa perception psi vers l’extérieur et, notamment, le coin de rue le plus proche où il aurait pu déchiffrer le nom de l’artère. Il la voyait tous les jours, mais il ressentait une intense frustration de ne pouvoir l’aider à la localiser.

Au bout d’un moment, Price décida d’essayer de la trouver indirectement, en triangulant sa position. Puthoff le conduisait en différents endroits de la baie, et alors Price s’asseyait et attendait que lui parviennent des impressions sur la direction de la cachette des kidnappeurs. C’était comme s’il y avait une sorte de boussole dans son cerveau, avec Patty Hearst représentant le nord. Quand Price avait une sensation de la direction de Patty Hearst, Puthoff repérait la position sur la carte du secteur grâce à la direction indiquée. Et ainsi ils répétaient l’opération en différents endroits de la baie. Au bout du compte, leur idée était de voir où toutes les lignes obtenues allaient plus ou moins se croiser. Puthoff et Price se rendraient alors dans le secteur désigné pour continuer de trianguler. Quand ils auraient de nouveau répété plusieurs fois l’opération dans un quartier précis, les lignes convergeraient vers une maison spécifique. Et la police pourrait alors intervenir et libérer l’héritière enlevée. En tous les cas, c’était l’idée. » (J. Schnabel)

Début avril, malheureusement, le groupe des kidnappeurs fit parvenir une cassette audio dans laquelle la jeune fille disait vouloir « rester et combattre » avec le groupe. Elle fut bientôt photographiée avec d’autres membres de celui-ci pendant qu’ils cambriolaient une banque de San Francisco. Un jour de mai, Pat Price dit à Hal Puthoff qu’il voulait faire un nouveau balayage psychique de la baie, ayant la conviction qu’ils allaient cette fois-ci trouver la jeune fille. Mais le lendemain, la police abattit des membres du groupe de kidnappeurs, dont William Wolfe qui était devenu l’amant de Patty Hearst, dans un immeuble de Los Angeles. Au cours des seize mois suivants, Patty Hearst se cacha et se déplaça dans tout le pays avec ses camarades du groupe, et elle fut finalement arrêtée alors qu’elle se trouvait dans un appartement du Mission District de San Francisco, bien après que Pat Price eût arrêté de la chercher. Incité par l’ancien astronaute Edgar Mitchell, Ingo Swann avait lui aussi cherché à retrouver la jeune fille kidnappée, mais sans succès lui aussi.

 

* L’ambassade de Chine :

Le renom de Pat Price avait grandi, et il partit du SRI. Durant l’automne 1974, il travailla notamment pour une compagnie houillère d’Huntington, en Virginie occidentale. Le président de la compagnie offrit son poste à Pat Price.

En 1950, Norm Everheart fut recruté par la CIA et il fut rapidement envoyé en Grèce. Lorsqu’il revint de Grèce, il eut une réunion avec le chef de l’Office of Technical Service (OTS). Ken Kress, jeune technicien de l’OTS, appela Norm Everheart. En 1972, Ken Kress avait donné au SRI son premier contrat de recherche psi. Il confia à Norm Everheart un document décrivant certaines expériences de RV menées au SRI. Norm Everheart revint avec ce qui semblait une bonne cible : le bureau des communications de l’ambassade de Chine d’une certaine capitale étrangère. Pour déclencher une opération de pénétration des communications de l’ambassade, il fallait être certain que ce bureau se trouvait dans le sous-sol du bâtiment.

« Après avoir pris connaissance de certaines informations glanées par Price, Everheart conclut que si le médium parvenait à récupérer une information détaillée sur les employés du chiffre et leurs équipements de communication dans le sous-sol de l’ambassade en question, alors l’opération d’infiltration du SIGINT pourrait intervenir. Il proposa formellement que Price décrive cet étage inférieur de l’ambassade. » (J. Schnabel)

Le chef de l’équipe, Ed Rogers, considéra la proposition de Norm Everheart avec une bonne dose de scepticisme. Mais finalement, Ed Rogers accepta d’associer Pat Price à l’opération, mais à cette condition : Pat Price devait d’abord réussir trois tests sur des objectifs semblables à propos desquels l’Agence disposait déjà d’amples informations.

Quelques jours après, Ken Kress et Nick Clancy (un autre agent de la CIA) se retrouvèrent dans la chambre d’hôtel de Pat Price, dans la région de Washington, pour le premier test. Ken Kress sortit de sa mallette une photo noir et blanc d’un bâtiment situé quelque part dans le monde. Il s’agissait de l’ambassade de Chine dans une grande ville d’Afrique. Pat Price se mit à esquisser grossièrement la silhouette de l’Afrique, traça une ligne horizontale en travers du continent pour indiquer l’équateur, et fit un point à l’endroit où selon lui se trouvait l’ambassade. Nick Clancy vit que Pat Price était pile sur la cible. A une question posée par Nick Clancy, Pat Price précisa que le bâtiment se trouvait à 240 kilomètres de l’océan, ce qui était exact. Puis il précisa qu’il y avait là trois bâtiments, ce qui était aussi exact. Puis Pat Price « pénétra » à l’intérieur de l’immeuble montré sur la photo. Il dit de faire attention aux marches se trouvant dans un couloir, la lumière étant mauvaise. Nick Clancy se souvint qu’il avait traversé ce couloir et qu’il avait presque trébuché à cause du mauvais éclairage. Pat Price déclara que Nick Clancy avait développé cette photo dans le sous-sol d’une maison se trouvant à environ 1 kilomètre 600 du bâtiment, ce qui, encore une fois, était vrai.

Le deuxième test eut lieu environ un jour après, toujours dans la chambre d’hôtel, la photo en noir et blanc montrée désignant un autre bâtiment. Pat Price traça une silhouette de l’Italie, en marquant l’emplacement de Rome. Puis il descendit son stylo jusqu’à une capitale d’Afrique du Nord, le bâtiment se trouvant, dit-il, dans cette ville. Ce qui était juste. Pat Price franchit mentalement la porte principale pour pénétrer dans un grand hall, tout en évoquant un magnifique escalier. Puis il vit des lits et beaucoup de gens blessés, ce qui ne correspondait pas à ce que savait Nick Clancy. Quant à la grande porte de fer qui bloquait l’entrée principale, elle ne semblait pas exister. Ultérieurement, Nick Clancy découvrit que l’édifice avait été le dortoir d’une école de filles juste avant la Seconde Guerre mondiale, et que l’édifice avait, pendant le conflit, servi d’hôpital. A cette époque, il n’y avait pas de porte en fer. Pat Price avait, sans le savoir, glissé dans le temps.

La troisième cible concernait un bâtiment diplomatique chinois à Rome. Pat Price dessina précisément le plan et décrivit une fresque sur le plafond de l’une des plus importantes pièces de l’ambassade. Nick Clancy connaissait bien cette peinture.

Norm Everheart présenta les résultats de ces trois tests au chef de l’Equipe D, Ed Rogers, lequel parut surpris par la qualité des données. Mais Ed Rogers n’osa pas faire appel au médium, préférant donner son feu vert à une opération risquée pour examiner le sous-sol de l’ambassade visée avec des moyens techniques rapprochés. Ils constatèrent que le sous-sol du bâtiment chinois n’était qu’une cave à vin.

 

* La mort de Pat Price :

En juillet 1975, Pat Price acheva sa mission pour la compagnie houillère de Virginie occidentale. Depuis qu’il avait quitté le SRI, il s’était senti de moins en moins en forme, et maintenant son état avait largement empiré. Au cours de son check-up médical au SRI, un an plus tôt environ, son électrocardiogramme avait fait apparaître un problème coronarien sérieux. Il avait 56 ans.

Lors d’un repas, à Las Vegas, Pat Price se plaignit de ne pas se sentir bien. D’après le témoignage ultérieur de Bill Alvarez, un ami présent lors du repas, Pat Price déclara que la veille à Washington, au cours du dîner, quelqu’un aurait glissé quelque chose dans son café.

« Price se sentit bientôt si mal qu’il remonta dans sa chambre. Il s’allongea, se sentit de plus en plus mal et appela les Alvarez. Ils se précipitèrent dans sa chambre pour trouver Price sur le lit, terrassé par une attaque cardiaque. Alvarez appela les secours qui essayèrent de ressusciter Price avec des défibrillateurs. En vain. Price fut déclaré mort aux urgences de l’hôpital local.

A partir de là, l’histoire devient plus étrange. Quand Richard Kennett et les autres essayèrent de découvrir ce qui était arrivé, ils apprirent qu’aucune autopsie n’avait été pratiquée. Pour les morts à l’hôpital de causes bien identifiées, on se passait fréquemment d’autopsie. Mais pour des morts hors de l’hôpital, a fortiori quand le défunt n’était pas un citoyen de la ville, l’autopsie était la norme. Pour Kennett, l’absence d’autopsie soulevait des questions. Mais on répondit simplement aux enquêteurs qu’un ami de Price – pas Alvarez – s’était présenté avec une mallette pleine de documents médicaux. Ceux-ci et la déclaration du médecin urgentiste avaient apparemment suffi à convaincre les autorités médicales de Vegas que l’autopsie était inutile et qu’on pouvait déclarer Price mort de crise cardiaque. Kennett essaya de retrouver cette mystérieuse personne à la mallette, mais il n’y parvint jamais et il ne put même pas découvrir si elle existait vraiment. » (J. Schnabel)

La mort de Pat Price donna naissance à toute une série de rumeurs et de questions… En 1994, Russel Targ confia à Jim Schnabel : « Je ne sais pas comment Pat Price est mort. »

Au cours d’une séance de vision à distance à Fort Meade, à la fin des années 1970, Skip Atwater lança Joe McMoneagle à son insu sur Pat Price.

« Il lui dit simplement que la cible était une personne. Descendu dans sa zone, McMoneagle décrivit un homme qui ressemblait à Price, dans un lieu souterrain, et qui travaillait secrètement pour le gouvernement. »

Certains “visionneurs” en vinrent à penser que Pat Price était encore en vie.

« Une rumeur circula : quelqu’un (Puthoff, selon un récit, mais lui-même le nie) aurait croisé Price, à la fin des années 1970, dans la galerie marchande d’une banlieue chic de Virginie. Price se serait éclipsé rapidement en se dissimulant le visage. » (J. Schnabel) (13)

 

3. Visualisation à distance et individus « ordinaires » :

Les bureaux de la CIA des Services Techniques et des Recherches et Développement ont injecté environ 150.000 dollars dans le programme de RV du SRI. Il y eut aussi deux petits contrats avec la Navy et la NASA, et des subventions privées pour les recherches avec Uri Geller.

Hal Puthoff avait créé l’expression « visualisation à distance » (“remote viewing”) pour désigner la capacité des « visionneurs ». Lui et Russel Targ distinguèrent la « visualisation à distance par les coordonnées », la « visualisation à distance hors site », la « visualisation à distance poussée » (avec induction d’états modifiés de conscience plus profonds).

Fin 1973, début 1974, Hal Puthoff et Russel Targ concentrèrent leurs recherches sur quatre individus « ordinaires » (ne disposant pas a priori d’aptitudes psi) : une technicienne de laboratoire appelée Phyllis Cole, un mathématicien nommé Marshall Pease, un futurologue (observateur des tendances économiques et culturelles) du nom de Duane Elgin, et Hella Hammid (une amie photographe du couple Targ, allemande de naissance). Les trois premiers étaient des employés du SRI. Un jour, raconte-t-on, un collègue statisticien de Duane Elgin lança une pièce en l’air et demanda à ce dernier si elle allait tomber sur pile ou face. Duane Elgin donna la bonne réponse trente-trois fois de suite ! Au SRI, il fut soumis à des tests de RV et de psychokinèse. Il prétendit (mais il était seul dans la pièce) qu’il avait, par simple concentration, fait violemment osciller un pendule. Duane Elgin accomplit notamment 7000 essais sur la machine d’initiation à la PES de Russel Targ.

 

4. Hella Hammid :

Hal Puthoff et Russel Targ firent subir à Hella Hammid le même test des 9 sites que Pat Price. Au regard des transcriptions, le juge estima que cinq sites avaient été correctement repérés. Pour une cible donnée, chaque transcription était évaluée par le juge de 1 (le meilleur) à 9 (le moins bon), selon qu’Hella Hammid se rapprochait ou non de la cible. Les quatre transcriptions manquées reçurent un 2 du juge (alors que les deux échecs de Pat Price avaient reçu un 3 et un 6). Hal Puthoff calcula que la probabilité que les résultats aient été dus au hasard étaient d’une chance sur 500.000. Il fut estimé plus tard que ce résultat était surévalué, le vrai taux étant cependant, pour Hal Puthoff, encore assez haut. Tout bien considéré, note Jim Schnabel, Hella Hammid « n’était pas aussi bonne que Price, mais il s’en fallait de peu ». Et elle semblait capable de rivaliser avec lui dans certaines catégories spécifiques, comme la “RV précognitive” (PRV).

hella_hamid_02Hella Hammid

Un jour, alors qu’Hella Hammid se trouvait dans la salle de vision à distance avec Russel Targ, Hal Puthoff venait de partir vers un site avec Earle Jones. Hella Hammid, impatiente d’en finir avec l’expérience, déclara à Russell Targ qu’elle savait déjà quel était le site où ils allaient se rendre. Elle le décrivit puis s’en alla. Non seulement la description fut précise, mais elle fut apparemment réalisée avant que le site ait été choisi par le générateur de nombres aléatoires.

Hal Puthoff et Russel Targ élaborèrent un nouveau protocole. Hal Puthoff tournait en voiture avec une série de dix sites possibles dans des enveloppes scellées, Hella Hammid restant dans la salle de vision à distance ion avec Russel Targ. A un moment prédéterminé, elle devait essayer de voir le site de façon prémonitoire, après quoi elle pouvait rentrer chez elle. A un autre moment prédéterminé, Hal Puthoff utilisait, avec sa calculatrice de poche, une fonction génératrice de nombres aléatoires. Ayant ainsi sorti un chiffre entre 0 et 9, lequel correspondait à l’une des enveloppes, il se rendait sur le site correspondant et attendait là pendant un temps spécifié avant de rentrer au SRI. Hella Hammid fut testée quatre fois de cette manière. Le « juge aveugle » estima que toutes les transcriptions correspondaient aux cibles.

Hella Hammid réalisa avec succès des expériences de RV dans lesquelles les sujets se trouvaient dans des sous-marins en plongée profonde au large des côtes californiennes, et elle essaya de voir des sites dans la baie de San Francisco. Pat Price et Hella Hammid parvinrent même à visionner à distance Hal Puthoff en vacances en Amérique centrale. (14)

 

5. Tests variés :

Hal Puthoff et Russel Targ utilisèrent l’électroencéphalographie. L’« émetteur » s’asseyait dans une pièce, agressé par une lumière stroboscopique qui imprimait un certain motif à ses ondes cérébrales, pendant que le « récepteur » était installé dans une autre pièce, celle-ci étant électriquement isolée. Le « récepteur » était relié à un électroencéphalogramme pour voir si ses propres ondes cérébrales répondaient à celles de l’émetteur. Les deux chercheurs essayèrent six récepteurs, mais seul l’électroencéphalogramme d’Hella Hammid parut se modifier quand l’émetteur essaya de lui envoyer des informations psi. Les ondes cérébrales de celle-ci, cependant, au lieu de reproduire celles de l’émetteur, ne faisaient que légèrement diminuer les rythmes des ondes alpha et accentuer insensiblement ceux des ondes bêta, trahissant une légère réponse, non spécifique, à un stimulus. Le stimulus réel semblait avoir quelque effet, mais à un niveau trop enfoui pour être capté par l’équipement d’électroencéphalographie.

Hal Puthoff et Russel Targ ont aussi demandé à Pat Price et à d’autres sujets de visionner à distance des cibles sur des disques informatiques ou sur les puces en silicone des générateurs de nombres aléatoires. Ils ont aussi essayé de leur faire visionner des objets dans des petites boîtes, dans des séries de casiers ou dans des boîtes de films. En cette dernière matière, Hella Hammid était la plus performante.

Un jour, alors que Pat Price et Hella Hammid n’étaient pas là, Russel Targ lui-même localisa Hal Puthoff sur l’aérodrome d’une petite île, où ce dernier s’était rendu de manière inattendue.

On utilisa des objectifs technologiques, ce qui allait de photocopieurs et d’accumulateurs, à des stations d’épuration. On utilisa aussi la RV associative, dans laquelle des objets ou des localisations géographiques servaient de substituts pour des lettres et des nombres. Il y eut également des expériences de psychokinésie avec des magnétomètres et des pendules. La machine d’initiation à la PES (machine de Russel Targ) fut utilisée pour tester un groupe de cent écoliers locaux.

Les sujets ont été soumis à une batterie d’analyses médicales et psychologiques, analyses supervisées par la Palo Alto Medical Clinic. Elles visaient à isoler les caractéristiques psychologiques et neurophysiologiques qui tendaient à coïncider avec de bonnes dispositions psychiques. Il y eut un historique médical complet, huit tests sanguins, des EEG en état de veille, des EEG endormis, des tests auditifs et oculaires, un scan imageur magnétique du cerveau, un test de force de poigne au dynamomètre, le test de la fiche perforée, le test de l’acquisition de concepts verbaux, le test de dépistage d’aphasie de Halstead-Wepman, le test gestalt du moteur visuel de Bender, le test de mémoire de Buschke, le test de mémoire visuelle de Benton, le test du cube de Knox, le test de performance tactile, l’échelle d’intelligence de Wechsler chez l’adulte, l’inventaire des personnalités multiphasiques du Minnesota, le test de préférence de personnalité d’Edwards, le test d’aperception thématique (ou test d’imagination créatrice), le test des taches d’encre de Rorschach. Mais il ne ressortit aucun profil clair pouvant montrer ce qui faisait un bon médium. On repéra cependant quelques facteurs spécifiques. Quelques preuves suggéraient que les médiums les plus talentueux dans la population devaient aussi être relativement intuitifs, sans a priori, émotionnellement sensibles et très intelligents.

« Etant plus enclins aux états modifiés de conscience et aux expériences visionnaires qui les accompagnaient, beaucoup d’entre eux montraient aussi les caractéristiques des individus souffrant de troubles dissociatifs ou schizoïdes. En outre, les ‘‘asynchronicités’’ d’électroencéphalogramme et les schémas d’activité électrique déséquilibrée entre les deux lobes du cerveau étaient plus fréquents chez les meilleurs médiums. On trouvait souvent ces ‘‘asynchronicités’’ d’EEG chez des individus ayant des crises ou des attaques mineures, ou souffrant d’hyperactivité. On peut aussi les rencontrer chez des sujets qui peuvent réaliser certaines choses extraordinaires, comme calculer mentalement le chiffre Pi jusqu’à dix mille chiffres après la virgule, pouvoir donner automatiquement le jour de la semaine où tombera une date, par exemple le 29 novembre 2042, ou pouvoir jouer parfaitement un concert de piano de Mozart après l’avoir entendu une seule fois. » (J. Schnabel)

Pour l’essentiel, les médiums du SRI étaient des personnes saines, tant physiquement qu’émotionnellement, et dans certains cas en meilleure condition même que la moyenne. Dans ses études sur la religion primitive, Joseph Campbell avait noté que les chamanes partageaient certaines des qualités des névrotiques et des schizophrènes. Mais Joseph Campbell concluait que la crise chamanique, quand elle est correctement gérée, « fournit à l’adulte une intelligence et un perfectionnement supérieurs, mais aussi une plus grande endurance physique et vitalité d’esprit que chez les autres membres du groupe ». L’un des sujets psi de Russel Targ et d’Hal Puthoff était un patient du département psychiatrique du Centre médical universitaire de Stanford.

« Il y avait été admis après avoir prétendu que son épouse et son amant secret lui en voulaient. Il entendit leurs voix, il les ‘‘voyait’’ à distance en train de comploter… En bref, il présentait les symptômes classiques d’une schizophrénie paranoïde aiguë. Mais il prétendait également pouvoir lire les pensées des gens et voir des choses se passer dans des lieux très éloignés, et il insistait tellement à ce propos que l’un des psychiatres, connaissant les recherches du SRI, contacta Puthoff. Il lui demanda si le cas pouvait l’intéresser. Puthoff était sceptique. Il suggéra au psychiatre de faire dans un premier temps ses propres expérimentations informelles, en mettant notamment des cartes à jouer dans une enveloppe et en regardant si son patient pouvait les deviner.

Le praticien suivit le conseil de Puthoff. Et bientôt il revint en affirmant que son patient n’avait aucun problème pour deviner les cartes dans l’enveloppe. Mais ce n’était vrai que lorsqu’il n’était pas sous médicament. Quand on lui donnait de la thorazine, un antipsychotique, ses aptitudes psi disparaissaient comme ses psychoses. Finalement, Puthoff accepta de voir l’homme. Et après avoir réalisé plusieurs tests, il constata qu’il avait vraiment face à lui un savant extraordinaire. Mais il constata aussi que son sujet était mentalement très déstructuré – en fait il était ‘‘plus fou qu’un dingue’’ – et il était presque impossible de travailler avec lui. Puthoff le renvoya à Stanford. Il apprit plus tard, de la bouche même du psychiatre, que l’homme avait dit vrai d’un bout à l’autre. Après une enquête approfondie, la police avait déterminé que l’épouse de l’homme et son amant avaient réellement comploté pour le tuer.

De tels cas suggéraient que les problèmes psychiatriques, peut-être en encourageant des états modifiés de conscience, pouvaient d’une certaine manière activer ou libérer ce qui dans le cerveau – de quelque nature que ce soit – gouvernait les aptitudes psi. Mais ce qui était plus inquiétant, c’était que l’inverse pouvait aussi être vrai : à savoir que la pratique importante du psi pouvait provoquer des problèmes psychiatriques. » (J. Schnabel)

En juin 1973, sur l’invitation du chercheur tchèque Zdenek Rejdak, Hal Puthoff et Ingo Swann se rendirent à Prague à l’occasion de la première conférence internationale sur la recherche “psychotronique”. Les chercheurs psi soviétiques et est-européens semblaient désireux de savoir comment le SRI parvenait à garder ses sujets psi mentalement stables. Ingo Swann pensa qu’une bonne partie des sujets psi du bloc soviétique avait commencé à avoir de sérieux problèmes. (15)

 

6. Publication des travaux :

Russel Targ et Hal Puthoff publièrent une partie des travaux. Leur premier article parut en novembre 1974 dans la revue « Nature », cet article décrivant les recherches effectuées avec Uri Geller, Pat Price, Hella Hammid et les autres. Un an et demi après, ils publièrent un texte plus long dans le journal de la société d’ingénierie électrique, « Proceedings of the IEEE ».

« Dans un premier temps, le rédacteur en chef du journal, un scientifique des laboratoires Bell, Robert Lucky, voulait refuser l’article. Mais après une visite de Puthoff et Targ aux laboratoires Bell pour répondre aux questions des scientifiques sceptiques, Lucky s’avoua très impressionné. Finalement, il se livra lui-même à ses propres expériences informelles de RV et il conclut que cette dernière était probablement réelle. Un journaliste le citera même un jour en disant : ‘‘La matière psychique n’est vraiment pas plus farfelue que certains principes de la physique qui sous-tendent le laser.’’ » (J. Schnabel) (16)

 

7. Les sceptiques :

Les chercheurs du SRI eurent affaire à des « incroyants » cherchant à prouver l’inanité des recherches faites. Ce fut le cas de Laura Dickens (un pseudonyme), une employée de la CIA. Elle dit à Hal Puthoff qu’elle venait tourner sa recherche en ridicule. Il l’autorisa à assister à une séance de RV hors site de Duane Elgin.

« Ensuite, avec la transcription des commentaires d’Elgin en main, Dickens, le médium, Targ et Puthoff se rendirent sur le site visualisé. La description d’Elgin correspondait clairement, mais cela n’impressionna pas pour autant Dickens. ‘‘Il y a un truc’’, dit-elle à Puthoff. » (J. Schnabel)

Le lendemain, Laura Dickens et Hal Puthoff furent les expérimentateurs hors site. Ils récupérèrent auprès de Bart Cox des sites choisis au hasard et se rendirent sur place.

« La veille, Dickens avait soupçonné qu’une voiture ou même un hélicoptère ait pu suivre les expérimentateurs hors site pour rapporter discrètement les données à Elgin au SRI. Donc, ce jour-là, Dickens n’attendit avec Puthoff que quinze minutes sur les trente qu’ils devaient passer normalement sur le site. Elle supposa qu’alors la voiture ou l’hélicoptère devaient être partis depuis longtemps à ce moment-là. Puis elle dit : ‘‘OK, reprenons la voiture et partons sur un autre site.’’ Puthoff se plaignit que Dickens puisse ainsi bouleverser leur protocole. Mais elle insista et ils partirent vers un autre site qu’elle choisit. Quand les trente minutes de l’expérience furent effectivement passées, ils retournèrent au SRI.

Et là ils découvrirent qu’Elgin était resté sans arrêt en connexion avec la cible. Il avait précisément décrit le premier site, puis il avait noté que les expérimentateurs retournaient inopinément vers la voiture au milieu de la séance. Ils s’étaient alors rendus sur le nouveau site qu’il avait décrit. Laura Dickens demanda qu’on lui laisse la nuit pour réfléchir à tout ça. » (J. Schnabel)

Hal Puthoff et Russel Targ décidèrent alors d’utiliser Laura Dickens comme « visionneuse à distance ». Au début elle refusa, puis elle accepta. Hal Puthoff récupéra les coordonnées d’un site, s’y rendit et attendit là pendant la ½ heure requise, pendant que Russel Targ, lui, était resté, avec Laura Dickens, dans la salle de vision à distance. Russel Targ dit à Laura Dickens de fermer les yeux et d’utiliser son imagination. Elle vit un pont près d’un torrent. Hal Puthoff revint au bout d’un moment avant de repartir vers le site avec les deux autres participants à l’expérience. La cible était bien un pont au-dessus d’un petit torrent, dans un parc sur le campus du SRI.

« Dickens parut un peu ébranlée. Mais, après quelques instants, elle se ressaisit. Elle considéra que Targ, dans la salle de visualisation, l’avait d’une quelconque manière subliminale mise sur la voie du site. Elle déclara qu’elle voulait retenter l’expérience, mais cette fois en l’absence de Targ.

D’accord, répondirent les deux physiciens. Ils la laissèrent dans la pièce et scellèrent la porte avec une bande adhésive pour s’assurer qu’elle ne puisse pas les accuser d’avoir des protocoles vagues. Puthoff partit encore une fois chercher un site auprès de Cox, puis il se rendit sur le site. L’endroit était la Réserve naturelle de Baylands, à Palo Alto. Au terme du temps requis, il revint au SRI. Ils enlevèrent l’adhésif témoin sur la porte et pénétrèrent dans la pièce de visualisation.

Dickens était recroquevillée dans un coin, les mains sur ses oreilles et son bloc-notes serré contre sa poitrine, pour déjouer toute caméra de vidéosurveillance ou des enceintes ”subliminalo-suggestives” qui pouvaient être dissimulées dans la pièce.

Les deux hommes regardèrent ce qu’elle avait dessiné et sourirent. Puis ils l’emmenèrent jusqu’à la réserve. De nouveau, il était évident que Dickens avait décrit le site.

Cette dernière parut de nouveau malheureuse. Mais, encore une fois, ses croyances reprirent rapidement le dessus et elle déclara qu’elle savait comment le truc se manifestait. Puthoff et Targ avaient simplement regardé ses dessins et ils l’avaient emmenée sur le site qui correspondait le mieux à ceux-ci.

Elle leur dit qu’elle voulait refaire l’expérience avec un autre site. Cette fois, elle voulait que les deux hommes se rendent là-bas, puis qu’ils reviennent et lui disent quel était le site avant qu’elle leur montre les croquis.

OK, dirent encore une fois Puthoff et Targ. Ils ‘réenfermèrent’ Dickens dans la pièce avec l’adhésif à la porte. Ils récupérèrent les coordonnées du site auprès de Bart Cox et s’y rendirent. Il s’agissait cette fois d’une aire de jeux pour les enfants, à environ trois kilomètres du SRI. Il y avait un certain nombre de choses à cet endroit-là, mais la structure la plus éminente était un tourniquet avec des barres à anneaux, autrement dit un dispositif auquel les bambins s’accrochent en hurlant, en essayant de résister à la force centrifuge. En somme une sorte de ‘mini-manège’. » (J. Schnabel)

Ils rentrèrent au SRI et indiquèrent à Laura Dickens les coordonnées du site. Or, la femme avait dessiné quelque chose qui ressemblait beaucoup au “mini-manège” avec ses barres à anneaux, mais, comme le faisaient souvent les “visionneurs”, elle avait mal analysé son dessin, décidant qu’il s’agissait d’une coupole qui pouvait s’adapter au sommet d’une maison. Cependant, la correspondance visuelle entre son dessin et le petit tourniquet était si frappante que lorsqu’Hal Puthoff et Russel Targ emmenèrent Laura Dickens sur place, elle tendit le doigt vers celui-ci et dit :

C’est ça, n’est-ce pas ?

Avant d’ajouter :

Mon Dieu, ça marche !

Elle se révéla l’une des meilleures « visionneuses à distance » que le SRI eut l’occasion de tester. Elle rejoignit un petit groupe informel d’espions psychiques interne à la CIA.

Les critiques les plus dures contre les deux chercheurs émanèrent de sceptiques qui appartenaient au SRI et qui essayèrent, en vain, de faire cesser les recherches. A l’extérieur du SRI, Russel Targ et Hal Puthoff furent qualifiés par Leon Jaroff (rédacteur en chef de la rubrique « Sciences » du “Time”) de crédules et d’approximatifs, et les responsables de la revue “Nature”, où Hal Puthoff et Russel Targ avaient publié leur premier article, reçurent très froidement ces derniers. Cependant, certains critiques avancèrent ostensiblement des arguments valides, ce qui obligea les chercheurs du SRI à améliorer leurs techniques d’analyse des données.

« Les résultats que les deux compères publiaient pouvaient être aussi spectaculaires qu’ils voulaient, on posait toujours comme principe qu’ils étaient erronés, même si personne ne parvenait à détecter la moindre erreur. Et il existait un consensus scientifique pour répéter dans tous les cas que l’existence de la RV n’était ‘pas prouvée’.

Ce préjugé scientifique répandu contre le psi permettait aux sceptiques d’attaquer le travail du SRI sur des bases relativement non scientifiques. » (J. Schnabel)

Jim Schnabel note que les critiques les plus sérieuses concernaient les transcriptions des séances de RV hors site, que des juges emportaient avec eux pour les confronter à la liste de sites/cibles.

« Il fut remarqué que les transcriptions concernant un objectif donné contenaient parfois des références à d’autres cibles de la série qui avaient déjà été visualisées. Les sceptiques considérèrent que cela invalidait l’expérience, parce que cela permettait aux juges de confronter les transcriptions aux cibles simplement en cherchant dans les transcriptions des indices non liés au psi. Tout en admettant qu’ils avaient fait une erreur, Puthoff et Targ maintinrent qu’en enlevant des transcriptions les indices faisant allusion par inadvertance à d’autres cibles, les données reprises continuaient de suggérer l’existence du psi. Ils signalèrent aussi que la procédure de confrontation qu’ils utilisaient, tout en simplifiant la dimension mathématique de la situation, sous-estimait largement la valeur statistique réelle des résultats de la RV. Par exemple, Pat Price avait correctement nommé la tour Hoover comme cible. Le taux de chance pour que cet objectif ait été nommé par hasard, affirmaient-ils, devait être astronomique, et peut-être même incalculable. » (J. Schnabel)

En outre, Leon Jaroff (1974) n’a pas manqué de préciser que Hal Puthoff et Ingo Swann étaient, à l’époque, membres de l’Eglise de Scientologie. On notera qu’ils avaient rejoint cette dernière dans les années 1960, à une époque où elle était beaucoup moins controversée. Hal Puthoff quitta la Scientologie au milieu des années 1970, avant d’apporter son soutien à un groupe d’anti-scientologues… Et Ingo Swann quitta aussi, ultérieurement, cette organisation. En outre, jusqu’à sa mort, Pat Price avait été impliqué dans la Scientologie. Hal Puthoff et Pat Price s’étaient rencontrés à un cours de Scientologie à Los Angeles. L’un des laborantins d’Hal Puthoff était un scientologue.

« L’astronaute Edgar Mitchell, dont la fondation privée avait financé une partie du travail du SRI avec Geller, s’était brièvement intéressé à la Scientologie. Même le contrat de Pat Price avec sa compagnie houillère avait des liens avec l’Eglise de Ron Hubbard. L’un des principaux responsables de la société avait guéri d’une grave maladie, croyait-il, grâce à l’aide des techniques scientologiques. Et, plus tard, il essaya d’utiliser ces techniques pour ‘guérir’ les problèmes professionnels de sa société. Il avait entendu parler de Pat Price au sein de la Scientologie.

Selon l’une des doctrines centrales de l’Eglise de scientologie, les êtres humains avaient des aptitudes psi innées. Donc, une idée s’était répandue chez certains critiques selon laquelle des scientologues ne pouvaient exécuter des expérimentations psi impartialement. Des résultats négatifs seraient à l’encontre de leur religion. Puthoff, soutenu par Targ, qui lui n’était pas scientologue, insista sur le fait qu’à l’intérieur de son laboratoire il était un scientifique avant tout. Quoi qu’il en soit, un an ou deux après l’article de Leon Jaroff, Puthoff quitta la Scientologie. Mais, même deux décennies encore plus tard, certains observateurs du monde de la RV continuaient d’évoquer avec un ton désapprobateur la connexion avec la Scientologie. » (Jim Schnabel)

Selon Richard Kennett, l’analyste de l’agence de renseignement (CIA), la RV était clairement un phénomène authentique. Néanmoins, pour lui, le problème était que de tous les médiums évalués par le SRI et la CIA, seul Pat Price s’était montré suffisamment précis et fiable pour être utilisé régulièrement dans un cadre d’espionnage. Et même dans ce cas, tout son travail avait souvent été disqualifié par le « facteur ricanement ». De plus, à l’été 1975, Pat Price était décédé. En outre, la CIA ne pourrait pas supporter un programme de développement du phénomène de la RV, pour le rendre plus précis et plus fiable, même en utilisant des sujets relativement ordinaires. Il aurait fallu des années de financement improvisé, un programme à grande échelle et à long terme impliquant beaucoup d’argent, des études neuropsychologiques en profondeur des médiums, et de nombreuses expérimentations rigoureuses de RV. L’information serait en outre répercutée dans les grands médias, au milieu d’un concert de sarcasmes et de protestations.

La CIA cessa de confier des contrats au SRI, et le groupe informel de “visionneurs à distance” au sein de l’Agence finit progressivement par éclater. Quand John McMahon changea de poste en 1976, il fut remplacé à la tête de l’OTS par Dave Brandwyne, lequel n’éprouvait pas beaucoup de sympathie à l’endroit de la RV.

Fin 1974, quand le second et dernier contrat de la CIA approcha de son terme, Hal Puthoff et Russel Targ furent confrontés à un sérieux problème de financement. Ils cherchèrent des fonds, leur travail au SRI était sur la sellette… Ils allèrent voir Richard Bach (l’auteur de « Jonathan Livingstone le goéland »), lequel leur donna 40.000 dollars. Il demanda seulement de participer à une séance en tant que « visionneur ». Cette somme et quelques autres du même type provenant de sources publiques et privées leur permirent de tenir les deux années suivantes. Un contrat, pour une valeur d’environ 100.000 dollars, fut financé par le Bureau de la recherche navale. Il se concentrait sur des expériences de télépathie mesurée par électroencéphalogrammes et sur des RV opérationnelles de sous-marins et d’autres cibles militaires étrangères. Le contrat fut prudemment intitulé : « Repérage de sources EM (électromagnétiques) distantes ». En 1976, Sam Koslov, le conseiller scientifique du secrétaire à la Marine, ordonna la rupture du contrat, cet individu étant franchement hostile au psi.

A la fin de l’été 1977, un article de John Wilhelm fut publié dans le “Washington Post”, cet article étant relatif aux recherches gouvernementales en matière d’espionnage psychique. Le ton était « prudemment sceptique ». Le lendemain, Stansfield Turner, le directeur de la CIA, fut interrogé sur le sujet lors d’une conférence de presse prévue bien avant la parution de l’article.

« Turner reconnut que la communauté du renseignement avait réalisé quelques recherches dans ce domaine, principalement pour répondre aux rapports qui faisaient état de semblables recherches psi. Mais il minimisa l’importance du psi, en disant qu’il s’agissait d’une escapade intéressante mais qui ne servait à rien. Turner, faisant clairement référence à Pat Price, déclara que la CIA avait travaillé avec un homme qui semblait posséder de véritables aptitudes psychiques. Cet homme s’était montré capable de récupérer des images de cibles étrangères qu’il n’avait jamais vues, mais les dessins, bien qu’ils fussent assez précis, restaient, selon Turner, assez rudimentaires. De toute façon, ajouta le directeur de la CIA avec un sourire, ‘il est mort et nous n’avons plus jamais entendu parler de lui’. » (J. Schnabel) (17)

 

8. Stephan Schwartz :

stephan-4.jpgHal Puthoff obtint un petit contrat de Dale Graff, un physicien de la Division des technologies étrangères de l’Air Force. Dale Graff voulait essayer de reproduire le travail de communication psi que la Marine soviétique aurait réalisé avec succès, et il voulait aussi explorer l’hypothèse des Soviétiques concernant le psi, à savoir sa transmission via des ondes électromagnétiques de fréquences extrêmement basses (ELF).

Stephan SchwartzEn juillet 1977, une opportunité de réaliser ces expériences se présenta grâce à Stephan Schwartz, un ancien officier de la Navy devenu un homme d’affaires prospère de Los Angeles et un fervent partisan du psi.

Il persuada Ingo Swann et Hella Hammid de servir de “visionneurs à distance” pour localiser des navires naufragés jusque-là non retrouvés, au large des côtes californiennes. Ingo Swann et Hella Hammid se fixèrent sur une zone localisée près de l’île Santa Catalina, à cinquante kilomètres environ au sud-ouest de Los Angeles, et ils dessinèrent divers objets de navire que l’on devait pouvoir trouver, selon eux, sur les lieux. Puis Stephan Schwartz loua un petit submersible du laboratoire de marine de l’Université de Californie du Sud. Ingo Swann et Hella Hammid descendirent dans le sous-marin et découvrirent des débris qui laissaient supposer qu’ils avaient découvert le bon site de naufrage.

En accord avec Stephan Schwartz, ils utilisèrent aussi le submersible pour exécuter des expériences pour le contrat secret de Dale Graff pour l’Air Force. A un moment prédéterminé, une équipe d’expérience RV du SRI se rendit sur un site/cible choisi au hasard dans la baie de San Francisco. Dans le sous-marin, à cent-soixante mètres de profondeur, Hella Hammid essaya de capter des impressions de l’endroit visité. Elle vit un objet haut et imposant, un grand arbre énorme, avec beaucoup d’espace derrière. On dirait, dit-elle, « un à-pic ou une palissade, ou une falaise derrière ». On avait donné à Hella Hammid, dans le sous-marin, une série de six enveloppes contenant des photographies de sites distincts de la baie de San Francisco, et l’une des cibles était précisément l’endroit que l’équipe du SRI venait de visiter. Il fallait qu’elle rapproche sa description de la photo correspondante. Elle sortit immédiatement le cliché d’un chêne géant au sommet de la colline de Portola Valley…

Ingo Swann descendit plus tard dans le submersible, à soixante-quinze mètres de profondeur. Pendant ce temps, l’équipe du SRI se rendait sur un autre site. Ingo Swann décrivit « un sol de pierre plate, des murs, un petit bassin, une allée de pierre rougeâtre, de grandes portes, une promenade, un espace clos ». Parmi les six cibles possibles, il choisit une galerie marchande avec un bassin d’eau à Mountain View, et il recopia le “message/leurre” au dos (message qui n’était pas censé être exécuté).

Les deux “visionneurs” avaient vu juste. Après cette première série d’expériences, trois autres “visionneurs” essayèrent, depuis le SRI, de recueillir des informations dans le sens inverse. Au moment prédéterminé, ils essayèrent de voir les photographies qui se trouvaient dans les enveloppes à bord du sous-marin. Les enveloppes/cibles avaient été choisies par Hella Hammid et Ingo Swann, qui se trouvaient dans le submersible, parmi un grand choix d’enveloppes qu’ils avaient emmenées avec eux. De retour au SRI, les “visionneurs” confrontèrent leurs descriptions des cibles aux photographies qu’on leur présentait. Il y eut deux bonnes tentatives sur trois.

Les expériences avaient plus ou moins infirmé la théorie soviétique sur le psi, celle qui implique des rayonnements électromagnétiques à extrêmement basse fréquence (ELF).

« A la profondeur où se trouvait le submersible pendant les expérimentations, l’eau de mer réduit de telles ondes ELF aux fréquences visées (supposées être au même niveau que les fréquences des ondes du cerveau) à moins de 1% de leur puissance au-dessus de la surface de l’océan. Si l’hypothèse ELF avait été juste, Swann et Hammid auraient dû noter une réduction majeure de la précision de leur RV. Mais, en l’espèce, les séances étaient aussi précises et rapides que toutes celles qu’ils avaient effectuées à courte portée sur terre. Pour le SRI et ses clients militaires, l’hypothèse ELF était donc enterrée. » (J. Schnabel)

Hal Puthoff et Dale Graff exposèrent les résultats à un sous-secrétaire de la Navy… On fit dire à Hal Puthoff que la Navy n’avait aucune envie de discuter de RV ou de quelque autre manifestation du paranormal. Hal Puthoff apprit plus tard que Sam Koslov, une fois de plus, était intervenu pour empêcher toute implication de la Marine. (18)

 

9. Gary Langford et Frances Bryan :

« Un jour, en 1976, au cours d’une série d’expériences de RV hors site à grande distance au SRI, on demanda à Gary Langford de localiser Russell Targ. Celui-ci se trouvait alors à l’extérieur du Superdome de La Nouvelle-Orléans, à plus de trois mille kilomètres de là. Moniteur de l’expérience, Hal Puthoff était assis dans la salle de RV avec Langford. Il vit ce dernier hésiter. » (J. Schnabel)

Le “visionneur” percevait quelque chose, mais il ne voulait pas dire ce que c’était. Finalement, il déclara à Hal Puthoff qu’il voyait quelque chose qui ressemblait « à une soucoupe volante au milieu d’une ville ». Et c’est ce qu’il représenta, avant de le modifier un peu plus tard pour lui donner l’apparence d’un grand édifice en forme de dôme. Il apparut plus tard que Russell Targ, debout devant le “Superdome” et décrivant la scène autour de lui, avait également comparé le bâtiment à une soucoupe volante.

Un jour de mai 1978 on tendit à Hal Puthoff un fax classifié spécial émanant du bureau du général Ed Thompson au Pentagone. Apparemment, Ed Thompson l’envoyait pour le compte de la CIA. C’était une tâche urgente concernant un bombardier soviétique, un Tupolev Tu-22, type d’avion auquel l’OTAN donnait le nom de code « Blinder ». Il avait été perdu quelque part au-dessus du Zaïre et s’était manifestement écrasé dans la jungle. Hal Puthoff choisit le “visionneur” Gary Langford, un spécialiste informatique du SRI. Il s’était révélé particulièrement bon sur les cibles de renseignement high-tech. En moins de dix minutes, il sentit une rivière dans la jungle, la majeure partie de l’avion étant submergée. Il dessina une queue abîmée émergeant de la surface de la rivière, et il essaya de dessiner la zone entourant le site du crash… Hal Puthoff faxa les informations au Pentagone.

Dale Graff, le physicien de l’Air Force, était aussi sur l’affaire du Zaïre. Il était à la Division des technologies étrangères de l’Air Force, à la base aérienne de Wright-Patterson dans l’Ohio. A la fin des années 1970, il avait essayé de communiquer télépathiquement avec un ami qui vivait à l’autre bout de la ville, chacun des deux passant au crible le contenu de ses rêves pour essayer de découvrir des éléments qui auraient pu être envoyés par l’autre. Accessoirement, Dale Graff donnait des cours de parapsychologie à des étudiants. Il était l’un des principaux commanditaires de GRILL FLAME, il était aussi l’un des pourvoyeurs de fonds du SRI, et il avait réuni, à Wright-Patterson, un petit groupe informel de “visionneurs”, dont l’un des meilleurs sujets était une femme, Frances Bryan. Dale Graff donna à celle-ci une photo du Tu-22, en lui disant qu’un avion de ce type s’était écrasé quelque part en Afrique.

« Le dessin qu’elle produisit de l’avion crashé n’était pas aussi détaillé que celui de Langford. En revanche, elle fournit une bien meilleure vue aérienne du site et de la rivière, avec de nombreuses caractéristiques déterminantes du secteur. Graff rapprocha le dessin d’une zone qui se trouvait précisément dans la région où, pensait-on, le Tupolev avait dû tomber. Des synthèses des informations fournies par Bryan et Langford furent envoyées, via le Pentagone, à la Division Europe et Afrique du Directoire des opérations de la CIA. Celle-ci câbla l’information – sans mentionner l’origine non conventionnelle de la source – au chef de la station de l’Agence à Kinshasa. » (J. Schnabel)

Celui-ci ne fut pas très impressionné car la zone indiquée dans le câble se trouvait à environ cent-dix kilomètres à l’ouest du secteur où, selon sa propre équipe, le bombardier était tombé. De nouvelles cartes du secteur furent étudiées, et le bureau de Dale Graff fut en mesure de rapprocher vraiment le dessin de Frances Bryan d’un point spécifique le long d’une rivière particulière. L’équipe de la CIA trouva la principale partie intacte de l’avion écrasé, dans la rivière indiquée par le bureau de Dale Graff, à un peu plus de quatre kilomètres des coordonnées fournies. Le Président Carter voulut savoir comment ils avaient réussi à retrouver l’avion si rapidement. Stansfield Turner mentionna le rôle joué par les médiums. Jake Stewart, du National Security Council, et Charlie Rose, représentant du Congrès, avaient informé Jimmy Carter de l’existence du programme du SRI. Dix-sept ans après, encore émerveillé par l’épisode du Zaïre, il y fit brièvement allusion (avec quelques erreurs de détail) devant des étudiants qui l’avaient interrogé sur les événements inhabituels survenus sous sa présidence.

On présenta à Hal Puthoff une photo du site du crash.

« Le cliché représentait une rivière brune turbulente et la queue métallique de l’avion de reconnaissance soviétique sortant de l’eau. La photo ressemblait tellement au premier dessin de Langford qu’on aurait dit que le médium s’était rendu sur place avant tout le monde, errant comme un fantôme entre les arbres et observant tranquillement ce qu’aucun œil mortel n’avait encore vu. » (J. Schnabel) (19)

 

10. Jack Vorona, Dale Graff, époque de l’administration Carter :

A l’époque de l’opération du Zaïre, le SRI recevait des fonds d’une demi-douzaine de sources, dont le Directoire du renseignement scientifique et technique (DT) de la DIA et le bureau de Dale Graff à Wright-Patterson. Il y eut bientôt l’unité de RV du général Thompson à Fort Meade. Mais les superviseurs des contrats au titre des différents bureaux de financement commencèrent à entrer en compétition les uns contre les autres… Au début de 1979, le financement et l’exécution des tâches furent coordonnés par la DIA, et les éléments séparés du projet furent désormais connus sous le nom de code collectif GRILL FLAME.

Jack Vorona, un ancien physicien nucléaire, dirigeait la section DT de la DIA. Il était l’un des principaux scientifiques du Pentagone. Le budget pour le programme du SRI se situait maintenant entre 500.000 et 1 million de dollars par an, avec une douzaine de personnes salariées. Hal Puthoff avait engagé Ed May, un physicien expert en informatique, et le représentant du gouvernement sur place, Jim Salyer de la DIA, avait été formé pour pouvoir intervenir comme moniteur. Quand des tâches opérationnelles arrivaient, elles passaient d’abord par Jim Salyer, généralement sous la forme d’un courrier, d’un fax ou d’un coup de téléphone sécurisé.

Pour les tâches opérationnelles, surtout lorsque le “visionneur” était Ingo Swann, on utilisait des cibles de « calibrage » avant et après la séance principale. Ingo Swann pensait qu’il pouvait à peu près évaluer la précision de la séance opérationnelle à partir des résultats de l’exercice de « calibrage ». On distinguait les cibles de classe A (cibles purement pratiques), de classe B (cibles opérationnelles) et de classe C (objectifs de calibrage).

Parmi les cibles confiées aux “visionneurs”, il y avait des sites de recherche et de production biologiques : Obolensk, Stepnogorsk, Berdsk, une île sur la mer d’Aral appelée Vozrozhdeniye, et dans la ville de Sverdlovsk où un accident militaire impliquant des spores d’anthrax aurait tué des centaines de civils en 1979. Au milieu des années 1980, la DIA et la CIA dressèrent une liste des sites soviétiques de ce type qui contrevenaient à un traité de 1972 interdisant les recherches sur les armes biologiques offensives.

Les “visionneurs” du SRI, particulièrement Gary Langford, contribuèrent à des opérations simultanément confiées aux “visionneurs” de Fort Meade.

« Les dessins et les descriptions de Langford du sous-marin géant Typhoon, à Severodvinsk en 1979, correspondaient très largement à ceux qu’avait fournis Joe McMoneagle à Fort Meade. Et cette concordance contribua à convaincre Jake Stewart et ses collègues du NSC de prendre ces informations au sérieux. Langford et Swann visualisèrent aussi le test nucléaire chinois avorté cette même année. Le premier décrivit précisément une explosion, mais qui n’avait rien de nucléaire. Swann, hélas, dévia sur une explosion nucléaire prématurée qui aurait tué des milliers de scientifiques chinois.

Langford, Swann et les autres ciblèrent des sous-marins soviétiques en plongée. Entre autres choses, on leur demanda d’espionner des failles particulières sous l’Atlantique, pour découvrir si des ‘tonnants’ soviétiques – des sous-marins lance-missiles balistiques intercontinentaux – ne s’y cachaient pas. On demanda aussi à Swann et Langford de participer à une mystérieuse et urgente opération de récupération d’une arme nucléaire de l’OTAN perdue près de l’Espagne, autour de 1980. » (J. Schnabel)

Au début de 1979, Dale Graff dit à Hal Puthoff que l’Air Force entendait financer un projet considérable de plusieurs milliards de dollars, qui dépendait entièrement de la sécurité. Ce programme concernait notamment un nouveau missile balistique intercontinental, le MX, lequel devait être basé dans un endroit spécial, un site qui devait permettre d’éviter un nouveau Pearl Harbour… Hal Puthoff avait assisté à l’expérimentation idoine qui pouvait intéresser les gens de l’Air Force. Le parapsychologue Charles Tart (de l’Université de Californie à Davis) avait en effet effectué une expérience de dépistage de masse des aptitudes psi, avec un financement provenant du programme du SRI, un test basique utilisant des cartes de PES ayant été, au début, utilisé. Après avoir testé deux mille étudiants, il fit un nouveau dépistage avec un test informatique de PES, ce qui permit à Charles Tart de sélectionner les dix meilleurs sujets. Il fit subir à ces derniers la dernière expérience qui utilisait essentiellement un programme de simulation informatique d’un jeu de bonneteau, avec dix coques à choisir, le projet que voulait financer l’Air Force s’inspirant en quelque sorte du jeu de bonneteau… Le sujet devait trouver sous quelle coque se trouvait la bille, l’ordinateur redistribuant aléatoirement, à chaque tour, l’ordre des coques. Le meilleur sujet de Charles Tart fut Mary Long. En appliquant les résultats au problème du MX, Hal Puthoff calcula qu’avec un tel taux de réussite, Mary Long trouverait le MX caché, avec une précision de 80 %, en seulement cinquante essais. Cela ne prendrait que quelques heures à Mary Long ou à une équipe de “visionneurs” aussi performants qu’elle pour percer un dispositif à propos duquel le Pentagone s’apprêtait à dépenser des milliards de dollars. Mais l’Air Force, qui veillait jalousement sur le principe du bonneteau du projet MX, fit mine d’ignorer le rapport relatif à la RV. Hal Puthoff exposa les résultats de son étude MX à Jake Stewart au NSC, et Jake Stewart fit passer le rapport à d’autres responsables de l’administration Carter. Certains refusèrent d’admettre l’idée que des médiums puissent avoir un impact dans des dossiers stratégiques aussi importants, d’autres furent plus impressionnés.

La bourse de Dale Graff ayant été révoquée, la carrière de celui-ci à Wright-Patterson arriva à son terme. Il rejoignit le groupe de Jack Vorona à la DIA.

A la fin de l’administration Carter, le programme du SRI atteignait son apogée. (20)

 

11. Etudes diverses :

– Il y eut des études de “RV précognitive”. Dans ce cas, on modifiait le pourcentage de chances de découvrir un objectif choisi par un ordinateur. Ainsi, la cible 1 pouvait avoir 67 % de chances d’être choisie tandis que la cible 2 avait 33 % de l’être… Hal Puthoff et ses collègues voulaient savoir si un “visionneur” était toujours aussi bon pour capter n’importe quel événement/cible ou si les objectifs plus rares, comme des événements inattendus de la vie réelle, étaient plus difficiles à « pré-visionner », même avec le psi. Les données laissent entendre que les “visionneurs” avaient tendance à voir le futur probable plutôt que le futur réel. Cela explique peut-être pourquoi les numéros de loterie et d’autres objectifs à faible probabilité sont difficiles à prévoir.

 

– On réalisa aussi des expériences de RV longue distance portant sur des milliers de kilomètres. On pratiqua des simulations au cours desquelles les “visionneurs” essayaient de voir des victimes kidnappées ou des bombes dissimulées par des terroristes. Beaucoup de travail fut réalisé sur des cibles techniques (centrales nucléaires, usines aéronautiques, etc.), afin de familiariser les esprits des “visionneurs” avec les subtilités des technologies militaires.

 

– On donna aux “visionneurs” de nombreux tests de personnalité, afin d’analyser leurs habitudes, leurs humeurs et leurs systèmes de croyances, leurs réactions au stress, et d’autres variables. On leur fit passer des tests neurologiques, des électroencéphalogrammes, et on les emmena au Laboratoire national de Los Alamos pour procéder à des scanners poussés des ondes cérébrales à l’aide d’un “magnétoencéphalographe” supraconducteur. On cherchait la région du cerveau où les fonctions psi prenaient naissance, les lobes temporaux semblant impliqués dans le processus.

 

– On testa les expériences de sortie hors du corps de Joe McMoneagle. On lui demandait de s’allonger et de parcourir « astralement » un couloir pour pénétrer une pièce fermée à clé. Il devait dire quel objet/cible avait été laissé par Hal Puthoff à l’intérieur. Auparavant, ce dernier devait indiquer à Joe McMoneagle la direction de la pièce où se trouvait la cible, « afin que son corps astral ne perde pas son chemin ».

 

– Au cours d’une expérience de RV avec Joe McMoneagle, un ordinateur se trouvant près de la salle de vision à distance tomba soudainement en panne. On demanda au médium de recommencer délibérément à mettre l’ordinateur en panne, mais la plupart de ses actions “psychokinétiques” étaient accidentelles, à défaut d’être des coïncidences. Lors d’une réunion de l’Académie Américaine pour l’Avancement de la Science, Hal Puthoff et Russel Targ y firent accessoirement allusion en notant qu’il existait de « faibles perturbations observables des équipements au cours des séances de RV ».

 

– Au début des années 1980, on étudia les possibles connexions entre la RV et l’état du champ magnétique terrestre. Cette recherche débuta après la lecture, par Hal Puthoff, d’un article de Michael Persinger, de l’Université Laurentian (Ontario). Soupçonnant que le psi est au moins véhiculé par les rayonnements électromagnétiques ELF, il avait réuni les données de centaines de témoignages ou de rapports d’expériences PES spontanées, en essayant de découvrir des corrélations entre ces données et plusieurs autres variables connues pour fluctuer d’un jour à l’autre.

« Il déboucha sur une corrélation relative, montrant que les expériences PES avaient tendance à survenir plus souvent les jours d’activité magnétique faible ou quasi inexistante. A contrario, cela laissait entendre que les tempêtes magnétiques intenses pouvaient d’une certaine manière interférer avec le psi. » (J. Schnabel)

La découverte de Michael Persinger semblait soutenir la théorie des ‘‘extrêmement basses fréquences’’, dès lors que les ‘‘parasites’’ magnétiques de niveau ELF dans l’atmosphère rendaient naturellement plus difficile pour le cerveau d’un “visionneur” de détecter et donc de récupérer les signaux ELF de type psi. Ce serait « comme essayer d’écouter une station de radio grandes ondes faibles pendant un orage ». Hal Puthoff et ceux qui s’opposaient à la théorie des ELF estimaient que les parasites magnétiques pouvaient interférer avec le psi d’une autre manière, peut-être en provoquant des changements subtils dans les cerveaux des “visionneurs”, « en rendant plus difficile pour eux l’accès à leurs fonctions psi et peut-être également à des fonctions plus prosaïques ».

Hal Puthoff construisit son propre mesureur du champ géomagnétique, avec l’aide de Marcia Adams, chercheuse de l’Université de Stanford, laquelle avait conçu des récepteurs basses fréquences pour l’armée. Les arbres semblant être d’excellentes antennes ELF, Hal Puthoff et Marcia Adams accrochèrent un petit amplificateur de signaux ELF à un grand chêne devant leur bâtiment du SRI, puis ils connectèrent la sortie du récepteur à un ordinateur qui produisait une valeur de champ ELF toutes les minutes. Ils découvrirent, comme Michael Persinger, une corrélation entre l’activité géomagnétique basse, dans la gamme des ELF, et la réussite des expériences psi. Hal Puthoff considéra que cette corrélation était trop infime pour que l’on s’en préoccupe. Et ni les pluies de protons, ni les rayons X, ni les orages géomagnétiques n’empêchaient les médiums du SRI d’accomplir leurs périples à travers le temps et l’espace.

 

– En 1982, Hal Puthoff entendit parler d’une étrange expérience chinoise :

« Elle se déroulait de la manière suivante : une série de caractères chinois tracés sur du papier de riz était placée au sommet d’une bande de film hautement sensible. Des détecteurs ‘électro-optiques’ étaient aussi dirigés vers les caractères et le film, pour pouvoir déceler indépendamment toute apparition de lueur. Tout le dispositif était scellé à l’intérieur d’une boîte noire hermétique, empêchant le passage de toute lumière. Puis on demandait à un médium (ou un ‘sujet FBHE’, pour utiliser la terminologie chinoise pour le psi, ‘Fonction biologique humaine extraordinaire’) de visualiser à distance les caractères sur le papier de riz à l’intérieur de la boîte. Quand le sujet psi commença de visualiser, affirmèrent les chercheurs chinois, les détecteurs dans la boîte se mirent à enregistrer des impulsions lumineuses substantielles à des fréquences visibles et infrarouges, tandis que le film sensible, quand il fut récupéré et développé, avait été exposé à la forme des caractères chinois… mais seulement pour les caractères que le médium avait correctement visualisé ! » (J. Schnabel)

Au cours des premières expériences psi effectuées au SRI, Hal Puthoff avait demandé à Ingo Swann d’affecter la puissance du magnétomètre de Stanford. Le médium semblait y parvenir seulement quand il essayait de visualiser l’intérieur de l’appareil. Puis il y avait eu les pannes des ordinateurs pendant les séances de Joe McMoneagle. En utilisant des procédures de double aveugle, Hal Puthoff et ses collègues placèrent des diapositives de sites/cibles choisies au hasard devant un tube photomultiplicateur sensible. Puis il demanda à des “visionneurs” d’essayer de voir les sites depuis une autre salle.

« En calculant la précision et la fiabilité des séances de RV, ils s’efforcèrent de trouver des corrélations entre celles-ci et les impulsions lumineuses enregistrées par le photomultiplicateur. Et ils découvrirent une corrélation significative, mais malheureusement elle était beaucoup plus faible que celle des Chinois. » (J. Schnabel)

Ils notèrent en outre que le photomultiplicateur enregistrait sans arrêt des impulsions éphémères, nonobstant le fait que le “visionneur” soit en train d’opérer ou non. En somme, les résultats ne semblaient pas justifier de nouvelles expérimentations de ce côté.

Le principal problème de la RV – et le problème principal de toutes les formes de PES – est le rapport signal/parasite. Le « signal » – autrement dit l’information liée à la cible précise – « était trop éparpillé, trop faible, et trop inconsistant ». Quant au « parasite » – c’est-à-dire l’imagination et tout ce qui n’est pas relié à la cible -, il était trop important. A Fort Meade, les “visionneurs” considéraient que les séances de calibrage étaient sans intérêt, notamment à cause des grandes variations de précision qui semblaient intervenir d’une cible à l’autre, et à cause de la fatigue handicapante qu’une séance de calibrage ‘‘pré-opérationnelle’’ pouvait susciter…

Il fallait soit augmenter le signal psi, soit diminuer le parasitage. On pouvait par exemple lancer plusieurs “visionneurs” sur la même cible, jusqu’à ce que la consistance de leurs données (vraisemblablement le signal) dépassât clairement les « parasites » inconsistants. On pouvait aussi essayer de toucher directement le signal en faisant descendre le “visionneur” dans un état modifié de conscience beaucoup plus profond « ou en utilisant des dessins ‘‘autonomes’’ des cibles produits par le subconscient, plutôt que des rapports verbaux ».

Des rapports anecdotiques suggéraient un meilleur fonctionnement des PES quand la cible était vivante et traversait au même moment quelque événement stressant et spectaculaire. Certaines techniques se concentraient sur la réduction des parasites, par exemple le rituel de visualisation que la plupart des “visionneurs” de Fort Meade utilisaient, en imaginant qu’ils enfermaient toutes leurs préoccupations dans une valise. Les Soviétiques ont apparemment utilisé des drogues et d’autres techniques de modification d’état de conscience afin d’apaiser les activités “non-psi” du cerveau.

 

– “Mental Radio”, parasitage et interférence analytique :

L’épouse d’Hal Puthoff avait noté que les données les plus complexes et les plus analytiques étaient le plus souvent simplement fausses. Les utilisateurs des données de “visionneurs”, comme Norm Everheart de la CIA, avaient déjà appris à considérer avec beaucoup de scepticisme les autoanalyses que les “visionneurs” faisaient de leurs propres données. Dans les années 1920, Upton Sinclair avait mené des expériences avec son épouse (Mary Craig Sinclair) et d’autres médiums apparemment doués. Dans son livre “Mental Radio”, Upton Sinclair disait de son épouse qu’elle faisait fréquemment un bon dessin d’un objet, mais qu’elle le nommait mal. Il tira comme cible, au hasard, une houe, et elle écrivit qu’il s’agissait peut-être des ciseaux, peut-être des lunettes avec de longues tiges. Lorsque la cible fut constituée de bois de rennes, elle les appela « feuilles de houx ». Les rennes et le houx étaient tous les deux associés aux Noël de l’enfance de Craig.

L’épouse d’Hal Puthoff savait que le cortex gauche du cerveau tendait à se spécialiser en données verbales, mathématiques et analytiques, et il lui semblait clair que la RV impliquait fondamentalement d’autres parties plus primitives du cerveau, comme celles qui se spécialisent dans les données visuelles, spatiales et sensorielles. Les neuroscientifiques et les psychologues qu’Hal Puthoff consulta à propos du programme de RV soutinrent cette observation. Pour eux, une incapacité permanente à reconnaître les données alphanumériques et à mettre des noms précis sur des dessins (corrects) était une caractéristique typique des patients ayant subi des dommages du cerveau gauche, c’est-à-dire ceux qui étaient forcés, comme les “visionneurs”, d’utiliser d’autres parties de leur cerveau. Les “visionneurs”, comme les patients au cerveau gauche endommagé, avaient aussi tendance à avoir des problèmes avec la « droite » et la « gauche », les dessins et diagrammes qu’ils dessinaient étant parfois des images miroirs des cibles exactes.

« Mais il y avait encore un autre aspect derrière tout cela. Quand un RV désignait une cible de manière erronée – par exemple en parlant de ‘houx’ à la place de ‘bois de cervidés’ -, l’erreur avait souvent quand même une sorte de sens. Le ‘houx’ et les ‘bois’ étaient tous les deux liés non seulement par leur forme d’arbre – leur Gestalt, comme Swann l’appelait –, mais aussi par leur connexion conceptuelle avec Noël. » (J. Schnabel)

C’était comme si les données psi jaillissant de quelque part dans le cerveau du “visionneur” « étaient si sommaires que seules les perceptions et associations les plus basiques pouvaient en être extraites ». Ainsi, le cerveau de Mary Craig Sinclair, s’efforçant d’accorder des données incomplètes (une forme d’arbre, un rapport avec Noël) à des objets ou images stockés dans sa mémoire, avait sorti « houx », ce qui était proche de la cible, mais pas suffisant. Ingo Swann nota qu’il semble raisonnable de penser « que nous avons affaire à des sortes de fonctions analytiques automatiques », celles-ci étant, hypothétiquement, « la source des réponses diluées ou erronées ». En d’autres termes, les associations générées par le cerveau dans sa tentative de donner du sens aux informations de RV constituaient une partie, si ce n’est tout, du « parasitage ». Ingo Swann baptisa ce parasitage : « interférence analytique », et il chercha des moyens de l’identifier dans les séances de RV.

« Il entendait structurer les séances de RV de manière à ce que l’on ignore l’essentiel des informations analytiques au départ, c’est-à-dire au moment où elles avaient le plus de chances d’être erronées, pour les prendre en compte ultérieurement quand elles risquaient davantage d’être exactes. En d’autres termes, il voulait enseigner au cerveau la bonne manière de faire fonctionner le psi. » (J. Schnabel)

Lors d’un colloque de parapsychologie, Hal Puthoff écouta Serena Roney-Dougal, une jeune diplômée britannique, dont le directeur de thèse était Norman Dixon, un psychologue renommé qui venait de publier un livre sur la perception subliminale (laquelle intervient sous le seuil de la conscience). Dans sa conférence, Serena Roney-Dougal développa l’idée selon laquelle la PES était un peu comme une perception subliminale. Pour Hal Puthoff, il s’agissait là d’une idée majeure. Hal Puthoff et Ingo Swann montrèrent quelques-unes de leurs données de RV à Norman Dixon. Ce dernier fut si impressionné par le lien apparent entre la RV et la perception subliminale qu’il écrivit un court article sur le sujet pour un journal de parapsychologie, article que, bien sûr, ses collègues psychologues ignorèrent totalement.

 

12. La technique de RV d’Ingo Swann :

« En 1980, Swann avait déjà commencé à développer une nouvelle technique de RV qui pourrait isoler le signal psi de l’interférence analytique parasite. Son idée maîtresse était la suivante : il avait remarqué que lorsque le parasitage analytique apparaissait au cours d’une séance de RV, les données se présentaient presque toujours sous la forme ‘comme un…’, ‘il semble être un…’ ou ‘il me rappelle un…’. Tous ces qualificatifs, et particulièrement le comparatif ‘‘comme’’, devinrent pour Swann un signal indiquant que le parasitage analytique allait suivre. Au cours de ses propres séances, il se mit à cataloguer ces informations comme ‘AOL’, ce qui signifiait qu’il posait immédiatement son stylo et qu’il s’efforçait de se sortir de la tête les données probablement erronées. Plus tard, en analysant la séance, les données étiquetées ‘AOL’ – si elles étaient intervenues relativement tôt au cours de la séance – seraient ignorées ou traitées comme des informations ayant, au mieux, une sorte d’association ténue de niveau Gestalt avec la cible.

Mais si la donnée AOL intervenait relativement tard au cours de la séance, Swann n’était pas forcément en mesure de l’écarter aussi facilement. Il croyait que les données AOL, si les choses se déroulaient correctement, tendaient à converger sur la cible à mesure que la séance avançait tranquillement, de même que plus une personne est exposée à un stimulus subliminal, plus son analyse de celui-ci sera claire.

Si la cible était, disons, les grandes pyramides d’Egypte, des AOL initiaux comme ‘gratte-ciel’ ne seraient d’aucune aide. Mais les AOL qui arrivaient un peu plus tard, estimait Swann, avaient tendance à être plus utiles : ‘comme une tombe’, ‘comme une tente’, ‘me rappelle le Nil’. » (J. Schnabel)

Pour Ingo Swann, il devint clair que les “visionneurs” devaient différer à la fin de la séance les données de type AOL les plus riches en informations, pour ne conserver au début que les données les plus brutes et les plus basiques.

Ingo Swann parla du signal psi comme d’un flux d’information passant par une « ouverture ». Au début de la séance, cette ouverture était minuscule et le flux n’était qu’un filet. Mais à mesure que la séance avançait, l’ouverture s’élargissait et le filet se transformait en véritable flot. La vision à distance avait donc une structure naturelle.

Le livre du peintre et critique Rudolf Arnheim, « Art and Visual Perception », fut certainement la source première de ce qu’Ingo Swann devait appeler l’Etape 1 de son système de vision à distance.

« Dans le livre, Arnheim traitait de la perception subliminale et d’autres formes de perception à faible stimulus. Il indiquait que pour une image juste entraperçue, seuls les traits les plus essentiels étaient perçus correctement. En d’autres termes, seule la Gestalt visuelle était perceptible. Tout le reste n’était que le produit de l’imagination.

Swann avait déterminé que ce qui fonctionnait pour la perception subliminale ordinaire devait fonctionner pour la visualisation à distance. Il décida donc que la capture visuelle de la Gestalt d’une cible de RV donnée devait être le but de l’Etape 1. » (J. Schnabel)

Ingo Swann voulut concevoir une méthode pour y parvenir, et pour ce faire il s’inspira de la description que Rudolf Arnheim donnait du processus permettant aux individus de voir les choses. En observant ses propres séances de RV et celles des autres, Ingo Swann estima que le type d’information dont parlait Rudolf Arnheim était accessible au “visionneur” au début de la séance, cette information étant disponible sous une forme autonome et kinesthésique. Ingo Swann sentait sa main faire des mouvements pour décrire les caractéristiques basiques de la cible, exactement comme ses yeux auraient balayé la cible du regard s’il l’avait contemplée dans la vie réelle.

« La main de Swann semblait vouloir dessiner l’information automatiquement. Dans certains cas, comme Hal Puthoff le lui signala, Swann agitait même son stylo au-dessus du papier, comme s’il griffonnait dans l’air.

En étudiant ces croquis préliminaires – qui généralement ne prenaient qu’une seconde ou deux –, Swann décida qu’ils contenaient souvent les éléments basiques visuels et kinesthésiques des cibles. Si la cible était une montagne, le dessin préliminaire ressemblait souvent à un V inversé. Si la cible était un endroit dans le désert, le croquis avait tendance à ne consister qu’en lignes plates. Si c’était un immeuble, le dessin pouvait contenir des angles droits, ce qui intervenait quasi exclusivement pour des choses créées par l’Homme.

Alors que sa main formait rapidement ces images, Swann essayait aussi de sentir les caractéristiques basiques kinesthésiques de la cible, sa texture, ses hauts et ses bas, sa dureté ou sa douceur. Il appelait les images ‘idéogrammes’ et les descriptions ‘texturalokinesthésiques’ élans sensoriels.

Swann reprenait simplement, naturellement, l’idée d’Arnheim sur la perception visuelle et la calquait sur la RV, en essayant de faire en sorte que cela fonctionne. Mais il était convaincu que cela fonctionnait et il parvint à en convaincre Puthoff et les autres du SRI. » (Jim Schnabel)

Dès qu’un “visionneur” sous la tutelle d’Ingo Swann inscrivait les coordonnées du site/cible, en fait avant même qu’il ait relevé son stylo du papier, le “visionneur” laissait sa main faire une esquisse rapide nourrie par les sensations kinesthésiques qui s’immisçaient dans son système nerveux, avant d’exprimer verbalement ses « élans sensoriels » et, peut-être déjà, une interprétation de ce que pouvait être la Gestalt de la cible. Si la cible était un point perdu dans l’océan, idéalement le visionneur à distance « allait rapidement dessiner une ligne presque plate et légèrement ondulée, en exprimant simultanément sa sensation de douce ondulation ». Alors il allait écrire les mots « doux », « ondulé », et son interprétation serait : « de l’eau ». Ingo Swann voyait cette manifestation de perception psi structurée de quelques secondes comme la clé d’une RV réussie.

Ingo Swann pratiqua avec les idéogrammes pendant de nombreux mois.

« Quand il commençait une séance et qu’il pensait que son idéogramme était incorrect, voire qu’il n’y avait pas d’idéogramme du tout, il annonçait simplement : ‘échec’. Alors il marquait une pause de plusieurs secondes. Puis il réécrivait les coordonnées en donnant une seconde chance au jaillissement kinesthésique de la ligne de signal de se répandre à travers son bras, puis sur le papier. Cela pouvait durer plusieurs minutes, jusqu’à ce que ses idéogrammes commencent à donner une forme consistante. Dès que c’était fait et qu’il identifiait leur signification, il passait souvent à quelque chose de très différent en décrivant un nouvel aspect de la cible – comme s’il voulait dire ‘il est temps de passer à autre chose’. Swann lui-même exprimait oralement ses pensées pendant les séances, déclamant tous les mots qu’il écrivait et écrivant tout ce qu’il disait. Il croyait que cela permettait aux deux moitiés de son cerveau, via ses oreilles et ses yeux, de rester parfaitement en prise avec ce qui se passait. » (J. Schnabel)

Les idéogrammes et leur interprétation formaient l’Etape 1. Ingo Swann découvrit que dès qu’il s’était débarrassé de l’idéogramme « les perceptions sensorielles basiques commençaient à surgir sur son seuil liminal pour pénétrer dans sa conscience : ‘‘dur’’, ‘gris’’, ‘‘grondement’’, ‘‘blanc’’, ‘‘raide’’, ‘‘mouvement’’, ‘‘odeur d’eau’’. »

« Si une image ou un mot un peu plus complexe, comme ‘fontaine’, survenait, il allait s’exclamer ‘pause AOL, fontaine’. Puis il écrivait sur sa feuille de papier ‘AOL brk’ et en dessous ‘fontaine’. Alors il posait son stylo et marquait une pause de quelques secondes pour essayer de vider son esprit des informations parasites.

Après une série de perceptions au cours de cette Etape 2, Swann commençait souvent à verbaliser certaines sensations esthétiques, comme ‘stupéfiant’ ou ‘à couper le souffle’. Comme ces sensations surgissaient parfois dans sa conscience assez puissamment, en générant leurs propres associations AOL, Swann apprit à faire également de rapides pauses dès qu’intervenait ce qu’il appelait des ‘impacts esthétiques’ (en abrégé AI, pour ‘aesthetic impact’), et il notait sur sa feuille ‘AI brk’.

Dans le système de Swann, les ‘impacts émotionnels’ (EI, pour ‘emotional impacts’) étaient reliés aux AI, tout en étant subtilement différents. Il pouvait s’agir d’émotions que d’autres présents sur le site ressentaient ou auraient dû normalement ressentir pendant qu’ils se trouvaient là. Alors il notait sur sa feuille de papier quelque chose comme ‘EI brk, routine – Je me sens las’. » (J. Schnabel)

Après une minute environ d’Etape 2, les données passaient souvent à ce qu’Ingo Swann appelait les « dimensionnels » : des perceptions comme « grand », « étendu », « épais », « lourd »… Il définit ceux-ci comme la transition vers l’Etape 3.

« A ce stade, le visualiseur ressentait souvent le désir pressant de réaliser de relativement grands dessins rudimentaires. Leur signification n’était peut-être pas claire immédiatement – voire elle ne devait jamais l’être -, mais à mesure qu’ils se développaient, parfois sur des pages et des pages, ils pouvaient commencer à laisser transparaître quelque chose de la cible. Par exemple, si cette dernière était un barrage hydroélectrique, Swann pouvait dessiner plusieurs lignes formant une pente raide sur la page, tandis qu’un trait horizontal les reliait au sommet et qu’une ligne incurvée se trouvait à la base.

A ce moment, les AOL deviennent plus fréquents puisque l’esprit essaye automatiquement d’identifier ce que représente le dessin. Swann pouvait se retrouver à noter toute une litanie de ‘pauses AOL’ (AOL breaks) – ‘AOL brk, mur’, ‘AOL brk, pente de montagne’… – et à rejeter ces informations comme étant de probables parasites. » (J. Schnabel)

Pendant longtemps, Ingo Swann ne put pas développer sa technique de RV au-delà de l’Etape 3. Il manquait une Etape 4 permettant d’obtenir des informations plus complexes et sans parasite concernant la cible et notamment sa fonction ou son but.

« Après plus d’un an de bricolage et d’expérimentation, Swann décida tout simplement d’écrire une série de rubriques d’ordre général en haut d’une feuille de papier vierge, en allant de gauche à droite. Il plaçait son stylo sous chaque colonne et le glissait vers l’information désirée. Les rubriques choisies reprenaient les informations habituelles des étapes précédentes : perceptions sensorielles de l’Etape 2, AI, EI et AOL. Mais Swann ajoutait également les rubriques ‘tangibles’ et ‘intangibles’. Sous ‘tangibles’ (des choses comme ‘béton’, ‘acier’, ‘machines’, ‘câbles’, ‘énergie’…), on trouvait des objets matériels, relativement physiques. Sous ‘intangibles’ (‘public’, ‘pratique’, ‘nécessaire’…), on avait des concepts ou des fonctions associés. Les deux catégories pouvaient recueillir des notions relativement parasites, mais Swann pensait qu’à ce point de la séance de RV la conscience subliminale avait déjà été en contact avec le signal de manière intermittente au cours des trois premières étapes et pendant au moins plusieurs minutes. Ainsi, il avait pu rassembler des informations analytiques beaucoup plus précises qu’au début.

Et pendant ce temps, Swann continuait de déplacer son stylo de long en large sur la page, d’exprimer oralement les sensations qui lui venaient, et d’écrire. Et, de temps en temps, le médium ressentait l’envie de faire un nouveau dessin. Ensuite, il revenait vers ses feuilles de papier pour commencer une nouvelle matrice ou achever l’ancienne. Et au bout du compte, si tout se passait bien, les derniers fragments d’informations verbales et graphiques tombaient et Swann pouvait faire un ‘dessin analytique’ ultime qui assemblait tous les éléments majeurs de la cible et permettait de l’identifier. » (J. Schnabel)

On trouve, dans le livre de Jim Schnabel, un exemple, avec dessins à l’appui, de séance RV par les coordonnées, avec ses quatre étapes, la cible étant un centre de commutation téléphonique (correctement identifié) de Manhattan.

Ingo Swann mit au point des méthodes de recherches de détails pour des objets spécifiques sur le site/cible, qu’il allait explorer dans l’Etape 5. Au cours de l’Etape 6, Ingo Swann passait à des représentations tridimensionnelles de l’objet. Il construisait un objet d’argile et notait de nouvelles idées sur une « Matrice Etape 6 ». Dans l’Etape 7, il tentait d’exhumer le nom réel du site, et pour cela il prenait une profonde inspiration puis murmurait de brefs « phonèmes » jusqu’à ce qu’il commence à faire le point sur le nom : « vah », « huh », « dah », « huh », « vah », « dah », « muh »… « Hoover Dam » (le « barrage Hoover »). Un ou deux de ses étudiants semblai(en)t exceller à ce petit jeu. Mais Ingo Swann renonça finalement à utiliser lui-même cette technique de phonèmes car il l’estimait trop encline au parasitage. On notera que Joe McMoneagle fut probablement le meilleur pour récupérer les noms des sites, mais cela survenait généralement de manière spontanée et il n’apprit jamais la technique d’Ingo Swann.

 

Ingo Swann découvrit aussi des pièges intéressants menaçant les “visionneurs”, auxquels il ne put s’empêcher de donner des noms. Il y avait ainsi le « conducteur d’AOL » (“AOL drive”) qui intervenait quand un AOL était si puissant que le “visionneur” ne pouvait le sortir de sa tête et qu’il « coiffait » ou « véhiculait » alors tout le reste des données de la séance. Pour éviter le conducteur d’AOL, le “visionneur” devait arrêter la séance pendant un jour ou deux, voire définitivement.

Il y avait aussi la « roue du paon » (“peacocking”) qui survenait quand un AOL en entraînait un autre dans une « spirale colorée » qui éloignait de plus en plus le “visionneur” de la cible. Il y a également l’« épuisement » (“burnout”) et le « surmenage » (“overtraining”), qui venaient d’un excès de vision à distance. La « pause pour cause de trop-plein » (“too much break”) se produisait quand les “visionneurs” étaient submergés par un afflux de données au cours d’une séance, et la « pause pour cause de confusion » (“confusion break”) intervenait quand les “visionneurs” sentaient que les données arrivaient, mais qu’apparemment elles ne pouvaient les emmener vers l’objectif.

 

– Il y avait aussi le phénomène de l’« interférence télépathique ». Parfois le “visionneur” reproduisait au cours de sa propre séance des données erronées que d’autres “visionneurs” avaient déjà manifestées, ou des informations qui se trouvaient dans l’esprit du moniteur. Il n’y avait apparemment pas grand-chose à faire pour la neutraliser, si ce n’est éviter d’informer les moniteurs sur les cibles au cours des séances opérationnelles. L’existence de cette interférence signifiait que deux séances de RV par deux “visionneurs” n’étaient peut-être pas aussi « indépendantes » qu’on aurait pu le supposer. Le phénomène de la « vision à distance de votre feedback » (“remote viewing your feedback”) était lié à l’interférence télépathique. Au cours de celle-ci, le “visionneur”, au lieu de voir la cible réelle désignée par les coordonnées, réceptionnait l’image ou le feed-back de la photographie contenue dans l’enveloppe/cible. Il parvenait à la reproduire précisément, même si elle contenait des éléments qui ne se trouvaient plus sur le site même de l’objectif.

Si ces phénomènes pouvaient être très destructeurs, Ingo Swann et Harold Puthoff étaient néanmoins satisfaits qu’ils n’interviennent que très occasionnellement, surtout avec les “visionneurs” expérimentés.

Au début des années 1980, la nouvelle technique d’Ingo Swann suscitait un vif intérêt auprès des clients de GRILL FLAME à Washington. Et simultanément, au SRI, Harold Puthoff et les autres commençaient à employer la nouvelle terminologie « swanienne »…

Une bonne partie des principes du système de RV d’Ingo Swann avait été identifiée par d’autres chercheurs psi. Upton Sinclair avait noté l’existence de ce qu’Ingo Swann appelait des « interférences analytiques », ainsi que celle des interférences télépathiques. Il écrivit que les dessins de son épouse contenaient parfois des choses qui ne se trouvaient pas dans les dessins de l’objectif, mais qui se trouvaient par contre dans l’esprit d’Upton Sinclair au moment où il les réalisait ou quand son épouse se « concentrait ». En outre, vers 1982, Hal Puthoff tomba sur une traduction ancienne d’un livre de René Warcollier, cet ouvrage étant pour l’essentiel une version publiée d’une conférence que René Warcollier avait faite à la Sorbonne au cours de l’été 1946. Hal Puthoff fut fasciné de découvrir que le Français, encore plus qu’Upton Sinclair, avait anticipé les observations d’Ingo Swann sur la RV.

René WarcollierIngénieur chimiste d’origine, René Warcollier avait fait fortune au début du vingtième siècle grâce à l’invention d’un processus chimique qui permettait de transformer les écailles de poissons en bijoux artificiels. Vers 1909, il commença à faire des expériences de télépathie. Hal Puthoff envoya le livre de René Warcollier à Ingo Swann, avec une lettre dans laquelle il précisa à ce dernier que René Warcollier traitait de tout ce qu’Ingo Swann avait découvert : les interférences analytiques (appelées « élaborations secondaires »), les interférences télépathiques (appelées « contagions mentales »), la perception plus aisée (que les images statiques) des éléments dynamiques ou kinesthésiques, le caractère plus fiable du dessin (comparé aux mots), les données télépathiques étant traitées à un niveau d’organisation “pré-linguistique”, etc. Et René Warcollier rattachait le tout aux bases de ce que les psychologues perceptuels savent des commencements de la perception ordinaire chez l’enfant et les primitifs.

Au début des années 1980, Ingo Swann commença à former d’autres “visionneurs” à sa technique en développement, afin d’acquérir de nouvelles idées sur le fonctionnement de la RV et d’établir la faisabilité d’un programme de formation formel qui pourrait être vendu à des responsables de GRILL FLAME au sein de la DIA et de l’armée.

« Sous la direction de Swann, des photos et des descriptions de cibles-tests, conçues pour permettre un large champ de perceptions psi, furent découpées dans de vieux exemplaires du National Geographic par Martha Thompson, la jeune secrétaire du labo de RV. Elle trouvait les coordonnées géographiques des cibles sur un atlas ou sur des cartes plus précises fournies par le Pentagone. Pour chaque cible elle préparait une chemise kraft avec une courte description manuscrite de la cible sur l’étiquette et les coordonnées écrites en grosses lettres sur le côté. Le visualiseur commençait avec les coordonnées, puis, après la fin de la séance, il pouvait regarder la photo de la cible à l’intérieur de la chemise.

En tout, il y eut environ une douzaine de volontaires formés par Swann au SRI de 1980 à 1982. La plupart étaient des employés du SRI qui, autrement, travaillaient sur des projets qui n’avaient pas de rapport avec le psi. Quelques-uns étaient des amis de Swann, engagés temporairement par le SRI. » (J. Schnabel)

L’informaticien et ufologue Jacques Vallée fut l’un de ces stagiaires. Il participa à des séances collectives de RV avec des utilisateurs de réseaux informatiques, bien qu’il semblât éprouver des difficultés avec le système d’Ingo Swann. Hal Puthoff lui-même compta, au moins brièvement, au nombre des stagiaires. Il se révéla un raisonnablement bon “visionneur”. Une des cibles d’entraînement sur lesquelles il travailla était une cascade au Brésil. Il la dessina et la décrivit très correctement, et il se montra très sensible aux senteurs humides des Tropiques. Une autre cible fut une usine chimique de la firme “Union Carbide”. Hal Puthoff sentit la fumée, les cheminées et les flammes, il huma les odeurs chimiques âcres, et il sortit l’AOL « raffinerie de pétrole ».

Parmi les autres stagiaires, il y eut Gary Langford et Hella Hammid. En mai 1980, Ingo Swann leur communiqua les coordonnées du mont Sainte-Hélène, un volcan en éruption qui présentait « une déroutante juxtaposition sensorielle de feu et de glace ». Une autre fois, un stagiaire travailla sur un site qui lui semblait désolé, froid et dangereux. « Des gens viennent ici et en repartent », nota-t-il sur sa feuille de papier. Les coordonnées fournies correspondaient à la mer de la Tranquillité, le site lunaire où les astronautes d’Apollo XI s’étaient posés. Comme le mont Sainte-Hélène, c’était un bon site d’Etape 2, comme Ingo Swann aimait le dire, parce que ses associations sensorielles basiques étaient intenses et spectaculaires. Les sites d’Etape 3 étaient ceux qui avaient des caractéristiques évidentes et distinctes qui pouvaient facilement être dessinées, comme le monument Washington, haut et élancé, ou le Taj Mahal avec son dôme. Les sites d’Etape 4 étaient ceux qui avaient une fonction clairement définie, autrement dit qui allaient venir se placer directement dans la colonne « Intangibles », comme « puissance électrique ». Et puis il y avait les sites d’Etape 1. Ingo Swann raconta l’histoire d’une cible qu’il avait confiée à Hella Hammid, les coordonnées de cette cible désignant un précipice au-dessus de la passe de Khaybar, entre l’Afghanistan et le Pakistan. Les caractéristiques kinesthésiques du site étaient apparemment si fortes que la main d’Hella Hammid, en formant l’idéogramme initial, descendit brutalement, sortit du papier et même de la table. (21)

 

13. Keith Harary :

Au début des années 1980, Keith Harary intégra l’équipe de “visionneurs” du SRI. Il n’avait pas encore 30 ans, et c’était le plus jeune “visionneur” du SRI. Ses origines familiales remontaient à une petite communauté de juifs égyptiens, même si lui-même était né à Long Island. Dans son adolescence, une série d’expériences intenses de sorties hors du corps l’avait conduit vers la Société Américaine de Recherche Psychique à New York, où il travailla un moment avec Ingo Swann.

keith_hararyKeith Harar

Lorsqu’il était étudiant en psychologie à l’Université Duke, il avait servi de sujet pour des expériences avec des chercheurs psi dans le département d’ingénierie électrique de l’école. Lors d’une expérience, on demanda à Keith Harary de tenter une sortie hors du corps et de se déplacer dans une salle précise du bâtiment dans laquelle se trouvait son chat. Dans cette pièce, les carreaux noirs et blancs du sol formaient un échiquier. Des moniteurs vidéo enregistraient les mouvements et les bruits du chat, qui semblaient parfaitement ordinaires jusqu’à ce que Keith Harary, dont le corps physique se trouvait allongé à des centaines de mètres de là, atteigne son état OBE. A ce moment-là, l’animal devint significativement plus calme, comme s’il regardait quelque chose. On pouvait vérifier, par vidéo, la corrélation entre le degré d’activité de l’animal et la période d’OBE de Keith Harary. Quand ce dernier sortit de sa transe, le chat revint à la normale. Cependant, pour quelque raison inconnue, Keith Harary et les chercheurs de Duke ne parvinrent pas à reproduire l’expérience.

Keith Harary rencontra Hal Puthoff fin 1979, et le jeune médium fut invité à rejoindre l’équipe du SRI. Keith Harary et Ingo Swann ne s’entendaient pas trop, Keith Harary ayant du mal à supporter l’attitude professorale d’Ingo Swann. Le jeune “visionneur” sentait qu’il était au moins aussi bon, et peut-être même en un certain sens meilleur, que son aîné qui le formait.

« Il était parfaitement à l’aise avec ses propres conceptions et méthodes de RV, et il était loin d’être convaincu que le nouveau système à étapes de Swann soit la seule vraie technique convenant à tout le monde. » (J. Schnabel)

Pour se convaincre de l’efficacité de la méthode, estimait Keith Harary, il aurait voulu voir des études bien contrôlées comparant, par exemple, l’utilisation, par les mêmes “visionneurs”, de la technique d’Ingo Swann et de leurs propres techniques. En outre, Keith Harary considérait que la plupart des idées d’Ingo Swann n’étaient pas originales, puisqu’elles avaient déjà été avancées par René Warcollier et Upton Sinclair. Keith Harary considérait qu’Ingo Swann avait simplement des opinions très arrêtées et un certain conservatisme qui lui faisait privilégier tout ce qu’il inventait.

« L’insistance de Swann pour utiliser les coordonnées géographiques était un exemple classique de ce conservatisme, dans l’esprit d’Harary. Il semblait que Swann aimait les coordonnées simplement parce qu’elles étaient son idée. Il avait charmé Jack Vorona et le superviseur de son contrat, Jim Salyer, et l’argent avait coulé. Dès lors, plus personne n’avait pensé à le remettre en question.

Mais selon Harary, l’utilisation des coordonnées ne faisait apparemment que gêner la technique dans son ensemble. Quand Harary entendait l’énoncé des coordonnées au début d’une séance, son esprit ne parvenait pas à calculer où se trouvait la cible. Si les coordonnées étaient quelque chose comme 5° S, 30° E, des images AOL de jungle africaine humide allaient immédiatement jaillir dans son esprit, alors que la cible pouvait être tout à fait différente. Les coordonnées géographiques, pensait Harary, étaient un tragique vice de procédure. Même quand elles semblaient fonctionner, elles donnaient une mauvaise image de la RV.

Parfois, Puthoff paraissait assez d’accord avec ce point de vue. Mais il ne protestait pas quand la DIA envoyait de l’argent dans le cadre du contrat de CRV de Swann. Avec sa manière toujours prudente et discrète, Puthoff se contenta de suggérer que des méthodes alternatives de ciblage devaient continuer à être explorées à côté des coordonnées.

Mais pour Harary, le travail au SRI fournissait déjà suffisamment de preuves de l’efficacité de certaines autres techniques. Il y avait déjà toutes les expériences entreprises au SRI sans ces fameuses coordonnées, notamment les séances de RV hors site (ORV), de RV d’objets enfermés dans des boîtes ou de RV sur des ‘micro-images’.

Finalement, ils essayèrent de placer des objets dans un ensemble de casiers. Les colonnes de cases étaient identifiées par des lettres de A à G, et les rangées horizontales numérotées de 1 à 7. Ainsi, au lieu d’une technique à base de coordonnées géographiques, nous avions ici un système basique de coordonnées lettres/nombres. A la table de RV, Puthoff pouvait dire par exemple ‘B-7’. » (J. Schnabel)

Alors, Keith Harary, Hella Hammid, ou n’importe quel autre “visionneur”, devaient essayer de décrire ce qu’ils voyaient dans la case concernée. Il n’y avait pas de différence manifeste de précision entre ces tests et le système CRV d’Ingo Swann. De même, la précision de la vision ne paraissait pas souffrir quand Hal Puthoff utilisait un algorithme de cryptage pour brouiller les coordonnées géographiques qu’il donnait au “visionneur”. Et la précision ne baissait apparemment pas quand les coordonnées étaient cryptées à l’insu du “visionneur”. En d’autres termes, les nombres n’étaient ostensiblement que des supports aléatoires, pour autant qu’on puisse en juger. Un jour, Hal Puthoff se trouvait dans la salle de RV avec Keith Harary, sur le point de commencer une séance, et Keith Harary demanda à Hal Puthoff : « Pourquoi ne dites-vous pas simplement ‘‘cible’’ ? » Hal Puthoff dit OK et Keith Harary pointa précisément la cible concernée.

Lorsque Keith Harary fut intégré au SRI, Jake Stewart du NSC décida de lui confier un objectif spécial de haute priorité, en relation avec la crise des otages de l’ambassade américaine en Iran. Jake Stewart et le NSC voulaient en effet savoir comment se portait l’otage Richard Queen. Jake Stewart dit simplement à Hal Puthoff qu’il avait une « personnalité/cible » qu’il voulait visualiser, personne, au SRI, ne sachant ce qu’était la cible. Keith Harary fut supervisé par Russel Targ.

« La plupart du temps, il garda les yeux fermés, verbalisant ses impressions plus qu’il ne les dessinait. Il décrivit un homme mince, barbu, dans un environnement froid, austère, sans confort. L’homme avait des problèmes de santé, dont une sérieuse nausée et des problèmes nerveux qui avaient presque paralysé un côté de son corps. Il y avait des gens autour de l’homme et le médium les décrivit eux aussi. Il sentit que sa cible était sur le point de voyager. Apparemment, il devait le faire en avion d’ici deux ou trois jours. » (J. Schnabel)

Au NSC, Jake Stewart fut impressionné par les données de Keith Harary, la description semblant être clairement celle de Richard Queen. Deux jours après, les Iraniens, qui ne souhaitaient naturellement pas que l’otage meure dans leurs geôles, le mirent dans un avion pour retourner chez lui. Une équipe médicale américaine confirma tout ce que Keith Harary avait dit sur la santé déclinante du prisonnier.

« Plus tard, Queen lui-même fut débriefé et on lui lut quelques données fournies par le médium, sans pour autant mentionner la source. Queen se mit en colère, car au regard de ces renseignements il conclut que l’un de ses gardes iraniens était un espion américain depuis le départ – sinon, comment les officiels américains auraient-ils pu être au courant de ses expériences avec autant de détails ? » (J. Schnabel)

Keith Harary quitta le SRI. Du milieu à la fin des années 1980, il se vit confier, en free-lance, quelques cibles opérationnelles grâce aux contacts qu’il avait développés lors de son passage au SRI. (22)

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14. Conflits au sein du SRI :

Il y avait des conflits sur tout : l’argent des contrats, les méthodes de recherche, des conflits de personnalité…

« Citons, simplement pour l’exemple, la dispute entre Keith Harary et Hella Hammid. Selon le premier, la seconde avait commencé à se voir comme une ‘super-médium’ ou une ‘demi-déesse’. Le lendemain du mariage d’Harary et de sa femme Darlene, Hammid déclara solennellement aux jeunes mariés qu’elle avait eu une sensation psychique négative : leur mariage ne marcherait pas. ‘Mais que ça ne vous attriste pas’, compatit-elle. ‘Ce sera une expérience instructive.’ (Au moment où j’écris ces lignes, quatorze ans plus tard, leur mariage est toujours intact.) » (J. Schnabel)

Les conflits de territoire au sein du SRI étaient bien pires. Il y avait des luttes entre Jim Salyer de la DIA et les chercheurs du SRI, et d’autres entre les chercheurs et les consultants comme Ingo Swann.

Le physicien Ed May était arrivé dans le programme en 1976. En essayant de décrocher des financements pour un de ses projets, il se mit Ingo Swann à dos, et les deux hommes se brouillèrent.

En 1982, Hella Hammid et Keith Harary commencèrent à faire pression pour obtenir leurs propres projets, qui seraient gérés par Russel Targ et Hal Puthoff, mais séparément du programme d’Ingo Swann. Ils ne voulaient plus travailler avec ce dernier. Gary Langford écrivit une note en faveur d’Hella Hammid et de Keith Harary contre Ingo Swann. Quand les difficultés furent écartées, Keith Harary et Hella Hammid avaient quitté le SRI, et Gary Langford ne participait plus au projet d’Ingo Swann. Gary Langford continua d’effectuer des séances de RV opérationnelles.

Russel Targ s’était fait des ennemis au sein de GRILL FLAME.

« En 1981 et au début de 1982, Targ devait travailler sur une étude comparative de différentes techniques de RV, dont celles des coordonnées géographiques, des coordonnées cryptées, du lancement par le mot ‘cible’, et des protocoles de RV hors site. Quand il eut achevé son rapport, au printemps 1982, il le déposa sur le bureau de Salyer.

Hal Puthoff se trouvait en Chine à l’occasion d’un voyage de recherche. Quand il revint, il eut à gérer une crise. Salyer et d’autres responsables de la DIA se plaignaient ouvertement du rapport de Targ. Ils lui reprochaient d’avoir été bâclé, avec des problèmes allant des erreurs de statistiques aux légendes incorrectes des illustrations et des photos. La DIA parlait maintenant d’exclure Targ du projet. Puthoff et Ed May passèrent du temps à corriger le rapport. Et Puthoff adressa à Targ une note sévère. Il la concluait de manière inquiétante en disant que les vices de l’étude ‘pouvaient légitimement amener les personnes qui ont évalué votre travail à penser qu’il y a des raisons légitimes de remettre en question votre compétence professionnelle en tant que chercheur senior en physique’.

Targ promit de faire mieux la prochaine fois. Mais il n’y eut pas de ‘prochaine fois’. La DIA annonça bientôt que le salaire de Targ ne serait plus payé par les fonds de GRILL FLAME.

Conformément aux règles du SRI sur ses employés congédiés brutalement sans revenus à l’extérieur, on accorda à Targ un petit bureau et son salaire fut payé sur le budget ‘frais généraux’ du SRI. Mais l’horloge tournait. Il disposait simplement de 8 mois pour trouver un nouveau contrat à l’extérieur ou pour se greffer sur un projet du SRI en cours. Or, il n’essaya même pas. Et au terme de ses 8 mois, au début de 1983, il quitta le SRI pour de bon.

Il fit savoir qu’il s’en allait pour de hautes raisons morales. Il avait été très fortement consterné – choqué, scandalisé, aurait-il dû dire – par l’accent mis sur les applications militaires de la RV. Comme le SRI n’avait pas rendu publiques les raisons du départ de Targ, cette explication alternative put perdurer sans véritable réponse. » (J. Schnabel)

Pendant un temps, Russel Targ s’associa à Keith Harary et fit une tournée en Union Soviétique. Ils se rendirent à Bratislava, Moscou, Leningrad, Erevan, etc. A la fin de 1984, Russel Targ s’était déjà rendu trois fois en Union soviétique. Il prétendait travailler avec des chercheurs sur la RV à l’Institut des Problèmes Théoriques, à Moscou. « Nous cherchons des liens physiques pouvant relier le fonctionnement psychique au reste de la physique », expliqua-t-il au magazine britannique “New Scientist”, en insistant sur le fait que ce travail était de la science pure, très éloignée de toutes préoccupations militaires.

Russel Targ, Keith Harary et un homme d’affaires nommé Tony White fondèrent une société appelée “Delphi Associates”. Leur premier projet concernait un jeu de PES qu’ils essayèrent de vendre au fabricant de jeux vidéo Atari. Malheureusement, cette dernière firme fit faillite avant que quelque chose de substantiel pût aboutir.

Le second projet de “Delphi” concernait l’utilisation de RV associative pour jouer sur les marchés monétaires.

« Cela fonctionnait de la manière suivante : le dimanche après-midi, par exemple, parmi plusieurs dizaines de sites-cibles potentiels de la baie de San Francisco, Targ en choisissait deux. Le premier – disons le spectaculaire gratte-ciel “Transamerica” de San Francisco – voulait signifier ‘hausse du marché le lundi’. Le second – disons les quais aux Poissons – signifiait ‘baisse du marché le lundi’. Harary ne savait rien de ces deux sites. Harary devait simplement visualiser à l’avance vers quel site Targ l’emmènerait le lendemain après la fermeture du marché. Naturellement, Targ l’emmènerait vers le site qui correspondait au mouvement du marché.

Ainsi, si Harary, le dimanche soir, descendait dans sa zone, humait l’odeur de la mer et du poisson et entendait les cris des mouettes, Targ concluait qu’il désignait les quais des bateaux de pêche. Alors ils disaient à leurs courtiers de parier sur un marché en baisse le lendemain. Si Harary avait le vertige et qu’il se sentait surplomber la ville, Targ supposait qu’il désignait l’immeuble Transamerica et qu’il fallait imaginer un marché en hausse. » (J. Schnabel)

Après deux prédictions justes de Keith Harary concernant des options à terme spécifiques, un investisseur misa de l’argent réel. Or, le médium tomba juste sept fois de plus. Mais le projet souffrit de deux échecs et l’investisseur laissa tomber ce projet.

« Targ blâma Harary pour avoir perdu son sang-froid, et Harary blâma Targ pour avoir mal interprété ses données de RV. Quelques mois plus tard, l’échange de critiques explosa en public au cours d’une conférence d’Harary (constamment interrompue par Targ), lors d’un colloque à l’Institut Esalen. Après cela, Harary poursuivit Targ devant la justice en lui réclamant un million et demi de dollars. L’affaire ne s’acheva qu’après trois années d’acrimonie, de procès et de ‘contre-procés’ supplémentaires. Encore à l’automne 1992, les deux hommes continuaient d‘échanger des correspondances furieuses dans les journaux parapsychologiques. » (J. Schnabel) (23)

 

III. Les politiciens et le psi :

Le démocrate texan Jim Wright, un membre du Congrès influent qui devait devenir président de la Chambre des représentants, assistait à des conférences sur les prophéties, données par une parapsychologue virginienne appelée Anne Gehman. Elle expliqua par la suite qu’elle avait évalué Jim Wright et qu’elle lui avait trouvé des pouvoirs parapsychiques significatifs.

Charlie Rose, un autre démocrate de Caroline du Nord et un ami d’Ingo Swann et de Jack Vorona, se trouvait un jour, dit-on, dans la galerie de la Chambre avec une philanthrope répondant au nom de Judy Skutch (qui avait financé certaines des recherches du SRI avec Uri Geller) et un groupe de médiums.

« Ils envoyaient des demandes télépathiques au président de la Chambre, Tip O’Neill. Ils essayèrent notamment d’obtenir que ce dernier tourne sa tête d’un certain côté, puis d’un autre. Plus tard, ils lui demandèrent de regarder favorablement des projets qui avaient été proposés dans le district de Rose. Une autre fois, raconte-t-on, Rose soutint un groupe d’inventeurs tentant de vendre au Pentagone un ‘‘inducteur de paranoïa’’ électronique. Rose avait même testé le dispositif sur lui-même et il avait conclu que ça marchait d’une manière ou d’une autre. Mais le Pentagone ne fut pas aussi convaincu et n’acheta jamais l’appareil.

Rose était aussi un soutien sans faille du programme de RV. ‘J’ai été témoin de séances incroyables de visualisation à distance’, expliqua-t-il à un journaliste. ‘C’est pour ça que je pense que nous devons accorder toute notre attention aux développements dans ce domaine et notamment à ce que font les soviétiques.’ Avant d’ajouter que les Russes ‘travaillaient comme des fous dans ce secteur.’ » (J. Schnabel)

Le sénateur texan John Tower, membre de la Commission des services armés, était, disait-on, un autre supporter du programme de RV, comme Clairborne Pell (représentant démocrate de Rhode Island). Au début des années 1980, ce dernier était un adepte du “New Age”. Il consultait les parapsychologues et les médiums spirites. Il utilisait un médium pour essayer de communiquer avec des leaders soviétiques défunts, pour les encourager à communiquer à leur tour avec des responsables soviétiques actuels et les convaincre de la nécessité de la paix. Clairborne Pell, qui n’essayait même pas de dissimuler son intérêt, engagea un collaborateur à plein temps, un ancien officier de renseignement de la Navy appelé C. B. « Scott » Jones, juste pour collecter, pour lui, toutes les informations paranormales.

Des commissions du Congrès signaient régulièrement des demandes de budgets pour les unités de Fort Meade et du SRI. Et de petits groupes de membres du Congrès rencontraient de temps en temps Hal Puthoff, Jack Vorona, le général Stubblebine et d’autres personnes impliquées dans le management du programme. Au cours de l’été 1981, la Commission science et technologie de la Chambre rendit public un rapport passant en revue les sciences et technologies « présentes et futures », où on lisait notamment ce qui suit :

« De récentes expériences de visualisation à distance (RV) et d’autres études dans le domaine de la parapsychologie suggèrent l’existence d’une ‘interconnexion’ de l’esprit humain avec d’autres esprits et avec la matière (…). Ces expériences impliquent que l’esprit humain est peut-être capable d’obtenir des informations indépendamment de toute considération géographique ou temporelle (…). Eu égard aux implications potentiellement puissantes et d’une grande portée de ce domaine en matière de connaissance et de renseignement, et eu égard au fait que l’Union soviétique effectue notoirement de telles recherches à un niveau beaucoup plus élevé et plus officiel, le Congrès souhaite que soit entreprise une sérieuse évaluation des recherches menées dans ce pays. » (J. Schnabel)

Le FBI aussi semblait ouvert à l’idée de recueillir des informations par le biais de techniques psi. Au début de 1981, une médium appelée Noreen Renier fit une conférence au centre de formation du FBI à Quantico (Virginie) et elle prédit, ce qui s’avéra exact, que quelqu’un essayerait, au printemps, d’assassiner le Président Ronald Reagan. Par la suite, le FBI mit en place un réseau de contacts reliant des départements de police locaux intéressés à des médiums qui seraient susceptibles de les aider dans des affaires difficiles.

La Maison-Blanche elle-même semblait encourager ces efforts. Nancy Reagan consultait souvent l’astrologue Joan Quigley, et les familiers de la Maison-Blanche savaient que le Président lui-même l’approuvait. Ce dernier consultait aussi des astrologues depuis l’époque où il était gouverneur de Californie. Scott Jones, le collaborateur de Clairborne Pell, cita plus tard une source de l’administration centrale qui lui aurait dit : « C’est une Maison-Blanche très parapsychique. »

Scott Jones était en contact avec un cercle de médiums dans tous les Etats-Unis. Il les mettait en relation de temps en temps avec différents officiels du renseignement pour des questions opérationnelles. L’un d’eux était le médium Alex Tannous. En 1984, quelques mois après le kidnapping terroriste de William Buckley, le chef de station de la CIA à Beyrouth, le Directoire des opérations de l’Agence demanda à Alex Tannous de tenter de visualiser les conditions de captivité de l’otage.

« Il décrivit la route que les ravisseurs avaient empruntée, depuis le lieu et le moment précis de l’enlèvement jusqu’à l’endroit où il était interrogé. Il conclut que Buckley avait déjà été torturé à mort. Les responsables de l’Agence n’avaient pas voulu – et ne voulurent pas – entendre cela, pourtant ils devaient plus tard découvrir que Tannous avait vu juste. » (J. Schnabel)

Les médiums du cercle de Scott Jones essayèrent aussi de localiser, pour les services screts, un assassin potentiel de Ronald Reagan, cet individu étant surnommé « Cat » (le « Chat »).

Des rumeurs circulèrent prétendant que la CIA et la Navy faisaient occasionnellement appel à des chiromanciens et autres médiums pour des opérations de renseignements de premier plan.

“L’une de ces rumeurs au moins possédait quelque fondement. Autour de 1980, un jeune employé de la CIA, Donald Ebsen, voulant s’amuser avec son épouse, se rendit chez une chiromancienne dont l’officine se trouvait près de Tyson’s Corner, en Virginie. La voyante, Jean McArthur, avait à peine commencé à lire les lignes de la main d’Ebsen quand elle leva les yeux vers lui en s’exclamant : ‘Vous travaillez pour la CIA.’

Ebsen déglutit et la femme continua : ‘Vous devriez dire à quelqu’un de la CIA que des saboteurs s’apprêtent à placer des bombes sur une plate-forme de forage pétrolier en mer du Nord. Elle ne va pas tarder à exploser et beaucoup de gens vont mourir.’

Ebsen et sa femme remercièrent Mme McArthur et s’en allèrent. Il ne comptait pas mentionner l’incident à qui que ce soit. Mais une dizaine de jours plus tard, il vit dans les nouvelles qu’une grande plate-forme pétrolière en mer du Nord avait été renversée par une tempête et que l’on dénombrait un très grand nombre de pertes humaines. Il semblait pourtant que la conception de la structure de forage aurait dû lui permettre de résister à une tempête. Mme McArthur avait-elle raison ? Ebsen décida alors d’évoquer l’anecdote à son chef. Et finalement il fut mis en contact avec Norm Everheart. Ce dernier était devenu conseiller technique auprès du directeur des opérations adjoint, John McMahon, et il servait d’agent de liaison principal de la CIA avec les espions psi de GRILL FLAME.

Everheart écouta l’histoire d’Ebsen. Puis il envoya Walt Jerome, un officiel opérationnel pondéré qu’il connaissait bien, évaluer Mme McArthur. Il lui dit de se présenter à la voyante comme un client ordinaire, en lui réglant la somme habituelle pour sa prestation. Mais Jerome avait à peine franchi le seuil du cabinet que Jean McArthur lui dit : ‘Je sais qui vous êtes et pourquoi vous êtes ici !’ Norm Everheart fut suffisamment impressionné par cela pour qu’il envoie une requête par les canaux officiels aux Norvégiens. Comment la plate-forme avait-elle réellement été détruite ? Il voulait savoir. Pourquoi voulez-vous savoir ça ? reçut-il en réponse. Everheart ne découvrit jamais la vérité sur la tragédie, et l’enquête officielle norvégienne sur la possibilité d’un sabotage fut peu ‘concluante’.” (J. Schnabel)

Par l’intermédiaire de Walt Jerome, Norm Everheart encouragea Madame MacArthur à rester en contact et à transmettre tout ce qui pouvait paraître urgent ou intéressant. Elle accepta mais elle voulait se faire engager à plein temps comme employée de la CIA. Elle raconta à Walt Jerome que les Israéliens l’avaient consultée en lui confiant de nombreuses tâches, et on l’aurait même fait venir en Israël pour une mission d’espionnage psi sur les hauteurs du Golan. Walt Jerome et Norm Everheart ne surent jamais s’il y avait quoi que ce soit de vrai là-dedans. En tout cas, cela empêchait qu’elle puisse devenir une employée officielle, et la relation cessa bientôt.

Au cours de l’été 1980, Jean McArthur appela Walt Jerome pour lui demander une entrevue urgente. Elle lui expliqua que le Pentagone préparait une seconde mission de récupération des otages d’Iran, l’opération devant venir de l’ouest, à telle longitude et telle latitude. Elle impliquerait des chars, des avions et des troupes parachutistes, certaines de ces dernières devant se poser sur l’eau. Environ un mois plus tard, à la longitude et à la latitude spécifiées par Madame McArthur, l’Iran fut effectivement envahi par des chars, des avions et des troupes aéroportées. Les envahisseurs ne venaient pas des Etats-Unis, mais d’Irak. L’armée irakienne venait de tirer les premiers coups de feu d’une guerre qui allait durer une décennie. (24)

 

IV. Le général Stubblebine et CENTER LANE :

Stubblebine était le nouveau commandant de l’INSCOM, en 1981. Il était sorti de West Point et était détenteur d’une maîtrise en ingénierie chimique de l’Université de Columbia. Avant l’INSCOM, il avait été à la tête de l’école de renseignement de l’armée à Fort Huachuca (Arizona). Il s’était mis à lire des ouvrages sur le paranormal et il avait cultivé des relations amicales avec des personnes qui s’y intéressaient aussi.

Il y eut, à l’INSCOM, des exercices de formation motivationnels pour les généraux et les colonels de l’état-major, faisant appel à la « programmation neurolinguistique » (PNL). Guidés par le gourou du développement personnel Tony Robbins, des douzaines d’officiers supérieurs marchèrent sur des lits de braises… Des techniques d’états modifiés de conscience et de visualisation furent utilisées pour accroître les capacités d’apprentissage et décupler la performance des tireurs d’élite et des linguistes. Les officiers d’état-major de l’INSCOM étaient envoyés à l’Institut Monroe, un centre de retraite dans les Blue Ridge Mountains, où ils restaient allongés dans des caissons sombres, écoutaient des cassettes audio pour modifier leurs états de conscience et essayaient de faire des expériences de sortie hors du corps. Un colonel de l’état-major de l’INSCOM, John Alexander, supervisa une bonne partie de ces projets pour le compte de Stubblebine. Avant d’arriver à l’INSCOM, John Alexander rédigea un article pour « Military Review », un journal de l’armée. Le titre de cet article était : « Le nouveau champ de bataille mental ». John Alexander y faisait la promotion de la vision à distance et suggérait que des appareils efficaces de contrôle mental étaient déjà une réalité « mortelle », probablement entre des mains soviétiques ou tout au moins “est-européennes”.

Charles Wallach, rédacteur en chef scientifique du « Journal of Defense and Diplomacy », écrivit un article appelant de ses vœux un « corps militaire de médiums ». Dans « Military Intelligence », le capitaine Richard Groller s’inquiétait que « le programme de psychotronique soviétique soit équivalent à environ sept projets Manhattan ». Tom Bearden, un lieutenant-colonel en retraite devenu consultant, obtint des contrats de l’armée pour l’étude des « canons hyper-spatiaux », des supposés « modulateurs de barrière photoniques » soviétiques – qu’il accusait de tous les maux, des OVNIs à la maladie du légionnaire -, et d’autres armements d’apparence tout aussi fantaisiste. Même le « Fire Support Mission Area Analysis » (Rapport de mission relatif aux appuis de tir) de 1981, partiellement classifié, parlait de technologies « cryptomentales », c’est-à-dire des « technologies humaines inexploitées et relativement inexplorées, dans des domaines comme l’influence, la communication, la pensée, l’apprentissage mental et la réduction des stress ».

Il y eut aussi un projet baptisé « Groupe de travail Delta » (“Task Force Delta”), un projet de l’Army War College dont la mission était d’étudier le domaine des philosophies alternatives afin d’y chercher tout ce qui pourrait être utile en termes militaires. Le lieutenant-colonel Jim Channon et plusieurs autres officiers du groupe aboutirent à l’idée de quelque chose appelé le « Bataillon Première Terre » (“First Earth Battalion”), une vision politiquement correcte du soldat de l’avenir de type moine guerrier écologique.

Stubblebine se passionna pour la torsion “psychokinétique” des cuillères, ainsi que pour la RV. Ce soutien fut important car, en 1981, le plus grand partisan et protecteur de la RV, le major général Thompson, quitta son poste d’ACSI, et son successeur, le major général William Odom, se montra beaucoup moins favorable quant à l’utilisation militaire du paranormal. Ainsi, le centre de contrôle du programme de RV passa du bureau de l’ACSI, désormais occupé par William Odom, à l’INSCOM, dirigé par Stubblebine. Sous la direction de ce dernier, l’unité de RV se transforma d’abord en un détachement formel – le “Détachement G” ou, en abrégé, “Det-G” – au sein du Groupe des opérations de l’INSCOM. Puis, en 1983, l’unité reçut son propre nom de code, CENTER LANE, et passa du Groupe des opérations au contrôle plus direct du bureau de Stubblebine, au quartier général de l’INSCOM. L’unité devint maintenant l’ICLP (pour « INSCOM Center Lane Project »).

En 1982, Scotty Watt fut remplacé par le lieutenant-colonel Jachim, qui, à son tour, laissa sa place un an plus tard au lieutenant-colonel Brian Busby. Brian Busby et Skip Atwater informaient régulièrement des officiels de premier plan de l’armée et de la DIA sur le programme, et parfois ils montaient même au Capitole pour discuter du travail de l’unité de RV avec des sénateurs et des représentants favorables.

Au cours de la première phase de son existence, l’unité s’était reposée sur des techniques plus ou moins libres pour ses “visionneurs”. Mais pour cette nouvelle phase, on commençait à glisser vers un style de RV plus complexe, standardisé et apparemment « amélioré », fondé sur le travail d’Ingo Swann au SRI. Skip Atwater, Scotty Watt et plus tard Jachim examinaient le réservoir de talents sortant de l’école de renseignement supérieure de l’armée de Fort Huachuca. Et au début de 1982, deux nouveaux membres rejoignirent l’unité de RV : les capitaines Tom Nance et Rob Cowart. Les deux hommes se rendaient fréquemment au SRI pour se former.

« Tandis que Nance et Cowart se formaient, presque tous les travaux opérationnels de RV à Fort Meade étaient encore confiés à l’ancienne équipe – Joe McMoneagle, Ken Bell et Hartleigh Trent. Mais tandis qu’ils permettaient au système de continuer à fonctionner, ces anciens ressentaient de plus en plus qu’ils étaient traités comme des hommes du passé. Comme Keith Harary et Gary Langford au SRI, ils avaient des doutes sur la validité de la technique complexe développée par Ingo Swann. Ils étaient d’accord avec certaines des idées de Swann – qu’ils prônaient même. » (J. Schnabel)

Mais ils pensaient que la « technique » spécifique qu’utilisait un “visionneur” n’était pas réellement aussi importante que la forte aptitude psi naturelle du “visionneur”. Ken Bell quitta l’unité de RV en 1982. Joe McMoneagle demeura en place mais il continua de critiquer la direction qu’empruntait le programme. Quand des problèmes de santé commencèrent à mettre Rob Cowart et Hartleigh Trent sur la touche en 1982, Joe McMoneagle devint pratiquement le seul “visionneur” pour toutes les missions opérationnelles qui arrivaient.

L’une des premières grosses opérations de RV de l’ère Stubblebine commença quelques jours avant Noël 1981. La cible était le terroriste international « Carlos ». Dans quelques cercles du renseignement, certains individus craignaient qu’il puisse être en train de planifier une tentative d’assassinat sur la personne du Président Reagan, ce dernier ayant échappé de peu à une tentative d’assassinat en mars 1981. Pour l’opération Carlos, on demanda à Hal Puthoff au SRI et à Skip Atwater à Fort Meade d’utiliser les “visionneurs” pour découvrir si le terroriste s’était introduit aux Etats-Unis et, si tel était le cas, pour localiser l’endroit où il se trouvait. Un jour, Gary Langford, au SRI, vit une camionnette bleue avec d’étranges marquages blancs sur le flanc, un groupe de kidnappeurs de type méditerranéen conduisant le véhicule. Dans une grande caisse à l’arrière de la camionnette, lié et bâillonné, se trouvait leur prisonnier, un officiel américain de haut rang.

« Langford dessina même la caisse en précisant ses dimensions. Mais il sentit que tout cela ne devait se passer que quelques jours plus tard. Il sentit aussi que c’était d’une certaine manière inévitable. » (J. Schnabel)

Via Jim Salyer, le représentant du contrat de la DIA au SRI, les données de Gary Langford atterrirent sur les bureaux des responsables de l’anti-terrorisme au FBI et à la DIA. Un message fut secrètement envoyé à certains bureaux fédéraux, les prévenant d’une possible tentative de kidnapping sur la personne d’un responsable américain majeur, peut-être dans le secteur de Washington.

« Plusieurs jours après, au moment où Langford l’avait prédit, des terroristes des ‘Brigades rouges’ dans la ville de Vérone, en Italie, à plus de dix mille kilomètres de Menlo Park, s’introduisirent dans l’appartement du brigadier général James Dozier, un officier supérieur du commandement européen de l’armée américaine et du commandement de l’OTAN en Europe du sud. Laissant l’épouse de Dozier entravée et bâillonnée dans l’appartement, les terroristes jetèrent le général dans une caisse qu’ils mirent au fond d’une camionnette bleue – avec des marquages blancs distinctifs sur le flanc –, et décampèrent. » (J. Schnabel)

Personne ne savait où James Dozier était détenu. Gary Langford fut envoyé au Pentagone où il impressionna les officiels avec de nouvelles descriptions précises de la scène du kidnapping. Il signala même, toujours correctement, qu’une boucle d’oreille de Madame Dozier s’était retrouvée dans un certain endroit sur le sol de l’appartement. Gary Langford donna des détails sur ce qu’il pensait être la localisation de la cachette des kidnappeurs. Mais les informations de Gary Langford sur l’environnement de James Dozier ne fournissaient pas assez de détails pour retrouver le général enlevé. A l’instigation d’un responsable de la DIA, capitaine de la Navy de son état, un médium free-lance, Ted Wheatley, fut envoyé au centre opérationnel de l’affaire Dozier, à Vicence, en Italie. Il donna des informations vagues, et l’opération menée pour libérer le général fut un échec, une innocente famille italienne se trouvant dans la maison « suspectée »…

Quant à lui, Joe McMoneagle décrivit une pièce au second étage d’un bâtiment de Padoue. Il dessina un radiateur sur le mur et la façade caractéristique d’un petit magasin qui, croyait-il, occupait le rez-de-chaussée du bâtiment. James Dozier fut finalement retrouvé à Padoue. L’un des terroristes donna aux agents italiens des détails sur la cachette où était retenu James Dozier. Quand ce dernier fut libéré, il se trouvait dans la pièce du deuxième étage que Joe McMoneagle avait décrite, avec le radiateur sur le mur et le magasin à la façade caractéristique en dessous.

Au Liban eurent lieu des attentats contre les Américains : contre l’ambassade américaine, contre un bâtiment abritant plusieurs centaines de marines américains. Ces attentats étaient perpétrés par le Hezbollah, un groupe de militants musulmans chiites, financé par l’Iran et la Syrie et dirigé par le religieux Muhammad Hussein Fadlallah. En réponse aux attentats, le Pentagone et la CIA voulurent frapper les positions militaires syriennes au Liban, aussi bien que Muhammad Hussein Fadlallah lui-même. Les services de renseignement concentrèrent sur cet objectif de nombreux moyens (satellites et avions de reconnaissance, etc.), et la maison de Muhammad Hussein Fadlallah fut localisée (dans le sud de Beyrouth) et photographiée. On demanda aux “visionneurs” de Fort Meade et du SRI de « pénétrer à l’intérieur » de cette maison. Ils fournirent un plan détaillé des étages, la position des portes, des fenêtres, des serrures, et ils indiquèrent qui se trouvait normalement dans la maison. Certaines des informations furent ultérieurement confirmées. Mais l’opération destinée à frapper Muhammad Hussein Fadlallah fut abandonnée par le Pentagone, manifestement par crainte de tuer trop d’innocents. Elle fut peut-être simplement déléguée aux Libanais car, au début de 1985, un groupe de miliciens de Beyrouth entretenant des liens avec la CIA fit exploser une énorme voiture piégée devant la maison de Muhammad Hussein Fadlallah, ce dernier n’ayant pas fait partie des 80 victimes.

Une opération de l’ère Stubblebine fut générée par Stubblebine lui-même. Elle faisait partie d’un projet de l’INSCOM plus vaste baptisé du nom de code « Landbroker » et visait le dictateur panaméen Manuel Noriega. On photographia une villa que Manuel Noriega occupait de temps en temps à Panama City, et les photos arrivèrent à Fort Meade. Joe McMoneagle essaya de décrire le plan intérieur de la villa. Deux agents de la QRT (un groupe de l’INSCOM) essayèrent de s’introduire à l’intérieur de la maison afin d’y placer leurs propres dispositifs d’écoute, mais l’opération échoua à cause des chiens de garde.

En 1983, Joe McMoneagle accomplit à Fort Meade sa millième RV. A la mi-1983, lui et Tom Nance étaient les derniers à appartenir encore à l’unité, Tom Nance étant souvent absent du fait de sa formation au SRI. Quand il se trouvait à Fort Meade, Tom Nance préférait se tenir à distance de Joe McMoneagle, car si le premier aimait beaucoup sa formation au SRI, le second essayait de le convaincre de s’affranchir de la technique d’Ingo Swann s’il voulait devenir un bon “visionneur”. Rob Cowart avait développé une tumeur cancéreuse dont il guérit, mais tout le bas de son corps fut paralysé depuis la taille, et il quitta l’armée. Hartleigh Trent souffrait, quant à lui, depuis 1980 environ, d’une douleur à la hanche. On diagnostiqua tardivement la maladie d’Hodgkin. Il mourut à l’hôpital militaire “Walter Reed”, en présence de son épouse et de Joe McMoneagle.

Fin 1983, Skip Atwater et Brian Busby sélectionnèrent quatre nouvelles recrues qui partirent se former au SRI. Début 1984, le général Stubblebine récupéra trois recrues supplémentaires, dont Lyn Buchanan. (25)

 

V. Ed Dames et l’Institut Monroe :

Ed Dames rejoignit en 1984 l’unité de RV, à l’âge de 35 ans. Etant enfant, il était captivé par les histoires d’OVNIs, de Bigfoot, et par le paranormal en général. A Berkeley, où il étudia quelques années après son départ de Taïwan, il pratiqua la méditation zen et eut une expérience de sortie hors du corps. Malheureusement, comme pour beaucoup la première fois, l’expérience ne fut pas positive : il fut terrifié par l’idée de ne pas pouvoir réintégrer son corps. Il jura de ne plus tenter d’OBE.

Tandis qu’il se trouvait à Fort Meade, il entendit parler de l’unité de RV. Il s’intéressait aussi au programme de formation à la RV du SRI. Skip Atwater et Brian Busby n’envisagèrent pas d’en faire un “visionneur”, mais ils le choisirent pour être moniteur et analyste. Mais comme on voulait qu’il reçoive la même formation que les “visionneurs”, le général Stubblebine signa l’intégration d’Ed Dames, qui devint un des quatre stagiaires d’Ingo Swann (lequel ne voulait plus de médiums innés, suite aux échecs avec Keith Harary, Gary Langford et Hella Hammid). Les camarades élèves d’Ed Dames étaient le capitaine Bill Ray (un officier du contre-espionnage), le capitaine Paul Smith (un arabophone qui venait d’une unité opérationnelle de l’INSCOM en Allemagne – et un mormon), et Charlene Cavanaugh, une analyste civile.

Fin 1983, Ed Dames et ses trois collègues se rendirent à l’Institut Monroe, dans les Blue Ridge Mountains. Accompagnés d’une douzaine d’autres officiers du quartier général de l’INSCOM, ils devaient y passer six jours pour expérimenter des états modifiés de conscience de plus en plus profonds, à l’aide de la technologie audio Monroe. L’Institut Monroe devait sa collaboration avec l’armée à la mère de Skip Atwater, celle-ci ayant parlé de son fils à l’Institut.

Robert MonroeDans les années 1950, Robert Monroe avait été un producteur radio. En 1958, il commença à vivre des expériences de sortie hors du corps. Il installa un petit laboratoire dans son bâtiment de production radio, avec une cabine sombre où les sujets OBE allaient pouvoir s’allonger. Afin d’empêcher les sujets de s’endormir, il diffusait de la musique dans un casque. Il pensait que le son était un excellent outil pour manipuler les états de conscience d’une manière qui n’avait auparavant jamais été tentée. On pouvait jouer des sons dont les fréquences s’accordaient avec les fréquences des ondes cérébrales.

« Il savait que quand on présente une fréquence à une oreille et une fréquence différente à l’autre oreille, la différence entre ces fréquences (par exemple 8000 Hz moins 7990 Hz égale 10 Hz) était aussi perceptible par l’esprit. C’était ce que les ingénieurs des communications appelaient la ‘fréquence de battement’. Monroe décida de présenter les séquences sonores imitant les états modifiés de conscience de la même façon que les fréquences de battement – c’est-à-dire une série de fréquences dans une oreille et une série légèrement différente dans l’autre pour que la fusion des deux produise la courbe d’ondes désirée. Le système fonctionna tellement bien que Monroe le fit breveter et le baptisa méthode ‘Hemi-Sync’. Bientôt, il produisit des cassettes pour promouvoir une variété d’états modifiés de plus en plus profonds, dont ceux qui semblaient favoriser les OBE. » (J. Schnabel)

Skip Atwater fit une visite privée à l’Institut en 1977. Robert Monroe l’installa sur un petit lit de camp dans une salle obscure et il plaça un casque audio sur ses oreilles. Puis il connecta une cassette “Hemi-Sync”. Skip Atwater eut la sensation que la table s’élevait en l’air et il flotta, un moment, autour d’étranges paysages. Puis il entendit, dans la cassette, la voix de Robert Monroe qui lui ordonnait de réintégrer son corps.

On commença à utiliser des cassettes “Hemi-Sync” à l’INSCOM ou au sein du projet GRILL FLAME, pour aider à s’apaiser avant une séance de RV, ou pour soigner l’insomnie ou les effets du décalage horaire.

Au début des années 1980, l’Institut Monroe offrait des cours guidés avec les cassettes. Les étudiants qui suivaient le cours principal, le “Voyage Gateway”, s’allongeaient dans des petits caissons obscurs plusieurs heures par jour pendant cinq jours.

« Ils s’allongeaient totalement ou partiellement nus, sous des couvertures, écoutant des cassettes ‘Hemi-Sync. Et ils entendaient des voix désincarnées ou expérimentaient des phénomènes visuels étranges ou des ‘flashes-back’ mémoriels criants de réalisme. Ils pouvaient également vivre des sorties hors du corps ou simplement sentir les ondulations fluctuantes de leur conscience. Ensuite, ils s’asseyaient de manière informelle et discutaient de leurs expériences – quasiment sans inhibition mais avec une intense émotion – avec les autres membres du groupe. » (J. Schnabel)

Stubblebine envoya des douzaines d’officiers de l’INSCOM à l’Institut. C’est là que Lyn Buchanan connut sa première expérience OBE.

« Allongé dans sa chambre un après-midi, écoutant une des cassettes de Monroe, il essayait de gratter une démangeaison énervante sur son menton, quand soudain il sentit que sa main était enfilée dans un gant. Portant son bras devant ses yeux, il vit qu’il était maintenant brillant et translucide. Mais son bras physique, le vrai bras, était toujours collé le long de son corps. Il s’amusa avec son nouveau membre spectral, lui faisant traverser le mur de la chambre, puis le lit. Quand il le ramena vers son bras habituel, les deux fusionnèrent soudain et l’étrange expérience s’arrêta. Mais elle lui laissait la conviction – plus profonde que tout ce qu’avait pu produire la Bible – que son esprit était d’une certaine manière plus réel que son corps physique. » (J. Schnabel)

Tout le monde ne comprenait pas comment les états modifiés de conscience à l’Institut Monroe contribuaient à la mission de l’espionnage militaire. Certains individus considéraient même le travail à l’Institut comme un scandale… Mais pour Ed Dames, Bill Ray, Paul Smith et Charlene Cavanaugh, comme pour la plupart, sinon tous, des “visionneurs” avant eux, l’expérience Monroe fut parfaite. Aucun d’eux n’avait connu d’OBE pendant qu’ils suivaient le cours. Mais certaines des cassettes semblaient très intenses et enclines à permettre un étirement de leur conscience. On passait par le « Focus 10 », le « Focus 12 », le “Focus 15”, le « Focus 21 » (sensations de picotements, de tensions musculaires, de pressions sur les lobes temporaux)…

Robert Monroe et son équipe avaient un petit programme de recherche qui se concentrait sur Joe McMoneagle. Dans le bâtiment de recherche il y avait une chambre spéciale pour les états modifiés, insonorisée, totalement noire, avec un “lit-baignoire” à moitié rempli d’eau à température humaine.

« McMoneagle, casque audio sur les oreilles, s’allongeait dans le ‘lit’ et flottait dans son espace intérieur. Monroe et ses collaborateurs s’installaient dans une salle de contrôle adjacente et ‘monitoraient’ l’état de conscience de McMoneagle grâce à un certain nombre de fils électriques fixés sur son corps. Une partie mesurait la résistance électrique de son corps, une autre le voltage entre sa tête et ses orteils. Quand les valeurs atteignaient un certain niveau, cela signifiait que le sujet était descendu dans sa zone.

Ils expérimentèrent pendant des mois avec des tonalités et des cassettes ‘Hemi-Sync’ spéciales, essayant de décupler les performances de McMoneagle (mais ils ne parvinrent qu’à raccourcir sa période d’apaisement). Ils apprirent à l’adjudant massif à faire des OBE presque à volonté. Et ils découvrirent que, lorsqu’il accomplissait ces sorties hors du corps, le voltage entre sa tête et ses orteils s’inversait soudain. Pourquoi ? Personne ne le savait apparemment. » (J. Schnabel)

Une fois, Bob Monroe donna à Joe McMoneagle une cible à voir à distance. Ce dernier décrivit un être d’énergie, qui serait venu sur Terre, il y a longtemps, pour favoriser l’évolution du monde. Or, la cible était Jésus-Christ. Une autre entité, « Miranon », sembla posséder Bob Monroe au début des années 1980. Elle parlait à travers lui. A l’époque où Ed Dames et les autres vinrent pour la première fois à l’Institut, Miranon “possédait” encore Robert Monroe assez souvent. Ce dernier avait même donné le nom de son « hôte » au petit lac au fond de la vallée, le lac Miranon, où les étudiants de l’Institut pouvaient nager l’été.

Alors que Robert Monroe était sorti de son corps, un jour, il avait senti une présence humaine, une femme étrangère du nom d’« Inga Arnyet ». Il eut l’impression qu’il s’agissait d’une « extrasensorielle » du KGB, l’une des contreparties soviétiques des “visionneurs” américains. En un certain sens, elle avait essayé de localiser psychiquement le programme de RV américain. Robert Monroe mentionna l’incident à Skip Atwater et il lui suggéra de chercher une Inga Arnyet sur la liste du Pentagone des membres du renseignement soviétique connus. Skip Atwater ne put découvrir ce nom. Après la fin de la guerre froide, Ed Dames rapporta qu’un ancien officier du KGB, rencontré lors de colloques “New Age”, lui avait parlé d’« extrasensoriels » soviétiques qui auraient pénétré l’esprit de quelque vieux gentleman américain. (26)

 

VI. Ed Dames, Tom Nance et Ingo Swann :

Ingo Swann devait plus tard dire qu’on l’avait obligé à commencer son programme de formation plus tôt qu’il ne l’aurait voulu. A l’automne 1982, il n’avait atteint que l’Etape 3 de sa technique complexe. Mais Jack Vorona et Jim Salyer de la DIA d’une part, et l’armée, de l’autre, lui avaient mis la pression en lui disant clairement que c’était maintenant ou jamais. Peut-être avaient-ils pressenti le changement d’atmosphère qui arrivait. Les premiers étudiants, Tom Nance (un pseudonyme) et Rob Cowart, arrivèrent en novembre 1982. Au cours des mois suivants, ils passèrent plus ou moins deux semaines en formation au SRI et les deux autres à Fort Meade. Mais bientôt, après la détection de son cancer, Rob Cowart dut abandonner.

Vinrent ensuite deux civils de la NSA : Debbie Norfeld (un pseudonyme), qui devait devenir “visionneuse”, et Richard Henderson (un pseudonyme), qui devait devenir le moniteur et l’analyste de la première. Malheureusement, après quelques visites, la NSA se retira du programme. Il y eut deux nouveaux stagiaires appartenant à une autre agence secrète (leur formation s’intercalant avec celle de Tom Nance), puis les quatre de l’INSCOM.

Ed DamesEd Dames et ses trois collègues arrivèrent au SRI au printemps 1984. Le programme commençait par des exposés et les étudiants devaient rédiger des essais sur ce qu’Ingo Swann avait dit. Les séances pratiques étaient ardues, surtout dans les premiers mois, alors que l’on se concentrait sur l’Etape 1 et les idéogrammes. Pendant des heures et des jours, Ingo Swann énonçait des coordonnées géographiques de différentes cibles faciles, et Ed Dames laissait courir son stylo sur le papier. Bien souvent, Ingo Swann répondait par un silence : quand il voulait signifier l’échec, il se contentait de ne rien dire.

« Finalement, après des semaines d’exposés et de séances de pratique face à face, Dames réalisa que ses idéogrammes commençaient à ressembler à ce qu’ils devaient être selon Swann. Puis il enchaîna avec des séances rapides, passant des idéogrammes aux perceptions sensorielles basiques de l’Etape 2, puis aux dessins dimensionnels et rudimentaires de l’Etape 3, tout en exprimant oralement des mots et en dessinant : ‘roulant’… ‘ondulant’… ‘terrain’… ‘sablonneux’… ‘sec’… ‘chaud’… ‘immense’… Et si c’était un bon jour, Swann répondait sèchement ‘correct’… ‘correct’… ‘correct’ à presque toutes les informations à mesure que la séance se déroulait. Finalement, Swann lâchait : ‘OK, arrêtons la séance.’ Il posait son cigare un moment et tendait le dossier de la cible à Dames. Ce dernier l’ouvrait comme on ouvre un cadeau de Noël, plein d’impatience et d’émerveillement. Dedans, il trouvait une coupure du National Geographic, avec une photo des spectaculaires dunes sahariennes ‘orange-brune’, une grande mer de sable – sablonneuse, sèche, chaude, immense –, et Dames rayonnait, incapable de contenir un petit sourire.

‘Donne-toi une petite tape sur le dos’, disait Swann, toujours partisan de la motivation positive. Cependant, il laissait ‘au repos’ pendant quelques heures – voire le reste de la journée – un étudiant qui avait terminé une bonne séance, alors que tous les étudiants ne voulaient qu’une chose : pratiquer toujours plus de RV. Swann avait constamment peur du ‘surmenage’, de l’excès d’entraînement, qui à force de trop tirer sur les synapses entraînerait la destruction de toute la structure en gestation. » (J. Schnabel)

Ingo Swann livrait de constants feedbacks tout au long de ces séances, ce qui pouvait avoir un sens comme technique de motivation et d’apprentissage. Mais cela ôtait bien sûr toute valeur expérimentale aux résultats obtenus, car pour des expérimentations rigoureuses on ne doit pas livrer de tels feedbacks, le moniteur lui-même ne devant pas connaître la cible réelle.

Pendant les séances, certains sujets faisaient l’expérience d’un phénomène qu’Ingo Swann finit par appeler bilocation. C’était un flash visionnaire dans lequel le “visionneur” avait une conscience profonde de la cible : il se retrouvait, pour ainsi dire, sur le site/cible, le percevant avec une force sensorielle et émotionnelle brute et parfois écrasante, avant de revenir aussi rapidement dans le monde réel. Quand une « bilocation » survenait, Ingo Swann demandait au “visionneur” de dire et d’écrire « bilo brk » (pour “bilo break”, « pause bilo »), et souvent il mettait un terme à la séance. Les “visionneurs” qui avaient vécu des « bilocations » ne les oublièrent jamais. Paul Smith en avait expérimenté une pendant sa formation, « sautant rapidement entre une vision “multisensorielle” de l’atoll de Kouajalein dans le Pacifique et les rues de la ville où il était en train de marcher dans le réel ».

Ed Dames et les autres vinrent voir Ingo Swann deux semaines par mois environ pour leur formation au cours du printemps et de l’été 1984. Après avoir reçu l’accord de l’INSCOM, Ingo Swann déménagea à Manhattan, à l’été 1984, son école de formation, le SRI ayant un bureau non loin du centre. Ed Dames n’était pas destiné à devenir un “visionneur”, mais simplement un moniteur et un analyste. Le vrai protégé d’Ingo Swann était Tom Nance, la formation (qui avait débuté fin 1982) de ce dernier ne devant pas réellement s’achever avant l’expiration du contrat d’Ingo Swann avec l’INSCOM, deux ans plus tard. En mai 1984, peu avant la fin du programme de formation proprement dit (Tom Nance devait revenir plus tard pour quelques cours complémentaires), Ingo Swann soumit Tom Nance à une batterie de séances d’adieu, conçue pour montrer tous les talents de ce dernier. Les résultats furent rassemblés dans un dossier rouge et présentés à des officiels de l’armée et de la DIA. Apparemment, Ingo Swann avait connaissance des cibles et il est possible qu’il ait fourni quelques feedbacks à Tom Nance au cours des séances.

L’une des cibles était le barrage de “Grand Coulee”, dans l’Etat de Washington :

« Nance ne se contenta pas de le décrire précisément, en l’identifiant comme un barrage, mais il réalisa aussi un modèle Etape 6 en argile blanche, représentant effectivement le barrage avec un petit bâtiment adjacent près de la rive. Plus tard, un photographe du SRI fut envoyé pour prendre une photo du barrage sous le même angle. La photo se trouve aujourd’hui près du modèle d’argile de Nance quasi identique. » (J. Schnabel)

Une autre cible était un site de Tulsa, dans l’Oklahoma :

« Architecturalement, il s’agissait d’un ensemble de formes géométriques, de globes, de pyramides et de cubes. L’endroit rappela à Nance le Vatican et Disneyland. Il ressemblait à une église, à une école. Et c’était aussi un endroit calme, ‘funéraire’. Les étranges formes géométriques commencèrent à apparaître sur la feuille, d’abord une par une, isolément, puis de manière organisée. A l’Etape 4, Nance identifia l’endroit comme une université. Et au terme de la séance, il désigna le site sous son véritable nom : Oral Roberts University. » (J. Schnabel)

Autre site visé : le “Bunker Hill National Monument”, de Boston. Tom Nance le dessina, avec des touristes, et le nomma. Puis il y eut la tombe de Grant à New York, nommée et dessinée de manière détaillée.

Il y eut aussi un lieu situé quelque part au Mexique. L’endroit prit forme à mesure que la séance avançait : un endroit tombé en désuétude, grand, surplombant la mer, un temple à des dieux oubliés… Tom Nance essaya les phonèmes de l’Etape 7 : « tuh », « too », luh », « loo »… « Tulum ». Six ans après, Ingo Swann et Tom Nance se rendirent au Yucatan. Entre autres choses, ils visitèrent l’ancien temple de Tulum. Et Tom Nance ressentit – comme c’était souvent le cas quand les “visionneurs” rencontraient dans le monde réel des cibles qu’ils avaient visualisées – « un frisson étrange qui lui souffla qu’il était déjà venu là ». (27)

 

VII. Vers la fin :

Après avoir quitté Fort Meade en 1981, Mel Riley retrouva son unité de reconnaissance aérienne en Allemagne. Il voulut ultérieurement réintégrer l’unité de RV de Fort Meade, mais il ne put le faire. En 1981, Ed Thompson quitta son poste de chef d’état-major adjoint de l’armée, chargé du renseignement (ACSI). L’ACSI occupait, en un certain sens, le sommet du renseignement militaire, le détenteur de la fonction ayant alors le même grade – major général – que le commandant de l’INSCOM. Ed Thompson et William Rolya (le commandant de l’INSCOM) avaient la même vision sur la plupart des sujets, dont le sujet délicat du programme de RV. Mais en 1981 ce fut la relève, Ed Thompson étant alors remplacé par William Odom et William Rolya par Bert Stubblebine. Et William Odom (qui devait devenir le chef de la NSA quelques années après) ne partageait pas du tout l’intérêt de Stubblebine pour le paranormal et l’ésotérisme. Et globalement les deux hommes ne s’entendaient pas.

A la mi-1984, il était clair que Stubblebine – que l’on surnommait maintenant ironiquement « Général Spoonbender » (tordeurs de cuillères) – était de plus en plus marginalisé à la direction du renseignement de l’armée. Un certain nombre d’officiers de l’état-major de l’INSCOM commençaient même à prendre directement leurs ordres auprès de William Odom. Même au sein du programme de RV, où le soutien de Stubblebine devait être le plus fort, on pensait que le général était allé trop loin dans son enthousiasme. En soutenant une série de projets discutables dans le domaine alternatif, il contribua à donner l’impression que la RV méritait sa mauvaise image.

Autour de 1983, le général se lia avec le médium indépendant Alex Tannous, auquel il envisagea apparemment de confier des missions d’espionnage psychique officielles, probablement sur une base contractuelle. Skip Atwater s’en rendit compte et il comprit qu’il était temps de limiter les dégâts. Brian Busby dit à Stubblebine qu’Alex Tannous devait travailler au sein de l’unité de RV de Fort Meade. Alex Tannous fut brièvement informé sur l’unité, et Skip Atwater lui donna une cible opérationnelle. Le médium ne donna aucune information de valeur, et Stubblebine reconnut qu’il avait eu tort.

Lyn Buchanan devint un bon moniteur et un formateur aux techniques de RV respecté. Une autre recrue de Stubblebine fut Dawn Lutz, une caporale venant d’une base grecque de l’INSCOM. Elle était connue de ses amis pour ses talents de chiromancienne, mais elle n’avait aucun désir d’apprendre les techniques formelles de RV et, comme Alex Tannous, elle ne parut pas capable de fournir de bonnes données. Finalement, l’idée commença à se répandre que Stubblebine avait commencé à trop se focaliser sur le paranormal. C’était comme s’il s’était embarqué dans une sorte de quête spirituelle dans laquelle il voulait entraîner l’armée. Rien ne symbolisait davantage cette inclinaison que ses visites à l’Institut Monroe.

« Ce dernier organisait très régulièrement ses stages Gateway/RAPT de cinq jours pour le personnel de l’INSCOM. Fin 1983 et début 1984, Stubblebine s’organisa pour assister à la plupart des stages, pour se laisser glisser sur les vagues des cassettes Hemi-Sync de Bob Monroe. Une ou deux fois il put rester pour les cinq jours. Mais la plupart du temps il ne venait que le dernier jour. Il était présent lorsque Dames, Smith et les autres élèves de Swann vinrent pour leur stage en décembre 1983. Et il était encore là, au printemps 1984, quand Lyn Buchanan et Dawn Lutz – mais aussi le colonel John Alexander et la propre secrétaire de Stubblebine – vinrent suivre leur traitement Hemi-Sync. » (J. Schnabel)

Les officiers supérieurs commencèrent à s’inquiéter de ce qui se passait dans l’INSCOM de Stubblebine… En 1982 ou 1983, Richard Kennett, à la CIA, fut consulté par l’armée à propos des relations de cette dernière avec l’Institut Monroe. Richard Kennett conseilla la “non-implication”, pensant qu’en s’adonnant à la modification des états de conscience on rendait le cerveau plus instable, plus enclin aux hallucinations spontanées. Il ne voyait pas pourquoi l’armée devait avoir des rapports avec l’Institut Monroe et, en revanche, il en voyait beaucoup pour qu’elle n’en ait pas.

« L’une des raisons du refus de Kennett – non évoquée dans la note qu’il remit à l’armée – était qu’il avait lui-même vécu une OBE, en utilisant des éléments qu’il avait glanés dans les livres de Robert Monroe. Il s’était senti se séparer de son corps endormi, comme un crabe s’extirpant de sa vieille coquille. Se retrouvant libre, il avait traversé la pièce. Seulement, maintenant, il y avait d’autres entités dans la pièce. C’étaient des monstres. Des sortes de gobelins, de méchants lutins, se dandinaient et le fixaient jusque sous son nez. ‘Jésus !’ Kennett revint vers son lit et essaya de retourner dans son corps. Il n’était pas sûr de pouvoir le faire. (…)

Kennett parvint à réintégrer son corps. Mais il devait recommander à tous ceux qui l’interrogeaient d’éviter comme la peste les expériences d’OBE. Il soupçonnait que les effets sur les émotions et le système nerveux en général puissent entraîner des attaques cardiaques, des traumatismes psychologiques et même la folie chez des sujets déjà instables. » (J. Schnabel)

En 1984, Doug Pemberton, un jeune lieutenant de l’INSCOM, se rendit à l’Institut Monroe pour le stage Gateway. Il se mit à harceler une formatrice. Il fut finalement emmené dans le département psychiatrique du centre médical militaire “Walter Reed”. On découvrit plus tard que le lieutenant Doug Pemberton avait des antécédents psychiatriques dissimulés à l’armée et non mentionnés dans le questionnaire de l’Institut Monroe. William Odom commença à utiliser l’incident contre Stubblebine aux plus hauts niveaux, et le commandant de l’INSCOM dut démissionner. Il fut remplacé par le major général Harry Soyster, « envoyé par les éminences du Pentagone pour nettoyer la maison INSCOM ».

En 1984, on demanda à Richard Kennett d’assister à une réunion sur le programme de RV. La rencontre s’adressait d’abord au directeur de la CIA, William Casey, et à ses principaux adjoints. Robert Gates, devenu le chef du Directoire du renseignement, sortit de la pièce écoeuré quand il découvrit l’objet de la réunion. Il refusait tout simplement de prendre la moindre histoire de RV au sérieux. La rencontre concernant le programme de RV était animée par Jack Vorona de la DIA. William Casey parut intéressé et même impressionné par ce que Jack Vorona présentait. Il lui demanda d’être tenu informé des futurs développements. Mais Richard Kennett eut l’impression que personne à l’Agence n’avait l’intention de se mouiller pour le programme de RV. Il fut déçu par la rencontre. Il lui avait semblé que les données présentées par Jack Vorona étaient rigoureusement identiques à ce qu’il avait vu dix ans plus tôt. Malgré leur formation tant vantée au SRI, les “visionneurs” n’étaient visiblement pas meilleurs qu’avant. Et on n’était toujours pas parvenu à trouver un moyen de dire quand le “visionneur” était branché sur la cible et quand il ne l’était pas. Le seul moyen était d’essayer de vérifier l’information à l’aide d’autres sources. Mais comme Richard Kennett le constatait, les informations psi n’étaient pas assez précises ou détaillées de prime abord pour justifier une telle mobilisation de moyens d’espionnage. Certaines données fournies par les “visionneurs” étaient incroyablement bonnes, mais d’autres étaient problématiquement mauvaises. Richard Kennett ne le savait peut-être pas, mais vers cette époque un “visionneur” au SRI avait spontanément « prévisualisé » une attaque terroriste mortelle sur Washington, avec un véhicule transportant un engin nucléaire qui serait venu se garer à l’extérieur du Capitole la nuit où le Président Reagan devait prononcer son discours annuel sur l’Etat de l’Union. Le FBI fut alerté mais aucun véhicule de cette sorte n’avait été trouvé et aucune bombe n’avait explosé. Tout n’avait été qu’un « AOL ».

Voyant que rien n’avait changé en dix ans, Richard Kennett fut convaincu que le rapport signal/parasite de la RV était simplement trop bas. Selon lui, il n’y avait aucun moyen pour que celle-ci puisse devenir prochainement une technologie de recueil de renseignement ordinaire et quotidienne. Le programme de RV parvint cependant à survivre, Jack Vorona ayant organisé le transfert des membres de l’unité de Fort Meade dans son Directoire du renseignement scientifique et technique de la DIA. Quand l’armée cessa de financer le programme à la fin 1985, la DIA prit le relais. Fin 1985, Tom Nance s’en alla.

Le programme du SRI s’en tira mieux. En 1984 et 1985, Jack Vorona et Hal Puthoff organisèrent des réunions et des démonstrations de RV pour des membres du Congrès, de la Maison-Blanche, de la Navy, de l’Air Force, du NSC, des chefs d’état-major des trois corps d’armée, de la CIA, de la NSA, du FBI, des services secrets, de la DEA (“Drug Enforcement Administration”), etc. Même George Keyworth, le conseiller scientifique de Ronald Reagan, fut informé. Finalement, le SRI obtint un soutien déterminant d’une agence affiliée au Pentagone et un contrat de “recherche/développement” de dix millions de dollars sur cinq ans. L’un des buts de ce contrat visait l’étude de la dimension neurophysiologique de la RV et d’autres formes de psi.

Depuis le milieu des années 1970, Hal Puthoff utilisait la RV lors de petites virées à Las Vegas, et en de nombreuses occasions lui et ses amis auraient ainsi gagné le coût de leur virée à Las Vegas et un peu plus. Vers le milieu des années 1980, Hal Puthoff et son épouse s’impliquèrent dans la fondation d’une nouvelle école privée dans le secteur de Menlo Park, mais un investisseur déterminant se retira à la dernière minute, aussi Hal Puthoff proposa une variante du système de Keith Harary et Russel Targ concernant les marchés à terme.

« Le conseil d’administration admit l’idée avec circonspection. Puthoff et son épouse réunirent une petite équipe de membres du conseil et les formèrent rapidement à la RV associative. Chaque jour d’ouverture des marchés à terme, ils essayaient de ‘pré-visualiser’ un objet non spécifié qui leur serait montré le lendemain. Puthoff, qui supervisait l’opération, choisissait secrètement deux objets – disons, par exemple, un chapeau et une bicyclette. L’un des deux signifiait ‘marché en hausse’, l’autre ‘marché en baisse’. Si les réponses des visualiseurs étaient raisonnablement non ambiguës un jour donné, Puthoff envoyait son courtier faire une transaction, achetant ou vendant conformément au résultat de la visualisation. Contrairement à l’histoire de Targ et Harary, celle-ci eut une fin heureuse. » (J. Schnabel)

Au bout d’un mois, ces “visionneurs” novices avaient récolté les 25.000 dollars dont ils avaient besoin, et l’école fut sauvée.

Depuis le début des années 1980, Hal Puthoff s’était de plus en plus intéressé à un phénomène appelé « énergie point zéro », « énergie zéro », « énergie nulle » ou « énergie vide », un champ d’énergie électromagnétique parcourant tout l’Univers. Sur le conseil pressant d’Hal Puthoff, son ami texan philanthrope Bill Church créa une petite société pour essayer de développer la technologie d’exploitation de l’énergie zéro. Et à la fin de l’automne 1984, Hal Puthoff fut suffisamment encouragé par les travaux de recherche préliminaires pour décider de rejoindre à plein temps l’entreprise “Jupiter Technologies”.

« Pendant des mois, alors que le gros contrat de RV du SRI était négocié par la DIA, Puthoff ne souffla pas un mot de sa décision de partir à quiconque, par crainte de compromettre l’accord. Puis, au début de l’été 1985, le premier jour d’exécution du contrat, il annonça soudain son départ. Deux semaines plus tard, il n’était plus là. » (J. Schnabel)

En septembre 1984, Joe McMoneagle quitta l’armée. Lui et son épouse divorcèrent. L’Institut Monroe était devenu une sorte de seconde maison pour Joe McMoneagle. L’atmosphère y était beaucoup plus sympathique qu’à Fort Meade, et il tomba amoureux d’une belle-fille de Robert Monroe, Nancy Honeycutt, qu’il espérait épouser. Quand il se retrouva à la retraite, lui et Nancy se construisirent une maison près de l’Institut. Il se fit engager au SRI comme consultant, et avec Ed May (qui dirigeait le programme depuis le départ d’Hal Puthoff) il faisait des recherches et accomplissait occasionnellement des tâches opérationnelles. Le couple créa aussi sa propre société, « Intuitive Intelligence Applications », rendant service aux services de police, aux agences de renseignement ou même aux particuliers ordinaires qui sentaient qu’ils avaient besoin d’une aide psychique.

« Il travailla beaucoup avec son fax. Un client pouvait placer une cible dans une enveloppe qu’il déposait sur un bureau en Californie. Et McMoneagle pouvait sans problème opérer sa visualisation à distance depuis sa maison perdue dans les collines à près de cinq mille kilomètres de là. En dépit des années, ses dons pour la RV ne semblaient pas avoir diminué. » (J. Schnabel)

Comme Joe McMoneagle le savait, certains des autres associés au programme ne s’en étaient pas si bien tirés. Certains sont apparemment morts prématurément. Pat Price et Jackie Keith sont morts d’attaque cardiaque, ainsi, ultérieurement, qu’Alex Tannous. Rob Cowart et Hartleigh Trent avaient développé de graves cancers. Rob Cowart en était resté sérieusement handicapé, et Hartleigh Trent en était mort. Le cancer rongeait à ce moment-là Jim Salyer et Hella Hammid, et aucun des deux n’allait passer la décennie. Même la secrétaire du labo au SRI, la jeune et belle Martha Thompson, était sur le point de mourir d’un mélanome. Un jour de juin 1985, Joe McMoneagle eut aussi une grave attaque cardiaque et il dut subir un triple pontage. Placé sous respiration artificielle, il plana près du plafond, au-dessus de son corps physique, et il vit faire les chirurgiens. Lorsqu’il se réveilla, il avait un tube respiratoire enfoncé dans la gorge et il fit un geste vers une infirmière pour qu’on lui apporte un stylo et du papier. Tout ce qu’il avait vu : la lumière, les étranges entités « théomorphes », il fallait qu’il l’écrive. (28)

 

VIII. Le retour de Mel Riley :

Mel Riley vit du métal, du sang, des pierres, des bâtons, des haches, des flèches, et il entendit le bruit d’une échauffourée. Il était en plein milieu d’une bataille, sur le flanc d’une colline … Ed Dames lui tendit le dossier de la cible : une bataille qui s’était déroulée quelque cinq cents ans plus tôt en Cornouailles. Mel Riley était de retour à Fort Meade après cinq ans d’absence. Le nom de l’unité était maintenant DT-S, et l’ancien nom de code de l’unité, CENTER LANE, avait été remplacé par un nouveau nom de code donné par la DIA, SUN STREAK (« Rayon de Soleil »).

Au sein de l’unité, les seuls visages que Mel Riley reconnaissait étaient ceux de Skip Atwater et de Fern Gauvin.

« En 1981, après la débâcle de l’opération de sauvetage des otages d’Iran, Gauvin avait juré de ne plus jamais faire de RV professionnellement. Il avait plus ou moins été fidèle à son serment, car s’il avait accepté de reprendre du service ce n’était plus qu’en qualité de moniteur et d’analyste. » (J. Schnabel)

Le responsable de l’unité était Bill Ray. L’officier des opérations était Skip Atwater, lequel dirigeait trois officiers opérationnels adjoints servant de moniteurs et d’analystes pour les séances de RV : Ed Dames, Fern Gauvin et l’adjudant Gene Kincaid. Ce dernier avait été un agent secret de l’INSCOM, et lorsqu’il se trouvait au Vietnam il était passé tout près de la mort. Un prêtre lui administra les derniers sacrements. Gene Kincaid sortit de son corps, flotta, sortit de la pièce et pénétra dans une autre salle d’opérations où les médecins s’affairaient sur un jeune marine dont les jambes étaient sérieusement abîmées.

« Il les entendit discuter au-dessus du blessé et il se sentit gagner par l’intensité émotionnelle de l’instant. Finalement, il sortit de la salle d’opérations pour pénétrer dans une lumière intensément vive. Il se sentit enveloppé par l’amour et, en fin de compte, il se réveilla dans son propre lit d’hôpital avec plein de tubes sortant de son corps. En s’adressant au personnel de l’hôpital, il découvrit que les détails concernant le jeune marine et son opération étaient exacts. Plus tard, Kincaid parla à un prêtre de son expérience. Le prêtre le rassura en lui disant que c’était le genre de choses qui arrivaient parfois à des personnes sur le point de trépasser et qu’il n’y avait aucune raison de s’en inquiéter. » (J. Schnabel)

Ingo Swann ordonnait à ses stagiaires d’utiliser toujours les coordonnées géographiques, mais quand ils rentraient à Fort Meade ils abandonnaient rapidement ce système pour lui substituer l’utilisation de deux nombres à quatre chiffres pris au hasard, ces nombres aléatoires étant appelés « coordonnées cryptées ». Comme Keith Harary et Gary Langford au SRI, les “visionneurs” de la DT-S constatèrent que les coordonnées géographiques étaient enclines à générer des AOL car elles incitaient le “visionneur” à se demander dans quel point du globe elles les avaient fait tomber. Avec les nombres aléatoires il n’y avait pas de telles distractions. (29)

 

IX. Le raid aérien sur la Libye :

En avril 1986, juste avant le retour de Mel Riley dans l’unité pour son second engagement, la DT-S se vit confier une cible relative à un raid aérien américain planifié sur la Libye de Kadhafi.

« Pour l’administration Reagan, le raid devait venger l’attentat à la bombe qui avait tué un GI à Berlin et dissuader la Libye de continuer à sponsoriser le terrorisme international comme elle le faisait de manière accrue. De nuit, des dizaines de sites de Tripoli, de Benghazi et des zones adjacentes devaient être attaquées par les avions de l’US Navy et de l’Air Force. Au nombre des cibles, il devait y avoir des bâtiments gouvernementaux, des installations soupçonnées d’être des usines d’armes chimiques, des camps d’entraînement terroristes et le centre nerveux des forces armées libyennes, Mu’ammar Al-Kadhafi lui-même. On demandait à la DT-S d’aider à localiser Kadhafi, car, conscient que les militaires américains voulaient l’avoir dans leur ligne de mire, il sautait sans arrêt d’une maison sûre comme un bunker à une tente dans le désert.

L’unité travailla de longues heures sur cette mission, produisant différents dessins de bâtiments et de campements. Plus tard, après le raid, des photographies et des graphiques représentant les cachettes de Kadhafi devaient paraître dans la presse. » (J. Schnabel)

Ils semblaient présenter quelques ressemblances avec ce que certains “visionneurs” avaient écrit. Mais ces derniers avaient été confrontés à un sérieux problème : les informations obtenues ne pouvaient remonter la voie hiérarchique avant que Kadhafi soit parti ailleurs. Finalement, ils essayèrent de repérer les lieux où devait se trouver le chef d’Etat libyen quelques heures, voire quelques jours, à l’avance, pour compenser le délai bureaucratique. Mais ils n’eurent jamais l’impression que leurs informations avaient servi à quelque chose. Apparemment, l’ultime localisation de Kadhafi fut déduite par une combinaison d’agents humains à Tripoli, de photos de reconnaissance aérienne et d’interceptions de signaux. La nuit du raid, le camp nomade où Kadhafi se cachait fut frappé par plusieurs bombes qui ratèrent leur cible première de seulement quelques centaines de mètres. (30)

 

X. Autres opérations des années SUN STREAK :

Après le raid aérien sur la Libye, un bombardier F-111 américain à long rayon d’action tomba au large. L’unité de RV essayait de le localiser quand Ken Bell téléphona. Il avait visualisé à distance le F-111 de chez lui et il croyait savoir où il se trouvait, au fond du golfe de la Grande Syrte. Il apparut ultérieurement que l’information de Ken Bell avait été assez précise, mais une fois de plus elle ne fut visiblement pas utilisée.

En décembre 1989, une semblable opération de RV fut montée contre Manuel Noriega au Panama. A la suite de l’invasion américaine de ce pays, Manuel Noriega était parti se cacher, et on demanda encore une fois à la DT-S d’aider à le retrouver. Pendant plusieurs jours de travail intense, l’unité décrivit un certain nombre de lieux. Comme dans le cas du raid sur la Libye, il apparut rétrospectivement que certaines des informations données par les “visionneurs” avaient été exactes, mais elles n’étaient jamais assez précises ou consistantes. A un moment, Lyn Buchanan avait dit à son moniteur de séance qu’il avait reçu un puissant influx concernant la localisation de Manuel Noriega. L’influx lui disait que l’endroit était d’une certaine manière connu de l’actrice Kristy McNichol. Mais personne ne se rapprocha de l’actrice et le gouvernement américain ne « captura » jamais Manuel Noriega. Il réapparut de lui-même à l’intérieur de l’ambassade du Vatican et fut plus tard emprisonné aux Etats-Unis avant d’être condamné pour trafic de drogue.

D’autres opérations des années SUN STREAK concernaient la visualisation de sites en URSS soupçonnés d’abriter des armements high-tech.

« Nombre de ces tâches étaient confiées par Dale Graff, qui maintenant dirigeait une structure appelée Bureau des concepts avancés (Advanced Concepts Office) au sein du Directoire du renseignement scientifique et technique de Jack Vorona. Une cible amenée au début de 1987 était un complexe de communications et d’observations des satellites à Dushanbe, en URSS, avec de grands lasers pointés vers le ciel. » (J. Schnabel)

Mel Riley, Paul Smith et d’autres “visionneurs” décrivirent des lasers et, huit à neuf mois plus tard, de grands igloos ou dômes – qui en fait commencèrent à être construits six mois plus tard.

La DT-S fut aussi impliquée dans la longue crise des otages du Liban. L’unité essaya de repérer les lieux où étaient détenus Terry Anderson, Terry Waite et d’autres captifs occidentaux, et de savoir quel était leur état de santé. Dans certains cas, on faisait voir aux “visionneurs” des séquences vidéo prises, lors de vols de reconnaissance, par des appareils téléguidés à distance, et ils essayaient, en vain, de désigner les bâtiments où, selon eux, étaient détenus des otages.

Mel Riley, Paul Smith et d’autres sujets fournirent aussi des données sur des emplacements d’armes iraniennes – particulièrement des missiles anti-navires Silkworm de fabrication chinoise – disposées le long du golfe Persique au cours des dernières phases de la guerre Iran-Irak.

A la fin des années 1980, il y eut de plus en plus de tâches concernant des opérations anti-narcotiques. Le Service des douanes américain, les gardes-côtes, la DEA et différents services et groupes de travail anti-stupéfiants du Pentagone, devinrent des clients occasionnels de la DT-S. On demandait aux “visionneurs” d’aller « jeter un œil » à l’intérieur de bateaux en haute mer soupçonnés de faire du trafic de drogue, ou de suivre les activités de certains membres de cartels de la drogue au sud de la frontière. Dans certains cas, en 1988 et 1989, l’unité fournit des informations sur l’environnement de navires suspectés de trafic de stupéfiants, qui se révélèrent très largement exactes.

Le succès de l’unité le plus évident, au cours des années SUN STREAK, fut une tâche confiée par le brigadier général James Shufelt, un ancien commandant adjoint de l’INSCOM qui occupait désormais une position majeure au sein de la DIA. James Shufelt avait épousé, en 1986, la “visionneuse” Charlene Cavanaugh. Il parla à Skip Atwater de la mission qu’il venait de recevoir. Les groupes de vétérans faisaient pression sur le Pentagone pour qu’il enquête sur la question des prisonniers de guerre américains qui seraient encore détenus au Vietnam. Afin d’évaluer la fiabilité des informations fournies par les “visionneurs”, Skip Atwater suggéra à James Shufelt de fournir à l’unité deux séries de photos : une des bâtiments au Vietnam où la rumeur voulait que soient enfermés des prisonniers de guerre, et une autre de bâtiments vietnamiens où il était certain qu’il n’y en avait pas. Personne au sein de l’unité des “visionneurs”, pas même Skip Atwater, ne saurait quelles photos appartenaient à quelle catégorie. James Shufelt envoya plusieurs dizaines de photos et Skip Atwater les plaça dans les enveloppes/cibles. Deux équipes de “visionneurs” furent ensuite constituées, l’une dirigée par Ed Dames et l’autre par Gene Kincaid. Ni l’un ni l’autre ne savaient que les photos montraient des images du Vietnam et, en réalité, ils ne savaient rien de l’opération.

Gene Kincaid montra à ses “visionneurs” les photos comme amorce de leur vision à distance, alors qu’Ed Dames se contenta de fournir à son équipe les « coordonnées » des photos, c’est-à-dire les nombres aléatoires attribués à chaque cliché. Skip Atwater répartit l’opération sur plusieurs mois, pour empêcher les “visionneurs” de s’épuiser ou de générer des AOL en travaillant sur trop de cibles liées les unes aux autres. Les “visionneurs” ne trouvèrent pas de prisonniers de guerre où que ce fût. Ce résultat correspondait à celui obtenu par d’autres sources, et James Shufelt alla dire au Congrès qu’il n’avait rien pu découvrir.

Skip Atwater partit à la retraite. Lui et sa famille déménagèrent dans leur nouvelle demeure proche de l’Institut Monroe, et Robert Monroe fit de lui un des directeurs de recherche de l’Institut. (31)

 

XI. Le déclin de l’unité :

En 1988, le major général Harry Soyster devint le chef de la DIA. Harry Soyster ne voulait pas davantage du programme de RV à la DIA qu’il l’avait souhaitée à l’INSCOM. Les données fournies par RV lui semblaient trop « loufoques » pour être utilisées dans des situations militaires. Et il s’inquiétait du « facteur ricanement ». Mais Jack Vorona parvint cependant à maintenir l’unité à flot. Lui et Dale Graff entretinrent un réseau de soutien composé d’officiers du renseignement du Pentagone, de la DEA, de la CIA, et d’autres agences. Tous ces officiels pouvaient confier à la DT-S des tâches discrètes, expérimentales et ne coûtant rien. Des “visionneurs” parcouraient le pays, faisant des démonstrations devant des clients potentiels. Ainsi, Paul Smith, « monitoré » par Lyn Buchanan, réalisa une démonstration couronnée de succès devant des officiels du Groupe de travail anti-drogue 4 du Pentagone, à Key West, en Floride.

Il y eut aussi des démonstrations pour des personnages clés du Congrès. Paul Smith et Gabrielle Peters (une jeune civile de l’armée) furent envoyés un jour au Capitole. Ancien membre du SED de l’INSCOM, Gabrielle Peters était devenue une “visionneuse”. Elle et Paul Smith furent accueillis au Capitole par quatre sénateurs de la Commission sur le renseignement qui étaient aussi de fervents supporters de la RV : William Cohen, Daniel Inouye, Ted Stevens, l’ancien astronaute John Glenn. Dick d’Amato se trouvait là aussi. Ils fournirent à Paul Smith deux nombres aléatoires à quatre chiffres censés désigner un site quelque part dans le monde. Paul Smith lut les nombres à Gabrielle Peters qui se mit à travailler sur la cible. Il apparut qu’il s’agissait d’une installation terroriste en Libye. La jeune femme se débrouilla assez bien pour s’attirer des regards d’étonnement et de chaudes félicitations des législateurs présents. Avec le soutien de William Cohen, Daniel Inouye, Dick d’Amato et des autres, le programme survécut.

Le potentiel de la RV enthousiasma relativement des officiers du Groupe de travail 4 de Key West. Certaines données reçues leur parurent opérationnellement utiles, mais ils n’employèrent que rarement des “visionneurs”, et encore « semi-officiellement », car ils avaient peur que leur association avec la DT-S puisse leur causer des problèmes avec leurs supérieurs.

Les clients de l’unité s’intéressaient de plus en plus à des problèmes de recherche (recherche de navires transportant de la drogue, de terroristes, de fugitifs comme Manuel Noriega). Or ces questions de recherche avaient toujours été les plus difficiles pour les “visionneurs”. Plus ils effectuaient ce type de recherches, plus leur taux de réussite global baissait, et l’unité semblait désormais bien en deçà de ses premiers résultats. Il n’y avait apparemment plus personne au sein de l’unité qui ait eu la consistance et la clarté des grands sujets comme Pat Price, Joe McMoneagle et Ken Bell. Les deux derniers travaillaient maintenant comme civils pour le SRI et ils y avaient largement supplanté Ingo Swann.

« En consultant au SRI certaines des dernières données opérationnelles produites par la DT-S en 1989, McMoneagle tomba sur une séance récente qui avait visé le port de Severodvinsk, celui-là même qu’il avait déjà visualisé en 1979 pour le compte du NSC. Quand il parcourut les feuilles des séances, il lui sembla que les dessins étaient exactement les mêmes que ceux qu’il avait faits une décennie plus tôt quand ils avaient découvert le sous-marin Typhoon. » (J. Schnabel)

Il acquit la conviction que quelqu’un à la DT-S avait recyclé sa vieille session en lui affectant une nouvelle date et en lui attribuant un nouveau numéro de “visionneur”, pour donner l’impression qu’il s’agissait d’une information originale.

« L’analyse de la séance pouvait laisser entendre que les Soviétiques construisaient une nouvelle classe de sous-marins high-tech à Severodvinsk. C’était une des séances censées avoir été positives que les responsables du programme RV utilisaient dans leurs réunions avec des membres de la communauté du renseignement. McMoneagle se demanda comment les choses avaient pu tourner si mal à Fort Meade. » (J. Schnabel)

En 1987, Fern Gauvin succéda à Skyp Atwater comme officier des opérations. Et en 1988 il devint chef de la DT-S. Mais au cours des années du règne de Fern Gauvin, le déclin de l’unité s’aggrava. Il y eut des rivalités, des accusations de mauvais management, des échecs opérationnels, etc.

En général, Fern Gauvin prêchait le pluralisme en matière de RV. Si quelqu’un préférait telle ou telle technique, c’était celle-là qu’il devait utiliser. Skip Atwater avait été aussi relativement pluraliste, mais il avait fini par penser qu’une certaine standardisation des techniques était nécessaire. (32)

 

XII. « Visualisation à distance écrite » :

Au début de 1986, Angela Dellafiora (une latino-américaine) rejoignit l’unité. Auparavant, elle était une analyste civile de l’INSCOM. Elle avait suivi les cours d’un institut privé de formation psychique de Washington, et Stubblebine, alors encore à l’INSCOM, avait entendu parler d’elle. Elle était devenue sa troisième recrue (après Lyn Buchanan et Dawn Lutz) pour l’unité de RV. Son transfert ne fut effectif qu’après le passage de l’unité sous le contrôle de la DIA. En matière de RV elle n’avait rien d’exceptionnel. Sous l’ère Fern Gauvin, Angela Dellafiora commença à utiliser des techniques différentes pour atteindre les cibles :

« Elle se rendait dans une des salles de RV, se relaxait pour entrer en transe, puis, au bout d’un moment, elle signalait la présence d’une entité extérieure censée prendre possession de son corps. L’entité qui intervenait le plus souvent s’appelait ‘Maurice’. Il y avait aussi ‘George’ et un personnage qui s’était auto-baptisé ‘Dr Einstein’.

A priori, ces entités ne se manifestaient pas vocalement mais par le biais de ce que l’on appelle l’écriture automatique. Elles prenaient le contrôle de la main d’Angela et l’utilisaient pour délivrer leurs informations sur une cible donnée. Gauvin servit souvent de moniteur pour ces séances. » (J. Schnabel)

Il posait les questions à l’entité. Ensuite, Angela sortait de sa transe pour trouver devant elle sur la table des dizaines de feuilles de données, soigneusement recouvertes de l’écriture familière de son entité. On finit par appeler la forme de RV d’Angela : « visualisation à distance écrite » (WRV, “Written-RV”), une autre appellation pour une forme de communication de type spirite ou « channeling ».

Au printemps 1989, le Service des douanes américaines demanda à la DT-S d’aider à retrouver un ancien officier des Douanes, Charles Jordan, qui était recherché pour différents crimes et que l’on soupçonnait de se cacher dans les Caraïbes. Les “visionneurs” le décrivirent dans différents lieux, dont les Caraïbes effectivement, mais aussi dans le sud de la Floride et l’Amérique centrale.

« Tout laissait à penser qu’ils étaient parvenus à se connecter sur lui. Mais Angela, sous l’emprise d’un de ses esprits, localisa Jordan ailleurs, dans le nord du Wyoming, près de la ville de Lovell et aussi non loin d’un site funéraire indien. Le Service des douanes décida d’ignorer toutes ces informations contradictoires. Mais peu après, Jordan fut repéré par un ranger dans le Parc national du Yellowstone, à quelques dizaines de kilomètres de Lovell, et il fut arrêté. Lors de son interrogatoire, il confirma qu’il s’était trouvé près de Lovell à l’époque où Angela l’avait psychiquement localisé là. » (J. Schnabel)

Dans un autre cas, en 1989, on demanda à Angela comment Kadhafi réagissait aux récentes déclarations américaines qui l’accusaient de fabriquer des armes chimiques dans la ville de Rabta.

« Elle déclara qu’un bateau, le ‘Patua’ ou le ‘Potua’, allait arriver à Tripoli pour transporter du matériel servant pour les armes chimiques de Rabta vers une autre ville, via le port de Ras al-Anuf dans l’est de la Libye. Apparemment, elle avait vu assez juste : un navire baptisé le ‘Batato’ arriva à quai à Tripoli quatre jours plus tard. Il embarqua un chargement inconnu et reprit la mer, direction le port libyen de Benghazi dans l’est de la Libye. » (J. Schnabel)

Cette même année, Angela prédit spontanément qu’un avion de ligne américain allait être détourné de Rome ou d’Athènes dans les semaines à venir. Moins de trois semaines après, le renseignement américain apprit par d’autres sources qu’une telle attaque avait été planifiée par des terroristes islamistes, mais elle fut annulée avant d’être exécutée. Quelques mois plus tard, pendant la recherche de Manuel Noriega au Panama, les séances de RV d’Angela semblèrent si bonnes qu’elles furent les seules à être transmises aux amis de la DT-S au Pentagone.

Les performances de la « channel » Angela n’étaient pas du goût de certains “visionneurs”, et ils pensaient qu’avec un management correct une équipe de “visionneurs” pourrait la battre à chaque fois. L’opération Higgins, se plaisaient-ils à dire, en était un bon exemple. En février 1988, un officier supérieur des Marines, le lieutenant-colonel William Higgins, fut kidnappé à Beyrouth par le groupe de terrorisme islamiste du Hezbollah. On demanda à la DT-S de le retrouver. Ed Dames, dirigeant une équipe de “visionneurs”, fournit la description d’une maison où William Higgins était, semble-t-il, détenu dans le sud du Liban. Angela Dellafiora, à qui l’on avait préalablement montré des photos de reconnaissance du secteur, décrivit au contraire un certain champ près d’une route. Elle pensait que William Higgins devait être, d’une manière ou d’une autre, retenu là dans un souterrain. Plusieurs jours après, les “visionneurs” commencèrent à rapporter que William Higgins était mort. Pour Angela, il était vivant et serait bientôt libéré. Les deux séries de données furent transmises, mais, comme elles étaient contradictoires, elles furent probablement ignorées. Le corps de William Higgins fut bientôt retrouvé. Il avait été torturé à mort et il apparut qu’il avait été détenu dans une maison du Sud-Liban, qui ressemblait peut-être à celle que l’équipe de “visionneurs” avait décrite. Angela s’était trompée.

Lyn Buchanan et Paul Smith conclurent qu’Angela, en dépit d’une véritable aptitude psi, était trop souvent guidée incidemment vers la cible par les questions et réponses de ses clients. Plus le temps passa, plus les rivalités s’intensifièrent. Fern Gauvin confia à Mel Riley qu’il avait consulté Angela sur différents sujets privés, comme la “ferme-haras” dans le Maryland qu’il voulait acheter depuis longtemps.

Fin 1988, Jack Vorona venait de temps en temps du quartier général de la DIA, parfois accompagné d’un ami du Congrès ou de son personnel, pour effectuer des séances avec Angela. Les “visionneurs” étaient exaspérés par le fait que ces mêmes cibles ne leur soient jamais confiées. (33)

 

XIII. Robin Dahlgren :

En 1988, une jeune femme appelée Robin Dahlgren arriva à son tour à l’unité. Elle avait fait partie de la cinquantaine d’employés de la DIA qui avait été testée à l’aide d’un ordinateur mis au point par Ed May au SRI et qui permettait d’analyser les aptitudes psi. Elle avait apparemment obtenu de bons résultats… Ed Dames avait hérité de la mission à la former à la RV. Elle fit clairement comprendre qu’elle méprisait les complexités et les rigidités de la technique. Elle se mit à utiliser des cartes de tarot et à pratiquer le “channeling”. Malheureusement, les aptitudes psi de Robin Dahlgren n’avaient rien de significatif, quelle que soit la technique utilisée.

« Au cours d’une séance sur une cible opérationnelle, tout ce qu’elle fut capable de dire était qu’‘il y a du bleu sur le site’. Une autre fois elle localisa une cible inconnue au milieu du désert de l’Arizona. Or, la cible à repérer était en réalité un bateau de trafiquant de drogue pisté par les gardes-côtes dans l’Atlantique. » (J. Schnabel)

Avant de quitter l’unité au début des années 1990, Paul Smith réalisa une étude statistique des performances de plusieurs “visionneurs” par rapport à un nombre déterminé de cibles opérationnelles. Il apparut que Robin Dahlgren était la seule dont les données n’avaient pas de lien significatif avec les cibles.

A la CIA, le programme de RV suscitait de plus en plus de scepticisme. Jack Vorona et Dale Graff s’arrangeaient toujours pour exclure Ron Pandolfi, un scientifique de la CIA, de la liste des autorisations, car, selon eux, Ron Pandolfi voulait simplement mettre le programme à terre définitivement. Ron Pandolfi se tourna vers le Capitole. Il allait voir des membres des commissions sur le renseignement pour leur demander pourquoi ils avaient signé la demande de budget de SUN STREAK. Savaient-ils à quoi était destiné le million (ou presque) de dollars ?

« Mais, chaque fois, il recevait la même réponse. Dick d’Amato, au nom de Robert Byrd, le chef de la majorité sénatoriale, avait lui-même inséré Sun Streak dans le budget de la DIA. Le chef de cette dernière, Harry Soyster, ne voulait apparemment pas non plus du budget, mais d’Amato l’avait d’autorité intégré dans les crédits du renseignement affectés à la DIA. Pourquoi, voulait savoir Pandolfi, les responsables de la DIA ne remettaient-ils pas en question cet état de choses ? La réponse en disait long sur les politiques de l’espionnage : ‘Eh bien, vous savez Ron, si nous faisions cela, chaque fois que nous proposerions une majoration, on nous la refuserait tout simplement.’ » (Jim Schnabel)

La relation entre Dick d’Amato (le principal assistant du sénateur Robert Byrd) et Robin Dahlgren était relativement notoire. Tous les intervenants du programme semblaient la connaître, des “visionneurs” aux responsables supérieurs de la DIA. Quand plusieurs membres de l’unité se rendirent en Israël pour voir si la RV fonctionnait mieux lorsqu’ils se trouvaient à proximité des cibles du Moyen-Orient, Dick d’Amato fut lui aussi du voyage et il disparut avec Robin Dahlgren pendant plusieurs jours. L’un des responsables de la DIA estimait que Dick d’Amato avait simplement « perdu le sens de la logique ». Les “visionneurs” étaient convaincus que leur unité devait sa survie à la motivation galante de Dick d’Amato. Dans un entretien avec un journaliste du “Washington Post”, en décembre 1995, à propos du programme de RV, Dick d’Amato raconta qu’il avait soutenu celui-ci à la demande de sénateurs qui voulaient qu’il survive. (34)

 

XIV. Vers l’élucidation d’énigmes :

Lyn Buchanan avait mis au point une base de données informatique pour traiter les informations des séances de RV. David Morehouse, quant à lui, était arrivé au cours de l’été 1988.

Livre David Morehouse Ed Dames cibla le crash mystérieux d’un avion de transport de l’armée à Gander (Terre-Neuve). Il cibla des installations soupçonnées d’abriter des armes chimiques et biologiques en Union Soviétique, en Extrême et au Moyen-Orient. Il crut avoir pénétré le Conseil de défense soviétique. Certaines cibles n’étaient pas militaires : un affrontement en Cornouailles au quinzième siècle, la surface d’un astéroïde, la désintégration du réacteur nucléaire de Tchernobyl, un endroit propre à donner le vertige à plus de 1500 mètres au-dessus du Grand Canyon…

Ed Dames ayant confié à Mel Riley une cible, ce dernier vit un stade et une foule curieusement vêtue qui y convergeait pour assister à un match de football :

« Il pénétra dans le stade et un grondement monta autour de lui, un bruit de tumulte familier. Mais on ne jouait pas au football, ici. Il vit des lions. C’était en réalité le Colisée de Rome vers l’an 100 de l’ère commune. Dames le ramena de là. Mais pendant les minutes qui suivirent, Riley resta comme un zombie, rebondissant contre les murs. » (J. Schnabel)

Un petit groupe se forma, initialement constitué d’Ed Dames, de Mel Riley et de Paul Smith. Plus tard, Dave Morehouse les rejoignit de temps en temps. Ed Dames décida que le but du groupe serait d’utiliser la RV pour enquêter sur toutes les sortes d’incidents anormaux et de phénomènes paranormaux. Ed Dames devait ultérieurement appeler la documentation réunie par ce biais : les « Dossiers Enigmes ». Pour une opération ‘‘Enigme’’ donnée, Ed Dames choisissait une cible et envoyait les “visionneurs” du groupe sur celle-ci.

« Explicitement, il laissait les visualiseurs fournir les informations, mais certains d’entre eux avaient l’impression que Dames, dans son enthousiasme, pouvait par inadvertance les diriger vers les réponses qu’il voulait. » (J. Schnabel)

Parfois, il lui arrivait même d’échanger son rôle avec un “visionneur” au milieu d’une séance pour se mettre à visualiser lui-même la cible.

Le monstre du Loch Ness fut identifié à un « fantôme de dinosaure » (?). On « visualisa » Fatima, Medjugorje, et d’autres lieux d’apparition réputés de la Vierge. L’Atlantide fut localisée au fond du lac Titicaca, au Pérou (ce qui, c’est moi qui l’ajoute, est inexact).

Un après-midi de l’été 1987, Gene Kincaid « monitorait » Angela Dellafiora. Alors qu’elle « visualisait », Gene Kincaid vit son propre père défunt, debout dans la salle de RV, qui le regardait. Et lors d’une RV, Bill Ray sentit une main l’agripper, très palpable. Il se redressa sur son canapé, mais ne vit personne. (35)

 

XV. Ed Dames :

Dans le cadre de ses expériences sur la RV, Ed Dames développa une technique qu’il appela la « recherche ouverte » (“open search”). Il attribuait des coordonnées aux mots « recherche ouverte », coordonnées qu’il glissait dans l’enveloppe. Dans son esprit, l’utilisation de la « recherche ouverte » comme cible devait permettre à la perception psi du “visionneur” d’aller partout et de chercher tout ce qui pourrait être intéressant : quelque chose qui venait de se passer ou qui était en train d’arriver, quelque chose qui était sur le point de survenir.

Le 15 mai 1987, Ed Dames donna à Paul Smith les coordonnées pour une « recherche ouverte ». Tout ce que Paul Smith savait, c’était qu’il avait en main deux nombres aléatoires. Ed Dames lui lut les deux nombres. Les dessins et les descriptions de Paul Smith semblèrent viser un navire américain, un missile, une explosion et une mort tragique. Il se sentit presque à bord du navire, au milieu des explosions… Ed Dames supposa que Paul Smith était en plein AOL. Quarante-huit heures après, dans le golfe Persique, une frégate lance-missiles de l’US Navy, le “Stark”, fut frappée par un missile “Exocet” de fabrication française lancé d’un avion de chasse irakien. Deux douzaines de membres de l’équipage du “Stark” furent tuées, et treize autres membres moururent ultérieurement de leurs blessures.

« Smith avait effectué sa séance à un moment où montait déjà une anxiété significative, au sein de l’armée et du public en général, à propos de la guerre Iran-Irak et des menaces qu’elle faisait peser sur les navires américains dans le Golfe. Même si cela peut paraître surprenant, ce ne fut pas un exemple évident de précognition paranormale. Malgré tout, cette séance fut présentée comme un succès dans différentes réunions par les membres de la DIA – qui ignoraient probablement qu’elle avait commencé comme un exercice de chasse à l’énigme. » (J. Schnabel)

De temps en temps, Ed Dames savait quelle était la cible, et quand il procédait en « aveugle » il finissait par se faire une solide opinion à mesure que la séance progressait. Quelques “visionneurs” commencèrent à le voir comme une importante source d’AOL.

Fin 1987, le lieutenant-colonel Bill Xenakis fit venir Ed Dames et lui expliqua qu’une tâche opérationnelle venait d’arriver, la cible étant un événement potentiel. Bill Xenakis lui avait fourni deux nombres aléatoires à quatre chiffres pour servir de coordonnées qu’Ed Dames recopia à l’extérieur d’une enveloppe. Puis Ed Dames écrivit « événement possible » et les coordonnées sur une feuille de papier qu’il mit dans l’enveloppe avant de la sceller. Mel Riley, Paul Smith, Lyn Buchanan et Gabrielle Peters se lancèrent sur la cible. Les descriptions des “visionneurs” étaient remarquablement consistantes.

« Les impressions de tous paraissaient impliquer une sorte d’aéronef inhabituel. Il transportait un gros chargement – des objets en forme de boîtes de différentes tailles – et les couleurs rouge et blanc dominaient. Le pilote était obèse. Apparemment, le véhicule était à ciel ouvert avec des patins de type luge en dessous. Il s’apprêtait à franchir la frontière septentrionale américaine quelques semaines plus tard. Il descendait du Pôle arctique avant de traverser le Canada. » (J. Schnabel)

Certaines données étaient très étranges, mais Ed Dames estima qu’il devait s’agir d’AOL. Par exemple, Paul Smith dit que du bétail était associé à la cible. Et quand Mel Riley représenta le véhicule, il dessina huit étranges objets devant lui.

« Pour Dames, le sens de tout cela était clair : une sorte d’attaque terroriste se préparait. La cible était apparemment un avion ultraléger ou un hélicoptère spécialement modifié, chargé d’une – ou de – bombes (s) atomique (s) et conçu pour passer sous les radars de surveillance américains et canadiens. Les données de l’Etape 4, destinées à fournir les intentions et les motifs associés à la cible, suggérèrent que l’appareil devait s’introduire aux Etats-Unis subrepticement, de nuit. Dames supposa qu’un pays du Moyen-Orient était impliqué : peut-être la Syrie, l’Iran ou la Libye. » (J. Schnabel)

Il s’agissait en fait d’une plaisanterie, d’une idée de Mel Riley qui se voulait une revanche pour toutes les visions mentalement perturbantes qu’il avait dû endurer à cause des cibles proposées par Ed Dames pour ses entraînements poussés. Depuis le début, tous les “visionneurs” connaissaient parfaitement l’identité de la cible, laquelle n’avait rien à voir avec une attaque terroriste, puisque c’était… le Père Noël et son traîneau.

« Chaque visualiseur avait fait mine de respecter la structure habituelle d’une séance de CRV, décrivant grossièrement les attributs du Père Noël et exécutant même des dessins approximatifs du traîneau et des rennes, sans jamais nommer réellement la cible. L’idée était de voir quelle interprétation allait en faire Ed Dames, quand il tomberait sur tout ce matériel inhabituel. Xenakis avait accepté de jouer le jeu et Dames, manifestement, était tombé en plein dedans.

Quand il réalisa qu’il avait été joué, Dames – qui était d’un bon naturel – éclata de rire. » (J. Schnabel)

Ed Dames partit de la DT-S en 1988. Il travailla dans une autre unité secrète, l’Equipe 6 (toujours dépendante de l’INSCOM), une unité anti-narcotiques et de « mystification stratégique ». Dave Morehouse l’y avait rejoint brièvement en 1990. Accessoirement, les deux officiers avaient également monté une société, “Psi-Tech”, avec l’idée d’utiliser des “visionneurs” au noir comme une sorte d’équipe d’enquêteurs psychiques pour des clients privés. Ed Dames convainquit le général Stubblebine en retraite de servir, pendant un temps, de président du Conseil. (36)

 

XVI. L’étude demandée par l’Institut de recherches de l’armée :

Vers 1983, l’Institut de recherches de l’armée (ARI, Army Research Institute) avait réclamé une étude de toutes les techniques alternatives de type “New Age” promues à l’INSCOM, dont la vision à distance. C’était une réaction aux initiatives du général Stubblebine.

« Jack Vorona, Dale Graff et Hal Puthoff avaient essayé de faire nommer un scientifique relativement réceptif et ouvert pour chapeauter la partie de l’étude concernant la RV. Mais l’ARI choisit George Lawrence, un chercheur du Pentagone qui était largement considéré comme un sceptique pour tout ce qui concernait le psi. Il avait déjà dirigé l’équipe de trois hommes du Pentagone qui s’était rendue au SRI, au début de 1973, pour aller étudier Uri Geller. Après lui avoir accordé un bref regard, Lawrence et son collègue Ray Hyman, un psychologue de l’université de l’Oregon, avaient rejeté avec scepticisme le tordeur de cuillères israélien et ses prouesses.

Pour l’étude de l’ARI, Lawrence proposa que Hyman dirige l’analyse de la RV. A cette époque, ce dernier était membre du groups anti-psi controversé qui s’était baptisé Comité pour l’étude scientifique des allégations du paranormal (CSICOP, Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal).

Les futures conclusions d’Hyman étaient faciles à deviner. Aussi, Vorona et Graff veillèrent à ce qu’on ne lui ouvre pas le programme de RV. Il n’eut aucun accès aux données classifiées et on le renvoya vers le colonel John Alexander qui pouvait simplement lui fournir quelques dossiers sur des travaux psi soviétiques secrets.

Résultat, Hyman se retrouva à analyser les informations éparpillées dans la littérature parapsychologique accessible, dont la plupart étaient dépassées depuis longtemps. » (J. Schnabel)

Ray Hyman écrivit que, selon les normes tant scientifiques que parapsychologiques, les arguments relatifs à la RV son quasiment inexistants. Il évoqua des présentations très exagérées des premières expérimentations et des correspondances subjectivement convaincantes mais illusoires que les expérimentateurs et les participants ont voulu trouver entre le contenu des descriptions et les sites/cibles. Les personnes impliquées dans le programme, qui avaient été témoins de certaines des grandes séances de RV du passé, tant classifiées que non classifiées, se contentaient de secouer la tête en lisant ces mots. En Ray Hyman, pensaient-elles, elles avaient un adversaire farouchement et religieusement hostile au concept du psi. C’était un véritable incroyant.

Jack Vorona, Dale Graff et les autres partisans du programme laissèrent passer la tempête. Quand ils avaient besoin de convaincre un sénateur ou un responsable de la Maison-Blanche, par exemple, ils se contentaient de plonger dans leur réserve de données de RV classifiées, qui semblaient suffisamment convaincantes pour emporter l’adhésion de presque n’importe qui. (37)

 

XVII. La fin du programme :

Fin 1987, Frank Carlucci, le nouveau secrétaire à la Défense, annonça qu’il voulait supprimer trente-trois milliards de dollars du prochain budget de la Défense. En 1988, l’équipe d’un inspecteur général du Pentagone débarqua dans les bureaux de la DT-S à Fort Meade. Elle annonça qu’elle avait l’intention d’examiner les opérations et les pratiques générales de l’unité. Les “visionneurs” se virent ordonnés par leurs patrons de ne pas trop se montrer quand les troupes de l’« IG » se trouvaient dans le secteur. Et quand elles ne s’y trouvaient pas, en réalité des mois avant leur arrivée et même après leur départ, un membre majeur de l’unité fit tourner le destructeur de documents. Ces documents détruits étaient peut-être les « données loufoques » (sic) obtenues « lors des channelings d’Angela Dellafiora ou des tirages de cartes de Robin Dahlgren », des données de RV sur des cibles (comme Mère Teresa ou le Président Reagan) que la DIA n’était pas censée avoir “espionnées”, ou de vieilles séances opérationnelles. Indépendamment de ce qui avait été réellement détruit, le résultat pour les “visionneurs” fut négatif, le rapport de l’inspecteur général ayant conclu que la DT-S n’était pas prête à devenir une unité de recueil de renseignement opérationnelle. Le rapport préconisait la dissolution de l’unité.

Ed Dames quitta la DT-S à la fin de l’été 1988. Fin 1989, Jack Vorona annonça son départ en retraite.

Depuis le Capitole, Dick d’Amato s’efforça de maintenir en vie la partie Fort Meade du programme. « Expérimentalement », elle fut affectée temporairement au bureau du DCSI (Army’s Deputy-Chief of Staff for Intelligence, chef d’état-major adjoint de l’armée, chargé du renseignement). Mais les “visionneurs” se rendaient bien compte que la DT-S avait perdu toute signification. Mel Riley fit valoir ses droits à la retraite. (38)

 

XVIII. 1991-1995 :

Quand la guerre du Golfe éclata, au début de 1991, il ne restait plus que quatre “visionneurs” à Fort Meade : Lyn Buchanan, Greg Sloan (un civil de la DIA), Angela Dellafiora et Robin Dahlgren.

« On leur confia quelques tâches opérationnelles pendant la guerre, surtout quand le Pentagone décida qu’il fallait débusquer les lanceurs de SCUD mobiles de Saddam Hussein, dans l’ouest de l’Irak. La partie recherche du programme avait alors été réactivée par Ed May, sous les auspices d’un autre groupe d’études, la Corporation internationale d’application des Sciences (SAIC, Sciences Application International Corporation). On demanda aussi à Joe McMoneagle et Ken Bell, sous contrat du SAIC, d’aider à trouver les SCUD irakiens. » (J. Schnabel)

Le programme changea de nom et devint STAR GATE (« La Porte des Etoiles »). En 1992, Lyn Buchanan se retira de l’armée. Il rejoignit le général Stubblebine qui avait divorcé de sa première épouse et s’était mis en ménage avec une psychiatre new-yorkaise spécialisée dans les « abductions » (enlèvements à bord d’OVNIs). Lyn Buchanan vint travailler pour Stubblebine.

« Entre autres choses, il animait des ateliers de RV lors de différentes conventions de fans des OVNI ou du New Age. Finalement, ils se brouillèrent, et Buchanan et son épouse partirent s’installer dans le Maryland. Là, il effectua des travaux informatiques pour le gouvernement et il monta sa propre société de formation à la RV, ‘Problems Solutions Innovations… PSI !’ » (J. Schnabel)

Livre Buchanan seventh_senseA l’été 1993, Dale Graff démissionna et fut remplacé par Al Garfield. Le financement continuait, mais la fin semblait proche.

Ed Dames et David Morehouse écrivaient un livre sur la RV, dont la rédaction était confiée à Jim Marrs. Mais, au début de 1994, une amie de David Morehouse en colère déposa une plainte auprès des autorités de Fort Bragg. Il fut poursuivi pour des infractions au code militaire, incluant l’adultère, la sodomie, le vol d’un ordinateur de l’armée et, par-dessus tout, une conduite indigne d’un officier.

« Dans sa déposition initiale auprès des autorités de Fort Bragg, la femme mentionna que Morehouse s’était vanté de ses activités hautement classifiées au sein de la DT-S et d’autres unités. Il avait prétendu qu’il pouvait psychiquement l’espionner à volonté et il lui avait parlé du livre qu’il écrivait avec son ami Ed Dames. La mention de ce livre – qui semblait impliquer une divulgation délibérée d’informations classifiées – donna lieu à des enquêtes approfondies sur Morehouse de la part de l’INSCOM, de la Division d’enquête criminelle de l’armée (Army Criminal Investigation Division) et du Service d’investigation de la Défense (Defense Investigative Service). Morehouse risquait maintenant une probable expulsion de l’armée et peut-être même une peine de prison.

Quelques jours après que les autorités de Fort Bragg eurent décidé de l’envoyer devant la cour martiale, Morehouse fut examiné au centre médical de l’armée Walter Reed, à Washington. Il donnait l’impression d’avoir des visions d’anges, d’être dépressif et suicidaire. Ses avocats soutinrent alors qu’il n’était plus capable d’assister à un procès. La RV l’avait déstabilisé et maintenant il avait craqué. Par ailleurs, Morehouse et Sandra Martin se mirent à raconter à des amis que d’obscurs agents du gouvernement les harcelaient pour essayer de les réduire au silence. En une occasion, me confia Martin, des agents du Pentagone essayèrent de l’intimider dans le métro new-yorkais. Ils se tenaient au-dessus d’elle en la mettant en garde et en lui conseillant d’‘arrêter de représenter Dave’. » (J. Schnabel)

Quand David Morehouse quitta l’hôpital, des mois plus tard, il avait mis en place sa stratégie de défense : la cour martiale allait devenir une commission d’enquête et de révélation, « non pas de ses turpitudes à Fort Bragg, mais du programme de RV classifié et politiquement embarrassant »… Lorsque les avocats de David Morehouse commencèrent à réclamer des autorisations spéciales pour enquêter sur le programme de RV et pour interroger d’anciens participants, l’armée classifia les procédures et essaya d’empêcher ces participants d’aller jusqu’au procès. Les autorités de Fort Bragg proposèrent un marché à David Morehouse : au lieu d’un procès pour ses inconduites à Fort Bragg, il démissionnait de l’armée sans pension ni indemnité. David Morehouse quitta l’armée et alla travailler à New York pour Sandra Martin.

Ed Dames vivait maintenant à Beverly Hills avec son amie, l’épouse séparée de l’acteur Brad Dourif. Après avoir vu, au printemps 1995, un premier jet du livre de Jim Marrs, Ed Dames se plaignit qu’il était très lourdement romancé et qu’il se concentrait trop sur David Morehouse. L’ouvrage fut annulé. David Morehouse commença à écrire son propre livre, « Psychic Warrior » (« Guerrier Psychique »), qu’il vendit fin 1995 à un éditeur.

« A présent, Morehouse prétendait qu’il avait développé des pouvoirs psychiques après que son casque eut été atteint par une balle, alors qu’il se trouvait en manœuvres en Jordanie, en 1987. C’est alors qu’on lui avait demandé de rejoindre la DT-S où il avait réalisé différentes prouesses paranormales impressionnantes. » (J. Schnabel)

Les anciens collègues de David Morehouse se souviennent de son histoire de l’incident jordanien. Mais ils racontent que David Morehouse disait alors que l’impact ne lui avait provoqué qu’un mal de tête. Apparemment, il n’avait jamais mentionné à ses collègues de la DT-S la moindre expérience paranormale antérieure.

Début novembre 1995, David Morehouse et un nouvel agent proposèrent l’histoire à des studios de cinéma hollywoodiens. Plusieurs firent des offres…

En 1994, Dick d’Amato essaya de ramener le programme de RV dans le budget de la CIA, sous le contrôle du Bureau de recherche et développement de l’Agence – où Ken Kress, l’ingénieur qui était à l’origine du programme vingt-deux ans plus tôt, travaillait maintenant. Mais Ken Kress ne pouvait pas sauver le programme, car le Bureau de recherche et développement (et la CIA en général) n’en voulait pas. L’Agence accepta cependant le retour des “visionneurs” à condition qu’un examen extérieur préalable soit mis en place, cet examen devant être exécuté par un petit groupe de consultants, l’Institut Américain de Recherche (AIR, American Institute for Research), qui travaillait souvent pour l’Agence.

Le président de l’AIR, David Goslin, avait supervisé, à la fin des années 1980, l’étude controversée de la RV de Ray Hyman. Il était connu pour être un autre sceptique à propos du psi. David Goslin interrogea les trois “visionneurs” restants et plusieurs officiels du renseignement anonymes qui leur avaient confié des tâches dans la période 1993-1994. Il commissionna aussi deux universitaires pour effectuer une expertise extérieure des récentes recherches de la RV : la statisticienne “pro-psi” Jessica Utts, de l’Université de Californie à Davis, et le psychologue “anti-psi” Ray Hyman.

« De manière prévisible, Hyman et Utts ne s’accordèrent pas sur le point de savoir s’il existait des preuves scientifiques suffisantes de la validité de la RV. Pour Hyman, il n’y en avait pas. Pour Utts, il y en avait. Concernant la question distincte de l’utilité de la RV pour le Renseignement, au regard de son analyse des opérations de 1993-1994, Goslin conclut qu’elle n’avait eu aucune utilité.

Finalement, l’étude de l’AIR fit parler d’elle à la fin de novembre 1995, ce qui incita le programme Nightline de la chaîne ABC, et le Washington Post, à proposer des histoires sur le programme d’espionnage psychique. Les médias s’y intéressèrent pendant plusieurs jours. Joe McMoneagle, Keith Harary, Ed May, Dale Graff et les autres, apparurent soudain en pleine lumière pour donner leurs versions de l’histoire. Pourquoi l’étude de l’AIR se concentrait-elle exclusivement sur les dernières – et pires – années du programme ?, se demandaient-ils. Pourquoi la CIA ne désirait-elle pas admettre tous les succès produits par le programme au cours des années précédentes ? » (J. Schnabel)

Et pourquoi ne supprimait-on pas tout simplement l’unité de Fort Meade pour se reposer sur les meilleurs “visionneurs” free-lance ?

Mais les principaux médias américains ne semblaient pas désireux de mettre en cause les conclusions négatives de la CIA, aussi le mouvement d’intérêt disparut-il rapidement.

« Le Post acheva sa couverture du sujet avec un article de son équipe scientifique qui laissait entendre que la RV était une escroquerie, un mélange de fraude et d’illusion.

Pendant ce temps, ceux du Capitole qui avaient soutenu le programme faisaient tout pour se cacher. Certains refusaient de répondre aux appels téléphoniques des journalistes. D’autres, comme Dick d’Amato et le sénateur Byrd, n’avaient qu’une timide défense du programme à offrir : il n’avait impliqué que peu d’argent des contribuables, disaient-ils, il n’avait jamais été utilisé opérationnellement et n’avait jamais été pris trop au sérieux. Et de toute façon, maintenant, tout était fini. » (J. Schnabel) (39)

 

XIX. La RV de Jim Schnabel :

Jim Schnabel fit une séance de RV avec Ingo Swann. Il dessina un grand objet cylindrique, une tour de métal. Il sentit que la tour avait quelque chose à son sommet.

Pause AOL, château d’eau. Restaurant pivotant ?

La cible était une photo tirée d’un vieux numéro du “National Geographic” qui représentait une tour dans le centre-ville de San Antonio, avec un restaurant pivotant au sommet. Juste à côté, il y avait le grand centre de congrès de la ville, en forme de cylindre surmonté d’un dôme. En consultant ultérieurement un plan, Jim Schnabel constata que l’étroite rivière San Antonio – « de l’eau à proximité », avait-il dit – coulait à six cents mètres de là.

Ingo Swann avait quitté le SRI en 1988. Il était à la retraite et vivait à Manhattan.

« De temps en temps, il écrivait des livres ou des essais. Et, de loin, il observait le programme de RV sombrer dans l’oubli. Après quelques entretiens, il accepta de me former sur plusieurs semaines en avril et mai 1994. » (J. Schnabel)

Au cours d’une séance, Jim Schnabel décrivit un site en moins de vingt secondes – une source chaude dans l’Arkansas – en se fondant sur trois impressions, toutes exactes : « terrain… blanc… odeur de soufre. »

Après la fin de sa formation, son amie lui faxa des coordonnées de sites du monde entier. Et au cours de séances en solo, sans moniteur pour lui glisser des feedbacks, il décrivit les cibles suffisamment bien pour vaincre même son scepticisme à elle.

A l’insu de Jim Schnabel, Ed Dames choisit sa propre psyché comme cible : « Ed Dames/Moi profond ». Jim Schnabel perçut des teintes grisâtres, blanchâtres, de la moiteur, même de la « folie », et des choses semblaient se précipiter sur lui constamment, mais toujours hors de sa portée. A un moment de la séance, il détecta un rire. Après la séance, Ed Dames observa que d’autres “visionneurs” avaient aussi perçu le rire provenant de sa psyché. Mel Riley raconta plus tard à Jim Schnabel que cela lui rappelait « une bande de petits “gremlins” en arrière-plan ». (40)

 

XX. Le témoignage de Patrick Drouot :

En 1992, Patrick Drouot s’est entretenu, au congrès de Decatur (Georgie, Etats-Unis), avec deux Russes travaillant à l’Institut Militaire Kirov à Saint-Pétersbourg. L’un d’eux lui expliqua qu’ils faisaient partie d’une unité spéciale dont l’objectif était de procéder à des « attaques psychiques » contre des responsables militaires et civils clés en cas de conflit avec l’Ouest, cette unité ayant été constituée dès les années 1950. Lors de ce congrès de Decatur, Patrick Drouot a aussi rencontré Ed Dames, surnommé « Obiwan » et président de « Psytech », une société employant six personnes issues des commandos de Rangers de l’armée, dont quatre étaient alors en activité. Ces membres avaient été formés par Ingo Swann. L’équipe d’Ed Dames s’était vue confier des contrats par des sociétés de technologie avancée, principalement des multinationales travaillant pour la Défense du pays. Le but était de tenter de se projeter dans le futur afin d’en ramener les plans de machines qui ne seraient construites que quatre-vingts ans plus tard ! L’équipe fut aussi mise à contribution lors de la guerre du Golfe. Ses membres se seraient projetés dans la salle des cartes de Saddam Hussein. (41)

Livre Drouot 4 Livre Drouot 33 Livre Drouot 1 Livre Drout 06

Livre Drouot 8

A noter :

* Certains noms sont des pseudonymes : Frances Bryan, Laura Dickens, Norm Everheart, Al Garfield, Richard Henderson, Richard Kennett, Dawn Lutz, Tom Nance, Doug Pemberton, Gabrielle Peters, Greg Sloan.

* La “visionneuse à distance” Hella Hammid était présente, en 1985, dans une émission de Michel Polac (émission dans laquelle étaient aussi présents Jacques Pradel et le zététicien Henri Broch qui venait de sortir son premier – sur les “parasciences” – et très mauvais livre : “Le paranormal”).

* Le “visionneur à distance” (l’un des meilleurs, avec le défunt Pat Price) Joe McMoneagle a participé à une expérience visible dans un documentaire de Canal + (de Marie-Monique Robin) en 2004, à propos de la parapsychologie, l’expérience ayant été conduite par l’Institut Métapsychique International et le Comité Illusionniste d’Expertise des Phénomènes Paranormaux (représenté par l’illusionniste Ranky). Une expérience de vision à distance avec Joe McMoneagle se trouve aussi dans un documentaire d’“Enquêtes extraordinaires” diffusé la première fois sur M6 en 2010.

Alain Moreau

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Références :

1. Jim Schnabel, « Espions Psi », éditions du Rocher, 2005, p. 116.

2. Ibid., p. 52-54, 66-72, 76-78.

3. Ibid., p. 61-62.

4. Ibid., p. 63-65.

5. Ibid., p. 73-76.

6. Ibid., p. 83-85.

7. Ibid., p. 86-98.

8. Ibid., p. 102-107.

9. Ibid., p. 100-101.

10. Ibid., p. 112-115, 123-131, 144, 146-147, 155, 186 (en note), 200-201, 248-249.

11. Ibid., p. 255-256.

12. Ibid., p. 133-139.

13. Ibid., p. 139-140, 144-145, 147-154, 174-179, 182, 186 (en note), 197-211, 246-247.

14. Ibid., p. 180-182.

15. Ibid., p. 181-188.

16. Ibid., p. 183.

17. Ibid., p. 221-228, 230-233, 237.

18. Ibid., p. 233-236.

19. Ibid., p. 381, 241-245.

20. Ibid., p. 245-255.

21. Ibid., p. 256-265, 267-282.

22. Ibid., p. 283-289.

23. Ibid., p. 288-292.

24. Ibid., p. 297-301.

25. Ibid., p. 301-304, 306-315.

26. Ibid., p. 316-327.

27. Ibid., p. 327-334.

28. Ibid., p. 335-351.

29. Ibid., p. 352-357.

30. Ibid., p. 357-358.

31. Ibid., p. 358-361.

32. Ibid., p. 362-366.

33. Ibid., p. 366-370.

34. Ibid., p. 370-373.

35. Ibid., p. 374, 376-378.

36. Ibid., p. 386-390, 399.

37. Ibid., p. 390-392.

38. Ibid., p. 392-394.

39. Ibid., p. 403-404, 406-410.

40. Ibid., p. 396-398, 402.

41. Ibid., p. 11, 15.

 

 

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