Sectes et nouveaux mouvements religieux

Repmed00268La statue (détruite) représentant Gilbert Bourdin, lequel s’était auto-proclamé « Messie cosmoplanétaire » ! 

 

 

 

 

 

 

Je propose, avec ce texte, de prendre connaissance d’une critique du discours médiatique et politique dominant à propos du phénomène sectaire. Je donne donc la parole au CICNS, dont les analyses critiques et pertinentes constituent un contrepoids nécessaire au discours qui a été constamment matraqué, pendant de nombreuses années, dans les grands médias (chaînes télévisées, journaux, magazines à grand tirage, sans oublier Internet). On notera, à ce propos, qu’en France les années « après 2012 » ont connu (nous sommes début 2016 au moment où j’écris ceci) une étonnante accalmie médiatique dans la virulence des dénonciations sectaires. A tel point que j’ai vu sur BFMTV, en mai ou juin 2015, la mention du titre d’un numéro du journal « Libération », titre dans lequel le journaliste/auteur concerné déplorait que la France avait « baissé la garde » (sic) dans la lutte contre les sectes ! Peut-être que le nouveau responsable de la MIVILUDES, Serge Blisko, y est pour quelque chose, celui-ci étant beaucoup moins médiatiquement virulent que son prédécesseur Georges Fenech, lequel, lui, n’en « manquait pas une » pour se manifester partout où il pouvait et notamment à l’occasion des fameux « rapports annuels » qui étaient à chaque fois fièrement claironnés dans tous les grands médias. Autre raison possible : les médias sont tellement occupés par les agissements meurtriers des fêlés de Daesch, de Boko Haram et autres terroristes, qu’ils consacrent désormais leur temps à ces barbares sectaires… Et puis, 2012 et son cortège de prophéties « apocalyptiques » fantaisistes étant passés, les anti-sectes n’ont plus grand-chose à se mettre « sous la dent » (sauf à s’en prendre aux « thérapies alternatives »). La Scientologie est quand même un peu traitée, comme cela a encore été le cas dans une émission diffusée en octobre ou novembre 2015.

Je donne ci-après la parole au CICNS. Cependant, le reproche que l’on pourrait faire au CICNS est de mettre tout le monde « au même niveau » et donc de défendre n’importe quel groupe ou mouvement comme si tous ces groupes s’égalaient et avaient tous droit à la même « considération ». Telle n’est pas ma position, car il convient de discerner et d’établir une « hiérarchie » dans tout ce fatras, ce que ne sont pas davantage capables de faire les nombreux groupes anti-sectes, y compris au niveau de l’Etat (en France), ceux-ci ayant la fâcheuse tendance, a contrario, à amalgamer tout et n’importe quoi dans la même opprobre. Ainsi, il est tendancieux et absurde d’étiqueter de « secte » tout groupe dispensant un enseignement considéré, par ces défenseurs de la « rationalité », comme relevant de « l’étrange » ou de « l’irrationnel ». D’où le grave problème des « listes noires » initiées en 1995. La première liste datée de 1995 a ainsi amalgamé des groupes présentant de réelles caractéristiques sectaires avec d’autres qui n’en présentent aucune, les critères censés caractériser une « secte » étant absents dans certains groupuscules incriminés. Que vient faire par exemple, dans cette liste de 1995, « l’Institut de recherche physique et conscience » créé, dans les années 1990, par Patrick Drouot ? Que vient faire, dans cette liste, le « Lectorium Rosicrucianum » (ou Rose-Croix d’Or), une école spirituelle se réclamant de la Rose-Croix ? Que vient faire dans cette liste « Partage international », sachant que Benjamin Creme (le responsable de ce groupe) et ses « co-workers » se contentent de diffuser, même s’ils se réfèrent à des thèmes comme le « retour du Christ » et les Maîtres de Sagesse, une information dans le cadre d’une structure associative (avec notamment la publication d’une revue) ?

Nul doute, cependant, que certains groupes ou mouvements ont présenté ou présentent de véritables caractéristiques sectaires. Il suffit pour cela de se remémorer les agissements meurtriers de divers groupes : « Le Temple du Peuple » (1978), les « Davidiens » de David Koresh (Wacco, années 1990), Aum Shinrikyo (avec, en 1995, l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo), l’Ordre du Temple Solaire (O. T. S.) en France, en Suisse et au Québec, des mouvements auxquels il convient d’ajouter les dénonciations relatives à la Scientologie, aux Témoins de Jéhovah, etc. Les caractéristiques relatives à l’emprise sectaire incluent notamment la pression sur les adeptes (pour rester dans le mouvement), les « prétentions financières exorbitantes », la « propagande noire », etc. Certains « gourous » ou certaines « gourelles » se sont pris pour le Christ ou la Vierge… Certains de ces « leaders » étaient ou sont de simples charlatans, alors que d’autres (comme Gilbert Bourdin) étaient ou sont des illuminés en proie à des délires mystiques.

Dans le domaine thérapeutique, il existe aussi un certain nombre de charlatans qui s’autoproclament thérapeutes tout en se référant à des théories et des pratiques dangereuses. C’est le cas pour :

La « biologie totale ».

L’induction de faux souvenirs.

De nombreux reportages télévisés ont été consacrés à ce genre de pratiques charlatanesques (qui ont eu parfois pour conséquence la mort du « patient », ce qui a été le cas pour la « biologie totale »), le dernier en date, au moment où j’écris ceci, ayant été diffusé sur BFMTV le 12 janvier 2016. 

Comme on le verra plus loin, le CICNS s’en prend à la notion de « manipulation mentale ». Néanmoins, l’emprise mentale existe, et pas seulement d’ailleurs dans certains groupes qualifiés de sectes. Elle peut exister à tous les niveaux (entreprise, famille, etc.). On l’a rencontrée notamment chez les fameux « reclus de Monflanquin », ce cas ayant abondamment été évoqué dans les médias et le milieu judiciaire.   

Il y a aussi eu les délires de certains groupes « chrétiens », de certains faux visionnaires (avec de fausses apparitions mariales, etc.), de Gilbert Bourdin et du Mandarom, etc. Un groupe comme l‘OTS a utilisé à tort et à travers des thèmes utilisés dans l’ésotérisme occidental (Ordre du Temple, franc-maçonnerie, rosicrucianisme, etc.) pour manipuler ses membres : thème des « Maîtres », invention d’incarnations prestigieuses prêtées à des membres pour flatter leur ego et leur importance, etc., le tout sur un fond « apocalyptique » de mauvais aloi… Cela s’est terminé en meurtres et suicides. Ne pas reconnaître l’existence de réels groupes dangereux en mettant l’accent sur le réel discernement et sur une saine « hiérarchie » des groupes incriminés, comme ne l’a pas fait le CICNS qui a défendu tous les groupes sans discernement, n’est pas une attitude objective. Néanmoins, l’intérêt du CICNS est d’avoir réalisé des analyses pertinentes qu’il convient de connaître car elles constituent un contrepoids nécessaire aux accusations et aux amalgames souvent sans discernement des groupes officiels anti-sectes : MIVILUDES, CCMM, UNADFI… Voici donc une sélection de quelques analyses pertinentes du CICNS. Bien d’autres textes peuvent être consultés sur le site référencé : www.cicns.net

Alain Moreau

 

I. Les nouveaux mouvements spirituels selon le CICNS :

La question qui se pose est : à partir de quels critères peut-on considérer qu’un mouvement comporte de réelles caractéristiques sectaires, et comment distinguer les groupes valables de ceux qui ne le sont pas ?

Sur le site www.iands-france.org, le médecin Jean-Pierre Jourdan donne la liste (bien connue) des associations luttant contre les dérives sectaires. Curieusement, il met en tête de liste une association rationaliste et scientiste – l’AFIS, qui publie la revue « Science et pseudo-sciences » -, dont l’objectif est, entre autres, de lutter contre les « parasciences » considérées comme de fausses sciences. C’est curieux car Jean-Pierre Jourdan, qui s’intéresse aux NDE, ne défend pas les interprétations réductionnistes et matérialistes de celles-ci.

Pour être objectif et avoir une approche à la fois différente et complémentaire, il faut prendre connaissance du contenu du site suivant :

www.cicns.net

Sur un tel sujet, il convient de savoir discerner les groupes présentant de réelles dérives sectaires de ceux qui n’en comportent pas, et donc de ne pas mettre tout et n’importe quoi dans « le même sac ». C’est ce manque de discernement que l’on doit reprocher aux groupes « anti-sectes ».

Voici quelques contributions extraites du site du CICNS :

 

1. Changement de Président de la République, changement de politique anti-sectes ?

Par le CICNS (mai 2012) :

« François Hollande, nouveau Président de la République, s’est fait le chantre du ‘changement’ pendant sa campagne, mais un domaine où l’on peut douter que se produise un changement positif significatif est la politique ‘anti-sectes’.

Historiquement, c’est la gauche, et notamment le PS, qui a instauré en France la phobie des sectes dans les années 1980 (voir notre historique de la lutte anti-sectes), c’est-à-dire la mise au ban d’une population significative déclarée dangereuse, voire victime, en raison de ses choix de vie alternatifs. Qu’à cela ne tienne, la droite, avec Georges Fenech à la tête de la MIVILUDES sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a démontré qu’il fallait compter avec elle dans l’outrance.

Que la lutte anti-sectes menée par la MILS, puis par la MIVILUDES à partir de 2002, soit, dans le fond et la forme, l’antithèse des valeurs laïques et du respect des libertés fondamentales, n’émeut guère le personnel politique de gauche comme de droite, car le bénéfice de cet ostracisme à l’encontre de ces citoyens est inestimable. La référence aux sectes, ‘ennemi public’ créé patiemment de toute pièce pendant trente ans, permet de fixer, par opposition, une idéologie normative dans le domaine spirituel, éducatif et thérapeutique. Trois domaines sacrés de ce qui est devenu la ‘religion républicaine’.

Nous avons interpellé tous les candidats à l’élection présidentielle 2012, les invitant à reconsidérer la politique anti-sectes courante et proposant notamment le remplacement de la MIVILUDES par un Observatoire indépendant et compétent. Aucun des candidats ne nous a répondu. Apparemment, le CCMM a également questionné les candidats et a reçu une réponse de Jean-Luc Mélenchon pour le Front de gauche, soutien de François Hollande au deuxième tour des élections : ‘Je vous remercie de votre courrier. Vous m’interpellez en tant que candidat du Front de Gauche sur notre position sur les manipulations mentales, notamment dans le cadre des sectes. Je tiens tout d’abord à vous dire mon entier soutien dans votre action salutaire de lutte contre ce fléau. Les associations comme la vôtre, qui mènent de tels combats, doivent être reconnues d’utilité publique et bénéficier de subventions leur permettant de remplir leur fonction. De même, la MIVILUDES doit également pouvoir mener son action dans de bonnes conditions. Elle pourra compter sur mon entier soutien et aura les moyens nécessaires à son activité.’ C’est probablement ce que le Front de gauche appelle ‘L’humain d’abord’.

Mais tout reste possible. Il reviendra à François Hollande et à son Premier Ministre de démontrer leur volonté de sortir d’une position anti-sectes primaire, celle de la gauche jusqu’à aujourd’hui, et d’associer à la réflexion urgente sur un changement de société les initiatives des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques. La fin de l’ostracisme les accablant serait déjà un pas. »

 

2. Le mot « sectes », un terme outrageant :

L’usage du mot ‘secte’ reconnu injurieux et outrageant par le Tribunal de grande instance de Paris :

Montpezat de Quercy – 18/04/2012 (CICNS)

Source : Légalis

« Le Tribunal de grande instance de Paris, 17ème chambre, dans un jugement du 15 février 2012 (Kriss Laure/Larry P., Google Inc.), a pris une décision qui ouvre la possibilité d’une jurisprudence importante sur l’usage du mot secte et son caractère injurieux en France :

La saisie sur le moteur de recherche Google du nom de l’entreprise faisait apparaître le mot ‘secte’ aux second et troisième rangs des résultats. Le tribunal a jugé que ‘le terme de ‘secte’, s’il désignait à l’origine une communauté spirituelle, religieuse ou philosophique, est aujourd’hui empreint d’une connotation péjorative qui désigne sous ce vocable celles qui, parmi ces communautés, se livrent à des pratiques moralement ou pénalement condamnables ; que faute de toute précision complémentaire et n’étant pas autrement circonstancié, le qualificatif ‘secte’ constitue une invective et caractérise, en tout état de cause, un propos outrageant’ avec ‘une signification qui est, en l’occurrence, incontestable et injurieuse’, et que la responsabilité de Google devait ‘donc être retenue’ et le condamne donc en conséquence à supprimer le mot ‘secte’ des recherches rattachées à cette entreprise et à diverses amendes.

Ce jugement est une référence importante pour toutes les personnes et organisations stigmatisées par l’usage courant et sans fondement de ce terme dans notre pays. Le CICNS compte le rappeler à toute occasion similaire à l’avenir. »

Contact : Service Presse du CICNS – Denis Mathieu – 06 34 11 49 58 – Presse@cicns.net – http://www.cicns.net

 

3. L’Ordre des Médecins et la MIVILUDES :

« L’Ordre des médecins affiche son partenariat avec la MIVILUDES pour une campagne de lutte contre ‘l’emprise’ des promoteurs de traitements non conventionnels :

Par le CICNS (avril 2012)

« Pierre Bourdieu disait : ‘L’obscurantisme est revenu, mais, cette fois, nous avons affaire à des gens qui se recommandent de la raison. Face à cela, on ne peut pas se taire.’

Nous le rejoignons, et, malgré le nombre grandissant de publications antisectes, parfois dans des médias majeurs, dont l’assurance, l’inculture et le mépris de tout contradictoire pourraient inciter à baisser les bras, à ne plus tenter de faire contrepoids, nous nous exprimons sur une publication particulière et particulièrement significative : le dossier ‘Face aux dérives sectaires, l’union fait la force’, du bulletin du mois de janvier 2012 de l’Ordre national des médecins.

Sur la couverture, l’image de quatre personnes en méditation, dans une posture classique de yoga. Leur disposition et la couleur des vêtements laissent penser que l’un est enseignant et les trois autres ses élèves. Les visages respirent la sérénité. Le dossier commence sur le ton de la mobilisation générale : ‘Les mouvements sectaires étendent leur emprise sur le domaine de la santé. Face à des organisations puissantes et procédurières, des actions ‘partenariales’ s’imposent.’

Puis vient aussitôt l’évocation de l’Ordre du Temple Solaire et des ’74 personnes tombées sous l’emprise de ce mouvement’. Quel rapport avec le domaine de la santé ?

Le problème est que nous trouvons normal aujourd’hui d’associer aux pires intentions et actes criminels, de manière entièrement gratuite (non argumentée, puisque le dossier n’évoque même pas le yoga ou la méditation), la pratique pacifique (jusqu’à preuve du contraire) et légale de millions de personnes de par le monde. Ce dossier caricatural, édité à 258 000 exemplaires pour un lectorat ‘scientifique’, n’a apparemment déclenché aucune protestation ni aucun commentaire public. Le seul indice connu du CICNS d’une insoumission à l’’Ordre’ est l’exemplaire de ce bulletin que nous avons reçu par la poste de la part d’un médecin, avec la suggestion de le commenter publiquement.

Bonnet d’âne mérité à la rédactrice du dossier qui écrit par deux fois : Mission Interministérielle de lutte et de Vigilance contre les Sectes (au lieu de dérives sectaires), enfonçant le clou dans un paragraphe historique où elle écrit qu’en 1995 il s’agissait d’une lutte anti-sectaire devenue ensuite lutte contre les sectes, alors que c’est l’inverse. Il semble que la nuance lui échappe totalement, ainsi que la différence entre une lutte discriminatoire et une lutte contre des dérives avérées, qui produiraient immanquablement des jurisprudences, des jugements probants sur les plans qualitatif et quantitatif, et en l’absence avérée desquelles un scientifique digne de ce nom devrait s’abstenir de toute conclusion quant à l’existence réelle d’un fléau social.

Jean Baubérot, lors de son intervention au colloque ‘Sectes : fléau social ou bouc émissaire ?’ en 2007, a dressé un bref historique de ce qu’il nomme ‘la sacralisation du médecin’ en France, qui serait le fruit, dés 1803, d’un besoin politique d’impulser de nouvelles croyances contrôlées par l’État, bien plus que d’un plébiscite des patients, à une époque antérieure au véritable décollage des techniques scientifiques où le médecin était encore proche des caricatures de Molière. Cette sacralisation peut expliquer en partie l’attitude de l’Ordre des médecins français qui s’affranchit en l’occurrence de toute démarche scientifique par son ‘étroite collaboration avec la MIVILUDES’ et son partenariat affiché dans ce bulletin avec l’UNADFI, deux organes militants et partisans couverts par l’État, aux antipodes d’une démarche de connaissance et qui se font le vecteur d’une opinion toute subjective au service d’une volonté répressive et hégémonique. Attitude qui rejoint la synthèse réalisée par Wikipedia de la définition que les philosophes des Lumières donnaient des ‘méthodes obscurantistes’ :

– L’alliance avec le pouvoir, ce qui permet la censure, la violence.

– Le discrédit de l’intelligence, de l’étude et de l’érudition, non par la critique rationnelle mais par la critique essentialiste.

– L’argument d’autorité élaboré par ses clercs organiques, selon un savoir canonique.

On relèvera également dans le dossier le constat d’une difficulté à obtenir des condamnations, voire, le plus souvent, une quelconque réaction de l’appareil judiciaire quand une ‘dérive sectaire’ est dénoncée. Constat assorti de regrets et non d’une remise en question, et d’un appel à la prudence dans les attaques menées, non par souci de préserver d’éventuels innocents mais par crainte de voir des décisions invalidées par le tribunal administratif.

L’argument fallacieux, repris par le bulletin de l’Ordre des médecins, consistant à dire que l’on tient, dans le grand nombre de signalements, la preuve de l’existence d’un danger, mérite d’être mis en lumière. Depuis une trentaine d’années, les anti-sectes crient ‘au loup !’, relayés par la plupart des médias et l’État lui-même. Le fait qu’aujourd’hui la population croit voir le loup à tous les coins de rue, alors que bien peu de ‘loups’ ont été piégés par les très nombreux chasseurs en activité, n’est que la preuve de la redoutable efficacité de la rumeur.

Enfin, qualifier le même phénomène de ‘myriade de groupuscules’ et ‘d’’organisations puissantes et procédurières’ est pour le moins paradoxal. La deuxième appellation est à rapprocher du pouvoir véritable de l’Ordre des médecins et de l’interview du secrétaire général de la MIVILUDES, M. Machi, qui se vante d’intervenir au sein de l’appareil judiciaire pour ‘accélérer des dossiers’ et apporter du ‘poids’ à des signalements auprès de l’ARS. (1)

Notre critique n’élude en aucune façon la possibilité de dérives au sein des thérapies non conventionnelles, comme il peut s’en produire dans toute activité humaine, et n’induit aucun jugement de valeur quant aux pratiques conventionnelles. Toutefois, si nous évoquons la ‘paille’ (dérives existant, mais pas à l’échelle d’un problème de société, jusqu’à preuve du contraire), nous ne pouvions pas ne pas citer la ‘poutre’ des 150 000 hospitalisations annuelles liées à des accidents médicamenteux et des 13 à 18 000 morts provoquées par des médicaments, en majorité prescrits par des médecins conventionnés, chiffres indiqués dans le rapport déposé par la Commission des affaires sociales de l´Assemblée en conclusion des travaux de la mission sur le Mediator et la pharmacovigilance. (2)

Les ‘partenariats’ de la MIVILUDES se multiplient, des ministères à l’association des Maires de France, de la chaine LCPAN au Conseil national de l’Ordre des médecins, en passant par l’Université Paris-V René Descartes et l’Ecole des officiers de la gendarmerie nationale, autour d’une idée simpliste et manichéenne, essentiellement génératrice de peur, dont le message distillé par la couverture du bulletin de l’Ordre pourrait bien être une synthèse : ‘Harmonie, paix, spiritualité = danger – Citoyens mobilisez-vous !’.

Les libertés fondamentales sont en fait les véritables victimes de cette situation aberrante. »

[1] Agence Régionale de Santé

[2] http://www.ouvertures.net/portail/l_id.asp?doc_id=562

 

4. L’immunité de la MIVILUDES :

Communiqué de presse du Centre d’Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités (CICNS)

Immunité de la MIVILUDES : disposition contestable selon les sénateurs :

Montpezat de Quercy – 31/12/2011 (CICNS)

« En octobre 2011, le CICNS découvrait l’existence d’un amendement dissimulé au milieu d’une loi dite ‘de simplification du droit et pour l’allègement des démarches administratives’ (n° 33, 2011-2012), dont un article veut donner une immunité aux membres de la MIVILUDES (autrement dit, la possibilité de dire n’importe quoi, comme c’est déjà le cas la plupart du temps, sans pouvoir être condamnés pour cela).
Le projet de loi ayant été voté à l’Assemblée Nationale, il a été soumis en première lecture à la Commission des lois du Sénat qui a rendu son rapport le mercredi 21 décembre 2011. Le constat des sénateurs est intéressant : Il est relevé ‘des dispositions souvent contestables’ comme ‘le recul proposé en matière de responsabilité sociale et environnementale des entreprises’ (ce qui est le cas pour l’article 94a – le dernier, en bout de texte – concernant la MIVILUDES, puisqu’il est question de lui retirer toute responsabilité).

La Commission des lois a donc décidé de ‘déposer une motion tendant à opposer la question préalable au texte transmis par l’Assemblée nationale’, ce qui signifie qu’il n’y a pas lieu de délibérer sur un texte aussi mauvais et quasi illégal pour certaines parties.

Les commentaires de certains sénateurs s’interrogent sur la ‘régularité juridique’ de l’immunité demandée pour les acteurs de la MIVILUDES, alors que ‘l’existence de la mission ne relève pas aujourd’hui de la loi’, qu’‘une telle immunité n’existe à ce jour que pour deux autorités administratives indépendantes (…), alors que cette mission interministérielle n’est pas une autorité indépendante’, et relèvent qu’une ‘réflexion plus large (…) sur le rôle et les conditions de l’activité de la MIVILUDES’ serait souhaitable. Le CICNS relève pour sa part le commentaire ahurissant de M. Anziani, favorable à cet article, qui trouve que les plaintes de personnes diffamées par la MIVILUDES créent des ‘pressions désagréables’ qui font ‘perdre du temps (à la MIVILUDES)’.

Nous espérons que la sagesse des sénateurs permettra d’éviter que ces dérives, de plus en plus nombreuses dans le cadre d’une lutte officielle contre les minorités de conviction, ne se transforment en lois. »

 

5. 2012 et la MIVILUDES :

« 2012, année où il sera probablement dit n’importe quoi sur les ‘sectes’, à moins que… ? »

Éric Bouzou (janvier 2012) :

« Si une analyse objective était menée sur les intentions initiales, la méthodologie employée, les moyens alloués, les résultats obtenus de la lutte anti-sectes française, le château de carte s’écroulerait instantanément. Pourquoi est-il encore debout ? Parce que le mauvais génie de cette lutte a consisté à placer le discours sur le plan des affects et notamment celui de la peur, permettant de se débarrasser d’un coup du bon sens et de la réalité factuelle.

Il est probable que l’année 2012, si lourdement chargée en prédictions et surtout en commentaires médiatisés à outrance sur ces prédictions, sera un ‘bon cru’ pour la stigmatisation des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques (i.e. les ‘sectes’ en France).

Elles sont un défouloir autorisé et encouragé pour une société française agonisante, cherchant à dénoncer dans certaines minorités ce qu’elle n’ose véritablement constater dans sa majorité. Cette prise de conscience de l’état de la société à l’échelon individuel et notre propre prise de responsabilité individuelle dans les affaires du monde, si elles avaient lieu, se répercuteraient sur le collectif. A défaut, chacun crée ses ennemis ou récupère ceux qui lui conviennent. Les ‘sectes’ sont idéales dans le registre de l’ennemi public.

Ainsi donc, notre société meurt du cancer de la finance spéculative, de ce racket mondial institutionnalisé mettant la planète à genoux, mais la réaction est immédiate contre les ‘groupes sectaires’ accusés de spolier leurs adhérents. Ainsi donc, la dérive des pulsions, notamment sexuelles, s’affiche dans tous les milieux : médiatique, économique et politique, mais ce sont ces odieux gourous tous décrits comme des violeurs potentiels de jeunes adeptes dont il convient de se débarrasser en priorité. Ainsi donc, les oligarques de tout poil cherchent à imposer désormais sans vergogne leur vision d’un monde mercantile et inhumain, mais ce sont les visions considérées comme totalisantes de certaines ‘sectes’ qu’il faudrait d’urgence écarter. Ainsi donc, c’est dans la cellule familiale, dans l’entreprise et certaines corporations (éducation, police) ou groupes d’individus (jeunes) que se constatent les violences physiques, psychologiques, suicides les plus fréquents et les plus dramatiques, mais c’est dans les mouvements dits ‘sectaires’ que les quelques cas rencontrés déclenchent immédiatement l’hallali. Ainsi donc, la ‘science’ du marketing cherche à déclencher en nous l’acte d’achat de façon inconsciente et une consommation compulsive, mais c’est contre les ‘sectes’ qu’il convient de prendre des mesures énergiques pour les empêcher de vendre leurs prestations. Ainsi donc, la ‘foi’ républicaine parvient à convaincre des jeunes de vingt ans d’aller tuer et se faire tuer en Afghanistan pour sauver le ‘monde démocratique’, mais ce sont dans les ‘sectes ‘ que l’on pratiquerait la ‘manipulation mentale’. Ainsi donc, c’est dans l’école Républicaine que l’on constate un malaise croissant chez une proportion importante des jeunes, mais ce sont surtout les expériences alternatives éducatives qu’il faut désigner comme sectaires. Ainsi donc, une vision de la santé scientiste et d’assistanat finit par repousser de plus en plus les patients de cette médecine conventionnelle technicisée à outrance, déshumanisée, ‘déresponsabilisante’ et au coût élevé pour l’individu et la collectivité, mais il reste pourtant impératif de mettre à l’index les thérapies alternatives apportant des solutions dignes d’études.

Les hommes au pouvoir savent l’intérêt d’un ennemi consensuel leur permettant d’assoir leur propre idéologie. En France, comme l’a montré l’ethnologue Maurice Duval, les ‘sectes’ sont devenues un ‘axe du mal’. Il ne faut donc pas trop compter sur l’Etat et le Parlement pour abandonner de leur plein gré un si bon filon. La pensée unique anti-sectes est bien établie avec le soutien appuyé des médias (à de rares exceptions près).

Que faut-il pour vider une pensée unique de sa substance ? Une prise de conscience collective : une ressource qui n’a pas de coût, pas de pic, qui rassemble et qui grandit. Tout est donc possible en 2012, même une remise à plat complète de la lutte anti-sectes française. »

 

6. Courrier du CICNS aux candidats à l’élection présidentielle de 2012 :

« Objet : Courrier et questionnaire pour l’élaboration d’une déclaration d’engagement envers les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques françaises.

‘Monsieur…,

Vous êtes officiellement candidat à la présidence de la République Française. Vous avez donc engagé une réflexion sur les problèmes de la société française, ainsi que sur les solutions que vous pensez pouvoir leur apporter.

Le CICNS est une association indépendante dont l’objet est d’équilibrer le débat sur la question des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques. Vous êtes invité à consulter notre site pour de plus amples informations : www.cicns.net.

Dans l’éventualité de votre élection, notre association, ainsi que les dizaines de milliers de personnes qu’elle représente, souhaitent connaître ce que vous envisagez pour ces minorités persécutées par amalgame depuis 30 ans au travers d’une lutte contre les ‘sectes’, rebaptisée hypocritement ‘lutte contre les dérives sectaires’ pour en atténuer artificiellement les débordements.

Nous vous serions donc reconnaissants d’apporter vos propres réponses au questionnaire ci-joint ; elles constitueront votre ‘déclaration d’engagement’ auprès de tous les électeurs engagés dans une démarche alternative spirituelle, éducative ou thérapeutique. Vous avez conscience que vos réponses (ou non réponses), bien qu’absentes des programmes politiques, sont essentielles pour bon nombre de Français à qui nous les transmettrons.

Nous vous remercions pour l’attention que vous voudrez bien porter à ce courrier et vous prions d’agréer, Monsieur…, l’expression de notre considération distinguée.’

La Porte-parole du CICNS

 

– Introduction au questionnaire pour l’élaboration d’une déclaration d’engagement envers les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques françaises :

La politique anti-sectes française est une anomalie [1]. Elle est à juste titre incomprise par nos voisins européens (à l’exception possible de la Belgique) et il serait indécent d’imaginer que les Etats correspondants porteraient moins d’attention qu’en France à la sécurité de leurs ressortissants s’ils couraient un réel danger.

Après huit années d’exercice, la MIVILUDES, en charge de la politique anti-sectes française, n’a pu présenter aucune méthodologie crédible si ce n’est un usage sans retenue de la peur, du soupçon et du discrédit à l’encontre de plus de 500 000 citoyens (selon les chiffres de la mission) présentés avec beaucoup de mépris comme des ‘victimes’. L’infantilisation par l’administration de ces citoyens s’accompagne de propos irresponsables, dont le président actuel de la MIVILUDES n’est pas avare, par exemple sur le nombre d’enfants prétendument en danger (entre 50 000 et 80 000 selon les époques et l’humeur du moment). Le référentiel des 600 à 900 mouvements ou pratiques sectaires de la mission, véritable liste de ‘sectes’ qui ne dit pas son nom, ne fait l’objet d’aucun contrôle, ne respecte pas le contradictoire, s’oppose à la circulaire Raffarin de 2005 et reste inaccessible aux mouvements concernés. Ces méthodes de travail détestables et non démocratiques rendent d’autant plus inacceptable le projet de loi actuel visant à conférer l’immunité aux membres de la MIVILUDES.

Le parlement est, quant à lui, piloté sur ce sujet par une poignée de députés virulents dont l’un a été condamné pour diffamation à plusieurs reprises. Ces députés ne font aucun mystère de leur lutte contre les ‘sectes’. Une lutte contre les ‘dérives sectaires’ n’aurait d’ailleurs aucune justification supplémentaire, puisque les critères correspondants sont applicables à n’importe quel groupe humain tout en réservant leur utilisation à ceux qualifiés arbitrairement de ‘sectaires’. Ils sont donc un outil idéal de discrimination.
Aucune étude sérieuse n’a été fournie pour démontrer que la délinquance (à travers des décisions de justice, seul critère acceptable d’évaluation du trouble à l’ordre public) ou les conditions de vie au sein des groupes désignés comme ‘sectes’ seraient pour la première plus importante et pour les secondes plus problématiques que dans le reste de la société. Après trente années de lutte acharnée et médiatisée, il est incompréhensible que de tels éléments factuels, s’ils avaient une quelconque réalité, ne soient pas mis à disposition du public. C’est le triste avantage de l’utilisation d’une psychose artificielle : la peur ne conduit pas à une attitude de questionnement rationnel ; et le matraquage d’un risque sectaire, avec la complaisance des médias, permet aujourd’hui à la MIVILUDES de mettre en avant un sondage où les sondés expriment, faut-il s’en étonner, leur peur des ‘sectes’. C’est une manipulation grossière perpétuée, car la politique victimaire est aujourd’hui payante.

La question des ‘sectes’ est donc devenue un véritable élément de pensée unique, soutenue par une propagande d’Etat dont tout contradictoire est écarté (la meilleure illustration en étant l’éviction des chercheurs en science des religions de toute réflexion au niveau des pouvoirs publics) [2]. Si l’on excepte la contribution plus nuancée du Bureau des Cultes au sein du Ministère de l’Intérieur (jusqu’à aujourd’hui tout du moins), la politique menée en France aboutit à retourner la population française contre une partie d’elle-même avec comme censeur principal la MIVILUDES .

Le ‘consensus’ à travers tout l’échiquier politique souvent mis en avant pour se gargariser des lois liberticides votées contre les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, devrait au contraire être un signal d’alerte. Une société consensuelle sur la discrimination d’une de ses parties constituantes est en danger. Elle subit alors ce que certains sociologues appellent le ‘monstre doux’ pour désigner une lente dérive totalitaire.

Le rapport numéraire pourrait cependant rapidement changer. Notre société en crise profonde est à la recherche de solutions et celles-ci ne seront pas toutes issues des idées dominantes. Des citoyens de plus en plus nombreux souhaitent expérimenter de nouveaux choix de vie et leur poids électoral pèsera tôt ou tard dans la balance. C’est un signe d’intelligence que de l’anticiper.

L’action légitime de l’État en termes de prévention, de mise en application du droit pour faire respecter l’ordre public, ne peut en aucune manière justifier les campagnes de dénigrement dont les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques sont l’objet.

 

– Questionnaire :

1. Reconnaissez-vous que l’appréhension par les pouvoirs publics des questions relatives aux minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, est partielle et partiale et qu’en conséquence la politique de lutte contre les dérives sectaires menée ne respecte ni notre Constitution, ni la loi de 1905 ?

Dans l’éventualité de votre élection :

2. Vous engagez-vous à restaurer un contexte sain pour comprendre le phénomène d’émergence de minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, avec :

a. La réhabilitation des recherches universitaires et la prise en compte de leurs résultats dans l’action publique ?

b. La reconnaissance d’un paysage spirituel, éducatif et thérapeutique multiforme et non limité à quelques dogmes ou pratiques (fussent-elles scientifiques) reconnus ?

c. L’instauration d’une éthique verbale respectueuse à destination des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, évitant les termes péjoratifs comme ‘secte’, ‘gourou’, etc. ?

d. La mise à l’écart de concepts pseudo-scientifiques comme la ‘manipulation mentale’, l’’emprise mentale’ et leurs dérivés : ‘perte de libre arbitre’, ‘vice du consentement’, appliqués à l’endroit desdites ‘sectes’ (ces concepts devant être au mieux confinés aux instituts de recherche le cas échéant) ?

e. La suppression du diplôme universitaire de troisième cycle sur ‘l’emprise sectaire et processus de vulnérabilité’, proposé à l’université Paris-Descartes et coordonné par la MIVILUDES ?

3. Vous engagez-vous à mettre en place une structure adéquate d’observation des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, en :

a. Finançant la création d’un observatoire indépendant et officiel des nouvelles pratiques spirituelles, éducatives et thérapeutiques, qui serait un organe consultatif équilibré auprès des pouvoirs publics et des citoyens (il va de soi que nous ne considérons pas le ‘Groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique’ du Ministère de la santé mis en place à l’instigation de la MIVILUDES , comme un organe d’observation neutre et objectif) ?

b. Prononçant la dissolution de la MIVILUDES et des structures s’inspirant de la politique de la MIVILUDES au Ministère de l’Intérieur comme la CAIMADES ?

4. Vous engagez-vous à rééquilibrer l’action des associations anti-sectes, en :

a. Cessant le financement d’associations anti-sectes qui constituent la seule source d’information des pouvoirs publics, ou à fournir le même financement à des associations qui apportent un autre point de vue, comme le CICNS ?

b. Mettant en œuvre une étude complète de la pratique de l »exit counseling’ (exfiltration d’un membre d’un groupe dit sectaire) pour en déterminer la licéité ?

5. Vous engagez-vous à replacer les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, dans le cadre du droit commun, en :

a. Abrogeant la loi dite About-Picard, qui punit l’abus de faiblesse par ‘sujétion psychologique’ (un synonyme de ‘manipulation mentale’) et cible les ‘sectes’ (voir le titre de la loi) et est donc non conforme au droit commun, cette loi ayant été sévèrement évaluée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme ?

b. En abrogeant la loi n° 2008-1187 du 14 novembre 2008 relative au statut des témoins devant les commissions d’enquête parlementaires (sur les sectes, puisque c’est pour ce contexte que la loi a été écrite), empêchant toute poursuite de propos diffamatoires lors de séances publiques ?

c. En abrogeant, si elle est votée, la loi donnant l’immunité aux membres de la MIVILUDES ?

d. En engageant une réflexion dépassionnée sur la loi de 1905 pour mettre en accord son application et son esprit, et étudier les aménagements qui permettront aux minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, d’y trouver leur place ?

[1] Voir notre contribution à l’OSCE en 2009 : http://www.osce.org/fr/odihr/39124

[2] Voir notre contribution à l’OSCE en 2011: http://www.osce.org/fr/odihr/82975

[3] Sur l’immunité de la MIVILUDES :

»

 

7. Le terrorisme anti-sectes sur Internet :

Par Massimo Introvigne

Extraits d’un discours présenté à la conférence annuelle de L’Association for Sociology of Religion (ASR), Chicago le 5 août 1999 © Massimo Introvigne 1999.

Texte complet (en anglais) sur :

http://www.cesnur.org/testi/anticultterror.htm

Traduction du CICNS :

« (…) Les conversions à de nouvelles religions par le biais d’Internet sont rares et ne contribuent pas de manière significative à leur croissance (Dawson et Hennebry 1999 ; Mayer 1999). D’un autre côté, ‘les groupes ‘anti-sectes’ sont les principaux bénéficiaires du développement d’Internet’ (Mayer 1999). (cet article met) l’accent sur les activistes anti-sectes les plus agressifs qui tentent de perturber systématiquement leurs cibles par le biais d’Internet.

(…) Les sociologues ont exploré la notion paradoxale d’overdose d’informations, soit le fait de recevoir plus d’informations que le plus doué des individus serait capable de digérer. Shenk (1997, 15) déclare que l’overdose d’informations ‘menace notre capacité à nous éduquer nous-mêmes et nous rend plus vulnérables en tant que consommateurs ainsi que moins cohérents en tant que société’ (Kraut et Attewell 1997, 325).

(…) Alors qu’au début des années 90, les sciences sociales percevaient l’overdose d’informations comme un phénomène spontané, à la fin de cette même décennie apparurent de nouvelles affirmations d’universitaires suggérant que l’overdose pouvait être ‘manipulée dans le but de nuire à des organisations, des gouvernements ou des groupes’ (Denning et Denning 1998, Denning 1999).

(…) Un groupe terroriste écologiste dont la cible serait une multinationale causerait peu de dégâts en faisant exploser un entrepôt. Après un tel acte, la sécurité serait renforcée et le risque pour les terroristes grandirait en conséquence. Mais le fait de répandre une ‘information’ au sujet d’un produit qui causerait le cancer ou des maladies mortelles serait plus efficace. En 1998, un groupe terroriste écologiste avait pris pour cible une multinationale de l’alimentaire en Europe. Il avait simplement fait parvenir à une agence de presse italienne un gâteau de Noël empoisonné, fabriqué par cette compagnie, et dont l’ingestion pouvait être mortelle. Ce ‘cadeau’ était accompagné d’une déclaration disant que de nombreux gâteaux empoisonnés se trouvaient sur les étagères des magasins. Quand ces terroristes furent arrêtés, ils se défendirent en disant qu’en fait un seul gâteau avait été empoisonné et qu’ils n’avaient mis en danger la vie de personne puisque le seul gâteau potentiellement dangereux était marqué ’empoisonné’ et couvert d’étiquettes de mise en garde. L’incident avait provoqué une réaction de nombreuses entreprises en Italie demandant que la loi soit aménagée pour traiter de telles situations.

(…) Il n’y a aucun doute sur le fait que le cyberterrorisme est une activité quotidienne : des systèmes informatiques sont attaqués, des virus se répandent et des sites Internet sont piratés. Certains auteurs incluent dans le concept de ‘terrorisme sur Internet’ les propagandes distribuées sur Internet par des groupes qu’ils jugent terroristes. Destouche (1999) en fournit une liste importante, depuis les fondamentalistes musulmans jusqu’aux disciples du Rabbi Meher Kahane. Le livre de Destouche, par ailleurs instructif, est si conditionné par le climat anti-sectes en France qu’il inclut dans sa liste de cyberterroristes ce qu’il appelle des ‘sectes dégénérées’, toutes qualifiées de ‘subversives’. Il déclare ainsi que le simple fait que de tels groupes subversifs possèdent des sites Internet est un risque et devrait faire partie de toute enquête sur le terrorisme. En plus de Aum Shinri-kyo, Destouche (1999, 38-143 ; 238-239) inclut dans sa liste l’Eglise de Scientologie, les Témoins de Jéhovah, la méditation transcendantale, la Soka Gakkai, les Raëliens, la Nouvelle Acropole et l’église de Satan. En France, selon Destouche (1999, 215-216), un certain nombre de services d’espionnage surveillent le Web et les newsgroups (en fait, une agence de renseignements semble principalement intéressée par les newsgroups).

(…) Le rapport suédois (‘In Good Faith’, 1998) déplorait que ‘En France, l’Etat a, dans l’ensemble, fait cause commune avec le mouvement anti-sectes’, ignorant le fait que ‘la grande majorité des membres des nouveaux mouvements religieux tirent des expériences positives de leur appartenance’. Le rapport de 1998 du Canton de Ticino en Suisse (Dipartimento delle Istituzioni 1998, 17 et 39) déclare que, bien qu’une coopération avec des groupes anti-sectes soit occasionnellement appropriée, les gouvernements ‘devraient éviter de devenir complices d’un travail qui répand des préjugés’ ou qui fait la promotion ‘du terrorisme anti-sectes’. Bien que dans ce document, l’expression ‘terrorisme anti-sectes’ soit une métaphore, des actes de terrorisme ont réellement été perpétrés en France à partir de 1996. Les locaux de l’Eglise de l’Unification et ceux de Nouvelle Acropole (un mouvement dont la maison mère est en Argentine) ont subi un attentat à la bombe à Paris. Personne n’a suggéré que les plus grands groupes anti-sectes étaient en fait impliqués dans ces attentats. D’un autre côté, comme cela a été noté par Usarski (1999) au sujet de l’Allemagne, la publication d’articles incendiaires, écrits par des organisations privées subventionnées par le gouvernement, voire par le gouvernement lui-même, et déclarant que des centaines de sectes étaient le mal incarné et que le pays était en guerre contre elles, est un acte dangereux. Cela peut créer une incitation à des expressions extrêmes et parfois violentes de discrimination et de haine.

Trois de ces éléments sont présents à divers degrés dans les groupes anti-sectes extrémistes sur Internet. Tout d’abord, la tentative de déshumaniser ou de diaboliser leurs cibles. Ensuite, les théories de la conspiration. Et enfin, l’effort pour immuniser les groupes anti-sectes contre leur problème principal défini comme ‘une absence presque unanime de soutien des universitaires et des chercheurs’ (Chryssides 1999, 263), ou ‘l’absence de toute évidence scientifique convaincante’ sur leurs théories (Usarski 1999, 238). Les universitaires et autres chercheurs sont systématiquement discrédités par des attaques personnelles, comme faisant l’apologie des sectes, ou étant ’employés en sous-main’ par ‘les sectes’ (sur le mode: ‘la plupart des chercheurs ne croient pas à la théorie du lavage de cerveau’ — ‘c’est normal, ils sont payés par la Scientologie’). Un de ces éléments est généralement dominant et donne à chaque site Internet sa saveur particulière.

(…) Le but (des anti-sectes) est de découvrir des ‘histoires secrètes’ ou des ‘documents cachés’ plutôt que de discuter de la valeur intrinsèque du travail de l’universitaire pour finalement, et sans surprise, rejeter les universitaires en question comme des employés de sectes ou comme des non-individus aux crédits douteux et dont les vies personnelles révèlent une association avec des sectes religieuses ou politiques.

Si la victime de ces attaques ne fait pas de procès, ils disent alors que cela doit être vrai ‘puisqu’il n’y a pas eu de procès’. Si, au contraire, la victime amène l’affaire en justice, elle est de surcroît présentée comme un ennemi de la liberté sur Internet, l’effet étant de mobiliser aussitôt la solidarité sur Internet.

(…) Nos statistiques confirment qu’en dehors d’un petit nombre d’utilisateurs, peu de personnes sont intéressées par les débats offensifs sur les ‘sectes’ sur Internet. Dans chaque newsgroup que nous avons étudié sur une période de trois mois, il y avait moins d’une douzaine de ‘combattants’. Ce nombre est probablement inférieur si on prend en compte la possibilité que certains aient eu des pseudonymes multiples. La guerre anti-sectes sur Internet est plutôt comme une tempête dans une tasse de thé.

(…) La communauté anti-sectes aux Etats-Unis est de plus en plus inquiète de subir des plaintes. Le fait d’être associé à cette frange extrémiste des anti-sectes pourrait en effet devenir, dans la prochaine décennie, ce que l’association avec les déprogrammeurs fut dans les années 80 et au début des années 90. C’est encore plus embarrassant quand des gouvernements européens incluent dans leurs documents officiels des informations prises sur Internet sans les vérifier. Cette pratique a causé au moins deux incidents diplomatiques en 1999, quand, par exemple, la MILS en France dénonça un membre officiel d’une délégation enquêtant sur l’intolérance religieuse comme ‘un activiste d’une des sectes internationales les plus dangereuses’ (quand il était, en fait, membre d’une petite congrégation chrétienne). La même année, toujours à partir d’informations prises sur Internet, la délégation française à une conférence internationale sur le pluralisme religieux organisée par l’OSCE à Vienne, accusa injustement trois orateurs, incluant un des rapporteurs officiels désignés par l’OSCE, d’être des Scientologues ou représentants de l’Eglise de Scientologie (1).

(…) Les gouvernements peuvent avoir une grande responsabilité dans le fait de générer de la violence à la fois contre et de la part des minorités harcelées. La violence, comme le dit Sprinzak (1999, 311-312 et 317), ‘ne provient pas seulement d’en bas, d’individus qui ne respectent pas la loi. Les gouvernements sont responsables de la création d’une grande quantité de violence’. ‘Plus grand est le sentiment d’être devenu illégitime aux yeux du gouvernement’ pour une minorité, ‘plus grande est la tentation d’utiliser la force contre celui qui devient alors un ennemi’. ».

Massimo INTROVIGNE est né à Rome le 14 juin 1955, avocat italien spécialiste de la propriété intellectuelle, professeur d’histoire et de sociologie des religions à l’Athénée pontifical Regina Apostolorum et un des chercheurs les plus connus internationalement sur les mouvements religieux contemporains. Il a fondé en 1988 le CESNUR (Centre d’études sur les nouvelles religions), un réseau international d’associations de spécialistes des nouveaux mouvements religieux. Il est l’auteur ou co-auteur de plus de vingt ouvrages en italien sur les nouveaux mouvements religieux.

1) Etant donné l’intérêt des services de renseignements français pour Internet et Usenet (Destouche 1999), et le fait qu’ils voient la lutte contre les sectes comme une priorité absolue, on peut se demander si ces services prennent simplement les informations sur Internet ou s’ils contribuent à leur propagation.

 

8. Le retour de la menace tentaculaire ; épisode 9 du feuilleton de la MIVILUDES

Montpezat de Quercy – 29/04/2013 (CICNS)

Le rapport 2011 – 2012

« Avec neuf rapports annuels et sept guides, la MIVILUDES a réussi à faire croire que la France est envahie de ‘sectes’, gangrenée par la dérive sectaire et les méfaits des ‘gourous’. Selon elle, aucun domaine n’en réchappe : santé, mineurs, entreprise, formation professionnelle, et, dans ce dernier opus, les personnes âgées. Comme d’habitude, aucune étude et aucun chiffre ne sont fournis pour étayer cette menace tentaculaire, puisqu’il existerait des ‘difficultés’ qui auraient pour effet un ‘manque de connaissances sur l’action des mouvements sectaires’.

Serge Blisko, président de la MIVILUDES :

‘On appâte une personne, le plus souvent à un moment critique de sa vie (rupture familiale, deuil, maladie grave, perte d’emploi…), on l’amène peu à peu par d’insidieuses manœuvres psychologiques, accompagnées parfois de pressions physiques, à perdre son autonomie et son libre-arbitre.’

Voilà ce que nos experts es-sectes ont découvert du sort de 500 000 de nos concitoyens appartenant à des mouvements alternatifs à vocation spirituelle, éducative ou thérapeutique, c’est-à-dire les ‘sectes’, selon la MIVILUDES.

Si l’on en croit ces rapports et guides, à cause des sectes, tous les Français (personne n’a été jugé assez fort pour prétendre y résister) sont en danger de perdre leur libre arbitre, leurs économies, leurs proches, leur santé, enfin tout.

Qui peut accorder crédit à un tel discours ? Véritablement, qui peut y croire et pourquoi ? Car c’est bien de croyance qu’il s’agit, si ce n’est de se moquer du monde. Dans les faits, la question des ‘dérives sectaires’ est un ‘non problème’. Elle n’existe pas en terme de fléau social : les délits qui peuvent survenir doivent être traités au cas par cas et dans le cadre de la loi ; ils ne sont pas plus nombreux que dans d’autres domaines de la société (probablement moins) et ne sont pas de nature différente. La lutte contre les ‘dérives sectaires’ n’est qu’une stratégie permettant à l’État d’ostraciser une partie de la population en la déclarant ‘victime’ ou même seulement ‘victime potentielle’ de ‘manipulation mentale’. Cette mascarade qui vise à infantiliser toute une population est-elle une erreur de parcours ou une œuvre patiente visant à limiter les libertés fondamentales ?

Après le rapport du Sénat et les auditions de la commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé, que nous avons commentés en détail (ici), il y a comme une overdose de rhétorique antisectes. »

 

9. Guerre contre les modes de vie alternatifs : la fin justifie les moyens

Montpezat de Quercy – 10/09/2013 (CICNS)

« Trois associations religieuses de diverses obédiences [1] ont obtenu en 2011 et 2013, à l’unanimité des juges de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (y compris un juge français), la condamnation de la France pour violation de l’article 9 sur le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, et le remboursement d’impôts abusivement prélevés par le fisc. L’État français n’a pas fait appel, les délais d’appel sont dépassés et tous les recours épuisés, la condamnation est donc définitive.

Le 4 septembre dernier, Serge Blisko, président la MIVILUDES (organe central de la politique française de ‘lutte et de vigilance contre les dérives sectaires’) déclarait à ce sujet dans le journal ‘La Croix’ : ‘Il y a de vraies interrogations sur cette Cour (…). On ne peut pas accepter que des escrocs condamnés en France soient blanchis par elle’. Dans un violent éditorial du 6 février 2013 intitulé : ‘Pas un sou pour les sectes’, le directeur de ‘L’Express’ allait jusqu’à demander à l’État français d’ignorer l’injonction judiciaire de la CEDH.

Dans le journal ‘Sud-Ouest’, on pouvait lire, vendredi 6 septembre, sous le titre ‘On va parler sectes’, des accusations allant jusqu’à la responsabilité d’incestes, de suicides et de meurtres, sous l’énumération de divers groupes dont aucun n’a été condamné pour de tels faits, mais qui ont eu le malheur d’être cités parmi 173 autres associations ou mouvements dans le fameux rapport d’enquête parlementaire sur les sectes de 1996.

Choquante, mais hélas devenue commune, l’attitude des activistes anti-sectes relayée par les principaux médias reste résolument celle de personnes ‘en guerre’ contre un ennemi déclaré : les mouvements alternatifs à vocation spirituelle, éducative ou thérapeutique. Pour eux, ‘la fin justifie les moyens’ et le droit comme la justice, quand ils s’opposent à leur combat, sont considérés comme obtus, ineptes, inadaptés ou déraisonnables.

Nous sommes bien sûr en État de droit et la justice reste le plus souvent un rempart aux pires débordements, mais la pression sur les groupes à vocation spirituelle, thérapeutique ou éducative est effective. Régulièrement, les journalistes ‘cassent de ‘la secte’ (2)’ sans que personne ou presque [3] au sein de la profession ne remette en question cette pratique ; des parents se sentent autorisés à kidnapper et droguer leur propre enfant[4] (majeur) au prétexte de le ‘sauver’ d’un groupe qualifié de ‘secte’, d’autres vandalisent, mettent le feu [5] ou posent des bombes [6] au siège d’une supposée ‘secte’, des enseignants ou praticiens exerçant en toute légalité se retrouvent convoqués au commissariat pour des interrogatoires inquisiteurs suite à des rumeurs ou des délations, ou subissent des interventions policières brutales et des procédures judiciaires abusives [7].

Il n’y a personne ou presque, en France, pour dénoncer cette guerre-là.

Nous sommes en État de droit, mais une fois que la logique de guerre et la pratique du bouc émissaire est devenue courante et majoritairement admise à l’encontre d’une part de la population, la porte est grande ouverte à la restriction arbitraire des libertés fondamentales de tous.

Nous appelons à s’élever contre ce comportement hors-la-loi de certaines personnalités et autorités. »

[1] Témoins de Jéhovah, Eglise évangélique missionnaire et son président, Association cultuelle du temple Pyramide et Association des chevaliers du Lotus d’or (ces deux dernières en relation avec le Mandarom).

[2] Lire : ‘Le thème des ‘sectes’ dans les débats télévisés et radiophoniques sur le site du CICNS’.

[3] Voir nos interviews de journalistes sur Youtube.

[4] Lire l’article Enlèvement, séquestration en 2011 : ‘Ma famille est comme une secte’, paru dans Corse-matin le samedi 9 juin

[5] Voir, par exemple : l’interview des Brahma Kumaris par le CICNS sur Youtube.

[6] Voir : ‘Sectes : ‘La France antisectes : état des lieux, 3ème partie’, à 1’ 32 » sur Youtube.

[7] Voir nos recueils de témoignages et notamment : ’70 gendarmes dans un centre de biodynamisme accusé d’être une ‘secte’.

Ci-dessus : Textes du CICNS collectés par Alain Moreau

 

II. Sectes et santé :

Audition de Serge Blisko, président de la MIVILUDES, dans le cadre de la commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé.

Texte extrait du site www.cicns.net :

C’est, en 17 ans, la quatrième enquête parlementaire sur le thème des ‘sectes’, faisant de ce sujet l’un des plus étudiés par les députés et les sénateurs. À tel point qu’on peut légitimement suspecter une volonté de détournement de l’attention du public, loin des problèmes de société que nos responsables politiques sont dans l’incapacité de régler. (Voir notre interview du sociologue Raphaël Liogier.) Les éléments de commentaires que nous fournissons ci-dessous ont pour objectif d’illustrer, une fois encore, que la question desdites ‘sectes’ est traitée en France de façon erronée et trompeuse.

 

1. Préambule :

Il est utile de replacer cette enquête sénatoriale dans un contexte plus général concernant la santé, qui permettra de mettre en perspective la politique alarmiste et extrémiste suivie à l’endroit des prétendues ‘dérives sectaires’.

Dans le rapport déposé par la commission des affaires sociales de l´Assemblée en conclusion des travaux de la mission sur le Médiator et la pharmacovigilance, le député Roland Muzeau indique :

‘On estime dans notre pays à 150 000 le nombre d’hospitalisations annuelles liées à des accidents médicamenteux et de 13 à 18 000 le nombre de morts provoquées par des médicaments.’

Concernant les maladies nosocomiales :

‘S’il est difficile d’extrapoler [les] résultats régionaux à l’ensemble des établissements de santé français, on peut donner une première estimation du nombre de décès imputables à l’infection nosocomiale : entre 7 000 et 20 000 par an en France.’

On peut rajouter à ce tableau macabre : le scandale du sang contaminé, la procédure judiciaire à rallonge sur l’hormone de croissance, l’affaire du Médiator, le bilan sur l’industrie du médicament effectué dans le livre de Bernard Debré, député UMP de Paris, et Philippe Even, directeur de l’Institut Necker : ‘Le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux’, et bien d’autres informations du même type.

De plus en plus de citoyens se tournent vers des thérapies alternatives et S. Blisko, président de la MIVILUDES, en liste lui-même les raisons :

‘La crainte des traitements lourds et la recherche d’une forme de médecine plus humanisée ou moins technicisée ; la peur d’accidents médicaux, de maladies nosocomiales, des effets indésirables de certains traitements, c’est une peur tout à fait légitime ; une certaine défiance vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique ; la recherche d’un retour au naturel, au bio, bref aux médecines dites douces.’

Par ailleurs, certains experts du domaine des thérapies alternatives (baptisées ‘Pratiques Non Conventionnelles à Visée Thérapeutique (PNCVT)’, comme l’avocate Isabelle Robard, spécialiste du droit de la santé, pensent que le recours aux Médecines Non Conventionnelles (MNC) dites douces, traditionnelles, complémentaires ou alternatives, sera facilité, ‘non pas pour satisfaire la liberté thérapeutique des patients, mais par nécessité économique’.

Aucun chiffre crédible sur le nombre de victimes des PNCVT et justifiant l’arsenal antisectes français, unique au monde, n’est fourni par S. Blisko, Hervé Machi (secrétaire général de la MIVILUDES) ou Samir Khalfaoui (conseiller au pôle santé de la MIVILUDES).

Bien entendu, il ne s’agit pas de minimiser, pour les personnes concernées, les déconvenues ou drames individuels qui peuvent survenir dans le cas de l’utilisation d’une PNCVT, mais de questionner sérieusement l’instrumentalisation de ces cas isolés dans la mise en place d’une politique publique de discrédit de ces PNCVT sur fond de scandales dans l’institution de santé publique. Peut-on véritablement justifier cette politique sur la base des chiffres fournis par Serge Blisko : ’12 dénonciations au procureur de la République’, ’42 transmissions aux ARS (Agences régionales de santé) pour les sensibiliser à des pratiques anormales de praticiens de la santé’, ’60 signalements à des Conseils de l’Ordre pour demander l’ouverture d’une enquête sur le comportement d’un praticien ou dénoncer un exercice illégal, 14 saisines des Directions régionales de répression des fraudes au sujet de produits ou d’appareils présentés comme ayant une vertu curative et sujets à caution’. Le nombre de procédures engagées apparait faible à l’échelle du pays, et combien parmi elles mèneront à la mise en évidence d’un réel problème ?

Les cas de dérives doivent être traités, mais sans faire d’amalgames entre des actes qui s’avèreraient délictueux et l’ensemble des approches de santé nouvelle. Or, l’action anti-sectes de la MIVILUDES est consubstantiellement génératrice d’amalgames.

Dans le climat agité touchant la santé publique aujourd’hui, et face aux difficultés rencontrées pour l’apaiser, il est efficace politiquement, pour certains, de montrer que l’on agit sur un faux ‘fléau social’, à savoir les ‘dérives sectaires’.

 

2. La rhétorique de la MIVILUDES :

Cette rhétorique est celle d’une propagande bien rodée fonctionnant sur plusieurs ressorts :

* Se prévaloir d’un respect absolu des croyances, des pratiques thérapeutiques, de la liberté de conscience, etc., pour ‘s’auto-justifier’ dans un discours de fait discriminatoire. C’est d’ailleurs comme cela que S. Blisko commence son audition :

‘Vous le savez, la MIVILUDES n’a pas vocation à définir ce qu’est une secte. Respectueux de toutes les croyances et fidèles au principe de laïcité…’.

* Utiliser des termes péjoratifs et insultants comme ‘secte’, ‘gourou’, ‘dérapeutes’, ‘pseudo-thérapeutes’, ‘charlatans’, en les prétendant inoffensifs et en affirmant ne s’occuper que de ‘dérives sectaires’ (voir partie 4).

* Associer systématiquement aux ‘sectes’ une nouvelle déviance : la manipulation mentale (voir parties 5 et 6).

* Utiliser la rumeur et la peur en évoquant la thèse du fléau social (voir parties 7, 9 et 10).

* Désinformer en utilisant des chiffres infondés mais qui, parce qu’ils alimentent peurs et rumeurs, ne sont pas remis en question (voir partie 8).

* Avoir une communication sur le mode émotionnel en évoquant le sort des victimes (voir des exemples dans les paragraphes suivants).

Si le ton du prédécesseur de S. Blisko à la MIVILUDES, Georges Fenech, ne laissait aucun doute sur ses méthodes de travail, il convient de constater que le ton du nouveau président de la MIVILUDES est plus amène et parait plus prudent. Avec H. Machi (déjà membre de l’équipe de G. Fenech), qui dit sans précaution ce que S. Blisko exprime avec quelques détours et rondeurs, ils adoptent, consciemment ou non, la technique policière du méchant et du gentil.

Nous n’émettrons pas d’avis sur la sincérité de leur engagement dans la mission interministérielle, mais nous questionnons leur manque de lucidité (hypocrite ou non) sur les ressorts sus-cités de leurs discours.

Une mission affirmant depuis plus de dix ans, sur tous médias confondus, que 500 000 personnes sont en danger dans les ‘sectes’, démontre une forme aggravée de mépris pour ces citoyens s’engageant de leur plein gré dans des pratiques alternatives. Puisqu’il n’est pas acceptable dans un régime démocratique et un Etat de droit de déclarer ‘fous’ 500 000 citoyens, certains ont eu l’idée de les transformer en ‘victimes’.

L’objet de la MIVILUDES (et la MILS d’autant plus avant elle) contient un biais originel. Chargée de mettre en exergue au plus haut niveau de l’Etat les dérives supposées (puisqu’il s’agit principalement de risques de dérives sectaires et non de dérives per se) de certains groupes de citoyens, sans évaluation positive en contrepartie et en considérant que tout discours contradictoire est un passage à l’ennemi (on notera l’emploi explicite du terme ‘adversaires’), elle ne respecte pas les règles du débat démocratique. Toute pratique, tout groupe mentionné par la MIVILUDES se verra de facto entaché d’un soupçon de dangerosité dans l’esprit du public. A cela, s’ajoute le fait que la MIVILUDES n’a démontré aucune méthodologie de travail solide et n’a produit aucune enquête sérieuse, malgré ses nombreuses publications.

De par son objet, la MIVILUDES est donc conduite à trouver des dérives sectaires coûte que coûte (c’est ce qui est supposé justifier son existence et le salaire de ses membres), quitte à les inventer ou à manipuler les chiffres ou le Code pénal ; et c’est le ‘problème’ de la MIVILUDES depuis le début. S. Blisko :

‘Chaque fois que je le dis de façon un petit peu off, chaque fois que je me présente comme le président de la MIVILUDES, on me dit : ‘Mais c’est fini tout ça, pourquoi vous nous racontez ça ?’. Finalement, il faut engager le débat comme vous le faites, Monsieur le Sénateur (…), et dire :

‘Mais c’est beaucoup plus sérieux qu’on l’imagine, prenez ces choses au sérieux.’ Peut-être que certaines affaires qui finissent devant les tribunaux avec une forte résonance médiatique peuvent nous montrer qu’on peut effectivement perdre la vie, perdre de l’argent, perdre son honneur quelque part (…) à rentrer dans ce phénomène de manipulation.’

Le seul organisme qui aurait un sens serait un Observatoire indépendant des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques comme nous le préconisons, en remplacement de la MIVILUDES. Le GAT (Groupe d’appui technique) au ministère de la santé, créé pour évaluer les PNCVT, laisse place à toutes les interrogations sur son objectivité, étant donné qu’il a été institué sous l’impulsion de la MIVILUDES et que les PNCVT n’y sont pas représentées.

 

3. La rhétorique des sénateurs :

Le ton des sénateurs est plus précautionneux que celui auquel certains députés nous ont habitués. Nous n’avons pas eu à subir l’outrance d’un Georges Fenech, d’un Jacques Myard ou d’un Jean-Pierre Brard, qui profitent en général outrageusement de leur immunité parlementaire sur ce sujet.

Néanmoins, les échanges semblent dénoter une adhésion complète des sénateurs au message de la MIVILUDES. Les contre-vérités sur les chiffres d’enfants victimes, sur la manipulation mentale, sur la réalité du fléau social, ont été tellement répétées sans remise en question que plus personne n’ose les interroger. Les sénateurs semblent adopter la pensée unique anti-sectes française. Aucune de leurs réactions aux réponses apportées à leurs questions ne laisse supposer le contraire. On ne peut qu’espérer un sursaut de lucidité dans le rapport final du rapporteur.

Le titre même de la commission d’enquête révèle le biais de cette entreprise, biais équivalent à celui mentionné plus haut sur l’objet de la MIVILUDES. Un thème d’enquête correct aurait pu être : ‘L’influence des PNCVT dans le domaine de la santé’, permettant à la fois de mesurer l’impact positif des PNCVT et les dérives éventuelles liées à ces PNCVT.

 

4. L’hypocrisie et l’ineptie de la lutte contre les dérives sectaires :

Nous avons amplement démontré l’hypocrisie qu’a constitué le passage d’une ‘lutte contre les sectes’ (MILS) vers une ‘lutte contre les dérives sectaires’ (MIVILUDES : on peut admettre une évolution temporaire positive dans les premières années de la mission sous la présidence de MM. Langlais et Bottine) (Voir notre démonstration, citations à l’appui.)

Cette hypocrisie est parfaitement exprimée, en terme d’ambigüité, par le sénateur Yannick Vaugrenard :

‘Je pense que notre démocratie souffre de ses faiblesses parfois, et souvent, s’il y a une distance entre les responsables politiques et l’opinion publique en général, c’est parce que nos textes ne sont pas forcément compréhensibles ou d’évidence pour le commun des mortels. (…) La base, c’est prévention et répression des dérives sectaires et non des sectes. Comment expliquer que les sectes ont des pratiques qui ne seraient pas sectaires, où il n’y aurait pas de dérives sectaires ? Pardonnez-moi cette question de béotien, mais c’est la question que vous poserait n’importe quel citoyen lambda.’

Réponse de S. Blisko :

‘Dans l’enthousiasme de nos premiers pas, le titre de la mission était Mission interministérielle de lutte contre les sectes. Elle s’appelait la MILS. (…) La mission avait sorti une liste de sectes. Nous nous sommes rendu compte, après pas mal de procès d’ailleurs, du caractère très peu opérant de cette liste. (…) On s’est rendu compte que ces groupements changeaient de nom, de nature, de forme juridique très facilement. (…) Plus profondément sur le fond, nous avons lentement compris que la difficulté était bien évidemment de protéger, encore une fois, les personnes faibles, fragiles, vulnérables, futurs adeptes ou adhérents de ces mouvements, mais que nous ne pourrions jamais caractériser dans le droit positif telle organisation comme étant une secte et telle autre comme ne l’étant pas. C’est un débat, qu’est-ce qui fait la secte, c’est un débat. En revanche, nous avons pu définir un corpus doctrinal sur ce qu’est la dérive sectaire. (…) Nous sommes tout de même dans un pays de liberté, la loi de 1905 nous interdit à nous, administration publique (…), d’avoir une quelconque opinion sur tel ou tel mouvement, et ce que vous qualifiez de secte peut n’avoir aucune dérive sectaire, est un groupe fermé, est un groupe étrange, avoir des croyances qui choquent le commun des mortels. Mais tant que nous n’avons ni signalement, ni mineur en danger, ni phénomène de captation financière, ni emprise, nous ne pouvons que le garder dans notre mémoire, sans plus. Indépendamment de cette difficulté entre secte et dérive sectaire, nous sommes également soucieux de respecter la liberté de croyance, de religion et d’opinion, y compris la liberté d’aller et de venir. Il n’est pas de notre nature et de notre mission d’empêcher quelqu’un d’aller voir telle ou telle personne. On nous téléphone, les journalistes, les médias : ‘Pourquoi vous n’avez pas interdit telle ou telle conférence ?’ ‘

Les groupes qualifiés de ‘sectes’ sous la MILS, et de façon continuelle par la suite, apprécieront l’évocation de l’enthousiasme initial des ‘croisés’ anti-sectes qui ne se préoccupent visiblement pas des conséquences de cette appellation injurieuse. Faire comme si le terme ‘secte’ était anodin, en se référant probablement aux définitions obsolètes des sociologues Weber et Troeltsch, alors que, par exemple, un ministre oublieux des conventions de langage (Laurent Wauquiez) parle du ‘cancer des sectes’, est une malhonnêteté intellectuelle. Prétendre qu’on ne poursuit pas les ‘sectes’ en les nommant désormais ‘mouvements sectaires’ est un faux semblant. Prétendre que sans ‘signalement, ni mineur en danger, ni phénomène de captation financière, ni d’emprise’, les groupes visés sont indemnes de l’hystérie anti-sectes est un mensonge ou le signe d’une absence totale de lucidité sociologique. Par ailleurs, nous ne sommes par surpris d’avoir une autre confirmation du rôle délétère joué par les médias.

L’argument concernant la protection des ‘personnes faibles, fragiles, vulnérables, futurs adeptes ou adhérents de ces mouvements’ s’inscrit dans un contexte de politique victimaire exacerbée en France. (Voir l’ouvrage : ‘Le temps de victimes’, de Caroline Eliacheff et Daniel Soulez Larivière.) Il permet de placer l’échange immédiatement au niveau émotionnel et de faire passer tout contradicteur pour un insensible ou un irresponsable. Cette posture victimaire nous a été démontrée de façon caricaturale par un ancien président de la MIVILUDES, Jean-Michel Roulet, lors d’une entrevue. Après que nous lui ayons présenté les dégâts causés par la politique anti-sectes française, il nous a répondu : ‘N’y aurait-il qu’une seule victime, l’action menée se justifie.’

La ‘dérive sectaire’ n’est pas une nouvelle forme de dérive qui n’aurait pas été détectée en 2 500 ans ou plus d’évolution du droit. Elle est un outil malhonnête de stigmatisation à l’encontre d’une catégorie de citoyens déclarés manipulateurs ou victimes manipulées mentalement : à savoir les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques. Pourquoi principalement ces minorités-là ? Parce qu’elles abordent un thème qui est une obsession pathologique française : le spirituel et le religieux, et qu’elles questionnent deux sanctuaires de la religion républicaine : l’éducation et la santé.

Il est aisé de montrer, si tant est qu’on accordât quelque sens aux critères de dérives sectaires, que l’environnement de l’entreprise et celui de la famille, entre autres, seraient parmi les principaux creusets de telles dérives ; nous avons par exemple appliqué avec succès ces critères à France Télécom, mais ils fonctionnent également, cela va sans dire, pour la Franc-maçonnerie. Ces critères sont donc ineptes lorsqu’ils sont mis en avant pour stigmatiser un groupe humain plutôt qu’un autre.

Quant à la nouvelle définition de la dérive sectaire fournie par la MIVILUDES sur son site : ‘Un dévoiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de religion qui porte atteinte à l’ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité des personnes. Elle se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou pour la société’, le danger de dérapage totalitaire qu’elle constitue est patent, en faisant intervenir des notions comme la sujétion psychologique et la perte de libre arbitre (voir partie 5) ; il est préoccupant de voir que si peu de commentateurs semblent l’avoir remarqué.

 

5. La manipulation mentale :

La ‘manipulation mentale’ – ou ’emprise mentale’ ou ‘déstabilisation mentale’ – est présentée comme la déviance principale des ‘sectes’. Notons que la multiplicité des expressions est le signe le plus sûr d’une définition confuse. Citant les critères de dérives sectaires, S. Blisko précise : ‘Le premier critère est sans doute toujours présent, c’est la déstabilisation mentale.’

Nous avons montré (voir notre synthèse sur le sujet) que la notion de manipulation mentale est considérée comme pseudo-scientifique par une majorité de chercheurs, notamment parce qu’elle sous-entend deux autres notions dérivées non scientifiques : la ‘perte de libre arbitre’, le ‘vice du consentement’. Néanmoins, et comme nous l’avions envisagé, l’association répétée dans les médias de l’expression ‘manipulation mentale’ et du terme ‘secte’, sans le moindre questionnement, a fini par la faire admettre comme allant de soi ; chacun se reposant sur la parole de pseudo ‘experts’ anti-sectes ne représentant qu’eux-mêmes et non leur communauté scientifique respective.

On peut s’étonner néanmoins que très peu d’intellectuels aient constaté le danger (en termes d’exclusion sociale) que représentent ces expressions. Avançons une hypothèse : la tentation de la ‘manipulation’ et une manipulation effective sont sans doute au cœur de nos relations interpersonnelles et de notre quête désespérée d’amour, de reconnaissance, de pouvoir, de plaisir. S’il nous est présenté une théorie, même à l’évidence fausse, prétendant que certaines personnes (les ‘gourous de sectes’) ont un pouvoir particulier de ‘manipulation mentale’ dont ne disposerait pas le commun des mortels, capable de pervertir notre libre arbitre (que par ailleurs, sans doute, personne ne sait définir précisément), il est probable que la peur l’emportera sur la raison, indépendamment de notre QI et de nos diplômes.

Sans surprise, l’utilisation d’un concept pseudo-scientifique ne peut conduire qu’à des contorsions intellectuelles. S. Blisko :

‘Je citais ces exemples qui peuvent se terminer très très mal pour les personnes ; finalement, c’est une remise en cause personnelle très profonde, elles ont cru, elles ont adhéré, elles ont été sous emprise, quelquefois elles sont même sous emprise des années après, alors que le phénomène sectaire s’est estompé ; il n’y a pas de barrière physique, il n’y a pas de prison ; rappelez-vous l’affaire que la presse a beaucoup décrite du procès de Monflanquin ; c’est extraordinaire, c’est problématique, les personnes étaient en Angleterre, le gourou était loin mais il continuait à diriger. Ils auraient pu s’enfuir à tout moment, ils n’étaient pas sous clé (à part un, parce qu’il était un peu particulier et un petit peu enfermé), mais le reste de la famille adhérait librement à sa propre servitude, si j’ose dire, et à son absence de libre arbitre. C’est tout à fait exceptionnel. Nous avons beaucoup espéré que le procès de Monflanquin pouvait éclairer le grand public grâce aux médias et aux experts psychiatres et psychologues qui sont venus, et, bien sûr, au réquisitoire et aux plaidoiries sur ce qu’est l’emprise mentale.’

‘Adhérer librement à sa propre servitude et à son absence de libre arbitre’, voilà un curieux argument sur la notion de ‘manipulation mentale’.

Quant à la CAIMADES (Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires) au Ministère de l’Intérieur, elle anticipe par son action ce que la MIVILUDES veut faire passer dans la loi (voir partie 6) : ‘Les enquêtes menées permettent de caractériser des infractions criminelles ou délictuelles telles que le viol, les atteintes sexuelles de toutes natures concernant parfois des enfants, des violences, des séquestrations, des escroqueries, sous couvert de l’emprise mentale.’ (Rapport annuel 2010 de la MIVILUDES, p 220.) Prétendre, comme le font les enquêteurs de cette cellule, que : ‘Ce qu’on fait, c’est relativement simple, mais lorsque, derrière, il faut que l’on démontre une manipulation mentale, là ça fait appel à des notions très précises, très techniques, qui nécessitent une formation particulière’, confine au charlatanisme. Il est frappant de constater que les organismes cherchant à lutter contre le charlatanisme dit ‘sectaire’ ont eux-mêmes développé leur propre corpus de notions charlatanesques.

 

6. La loi About-Picard :

La traduction juridique d’un délit de ‘manipulation mentale’ a été opérée dans la loi About-Picard, votée en 2001. Cette loi, visant à dissoudre une ‘secte’ au travers d’une condamnation de ses dirigeants, s’inscrit dans ce que l’on a coutume d’appeler en France l’incontinence législative, lorsque des politiques pensent régler à coup de lois bâclées des problèmes mal posés et mal approfondis.

La première mouture de la loi visait explicitement les ‘sectes’ et définissait un délit de ‘manipulation mentale’. Ces deux derniers points, jugés trop exotiques en droit français, ont été modifiés par les parlementaires. La ‘secte’ a été remplacée par ‘toute personne morale’ et le délit de ‘manipulation mentale’ a été remplacé par un nouveau délit d’abus de faiblesse introduisant une notion équivalente à la manipulation mentale mais avec un libellé plus ‘juridique’ : la ‘sujétion psychologique’. Inquiétés par le caractère très large de la notion de ‘personne morale’, certains députés seront rassurés en séance par la rapporteur de la loi, Catherine Picard, qui apporta ‘un correctif pour disculper les associations de la loi de 1901 telles que les partis politiques, syndicats, groupements professionnels’ (C. Picard, AN I, p. 5721), et le rappela plus tard (C. Picard, AN I, p. 5751). (Patrice Rolland, professeur, Paris XII.) Et pour ceux qui auraient du mal à se souvenir que cette loi cible principalement les ‘sectes’, son titre le rappelle explicitement. Une telle hypocrisie assumée et protégée par l’immunité parlementaire laisse sans voix.

Mais cette loi n’est pas seulement un fiasco législatif (loi pourtant célébrée comme un accomplissement dans la protection des victimes), elle est aussi un fiasco juridique puisqu’elle n’est quasiment pas utilisée. Et S. Blisko le sait :

‘Nous avons une loi formidable [loi About-Picard], qui a été votée à l’unanimité dans les deux assemblées en 2001. En dix ans, trente incriminations, je crois, (…) une dizaine de condamnations tout au plus, au fondement de la loi de 2001. Ça ne nous étonne pas, ça nous a déçus bien sûr. Il n’y a rien de plus compliqué à définir pour un magistrat que ce que c’est que l’emprise mentale, on rentre dans le domaine de l’expertise psychologique.’

S. Blisko ‘croit’ qu’il y a eu une dizaine de condamnations au fondement de la loi de 2001, mais il n’en sait en fait rien, comme cela est précisé dans le rapport annuel 2010 de la MIVILUDES, pp. 231-232. Lors de la célébration en grande pompe de la loi About-Picard à l’Assemblée Nationale (célébration organisée par Georges Fenech, alors président de la mission), le 26 octobre 2011, Maryvonne Caillebotte, Directrice des Affaires criminelles et des grâces au ministère de la justice, a présenté le bilan de la loi About-Picard tendant ‘à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux Droits de l´Homme et aux libertés fondamentales’ :

‘Il y a une centaine de procédures pénales en cours identifiées comme ayant un lien avec les dérives sectaires. (…) Depuis 2004, date à laquelle la loi a commencé à s’appliquer dans les faits, 35 condamnations ont été prononcées sur le fondement de cette loi. Quatre à cinq ont concerné directement des dérives sectaires. Et, parmi elles, la condamnation de Néophare peut être considérée comme emblématique de ce que peut signifier l’introduction du nouveau délit de ‘sujétion psychologique’ introduit par la loi About-Picard. Et avoir un impact jurisprudentiel.’

Même cette information doit être nuancée, car aujourd’hui le délit d’abus de faiblesse combine l’ancien libellé (hors sujétion psychologique) et le nouveau, introduisant la sujétion psychologique. Dès lors, une condamnation pour abus de faiblesse nécessite une connaissance précise du dossier pour savoir si la sujétion psychologique a été statuée. C’est la raison pour laquelle, probablement, Maryvonne Caillebotte reste vague sur les ‘quatre à cinq’ affaires mentionnées et insiste sur le seul cas réel d’application : l’affaire du Néophare. Un ancien analyste des Renseignements généraux, qu’on ne peut soupçonner de complaisance à l’égard des ‘sectes’, fait le même constat mais va même plus loin en relativisant l’application de la loi, même dans le cas de l’affaire du Néophare.

La loi About-Picard est donc un échec juridique retentissant (n’évoquons même pas le cas où une analyse des dossiers juridiques montrerait que le prononcé d’une sujétion psychologique aurait été plus fréquent dans un contexte non ‘sectaire’…) et H. Machi le sait : ‘Aujourd’hui, la chancellerie est dans l’incapacité de faire un recensement de ces affaires’, et il précise :

‘Le délit d’abus de faiblesse par suggestion psychologique est un des délits les plus difficiles à caractériser du Code pénal, ce qui explique le nombre de condamnations très faible. Aujourd’hui, lorsqu’on arrive à une dizaine de condamnations pour le délit d’abus de faiblesse, les mouvements sectaires nous disent : ‘Où sont vos victimes, où sont vos condamnations ?’ ‘

Face à cet échec, que propose la MIVILUDES pour convaincre les magistrats du siège trop tatillons ? S. Blisko :

‘Nous voulons simplifier la loi About-Picard en la faisant rentrer dans un certain nombre de domaines où elle est difficile à caractériser : l’emprise mentale, l’introduction de circonstances aggravantes qui visent le contexte de suggestion psychologique (…), en particulier quand nous savons, (…) même si c’est difficile à caractériser, qu’il y a une emprise sectaire ; je pense par exemple aux viols, aux agressions sexuelles, aux escroqueries ou aux vols, où, très souvent, nous avons là une emprise sectaire qu’il est difficile de caractériser, et nous voudrions que ce soit une circonstance aggravante dans le Code pénal.’

H. Machi lui emboîte le pas :

‘L’idée que nous pouvons formuler, c’est que, plutôt que de créer un délit autonome comme celui d’abus de faiblesse par sujétion psychologique, dans chaque infraction de droit commun soit créée une circonstance aggravante du contexte sectaire dans lequel les faits sont constitués (…), de façon à ce que l’on sache que tel viol a été commis dans un contexte sectaire.’

Ainsi donc, un magistrat considérant le délit d’abus de faiblesse par sujétion psychologique comme inapplicable pourrait se laisser convaincre de l’utiliser en tant que circonstance aggravante ? Si tel est le cas, c’est que le lobbying de la MIVILUDES et de la chancellerie (voir la circulaire envoyée par Maryvonne Caillebotte non seulement aux procureurs, mais également aux présidents de tribunaux d’instance et de cours d’appel) aura eu raison de la lucidité juridique des magistrats du siège. Nous appelons cela une manipulation du Code pénal pour tenter de gonfler artificiellement les chiffres de victimes de dérives sectaires.

La notion pseudo-scientifique de sujétion psychologique n’a rien à faire dans le Code pénal. Par ailleurs, son introduction tend à déprécier l’avis du juge vis-à-vis de celui de l’expert qui n’est pas soumis en France, contrairement aux Etats-Unis par exemple, à une demande d’aval de sa communauté scientifique lorsqu’il invoque une thèse de nature scientifique (et dans le cas présent : non scientifique).

Donner à des citoyens ou à une autorité publique les moyens de déresponsabiliser d’autres citoyens, en invoquant pour soi-même ou d’autres une sujétion psychologique les privant d’une partie de leur libre arbitre, est la porte ouverte à tous les abus. C’est la fin de la valeur du consentement de l’adulte, un des piliers en rapports de droit privé et en droit des libertés et qui ‘ne peut être écartée que pour des raisons exceptionnelles’, selon Patrice Rolland, professeur à Paris XII.

 

7. L’immunité des membres de la MIVILUDES :

En février 2012, à la demande de Philippe Vuilque, député et membre de son Conseil d’Orientation, la mission interministérielle a cherché à obtenir l’immunité de ses membres par un article de loi disposant qu’ils ‘ne peuvent être recherchés, poursuivis, arrêtés, détenus ou jugés en raison des opinions qu’ils émettent dans le rapport annuel’ (article 134). Voté par l’Assemblée Nationale, cet article de loi a été rejeté par le Sénat, non tant sur le fond qu’en tant que ‘cavalier législatif’. Cet avis a été confirmé par le Conseil constitutionnel. Sans surprise, la MIVILUDES, dès lors que l’idée à déjà fait son chemin, poursuit son lobbying pour obtenir l’immunité de ses membres.

Sénateur Jacques Mézard :

‘Vous êtes un nouveau président, nous savons qu’il y a des mises en cause dont cet organisme a fait l’objet, est-ce que ça vous conduit à envisager la vigilance différemment, spécialement dans le domaine de la santé ?’

S. Blisko :

‘Tous mes prédécesseurs ont été à plusieurs reprises mis en cause ; nous avons affaire à des puissances appuyées parfois, si j’ose dire, sur des conseils juridiques très avisés ; des équipes très importantes n’hésitent jamais à nous attaquer et comme nous n’avons guère d’immunité, nous sommes en général… Tous les présidents successifs ont été mis en examen un nombre de fois tel que moi qui n’ai pas encore été mis en examen, je me sens un tout petit peu isolé dans cette affaire. Donc j’attends, non pas avec impatience, mais c’est jamais très sympathique, les premières demandes en particulier : diffamation, droit de rectification, droit de réponse. De ce point de vue, il y a aussi quelques failles, le rapport annuel de la MIVILUDES remis au premier ministre, quand nous le sortons, bénéficie comme tous les rapports administratifs d’une sorte d’immunité, on va dire, en tous cas on ne peut pas y mettre de droit de réponse. Si nous mettons le même rapport en ligne sur Internet, là les droits de réponse sont exigibles. C’est un peu étrange, j’ai découvert ça récemment. (…) Très peu de gens ont remarqué, y compris dans les services de l’Etat, cette extraordinaire différence qui fait que la même chose peut être attaquée quand elle est mise sur le Net. Ils ont parfaitement compris, nos adversaires, et donc les demandes de rectification sont extrêmement nombreuses. Dans la mesure où, en plus, ils sont extrêmement attentifs à tout ce qui se dit, nous sommes parfois évidemment un tout petit peu, non pas inquiets, mais je dirais prudents, y compris dans l’expression publique d’un certain nombre de nos propres sentiments.’

A aucun moment, S. Blisko ne semble avoir envisagé la question du sénateur J. Mézard comme signifiant : tenez-vous compte des remarques ou critiques qui vous sont faites dans l’exercice de votre mission ? L’action de la MIVILUDES a si peu été questionnée dans les médias ou au niveau de l’appareil d’Etat (à l’exception notable du Ministre de l’Intérieur, dont nous savons qu’il a joué longtemps un rôle de modérateur, mais est-ce toujours le cas ?) que toutes demandes de rectification, toutes critiques sont considérées comme une offense ; toute utilisation des voies légales est vue comme un abus. Or, la procédure légale est la seule voie de recours pour les groupes visés par la MIVILUDES – répétons qu’être mentionné par la MIVILUDES équivaut aujourd’hui à un label de dangerosité quasi indélébile -, régulièrement lynchés médiatiquement et dont le droit de réponse est systématiquement piétiné, notamment lors des commissions d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale. Qui plus est, une loi d’immunité des témoins participant à ces commissions (immunité en cas de diffamation, par exemple) a été spécialement votée à l’encontre de ces minorités. Apprendre que les membres de la MIVILUDES se voient comme prudents dans l’expression publique d’un certain nombre de leurs sentiments laisse perplexe sur ce qu’ils se disent en aparté. G. Fenech : ‘Si je vous donne le nom des sectes que j’ai dans le collimateur, j’ai droit sur l’heure à un procès… Pas évident de mettre cinq cents sectes et communautés sous surveillance, cela concerne cinq cent mille personnes, dont quatre-vingt-cinq mille enfants.’ (VSD). Est-ce un exemple de prudence ? Investir avec violence et sur la base d’une vague ‘suspicion’ de dérives sectaires : un monastère oecuménique, une université des savoirs, un centre de bien-être, est-ce une marque de prudence ?

Sentant peut-être qu’il en a fait un peu trop dans le registre de la plainte, S. Blisko enchaîne en rendant un vibrant hommage à son équipe ‘qui s’est forgée au fil des années’, puis en évoquant toutes ces victimes mortes du cancer parce qu’elles n’ont pas été soignées à cause des PNCVT.

H. Machi va dire tout haut ce que S. Blisko a suggéré :

‘Aujourd’hui, la MIVILUDES fait l’objet de quatre procédures judiciaires devant des juges d’instructions ou en instance d’appel. (…) Evidemment, ce risque judiciaire, que nous prenons à sa juste valeur, entraîne deux conséquences : d’abord, ça entraîne une épée de Damoclès sur les agents de la mission parce que la responsabilité est pénalement supportée, personnellement supportée ; c’est-à-dire que c’est le Président qui sera condamné à des peines d’amendes ou d’emprisonnement avec sursis, et, par conséquent, ça entraîne pratiquement un phénomène d’autocensure ; je vous rassure, pour l’instant la MIVILUDES n’a jamais fait l’objet d’autocensure. Et puis surtout, ça contribue à retarder l’action des pouvoirs publics, parce que ces mouvements sectaires sont évidemment très puissants, très organisés, ont des avocats spécialisés et vont jusqu’au bout de la procédure. (…) Notre idée serait bien sûr un texte spécifique, centralisé sur les dérives sectaires, qui reprendrait un certain nombre des propositions que votre commission pourrait formuler et qui intègre celle de l’immunité des membres de la mission.’

Que les groupes régulièrement diffamés utilisent les procédures légales jusqu’au bout (c’est-à-dire notamment jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme) est normal et sain : c’est une façon de rappeler à l‘ordre la justice et les autorités publiques françaises lorsqu’elles s’égarent, comme les Témoins de Jéhovah l’ont montré avec la condamnation de la France pour violation de l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’Homme sur la liberté religieuse (‘Le Monde’). Par contre, que des fonctionnaires et des magistrats (H. Machi, G. Fenech avant lui) essaient de s’extraire du cadre de la justice, voilà qui est choquant. Quant au numéro de ‘Calimero’ qu’essaient d’interpréter les représentants de la MIVILUDES – forcés de s’autocensurer à cause des méchantes ‘sectes’ qui leur feraient d’injustes procès, mais résistant à cette autocensure -, il est pathétique. G. Fenech vient d’être condamné en première instance pour diffamation dans le cadre de ses fonctions à la MIVILUDES, c’est donc qu’il y a bien matière à juger. Leur demande s’assimile ni plus ni moins à une possibilité de diffamer, insulter, calomnier librement, parfois sous serment.

 

8. La thèse du fléau social :

La MIVILUDES (et la MILS avant elle) implémente une politique de la peur et de la rumeur. Ces deux outils lui ont permis d’affirmer sans preuve la réalité d’un fléau social que constitueraient les dérives sectaires. Lorsque des citoyens ont peur (voir le sondage IPSOS de la MIVILUDES interprété de façon erronée par la mission), ils demandent rarement des explications, ils demandent à être rassurés.

A travers ses rapports annuels, ses guides, ses interventions médiatiques, la mission affirme que les ‘sectes’ (i.e. les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques) sont partout et qu’elles ont investi tous les rouages de la société : institutions, éducation, santé, formation, entreprises (et bientôt, d’après les annonces : l’aide à la personne). A notre connaissance (nous avons analysé tous les rapports et guides produits), aucune enquête sérieuse n’a été produite, c’est-à-dire présentant une méthodologie d’analyse solide et validée, conduite de façon indépendante en associant toutes les communautés scientifiques ad-hoc, avec des résultats contrôlés de façon croisée et publiée.

S. Blisko :

‘Quatre français sur dix ont recours à une médecine alternative ou complémentaire, ça c’est plus inquiétant, dont 60% parmi les malades du cancer.’

H. Machi :

‘Il y a aujourd’hui la prolifération d’universités ou d’instituts de formation. (…) On le sait aujourd’hui, il y a beaucoup de pratiques non conventionnelles qui sont infiltrées à l’hôpital. Et c’est une forme de reconnaissance. Très souvent, ce sont des médecines complémentaires lorsqu’elles entrent à l’hôpital, mais progressivement, par l’emprise qui est exercée sur le patient par le pseudo praticien, ça devient des techniques alternatives.’

En contraste frappant avec ce type de propos, des centres hospitaliers produisent des rapports dignes d’attention sur les PNCVT, sans avoir recours à la terminologie anti-sectes (Portail Assistance publique – Hôpitaux de Paris).

 

9. La désinformation par les chiffres :

Rumeurs et peurs sont alimentées par des données chiffrées fausses, assénées régulièrement par la MIVILUDES dans les médias. Un des chiffres les plus manipulés, pour des raisons anxiogènes évidentes, est le nombre d’enfants en danger pour cause de dérives sectaires. Ce chiffre est né au moment du vote de la troisième enquête parlementaire sur les sectes : ‘L’enfance volée’, présidée par G. Fenech en 2006. Malgré leur engouement pour le sujet, il fallait tout de même aux députés quelques raisons valables pour lancer une troisième enquête parlementaire sur les ‘sectes’. On a donc vu ce chiffre s’envoler pour atteindre une valeur satisfaisante autour de 40 à 50 000, mais il a connu des fluctuations arbitraires au gré des humeurs, notamment celles de G. Fenech. Aujourd’hui, la cote semble s’être stabilisée autour de 50 à 60 000.

Le sénateur J. Mézard interroge S. Blisko à ce sujet :

‘Il y a eu en 2006 une mission d’enquête à l’Assemblée nationale avec M. Fenech, qui était président de la mission d’enquête, et comme rapporteur le député Vuilque ; avec un certain nombre de constations qui concernaient le domaine des enfants ; dans ce rapport, il était fait état, et on peut considérer que c’est quelque chose d’important et de grave, que plusieurs dizaines de milliers d’enfants étaient concernés par ce problème de dérives sectaires dans le domaine de la santé ; ma première question, c’est de savoir si depuis cette mission d’enquête dans ce domaine-là (…), il y a eu des évolutions.’

Transcription de la réponse de S. Blisko ne rendant pas compte des soupirs et hésitations traduisant l’embarras du président de la MIVILUDES :

‘Quels étaient en fait les dangers que nous avions vus pour les enfants ? Et sans doute que depuis 2006 il y a eu des évolutions qui ne sont pas toutes malheureusement dans le bon sens. C’est que plusieurs dizaines de milliers d’enfants, autour de 40 000, vivaient dans des mouvements fermés, des sectes, la plupart d’entre eux – je le dis ici en essayant de me rappeler de mémoire le rapport de la commission d’enquête parlementaire – étant soumis, je crois, dans des familles dites de Témoins de Jéhovah, au risque de ne pas être soignés, en particulier, mais c’est quelque chose qui est bien connu, s’ils avaient besoin de la médecine dite officielle et plus encore de la chirurgie officielle et de la transfusion sanguine. Vous savez qu’aujourd’hui, et ça date d’avant le rapport d’ailleurs, ce problème, s’il est toujours présent, peut être résolu de façon très simple : les médecins ont le droit, le devoir de soigner l’enfant sans tenir compte de ce que souhaitent ou ne souhaitent pas les parents. Donc de ce point de vue, le problème est résolu, enfin pourrait être résolu, et s’est sans doute déplacé sur les majeurs, aujourd’hui, plus que sur les enfants. Alors, il existe bien d’autres groupes, je ne voudrais pas ici focaliser sur ce groupe qui était le plus important numériquement ; il existe bien d’autres groupes, je les ai cités, où on met en avant, plutôt, ce que je pourrais appeler des dérives hygiéniques de groupes sectaires, des dérives hygiéniques alimentaires ; j’ai cité deux cas particulièrement dramatiques qui avaient ému l’opinion et qui avaient conduit les parents devant les tribunaux (…). Bien d’autres qui sont parfois moins graves, je parlais de l’absence de développement intellectuel, existent, et, de ce point de vue, nous aimerions une action plus forte des pouvoirs publics. Dans le fond, la santé d’un enfant c’est aussi son éducation ; il n’y a pas que le refus des vaccinations : du point de vue de la navigation sur le Net, il doit y avoir ce que l’HAS appelle le calendrier vaccinal, il doit être consulté en vingtième position par rapport aux dix-neuf ou cinquante ligues anti-vaccinales (…). Donc, nous avons à la fois des enfants qui sont mal éduqués. De ce point de vue, nous avions ce matin une discussion avec des inspecteurs généraux de l’Education Nationale sur ces écoles à domicile, ces écoles de fait, qu’on voudrait voir transformées au minimum en écoles hors contrat, car il y a un meilleur contrôle de l’Education Nationale. J’avoue que c’est extrêmement difficile et que nous avons un certain nombre de communautés fermées où des enfants (…) n’ont pas toutes les chances, si on reprend la Convention des droits de l’enfant.’

Pour quelles raisons 50 à 60 000 enfants seraient-ils en danger : pour cause de refus de transfusion sanguine ? Non, nous dit S. Blisko. Pour cause de non vaccination ? Où sont les preuves ? Pour cause de mauvaise éducation ? Quels critères sont-ils employés pour arriver à cette conclusion ? La longue tirade de S. Blisko exprime son incapacité à répondre à ces questions. Le nombre médiatisé d’enfants en danger pour cause de dérives sectaires est infondé, comme l’ont démontré toutes les administrations venues témoigner devant la commission d’enquête présidée par G. Fenech. Nous regrettons que le sénateur J. Mézard se soit contenté de cette non-réponse.

D’autres chiffres ont été produits lors de l’audition de la MIVILUDES, notamment le nombre de 3 000 médecins diplômés qui seraient en lien avec la mouvance sectaire. S. Blisko précise que ce chiffre a été fourni par l’Ordre des médecins. Que signifie ‘lien avec la mouvance sectaire’ ? Quels critères sont-ils adoptés par l’Ordre des médecins ?

S. Blisko parle de 400 PNCVT en suggérant qu’il s’agit d’un grand bazar. Quel est l’auteur de cette liste et sur la base de quelles informations ? La source en est-elle le référentiel secret de la MIVILUDES auquel n’ont pas accès les minorités, mais accessible à toutes les administrations et partenaires de la MIVILUDES ?

 

10. La Chrysalide :

S. Blisko :

‘Médecines dites douces par opposition aux médecines dures, le terme étant déjà évocateur d’un jugement de valeur. Une médecine douce qui ne guérit pas par rapport à une médecine dure qui, elle, guérit, mais est effectivement parfois difficile à accepter pour un malade.’

Le président de la MIVILUDES ne semble pas s’apercevoir qu’il émet lui-même un jugement de valeur encore plus définitif sur les PNCVT. L’artifice consistant à prétendre qu’on ne juge pas, pour mieux pouvoir juger, est présent tout au long de l’audition ; ainsi, S. Blisko affirme :

‘Nous nous interdisons même, indépendamment de nos jugements personnels que nous pouvons avoir, de jauger – puisque nous nous appuyons sur le GAT, le fameux groupe d’évaluation des thérapeutiques nouvelles au ministère de la santé -, d’évaluer la validité de ces méthodes.’

Le GAT aurait-il donc déjà jugé les thérapies alternatives comme toutes inefficaces ?

Ecoutons la version d’H. Machi :

‘Ce qui fait vivre ces dérapeutes, c’est l’appât du gain. Tout cela représente une quantité phénoménale qu’on peut évaluer à plusieurs millions d’euros sans beaucoup se tromper, sans aucune trace évidemment, avec des phénomènes de défiscalisation, de détournement des circuits économiques traditionnels. Et je pense que c’est d’abord par une action sur les finances que nous arriverons à mettre un terme à ces différents phénomènes qui, par certains côtés, ressemblent beaucoup à une action maffieuse, c’est évident.’

H. Machi est soutenu dans son analyse par le sénateur Y. Vaugrenard :

‘Comme en d’autres temps dans d’autres pays, on a pu mettre hors d’état de nuire le grand banditisme par l’intermédiaire de la fiscalité, il me semble que, là aussi, c’est un moyen efficace.’

Parmi les PNCVT montrées du doigt dans cette audition publique filmée (Naturopathie, Reiki, Kinésiologie, Instinctothérapie…), se trouve le centre de bien être ‘La Chrysalide’ dirigé par Dominique et Sylvie Bourdin que nous avons interviewés.

Reprenons les termes de S. Blisko : y a-t-il eu dans le cas de la Chrysalide des ‘signalements, des mineurs en danger, des phénomènes de captation financière, des phénomènes d’emprise’ justifiant cette mise en accusation publique ? Y a-t-il eu des malversations que l’on pourrait qualifier de ‘mafieuses’, selon l’expression d’H. Machi ? Ce type de lynchage médiatisé s’apparente à de la diffamation. On comprend dès lors l’empressement des membres de la MIVILUDES à obtenir l’immunité.

La décision que l’on est en droit d’attendre des sénateurs suite à cette accusation publique est d’accorder une audition filmée et publiée à Dominique et Sylvie Bourdin. Il en va de même pour les autres familles de PNCVT qui ont des instances représentatives.

 

11. La position isolée de la France :

La position isolée de la France en matière de lutte contre les dérives sectaires est présentée avec une pointe de satisfaction par le sénateur Alain Milon :

‘Il est éclairant de souligner que la MIVILUDES est une structure qui n’a pas d’équivalent dans le monde, à l’exception du CIAOSN créé en Belgique en 1998.’

Penser avoir raison contre tout le monde n’est pas toujours un signe de pertinence. Les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques sont les mêmes, par exemple en Europe occidentale, et certains pays (comme la Suède, l’Espagne, l’Italie, la Suisse…) ne les voient pas comme des problèmes. Suggérer à demi-mots que ces pays porteraient moins d’attention aux risques potentiels encourus par leurs citoyens parce qu’ils n’ont pas une MIVILUDES n’est pas crédible et très arrogant.

Concernant la Belgique, s’il est vrai qu’elle a une tendance dommageable à copier la France sur le traitement de la question desdites ‘sectes’, elle n’atteint pas le degré de paranoïa française sur le sujet. Le CIAOSN, malgré les nombreuses critiques qu’on peut lui adresser, n’est pas l’équivalent de la MIVILUDES, car c’est un organisme indépendant. Par ailleurs, des chercheurs français reconnaissent ses efforts pour constituer des dossiers équilibrés sur les groupes étudiés, ce qui est loin d’être le cas de la MIVILUDES.

La France est donc isolée et son seul recours est le lobbying international. (G. Fenech s’est par exemple déplacé en Australie pour vanter auprès de certains parlementaires australiens les mérites de la MIVILUDES.) La France tente également d’occuper le terrain anti-sectes avec la FECRIS et dans les instances européennes. Concernant une harmonisation européenne en matière de dérives sectaires, H. Machi commente :

‘A notre connaissance, il n’existe aucun système d’harmonisation et pour cause, puisque la France, comme l’a dit le président tout à l’heure, est le seul pays d’Europe, voire du monde, à avoir un système aussi harmonisé, avec une mission interministérielle, une loi spécifique et puis un système de subventionnement des associations. Par contre, nous essayons de susciter cette harmonisation, nous avons commencé à le faire, non pas par le biais de la santé, mais par le biais des mineurs, en suscitant, auprès de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, un projet de résolution qui a été adopté – c’est un député français, M. Rudy Salles qui travaille sur la question de l’influence des mouvements sectaires auprès des mineurs -, de façon à aboutir à la création d’un observatoire européen des dérives sectaires touchant les mineurs. C’était pour nous la façon d’intéresser nos partenaires européens à cette question en les touchant par le dénominateur commun qui est celui de la protection des mineurs.’

Le Conseil de l’Europe serait bien avisé de regarder de plus près les informations fournies par la France.

 

12. Le sort des PNCVT :

Voici les dispositions légales que la MIVILUDES souhaite voir mises en place à l’encontre des PNCVT :

S. Blisko :

‘Une interdiction d’exercer par exemple pour un médecin ayant gravement dérivé ou dérapé n’est valable qu’en France. (…) Il nous parait extraordinaire qu’un médecin (…) puisse continuer à exercer à quelques kilomètres de la frontière (…), alors qu’il lui est interdit d’exercer en France.’

H. Machi s’adressant aux sénateurs :

‘Dans le domaine juridique, on a trois types de propositions à vous soumettre. D’abord, celles qui viseraient à lutter contre la prolifération des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique qui présentent un risque sectaire, et ce serait tout simplement d’interdire. (…) La deuxième proposition, ce serait d’étendre les pouvoirs des ARS (Agences Régionales de Santé). (…) Il n’y a aujourd’hui aucun service de l’Etat habilité à contrôler [les pseudo-thérapeutes]. (…) Troisième type de propositions qu’on pourrait faire, c’est le contrôle de ce qu’on appelle les centres de bien-être.

La deuxième catégorie de propositions, c’est pour lutter contre la formation des pratiques à risques (…) ; il y aujourd’hui la prolifération d’universités ou d’instituts de formation. (…) Il faudrait renforcer la protection du titre d’université (…), renforcer le pouvoir de contrôle du rectorat sur les formations faussement diplômantes. (…) Peut-être faudrait-il aussi tout simplement, parce que l’on est dans un domaine très sensible, interdire la création de centres de formation dans le domaine de la santé qui n’ont pas fait l’objet d’un agrément ou d’un enregistrement préalable.

Troisième catégorie de propositions, c’est la lutte contre les phénomènes d’infiltration (…) sur le titre de médecin. Aujourd’hui, lorsqu’un médecin est radié par son Ordre (…), il ne perd pas son grade de médecin délivré par l’université, mais là aussi certains praticiens peu scrupuleux profitent de ce vide juridique.’

Il est peu probable que le personnel politique français abandonne sa posture anti-sectes extrémiste (par exemple en supprimant la MIVILUDES et en mettant en place un véritable observatoire indépendant et compétent, comme nous le suggérons). Cette posture victimaire est politiquement payante. Et ceux qui aimeraient s’en distancier ne peuvent prendre le risque d’un positionnement alternatif : on ne peut défendre des groupes qui ont été transformés en ‘ennemis publics’, sous peine d’être délégitimé socialement et professionnellement. La propagande anti-sectes est désormais installée.

L’oreille d’habitude attentive du Bureau des cultes au Ministère de l’Intérieur (du temps de Didier Leschi, puis de Bertrand Gaume) pour notre analyse de la situation, semble s’assourdir. Nous avons présenté notre projet d’observatoire au nouveau Bureau qui a répondu laconiquement que nous pouvions toujours essayer de le monter nous-mêmes. Une réponse soit désintéressée, soit quelque peu cynique. (Dans le contexte français, il va sans dire que pour être reconnu comme une référence, un tel observatoire a besoin de l’aval et du soutien des pouvoirs publics, dès sa création.)

La seule voie de sortie semble être une prise de conscience solidaire, s’exprimant sur la place publique, des groupes visés, pour défendre des libertés fondamentales étouffées. Le personnel politique ne comprend rien mieux que le poids électoral des personnes qu’il a en face de lui. En l’absence de ce mouvement solidaire, les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, risquent d’être laminées, au pire, ou condamnées à une forme de clandestinité ».

(Source : www.cicns.net)

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