“Science et Vie” et le paranormal. Critique du dossier d’août 2015

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Les années 1970 ont été caractérisées par une explosion médiatique de revendications ressortissant du domaine du paranormal : effet Geller, chirurgiens philippins « à mains nues », nombreuses publications de livres sur les phénomènes paranormaux et les OVNIs, des collections de livres étant même publiées chez deux grands éditeurs (ces deux éditeurs publient maintenant, sur ces sujets, « à dose homéopathique » – basée donc sur le principe des « hautes dilutions » -, avec des auteurs à succès potentiel, comme Michael Drosnin, Raymond Moody ou Stéphane Allix) : Robert Laffont (« Les énigmes de l’univers » et « Les portes de l’étrange ») et Albin Michel (« Les chemins de l’impossible »)… A la même époque, en France, la revue de vulgarisation scientifique « Science et Vie » s’était en quelque sorte donnée comme mission de dénoncer et de démystifier tout ce qui était censé relever des fausses sciences, en prétendant dénoncer le charlatanisme et l’exploitation de la crédulité humaine. Ces prétendus articles de démystification étaient néanmoins caractérisés par une forte connotation agressive et injurieuse, comme en témoignent les titres des articles concernés, comme par exemple : « Les charlatans en blouse blanche ». Parmi les prétendus défenseurs de la la rationalité contre l’obscurantisme, il y avait des auteurs comme Michel Rouzé (celui-là même – décédé en 2004 – qui est à l’origine de la revue « Science et pseudo-sciences », maintenant disponible en librairie) et Gérald Messadié. Ce dernier, devenu l’auteur de nombreux livres (dont un récit romancé de la vie de Jésus), n’a pas changé comme en témoigne la publication en 2015 de son livre consacré au paranormal, livre dans lequel il met systématiquement en exergue les explications ou interprétations réductionnistes, matérialistes et athées, des divers phénomènes répertoriés : NDE et sorties hors du corps, souvenirs de réincarnation, etc. (Je réserve un futur texte de critique à ce livre.) Si, au fil de l’écoulement des années et des décennies, les articles consacrés par « Science et Vie » au paranormal se sont faits plus rares, il y a toujours eu ce souci de réductionnisme matérialiste et pseudo scientifique.

Le dossier sur le « paranormal », publié dans le numéro d’août 2015 de « Science et Vie », permet de déceler une différence entre le traitement de ces sujets dans les années 1970 et leur traitement en 2015. Si, dans les années 1970 notamment, l’atmosphère était à l’agressivité et à l’insulte (comme c’était également le cas chez le dinosaure zététicien Henri Broch, dès 1985, date de la publication de son premier mauvais livre sur « le paranormal »), le ton a changé depuis quelques années, comme en témoignent notamment certaines émissions télévisées (« E = M6 », lors de deux émissions en 2012 et 2014 – voir mon texte : « Quelques mauvaises émissions télévisées sur le paranormal et les OVNIs », même rubrique). Ce changement de ton se retrouve dans « Science et Vie », et donc notamment dans le numéro d’août 2015. La « ruse » consiste à dire : oui, le paranormal existe, mais il s’explique par des faux souvenirs, ainsi que par des hallucinations générées par diverses zones cérébrales ! Cela veut dire évidemment qu’en réalité le paranormal n’existe pas ! Dans le mauvais dossier concocté par Emilie Rauscher, ce tour de passe-passe ou subterfuge intellectuel est clairement illustré par la formulation de cette incompétente selon laquelle les travaux des médecins et psychologues qui se sont penchés sur ces sujets « démontrent que ces phénomènes existent… dans le cerveau de ceux qui les vivent ! », tout en faisant référence à « l’étrange aptitude de notre cerveau à faire éprouver des ‘expériences exceptionnelles’ », tout passant par lui et tout venant de lui. Les spécialistes du réductionnisme scientiste font ainsi appel à la fragilité de la mémoire, à la tendance du cerveau à donner un sens au moindre signe, « quitte à ‘tordre’ la réalité », à sa difficulté « à appréhender les probabilités », d’autres pseudo explications étant ridiculement présentées par Emilie Rauscher comme étant « d’authentiques découvertes » : états cérébraux inconnus, régions cérébrales spécifiques de la perception de soi dans les cas de sortie hors du corps ou d’apparition de fantômes, cette auteure confondant, après d’autres individus, de simples troubles de la perception de l’image corporelle avec de réels états de dédoublement. Contrairement à ce qu’insinue Emilie Rauscher, ces chercheurs n’expliquent pas les phénomènes paranormaux et n’ouvrent pas de nouvelles pistes de compréhension de l’esprit humain car ils en donnent, à vrai dire, une perception erronée basée sur des présupposés matérialistes et athées.

Il est pathétique de lire que des équipes de scientifiques appréhendent « sans parti pris » ce genre de phénomènes, ce qui n’est évidemment pas le cas de nombreux intervenants cités dans le dossier, ceux-ci étant inféodés au dogme matérialiste/athée qui prévaut dans les milieux scientifiques. L’auteure mentionne Renaud Jardri, professeur en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à la Faculté de médecine de Lille, lequel dit que ces expériences exceptionnelles sont devenues des objets d’études scientifiques, ce qui permet de toucher enfin leur réalité, les découvertes concernées affaiblissant « de plus en plus la dichotomie entre le normal et le pathologique », un continuum existant en réalité entre les deux. On lit, dans ce dossier, que les chercheurs apportent désormais aux phénomènes paranormaux « des explications ancrées dans notre monde, issues d’une compréhension croissante des méandres de l’esprit ». Mais cette dernière formulation ne relève que d’un réductionnisme partagé par le psychologue clinicien Renaud Evrard cité par Emilie Rauscher :

« Certaines anomalies, comme celles entourant la précognition, restent très débattues, mais pour ce qui est du déjà vu, du rêve lucide, de l’enlèvement par des extraterrestres, de la sortie de corps et de l’expérience de mort imminente, on pense pouvoir les ramener à des explications simples. »

(Pour la critique de la position de Renaud Evrard à propos des enlèvements extraterrestres, voyez mon texte – dans la rubrique « Présence extraterrestre » – intitulé : « Abductions. Les hypothèses ».)

Emilie Rauscher écrit que grâce « au patient travail de chercheurs obstinés, le paranormal se débarrasse peu à peu de ses oripeaux surnaturels ». La réalité, c’est que les interprétations de ces chercheurs sont biaisées par leurs présupposés théoriques et leur idéologie matérialiste.

Autre différence avec les publications des années 1970, notamment : l’agressivité et l’insulte sont absentes dans le dossier d’Emilie Rauscher. De plus, l’auteure cite quelques noms de personnes qui pourtant reconnaissent certaines réalités « paranormales », sans mentionner le fait que ces personnes reconnaissent cette réalité, le tout étant baigné dans un arrière-fond d’interprétations réductionnistes. Elle cite ainsi Renaud Evrard qui, s’il entérine plus ou moins, comme je viens de le mentionner, les interprétations réductionnistes des scientistes à propos de certains phénomènes « extraordinaires », il reconnaît néanmoins la réalité de certains phénomènes psi (ce que ne relève pas Emilie Rauscher). Voyez à ce propos le site de l’Institut Métapsychique International : www.metapsychique.org Car, si Renaud Evrard est psychologue, il est aussi… parapsychologue ! Emilie Rauscher cite encore Renaud Evrard qui note que rien qu’au Royaume-Uni, « une dizaine de départements universitaires possèdent des unités de recherche et d’enseignement sur la ‘psychologie anomalistique’ », celui-ci regrettant la mauvaise image qui entache encore souvent la discipline. Tout en citant ce psychologie clinicien, Emilie Rauscher passe sous silence le fait qu’il existe dans au moins certaines de ces unités des chercheurs ouverts à l’explication réellement « paranormale » de certains phénomènes…

Emilie Rauscher cite aussi Thomas Rabeyron (maître de conférence en psychologie clinique à l’université de Nantes), lequel a fait ce commentaire :

« Situées à la frontière entre le connu et l’inconnu, entre le pathologique et le non-pathologique, ces expériences ouvrent la voie à des découvertes originales. Leur étude nous en apprend énormément sur notre méconnaissance du cerveau, notre rapport au temps et à notre environnement. Rares sont les expériences exceptionnelles qui, au-delà de leur étrangeté, ne sont pas sources de nouvelles données sur l’expérience humaine de façon plus large… »

Notons que cette formulation, qui s’avère neutre (c’est-à-dire non connotée de scientisme), peut tout aussi bien s’appliquer à une lecture réellement « paranormale » et spiritualiste des données recueillies… Emilie Rauscher donne cette autre déclaration de Thomas Rabeyron :

« En France, en raison de la méconnaissance des études menées, il reste une confusion entre la parapsychologie de magazine télé, les pseudo-sciences et les travaux universitaires sur ces sujets. Pourtant, plusieurs domaines associés à tort au ‘paranormal’ commencent à être intégrés à la recherche ‘académique’ : des travaux sur les sorties de corps, les expériences de mort imminente… Ces voies de recherche deviennent moins controversées parce qu’elles sont mieux comprises. »

Je ne vois pas ce qu’est vraiment la « parapsychologie de magazine télé »… En tout cas, il n’y en a pas dans le « Télé 7 Jours » que j’achète. A moins d’appeler ainsi les publicités de « voyantes », comme à la page 119 du numéro de la semaine du 26 décembre 2015 au premier janvier 2016. A moins que par « magazine », il veut dire émission de télé… Mais il a quand même participé, par exemple, à une émission des « Dossiers surnaturels » (chaîne 23) : « Ils ont des pouvoirs extraordinaires » (émission diffusée à plusieurs reprises en 2015).

Qu’entend-il par « pseudo-sciences » ? On ne le sait pas.

En outre, lorsque Thomas Rabeyron parle de « travaux universitaires », il ne se réfère pas nécessairement aux individus qui entérinent les interprétations (car il ne s’agit que de cela) matérialistes des sorties hors du corps et des NDE, par exemple, mais il intègre probablement des études faites sur certains phénomènes psi comme la télépathie, la clairvoyance et la précognition… En effet, Thomas Rabeyron est ouvert à la réalité de certains phénomènes psi. (D’où la nécessité d’éclaircir ce qu’il entend par « pseudo-sciences », expression que l’on rencontre essentiellement chez les scientistes, lesquels bien sûr ne reconnaissent pas les phénomènes psi…)

En quoi les sorties hors du corps et les NDE ne ressortissent-elles pas du paranormal ? Pour dire que c’est à tort qu’on les met dans cette catégorie (précisons que « paranormal » signifie tout simplement « inhabituel » ou « hors de l’ordinaire », et non « surnaturel »), il faut défendre (ce qui n’est évidemment pas mon cas) les interprétations matérialistes et réductionnistes des Olaf Blanke, Steven Laureys (et sa jeune collègue), etc. Or, comme ces phénomènes témoignent en réalité, n’en déplaise à ceux qui prétendent le contraire, de la survie de la conscience après la mort, l’intégration dans le domaine du « paranormal » n’a rien d’erroné, sachant que l’un des trois domaines d’étude de la parapsychologie intègre justement les phénomènes qui suggèrent la survie de la conscience après la mort (communications médiumniques, souvenirs de réincarnation, TCI, et… NDE/décorporations). (Voyez mon texte : « Qu’est ce que la parapsychologie ? »)

Dans « sortir de son corps », Emilie Rauscher évoque Charles Tart, pourtant bien connu pour sa défense de la réalité des phénomènes psi. En France, on l’a vu dans une émission de la première série documentaire (2010) d’ « Enquêtes extraordinaires », de l’INREES, cette émission étant consacrée à la perception extrasensorielle. Il est notamment l’auteur de : « Le psychologue, la science et l’extraordinaire », InterEditions, 2012. (Préface de Stéphane Allix.) 41KB54hX56L._SX321_BO1,204,203,200_

Cette « tactique » présente dans le dossier de « Science et Vie », qui consiste à citer des gens comme s’ils adhéraient à toutes les interprétations réductionnistes des phénomènes abordés, alors qu’il est avéré qu’ils reconnaissent la réalité de certains vécus psi (non explicables par la science actuelle, je le précise), a aussi été utilisée par le journaliste auteur d’un texte, sur le site de FranceInfo, à propos des NDE et des décorporations, en relation avec l’info du moment : une étude de Sam Parnia. Dans son texte faisant la part belle aux interprétations matérialistes et athées des phénomènes évoqués, il citait certains chercheurs (Raymond Moody, Jean-Jacques Charbonier, etc.) tout en passant sous silence le fait que ces auteurs sont bien connus pour défendre la « non-localité de la conscience » et qu’ils sont convaincus de la vie après la mort… Je note qu’Emilie Rauscher cite Renaud Evrard et Thomas Rabeyron pour rendre compte en simples termes psychologiques du vécu de personnes faisant état de sentiments de « hantise », etc., une attitude qui n’est pas surprenante chez ces universitaires dans la mesure où ceux-ci appartiennent au courant de la parapsychologie « classique », laquelle revendique, dans certains cas, l’existence de facultés inconnues de l’esprit, tout en rejettant l’interprétation spirite ou survivaliste des phénomènes concernés. Ils en viennent donc à entériner les interprétations matérialistes réductionnistes de ces phénomènes, ce qui leur permet aussi, incidemment, de préserver le sérieux de leur statut universitaire (tout en reconnaissant la réalité du psi pour d’autres types de phénomènes !)… (Idem pour Yves Lignon, « le spécialiste de la suppression des posts », comme je l’indique dans mon troisième texte sur la TCI.) Comment dit-on, au fait ? « Ménager la chèvre et le chou » ? C’est vrai qu’il ne faut pas attendre quelque chose de l’IMI – heureusement que d’autres s’en occupent – pour faire avancer la cause de la survie de la conscience après la mort (pas plus que celle de la macro-PK, d’ailleurs, car en cette matière ils ne font rien du tout, non plus, comme les parapsychologues en général, d’ailleurs, ces derniers étant par contre férus de micro-PK)…

Les présupposés scientistes inhérents à l’état d’esprit qui a engendré ce dossier sont bien mis en exergue dans l’encadré qui se trouve page 46 :

« Des ‘anomalies apparentes, existant hors de tout mécanisme explicatif actuellement connu’ : voici comment la Paraspsychological Association américaine définit le paranormal. Et c’est vrai, pour expliquer de tels phénomènes en dehors de leur dimension subjective, il faut faire appel à des mécanismes exclus aujourd’hui par les physiciens et les biologistes. La plupart (sortie de corps, télépathie…) demandent d’admettre que l’esprit, telle une onde quittant un émetteur pour être captée par un récepteur, puisse s’affranchir du substrat biologique qui le produit. Les fantômes impliquent de doter l’esprit du pouvoir d’agir sur la matière et la lumière. Vies antérieures et précognition imposent que l’information voyage dans le temps. Autant de nécessités qui justifieraient de véritables révolutions scientifiques… Car, en l’état des connaissances, l’esprit est incarné dans le cerveau et n’a pas prise sur la matière qui, elle, est incapable, comme l’information, de voyager dans le temps. »

C’est donc bien l’idéologie ratio-scientiste qui, s’appuyant sur des dogmes mis à mal (le cerveau créateur de la conscience, etc.) par les phénomènes abordés, amène à privilégier les interprétations réductionnistes et pseudo rationnelles mises en exergue dans le dossier. Que les scientistes soient incapables de reconnaître la réalité d’une conscience non cérébrale, celle de présences invisibles, etc., n’enlève pourtant rien à ces réalités dites « révolutionnaires ».

En page de couverture et en première page du texte d’Emilie Rauscher, on lit : « Le paranormal décrypté par la science » et « 9 expériences paranormales décryptées par la science ». Ces titres, incorrects, auraient dû être les suivants : « Le paranormal décrypté par le scientisme réductionniste » et « 9 expériences paranormales décryptées par le scientisme réductionniste ». Ces neuf expériences sont :

1. Sentir la présence d’un fantôme.

2. Lire dans les pensées.

3. Voir ce qu’il y a après la mort.

4. Se souvenir de vies antérieures.

5. Se sentir possédé par un esprit.

6. Être enlevé par des extraterrestres.

7. Prédire l’avenir.

8. Voir et entendre des choses qui n’existent pas.

9. Sortir de son corps.

Emilie Rauscher invite, dans son dossier, à découvrir ces neuf « phénomènes extraordinaires emblématiques sous un jour… bizarrement normal ! ». C’est tellement bizarre, d’ailleurs, que c’est complètement erroné.

Passons sur la page (page 47) où on nous donne, en pourcentages, le nombre de ceux et celles qui « croient », en France, à divers phénomènes ressortissant du « paranormal ». Il s’agit d’une enquête réalisée en ligne du 9 au 11 juin 2015 par l‘Institut Harris Interactive (sur 1016 individus représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus…). 70% des Français croient au moins à un des phénomènes présentés dans le dossier, 32% d’entre eux en ayant déjà vécu un.

Emilie Rauscher écrit que les preuves matérielles du paranormal restent introuvables. Si l’on se réfère aux contenus subjectifs de certains phénomènes abordés dans le dossier, ce n’est pas faux, mais c’est beaucoup moins vrai pour d’autres catégories de phénomènes non cités, comme dans le cas de certaines études expérimentales de clairvoyance, de vision à distance et de psychokinèse, des phénomènes qui ne sont pas abordés mais qui, s’ils l’avaient été, auraient bien sûr été dénigrés. D’ailleurs, l’auteure incompétente mentionne le nom même de James Randi, cet illusionniste sectaire qui a traité d’escrocs certains sujets psi (comme Uri Geller) qui ne méritent assurément pas, n’en déplaise aux scientistes, ce qualificatif.

Page 49, on trouve une illustration montrant les zones cérébrales censées faire « naître le paranormal » (sic) : nous aurions ainsi un fonctionnement anormal du lobe frontal, des erreurs de traitement du thalamus, la perturbation du système limbique, les aires mal coordonnées de Broca et Wernicke, la suractivité de la jonction temporo-pariétale et la sollicitation inhabituelle du gyrus parahippocampique.

La sur-activation ou sous-activation de certaines composantes du lobe frontal (notamment impliqué dans le langage, le mouvement, la coordination et la planification) contribue, lit-on, à la survenue d’hallucinations et au sentiment d’être possédé.

Si le thalamus (qui a un rôle crucial dans l’intégration des données envoyées par les sens et dans la régulation motrice, la conscience) se trompe dans la provenance d’une information, il peut causer des hallucinations.

Le dysfonctionnement de l’amygdale et de l’hippocampe (qui interviennent dans la mémorisation et le rappel des souvenirs), deux régions clés du système limbique, est présenté comme étant impliqué dans les expériences de mort imminente, les souvenirs d’enlèvement par des extraterrestres ou de vies antérieures, ainsi que dans le sentiment de déjà vu lié à la précognition ! « La totale », quoi… Pour ma part, je suis consterné par ce genre d’âneries scientistes.

Mal coordonnées, l’aire de Broca (impliquée, dans le lobe frontal, dans la production du langage) et l’aire de Wernicke (impliquée, dans le lobe temporal, dans la perception de celui-ci) peuvent produire des hallucinations auditives susceptibles de faire entendre des voix, la voix intérieure semblant venir de quelqu’un d’autre.

Quand la jonction temporo-pariétale (qui contribue à la bonne intégration des informations provenant des sens, à la représentation et à la localisation de soi) est suractivée, elle peut donner l’impression, lit-on, de sortir de son corps ou de sentir la présence d’un fantôme.

Quand, lors d’expériences de télépathie, certains imaginent se mettre à la place d’autrui, le gyrus parahippocampique (situé sous l’hippocampe) peut être activé, celui-ci participant à la bonne visualisation de ce qui est perçu et étant aussi sollicité dans la production des émotions et par les réseaux de l’empathie.

Mais voyons quels sont, pour chaque phénomène abordé, les « arguments » utilisés par l’auteure pour justifier ces interprétations pour la plupart réductionnistes :

 

1. Sentir la présence d’un fantôme :

On nous dit que sentir la présence d’un fantôme est une sensation créée de toutes pièces par les lobes pariétaux et temporaux. Quels peuvent bien être les « faits » à l’origine de cette allégation ? En fait, l’auteure du dossier cite Olaf Blanke (de l’Ecole polytechnique de Lausanne) présenté comme étant celui qui, en 2006, a pour la première fois « débusqué les fantômes » (sic !) au niveau de cette région cérébrale. Et comment a-t-il donc fait ça ? C’est en appliquant dans cette zone cérébrale de petits courants électriques qu’il a fait surgir chez une patiente (qui souffrait d’épilepsie) le sentiment qu’une autre personne était présente dans la pièce. Dans une expérience ultérieure, un bras-robot placé derrière des volontaires a mimé les gestes de ceux-ci en leur touchant le dos. Lorsque le robot reproduisait leurs mouvements avec un léger décalage temporel, les personnes avaient l’impression d’avoir été effleurées par une autre personne. C’est, à vrai dire, un peu léger pour rendre compte de la sensation de présence dans les lieux réputés « hantés », d’autant que cette sensation n’est pas la seule évoquée dans de nombreux cas de hantises qui comprennent souvent des phénomènes plus complexes, y compris de nature physique…

Le psychologue clinicien Renaud Evrard invoque, quant à lui, l’influence de la simple suggestion qu’un lieu est hanté, ce qui est présenté comme augmentant le nombre de vécus étranges. Il invoque aussi l’apophénie, qui, dit-il, pousse à voir partout des coïncidences et peut mener « à la mauvaise interprétation d’ombres ou de sons ambigus ». Il ajoute que la fatigue extrême, la consommation de psychotropes, la haute altitude ou l’isolement social semblent favoriser la perception de présences fantomatiques. Mais tout cela, qui est purement théorique, n’est pas étayé sur des cas précis susceptibles de valider ces interprétations. On mentionne aussi un vécu difficile et l’environnement. Pour étayer l’influence de ce dernier, plusieurs études sont évoquées :

* En 2000, Vic Tandy, de l’Université de Coventry (Royaume-Uni), a montré le rôle d’infrasons (inaudibles à l’oreille humaine), autour de la fréquence de 19 hertz, dans le déclenchement de sensations « bizarres ».

* En 2003, Richard Wiseman, de l’Université du Hertfordshire (Grande-Bretagne), a constaté l’effet des fluctuations du champ magnétique.

* En 2015, Shane Rogers, de l’Université Clarkson (Etats-Unis), a souligné la présence, dans les endroits confinés que sont généralement les maisons « hantées », de champignons du genre « Stachybotrys », qui peuvent provoquer, au moins chez la souris, des inflammations cérébrales, ainsi qu’un sentiment de peur et d’anxiété. Le « détecteur humain de présence » est, lit-on, « à l’évidence ‘étonnament’ influençable ».

L’« explication » par les champignons est aussi évoquée dans le numéro de janvier/février 2016 de « Science et inexpliqué », avec le titre (ironique) suivant : « Marre de voir des fantômes ? Arrêtez les champignons ! », et avec le commentaire suivant :

« Une équipe de chercheurs de l’université Clarkson, aux Etats-Unis, estime avoir enfin résolu l’énigme des maisons hantées. Les fantômes n’auraient rien à voir avec une quelconque vie après la mort, mais seraient en étroite relation avec certaines substances ‘secrétées’ par les vieux bâtiments. En mars 2015, les scientifiques se sont rendus dans un lieu connu pour ses phénomènes paranormaux, le musée Frederic Remington d’Ogdensburg (New York), afin d’y réaliser des prélèvements d’air et récolter des échantillons de champignons microscopiques. Pour le professeur en génie civil et écologique Shane Rogers, ‘dans de nombreux cas, le ressenti d’apparitions de fantômes est similaire à certains symptômes psychologiques ou neurologiques (dépression, anxiété…) rencontrés chez des personnes exposées à des moisissures toxiques. L’ergot du seigle, par exemple, est un champignon qui contient de l’acide lysergique, dont provient le fameux LSD’. Si elle n’est pas vérifiée, l’hypothèse aura au moins eu le mérite de nous faire rire… sans prendre aucune drogue ! » (1)

Ce genre d’ineptie montre combien sont idiots ces scientistes prompts à « sauter » sur la première explication bidon réductionniste qui leur passe par la tête. Ils trouvent un champignon dans une « maison hantée », et ils en déduisent que les phénomènes des maisons hantées s’expliquent par les champignons…

La question qu’il convient de se poser est : les simples facteurs personnels et environnementaux évoqués par Emilie Rauscher peuvent-ils rendre compte de l’ensemble des phénomènes de « hantise » ? Lorsqu’on prend connaissance du large éventail des cas répertoriés, la réponse est résolument négative. Voyez à ce sujet (dans la rubrique « Parapsychologie ») mes deux textes : « Les phénomènes de hantise » et « Les phénomènes de poltergeist ». S’agissant des phénomènes de hantise à proprement parler, je mets en exergue trois explications possibles pour rendre compte des cas authentiques de « hantises » :

1) Les hantises d’origine « rémanente » (”imprégnation psychique” de la matière, cette dernière restituant des scènes enregistrées du passé).

2) Les phénomènes produits par des êtres vivants en état de dédoublement. (Ces cas sont cependant rares.)

3) Les manifestations de défunts. (Il peut s’agir, selon les cas, de consciences résiduelles, de « coques astrales » ou d’âmes « attachées à la Terre ».)

Certes, certains « petits cas de hantises » (donc avec des manifestations d’intensité faible) peuvent faire intervenir, à des degrés variés, les « petites explications » évoquées par les psychologues et chercheurs réductionnistes, mais celles -ci ne peuvent aucunement rendre compte de l’ensemble des phénomènes répertoriés, notamment des cas qui témoignent, par la violence des manifestations constatées (comme dans les cas américains évoqués dans la série documentaire « Phénomène paranormal » qui a été diffusée sur plusieurs chaînes de la TNT), de l’intrusion d’entités négatives dans la production des phénomènes.

Dans le dossier d’Emilie Rauscher, on trouve, en encadré, la mention de l’étude de la psychologue Gertrude Schmeidler (de l’Université de New York) réalisée entre 1966 et 1968. Elle s’était intéressée à une maison dite « hantée ». Elle a comparé les témoignages de la famille avec ce qu’ont ressenti des tiers qui ont parcouru l’endroit. Elle a remarqué un taux de coïncidence supérieur au simple hasard, « quantifiant pour la première fois le phénomène de hantise ».

 

2. Lire dans les pensées :

Dans un encadré, l’auteure du dossier évoque le cas du jeune Hans Berger qui, en 1892, fut victime d’une lourde chute de cheval. A plusieurs kilomètres de là, sa sœur fut soudain convaincue qu’il était en danger. L’Allemand resta durablement impressionné par l’idée qu’il avait pu y avoir un échange d’information entre leurs deux esprits. Devenu neurologue, il chercha à comprendre comment et il inventa alors l’électroencéphalogramme permettant de mesurer les ondes cérébrales.

Voilà une bonne introduction, mais vite évacuée par cette assertion : il n’est « toujours pas prouvé » que la véritable télépathie est possible. Pourtant, de nombreuses études expérimentales réalisées par des chercheurs en parapsychologie ont revendiqué de telles preuves, mais il est vrai qu’il s’agit d’une littérature que l’auteure du dossier n’a manifestement pas voulu consulter. Elle évoque pourtant le protocole expérimental du « Ganzfeld », lequel consiste à installer deux personnes dans des pièces séparées et à demander au récepteur de décrire les images (ou sons, textes…) présentées à l’émetteur. Emilie Rauscher fait à ce propos le commentaire erroné suivant :

« Pour l’heure, pas de quoi mettre fin à la controverse : les résultats sont statistiquement insuffisants pour évacuer le hasard comme explication de la faible partie des observations revendiquées comme probantes. »

Cette déclaration est contraire à la réalité. Elle ne fait ici que reprendre le leitmotiv des scientistes opposés à la réalité du psi et en l’occurrence, ici, à celle de la télépathie. L’étude de la littérature spécialisée montre au contraire que les protocoles Ganzfeld donnent des résultats statistiquement significatifs en faveur de la télépathie. Dean Radin, par exemple, a abordé ce sujet dans son livre : « Super pouvoirs. Science et yoya » (InterEditions, 2014). 51Jf8W7QjoL._SX320_BO1,204,203,200_Il note par exemple qu’en 1994, les psychologues Daryl Bem (Université de Cornell) et Charles Honorton (Université d’Edimbourg) ont publié, dans la revue « Psychological Bulletin », une méta-analyse des expérimentations Ganzfeld. Cette revue des premières études sur le Ganzfeld « a dégagé une preuve de la télépathie avec une cote globale de 48 milliards contre 1 » !

« Quant aux études les plus récentes, des expérimentations totalement automatisées conçues spécifiquement pour prendre en compte toutes les remarques des sceptiques sur les études antérieures, elles obtinrent également un effet positif significatif avec une cote globale de 517 contre 1. » (D. Radin)

Dean Radin a montré que toutes les critiques valides sur les résultats de ces expérimentations avaient été réduites à néant grâce à des améliorations de la méthodologie.

« De 1974 à 2004, quelque 88 expérimentations Ganzfeld ont été publiées. Ces études impliquent 1008 succès en 3145 essais, avec un taux de succès combiné de 32% au lieu des 25% associés au hasard. On pourrait tout à fait suspecter que cet effet positif de 7% est lui aussi le produit du hasard, sauf qu’une telle hypothèse a 29 millions de milliards de milliards de chances contre une d’être fausse. Des arguments attribuant ce résultat à la publication des études qui ont fonctionné et à la dissimulation des échecs, soit l’effet des fonds de tiroir, ont été analysés puis réanalysés à plusieurs reprises. Et même les chercheurs les plus sceptiques ont dû admettre que la publication sélective des études ne pouvait expliquer de tels résultats positifs.

Si nous poussons le scrupule jusqu’à envisager qu’il y ait bien eu un problème de publication sélective, alors une estimation basse du nombre d’études nécessaires pour annuler les résultats déjà rassemblés se porte à 2002. Dit autrement, il faudrait que, pour chaque étude publiée avec des résultats positifs, 23 autres aient été cachées. Cela veut dire que chacun des chercheurs (jusqu’en 2004) qui ont pris la peine de conduire de telles expérimentations auraient également dû effectuer 67 études supplémentaires sans jamais les publier. Puisque les études Ganzfeld déjà publiées impliquent en moyenne 36 essais, ces 2002 études supposées ‘manquantes’ auraient nécessité 67 x 36 (soit 72 072) sessions additionnelles. Pour produire autant de sessions, un chercheur devrait faire tourner son dispositif Ganzfeld 24/24, sept jours par semaine, pendant 36 ans. Et tout cela pour qu’au final aucune de ces sessions hypothétiques ne conduise à une publication ou ne parvienne aux oreilles d’un autre chercheur. Et bien sûr, tous ces essais sans jamais obtenir de résultats non-conformes au hasard. Je crois possible qu’une personne avec des ressources massives, une patience à toute épreuve et une détermination redoutable puisse être tentée par ce défi à la Sisyphe, mais cela semble très improbable.

Lorsque nous avons mis à jour la méta-analyse avec les études publiées jusqu’en 2010, nous avons trouvé 1323 succès sur 4196 essais, pour un taux de succès combiné de 31,5%. Les données les plus récentes accroissent encore la cote de la PES en Ganzfeld qui passe de seulement 29 millions de milliards de milliards contre 1 en 2004 à un étonnant chiffre de 13 milliards de milliards de milliards contre 1. Cette augmentation conforte l’idée que la télépathie est réelle, permettant aux données cumulées à son sujet d’améliorer notre capacité à détecter son effet grâce aux statistiques. » (D. Radin) (2)

« Signe, pour le neuropsychiatre, que la télépathie – en tout cas celle revendiquée par le mentaliste – repose sur une capacité à se mettre à la place d’autrui. Et que la part empathique de cette aptitude rendrait certains individus plus ‘doués’ que d’autres.

La preuve ? Pas sûr, estime Thomas Rabeyron, psychologue clinicien à l’université de Nantes, qui pointe les difficultés d’interprétation inhérentes à ce genre d’étude. En l’occurrence, l’activité cérébrale détectée a-t-elle vraiment un rapport avec ce qui était testé ? De plus, l’étude des chercheurs indiens se cantonne à un seul cas – et pour un type d’expérience qu’il est possible de truquer. A ce stade donc, on est encore loin de pouvoir clamer que le mystère est levé. » (E. Rauscher)

Voilà que le doute est maintenant institué par un psychologue clinicien pourtant ouvert au psi… Ceci dit, outre le fait que j’ignorais l’existence du mentaliste évoqué, il est vrai que certains mentalistes peuvent réaliser des « tours » qui s’apparentent à de la télépathie ou à de la voyance, sans en être pour autant. C’est le cas, par exemple, du jeune Fançais Victor Vincent, que l’on a vu à diverses reprises à la télévision. Il peut par exemple reproduire le dessin que quelqu’un a fait et dont il n’a pas eu connaissance, simplement en regardant dans les yeux de la personne et en posant des questions spécifiques pour délimiter la nature de la « cible », et ce, sans pour autant avoir recours à une réelle télépathie… Il a d’ailleurs déclaré, dans une émission, que la télépathie était impossible, une affirmation qu’évidemment je ne partage pas. Il est donc difficile de savoir, en ce qui concerne Gerard Senehi, ce qu’il en est. Néanmoins, le fait qu’une activité cérébrale spécifique ait été détectée durant le test s’avère intéressant. Si l’expérience a été bien conduite, on ne voit pas pourquoi l’activité cérébrale détectée ne serait pas corrélée avec la « performance ».

Vient ensuite un commentaire d’Emilie Rauscher dont le contenu n’a aucun rapport avec les expériences de télépathie, mais dont l’énoncé – une façon de « noyer le poisson » – relève de considérations floues :

« Reste, pour expliquer la capacité à percer les pensées des autres, un large panel de biais et mécanismes cognitifs qui trompent naturellement notre cerveau, en particulier l’évocation de faux souvenirs, les oublis inconscients… et l’envie d’y croire. Des techniques permettent d’en jouer, parfois à notre insu. Une bonne faculté d’observation d’autrui, permettant d’anticiper et d’interpréter ses réactions comme de lui suggérer son comportement, peut sembler doter certains de capacités étonnantes.

Autrement dit, pas besoin de ‘don’ pour sonder l’âme de son voisin : comme nous le démontrons dans nos interactions quotidiennes – et sachant que certains professionnels se projettent mieux que quiconque dans les habits des autres -, les ressorts de la télépathie se passent du surnaturel. »

Bien sûr, ceux qui reconnaissent la réalité de la télépathie (même si celle-ci n’existe, dans l’actuel stade évolutif de l’humanité, qu’à l’état embryonnaire) n’invoquent pas à son propos le surnaturel (à moins de considérer que toute réalité est surnaturelle), mais parlent de capacité latente en l’être humain. Une nuance qui donne l’impression d’échapper à la commentatrice (et à d’autres), le qualificatif « surnaturel » étant en réalité là pour déconsidérer une aptitude naturelle dont la réalité au sein du potentiel humain échappe aux « rationalistes ».

 

3. Voir ce qu’il y a après la mort :

Cette expression est utilisée par l’auteure du dossier pour désigner simplement les expériences de mort imminente ou NDE (EMI). Celles-ci sont ramenées à la manifestation d’un « état de conscience altérée ». Mais contrairement à ce qu’elle écrit, ce ne sont pas les chercheurs qui évoquent une passerelle « vers une meilleure compréhension du cerveau humain » ou la manifestation d’un fonctionnement cérébral inusuel dit « état de conscience altérée », mais seulement certains chercheurs. La nuance est importante. D’autres chercheurs (comme Pim van Lommel) soutiennent, à juste titre, qu’il s’agit de données qui suggèrent la non-localité de la conscience et la survie de celle-ci après la mort, ce que la partiale et incompétente journaliste de « Science et Vie » se garde bien de préciser. D’ailleurs, la référence à un état altéré de conscience est d’autant plus stupide que la conscience se trouve en fait « décuplée » lors des EMI, les témoins EMI parlant volontiers « d’hyperlucidité ». En d’autres termes, c’est l’état dit de conscience ordinaire de veille qui, comparé à ce que vivent les « expérienceurs », serait un « état altéré de conscience »…

Nous avons droit ensuite à une petite liste des pseudo explications qui sont en fait mises en exergue seulement par les individus inféodés au dogme de la sécrétion de la conscience par le cerveau : perturbations du système limbique (amygdale, hippocampe, etc.) et des cortex préfrontaux et temporaux – ces régions cérébrales étant impliquées dans la mémoire, les émotions ou le comportement -, sécrétions de neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine…) et autres endorphines et opioïdes, « chaotiques » (sic !) lorsque le corps « livre son ultime bataille », modification des gaz sanguins (manque d’oxygène et/ou hausse du dioxyde de carbone). Pourtant, toutes ces explications neurophysiologiques ont été réfutées depuis longtemps par les pionniers de la recherche en matière de NDE (Raymond Moody, Kenneth Ring, Melvin Morse, etc.). Pour la critique de ces interprétations matérialistes réductionnistes, voyez mon premier texte sur les expériences au seuil de la mort (rubrique « Au-delà et médiumnité »). A noter qu’Emilie Rauscher a quand même le « sursaut » de reconnaître que « la plupart » (sic) des explications qu’elle a listées « n’ont pas encore été prouvées expérimentalement ». Et pour cause (d’autant qu’elles ne risquent pas de l’être)… Par exemple, si le manque d’oxygène intervient dans les NDE, c’est seulement en tant que déclencheur (parmi d’autres facteurs) de la libération de la conscience de l’enveloppe corporelle, la privation d’oxygène (ou l’augmentation du gaz carbonique) n’expliquant pas en elle-même la nature des perceptions vécues par les « expérienceurs ».

Emilie Rauscher évoque ensuite la recherche fort médiatisée de Sam Parnia (de l’Université d’Etat de New York). Fin 2014, ce chercheur a publié un large éventail de témoignages recensés en milieu hospitalier. Il a trouvé que 39% des patients interrogés ont décrit une « sensation de conscience ». Il a aussi évoqué un sentiment de peur, de persécution (ce qui n’a rien à voir avec le contenu émotionnel des NDE, à l’exception des cas beaucoup moins fréquents de « NDE négatives »)… Sam Parnia a déclaré que dans certains cas « la conscience semble subsister pendant une durée de trois minutes sans battement de coeur ». L’hypothèse est « audacieuse », écrit Emilie Rauscher, une formulation absurde car, à vrai dire, ce n’est pas que pendant trois minutes qu’elle subsiste (lorsqu’il y a une mort réelle) ! Et puis, Emilie Rauscher ne manque pas de nous sortir cette autre « info » également largement médiatisée (et qui n’en valait pas du tout la peine), celle des « rats trucidés ». Il s’agit de l’étude de la neurologue Jimo Borjigin (Université du Michigan) qui a montré que, chez le rat, le cerveau peut rester très actif dans les trente secondes qui suivent un arrêt cardiaque (car cette « chercheuse » – vue en 2015 dans la première des deux émissions de « La science de l’étrange » sur RMC Découverte, où elle a déclaré, bien sûr, qu’elle ne croyait pas à une vie après la mort – a bien sûr tué les rats pour les besoins de son « expérience »). Ici donc, la conscience survit pendant… 30 secondes. (En fait, il s’agit simplement d’une simple décharge d’ondes gamma.) Et, si on n’a évidemment pas pu interroger les rats pour savoir s’ils avaient vécu une NDE, tout cela a été exploité, par les grands médias (dont le journal de France 2), comme pouvant expliquer les NDE. D’ailleurs, Emilie Rauscher ne s’est pas gênée d’écrire que cela rendait « plausible l’idée que les expériences de mort imminente peuvent avoir lieu juste avant ou juste après cet épisode extrême… jusqu’à ce que le cœur reparte ». Mais contrairement à ce qu’insinue Emilie Rauscher, cette activité cérébrale, chez le rat, une trentaine de secondes après un arrêt cardiaque, ne constitue en rien une « découverte clé » (sic).

L’auteure du dossier écrit que plusieurs travaux, dont ceux menés en 2013 par la psychologue Marie Thonnard (Université de Liège), concluent que les souvenirs d’une NDE ne peuvent être vus comme ceux d’événements purement imaginaires. Voilà qui est bien, mais la suite ne l’est plus puisqu’on évoque de façon inexacte une « origine physiologique » qui « pourrait les amener à être vraiment perçus, bien que non réellement vécus ». Une absurdité de plus…

41g9oFYGMUL._SX331_BO1,204,203,200_Notons au passage que l’auteure du dossier évoque, dans sa définition de la NDE, la sortie hors du corps, le défilement de la vie, le tunnel, la vision d’êtres chers décédés, et qu’elle mentionne (dans un encadré) l’étude de Kenneth Ring (psychologue à l’Université du Connecticut) sur les aveugles. Elle écrit qu’en 1997 il a contacté 31 non-voyants ayant vécu une NDE :

« Le cas de Vicki Umipeg, aveugle de naissance, l’interpelle : dans son témoignage, la jeune femme décrit une sortie de corps et indique ‘se reconnaître’ en contrebas, sur la table d’opération. Pour la première fois de sa vie, elle dit comprendre le concept de ‘lumière’. »

Elle parle, à ce propos, de « cas emblématique », sans apparemment se rendre compte qu’il s’agit là d’un constat qui va complètement à l’encontre des thèses matérialistes des NDE. Car un aveugle qui voit, ce n’est pas banal… Et bien sûr, Kenneth Ring est connu pour avoir défendu la thèse non matérialiste des NDE, ce qu’Emilie Rauscher ne précise pas. Chut… On trouve donc encore là la citation d’un chercheur, connu pour sa défense de la nature « spirituelle » des NDE, sans que l’auteure du dossier ne fasse état de la position de l’auteur concerné.

 

4. Se souvenir de vies antérieures :

Le sujet des « souvenirs de vies antérieures » est évacué (ou, si l’on préfère, traité) de façon express. Les souvenirs concernés sont attribués à… un dysfonctionnement de la mémoire renforcé par l’hypnose. A propos des souvenirs recueillis à la suite de séances d’hypnose, on lit qu’il ne s’agit là que d’un « agrégat de faux souvenirs », car une « brève enquête » (sic) suffit à montrer, déclare l’auteure du dossier, « qu’ils n’ont rien d’historique » et qu’ils sont donc « produits en réponse à des suggestions involontaires du praticien ». Ces affirmations ne sont cependant étayées sur aucune donnée factuelle, pas plus que celle selon laquelle c’est « au moment de se remémorer des événements passés que la confusion se crée » et que ceux qui ont l’impression de se rappeler une vie antérieure « sont en général plus créatifs que la moyenne et montrent une plus forte tendance à développer de faux souvenirs lors des séances d’hypnose ». Il ne s’agit là, en fait, que d’une construction théorique, encore non étayée par des études, visant à évacuer une notion incompatible avec la vision matérialiste de ceux qui la véhiculent. Et la prétendue « découverte clé » censée justifier ces propos, selon laquelle « de faux souvenirs se créent quand l’activité est insuffisante dans l’hippocampe », si elle s’applique aux réels cas de faux souvenirs (comme ceux qui ont été évoqués par Elizabeth Loftus à propos de fausses accusations de viols pendant l’enfance), elle ne saurait être appliquée sans esprit critique à tous les cas de souvenirs de vies antérieures sous hypnose. Voici une étude plus complète à propos de ce type de souvenirs :

 

– Invention ou souvenir réel ?

Voici à ce propos l’intéressant commentaire d’un praticien de la régression dans des vies antérieures, Roger J. Woolger (1944-2011) :

« Pensez à la façon dont vous pourriez vous rappeler et raconter votre histoire d’enfance préférée, des vacances particulières, ou peut-être une tragédie familiale. Vous rappelez-vous simplement, ou y a-t-il dans votre récit une part de broderie et d’exagération ? Ne dramatisez-vous pas votre histoire ? Ne transposez-vous pas certains événements quand vous racontez votre histoire ? Qu’en est-il de votre réaction émotionnelle ? (…)

Nous admettrons, si nous sommes honnêtes envers nous-mêmes, qu’un certain degré d’affabulation entre presque toujours dans n’importe quelle histoire que nous racontons, concernant des événements dont nous avons été acteurs ou témoins. Nous réalisons parfois cela quand quelqu’un d’autre présente une version différente des mêmes événements.

Mais même en accordant cela, nous gardons néanmoins le sentiment qu’il s’agissait, après tout, d’un souvenir que nous avons rapporté, et non d’une fantaisie. Par exemple, nous ne disons pas à un ami qui dérape sur un détail : ‘Bon, si ta tante n’était pas en fait à Chicago pour le mariage, tu dois avoir imaginé toute l’histoire.’

Ainsi, la première chose à souligner au sujet de l’opposition supposée entre souvenir et imagination, c’est que les souvenirs sur lesquels nous tombons tous d’accord comportent une bonne dose d’imagination. Je souligne cela car beaucoup de gens ont tendance à écarter les récits de souvenirs de vies antérieures parce qu’ils comportent certaines incohérences historiques. Et cependant, ces sceptiques ne rejetteront pas la ‘réalité’ de leur propre enfance, simplement parce que certains détails de leur souvenir se révèlent faux. Dans le souvenir de la vie présente ou de la vie antérieure, notre imagination remplit souvent les brèches et balade l’histoire dans toutes sortes de petits chemins. Là où l’image n’est pas claire, l’inconscient peut l’enjoliver pour nous. »

412Sy3GO1NL._SX296_BO1,204,203,200_Roger Woolger évoque le cas d’une romancière qui, lors de sa régression, se retrouva au dix-neuvième siècle comme fille unique dans une famille respectable du Nord de l’Angleterre. Quand elle sortit de la régression, elle fut étonnée :

« Mon Dieu, c’était l’intrigue de mon premier roman. Mais il n’a pas fini ainsi ! Dans mon roman, le jeune homme revient, l’épouse et l’emmène à la ville. Mais dans ma version, il se révèle être une sorte de scélérat. Leur idylle se brise, et, pour elle, la planche de salut est d’avoir toutes sortes d’aventures amoureuses. »

Ce qui frappa Roger Woolger, c’est que le roman pouvait « tout à fait avoir servi de compensation imaginaire pour l’angoisse et la perte éprouvées dans un authentique souvenir de vie antérieure, dont les péripéties n’ont pas émergé pleinement parce qu’elles étaient trop douloureuses ».

« D’un point de vue thérapeutique, ce que la session mit en lumière c’est qu’il était difficile pour Helen de regarder cet enchevêtrement – et de le défaire – de chagrin, de rage et de peines de cœur, qui entourent l’histoire de cette jeune femme solitaire, délaissée, qui vivait dans son inconscient. L’écriture de son roman l’avait sans doute aidée à atténuer sa tristesse et à donner une expression à des désirs qu’elle était trop timide pour réaliser dans cette vie. La profession qu’elle avait choisie lui avait procuré une sorte d’autoguérison, mais le cœur de son complexe, avec des images déchirantes et amères de perte et d’abandon, et sa pensée impensable, ‘je ne suis ni aimée ni digne de l’être’, restait intact. » (R. Woolger)

Roger Woolger note que contrairement au stéréotype populaire des vies antérieures entretenu par certains, la grande majorité des vies antérieures ne sont pas celles « de prêtresses égyptiennes ou d’épouses d’Henry VIII »

« La plupart des vies qui sont rapportées n’ont guère de rapport avec le cadre connu de l’Histoire. Nous rencontrons des membres de tribus africaines, des chasseurs nomades, des esclaves anonymes, des marchands proche-orientaux, des paysans médiévaux anonymes, etc., gens de toutes époques et de tous lieux : souvent, ils peuvent à peine nommer leur chef ou leur seigneur, encore moins se placer eux-mêmes sur un tableau chronologique totalement adéquat de l’histoire européenne ou ancienne. » (R. Woolger)

51wasHrffQL._SX373_BO1,204,203,200_Roger Woolger donne un autre exemple de l’aspect peu idyllique que des vies antérieures peuvent avoir en citant le cas d’Alice, laquelle se vit, lors de la régression, sous l’identité d’un jeune garçon dans l’Angleterre industrielle du dix-neuvième siècle.

« Le garçon était un gamin des rues en haillons, de six ou sept ans, qui dormait dans des ruelles ou sous des ponts, mendiait ou volait sa nourriture, était pourchassé, battu, et toujours sur le qui-vive dans une vie effroyablement misérable, qui n’était que pure survie. (…) » (R. Woolger)

A un moment donné, Alice déclara que c’était vide, sombre… Roger Woolger lui ayant demandé de voir ce qui est arrivé avant qu’il ne fasse sombre, Alice décrivit cette scène :

Je traverse une rue. Je suis fatigué et faible. C’est l’hiver et je n’ai rien à manger. Ne fais pas attention… Aah ! Je suis frappé. C’est un chariot. Ma tête, ma poitrine sont écrasées… Tout est noir. Soudain, je suis au-dessus de mon corps. C’est fini. Quelle vie triste, sans but.

Roger Woolger ajoute ce commentaire :

« D’autres clients racontent des vies interrompues par la famine, les épidémies, la maladie, à un âge tendre. Il y a aussi d’innombrables histoires de jeunes hommes mourant sur le champ de bataille dans le premier engagement, avec un sentiment d’amertume et d’avoir été trompés par les promesses fallacieuses de gloire et d’honneur. Peut-être le plus frappant de tout, à cet égard, ce sont les souvenirs de mort à la naissance, et même avant : mourir comme fœtus dans un avortement, ou une fausse couche, n’est pas un sujet très idyllique pour une conversation mondaine, ou une image glanée dans une overdose de TV.

En somme, ce n’est pas l’idylle, l’imagination romantique qui caractérise la majorité des vies passées que je rencontre en thérapie, mais un réalisme amer et implacable. Je pense souvent à la triste définition que donne le philosophe Thomas Hobbes : ‘La vie de l’Homme est solitaire, pauvre, méchante, bestiale et brève.’ » (3)

(Voilà en effet la triste réalité, contrairement aux imbéciles heureux – y compris chez les spiritualistes qui parlent ingénument de « l’amour inconditionnel » – qui disent à satiété que « la vie est belle », pensant seulement « à leur gueule », parce qu’ils sont en train de passer un moment agréable – financièrement, sexuellement, etc. – plus ou moins long et parce qu’ils font comme s’ils n’avaient jamais entendu parler des abominations qui ont parsemé et parsèment la triste histoire de l’humanité.)

41AOmV3wx0L._SX318_BO1,204,203,200_Voici en outre le commentaire de Patrick Drouot (que j’ai vu à Pau le 29 novembre 2015 lors du symposium « Nouvelle humanité, Nouvelle conscience »), un autre praticien de la recherche de vies antérieures :

« Se pourrait-il qu’il s’agisse là d’une simple fantaisie mentale, d’un scénario plein d’imagination et d’invention monté de toutes pièces ? Voilà qui paraît difficile. Si l’on demande à cent personnes différentes d’improviser une histoire située, disons, au Moyen Âge, même les plus douées pour ce genre d’exercice vont hésiter, chercher leurs mots et auront vraisemblablement du mal à construire une histoire cohérente en cinq ou dix minutes. Or, dans le cas de Jacques comme dans les autres, c’est un récit construit, entier, qui ‘sort’ spontanément et sans efforts. Sans même, parfois, que l’opérateur n’ait pratiquement à intervenir : cela m’est arrivé. D’ailleurs, sur les centaines de milliers de personnes qui ont voyagé dans un passé antérieur à cette vie, l’immense majorité s’entend pour dire qu’il ne peut pas s’agir là d’une simple construction de son imagination car toutes affirment avoir eu beaucoup plus la sensation d’expérimenter elles-mêmes, de revivre littéralement une situation, un événement, que de raconter une histoire.

J’ai pour ma part souvent constaté qu’en cet instant la voix de la personne changeait, certaines de ses expressions faciales aussi. Comme si en racontant leur autre vie, les personnes qui régressaient dans le passé retrouvaient temporairement des traits de leur identité ancienne. »

S’agit-il de constructions de l’inconscient, des histoires qu’il invente et met en scène pour raconter ses conflits internes, des « métaphores » ?

On ne peut confondre les scénarios de vies passées avec de simples constructions de l’inconscient. Dans la technique d’« imagination active » (développée par C.-G. Jung), les participants sont en général assis comme pour une méditation, et il leur est demandé de laisser monter en eux une « bulle » (une image, un fragment de rêve) de l’inconscient. Cette image va se mettre à raconter une histoire dans laquelle on invite le participant à entrer, comme acteur de cette espèce de rêve éveillé. On demande parfois de dialoguer avec les personnages de l’histoire. Il est recommandé de bien ressentir toutes les émotions (peur, colère, tristesse, etc.). La comparaison (faite par Patrick Drouot) d’un récit d’imagination active avec le contenu d’une régression montre que la différence réside dans la manière dont l’histoire est développée. Patrick Drouot ayant fait faire une séance d’imagination active à un prénommé Claude, il l’a ensuite emmené dans son enfance et, au moment où dans le récit imaginé, il avait évoqué la bosse qu’il s’était faite, il a demandé à la conscience supérieure de Claude d’aller vers un événement similaire dans un autre passé. Claude était sujet à de rares mais très violents maux de tête, lesquels ont disparu à la suite de la régression. Ainsi, de par sa technique même, la régression dans les vies passées semble interdire à l’inconscient de dérouler ses fantaisies. Mais, demande Patrick Drouot, est-ce à dire que les fantaisies de l’inconscient n’entrent pour aucune part dans la mémoire des vies passées ?

« Lorsque nous nous souvenons d’un événement précis de notre enfance, un événement marquant : joyeux (un mariage, un voyage, des vacances…) ou au contraire un drame familial, pouvons-nous garantir que le souvenir n’en a pas été enjolivé au fil des années ou au contraire, s’il y a eu traumatisme, dramatisé ?

Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous sommes bien obligés d’admettre que dans tout souvenir, surtout lorsqu’on entreprend de le raconter, il entre une part de fabulation, le plus souvent involontaire d’ailleurs. Il s’agit plutôt d’une déformation subjective des faits, tout à fait évidente lorsqu’on compare les différentes versions que donnent d’une même scène tous ceux qui y ont assisté. Il n’y a pas d’objectivité dans le souvenir. L’association de ces deux mots fait même figure d’absurdité, tout souvenir étant lié à une émotion et toute émotion agissant comme un filtre : l’affectivité dénature. On le sait, mais il ne viendrait pourtant à l’esprit de personne de nier la réalité de son enfance sous prétexte que les souvenirs qu’on en garde ‘après coup’ s’avèrent relativement farcis d‘erreurs ‘historiques’ (de dates, de noms, de lieux), d’anachronismes et d’inexactitudes en tout genre. C’est pourtant au nom de ces ‘inconsistances historiques’ que beaucoup rejettent l’hypothèse des vies antérieures (et voilà qui nous éloigne de l’inconscient) puisque, disent-ils, ‘le souvenir n’est pas authentique’.

Or à mon sens, la garantie de l’authenticité du souvenir des vies antérieures n’est pas dans le degré de véracité des informations objectives qu’il fournit, mais, au contraire, dans la charge émotionnelle qu’il comporte (et voilà qui nous ramène à l’inconscient). Car tout souvenir surgi de l’inconscient comporte une énorme charge émotionnelle. C’est en cela qu’il se distingue du souvenir conscient. (…) »

On objecte aussi que les souvenirs de vies antérieures ne sont que des mémoires bien actuelles de films, de scènes lues ou vues dans l’enfance. Patrick Drouot écrit qu’il ne peut qu’opposer son expérience et celle de dizaines d’autres chercheurs qui demeurent persuadés qu’il s’agit bien de souvenirs de faits vécus. (4) On connaît cependant quelques cas qui semblent s’expliquer par cette thèse de la cryptomnésie (résurgence de souvenirs oubliés), comme dans le célèbre cas de Jane Evans, étudié par l’hypnothérapeute de Cardiff Arnall Bloxham, lequel a présidé en 1972 la British Society of Hypnotherapists, succédant ainsi à T. G. Warne-Beresford qui avait fondé cette société en 1950. (Voir Ian Wilson, « Enquête aux frontières de la mort », éditions Exergue, 1998, un livre que je m’étais procuré à sa parution ; « Parasciences », n° 95, décembre 2014, p. 20-30. Mathieu Béraut, qui n’avait pas eu connaissance de la « démystification » du cas Evans, avait rédigé pour « Parasciences » un article pro-réincarnation en se basant sur ce cas, ce qui a ensuite amené l’éditeur de la revue « Parasciences » à ajouter, à la suite d’une autre publication du texte de Mathieu Béraut, le texte de Ian Wilson qui démystifie le cas et qui est extrait du livre de ce dernier référencé ci-dessus.)

Jane Evans avait revécu six précédentes vies alléguées :

* « Livonia » (épouse d’un précepteur attaché à la famille d’un légat romain, Constantius, demeurant à Eboracum – l’ancien nom d’York -, au début du quatrième siècle après J.-C.).

* De nouveau à York, huit siècles plus tard, sous l’dentité de « Rébecca », épouse d’un financier juif, au moment des persécutions sanglantes dont la communauté juive de la ville fut victime en 1190.

* Au quinzième siècle, elle fut « Alison », une femme d’origine égyptienne, intendante du palais du grand financier Jacques Cœur, à Bourges.

* Une génération plus tard, elle devint « Anna », une servante de l’entourage espagnol de Catherine d’Aragon, lors de la venue de celle-ci en Angleterre pour son mariage avec Arthur (fils aîné du roi Tudor, Henri VII), qui mourut d’ailleurs prématurément.

* Au début du dix-huitième siècle, elle fut « Ann Tasker », une jeune couturière d’un quartier malsain de Londres.

* Puis elle vécut, dans les années 1850 à 1920, dans le Maryland (Etats-Unis), sous le nom de « sœur Grace », une religieuse catholique accablée par une arthrite.

« Dans le cas d’une personne qui, au cours de sa régression, avait mentionné une ballade anglaise du Moyen Âge, on prouva qu’il s’agissait d’un souvenir inconscient de ‘Sumer is icumen in’, dont le texte, en anglais médiéval simplifié, figure dans l’‘Histoire de la musique’ de Benjamin Britten et Imogen Holst. Le sujet, pendant son adolescence, avait feuilleté cet ouvrage. » (I. Wilson)

Les anti-réincarnationnistes Reima Kampman et Ian Wilson n’ont évidemment pas envisagé cette autre possibilité : la personne « régressée » aurait réellement vécu la vie alléguée et, dans sa vie « actuelle », elle aurait été « attirée » par la ballade anglaise qu’elle aurait entendue dans sa vie moyenâgeuse…

A la fin de l’émission de télévision présentée par Jeffrey Iverson, Jane Evans a fait cette déclaration :

« Je n’ai fait qu’une seule visite en France, pendant deux jours, en 1958, et je n’ai pas quitté, je crois, les limites de Paris. Je n’ai jamais rien lu sur Jacques Cœur, dont le nom même m’était inconnu. Je suis allée dans le Yorkshire mais jamais à York même. Je savais que les Juifs avaient été persécutés, dans ce pays comme partout ailleurs, mais j’ignorais tout des incidents d’York. J’ai appris l’histoire romaine comme le font toutes les écolières. On nous avait parlé de Jules César et sans doute de Caligula. Je pourrais citer quelques autres noms, mais pas ceux qui ont été enregistrés. Je sais très bien que je n’ai rien lu à ce sujet. J’ai une excellente mémoire et je ne me souviens pas de telles lectures. »

Pour Ian Wilson, qui en appelle aux psychologues, nous enregistrons dans notre mémoire inconsciente beaucoup plus de souvenirs de livres lus, de films vus, etc., que nous ne pouvons le percevoir. Pour le producteur de radio Melvin Harris, il faut rechercher les véritables sources des souvenirs de Jane Evans dans les romans historiques, les magazines, les feuilletons télévisés ou radiodiffusés. Il découvrit un roman historique de Louis de Wohl, « The Living Wood », publié en 1947, ce roman étant consacré à la vie de Constantin, de Constantius et d’Helena. Melvin Harris tomba sur une scène racontée par Jane-Livonia, celle où Marcus Favonius Facilis, « instructeur militaire » du jeune Constantin, enseigne à son élève le maniement des armes romaines.

« On y utilisait le même terme : ‘instructeur militaire’ (military tutor) et le même nom : Marcus Favonius Facilis. Or, comme le déclarait par ailleurs De Wohl, Marcus Favonius Facilis était un personnage totalement fictif, dont il avait trouvé le nom sur la pierre tombale d’un centurion romain du premier siècle, à Colchester. » (I. Wilson)

On trouve, dans le roman, la scène au cours de laquelle Curio, arrivé à Eboracum, annonce à Helena que Constantius l’a répudiée en faveur de Theodora.

En dehors de personnages historiques comme Constantin, Helena et Constantius, Jane-Livonia parle de personnages inconnus : Curio, Valerius, Hillary et Marcus Favonius Facilis qui, tous, furent inventés par De Wohl pour les besoins de son roman.

« Rébecca », une autre incarnation présumée de Jane Evans, déclare demeurer avec Joseph, son riche époux, dans un « ghetto » au nord d’York, quartier où ne vivaient que les Juifs fortunés et dont les rues ne portaient pas de nom. Or, il n’existait pas de ghetto à York en 1190, les maisons des Juifs étant alors disséminées parmi celles des autres citadins. La notion de ghetto ne date que de 1516, lorsque le premier vrai ghetto (terme italien signifiant « fonderie ») fut établi à Venise sur l’emplacement d’une fonderie de canons.

En outre, les services chargés de la restauration de Sainte Mary Castlegate ont précisé qu’il n’y avait jamais eu de crypte dans cette église. Il y a un caveau qui date probablement du dix-septième siècle, c’est-à-dire cinq cents ans après les événements décrits par Rébecca.

« Quant à la cheminée de Jacques Cœur, on en voit une excellente photographie dans le livre de Dame Joan Evans, ‘Life in Medieval France’. La plus grande partie, si ce n’est la totalité des souvenirs de Jane-Alison, a sans doute été puisée dans un roman historique de T. B. Costain sur la vie de Jacques Cœur, ‘The Moneyman’, publié en 1947, la même année que ‘The Living Wood’. Curieusement, le seul détail qu’Alison semble ignorer, c’est le fait que Jacques Cœur était marié. La lecture du livre de Costain, comme par hasard, explique cette omission :

‘Si je n’ai pas mentionné les membres de la famille de Jacques Cœur, c’est parce qu’ils n’ont joué aucun rôle réel dans l’ascension de ce personnage. Après en avoir parlé dans une première version, j’ai décidé de les supprimer : ils encombraient inutilement l’action.’ » (I. Wilson)

Jane Evans s’est refusée à jeter un coup d’oeil sur « The Living Wood ».

L’affirmation suivante de Ian Wilson est-elle valable ?

« En fait, le détail même des souvenirs de Jane Evans et notamment ceux qui se rapportent à Livonia la Romaine, fournissent la preuve que l’explication du phénomène (et, par voie de conséquence, celle de toutes les prétendues ‘vies antérieures’ décrites sous hypnose) n’a rien à voir avec la réincarnation. » (5)

Il s’avère en réalité que, si certains cas, comme celui de Jane Evans, sont douteux, rien ne permet d’affirmer une telle chose, d’autant que certains éléments, comme les effets thérapeutiques (à propos de phobies, etc.) associés à la résurgence de souvenirs liés à une précédente vie, vont à l’encontre de la validité de cette péremptoire affirmation des critiques des régressions.

Patrick Drouot, quant à lui, parle d’un « patchwork » de divers matériaux : des traces mémorielles d’événements d’un lointain passé et des tentatives de l’inconscient pour résoudre ses conflits internes à un niveau symbolique, archétypal, comme il le fait dans les rêves. Patrick Drouot note que les rêves eux-mêmes contiennent parfois des traces de vies antérieures, surtout les rêves récurrents. Il lui est arrivé de se servir de rêves pour faire basculer certaines personnes dans leurs vies passées. Il cite le cas d’Anne, laquelle souffrait d’une légère agoraphobie.

« Dans les grands magasins ou tout autre endroit bondé comme le métro aux heures de pointe, elle était saisie de malaises et de sensations diffuses d’étouffement. Tous symptômes qui ne se manifestaient que lorsque la foule était dense et qui n’empêchaient pas Anne de vivre ni de sortir dans la rue. En dehors de ça, elle faisait depuis une dizaine d’années le même rêve : celui d’une femme qui fuit dans la campagne poursuivie par des ombres. Ce rêve était assez intense. A chaque fois, Anne se réveillait le cœur battant la chamade, avec des sueurs froides et une forte angoisse. Au bout de dix minutes-un quart d’heure, elle s’apaisait et se rendormait. Le rêve revenait quinze jours, un mois, deux mois plus tard, mais il revenait. » (P. Drouot)

En 1986, Anne avait assisté à Paris à une conférence de Patrick Drouot. Elle lui téléphona pour faire un travail sur ce rêve, tout en n’étant pas particulièrement acquise au phénomène des vies passées. Elle voulait comprendre ce que le rêve essayait de lui communiquer. Lorsqu’elle vint voir Patrick Drouot la première fois, elle n’avait établi aucun lien conscient entre son rêve et ses sensations dans la foule. Ce n’est qu’incidemment que Patrick Drouot a appris l’agoraphobie. Il décida de la faire basculer dans son rêve et de demander à celui-ci, comme si on s’adressait à une personne, de raconter son histoire, ce qui lui avait donné naissance. Il suggéra à Anne de se retrouver dans l’événement qui se cachait derrière le rêve.

« La pleine campagne avait disparu pour laisser place à l’entrée d’un bourg. Une femme courait vers la campagne pour tenter d’échapper à une foule en colère qui la poursuivait. On voulait la mettre à mort pour sorcellerie. La malheureuse fut rattrapée, rouée de coups et laissée pour morte à l’endroit où elle se trouvait. » (P. Drouot)

La scène semblait se dérouler dans un pays du sud de l’Europe (Italie ou Espagne), au Moyen Âge. Anne précisa qu’elle avait peur de la foule parce qu’elle lui rappelait la foule en colère qui l’avait massacrée dans le passé, le rêve n’étant qu’un rappel, sous une forme déguisée, de cet épisode. Il n’y eut qu’une séance, à la suite de laquelle Anne n’éprouva plus les désagréments qu’elle avait eus. (6)

 

– Une « possession » ?

La différence avec la possession, note Roger Woolger, est que, dans le cas des « autres vies », il y a une forte sensation de familiarité, mais pas le sentiment d’aliénation qui accompagne l’état de possession, même le plus léger. (7)

A propos de la thèse selon laquelle il s’agirait d’un phénomène de possession légère, la personnalité se trouvant temporairement « parasitée » par une autre personnalité, Patrick Drouot a remarqué que, dans le cas de la « possession », que les personnes qui en sont victimes ont en même temps la conscience et la pénible impression d’être habitées par « quelque chose » d’étranger à elles-mêmes.

« En général, leur comportement change assez radicalement et ce changement s’accompagne de peurs irrationnelles, de sueurs froides et de troubles divers que je n’ai certes jamais constaté chez les personnes qui voyagent dans le passé. D’autre part, loin de ressentir un sentiment d’étrangeté, toutes témoignent, au contraire, d’une impression de familiarité, d’un sentiment de connexion très profond avec la personnalité retrouvée dans la vie antérieure. » (P. Drouot) (8)

 

– Enfants et réincarnation :

51dz795VLlL._SX307_BO1,204,203,200_Il y a aussi le dossier des enfants qui se souviennent d’une autre vie, comme dans les cas qui ont été étudiés par Ian Stevenson (décédé en 2007) et Jim Tucker. 41gh82XOoTL._SX317_BO1,204,203,200_413W0xKXrmL._SX309_BO1,204,203,200_Emilie Rauscher, l’auteure du dossier du numéro d’août 2015 de « Science et Vie », note à propos de ces enfants (essentiellement âgés de 2 à 5 ans) qui ont des souvenirs d’une « autre vie » – elle cite le nom de Ian Stevenson (Université de Virginie) – que « le mystère reste entier » (une formulation quelque peu étonnante pour quelqu’un qui privilégie pourtant les interprétations réductionnistes). 41JA3BNV09L._SX319_BO1,204,203,200_41ljjbrsBeL._SX332_BO1,204,203,200_

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5. Se sentir possédé par un esprit :

Si le précédent thème a été très succinctement abordé par l’auteure du dossier de « Science et Vie », celui de la « possession par un esprit » n’est guère plus développé. En fait, « se sentir possédé par un esprit » est une façon plutôt simpliste d’évoquer les communications médiumniques. L’auteure définit en effet ainsi la possession : « C’est lorsque des individus sont convaincus qu’une entité (humaine ou non, vivante ou morte) se substitue à la leur. S’ensuivent éventuellement transe, écriture automatique, glossolalie (le fait de parler dans une langue inconnue)… »

On lit que « les chercheurs » (sic) excluent la possibilité « que des esprits traversent l’espace et le temps pour s’inviter dans le corps et les pensées de ‘possédés’ »… Même si la formulation n’est pas très adaptée au processus de communication entre un médium et une entité désincarnée (qui ne « possède » pas nécessairement le sujet), on voit, avec cette affirmation, les a-priori doctrinaux des individus concernés. On évoque cependant un « état mental hors du commun », la « découverte clé » étant identifiée à la mise en évidence, dans le cerveau des médiums, d’un EEG qui révèle des ondes gamma inhabituelles. Et de citer les études suivantes :

– En 1990, l’EEG (électroencéphalographe) a montré, lors d’une séance de channeling (où le médium sert de « relais » entre son client et une entité), une hausse de l’intensité des fréquences alpha, bêta (présentes en général en cas d’activité intense, de concentration) et thêta.

– En 2002, une étude EEG menée lors d’un rituel de possession balinais a montré que les personnes en transe présentaient « une hausse inédite » de l’intensité des ondes cérébrales alpha et thêta, les premières étant ordinairement associées à un état de conscience apaisé, les secondes à la somnolence ou à l’hypnose.

– En 2012, des analyses par tomographie, menées lors de séances d’écriture automatique, ont détecté une activité particulièrement faible dans l’hippocampe gauche et certaines parties du lobe frontal, des régions normalement activées par l’écriture ordinaire.

– En 2013, des ondes gamma intenses et une activité élevée des régions frontales, rappelant certains états méditatifs, ont été mises en évidence chez des médiums.

Commentaire d’Emilie Rauscher :

« Pour les spécialistes, le cerveau des ‘possédés’ est donc bien le siège d’activités inhabituelles, du type de celles qui sous-tendent les états de méditation ou d’hypnose. Voilà qui pourrait expliquer leurs sensations… à défaut d’être la trace de l’esprit d’un défunt ! »

Ce que n’a pas compris cette journaliste de « Science et Vie » (et probablement certains des chercheurs impliqués), c’est que les modifications constatées de l’activité cérébrale ne s’opposent aucunement à une réelle communication télépathique (et pas nécessairement une « possession ») avec une entité extérieure au médium. Une communication mentale avec une entité extérieure provoque un état modifié de conscience chez le médium (via une action sur le système énergétique et les chakras du « canal »), état qui se caractérise, au niveau cérébral et donc au niveau de l’EEG, par une activité cérébrale distincte. Cela n’est pas difficile à comprendre, mais ce simple raisonnement échappe manifestement à ceux qui végètent dans le dogme matérialiste athée. Les modifications cérébrales constatées, si elles traduisent ce qui se passe au niveau du cerveau des médiums, n’excluent pas pour autant qu’il ne s’agit là que d’un effet secondaire inévitable du processus de communication entamé avec une conscience extérieure au sujet. La réalité, c’est que si on ne peut pas mettre en évidence, via un simple EEG, l’existence d’une conscience extérieure au médium, on ne peut pas davantage mettre en évidence, par ce procédé, la non-existence d’une telle entité.

Je développe le sujet de la communication médiumnique dans mon premier livre : « Communications interdimensionnelles » (JMG éditions, 2007), le dernier chapitre étant notamment consacré au processus de ces communications.

Notons la référence, dans une étude citée ci-dessus, à des ondes gamma intenses. Il est intéressant de noter, à ce sujet – en plus des ondes gamma décelées chez des rats pendant 30 secondes après leur mort : voir plus haut à propos des NDE -, la présence d’ondes gamma sur l’EEG de Guy Bavli lors d’une expérience de télékinésie faite avec ce sujet PK en présence d’un chercheur en biofeedback. 12373390_1105798742810306_6743664135721083512_nOn trouve la séquence correspondante sur YouTube (Guy Bavli l’a mise en lien dans un post de sa page Facebook daté de fin décembre 2015), cette vidéo étant extraite de l’une des émissions de la série documentaire de Stan Lee : « Super humains », qui a été diffusée en France sur RMC Découverte.

Des chercheurs de l’Université Thomas Jefferson et de l’Université de Sao Paulo au Brésil ont fait des recherches sur les flux sanguins dans le cerveau de médiums.

« Ils ont injecté à une dizaine de médiums – cinq expérimentés et cinq novices – un traceur radioactif afin de caractériser leur activité cérébrale durant le processus normal d’écriture puis durant la psychographie – une écriture automatique par laquelle ils sont censés, en état de transe, recevoir des messages d’esprits de défunts. Chez les médiums expérimentés, un fonctionnement cérébral particulier a été détecté lors de la psychographie, avec une activité moindre dans la partie gauche de l’hippocampe, le gyrus supérieur droit et les lobes frontaux. Chez les moins expérimentés, au contraire, l’activité a augmenté dans les aires frontales, associées au raisonnement, au langage, à la résolution de problèmes, à la planification. Le résultat le plus intéressant est venu de l’analyse des échantillons d’écriture : ils étaient plus complexes lorsqu’ils avaient été obtenus avec la psychographie qu’en écrivant à l’état normal. Les médiums les plus expérimentés ont produit les textes les plus complexes, tout en ayant une baisse de l’activité dans les lobes frontaux et temporaux. Normalement, cette activité basse aurait dû avoir pour corollaire des textes confus et brouillons. Le directeur de l’étude, Andrew Newberg, a estimé que les résultats de cette toute première recherche en neurosciences sur les capacités médiumniques étaient excitants. » (9)

 

6. Être enlevé par des extraterrestres :

Voilà un sujet qui n’a, à vrai dire, rien à voir avec le paranormal, mais avec l’ufologie. Il existe en effet une fâcheuse tendance, chez les incompétents (dans les grands médias), mais aussi chez les spéculateurs à la recherche effrénée d’une théorie expliquant toutes les « anomalies », à mettre sous la même étiquette « paranormal » toutes les manifestations relevant de l’extraordinaire ou de l’inexpliqué. N’en déplaisent à ceux qui prétendent le contraire, et notamment certains théoriciens (Jean Sider, etc.), les OVNIs, par exemple, ne font pas partie du paranormal, ce qualificatif devant être réservé à l’étude des phénomènes ressortissant du domaine de la parapsychologie. Non, le triangle des Bermudes (qui fait seulement partie des « énigmes ») , l’astrologie, voire les vampires et les loups-garous, etc., ne font pas partie du paranormal… Ce qualificatif n’est aucunement un fourre-tout de tout ce qui est plus ou moins « bizarre », contrairement à ce que laisse entendre une certaine presse ou une certaine télévision peu regardantes au niveau de la rigueur terminologique lorsqu’il s’agit de traiter des sujets se situant en dehors de notre petit référentiel quotidien et des domaines de la connaissance reconnus par l’establishment académique ou universitaire. Historiquement, le qualificatif « paranormal » est en effet associé aux phénomènes étudiés par la parapsychologie… Donc, pas d’OVNIs, pas d’astrologie, pas de New Age, pas d’ésotérisme, etc. (Contrairement à ce qu’on peut lire dans un livre écrit par… une universitaire !) Le paranormal (simplement synonyme d’« inhabituel » ou d’« extraordinaire » – étymologiquement : qui sort de l’ordinaire) inclut l’étude des diverses manifestations de la connaissance extrasensorielle et de la psychokinèse, ainsi que les phénomènes suggérant la survie de la conscience après la mort, sans oublier la phénoménologie ascétique et mystique… Mais il n’y a pas, sous cette étiquette, d’« enlèvements par des extraterrestres ». Cette mise au point faite, passons à la prose d’Emilie Rauscher. Comment cette dernière explique-t-elle (après d’autres) les « enlèvements par des extraterrestres » ? Réponse : par la paralysie du sommeil ! C’est la confusion, classique et volontaire chez les ratio-scientistes, entre deux phénomènes qui n’ont en réalité pas de rapport. Il est d’ailleurs curieux de voir le psychologue Richard McNally (Université de Harvard), qui défend cette thèse réductionniste, faire un descriptif des « abductions » qui comportent un élément de syndrome post-traumatique que l’on ne rencontre pourtant pas chez les « paralysés du sommeil » :

« Leurs réactions physiologiques – fréquence cardiaque, transpiration et tension musculaire – à l’évocation de leur expérience sont similaires à celles que l’on a en se remémorant un événement traumatisant réel. En intensité, elles se rapprochent de ce que connaissent des vétérans du Vietnam atteints de stress post-traumatique. Ce qui prouve la réalité et l’importance de cette expérience pour les abductés… mais pas nécessairement sa véracité. »

On aura noté la contradiction (qui, pour les tenants de l’interprétation psychologique, dont je ne fais pas partie, ne peut qu’être apparente) en fin de citation : réalité mais pas véracité ? Comme si un simple vécu psychologique, même perturbant sur le moment, pouvait produire un syndrome post traumatique… Emilie Rauscher, adepte maintenant bien connue des interprétations réductionnistes et des « raccourcis », fait ce commentaire :

« Alors d’où vient ce traumatisme s’il n’a pas pour origine un voyage en soucoupe volante ? Les psychologues pourraient bien avoir trouvé un coupable : la paralysie du sommeil. Laquelle s’accompagne d’un cortège de manifestations, certes tout à fait naturelles, mais assurément traumatisantes.

Ce trouble survient lors d’un bref réveil au cours du sommeil paradoxal, quand corps et cerveau sont désynchronisés. Le patient, incapable de bouger et sujet à des hallucinations, est complètement désorienté. Le cerveau se raccroche alors à ce qu’il peut, y compris aux plus étranges scénarios, pour organiser les perceptions anormales qui lui parviennent. »

Dans cette citation, la seule chose que j’aime (si l’on excepte le descriptif des paralysies du sommeil, qui existent bien sûr mais qui n’ont rien à voir avec les réelles « abductions »), c’est la formulation : « pourraient bien avoir trouvé un coupable ». Le conditionnel s’impose d’autant plus que l’explication donnée est ridicule lorsqu’on connaît en profondeur le dossier des « abductions », celles-ci étant loin de se produire seulement dans un lit….

L’auteure du texte cite Richard McNally qui a fait un rapport de recherche sur dix « enlevés » et qui déclare que l’apparence des extraterrestres peut varier, qu’elle est parfois « claire, précise », alors que dans d’autres cas les êtres sont à peine discernables dans la pénombre de la chambre. Il ferait mieux de se demander pourquoi ces prétendues victimes de « paralysie du sommeil » se mettent à voir des extraterrestres plutôt que des loups-garous ou des vampires… C’est alors qu’Emilie Rauscher fait ce commentaire :

« Les extraterrestres sont les derniers kidnappeurs en date d’une longue série d’entités qui, comme les incubes et succubes importunant les dormeurs du Moyen Age, peuplent les mythes de la planète. Ils ont pris l’ascendant sur leurs prédécesseurs dans les années 1960, parallèlement au développement des croyances en l’existence des ovnis et de ces êtres venus d’ailleurs.

Que ce soit par une divinité ou un E.T. malfaisant, dès lors que l’immobilité forcée et la confusion mentale se lient – et d’autant plus si nous sommes enclins à enregistrer de faux souvenirs -, l’impression d’un enlèvement peut paraître ‘étonnament’ réaliste.

Un scénario qui pourrait aussi être la suite tardive d’une situation inhabituelle : un réveil soudain, en pleine opération chirurgicale, sous anesthésie générale. C’est l’hypothèse défendue en 2008 par le psychiatre David Forrest (Columbia). Cerveau désorienté, corps immobilisé, environnement high-tech, lumière éblouissante, individus masqués… Les conditions sont réunies pour transformer, en rêve, le bloc opératoire en vaisseau spatial. »

On trouve mentionnée cette curieuse thèse de David Forrest dans « Courrier international » daté du 13 novembre 2014, où l’on cite la psychiatre (au New York Presbyterian Hospital) Anne Skomorowsky, une collaboratrice du « Scientific American ». Pour celle-ci, Barney Hill (voir plus loin) n’a sans doute jamais rencontré un OVNI, mais il s’est très probablement réveillé accidentellement lors d’une opération d’ablation des amygdales sous anesthésie générale !! Elle en veut « pour preuve » (sic) le rapport publié en septembre 2014 par le Royal College of Anaesthetists sur les réveils au cours d’une intervention, ce qui vient étayer, selon elle, la thèse de David Forrest. Dans son rapport (2008) : « Alien Abduction : A Medical Hypothesis », ce dernier a postulé qu’une « conscience accidentelle » durant une anesthésie générale se trouvait probablement derrière les histoires d’enlèvements par des extraterrestres.

« Le psychanalyste avait notamment relevé certains éléments du scénario classique de l’enlèvement : des humanoïdes verts avec d’énormes yeux se tiennent autour du sujet allongé sur une table froide, sous une lumière très vive. Une situation identique à celle vécue par le patient dans un bloc opératoire, où son corps est exposé à un chirurgien et à ses assistants, tous porteurs de masques et de blouses vertes.

Le rapport du Royal College of Anaesthetists souligne pour sa part les troubles psychologiques importants, parfois permanents, qu’entraînent les accidents d’anesthésie. Les deux tiers des personnes interrogées pour l’étude témoignent d’un sentiment d’impuissance et de peur panique au moment de leur réveil en pleine opération. Plus de 40% d’entre elles ont souffert de troubles modérés à sévères et certaines ont été déclarées invalides en raison de troubles de stress post-traumatique importants.

Pour Anne Skomorowsky, l’enlèvement par des extraterrestres pourrait donc bien être l’une des pires séquelles du réveil peropératoire. Mais sûrement pas la seule, indique la psychiatre. Par exemple, ‘si vous détestez le jazz et si vous avez déjà subi une opération chirurgicale, cela s’explique peut-être par un souvenir. Comme ce fut le cas de l’une des personnes interrogées dans l’étude du Royal College of Anaesthetists. Autrefois amatrice de jazz, elle a développé une aversion étrange à l’égard de cette musique après son opération. Des années plus tard, elle s’est souvenue avoir entendu, en pleine opération, l’un de ses morceaux de jazz préférés dans le bloc opératoire.’ » (10)

Personnellement, je ne connais pas beaucoup d’« humanoïdes verts » dans les récits d’« abduction », mais tout cela montre en tout cas à quelles explications fantaisistes peuvent se livrer des individus réfractaires à une ingérence extraterrestre dans notre environnement, préférant expliquer tout cela par des thèses farfelues réductionnistes. On n’imagine d’ailleurs pas sérieusement que les milliers d’« abductés » recensés ont tous été opérés auparavant.

Restent les divers types d’entités (comme les incubes et succubes) perçues, au fil du temps, par les prétendus « paralysés du sommeil ». Je renvoie à ce propos à mes deux textes (rubrique « Présence extraterrestre ») : « Critique de la théorie de Jean Sider » et « OVNIs et paranormal ». Il n’y a pas qu’une seule explication à ces multiples cas répertoriés à diverses époques. Certains anciens cas d’ « abduction » (par des « fées », etc.) peuvent n’avoir été que des enlèvements extraterrestres interprétés à travers le filtre culturel de l’époque, notre époque étant davantage propice – avec l’ouverture à la notion de pluralité des mondes habités – à l’identification des entités réelles associées à ce genre de manifestations.

hillOn trouve, en encadré, la mention du célèbre cas de Betty et Barney Hill, ceux-ci étant présentés comme les « premiers abductés ». (En fait, il y eut, avant, le cas du Brésilien Antonio Villas Boas, en 1957.) Dans la nuit du 19 au 20 septembre 1961, tous deux rentraient en voiture à Portsmouth. Ils virent alors dans le ciel un objet lumineux oblong. Ils ne reprirent conscience, dans leur voiture, que deux heures plus tard, à 55 kilomètres de là. Peu après, Betty fut victime de cauchemars dans lesquels apparaissaient les visages déformés des kidnappeurs. En 1963, le couple fut examiné par le psychiatre Benjamin Simon, celui-ci étant alors connu pour son travail sur les vétérans traumatisés de la Seconde Guerre mondiale. Il a conclu à la réalité de l’expérience et « à son origine purement psychologique » (sic). Notons que ce cas ne peut évidemment pas être expliqué par la « paralysie du sommeil » puisque les « abductés » étaient en état de veille lorsque l’événement initial (l’observation de l’OVNI) s’est produit. Et il existe de nombreux cas de ce type qui ont été répertoriés, ce qui rend d’autant plus absurde la prétention de rendre compte de l’ensemble des « abductions » par la paralysie du sommeil. Mais Emilie Rauscher s’en tire en faisant évidemment sienne l’interprétation réductionniste – une autre interprétation réductionniste doit être trouvée quand celle qu’on revendique ne peut pas « fonctionner » – du docteur Benjamin Simon, à savoir l’« origine purement psychologique », une pseudo explication qui ne cadre pas du tout avec le syndrome post traumatique constaté, sans oublier le « missing time » (temps manquant) des « abductés »

J’ajoute ci-après la partie de mon texte : « Abductions. Les hypothèses », consacrée à la critique de la thèse de la « paralysie du sommeil » appliquée au phénomène des « abductions » :

 

– La paralysie du sommeil :

« La paralysie du sommeil est un état dans lequel une personne, la plupart du temps couchée, peu avant de s’endormir ou de se réveiller, réalise qu’elle est incapable de se mouvoir, de parler ou de crier. Les victimes tentent souvent de hurler, sans succès. Le phénomène dure de quelques secondes à quelques minutes. La plupart des gens rapportent une ‘présence’ souvent décrite comme maléfique, menaçante, voire carrément terrifiante. Si cette présence n’est pas observée, elle est littéralement ressentie. Dans certains cas, elle peut donner l’impression d’attaquer, de tenter d’étrangler ou d’exercer une pression sur sa victime. La plupart des expériences associées à la paralysie du sommeil semblent être des hallucinations ou des quasi-hallucinations visuelles, auditives ou proprioceptives. Bien souvent, les victimes sont convaincues de la réalité de leurs expériences.

Ces expériences sensorielles ont été regroupées sous le nom d’expériences hypnagogiques et hypnopompiques. A noter que la paralysie du sommeil, mis à part la terreur qu’elle induit, est un phénomène inoffensif. » (F. Bonvin)

Des études ont montré qu’au moins 40 ou 50% des gens sont sujets à la paralysie du sommeil. Le sujet paralysé se sent complètement éveillé et « voit » sa chambre. Or, les études en laboratoire menées au Japon montrent que, dans certains cas, les sujets n’ouvrent même pas les yeux pendant la paralysie du sommeil.
David Hufford, professeur en sciences humaines à la Faculté de médecine de l’Université de Pennsylvanie, note qu’il s’agit d’un phénomène « complexe et étrange, extrêmement réel pour ceux qui en sont les victimes ». Dans les trois quarts des cas, les gens entendent et voient apparaître quelque chose, et, à l’origine de cela, il y a sûrement, ajoute David Hufford, « un stimulus réel indépendant de l’imagination ». Il est incapable de dire d’où viennent ces rêves.

Le psychologue Kazuhiko Fukuda, de l’Université de Fukushima (Japon), pense que la paralysie du sommeil peut expliquer les enlèvements par des extraterrestres. De même, Al Cheyne, professeur de psychologie à l’Université de Waterloo (Canada), a écrit que les trolls ou les sorcières ne constituant plus des interprétations valides des hallucinations (sic) des « abductees », l’explication en termes d’extraterrestres est plus acceptable de nos jours. Selon Al Cheyne, sur 2000 personnes ayant connu une paralysie du sommeil, plusieurs centaines ont décrit leurs expériences au moyen d’un récit d’enlèvement.

« La sensation d’une présence, la vision d’ombres se mouvant dans la pièce et l’immobilité, les pressions sur certaines parties du corps ressenties par le sujet, ne correspondent plus à l’attaque d’un démon, mais plutôt à celle de créatures extraterrestres. Et les sensations de flottement rendent comptent des récits de lévitation jusqu’au vaisseau extraterrestre. » (Al Cheyne)

Robert Baker, professeur de psychologie à l’Université du Kentucky, a écrit que « les gens se réveillent en pleine nuit avec l’impression de ne plus pouvoir bouger, en proie à de violentes hallucinations peuplées de diables et de diablotins », ces crises ayant été attribuées, au Moyen Âge, aux démons, alors que leurs équivalents modernes se nomment extraterrestres. C’est ce que l’on appelle « les rêves éveillés ».

Fabrice Bonvin note que cette explication par la paralysie du sommeil peut être envisagée… « à condition d’éliminer la moitié des éléments qui constituent le dossier des enlèvements » :

D’abord, une partie des enlèvements se déroule durant la journée, quand le sujet est éveillé. John Mack a ainsi relevé que ces expériences surviennent très souvent « à un moment de parfaite conscience, nullement dans un état hypnagogique (état qui précède immédiatement le sommeil) ou de rêve ».

Deuxièmement, les « abductees » rapportent des détails et des séquences d’événements similaires, quels que soient leur culture ou leur vécu. Le phénomène de paralysie du sommeil ne peut rendre compte d’une telle similarité.

Troisièmement, les « ravis » montrent des réactions phobiques à des événements ou des objets qui rappellent l’événement, ce que la paralysie du sommeil ne peut expliquer.

« De plus, la paralysie du sommeil tend à produire des symptômes de narcolepsie – un dysfonctionnement neurologique caractérisé par un désir de sommeil disproportionné. Les individus souffrant de narcolepsie sont également sujets à la cataplexie – une perte soudaine du contrôle du tonus musculaire. Mais si tous les sujets souffrant de paralysie du sommeil ne sont pas systématiquement atteints de narcolepsie ou de cataplexie, les ‘abductees’ interrogés ne souffrent ni de narcolepsie, ni de cataplexie. Des électroencéphalogrammes appliqués aux ‘abductees’ n’ont pas révélé de causes neurologiques pouvant expliquer les enlèvements. » (F. Bonvin)

Fabrice Bonvin conclut que l’hypothèse de la paralysie du sommeil « revient à substituer un mystère par un autre » et omet de rendre compte de nombreux aspects de l’énigme des enlèvements. (11)

– Que penser de la paralysie du sommeil ?

Voici un texte sur la paralysie du sommeil, extrait du site www.inrees.com :

« Imaginez que vous vous réveilliez, le corps bloqué, le souffle oppressé, la conscience inondée de perceptions étranges – dont celle d’une présence immatérielle à vos côtés. Plus courante qu’il n’y paraît, l’expérience a un nom : paralysie du sommeil. A quoi tient-elle ? Que faut-il en penser ? Que faire pour la dompter ?

‘J’étais étudiant’, raconte David Hufford, professeur au Penn State College of Medecine (USA).

‘Epuisé par un bachotage intense, je m’étais couché tôt. Une heure plus tard, je me réveille ; j’entends un bruit de porte et des pas étouffés. Bizarre : j’avais fermé à clé. J’essaye de bouger, de crier. Impossible. Je commence à paniquer. Soudain, je sens une forte pression sur ma poitrine, quelque chose enserrer mon cou. Je n’arrive plus à respirer, je me dis que je vais y passer ! Puis mes muscles finissent par réagir, je saute du lit et m’enfuis.’

L’histoire paraît abracadabrante. Elle concerne pourtant, au moins une fois dans leur vie, 30 à 40% des gens. ‘Rien ne me préparait à ce type d’expérience’, commente David Hufford.

‘J’étais jeune, en bonne santé, ne consommais aucune substance. Je n’étais pas non plus particulièrement croyant, m’apprêtant plutôt à devenir un bon matérialiste.’

– Entre rêve et réalité :

Déstabilisants, parfois source d’angoisse, ces épisodes, isolés ou récurrents, sont connus de la science sous le terme de ‘paralysies du sommeil’. Premier point important, le blocage de l’activité musculaire est parfaitement normal pendant le sommeil : il évite qu’on vive physiquement ses rêves.

Le trouble survient quand, par une sorte de mauvais timing, cette inhibition s’invite à un moment où la conscience n’est pas totalement endormie. Piégé entre sommeil et éveil, le cerveau perçoit un état qu’il n’est pas censé distinguer. ‘Ce processus biochimique est parfaitement compris’, confirme David Hufford. ‘Il explique l’impossibilité de bouger le corps, ainsi que la sensation de pression sur la poitrine et de manque d’oxygénation, liée au blocage involontaire des muscles respiratoires’, sous l’effet de la panique.

Permet-il aussi d’expliquer les autres sensations ? Là-dessus, les scientifiques sont plus circonspects. ‘80% des personnes ayant vécu une paralysie du sommeil témoignent de perceptions extraordinaires’, rappelle David Hufford. Auditives, comme ‘des souffles, des voix, de la musique, des grincements’. Visuelles, via souvent la distinction d’une présence, sous la forme d’une ombre, d’un halo ou d’une masse sombre. ‘Certains disent la voir nettement, d’autres plutôt percevoir où elle est, où elle va, quelles sont ses intentions’, précise David Hufford. D’autres impressions, encore, peuvent être évoquées : ‘J’ai vécu une dizaine de paralysies du sommeil lorsque j’étais étudiante’, témoigne Patricia Serin, psychologue clinicienne. ‘J’avais l’impression qu’une ombre s’approchait de moi jusqu’à me fixer puis m’attaquer. Parfois, en pleine agression, un bourdonnement m’enveloppait, je me sentais sortir de mon corps pour m’éloigner de cette violente intrusion. J’atterrissais une fois l’entité partie, avant de plonger d’épuisement dans un sommeil profond.’

Pour Allan Cheyne, professeur de psychologie à l’Université de Waterloo (Canada), qui a étudié plus de neuf mille cas, ces perceptions s’apparentent biologiquement aux rêves. ‘Cheyne explique que deux mécanismes cérébraux interdépendants gèrent notre sommeil’, décrypte Patricia Serin.

‘L’un nous permet de nous réveiller, l’autre de nous maintenir en état de rêve. Lorsqu’ils ne fonctionnent pas correctement, le premier n’inhibe plus le second, et l’on se réveille sans cesser de rêver.’

Mis en alerte brusquement, inquiet de sentir le corps paralysé et la respiration oppressée, le cerveau nourrirait l’activité onirique d’images internes, représentatives de nos peurs.

Mais alors, comment se fait-il que les visions induites par les paralysies du sommeil convergent tellement ? Les rêves, eux, varient énormément d’un individu à l’autre !

Selon David Hufford, qui a étudié le sujet pendant trente ans, dans plus de douze pays, ces similitudes ne peuvent être le fruit d’une influence culturelle. ‘Les témoignages concordent partout dans le monde, à toutes les époques’, rappelle-t-il. Au point que la paralysie du sommeil se retrouve dans les folklores d’Orient et d’Occident, sous forme d’une vieille sorcière en Amérique du Nord, d’un démon mâle ou femelle en Europe du Sud, d’une kanashibari au Japon, d’un djinn au Maroc, d’un elfe en Europe du Nord… ‘Aujourd’hui, ces légendes sont aux oubliettes, mais des gens continuent de vivre ce type d’expérience. Elles ne sont donc pas le fruit de croyances.’

Ni de troubles neurologiques. Car si certaines prédispositions favoriseraient le déclenchement de la paralysie du sommeil, ‘aucun processus physiologique connu n’est capable de produire des contenus hallucinatoires aussi complexes’.

Autre hic : l’expérience est bien réelle. Tous ceux qui la vivent disent s’être sentis aussi lucides qu’en état de veille. Et tous s’en souviennent parfaitement le lendemain – ce qui n’est pas le cas des rêves.

‘Les travaux de l’anthropologue Michael Winkelman suggèrent que les humains sont câblés pour voir des esprits’, indique Ryan Hurd, auteur d’un guide sur la paralysie du sommeil.

‘Nul ne sait s’ils sont des représentations mentales, symboliques, fomentées par notre inconscient pour nous passer un message, ou s’ils ont une existence propre, extérieure à nous. Mais le vécu, lui, est authentique.’

‘On ne dispose pas d’une cartographie précise de ces états, mais on sait qu’ils existent.’

Dans ces moments, le cerveau serait capable de capter d‘autres champs vibratoires et de percevoir d’autres dimensions du monde, différentes à la fois de l’univers du rêve et de la réalité matérielle ordinaire.

Moteur de ce processus : une certaine sensibilité. Innée chez certains, elle peut émerger chez d’autres dans ces moments où la vie nous submerge, où une brèche se crée dans nos systèmes de défense habituels : suractivité physique ou intellectuelle, horaires chaotiques, retard de sommeil, anxiété, mort d’un proche, naissance d’un enfant, passage à l’âge adulte, crise de la cinquantaine, problème professionnel, difficultés socio-économiques, changement d’environnement… ‘J’ai remarqué que ça m’arrivait surtout lorsque j’étais stressée ou fatiguée’, note ainsi Leila, victime de paralysies de sommeil depuis trois ans.

Jusqu’à révéler, parfois, des malaises plus profonds. ‘Les troubles post-traumatiques peuvent promouvoir la paralysie du sommeil’, indique le psychiatre Devon Hinton dans un article de ‘Sciences News’ – par exemple chez les victimes d’abus sexuels ou les rescapés d’actes violents. ‘En plongeant dans l’inconscient, la psychanalyse peut proposer des explications à des paralysies du sommeil régulières, telles qu’un refoulement, un déni, une phobie, une tendance à l’hystérie, la paranoïa ou la dépression’, ajoute Patricia Serin.

– Voie de transformation :

Si ça vous arrive, pas de panique. ‘Vous n’êtes ni fous, ni maudits !’, rassure Hufford.

‘Par méconnaissance, beaucoup de psychiatres, devant de tels symptômes, concluent à un épisode psychotique. Savoir que la paralysie du sommeil est courante, qu’elle peut arriver à n’importe qui, l’inscrit dans une normalité.’

Qu’on soit convaincu d’être harcelé par des esprits ou qu’on jette sur l’expérience un regard très rationnel, l’important est d’abord de retrouver confiance dans sa capacité à surmonter le trouble. Puis d’envisager la paralysie du sommeil comme la manifestation d’un déséquilibre, une invitation (certes musclée) à l’identifier et tenter de le résoudre. ‘Le poète Robert Bly décrit ces ombres comme tout ce qu’on évite de regarder en face, tels un trait de caractère, une histoire personnelle ou collective, une situation difficile’, commente Ryan Hurd.

‘Ces visions ne s’invitent pas dans nos nuits pour nous faire peur, mais pour être entendues.’

Jusqu’à en faire, pourquoi pas, une opportunité de transformation personnelle. ‘Les paralysies du sommeil sont perturbantes mais pas dangereuses’, témoigne Jean-Christophe Terrillon, professeur au Japan Advanced Institute of Science and Technology.

‘A moins d’être cardiaque au point de succomber à la panique, elles sont sans conséquence physiologique. Explorer la peur qu’elles suscitent conduit à un changement psychologique radical, d’un état défensif à une attitude courageuse d’observation et d’apprentissage.’

Ce que Patricia Serin appelle ‘une voie d’accomplissement de soi’, dont il faut ‘apprendre à utiliser les ressources pour se transcender’.

OK, mais comment ? ‘Sur le moment, le premier réflexe, qu’on soit religieux ou non, est souvent de prier’, observe David Hufford. Sous une forme ou une autre, concentrer son esprit sur des choses positives et rassurantes semble assurément une première clé. Dieu, le Dalaï Lama, votre mère, votre copain, peu importe ! ‘Vous pouvez aussi imaginer un cercle d’amour tout autour de vous’, propose Ryan Hurd.

‘Ça semble ridicule, mais ça marche.’

Le plus important : se calmer. ‘Qu’on pense rêver ou être éveillé, il s’agit d’admettre qu’on vit une paralysie du sommeil, qu’on va s’en sortir’, recommande Patricia Serin.

‘La peur active dans notre cerveau deux types de réaction : se battre ou fuir. Impossible dans une paralysie du sommeil, puisque le corps est bloqué ! On passe alors en mode terreur.’

Pour l’évacuer, il faut ‘reprendre aussi tranquillement que possible la maîtrise de sa respiration, en l’amplifiant et en la ralentissant’, visualiser une partie précise de son corps – comme le bout de ses doigts ou de ses orteils -, puis essayer de la faire bouger.

Et, si l’on estime être attaqué par une entité, ‘s’affirmer face à l’intrus, en exigeant qu’il parte et ne nous dérange plus’, préconise Patricia Serin. ‘Dans cette expérience, nous ne sommes pas des victimes passives’, estime aussi Ryan Hurd.

‘Le corps est bloqué, mais le reste est modelé par nos peurs et nos pensées. Si le visiteur se fait insistant, demandez-lui ce qu’il veut, comment vous pouvez l’aider. Face à cette présence, soyez curieux, ouvert mais ferme. Si vous êtes dans l’acceptation et la confiance, l’expérience se métamorphosera. La nature reflète le visage que l’on tourne vers elle.’

Une fois la crise passée, pour éviter qu’elle recommence dans la foulée, David Hufford conseille d’allumer la lumière, ‘se lever, boire un verre d’eau’, voire faire quelques exercices avant d’aller se recoucher, ‘mais pas sur le dos ! Les trois-quarts des paralysies du sommeil surviennent quand on dort dans cette position’.
Patricia Serin, elle, recommande de noter sur un carnet les détails de l’expérience, les émotions ressenties, le contenu de la journée précédente, afin de mieux l’apprivoiser.

‘Seul ou avec un psy, on peut ensuite associer avec d’autres vécus, des souvenirs, des traumatismes. Le fait de pouvoir en parler représente déjà un grand soutien.’

Au-delà, pour tous les spécialistes, les paralysies du sommeil régulières doivent inviter à repenser son mode de vie. Exit les drogues, l’alcool et les excitants. Exit les pics de stress, les nuits trop courtes, les retards de sommeil accumulés. Exit les activités stimulantes avant d’aller se coucher. Au programme : régime alimentaire équilibré, chambre paisible et fraîche, volets fermés (la lumière favorise le phénomène), soirées calmes, activités permettant de se poser, de se reconnecter à son intériorité, d’exprimer sa créativité…

Certains affirment même devenir suffisamment sereins et ancrés face à l’expérience pour en faire un tremplin vers d’autres dimensions. ‘Leur terreur initiale se transforme progressivement en excitation ou en ravissement’, confirme Allan Cheyne, notamment lorsque la paralysie du sommeil ouvre vers un rêve lucide ou une sortie hors du corps (maîtrisée)…

Autant d’états modifiés de conscience qui ‘questionnent deux siècles de postulats sur la nature non-empirique et non-rationnelle de la spiritualité’, conclut David Hufford. » (www.inrees.com)

Voici ce que dit Philippe Gacon (dans le numéro 14 de « Science et Inexpliqué ») à propos de la paralysie du sommeil et des « abductions » :

« Quant au phénomène de la paralysie du sommeil, ses effets ne coïncident que très partiellement avec les véritables ‘enlèvements’. Des témoins qui ont connu les deux types d’expérience – ‘enlèvement’ et paralysie du sommeil – insistent sur leur dissemblance. Les hallucinations, bien qu’extrêmement variées, restent ce qu’elles sont : des hallucinations qui s’arrêtent au réveil. Il serait honnête de se demander si les états hypnagogiques et hypnopompiques – liés précisément à la paralysie du sommeil – ne pourraient pas faire le lit d’expériences paranormales… Plusieurs expériences menées sur des victimes de terreurs nocturnes dont le cerveau a été placé sous surveillance (électrodes) ont montré que ces personnes étaient réveillées quand survenaient ces terreurs ! Ce qui ajoute à l’énigme… »

J’ajoute aussi ici la fin de mon texte : « Abductions. L’enquête de Stéphane Allix » (rubrique « Présence extraterrestre ») :

Stéphane Allix (…) a assisté, au Boylston Hall, un bâtiment situé au sud du campus de l’Université de Harvard, à un symposium intitulé « Esprit, Cerveau et Comportement ». Le sujet de l’après-midi était les « rencontres extraterrestres ». Le sujet est présenté dans le programme comme un état altéré de perception. Le rédacteur évoque « quelque chose de pas très bien défini ». A la demande de John Mack, et à titre exceptionnel, Stéphane Allix a été autorisé à assister à cette séance de travail. Il était accompagné de l’experiencer Karin.

Il y avait deux intervenants : le professeur de psychologie Richard McNally et John Mack. Richard McNally a utilisé quelques experiencers pour ses recherches sur la mémoire. C’est lui qui s’est exprimé le premier. Il a présenté son explication du phénomène.

Certains psychologues du comportement, dont il fait partie, ont développé l’hypothèse que les traumatismes seraient presque toujours accessibles consciemment. Quelques détails peuvent disparaître, mais pas le souvenir d’ensemble. Pour Richard McNally, l’émotion associée au « souvenir », pour sincère qu’elle puisse être, ne prouverait pas la véracité du souvenir. Richard McNally a cherché à prouver qu’une personne peut être affectée au niveau émotionnel par de faux souvenirs. Il fallut à Richard McNally trouver des sujets dont il serait certain que leurs souvenirs ne pouvaient pas être vrais. C’est là qu’il découvrit les experiencers. L’expérience impliquait que les sujets ne soient pas mis au courant de la finalité des tests. Les six femmes et les quatre hommes recrutés pensaient participer à un programme de recherche destiné à comprendre la nature de leurs expériences traumatiques, alors qu’ils allaient en fait servir de cobayes pour des travaux n’ayant pas de rapport direct avec leurs expériences.

L’étude de Richard McNally a consisté à établir avec cette dizaine d’experiencers le récit type d’un « enlèvement ». Mise par écrit, chaque expérience fut enregistrée sur bande, puis on fit écouter ces bandes aux experiencers en mesurant leurs réactions émotionnelles, la même procédure étant réalisée sur huit personnes qui présentaient des souvenirs traumatiques « normaux », sans aucun lien avec des « enlèvements extraterrestres ».

Les experiencers montrèrent une très forte réaction physiologique à l’écoute des récits de leur « rencontre extraterrestre ». Leurs réactions étaient aussi importantes, sinon plus fortes encore, que celle des individus traumatisés par des souvenirs de combats, d’abus sexuels ou d’autres épisodes violents.

Mais Richard McNally conclut que les récits des experiencers sont imaginaires. En fait, il n’a utilisé aucune méthode d’évaluation pour juger de la réalité du traumatisme généré par les expériences que traversent ces gens. Il est simplement parti de la conviction que ce que décrivent les experiencers n’est pas possible ! Or, sur les dix sujets étudiés, on a enregistré sur six d’entre eux des réactions physiologiques tellement élevées, comme les battements du cœur ou des tensions musculaires faciales, qu’ils présentaient tous les symptômes d’un syndrome de stress post-traumatique. Comment les experiencers pourraient-ils à ce point être traumatisés par des souvenirs imaginaires ? N’importe quel psychologue dirait que c’est impossible. Richard McNally est donc contraint d’échafauder une explication « rationnelle » au phénomène des « enlèvements extraterrestres », mais il le fait en ignorant toutes les caractéristiques du phénomène contredisant son hypothèse. Mais son « explication » a l’apparence de la rationalité. Encore, écrit Stéphane Allix, une surprenante conception de la science.

Selon Richard McNally, les sujets rêvent avec les yeux ouverts ! Il évoque la paralysie du sommeil, qui intervient lors des périodes REM du sommeil. C’est durant ces périodes (dites de sommeil paradoxal) que l’on effectue les rêves les plus riches, ceux dont on se souvient en général. Lors de ces phases de sommeil paradoxal, des mécanismes neurologiques bloquent les transmissions entre le cerveau et l’ensemble du corps, et on est littéralement paralysé. Cela évite notamment de reproduire physiquement les mouvements que l’on fait pendant les rêves, ce qui dans certains cas pourrait être dangereux. Mais lorsque deux cycles de sommeil se chevauchent, il arrive parfois que durant un bref instant le cerveau se réveille alors que le corps éprouve encore une paralysie totale. C’est un peu comme si, alors que l’esprit reprenait conscience, une partie de nous continuait à rêver, et ce, en ayant le corps paralysé. Cela peut donner lieu à des formes d’hallucinations assez angoissantes. Ces épisodes ne durent que quelques instants.

Richard McNally suggère que la paralysie du sommeil, associée à des hallucinations, est à l’origine de ce que vivent les experiencers. Selon cette hypothèse, un épisode de paralysie du sommeil provoque une hallucination terrifiante pour le sujet. Ensuite, l’experiencer qui serait, selon Richard McNally, une personne aisément influençable et versée dans la science-fiction ou l’ésotérisme, s’inventerait de manière inconsciente de faux souvenirs de « rencontre extraterrestre » par une sorte d’autosuggestion, et ce, lors de séances de régression hypnotique. Pour Richard McNally, tous les détails des procédures d’« enlèvement extraterrestre » viendraient des croyances populaires, de la télé, des lectures, en somme de la culture américaine sur le sujet.

Or, le phénomène a commencé avant que l’on en parle dans les séries télé, et ces expériences sont rapportées à travers le monde entier, dans des pays aux cultures très éloignées de celle des Etats-Unis.

Selon la thèse de Richard McNally, reprise par la psychologue Susan Clancy, on aurait donc affaire à de banales mais terrifiantes et réelles hallucinations qui se produiraient dans des phases particulières de sommeil et auxquelles les experiencers, des personnes fragiles, voudraient ensuite donner un sens en imaginant autour tout un contexte irréel.

On notera que Karin a fait partie des six femmes du groupe d’étude. Elle précisa à Stéphane Allix qu’aucun de ses souvenirs ne lui est revenu au cours d’une régression hypnotique. Elle sait pertinemment qu’elle ne rêvait pas.

945900_1643217142596775_8712605340985898856_nCe fut au tour de John Mack de s’exprimer. Il a observé que la plupart des hypothèses proposées à propos de ce que vivent les experiencers font systématiquement abstraction d’un nombre significatif de caractéristiques propres au phénomène. Il précisa que la théorie de Richard McNally, celle d’un mélange de paralysie du sommeil et d’influence de films de science-fiction, lui paraissait très incomplète et qu’il ne la trouvait pas satisfaisante. Il s’est borné à souligner qu’un nombre important de ces expériences se produit à travers le monde entier, en pleine journée, dans des circonstances où l’experiencer n’est manifestement pas dans une phase de sommeil, comme lorsqu’il est au volant de sa voiture par exemple. John Mack a dit qu’il est convaincu que la source de ces expériences ne se trouve pas sur un plan neurophysiologique. Aucune pathologie n’a pu être identifiée. Il n’y a pas de lien avec un dérèglement cérébral… Rien ne permet d’établir que les experiencers sont mentalement dérangés. (12)

On notera que ce “mix” ou “kit” explicatif (pseudo-scientifique et pseudo-rationnel) des “abductions” : influence des médias, paralysie du sommeil et hallucinations, est celui qui a été mis en avant, dans une émission sur les OVNIs que j’ai vue sur la TNT en décembre 2014, par quelques individus, dont d’autoproclamés “enquêteurs du paranormal” qui s’avèrent n’être en fait, au vu de leur discours, que des zététiciens à l’américaine… Il existe en effet des individus qui se disent “enquêteurs du paranormal”, mais qui, en fait, sont des sceptiques résolus appartenant à la mouvance zététicienne sectaire dont les membres, convaincus de l’inexistence du paranormal et des OVNIs, donnent systématiquement, aux divers phénomènes visés et aux cas “étudiés”, une explication réductionniste pseudo-scientifique. Ce type d’explication parfaitement erronée, faisant intervenir la fameuse “paralysie du sommeil” dans le cas des “abductions”, avait aussi été avancé par le psychologue (et parapsychologue “à ses heures”) Renaud Evrard dans une émission de “Sud Radio”, ainsi que dans un numéro de “Science et Inexpliqué” (ce qui a donné lieu, dans un numéro suivant, à une bonne critique argumentée de la part d’un lecteur, à propos de cette thèse “psychologique” réductionniste). On se demande par exemple pourquoi les “paralysés du sommeil” se mettraient à “fantasmer” systématiquement des extraterrestres (et qui se ressemblent de surcroit, tant au niveau de leur apparence qu’au niveau de leurs “pratiques”), mais jamais, par exemple, des loups-garous ou des vampires… Et pour ceux qui s’imaginent “s’en sortir” en invoquant “l’air du temps” (ère technologique), cela n’explique pas non plus pourquoi des personnes parfaitement sensibilisées à ce thème ne se mettent pas non plus à “fantasmer” des extraterrestres “abducteurs”… Personnellement, par exemple, je devrais être un excellent sujet aux “abductions répétées”, ce qui n’est pas le cas, n’en ayant jamais vécu une.

 

7. Prédire l’avenir :

Téléphoner à un ami au moment même où il allait appeler, se réveiller avec la désagréable impression qu’un proche ne va pas bien et apprendre qu’il est malade… Ici, l’auteure du dossier de « Science et Vie » évoque des « capacités d’anticipation insoupçonnées du cerveau ».

On lit notamment que certaines actions motrices sont programmées plusieurs secondes avant qu’on en prenne conscience, comme l’a montré une expérience d’imagerie cérébrale menée en 2008 par l’équipe de John-Dylan Haynes, à l’Institut Max-Planck en Allemagne.

« Peut-être cette tendance du cerveau pourrait-elle aussi expliquer les étonnants résultats d’expériences menées depuis la fin des années 1970 dans une douzaine de laboratoires. Elles consistent à présenter des images violentes ou émotionnellement neutres à des volontaires et à mesurer plusieurs paramètres physiologiques (rythme cardiaque, transpiration, etc.) avant, pendant et après leur visionnage.

Surprise : parfois, les mesures montrent la réaction… quelques secondes avant que l’image soit présentée. Comme si les sujets avaient deviné ce qu’ils allaient voir. A partir d’indices trop subtils pour que les expérimentateurs songent à les supprimer ? Par exemple, les variations des bruits du disque dur, hébergeant les images neutres et violentes dans des répertoires différents, auraient pu laisser deviner leur nature aux volontaires. Cela supposerait un talent auditif insoupçonné, d’autant que ce paramètre est bien surveillé.

Le psychologue clinicien américain James Carpenter envisage, plus généralement, une forme de perception qu’il nomme ‘première vue’, qui permettrait de percevoir des indices sur ce qui va arriver… Une pure théorie dont il resterait à déterminer les mécanismes cognitifs. » (E. Rauscher)

L’auteure du dossier cite Thomas Rabeyron qui note que ces anomalies concernant la « perception » d’événements futurs doivent encore être liées à des activités spécifiques du cerveau. Elle cite aussi la psychologue Julia Mossbridge (Université Northwestern) qui, à la suite d’une vaste analyse statistique de 26 études, a noté en 2012 que ces dernières montraient « un effet clair, mais faible », tout en concluant que la cause de cette « activité anticipatrice » , « qui est sans aucun doute à chercher du côté de processus physiques naturels, reste à déterminer ».

Emilie Rauscher mentionne, dans un encadré, le psychologue – le terme parapsychologue est soigneusement évité – américain Joseph Rhine (université Duke) qui, dans les années 1930, a utilisé un jeu de 25 cartes (il s’agit des célèbres cartes de Zener), chacune marquée d’un symbole, l’expérience ayant consisté à demander à des volontaires de deviner les symboles des cartes (retournées) tirées au hasard. Commentaire d’Emilie Rauscher :

« C’est le premier protocole d’étude scientifique – quoique statistiquement peu rigoureux – de la précognition. »

La mention « statistiquement peu rigoureux » est tout à fait inexacte. L’auteure ne fait que reprendre ici une accusation classique véhiculée par des personnes hostiles à l’existence du psi. Divers auteurs ont pourtant rectifié cette assertion en précisant que l’Institut des Mathématiques Américain avait, à l’époque, déclaré que l’outil statistique utilisé était valable et que, si on devait remettre en cause ces résultats, ce n’est pas en se basant sur un plan mathématique…

Pour ma part, et sans entrer ici dans les détails, je me contente de donner ces quelques éléments d’information extraits du livre de Dean Radin évoqué plus haut (à propos de la télépathie et du Ganzfeld), le chapitre 9 du livre étant consacré à la précognition :

Entre 1935 et 1987, 309 expérimentations de précognition à choix forcé ont été conduites par 62 chercheurs et publiées dans 113 articles parus dans des reveus professionnelles à comité de lecture. Plus de 50 000 personnes ont pris part, au cours de ces études, à près de 2 000 000 d’essais individuels, avec un intervalle de temps entre le choix des participants et la génération des cibles futures allant de quelques millisecondes à un an. Une méta-analyse a été réalisée par les psychologues Charles Honorton et Diane Ferrari. « Avec les 309 expérimentations à choix forcé, le résultat combiné fut un effet de petite taille, mais tellement récurrent que sa probabilité d’existence atteint une cote » de 10 puissance 25 contre un, soit dix millions de milliards de milliards de chances contre une. Dans le cas de cette méta-analyse, il a été estimé que 46 études non-publiées étaient nécessaires pour chaque étude connue afin que l’effet positif s’annule.

« Par convention, un effet tiroir devient une explication plausible si, pour chaque étude publiée, on estime qu’il y a cinq études non-publiées avec des résultats nuls. Dans le cas présent, c’est donc hautement improbable. Des analyses complémentaires ont montré que 23 des 62 chercheurs (37%) avaient obtenu des résultats positifs, si bien que les résultats positifs ne sont pas non plus dus à quelques chercheurs particulièrement en réussite et donc légitimement suspects. » (D. Radin)

En outre, 246 de ces études à choix forcé étaient décrites de façon suffisamment détaillée pour permettre une analyse qualitative. Charles Honorton et Diane Ferrari ont découvert une relation faiblement positive entre la qualité de l’étude et la taille d’effet, de sorte que les réssultats ne pouvaient pas être attribués à des variations de la qualité expérimentale. (13)

 

8. Voir et entendre des choses qui n’existent pas :

Ici, on tombe sur le registre psychiatrique puisque le sujet traité est : « entendre des voix » ou voir des choses « qui n’existent pas », ceci étant mis sur le compte d’un « défaut de reconnaissance de la voix intérieure ou des souvenirs ».

L’auteure du dossier évoque, dans un encadré, un cas qualifié d’emblématique, celui étudié en 1987 par le psychiatre néerlandais Marius Romme, lequel s’est intéressé au cas de Patsy Hage, une jeune femme diagnostiquée schizophrène qui se sentait persécutée par des voix de plus en plus violentes et directives.

« Un cas classique, mais qui provoque chez le médecin un changement de perspective. L’article qu’il publie sur ce cas, suivi d’autres travaux en 1989, est fondateur dans la création du ‘mouvement des entendeurs de voix’, aujourd’hui établi dans une trentaine de pays et militant pour une approche non pathologique du phénomène. » (E. Rauscher)

En guise de « découverte clé », on lit que lors d’hallucinations auditives, les lobes pariétaux, l’hippocampe et l’aire de Broca sont activés.

Dans la majorité des cas, les personnes concernées par ces hallucinations se révèlent être « des gens… parfaitement normaux ». Le psychiatre Renaud Jardri (psychiatre de l’enfant et de l’adolescent à la Faculté de médecine de Lille) rappelle que les hallucinations peuvent être auditives – le cas le plus fréquent -, visuelles, tactiles ou multisensorielles. On trouve, dans le numéro de mars 2015 de la revue « The Lancet », une étude sur 153 cas d’hallucinations.

Plusieurs études (par tomographie, etc.) ont montré que l’aire de Broca (impliquée dans la production du langage), l’aire de Wernicke (impliquée dans la perception et la compréhension du langage) et le cortex auditif s’activent lorsque des « voix » se font entendre, comme quand on écoute un vrai dialogue. Lors d’« apparitions », c’est le cortex visuel qui est activé.

Pour Renaud Jardri, les régions impliquées dans le rappel des souvenirs, comme l’hippocampe, peuvent être sollicitées lors d’hallucinations, lesquelles seraient donc « la réactivation de ‘traces mnésiques’, ou des souvenirs reconstruits venant activer le cortex auditif ».

« Une autre explication suggère une incapacité à déterminer si des paroles entendues viennent de nous. La mauvaise coordination des aires de Broca et de Wernicke peut avoir cet effet. Tout comme une erreur du thalamus et du striatum ventral, qui intègrent les informations sensorielles et motrices, et leur provenance : ils peuvent alors faire de notre voix intérieure, celle qui parle en silence au fond de nous, une voix ‘externe’ et audible que l’on ne reconnaît plus comme nôtre. D’ailleurs, les muscles de la parole, discrètement activés lorsqu’on lit et parle dans sa tête, le sont aussi lorsque se manifestent ces voix ‘venues d’ailleurs’.

Pour les spécialistes, reste à comprendre l’origine du phénomène, pourquoi la voix semble venir parfois de l’intérieur du crâne et parfois de l’extérieur, et comment elle peut accompagner d’autres hallucinations : visuelles, olfactives ou tactiles. Et, pour ceux qui les vivent, à s’y adapter… » (E. Rauscher)

Il y a cependant une composante qui n’est pas intégrée dans cette vision simplement hallucinatoire de tous les cas de perceptions auditives ou visuelles dites « sans objet », c’est bien sûr la composante psi qui peut s’immiscer dans certaines de ces perceptions intérieures. J’évoque ci-après des informations extraites de mon premier livre (« Communications interdimensionnelles » , JMG éditions, 2007) :

 

– Vers une « parapsychiatrie » :

Selon cette discipline, certaines catégories pathologiques du répertoire psychiatrique peuvent en fait impliquer des processus s’apparentant au psi (le psi désignant ici le « paranormal »). Ainsi, note Jon Klimo, « de nombreux schizophrènes semblent être très ‘psychiques’ et, à leur insu comme à celle des personnes qui s’occupent d’eux, ‘branchés’ sur les esprits de leur entourage, comme éventuellement sur d’autres niveaux de réalité, mais d’une façon pathologique ». La « parapsychiatrie » est évidemment en contradiction avec la psychiatrie traditionnelle et sa vision de la psyché comme un système clos. (14)

Wilson Van Dusen, qui a travaillé quinze ans comme psychologue clinicien au Mendocino State Hospital d’Ukiah en Californie, et qui a rencontré des milliers de malades mentaux, a souligné la ressemblance entre les textes du célèbre voyant suédois du dix-huitième siècle Emmanuel Swedenborg, concernant ses contacts avec les mondes immatériels, et les récits de ses patients. Dans les milieux spirites, on n’a pas de difficulté à reconnaître que certains malades mentaux sont susceptibles d’être « parasités » par certaines entités dites du « bas astral », mais il convient quand même de préciser que les communications d’Emmanuel Swedenborg étaient d’un autre niveau…

896921272Au Brésil, le médium Divaldo Pereira Franco a étudié le cas de la guérison d’Esther, guérison d’un cas de folie ou de possession en milieu spirite. (15) Outre le psychiatre Ralph B. Allison, déjà cité, qui croit à la possibilité de l’existence d’esprits désincarnés, il convient de mentionner la psychothérapeute Edith Fiore qui soutient qu’un grand nombre de ses patients souffrent de possession ou d’obsession par des esprits désincarnés. (16) 9782361880750Dans cette perspective « parapsychiatrique », il faut mentionner les travaux du psychiatre Stanislav Grof et de son épouse Christina, qui ont créé les termes : « émergence spirituelle », « urgences spirituelles » et « syndrome d’émergence spirituelle ».

3. Le syndrome d’émergence spirituelle est un ensemble de « crises de transformation personnelle » permettant de s’élever à un nouveau niveau de conscience spirituelle. Ce syndrome inclut, entre autres, la communication avec des « esprits-guides » et le channeling, les états de possession et les crises chamaniques.

834991080La psychothérapeute Yvonne Kason remarque qu’il est « important de se rendre compte que les désordres psychiques ne se manifestent pas chez la vaste majorité des personnes vivant un processus de transformation spirituelle et que s’ils se produisent, il existe un certain nombre de stratégies efficaces permettant d’y faire face ». Les désordres psychiques, lorsqu’ils existent, peuvent être : une « clairsensitivité » douloureuse, une clairvoyance excessive, des intrusions de souvenirs de vies antérieures, des visions d’horreur, une possession, des « agressions psychiques » ou « invasions télépathiques », des problèmes de channeling (intrusion par des entités négatives, etc.).

Yvonne Kason s’est par ailleurs aperçue qu’il y avait une relation entre les désordres psychiques et le fait de méditer de manière excessive ou de choisir une forme de méditation non appropriée. Par exemple, écrit-elle, « une clairsensitivité douloureuse, une clairvoyance excessive ou l’intrusion de souvenirs de vies antérieures sont le plus souvent vécues (mais pas exclusivement) par des personnes qui méditent trop ». Elle note en outre ce qui suit :

On peut établir une analogie entre l’activation de ces canaux paranormaux et un récepteur radio pour expliquer ce qui se produit dans les cas de désordres psychiques. Lorsqu’il s’agit de clairsensitivité douloureuse, de clairvoyance excessive et de l’intrusion de souvenirs de vies antérieures, et peut-être dans certains cas de visions d’horreur, on peut imaginer que le bouton de contrôle du volume de ce récepteur radio est brisé. L’information psychique retentit si fort et si puissamment qu’elle interrompt les processus de pensée normaux de la personne qui les reçoit et diminue sa capacité de fonctionner dans le monde.

Les problèmes de channeling et les autres types de désordres psychiques qui impliquent une forme d’invasion ou d’intrusion d’une entité ou d’une force semblent avoir un rapport avec des pratiques de méditation inappropriées, notamment celles qui laissent le moi intérieur ouvert à la réception d’informations provenant de n’importe qui ou n’importe quoi dans le cosmos. Ces techniques inappropriées peuvent inclure des affirmations ouvertes aussi dangereuses que ‘‘Je m’ouvre à l’univers’’, alors qu’en fait on ne devrait s’ouvrir à rien d’autre qu’au divin !

Dans le cas des problèmes de channeling qui incluent une intrusion, la modification des perceptions peut être assimilée à ce qui se passerait si le bouton de syntonisation d’un récepteur radio était brisé et permettait à des centaines de signaux différents de se déverser dans la conscience sans qu’il y ait moyen de les filtrer pour écarter les signaux indésirables. »

Le psychologue californien David Lukoff parle de « psychoses passagères à composantes mystiques » et l’un de ses principaux objectifs « est d’amener la communauté psychiatrique à reconnaître que l’expérience mystique est une expérience normale de la conscience humaine et qu’elle peut, dans certains cas, être accompagnée d’éléments psychotiques passagers ou temporaires ».

Lucette Leclerc a entrepris une recherche à l’Université de Montréal afin de distinguer, si possible, au plan phénoménologique et clinique, l’expérience « psychospirituelle » et la schizophrénie aiguë dite bouffée délirante. Parmi les tenants d’une forme de « psychiatrie spirituelle », Lucette Leclerc mentionne aussi les psychiatres Robert Turner et Francis Lu, ainsi que le psychiatre suisse Ferdinand Wullimier.

Yvonne Kason a dégagé les critères permettant de distinguer la transformation spirituelle de l’urgence spirituelle d’une part, et l’urgence spirituelle de la psychose d’autre part. Elle mentionne aussi les facteurs spécifiques qui semblent prédisposer les personnes vivant des ETS (Expériences de Transformation Spirituelle) à glisser dans un état d’urgence spirituelle ou même de psychose. Elle évoque aussi des cas d’expériences spirituelles confondues avec des psychoses.

Il convient aussi d’étudier les rapports entre un éveil non approprié ou prématuré de l’énergie kundalini et certaines formes de maladies mentales. (17) A ce sujet, B. S. Goel, qui a vécu l’expérience de l’éveil de la kundalini, a observé que si « l’expérience n’est pas correctement intégrée, on devient fou, victime ‘d’hallucinations’ et ‘d’illusions religieuses’ ». Ces maladies mentales sont en fait, écrit-il, des maladies spirituelles, et il n’existe aucune méthode qui puisse les guérir complètement. Selon Goel, elles « représentent une sorte de châtiment divin pour certains de nos karmas passés et nous indiquent également qu’il nous faut avant tout chercher Dieu ». De telles maladies ne disparaissent « que si nous pouvons à nouveau nous unir à Lui ». (18)

On peut ici faire un parallèle avec les délires mystiques ou les comportements aberrants de certains gourous de groupes sectaires ayant défrayé la chronique durant les années 1990. Il y eut ainsi le cas de Gilbert Bourdin qui s’était autoproclamé « Messie cosmoplanétaire » et qui avait liquidé, disait-il, « dix milliards de Lémuriens et dix milliards d’Atlantes », sans oublier l’anéantissement, en vingt minutes, de quinze mille aéronefs de Lémuriens lancés du sud-ouest de la France ! N’oublions pas, non plus, Shoko Asahara, de la secte « Aum Shinri-kyo », responsable de l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, en mars 1995. On notera, d’une part, que Gilbert Bourdin aurait vécu deux ans de méditation et de recueillement dans une grotte du Vaucluse (19), et, d’autre part, que Shoko Asahara faisait référence, dans son enseignement, à la « shaktipat », ce qui correspond à la pratique du réveil progressif de l’énergie kundalini. En 1984, le gourou japonais avait créé une école de yoga. Il avait étudié le tantrisme et avait déclaré avoir obtenu l’« illumination »… (20)

On notera aussi, pour en revenir aux communications avec l’Au-delà, que le psychiatre américain Carl Wickland (1862-1937) – ainsi que le rappelle François Brune – avait acquis la conviction, avec le concours de sa femme/médium, « que la plupart des maladies mentales sont dues, en fait, à une possession ». Il connut, comme dans l’Evangile, « des cas où plusieurs esprits de trépassés infestaient la même personne ». (21)

Cette revue des aspects négatifs de la médiumnité ne doit cependant pas faire perdre de vue deux choses :

Dans leur majorité, les médiums et channels sont sains d’esprit et ne présentent pas de troubles d’ordre psychopathologique. Par exemple, Rémy Chauvin rappelle que les « canaux les plus connus, comme Madame Schucman par exemple et bien d’autres, ne donnent aucun signe de dérangement mental ». Leur comportement dans la vie de tous les jours « est tout à fait normal, et les messages qu’ils transmettent ne provoquent en eux aucune angoisse ». Il note que le phénomène des voix intérieures n’est pas limité aux médiums et channels. Alshuler (1990) a ainsi cité cent-cinquante personnages historiques ayant présenté ce type de phénomène. On connaît le cas des « voix » de Jeanne d’Arc (qui était en fait « clairaudiente »)… Heery a interrogé trente personnes qui entendaient des voix mais qui ne présentaient par ailleurs aucun symptôme pathologique. (22)

Les perturbations psychiques peuvent survenir lors du contact avec des entités qui résident dans la zone inférieure du Plan astral ou qui sont « attachées à la Terre ». Rappelons que le spiritisme n’est pas un jeu.

 

9. Sortir de son corps :

Le phénomène de sortie hors du corps est ridiculement expliqué, dans le dossier d’Emilie Rauscher, par « la construction par le cerveau d’un modèle ‘décalé’ du corps », une explication totalement ridicule pour ceux qui, comme moi, connaissent, de longue date, la littérature relative aux multiples récits de décorporation. La prétendue « découverte clé » est identifiée à une lésion de la jonction temporo-pariétale qui « fabrique un ‘soi’ corporel erroné ». Ce phénomène serait, lit-on, « lié à une simple erreur de traitement au niveau de la jonction temporo-pariétale de notre cerveau, là où sont intégrées les informations envoyées par nos sens ». C’est ce que démontre, ajoute de façon inexacte l’auteure du dossier, le neurologue Olaf Blancke (du Laboratoire de sciences cognitives de l’Ecole polytechnique de Lausanne) qui déclare que, bien « que de nombreuses autres aires cérébrales soient impliquées dans le traitement du soi », les expériences dont il parle « suggèrent que cette zone joue un rôle clé dans la ‘sortie de corps’ ». Commentaire d’Emilie Rauscher :

« Son activation anormale provoquerait la création d’une réplique virtuelle de soi ‘hors du corps’, dans un environnement similaire, mais selon une perspective ‘décalée’. »

Selon Olaf Blanke, cette expérience « serait liée à un échec d’intégration de l’information proprioceptive » (la perception du corps par les muscles, les articulations), « tactile et visuelle du corps », avec, pour conséquence possible, « le fait de se voir dans une position qui n’est pas celle que l’on ressent ». Commentaire d’Emilie Rauscher :

« Cette hypothèse récente donne enfin un ancrage biologique à un phénomène décrit dès 1886, mais qui a longtemps souffert d’une image ésotérique issue des ‘projections astrales’ chères aux mouvements spirites du XIXe s. »

« A la suite des travaux de Charles Tart dans les années 1960, des centaines de cas furent étudiés, permettant de mieux cerner le phénomène et son origine – à savoir : certaines drogues psychédéliques, mais aussi une peur intense, un traumatisme ou une profonde relaxation (endormissement, hypnose).

Dans les années 1990, des dizaines d’études par électroencéphalogramme ont aussi scruté les ondes cérébrales, montrant des ondes alpha (celles de l’éveil calme) anormales lors du sommeil léger ainsi qu’un sommeil paradoxal perturbé, avec des ondes cérébrales thêta (celles de la relaxation profonde) absentes d’ordinaire.

La sortie de corps se manifeste donc dans un contexte précis et affecte singulièrement certaines phases du sommeil. Ne manquait plus qu’à identifier les mécanismes cérébraux qui la provoquent : c’est chose faite. »

C’est ce qui s’appelle, encore une fois, une récupération de travaux de chercheurs qui ne partagent pas l’explication réductionniste invoquée. Ainsi, Charles Tart est un parapsychologue qui a fait, dans les années 1960, une étude au cours de laquelle il avait demandé à une femme pouvant se décorporer d’aller voir une cible non perceptible visuellement. Il ne défend pas l’explication matérialiste des sorties hors du corps.

Et bien sûr, on ne peut pas dire que les mécanismes cérébraux de la décorporation sont identifiés (ce n’est donc pas « chose faite »), car les « expériences » évoquées par Olaf Blanke et Emilie Rauscher, associées à une sensation de décalage de l’image corporelle, ne peuvent en aucun cas rendre compte de la complexité des sensations et perceptions évoquées dans les milliers de cas répertoriés dans la littérature spécialisée. Et si la décorporation peut se produire à la faveur d’un mécanisme de relaxation profonde, c’est simplement parce que cet état modifié de conscience facilite le détachement du corps astral ou corps psychique.

A noter que dans un petit encadré du texte d’Emilie Rauscher, on lit la référence au corps astral, avec cette formulation :

« La sensation de flotter hors de son corps et de l’observer à distance contribue à l’affirmation qu’existerait un être ‘astral’, indépendant de l’enveloppe charnelle. »

Et pourtant, c’est bien l’explication faisant intervenir l’extériorisation du corps astral qui rend compte des véritables cas de décorporation ou dédoublement !

La pseudo explication des décorporations donnée dans le petit texte de « Science et Vie », constamment rabâchée dans les médias sceptiques, ne résiste pas à l’analyse. Voici ce que j’écris à ce propos dans un texte (« La décorporation. Fausses décorporations et vraies sorties hors du corps ») de la rubrique « Au-delà et médiumnité » :

Voici un extrait de l’interview, publiée sur le site www.besoindesavoir.com, du médecin anesthésiste Jean-Jacques Charbonier, dont la pensée correspond parfaitement avec la mienne :

« Les neurostimulations cérébrales : ce sont les dernières explications à la mode des détracteurs des NDE. En fait, cette explication avait déjà été donnée par le Canadien Penfield dans les années 60 après avoir constaté que la stimulation électrique du lobe temporal droit induisait une impression de sortie de corps. Ce raccourci facile a été repris en 2006 par un neurochirurgien suisse, Olaf Blanke, et encore plus récemment par un chirurgien belge, le Dr Dirk de Ridder, qui a fait titrer en novembre 2007 à une certaine presse racoleuse : ‘L’âme humaine a été capturée.’ On sait maintenant qu’il existe une zone précise du cerveau située à proximité du lobe temporal droit, appelée le gyrus angulaire, où convergent une somme considérable d’informations qui renseignent sur la position du corps dans l’espace. On sait également que si on stimule électriquement cette zone, notre cerveau, court-circuité par cette stimulation directe, va donner une impression de ‘corps décalé’ dans l’espace ou va recréer l’image réelle du corps dans l’espace via les aires visuelles occipitales. Mais il s’agit là d’une image construite et virtuelle, une vision autoscopique externe. Rien à voir avec les expériences de sortie de corps des expérienceurs qui sont non seulement capables de décrire leur propre corps, mais aussi, je le répète encore, un environnement situé à proximité et même à distance de l’endroit où ils se trouvent… »

Dans un texte publié sur le site de l’Institut Métapsychique International : www.metapsychique.org, Bryan Williams rappelle qu’il y a eu récemment une augmentation notable du nombre d’articles de recherche relatifs à l’étude des OBE qui ont été publiés dans des revues « mainstream ». La plupart de ces articles, ajoute-t-il, se sont focalisés sur la recherche d’aires cérébrales qui pourraient être associées à une caractéristique commune de l’OBE : voir son propre corps à distance.

La dernière contribution à cette recherche est due à une équipe de neurochirurgiens dirigée par le docteur Dirk De Ridder, de l’hôpital universitaire d’Anvers (Belgique), et leurs résultats sont exposés dans une étude de cas qui a été publiée dans le numéro du 1er novembre 2007 de la prestigieuse revue « New England Journal of Medicine ». Leur compte-rendu semble s’appuyer sur des études neurologiques précédentes relatives à l’induction artificielle de caractéristiques souvent associées aux OBEs.

« L’histoire de ces études remonte au début des années 1940 quand le neurochirurgien canadien Wilder Penfield fut capable d’induire des sensations semblables aux OBEs chez un sujet épileptique féminin, en stimulant électriquement la partie droite de son cerveau dans la région proche du gyrus temporal, un pli le long de la surface supérieure du lobe temporal en partant du lobe pariétal (Penfield & Erickson, 1941). La patiente avait l’impression de flotter plus loin et elle déclara : ‘J’ai une impression étrange, comme si je n’étais pas ici… comme si j’étais à moitié ici et à moitié ailleurs.’ Le travail de Penfield fut redécouvert à la fin de 2002 quand le Dr. Olaf Blanke et ses collègues de l’Hopital Universitaire de Genève, Suisse, réussirent à induire des sensations similaires de flottement chez une patiente qui était traitée pour des crises d’épilepsie partielles avec perte de conscience. Des électrodes avaient été implantées dans son hémisphère droit le long du gyrus angulaire, une zone située à la jonction entre le lobe temporal et le lobe pariétal, dans le but de mesurer ses crises. Quand elle recevait une stimulation électrique dans cette zone, par les électrodes, la patiente témoignait de sensations instantanées de légèreté et de flottement près du plafond, et déclarait : ‘Je me vois d’en haut, couchée dans le lit, mais je ne vois que mes jambes et le bas de mon buste.’ (Blanke et al., 2002.). » (Bryan Williams)

Dans une étude ultérieure, Olaf Blanke et ses collaborateurs purent explorer plus profondément les OBEs, aussi bien que l’expérience similaire d’autoscopie, chez ce sujet et également chez quatre autres patients neurologiques. Ils ont conclu que les expériences des patients pourraient être associées avec des troubles ou lésions dans la zone entourant la jonction des lobes temporal/pariétal (Blanke et al., 2004). La zone proche de la jonction temporo-pariétale semblant être impliquée dans le recueil et le traitement des informations sensorielles liées à la perception et à l’orientation spatiale de son propre corps, Olaf Blanke et ses collègues ont émis la théorie que les illusions perceptives de type OBE pouvaient survenir du fait de perturbations résultant de troubles ou lésions cérébrales dans cette zone (Blanke et al., 2004, 2005 ; Blanke et Mohr, 2005).

« La dernière étude de cas, de De Ridder et al. (2007), est calquée sur le modèle conceptuel de la recherche de Blanke et ses collègues. » (B. Williams)

L’étude concerne un patient de 63 ans traité pour des acouphènes au moyen d’électrodes implantées dans la région de la jonction ‘‘temporo-pariétale’’.

« Quand son hémisphère droit était stimulé par les électrodes, le patient avait une sensation qui lui donnait l’impression que son moi s’était séparé de son corps, se déplaçant à un endroit situé juste en dessous et à gauche de son corps. Cependant, il n’a pas fait état d’un point dépendant de son moi séparé ‘hors du corps’ (c’est-à-dire qu’il voyait toujours l’environnement depuis son propre corps), ni d’une vision de l’image de son propre corps. En moyenne, la sensation du patient de quitter son corps durait environ 17 secondes, et aucun changement dans son état de conscience ne survenait. L’imagerie cérébrale (en Tomographie par Emission de Positons ou PET) a révélé une activité étendue dans l’aire aux alentours de la jonction temporo-pariétale, près du gyrus angulaire.

Bien que l’étude de De Ridder et al. fournisse des informations supplémentaires utiles sur la fonction de la jonction temporo-pariétale, je pense personnellement que l’étiquetage de la sensation induite chez le patient comme une ‘OBE’ relève d’une appellation quelque peu impropre. Comme remarqué ci-dessus, le patient ne percevait pas l’entourage depuis un point de vue extérieur à son corps, et ne disait pas non plus voir son propre corps, ce qui suggère que ses sensations ne se conformaient pas à la structure classique d’une OBE. Le moi séparé du patient était toujours stationnaire et ne pouvait pas se déplacer volontairement, alors que les sujets expérimentant des OBEs spontanées disent souvent être capables de se déplacer librement avec leur forme extracorporelle.

Des arguments similaires peuvent être utilisés à propos des sensations induites ressemblant à des OBEs chez les patients épileptiques de Blanke et al. Un examen approfondi de leurs expériences révèle des caractéristiques d’illusions sensorielles (par exemple la perception de distorsions du corps ou d’images floues) qui sont rarement mentionnées dans les OBEs spontanées et sont plutôt suggestives de phénomènes hallucinatoires. Ainsi, les caractéristiques des OBEs survenant naturellement chez des personnes saines et les expériences de type OBE chez ces patients épileptiques peuvent être considérées comme différentes et ne sont pas aisément comparables.

Une tentative a été faite récemment pour induire artificiellement des perceptions similaires à l’OBE chez des sujets sains, mais à travers cette fois l’utilisation de la réalité virtuelle (Ehrsson, 2007 ; Lenggenhager et al., 2007), ce qui ne permet pas non plus des comparaisons directes. » (B. Williams)

Mais le point le plus important est probablement que les découvertes d’Olaf Blanke (et al.) et de De Ridder « ne peuvent rendre compte adéquatement des perceptions ESP liées aux OBEs spontanées, dans lesquelles des individus décrivent des gens et des événements à distance, événements qui sont vérifiés plus tard comme étant exacts » (Tart, 1998 ; Alvarado, 2000), « pas plus qu’elles ne peuvent rendre compte des résultats significatifs des études où des OBE ont pu être détectées par des capteurs physiques ou animaux » (Morris et al., 1978 ; Osis et McCormick, 1980). Dans le cas d’Olaf Blanke et al., certains résultats d’EEG (Tart, 1998 ; Alvarado, 2000) restent encore à être incorporés dans leurs considérations théoriques.

 

Conclusion :

Je voulais initialement donner le titre suivant à mon texte : « ‘Science et Vie’ et le paranormal. Un exemple pathétique de réductionnisme scientiste ». Avec le dossier d’Emilie Rauscher, on peut parler, dans une certaine mesure, d’une véritable escroquerie intellectuelle, dans la mesure où on veut nous faire croire que le paranormal existe mais qu’il ne s’explique, en gros, que par des faux souvenirs ou des hallucinations ! Ce qui est tout à fait typique du nouvel état d’esprit délétère des responsables de la revue « Science et Vie » qui, s’il y a quelques décennies, usaient largement de l’insulte dans le cadre d’un « discours dénonciateur agressif », jouent maintenant la tactique du « paranormal cérébral expliqué », quitte à parfois citer des auteurs sans mentionner le fait que certains d’entre eux soutiennent le caractère inexpliqué ou spirituel de certains des phénomènes associés. Ce qui relève d’un certain état d’esprit à la fois « malicieux » et pernicieux.

Alain Moreau

 

Références :

1. « Science et inexpliqué », n° 49, janvier/février 2016, p. 10.

2. Dean Radin, « Super pouvoirs. Science et yoga », InterEditions, 2014, p. 193-194.

3. Roger J. Woolger, « A la recherche de nos vies antérieures », éditions Exergue, 2003, p. 44-45, 48-52.

4. Patrick Drouot, « Des vies antérieures aux vies futures. Réincarnation et immortalité », éditions du Rocher, 1989, p. 50-55.

5. « Parasciences », n° 95, décembre 2014, p. 20-30.

6. Patrick Drouot, op. cit., p. 55-57.

7. Roger Woolger, op. cit., , p. 46.

8. Patrick Drouot, op. cit., p. 50-51.

9. « Inexploré », n° 17, janvier/février/mars 2013, p. 22.

10. « Parasciences », n° 99, décembre 2015, p. 40.

11. Fabrice Bonvin, « OVNIs. Les agents du changement », JMG éditions, 2005, p. 200-202.

12. Stéphane Allix, « Extraterrestres : l’enquête », éditions Albin Michel, 2006, p. 158-169.

13. Dean Radin, op. cit., p. 135-138.

14. Jon Klimo, “Les médiateurs de l’Invisible”, éditions Robert Laffont, 1991, 238.

15. Divaldo Pereira Franco, « Sauvée de la folie », éditions Soleil, 1985. (Réédition sous le titre : « La guérison d’Esther », éditions Vivez Soleil.)

16. Edith Fiore, « Les Esprits possessifs », éditions Pierre d’Angle, 1996.

17. Yvonne Kason, « L’autre rive », éditions de Mortagne, 1996, p. 310-311, 294, 301-302, 20 et 26-27, 329-341, 323-326, 341-349.

18. B.S. Goel, « Kundalini et troisième œil », éditions Amrita, 1993, p. 29, en note.

19. Jacques Cotta et Pascal Martin, « Dans le secret des sectes », éditions Flammarion, 1992, p. 65, 62.

20. Massimo Introvigne, « Les veilleurs de l’Apocalypse », éditions Claire Vigne, 1996, p. 164-165.

21. François Brune, « Les morts nous parlent », éditions du Félin, 1988, p. 202-203.

22. Rémy Chauvin, « En direct de l’Au-delà », éditions Robert Laffont, 1993, p. 231, 228.

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