UMMO : La controverse. Un texte de Gildas Bourdais

 Voici un texte extrait du site de Gildas Bourdais : http://bourdais.blogspot.com . Ce texte (reproductible à condition de donner la source) est reproduit ici sans les illustrations qui l’accompagnent.

Gildas-BourdaisNotes de Gildas Bourdais, 2002 et avril 2010 :

L’affaire Ummo semble être une source de débats et de conflits inépuisables, notamment sur Internet. Ces dernières années, des forums se sont créés, des scissions ont eu lieu. Les premiers livres en français, en particulier ceux de Jean-Pierre Petit, se vendaient encore bien en 2010, par exemple sur Amazon.com., et pas mal d’autres livres sont encore apparus ces dernières années, souvent bien placés dans les rayons d’ésotérisme. Ummo reste un “bon sujet”.

Mon article en deux parties : “Retour sur l’affaire Ummo” (…), a provoqué de vives réactions, après sa publication en janvier 2002. Mentionnons d’abord une réplique virulente de Jean-Pierre Petit qui a été publiée sur le site Ufocom, puis retirée rapidement à sa demande. Il s’est également exprimé à la radio Europe 1, et sur son site Internet. L’argument principal de Petit, repris d’ailleurs par d’autres auteurs, semble être la richesse des lettres ummites, qui contiendraient selon lui des idées remarquables et originales “prouvant” leur origine extraterrestre. Or, lorsque l’on y regarde de plus près, on a l’impression que des idées analogues sont « dans l’air » à l’époque, qui auraient bien pu inspirer ces lettres, comme je l’ai écrit dans mon article. Je l’ai redit, notamment dans le texte qui suit, « Pseudo révélations ummites ».

Un autre auteur qui s’en est pris à moi, avec violence, est Jean Pollion, le “Champollion” qui affirme avoir réussi à décoder le langage ummite, dans son livre “Ummo. De vrais extraterrestres !” (Editions Aldane, 2002). On trouvera plus loin, également, ma réponse à Pollion, écrite en août 2002.

Je veux citer tout de suite un élément capital, à mes yeux, de cette polémique. J’ai remarqué que Jean Pollion, dans son livre, avait omis de signaler que des enquêteurs espagnols avaient découvert dans les années 80 que Vicente Ortuño, censé être un témoin indépendant de l’observation d’Aluche, était en réalité un vieil ami de Jordan Peña. A la suite de quoi, ils avaient reconnu avoir fait ensemble les canulars d’Aluche et de San José de Valderas (avec les fameuses photos). Or, Pollion a déclaré, dans sa critique de mon article, que ça n’avait aucune importance ! Et je ne dis pas de quoi il m’a traité en privé…

La pile des livres sur l’affaire Ummo s’est encore « enrichie » ces dernières années, avec une série de livres de Christel Seval, puis un livre de Denis Denocla, chez qui les Ummites sont maintenant appelés les Oummites ou les Oummains. Je vais me contenter de citer ici une page d’un livre de Seval paru en 2005, qui prétend révéler “Le plan (des Ummites) pour sauver la Terre”. Il me fustige à la page 77, dans un paragraphe intitulé “La critique de Gildas Bourdais”, où il ne fait que citer Pollion. Ensuite, il fait un petit résumé de l’observation d’Aluche en omettant à son tour de signaler que Vicente Ortuño avait été démasqué ! Tout cela est d’une désinvolture confondante.

Citons encore, parmi les tenants des lettres ummites, deux anciens pilotes d’Air France, Jacques-André Holbecq, qui a animé un forum « Ummo Science » (réservé, paraît-t-il, aux « adeptes»), et Jean-Charles Duboc, témoin d’un ovni au-dessus de Paris, qui s’est révélé être lui aussi un partisan très convaincu des lettres.

Duboc m’a cité comme argument, qui se voulait sans réplique, l’observation d’un énorme “ovni galactique” en Espagne, à haute altitude, par un pilote de ligne espagnol. Je remarque que les petites “nefs” ummites des débuts ont pris de l’ampleur. Le “grand spécialiste” Antonio Ribera citait des dimensions de 1,20 m par 4,80 m. Il fallait avoir de l’estomac, d’ailleurs, pour traverser les espaces interstellaires à bord de telles coques de noix !

Heureusement, ils ont fait beaucoup mieux depuis, si je comprends bien. Le pilote avait même vu le grand symbole ummite, peint sur le ventre de l’ovni !

Comme je lui demandais des précisions, Duboc m’a renvoyé vers un site web espagnol, d’un certain Juan Benitez, où était présenté ce cas. Mais ce site ne donnait pas de références claires, notamment d’articles de presse. De plus, j’ai découvert que ce Benitez est un personnage pour le moins controversé. Il s’est fait une bien mauvaise réputation, notamment au Brésil, où il a fait une enquête sur l’affaire de Varginha (…), sans consulter les enquêteurs de l’affaire. Il a prétendu y avoir trouvé des traces d’atterrissage de l’ovni, ce que contestent absolument les spécialistes du cas, très irrités par son amateurisme esbroufeur.

Sur l’affaire Ummo, Benitez a mis également sur son site la longue étude des photographies de San José de Valderas, faite par un laboratoire de la Guardia Civil, qui prouverait que les photos sont non truquées. J’ai parcouru ce gros rapport, or il dit seulement qu’ils n’ont pas réussi à prouver un canular, et donc ne peuvent l’exclure, ce qui n’est pas tout à fait la même chose… Pour la plupart des spécialistes, cette étude n’est pas probante, et je partage cet avis. Pourquoi s’acharner ainsi, avec une analyse controversée, alors que les deux auteurs des fausses photos, Peña et Ortuño, ont avoué depuis longtemps leur canular ? Voici maintenant deux répliques que j’avais faites en 2002.

 

* Pseudo révélations « ummites » (réponse à Jean-Pierre Petit) – Gildas Bourdais, 22 janvier 2002 :

A la suite de l’émission d’Europe 1 et du débat des derniers jours sur Internet, il me semble nécessaire de revenir encore sur la question des “révélations” qui seraient contenues dans les lettres ummites. Certains continuent à croire que ces révélations sont si extraordinaires qu’elles ne peuvent être que d’origine extraterrestre. Je me suis efforcé, dans mon article, de montrer par quelques exemples qu’on est loin du compte, que ce ne sont que des pseudo révélations et que leur origine peut très bien être humaine.

En l’occurrence, si j’ai bien entendu Jean-Pierre Petit à Europe 1, il a mis beaucoup d’eau dans son vin au sujet des Ummites : “Je ne sais pas qui sont les auteurs”, répond-il à Marc Menant qui lui demande si les Ummites sont bien les auteurs des lettres. Puis il essaie d’éviter le sujet, préférant parler de ses travaux scientifiques. Mais Menant revient plus loin à la charge, ce qui amène Petit à faire ce commentaire étonnant : “Je n’ai jamais affirmé qu’ils existent !”. Là, je dois avouer que j’en suis resté un peu ébahi.

Une variante de cette idée, encore défendue par Jean-Pierre Petit à Europe 1, est que ces lettres contiennent des révélations scientifiques couvertes par le secret militaire, en premier lieu la MHD. Or, soulignent certains à la suite de Petit, il n’est pas possible de répandre ainsi des secrets militaires pendant 35 ans. Les services secrets s’y seraient opposés depuis longtemps.

Eh bien, je suis désolé mais il y a une erreur à la base du raisonnement : à l’époque de cette lettre ummite, la MHD était déjà connue publiquement, et ce n’était donc pas un secret militaire ! Je ne peux que répéter et compléter ce que j’ai déjà dit dans mon article. La lettre ummite de 1968 évoque la MHD brièvement, d’ailleurs de manière peu claire et sans la nommer. Les textes de Stanton Friedman, de la même année, sont bien plus explicites : article de février 1968 dans la revue “Astronautics and Aeronautics”, actes du Symposium sur les ovnis de juillet 1968, organisé par le Congrès américain, publiés par l’imprimerie du gouvernement !

Friedman explique qu’il suffit d’extrapoler dans l’atmosphère la théorie de la MHD sous-marine développée dès 1964 par l’ingénieur américain S. Way. Cette théorie figure, avec toutes les formules et les calculs étalés sur plusieurs pages, dans une publication de l’ASME, importante association privée des ingénieurs de mécanique américains (American Society of Mechanical Engineers), datant du 24 septembre 1964. En 1966, le même ingénieur Way avait essayé avec succès un modèle réduit de sous-marin MHD, dans la baie de Santa Barbara, en Californie. Sauf erreur de ma part, les Japonais ont fait eux aussi des études comparables, mais ultérieurement.

Voilà pour la MHD, grand secret militaire soi-disant dévoilé par une lettre ummite en 1968 !

Cela dit, il paraît évident que ces idées ont dû intéresser les militaires, non seulement aux Etats-Unis mais dans d’autres pays, et que des études y ont été poursuivies, couvertes cette fois par le secret militaire, mais ceci est une autre histoire.

D’autre part, je le rappelle encore, les premières publications du professeur Auguste Meessen sur la MHD datent de 1973, dans les numéros 8, 9 et 10 de la revue de la SOBEPS “Inforespace”. Dans le numéro 10, Meessen faisait état des travaux de Way et Friedman :

« Nous avons appris entre temps que le physicien américain S. T. Friedman admet également que la physique des plasmas pourrait intervenir dans la propulsion de ce qu’il appelle des “modules d’excursion terrestre”. Il suppose (comme dans notre premier modèle) qu’un champ magnétique exerce une “force de Lorentz” sur des courants ioniques, et il rappelle également l’existence du sous-marin électromagnétique expérimental de Way. »

Ces premières études du professeur Meessen sont également mentionnées dans le livre de Michel Bougard, “Des soucoupes volantes aux Ovnis”, paru en 1976. Les premières publications de Jean-Pierre Petit datent, elles, de 1975 et 1976. Il ne peut donc prétendre avoir été le premier à découvrir la MHD pour aérodynes.

Je ne vais pas revenir sur d’autres pseudo révélations scientifiques des lettres ummites, telles que l’univers gémellaire, idée qui se trouve déjà dans une étude de Sakharov publiée à la même époque. Sur l’hypothèse de révélations de secrets militaires, il faut encore dire un mot de la lettre révélant certains aspects des plans alliés d’attaque du Koweit, qui fut déclenchée le 16 janvier 1991. Là aussi, je répète ce que j’ai écrit dans mon article (seconde partie). Il y a déjà une incertitude sur la date de cette lettre. Jean-Pierre Petit donne la date du 5 janvier, mais Godelieve Van Overmeire cite une lettre, répertoriée D.1751, qui fut reçue par Villagrasa le 14 janvier, soit deux jours avant l’attaque. Si cette date est la bonne, cela ne laissait pas beaucoup de temps à ces révélations pour atteindre le quartier général irakien, d’autant plus que les correspondants espagnols avaient pour instruction de garder les lettres secrètes ! Pour ma part, je vois là une manipulation de plus, destinée à entretenir ou relancer la croyance dans les lettres ummites. Et on en devine l’origine, proche du Pentagone !

Encore une remarque. Certains croient que l’affaire Ummo a été dévoilée au public en 1990-1991. Il est vrai que c’est le premier livre de Jean-Pierre Petit qui a fait connaître cette histoire dans le grand public français en 1991, avec un tirage à 100 000 exemplaires ou plus. D’autres livres, ceux d’Antonio Rivera traduits en français, et de Martine Castello, ont également contribué à cet engouement en France. Mais le dossier Ummo était connu depuis longtemps des ufologues français, aussi bien qu’espagnols, et la plupart d’entre eux l’avaient complètement écarté. Les photographies de San José de Valderas avaient été dénoncées comme fausses, en 1977, par Claude Poher en France et par William Spaulding aux Etats-Unis. Quand l’affaire Ummo est devenue célèbre en France, elle était déjà presque morte en Espagne !

Alors, pourquoi toutes ces lettres ummites ? Je le répète, l’hypothèse la plus plausible est à mon avis celle d’une manipulation au long cours, comme les services secrets savent très bien en faire – ils ont tout le personnel et les conseillers scientifiques qu’il leur faut pour cela -, dont l’objectif est de décrédibiliser l’idée de présence extraterrestre. Une présence bien réelle, mais aujourd’hui encore très secrète. Je crois que ce secret ne pourra être maintenu indéfiniment, comme j’ai essayé de l’expliquer dans mon dernier livre (note : réédité en 2010). Les témoignages sur de véritables contacts continuent à s’accumuler, en dépit de toutes les manœuvres et fausses révélations destinées à les discréditer. Il est frappant que la grande presse soit restée silencieuse sur la présentation de témoins organisée par le Dr Greer en mai 2001 à Washington (note : on a fait mieux depuis. Voir la nouvelle édition de mon livre : “OVNIS. Vers la fin du secret ?”), et ait par contre relayé en cœur la soi-disant fermeture du Bureau des soucoupes volantes britannique. De telles manœuvres marchent encore, mais pour combien de temps ?

 

* Réponse à Jean Pollion (août 2002) :

A l’automne 2001, j’avais été amené à étudier de plus près l’affaire Ummo pour répondre à la demande d’un correspondant qui me demandait les raisons de mon scepticisme. J’ai ainsi écrit un article en deux parties intitulé “Retour sur l’affaire Ummo”, qui a été publié sur le site Ufocom, et plus récemment dans la revue “Lumières dans la Nuit” (numéros 363 et 364). J’ignorais alors l’existence de l’étude de Jean Pollion, qui vient d’être publiée aux éditions Haldane, sous le titre “Ummo. De vrais extraterrestres !”, avec une préface de Jean-Pierre Petit, qui a été comme chacun sait le principal promoteur de cette affaire en France depuis le début des années 90.

Comme il était prévisible, j’ai dû affronter les critiques, non seulement de Jean Pollion, mais d’un certain nombre de partisans de Ummo et de Jean-Pierre Petit, notamment Jean H. Holbecq, qui m’a mis en demeure de m’exprimer sur le livre de Pollion, dans un message du 21 juillet sur la liste “Ovni Science”. J’ai répondu le 25 juillet en indiquant que je ne souhaitais pas poursuivre ce débat, mais je suis maintenant obligé de répondre de nouveau, non seulement à une réplique de Holbecq, faite le jour même, mais à celle de Pollion le 30 juillet, dans laquelle il annonce la parution sur le net d’une longue critique de mon article. Le ton agressif employé par Jean Pollion m’oblige à sortir de ma réserve.

Je vais essayer de répondre à ces différents papiers de manière aussi brève et synthétique que possible.

Lorsqu’on aborde une affaire comme Ummo, il s’agit en premier lieu, avant même d’étudier le contenu des lettres, d’évaluer la crédibilité des “pièces à conviction”, qui sont :

– Les trois observations supposées d’une “nef” ummite, avec des témoins, des photos, des objets trouvés sur les lieux (tubes métalliques) et même une trace au sol.

– Les lettres reçues anonymement par diverses personnes.

C’était l’objet de mon article, et je maintiens entièrement mon opinion que ce dossier est extrêmement douteux, pour le moins. Je ne vais pas revenir sur tous les détails, mais je voudrais d’abord souligner les points les plus faibles concernant les observations supposées, à Aluche (1966), à San José de Valderas (1967) et à Voronej en Russie (1989).

 

Les trois observations :

A Aluche, le témoin principal, Luis Jordan Peña, est le principal pourvoyeur de témoins, non seulement pour Aluche mais aussi l’année suivante pour San José de Valderas. Or, ce personnage incontournable va finalement avouer, en plusieurs étapes, que toute l’affaire Ummo est un canular, dont il est l’auteur ! Je vais revenir sur ce point capital.

Il y avait bien, à Aluche, un témoin supposé indépendant de Jordan Peña, Vicente Ortuño, mais patatras, les enquêteurs ont découvert qu’il était un ami de Jordan depuis des années, comme je l’ai signalé dans mon article. Sur ce point très grave, je rappelle ici ce que m’a écrit Javier Sierra, l’un des enquêteurs espagnols les plus impliqués (il était un ami d’Antonio Ribera) :

« L’affaire Ummo est très difficile. Il est exact que je me suis beaucoup impliqué dans son étude, de 1988 à 1994, en découvrant que le cas de Aluche en 1966, qui est à l’origine de toute l’affaire, était un canular perpétré par Jordan Peña et Mr Vicente Ortuño, les deux témoins du cas. Ils étaient apparus dans la presse comme des témoins indépendants, mais la vérité est qu’ils étaient de très bons amis. J’ai obtenu la confession d’Ortuño dès 1988. Et plus tard celle de Jordan. »

Toujours sur Aluche, Jean Pollion me reproche d’avoir escamoté les traces au sol, dont j’ai pourtant donné la photographie. Il s’agit de trois traces de 15 x 30 cm, profondes de quelques cm. Il a fait ses calculs : elles correspondent selon lui à une masse de l’engin de plus de 40 tonnes. Je note que, dans une première version de ses critiques qu’il m’avait adressée en privé fin janvier, Pollion l’évaluait à 14 tonnes. Et dans son livre (p. 75), il parle de “plus de 13 tonnes”. A quel texte faut-il se fier ? Nous supposerons qu’il faut multiplier 13 ou 14 tonnes par trois, ce qui fait une fourchette de 36 à 42 tonnes au total. Cela dit, je pose la question : est-il impossible de fabriquer une fausse trace de ce genre, même dans un sol dur ? Bien que je ne sois pas ingénieur ni technicien, j’ai l’impression que ce n’est pas hors de portée d’un bon bricoleur avec des outils ad hoc, discrètement pendant la nuit (les traces ont été découvertes le lendemain matin sur un terrain vague, on ne sait par qui). Je pose la question à la ronde : quelqu’un aurait-il une solution à proposer ?

Venons-en aux photographies de la “nef” ummite, censées avoir été prises à San José de Valderas l’année suivante. Il est déjà très bizarre que deux témoins indépendants qui flânaient par là, et avaient comme par hasard un appareil photo chargé, aient pris des photos très semblables au même endroit, sans se connaître, et aient eu la même démarche de les remettre anonymement à la presse. Mais abrégeons : ces photos ont été jugées fausses par au moins trois équipes d’enquêteurs, à ma connaissance : Claude Poher, disposant des moyens d’analyse optique du CNES ; William Spaulding et le groupe “Ground Saucer Watch” aux Etats-Unis (un groupe très en pointe à l’époque sur la divulgation des documents secrets américains), avec une analyse informatique faisant apparaître un fil ; une équipe d’enquêteurs espagnols dont les résultats ont été publiés par Charles Berché dans les “Cuadernos de Ufologia” en 1994. J’ai obtenu cette publication, et l’on y aperçoit, sur une photo analysée par ordinateur, un fil très fin auquel semble être suspendue la maquette.

Jean Pollion dénonce dans son livre les conclusions de Claude Poher. Pour ma part, autant l’analyse de Poher me paraît excellente, autant les objections de Pollion me paraissent compliquées et peu convaincantes. Dans ses critiques de mon article, Pollion cite une autre analyse, faite par la Guardia Civil espagnole (en 1999-2000), concluant à l’absence de trucage. Mais alors, je me demande pourquoi il ne la mentionne pas dans son livre !

Quoi qu’il en soit, même si ces enquêteurs n’ont pas complètement démonté ces photos, le contexte n’en reste pas moins extrêmement douteux. Citons par exemple l’affaire trouble au possible de la pseudo découverte de petits tubes métalliques non loin de là à Santa Mónica, contenant un bout de feuille plastique frappé du sigle Ummo : un matériau fabriqué par Du Pont de Nemours aux Etats-Unis et non commercialisé à l’époque ! L’analyse chimique, pourtant faite par les soins de Rafael Farriols, lui-même industriel des plastiques, est mise en doute par Pollion, qui met en doute également la découverte des tubes ! Ici, l’affaire sombre dans la plus totale confusion. Sans parler de la photo du tube postée peu après par un certain Dagousset, que personne n’a pu retrouver…

En ce qui concerne les témoins de l’ovni à San José, il suffit de lire le livre de Pollion lui-même pour être saisi d’un doute affreux. Les trois témoins qu’il cite (p. 79) sont anonymes et ont été interviewés par… Luis Jordan Peña ! Les autres témoins, nous dit Pollion, “ne sont pas des observateurs directs et ne méritent pas le qualificatif de témoins”. C’est bien noté.

Passons rapidement sur la troisième observation, revendiquée comme authentique par Jean Pollion, celle de Voronej en Russie, en 1989. Sur cette affaire, je renvoie à l’excellent livre de Boris Chourinov, “OVNIS en Russie” (Guy Trédaniel, 1995), pages 194 à 205. Si vous croyez encore à la solidité de cette observation après avoir lu ces pages, vous avez de l’estomac.

 

L’homme orchestre : Luis Jordan Peña

En résumé, de ces trois observations supposées d’une “nef” ummite, il ne reste rien de solide aujourd’hui. Et en plus, le témoin principal, l’homme orchestre, Luis Jordan Peña, a avoué être l’auteur de la supercherie ! Jean Pollion admet lui-même que Jordan était omniprésent, mais il ne croit pas à ses aveux (p. 75) :

« On verra, tout au long de l’histoire des documents ummites en Espagne, la présence quasi-permanente de José Luis Jordan Peña, à presque toutes les occasions. De nombreuses situations n’étant pas complètement clarifiées, beaucoup d’ufologues ont pensé que Peña était soit l’instigateur, soit un complice majeur de la mise en scène de l’affaire Ummo, érigée en gigantesque supercherie. Je ne le pense pas, et le résultat du présent travail établit le contraire. »

Autrement dit, c’est son analyse du langage ummite qui réfute, selon lui, cette hypothèse.

Or, même sans les aveux de Peña lui même, il y a de nombreux indices en direction d’une machination des plus troubles dans laquelle il aurait trempé. Prenons par exemple les dessins des lettres ummites. On a remarqué un air de famille avec les dessins exécutés par Jordan Peña, mais Pollion doute de cet argument car, remarque-t-il, ces dessins ont été publiés seulement en 1989 dans une revue de parapsychologie espagnole. Entendez par là que Jordan Peña a pu contrefaire les dessins ummites. Mais pourquoi aurait-il fait cela à une époque où il était encore un acteur de la supercherie ? Son premier aveu date en effet de 1993. (…)

Comme je l’ai expliqué dans mon article, Jordan Peña était clairement impliqué dans l’affaire, mais celle-ci était bien trop complexe, ainsi que les lettres, pour qu’il en soit le seul auteur.

Or, justement, Jean Pollion donne dans son livre (pp. 97, 98) une information tout à fait révélatrice, me semble-t-il : Jordan a fini par avouer en 1998, dans une lettre privée à Igniacio Darnaude, l’un des chercheurs espagnols les plus impliqués dans l’affaire Ummo, qu’il avait travaillé avec une “organisation nord-américaine”.

Pollion choisit évidemment de mettre en doute cet aveu, arguant qu’il est en contradiction avec son aveu précédent. C’est son droit, mais je pense pour ma part qu’un aveu privé à un vieil ami a plus de poids qu’un aveu public. Un scénario plausible est que, en 1993, Jordan avait été forcé à se dénoncer publiquement comme étant le seul auteur, mais que tout cela a fini par peser sur sa conscience et qu’il a voulu s’en libérer auprès d’un ancien ami.

 

L’hypothèse d’une manipulation :

Argumentons un peu cette hypothèse d’une manipulation. Outre les aveux de Jordan Peña, il y a de nombreuses indications allant dans ce sens. Une hypothèse de travail est que des “services”, vraisemblablement américains puisque Jordan le dit lui-même, mais cela n’est pas prouvé, ont fabriqué le dossier ummite avec l’intention de le couler plus tard pour faire un maximum de dégâts dans les rangs de l’ufologie.

C’est le principe du canular destiné à être démasqué. Pour des “debunkers” des ovnis, une bonne technique n’est-elle pas de lancer eux-mêmes des canulars ? C’est plus facile pour les démasquer ensuite.

Ce pourrait être le cas de l’affaire Ummo. La piste du KGB a été également évoquée, mais elle n’a pas été prouvée. J’ajoute ici que selon l’enquêteur espagnol Manuel Carballal, des services espagnols, le SECED puis le SECID, auraient été impliqués dans l’affaire ummite. Il est plausible que différents services se soient intéressés de diverses manières à cette affaire qui a eu d’ailleurs de nombreuses ramifications internationales.

Remarquons par exemple que sa dénonciation par les leaders eux-mêmes lors d’une réunion en 1985, véritable suicide collectif, détruisant des années d’efforts, avait été ordonnée par une lettre ummite, qui avait demandé la convocation de cette réunion ! Pour expliquer la manoeuvre, Pollion, suivant en cela l’explication de Rafael Farriols, suppose qu’il s’agissait « … de “nettoyer la salle des auditeurs parasites’’ et non réellement intéressés. Objectif réalisé. Il faut reconnaître que cette explication est d’une logique et d’une simplicité déconcertantes. » J’avoue que je trouve moi aussi cette “explication” confondante, mais pas dans le même sens que Jean Pollion.

En marge de cette étrange réunion, rappelons l’incident rapporté par Jean-Pierre Petit, qui se réveille complètement paralysé dans sa chambre d’hôtel et aperçoit des hommes dans sa chambre. Ceux-ci lui administrent alors une nouvelle dose d’anesthésique (…). S’agissait-il d’Ummites en vadrouille ? Ils ressemblaient plutôt à des agents secrets.

Sur le thème de la manipulation, on peut encore relever des histoires de micros clandestins. Une lettre ummite “révèle” la présence d’un micro dans la salle de réunion du groupe Eridani qu’avait créé Jordan Peña en 1970. Dans le même ordre d’idées, on peut citer cet incident survenu au domicile de Rafael Farriols en 1996. Il reçoit une première lettre lui demandant de répondre verbalement à une question, dans son bureau. Il s’exécute, tard le soir et à voix basse pour ne pas réveiller tout le monde. Peu après, il reçoit une nouvelle lettre lui demandant de reformuler sa réponse en dépassant 17 décibels ! On ne peut rêver mieux pour rendre quelqu’un complètement paranoïaque.

Incidemment, l’ingénieur américain Paul Bennewitz fut victime de procédés analogues destinés à le rendre fou, qui furent couronnés de succès (voir pour les détails mon livre “OVNIS : la levée progressive du secret”. Note : réédité en avril 2010 sous le titre “OVNIS. Vers la fin du secret ?”).

Un autre aspect qui va dans le sens d’une manipulation destructrice, ce sont les loufoqueries dont sont émaillées les lettres ummites. J’en ai cité une, que Jean Pollion conteste, avec toujours la même virulence : les véhicules à pattes. J’ai écrit dans mon message du 25 juillet :

« Je pense par exemple aux véhicules à pattes, sans roue, détail parfaitement ridicule que Pollion oublie d’ailleurs de mentionner, sauf erreur, dans son livre. Cela me fait penser aux albums de Zig et Puce de mon enfance. »

A cela, Pollion me répond, d’abord en me citant un témoignage fragile de l’affaire de Roswell. Or, la situation est complètement différente. Un mauvais témoin ne suffit pas pour couler une affaire, observe-t-il. Il est assez probable qu’il y a eu, sur Roswell, un certain nombre de faux témoins apparus pour déstabiliser les enquêteurs. C’est sans doute le cas de l’ancien policier Gerald Anderson, par exemple. Il n’est pas prouvé que ce soit le cas de Frank Kaufmann (note : Kaufmann a été effectivement discrédité depuis…), cité par Pollion, même s’il est vrai que ce témoin est fragile, comme Jim Ragsdale d’ailleurs (certains auteurs auraient bien fait de se méfier davantage de ces témoins). Mais c’est un tout autre problème !

Dans le cas d’Ummo, il s’agit d’une citation de lettre ummite, censée être authentique aux yeux des partisans d’Ummo.

Là dessus, Pollion écrit, le 30 juillet sur “Ovni Science” :

« J’ajoute que cette observation est absurdement fallacieuse. Gildas Bourdais ignore sans doute que les recherches les plus récentes en matière de robotique portent sur des automates multipodes, pour pouvoir affronter les terrains les plus difficiles comme les plus faciles. »

Faut-il continuer à réponde à toutes les critiques de Jean Pollion sur mon article, qui en ont fait doubler pratiquement le volume ? Franchement, je crois que c’est inutile. J’estime en avoir dit suffisamment pour inciter le lecteur, au minimum, à la plus grande prudence sur toute cette affaire Ummo. Je remarque que Claude Poher avait déjà bien senti le danger, dans son article sur les photos, en 1977 :

« On frémit à la pensée qu’il ne s’agit peut-être pas là d’un simple jeu intellectuel pour embêter quelques amateurs d’histoires croustillantes d’OVNI, mais peut-être bien d’un jeu d’adulte plus grave, moins pacifique… d’une simulation de diffusion de fausses informations à grande échelle ou de simulation de création d’une secte par exemple… En tous cas, un jeu qui a parfaitement réussi… »

Remarquons à cet égard que les années 80 ont été l’époque d’une intensification manifeste des opérations de désinformation aux Etats-Unis, à la suite des premières révélations sur Roswell par le Major Marcel, en 1977.

 

Le “langage” ummite :

Il me faut encore commenter la thèse majeure du livre de Jean Pollion sur ce curieux langage ummite qui, selon lui, ne peut pas être d’origine humaine. Je rappelle ici ce que j’ai dit dans mon message sur la liste “Ovni Science” (le 25 juillet). D’abord, que la thèse de Jean Pollion, à savoir qu’il prouve dans son livre l’origine extraterrestre du langage ummite, est si ambitieuse qu’on ne peut se contenter de son opinion, alors qu’il n’est pas linguiste, ni logicien. Il paraît capital d’obtenir des avis d’experts indépendants. J’ai ajouté que Pollion semblait conscient de cette difficulté, en faisant référence au grand philosophe et logicien Bertrand Russell, mais que cela ne nous suffit pas : il faut qu’il obtienne des avis d’experts sur son travail !

Pollion m’a répliqué, dans son message du 30 juillet, que c’est là une affirmation “discréditante” et “dévalorisante”. Il me reproche d’avoir employé le mot “s’appuyer sur” à propos de Russell : “Dialectique bassement misérable de la déformation des faits”, s’exclame-t-il ! Je vois que, avec Jean Pollion, il faut faire très attention au choix des mots. A mon avis, il serait bien avisé de faire de même.

J’ai fait un nouvel écart de langage avec mon objection suivante. Pollion affirme dans son livre que la langue ummite ne peut être une création humaine car il y a “incompatibilité sémantique et incompatibilité de la pensée” (dans un message du 22 juillet). J’ai trouvé cette affirmation “extraordinairement présomptueuse”, d’autant plus que Pollion prétend avoir percé le mystère de cette langue si extraordinaire. Il me semble qu’il y a là une contradiction grave entre les deux affirmations.

Jean Pollion s’est indigné de mon excès de langage, trouvant l’expression “présomptueux” « doublement hors de propos et quasiment injurieuse ». Je retire donc l’expression, mais je maintiens l’idée qu’il n’a pas vraiment démontré l’impossibilité d’une origine humaine de ce vocabulaire bizarre. A cela, Pollion me répond qu’il n’a jamais dit que c’était impossible (message du 30 juillet) :

Qu’est-ce qui interdit quoi que ce soit ? Rien, Monsieur Bourdais, rien ! L’imagination est sans limite. Mais la réalité est tributaire du rapport résultat/prix de revient (surtout dans le pays inventeur du capitalisme) et du bon sens… Le problème n’est pas dans les ordinateurs, mais dans la tête des humains, CIA ou pas.

Cette fois je suis perplexe : je ne sais plus très bien si Pollion considère comme impossible, ou non, une création humaine de ce langage. Que vient faire ici le critère du prix de revient ?

Savez-vous à combien se montent les budgets des services secrets aux Etats-Unis, sans parler des budgets “noirs” dont aucun compte n’est rendu au Congrès ? Il s’agit là de dizaines de milliards de dollars chaque année. Or, l’enjeu du secret sur les ovnis est énorme, si seulement une partie des informations qui circulent disent la vérité (sur ce point, je renvoie encore le lecteur à mon dernier livre). Dans ces conditions, on peut supposer que les services secrets américains n’ont pas lésiné à la dépense pour semer le trouble et la confusion dans les rangs ufologiques. Une opération comme “Ummo” ne serait pas tellement considérable, vue sous cet angle. Et j’ajoute, pour que ce soit bien clair, que je ne prétends nullement prouver que l’affaire Ummo est une fabrication américaine. Je m’efforce seulement de montrer que cela pourrait bien être le cas. Surtout après le dernier aveu de Jordan Peña !

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas l’impression d’avoir trouvé dans le livre de Pollion (que je confesse avoir lu assez vite, n’étant pas linguiste) quelque chose pour affirmer qu’il ne peut s’agir d’une création humaine. A ce sujet, je note que Josée Chelkof, qui est bien plus compétente que moi en la matière, et que quelques autres dans notre petit monde ufologique, a exprimé la même opinion :

Désolée, Monsieur Pollion, mais ce système du deuxième niveau de langage ummite (que vous appelez par erreur “le premier”) et que vous avez semble-t-il su décrypter, pourrait aussi bien être l’oeuvre d’un Terrien. Son originalité ne prouve rien et ne constitue nullement une “preuve” de leur “extraterrestrialité”. Elle peut aussi bien être terrienne qu’extra-terrestre. (Message du 28 juillet).

Merci à Josée Chelkof pour cette prise de position claire et courageuse ! Il faudrait que je réponde encore à de nombreuses critiques, mais j’en ai assez de ce débat interminable qui risque de lasser le lecteur, et je préfère m’arrêter ici. J’invite chacun à faire preuve d’esprit indépendant et à réfléchir pour son propre compte à cette “ténébreuse affaire”.  (Gildas Bourdais, août 2002)

 
Retour sur l’affaire Ummo :
Seconde partie : D’où viennent les lettres ? Par Gildas Bourdais, Janvier 2002

 
Des “révélations” qui n’en sont pas vraiment :

Jean-Pierre Petit répète dans ses livres et ses articles que les lettres ummites recèlent des idées scientifiques du plus grand intérêt, qui l’ont beaucoup inspiré, notamment pour concevoir son modèle de propulsion “MHD” et en cosmologie. Selon lui, ces idées scientifiques sont la meilleure preuve de l’origine extraterrestre de ces lettres. Il répond ainsi aux critiques : “Tous butent sur le noyau dur du dossier : ses aspects scientifiques, sur lesquels ils ne sont pas en mesure de faire des commentaires pertinents.” (Petit, p. 43).

Il y a là un argument d’autorité qui semble exclure les “non-scientifiques” de tout débat sérieux sur l’affaire Ummo : “Taisez-vous, vous n’êtes pas scientifique !”. Mais sans être scientifique, on peut quand même s’informer et écouter les opinions de scientifiques qui se sont exprimés à l’occasion. Des erreurs graves ont déjà été signalées en astronomie. Qu’en est-il des idées censées être totalement originales ? Sont-elles nécessairement d’origine extraterrestre ?

– La MHD, connue avant les lettres ummites :

Jean-Pierre Petit raconte dans son premier livre sur Ummo comment il commença à étudier des lettres ummites en 1974, fournies par Claude Poher, par l’intermédiaire d’un ami, et y trouva rapidement le principe de la propulsion par la MHD (Magnétohydrodynamique). Dès la fin de 1975, il publiait un article décrivant le principe d’un “aérodyne MHD” (Petit, p. 8).

De quand datait cette lettre ummite parlant de MHD ? Petit n’est pas clair sur ce point. Nous trouvons la lettre en question dans le livre de Ribera : “Les Extraterrestres sont-ils parmi nous ?”. C’est un rapport de 43 pages sur la nef ummite, reçu par l’ingénieur en bâtiment Enrique Villagrasa le 9 janvier 1968. Une page y décrit des effets de contrôle de la “couche limite” et “couche de choc” (Ribera, p. 147). Or, ce genre d’idée était loin d’être totalement nouveau à l’époque. Cela a été dit clairement dans le livre de J.-C. Bourret et J.-J. Velasco, “OVNIS. La science avance”, paru en 1993, qui cite notamment une communication du physicien et ufologue américain Stanton Friedman, faite à un colloque sur les ovnis organisé en juillet 1968 par le Comité de la science et de l’astronautique de la Chambre des Députés (Bourret, Velasco, p. 175). En voici un extrait tout à fait clair (plus clair d’ailleurs que le texte ummite !). Friedman répond à une question sur les effets électromagnétiques observés à proximité des ovnis :

Question 22 : Se pourrait-il qu’ils soient liés à un moyen de propulsion ?

Réponse : Il y a un nombre considérable de travaux disponibles concernant la magnétoaérodynamique. J’ai reçu une bibliographie de la NASA avec plus de 3.000 références. La référence 39 contient le résumé de plus de 300 publications traitant des interactions entre véhicules et plasmas. Une bonne partie de ce travail est secrète car le nez des ICBM est entouré de plasma. En tous cas, il y a un corpus technologique que j’ai étudié et qui me conduit à croire qu’une approche entièrement nouvelle pour la propulsion à grande vitesse dans l’air et dans l’espace pourrait être développée, en utilisant les interactions entre les champs électriques et magnétiques avec des fluides conducteurs adjacents aux véhicules pour produire une poussée ou une sustentation (“thrust or lift”), et réduire ou éliminer d’autres problèmes de vol hypersonique tels que la traînée (“drag”), le bang sonique, l’échauffement, etc. Ces notions sont basées sur la technologie existante, telle que celle figurant dans les références 40 à 49, bien que l’on puisse s’attendre à ce qu’un effort considérable de développement soit nécessaire. (Friedman).

« Question 24 : peut-il y avoir une relation entre un sous-marin EM et un ovni ?

Réponse : Le sous-marin électromagnétique du Dr Way qui, incidemment, est silencieux et serait très difficile à détecter à distance, est directement analogue au type d’appareil aérien que j’envisage, excepté que la forme de l’appareil serait plus que probablement lenticulaire et que l’eau de mer, servant de conducteur électrique, serait remplacée par un plasma électriquement conducteur d’air ionisé. »

Stanton Friedman avait déjà exposé ces idées dans un article de la revue “Astronautics & Aeronautics” de février 1968, dans lequel il concluait :

« Une étude de la littérature et une extrapolation de la technologie existante suggèrent que, moyennant un effort considérable, une approche EM entièrement nouvelle pourrait être développée pour le vol hypersonique qui, par bien des aspects, dupliquerait les caractéristiques des ovnis. »

Résumons-nous : point n’était besoin d’une lettre ummite pour évoquer l’idée de propulsion de MHD pour aéronef en 1968 (et encore moins en 1975). On peut remarquer au passage que le terme “Magnétoaérodynamique”, employé par Stanton Friedman, était plus approprié que MHD pour des véhicules aériens, mais le sigle “MAD” n’aurait pas été du meilleur effet !

J’espère qu’on ne va pas insinuer que Friedman avait reçu une lettre ummite et l’avait copiée. Pourtant, c’est bien ce qu’a suggéré Jean-Pierre Petit pour le grand physicien russe Andreï Sakharov et son hypothèse de l’univers gémellaire d’antimatière.

 

– L’univers parallèle d’antimatière :

La théorie des univers jumeaux est la pièce maîtresse des “révélations” ummites. Jean-Pierre Petit en parle dès les premières pages de son premier livre sur Ummo, “Enquête sur des Extraterrestres qui sont déjà parmi nous” :

« Dans un paquet de feuilles rapportées d’Espagne en 1976, je lus, dans les textes reçus par Sesma en 1962, une description de l’univers dont je n’avais jamais entendu parler. Il n’y aurait pas un univers, mais deux : deux feuillets gémellaires. » (Petit, p. 47).

La date de 1962 est sans doute une erreur car Sesma a indiqué dans son livre paru en 1967 la date du 11 mars 1966 pour la lettre qu’il avait reçue, évoquant cette théorie. Cette date est également citée par le Père Guerrero dans un livre paru en 1979 (Guerrero, p. 420). En fait, selon les extraits de la lettre cités dans ces livres, 1962 est la date à laquelle les Ummites prétendent avoir écrit à l'”Observatoire de Pasadena” (en Californie) pour attirer l’attention des Américains « sur l’existence de forces et sur la nature de leur genèse, c’est-à-dire la présence d’un champ d’influences extracosmiques » (“un campo de influencias extracósmicas”), mais les scientifiques terrestres interprétèrent ce message comme étant rédigé par ce qu’on appelle des farceurs (“bromistas”).

Retenons ici que la notion d’univers jumeaux apparaît dans une lettre de 1966, où ils sont dénommés WAAM et UWAAM par les Ummites. Mais la question se complique car la même lettre “révèle” aussi qu’il y a une infinité d’univers jumeaux :

« … Aujourd’hui, nous savons qu’il n’existe pas un seul Cosmos (le nôtre), mais un nombre infini de PAIRES DE COSMOS ! »

Il faut avouer que, là, le vertige nous saisit. Mais ce n’est pas tout. On y apprend encore que l’espace a dix dimensions :

Notre Cosmos est ce vous appelez un “continuum” espace-temps (nous avons dû employer dix dimensions pour le définir mathématiquement).

Il faut reconnaître que l’évocation d’un espace à dix dimensions dans une lettre ummite de 1966 a de quoi surprendre, mais il faut se rappeler que l’histoire de la physique théorique est remplie de toutes sortes de spéculations fondées sur des modèles mathématiques. L’idée d’un univers à cinq dimensions (avec une quatrième dimension spatiale) avait déjà été proposée en 1919 par un jeune mathématicien allemand, Theodore Kaluza. Il avait écrit à Albert Einstein, mais celui-ci avait rejeté sa théorie. Kaluza, très déçu, avait abandonné ses recherches et était devenu… ingénieur des chemins de fer ! En 1926, sa théorie avait été reprise et améliorée par un autre mathématicien, Oskar Klein, mais il fallut attendre les années 60 pour qu’elle renaisse pour de bon (Kaku, pp. 99 à 107, et 160).

En bref, on trouve dans cette lettre ummite “à boire et à manger” pour un amateur de spéculations hardies. Il n’est pas impossible que les vrais auteurs de cette lettre aient puisé dans ce vivier de spéculations tout à fait terrestres. Curieusement, Jean-Pierre Petit, alors qu’il s’est lancé à fond sur la théorie gémellaire, rejette avec mépris cette théorie des supercordes, qu’il accuse même, sur son site web, d’escroquerie intellectuelle. Mais revenons aux univers jumeaux.

Jean-Pierre Petit raconte qu’il fut profondément intrigué, notamment, par l’idée que la flèche du temps était inversée. Dans une autre lettre, il trouva le concept d’univers en miroir, “énantiomorphe”, et il exploita dès 1977 ces idées dans une note aux Comptes Rendus de l’Académie des Sciences de Paris, intitulée “Univers énantiomorphes à temps propres opposés”.

Or, il découvrit plus tard avec étonnement qu’un travail semblable, parlant d’univers gémellaire fait d’antimatière, avait été évoqué par le physicien russe Andreï Sakharov dans un texte de 1967, publié en français en 1984 par les éditions Anthropos (Petit, p. 49 et p. 172). Ce livre rassemblait les écrits scientifiques de Sakharov, de 1947 à 1980. Le texte auquel Petit fait référence est daté effectivement de 1967 (Sakharov 1). Le point de départ du grand physicien russe était que le Big bang aurait dû créer autant d’antimatière que de matière, or on ne la trouve pas dans l’univers connu : c’est “l’asymétrie baryonique de l’univers”. D’où l’hypothèse que l’antimatière est peut-être le constituant d’un univers “parallèle”.

Ne fallait-il pas en conclure que cette théorie “ummite” était d’origine on ne peut plus terrestre ? Mais Petit a retourné l’argument, en émettant l’hypothèse audacieuse que Sakharov avait peut-être eu connaissance de cette théorie… dans une lettre ummite ! C’est alors que, providentiellement, selon une lettre que Petit dit avoir reçue, les Ummites révélèrent qu’ils avaient effectivement adressé des lettres à des scientifiques soviétiques.

Jean-Pierre Petit a même supposé que c’est après avoir eu connaissance des textes ummites que Sakharov avait soudainement changé de cap politique : le “père de la bombe H soviétique”, savant émérite du régime, était devenu un dissident ! En réalité, il suffit de consulter un bon livre sur la vie de Sakharov pour vérifier que cette thèse ne tient pas debout. Par exemple, dans le livre “Sakharov parle”, collection de textes de Sakharov publiée en 1974 aux éditions du Seuil et préfacée par Harrison Salisbury, celui-ci explique clairement que l’évolution de Sakharov commence à se manifester en 1957-1958. C’est en 1958 qu’il commence à s’occuper des problèmes politiques et sociaux. En 1961, puis de nouveau en 1962, il s’oppose en vain à des essais nucléaires atmosphériques et commence à être très mal vu par le pouvoir politique. Il multiplie alors les protestations publiques. C’est en 1966 que Sakharov signe, avec vingt-quatre autres personnalités, une pétition adressée à la direction du parti communiste, l’adjurant de ne pas réhabiliter Staline. Son évolution eut pour résultat de le faire rétrograder de plusieurs échelons dans la hiérarchie scientifique (Sakharov, pp. 13 à 28).

En bref, il est faux que cet homme d’un courage exceptionnel ait changé de cap politique brutalement, avec ou sans lettre ummite. Une conséquence paradoxale de sa rétrogradation fut que, n’ayant plus accès au plus haut niveau de secret, Sakharov put de nouveau publier ses travaux dans les journaux scientifiques : deux articles en 1965, deux autres en 1966, deux autres encore en 1967. Ces articles figurent dans son livre publié en 1980.

 

– L’inflation cosmologique, théorie dépassée ?

Une autre révélation scientifique des Ummites serait la théorie cosmologique de l’inflation. Cet argument apparaît sous la plume de Bertrand Lebrun, élève et ami de Jean-Pierre Petit, avec qui il avait préparé sa thèse de doctorat en physique. Dans une lettre à la revue “Ovni Présence” (numéro 49, novembre 1992), Lebrun prenait la défense du dossier Ummo, en réponse au dossier “Les Ummites pris au piège” publié par cette revue (numéro 47, mai 1992). Il citait une lettre ummite adressée à Fernando Sesma en février 1966 :

« Ainsi, la mesure que vous faites de l’âge de l’univers est inexacte car vous utilisez comme paramètre cette pseudo vitesse V2 (au carré) constante. Ainsi, en plus du fait que si maintenant la vitesse V2 est presque constante, dans les premiers temps de la création, l’accélération (fonction sinusoïdale) arriva à avoir une énorme amplitude. »

Ce qui signifie, selon Lebrun, que l’univers a dû subir une expansion très importante à ses débuts, comme le dit la théorie de l’inflation cosmologique. Rappelons que, selon cette théorie élaborée au début des années 80 par l’Américain Paul Guth et le Russe Andreï Linde, une fantastique expansion aurait eu lieu, juste après le Big bang, au tout début de l’univers. Elle avait été très bien accueillie à l’époque car elle apportait peut-être des réponses à des questions non résolues dans la théorie du Big bang : l’uniformité du rayonnement cosmologique et l’apparente “platitude” de l’univers. Cependant, cette théorie n’expliquait pas comment les galaxies avaient pu naître dans un univers aussi uniforme. Or, les mesures du rayonnement “cosmologique”, réalisées par le satellite Cobe (Cosmic Background Explorer : explorateur du fond de ciel cosmique) en 1992, ont révélé l’existence d’infimes variations dans ce rayonnement cosmologique, qui pouvaient être à l’origine de ces “irrégularités” que sont les galaxies.

Ces mesures semblaient donc conforter la théorie du Big bang et de l’inflation. Ainsi, expliquait Lebrun dans sa lettre de 1992, la théorie de l’inflation, formulée en 1980 et consolidée en apparence par les nouvelles observations, avait été révélée dans une lettre ummite de 1966 :

« C’est comme si quelqu’un donnait discrètement la solution à un problème qui ne s’est pas encore posé et qu’il faille attendre 15 ans pour que le milieu scientifique perçoive que la question est primordiale et 25 ans pour que l’on découvre que la réponse était bonne !!! »

Alors, tenons-nous là un argument décisif sur l’origine extraterrestre des lettres ummites ?

Malheureusement, sans entrer dans les arcanes des théories cosmologiques, nous savons que cette théorie de l’inflation a perdu du terrain ces dernières années, et que la théorie du Big bang elle-même, qui n’a jamais fait l’unanimité, doit faire face à des critiques persistantes. Sans être un scientifique de “haut niveau”, on peut s’en faire une idée dans la presse de vulgarisation de ces dernières années. Par exemple, dans la revue “Ciel et Espace”, qui titrait déjà en octobre 1993 : “Big bang. Les astronomes qui n’y croient plus”, et en mai 1999 : “Faut-il brûler le Big bang ? Les astronomes répondent”.

En lisant ce genre d’articles, on s’aperçoit que la cosmologie est riche de nombreuses hypothèses et théories alternatives, dont la plus connue sans doute reste celle de l’astronome britannique Fred Hoyle, mort récemment, qui avait proposé un modèle d’univers stationnaire en 1948, avec ses collègues Bondi et Gold. Dans le numéro d’octobre 1993, Jacques Demaret, maître de conférences à l’Institut d’astrophysique de l’université de Liège, et cosmologiste réputé, en citait quelques-unes dans son article “Quelles alternatives au Big bang ?”. Il laissait percer son scepticisme en évoquant les « contorsions théoriques auxquelles doivent se livrer les cosmologistes pour tenter de lui greffer une phase inflationniste très précoce (vers 10 puissance -35 secondes), capable de rendre compte à la fois de l’isotropie extrême du rayonnement cosmique de fond et de ses petites fluctuations de température, traces de grumeaux proto-galactiques qu’a récemment détectées le satellite Cobe ». (Demaret).

 

Dans le “dossier cosmologie” publié par la revue “Pour la Science” de mars 2001, James Peebles, professeur “émérite” à Princeton, résumait la situation dans un tableau synthétique sur les principales théories cosmologiques. Sur cinq théories, celle de l’inflation y était classée en dernier, avec la mention “insuffisant” et ce commentaire : “Théorie élégante, mais qui ne repose sur aucune preuve directe, et qui impose une extrapolation énorme des lois physiques.”

En l’occurrence, il se trouve que Jean-Pierre Petit a proposé lui-même une théorie alternative fondée sur une variation des constantes fondamentales au début de l’Univers, qui rend inutile l’hypothèse d’une phase d’inflation. Cela figure sur son site Internet, dans le résumé de sa communication en anglais au colloque de Marseille en juin 2001 : “The theory of inflation is no longer necessary”.

En fait, il le laissait déjà entendre dans un texte intitulé “The missing mass problem”, publié en 1994 par la revue “Il Nuovo Cimento”, et figurant en annexe de son livre “Le mystère des Ummites”. Il y écrivait ceci, qui se passe de traduction : “This constitutes an alternative to the theory of inflation” (Petit, p. 335). Pauvres Ummites : étaient-ils déjà dépassés ?

En bref, dès que l’on s’informe un peu sur ce vaste domaine des théories de physique fondamentale et de cosmologie, on est frappé par le foisonnement des idées en compétition, et l’on se dit qu’il vaudrait mieux garder l’esprit ouvert. C’est justement ce que recommande James Peebles :

« La recherche est un champ d’activités complexe et foisonnant, et même les spécialistes ont parfois des difficultés à avoir une vue d’ensemble. Dans ces conditions, comment peut-on trier le bon grain de l’ivraie ? On doit surtout se donner la peine de prendre connaissance des différents courants de pensée, ne pas se limiter à une seule opinion. » (Peebles).

« A travers des milliers de cosmologies alternatives qui naissent actuellement, il sera sans doute possible de construire, prenant une idée là, une autre ici, quelque cosmologie future irréprochable et cohérente. » (p. 12).

En revanche, Jean-Claude Pecker, dans la même préface, n’est pas tendre pour les spéculations ummites de l’auteur : « … qu’il s’agisse d’un canular volontaire de Jean-Pierre Petit, ou des inventions issues d’une crise de schizophrénie momentanée, je ne crois pas aux visiteurs venus d’ailleurs… pas du tout ! Et je n’en dirai pas plus. » (p. 9).

 

– La question du ralentissement des sondes spatiales :

Un nouvel argument scientifique est apparu en 2001, celui du ralentissement des sondes spatiales. La revue “Sciences et Avenir” de juillet 2001 révélait que les scientifiques américains de la NASA et du JPL (Jet propulsion Laboratory) étaient intrigués depuis plusieurs années par un phénomène non expliqué de ralentissement des sondes spatiales s’éloignant du système solaire, comme si elles étaient freinées par une force inconnue. Cela pourrait être expliqué, selon la revue, dans le cadre de la théorie de l’univers jumeau d’antimatière développée par Jean-Pierre Petit dans son livre “On a perdu la moitié de l’univers”.

Les partisans de l’authenticité des lettres ummites ont évidemment souligné que Petit avait élaboré sa théorie de l’univers gémellaire à partir de ces lettres apparues dans les années 60, évoquées plus haut. S’y ajoutait une lettre que, dans son livre “Le mystère des Ummites”, Petit dit avoir reçue en 1992. Cette lettre déclencha chez lui toute une réflexion, notamment à partir d’une phrase énigmatique, en forme de rébus : « Ainsi nous pouvons dire que la masse du cosmos gémellaire est nulle et non nulle. » (Petit, p. 103). Petit en déduisit que l’univers jumeau d’antimatière se comportait comme s’il avait une masse négative, qui aurait un effet gravitationnel répulsif au sein de notre univers de matière. D’où l’explication possible du freinage des sondes spatiales, traversant une zone où serait présent l’univers d’antimatière.

Là-dessus se pose à nouveau la question délicate de l’antériorité. Pour les partisans de Ummo, pas de doute, le livre de Petit “On a perdu la moitié de l’univers” étant paru en 1997, il a quatre ans d’antériorité sur la publication de cette information en 2001, et la lettre de 1992 en a neuf ! Cependant, il ne faut pas confondre la date de vulgarisation médiatique d’une information avec la date de sa découverte. L’article de “Sciences et Avenir” précisait que le chercheur Slava Turquey, de la NASA et du JPL, réfléchissait au problème depuis huit ans, donc depuis 1993. Nous ne sommes pas loin de la date de la lettre ummite. De plus, les premiers lancements de sondes destinées à sortir du système solaire remontent à 1972 et 1973, et leur ralentissement, alors qu’elles commençaient à quitter le système, a dû se manifester une dizaine d’années plus tard, soit au début des années 80. On ne peut donc exclure que l’auteur anonyme de cette lettre de 1992 ait été au courant de l’étrange phénomène et ait songé à en tirer parti habilement ! Quant à l’argument selon lequel les lettres ummites parlant d’univers gémellaire remontent aux années 60, nous avons vu qu’elles sont à peu près de la même époque que la théorie du grand physicien Sakharov. Encore une fois, la question est : qui a copié qui ?

 

– Pseudo révélations politiques : alerte nucléaire, sida et guerre du Golfe

« Le message que nous remettrons devra se conserver jusqu’au vingt janvier de 1974, et, si nous ne sommes pas revenus sur Terre, vous l’ouvrirez et vous le donnerez à connaître à vos frères intéressés. …/… Tous mes frères abandonneront la Terre entre le 29 octobre et le 15 novembre. La probabilité de retour est de 65,14 pour-cent. »

Soulignons au passage l’admirable précision à quatre chiffres ! Godelieve Van Overmeire commente la suite :

« Le document joint était bien entendu un message codé pour que les élus du groupe de Madrid puissent aller se réfugier dans un souterrain aménagé par les Ummites, en vue de l’imminence de la guerre atomique. Le 8 janvier 1974 (A 113 – D. 112), le Dr Juan Aguirre Ceberio reçoit une lettre d’adieu avec des remerciements pour presque chacun des membres du Groupe. Les Ummites y disent qu’ils fuient le danger nucléaire terrien. Il faut cependant croire que le danger n’est pas aussi pressant que cela, car le même destinataire recevra une nouvelle missive, le 22 janvier 1974 (A.114), parlant de tout autre chose ! »

« Quand les agents auraient la certitude d’une attaque nucléaire imminente, ils téléphoneraient à un troisième agent de Bilbao en lui communiquant cet innocent message : Ta tante Marguerite est très malade. » (Ribera, p. 37).

Antonio Ribera avoue dans son livre que ce message les avait d’abord angoissés, mais que l’invraisemblance du scénario les avait finalement rassurés :

« D’autre part, l’idée qu’un agent infiltré, par exemple dans le SAC (Strategic Air Command) nord-américain, qui, au moment de l’alerte rouge, demande rapidement la permission à ses supérieurs de téléphoner à Bilbao, est finalement absurde et proche de l’opérette. Et il fallait multiplier les difficultés par dix pour le cas de l’agent soviétique. Toutes ces réflexions, il faut bien le dire, diminuèrent considérablement notre angoisse initiale. » (Ribera, p. 38).

Ce scénario fait aussi penser à la célèbre scène du film “Dr Folamour”, où le commandant adjoint de la base aérienne essaie de se procurer des pièces de monnaie pour téléphoner à l’extérieur, en fracturant un distributeur de boissons. Alors que la planète risque de sauter, un sous-officier le prévient sévèrement : “Vous en répondrez devant la compagnie Coca-Cola !”.

Nouvelle alerte, dans une lettre du 30 janvier 1988, reçue par l’ufologue espagnol Javier Sierra :

« UMMO PREPARE UN PLAN DE SAUVETAGE POUR OYAGAA :

PREMIEREMENT : construction en divers points de la Terre de bases souterraines étanches et autonomes en oxygène, eau, énergie et produits d’alimentation. De telles installations furent conçues pour servir de refuge à nos expéditionnaires et à un contingent réduit de Terriens, et pour assurer leur survie face à une attaque généralisée avec des armes à plasma, nucléaires et biotechniques, y compris pendant toute la période postérieure de risque d’agression physique et biologique de la part du milieu contaminé (environ 500 jours terrestres). »

La construction de tels abris était encore d’actualité à l’époque, notamment en Suisse. On ne savait pas, en 1988, et les Ummites non plus, que le mur de Berlin allait tomber un an plus tard, signalant la fin de la “guerre froide” !

L’une des “prédictions” le plus souvent mises en avant pour authentifier les lettres ummites est celle de la guerre du Golfe. Rappelons que les Américains et leurs alliés déclenchèrent leur attaque le matin du 16 janvier 1991. Godelieve Van Overmeire cite une lettre, répertoriée D.1751, qui fut reçue par Villagrasa et Barrenechea le 14 janvier 1991, annonçant le début des opérations, donc juste deux jours avant, mais Jean-Pierre Petit cite la date du 5 janvier pour cette lettre.

Dès la première page de son livre “Enquête sur des Extraterrestres qui sont déjà parmi nous”, Jean-Pierre Petit commente une lettre ummite reçue par son ami Rafaël Farriols le 5 janvier, annonçant à l’avance le déclenchement de la guerre du Golfe. “Tout ce qui y était prévu s’est effectivement produit, à quelques détails près”, nous dit Petit, avec “bon nombre de détails techniques sur le recours aux missiles de croisière” et sur les cibles prioritaires.

Dans le meilleur style des lettres ummites, le déclenchement y était présenté comme “probable à 98 %, avec une fourchette de dates se situant entre le 12 et le 20 janvier”. Cela prouve-t-il l’origine extraterrestre de la lettre ? Petit ne le dit pas, mais du seul fait qu’il cite cela en tête de son livre sur Ummo, il le suggère fortement. Or, la question n’est-elle pas plutôt de savoir qui pouvait être aussi bien renseigné sur le plan de bataille américain ? L’état-major américain, bien sûr, mais aussi les pays alliés. Autrement dit, cette “fuite” ummite pouvait venir de pas mal de pays à ce moment-là.

 

– La fausse rumeur du sida :

  La “révélation” selon laquelle les Américains auraient concocté le virus du sida en laboratoire, pour décimer les pays pauvres, nous invite à tourner plutôt notre regard vers le KGB. Toujours dans son premier livre sur Ummo, Jean-Pierre Petit évoque de nombreux coups de téléphone des Ummites aux Espagnols, autour de 1989, dont il a pu consulter les notes chez son ami Rafaël Farriols. Un jour, les Ummites expliquèrent, sur question posée par les Espagnols, que le virus du sida “avait été créé par manipulation génétique dans un laboratoire du Minnesota”. Ce virus, qui avait été expérimenté au Zaïre, visait à « rechercher des souches virales attaquant une population plutôt qu’une autre. Une arme raciale, en quelque sorte. Pour se faire la main, les chercheurs auraient manipulé ces souches virales bricolées à l’aide de micro-ondes pulsées et les auraient expérimentées sur des singes ». Mais, toujours selon les Ummites, l’affaire avait mal tourné : des singes s’étaient échappés, avaient blessé des hommes qu’ils avaient contaminés, répandant ainsi en Afrique la maladie du sida. Et Petit concluait ainsi : « Refermons cette partie du dossier en nous disant que, décidément, les hommes sont vraiment capables de faire n’importe quoi. » (Petit 1, pp. 130 et 131).

Or, il se trouve que l’origine de cette pseudo révélation est connue. Voici le résumé des faits, tels qu’ils sont relatés par Jean-François Revel dans son livre “La connaissance inutile”, paru en 1988 (Revel, pp. 293 à 297). Le 30 octobre 1985, le journal soviétique “Literatournaya Gazetta” citait un journal de New Delhi, “The Patriot”, paru le même mois, qui faisait une stupéfiante révélation : « Le virus du sida était le produit d’expériences en ingénierie génétique faites par l’armée américaine en vue de la guerre biologique. Le virus s’était ensuite propagé à New York, puis dans le tiers monde, transporté par des militaires américains. » L’article du journal indien, connu pour être prosoviétique, “stigmatisait les forfaits américains”.

Seulement voilà, un an plus tard, un journaliste indien, Bharat Bhushan, voulut vérifier la source et découvrit que l’article n’avait jamais été publié par le “Patriot” ! Il publia sa découverte dans un article du journal “The Times of India” du 19 novembre 1986. Manifestement, l’opération prenait son origine à Moscou et avait un peu cafouillé, mais le résultat fut le même. A cette date, la rumeur avait déjà fait le tour du monde, notamment avec un épais dossier “scientifique”, diffusé en septembre 1986 au sommet des pays non alignés, au Zimbabwe. Ce rapport, qui signalait cette fois que des expériences avaient été faites à Fort Detrick dans le Maryland, était signé de deux chercheurs “de l’Institut Pasteur de Paris”, qui furent ensuite localisés à Berlin-Est. Jean-François Revel note que la rumeur a eu un grand retentissement dans le tiers monde et qu’elle a même fait carrière en Europe : elle a été reprise par le journal britannique “Sunday Express” le 26 octobre 1986, et développée dans un livre français en 1987, dans lequel il était précisé que ce virus avait été conçu pour frapper sélectivement les Noirs ! On peut se demander si le coup de téléphone ummite de 1989, repris malheureusement en 1991 par Jean-Pierre Petit dans son livre, n’était pas inspiré de cette opération de désinformation.

Il convient en revanche de signaler ici que l’hypothèse d’une ressemblance du vocabulaire ummite avec le chinois, formulée par Godelieve Van Overmeire (que l’on peut consulter sur son site Internet), semble avoir été complètement réfutée par une nouvelle étude publiée dans la revue “Inforespace” en décembre 2001. Cette étude d’un sinologue allemand, Johannes Gehrs, a été traduite en français par le professeur Auguste Meessen. Il faut saluer ce remarquable travail qui met sans doute un point final à cette controverse.

 

Qui sont les auteurs des lettres ummites ?

Alors, ces lettres ummites, terrestres ou extraterrestres ? Luis Jordan Peña a affirmé qu’il en était le seul auteur. Il est certain qu’il a participé en première ligne à l’affaire Ummo, mais sa prétention paraît intenable. Qui était derrière lui ? C’est une question beaucoup plus délicate, qui ne semble pas encore vraiment résolue aujourd’hui.

 

– Les aveux de Luis Jordan Peña :

Luis Jordan Peña a “tout avoué” en deux étapes à partir de 1992. Les enquêteurs espagnols que j’ai questionnés, Javier Sierra, Vincente Juan Ballester-Olmos, et l’équipe de la revue “Cuadernos de Ufologia”, semblent vouloir s’en tenir là. Il paraît peu probable, cependant, qu’il ait pu monter tout seul une opération d’aussi grande envergure. Godelieve Van Overmeire, qui a étudié pendant dix ans les lettres ummites, en a retiré l’impression qu’elles avaient été écrites par plusieurs équipes différentes, étant donné les différences de style, et les compétences très variées qu’il fallait réunir pour les écrire : en physique fondamentale, en technologie, en biologie, en sociologie et en métaphysique. Les scientifiques qui les ont étudiées, comme Jean-Pierre Petit, soutiennent qu’elles sont de haut niveau, en dépit de toutes les bêtises dont elles sont truffées. Luis Jordan, avec sa formation moyenne d’ingénieur et de psychologue, ne pouvait en être le seul auteur. Rappelons quand même ses aveux, révélateurs de son état d’esprit.

Alejandro Agostinelli, ufologue argentin (pays où Ummo avait aussi ses partisans), a rencontré Jordan à Madrid le 14 décembre 1991 et lui a remis une liste de questions, auxquelles il a répondu par écrit, le 25 février 1992. Cet entretien a été publié dans les “Cuadernos de Ufologia”, et la traduction en français est parue dans la revue “Phénomèna” en mai/juin 1993. Luis Jordan s’y révèle comme un rationaliste pur et dur, pourfendeur du paranormal, après avoir été trompé par une excellente médium spirite dans sa jeunesse :

« Dans mes incursions postérieures pour tenter de démasquer les pièges de la parapsychologie, jamais je n’ai rencontré une intrigante aussi extraordinaire qu’Ester. C’est grâce à elle que j’ai ouvert les yeux sur les supercheries que l’on rencontre abondamment dans toutes les parasciences et que j’ai commencé mon initiation à la prestidigitation. »

Luis Jordan emploie les mots les plus durs pour fustiger ces parasciences qu’il déteste et qu’il combat publiquement. Ses défenseurs, dit-il, font partie d’un milieu “sous-cultivé” qui se répand dans la “presse-ordure”. Agostinelli lui demande pourquoi il s’est occupé de Ummo et s’est introduit dans le groupe de Madrid. Pour l’étudier de l’intérieur, lui répond Jordan, comme un ethnologue qui va vivre avec les Indiens Jivaros. Il se vante de s’y être fait d’excellents amis : « Tous des écrivains de l’autre bord : occultisme, astrologie, parapsychologie. Ils m’ont accueilli bien qu’ils connaissent mon scepticisme. »

Jordan méprise les “démentiels soucoupistes”, qu’il met dans le même sac :

Vous dites que l’ovnilogie est à part ? J’utilise ce terme parce qu’il est plus exact que l’anglicisme déformé “ufologie”. Cela fait partie de la paraphysique, une pseudo science aussi grande qu’un pin, c’est à dire une fausse science pour tromper les naïfs.

Sur l’affaire Ummo, qu’il qualifie d’obscure et frauduleuse, il se défend d’abord, dans ce premier entretien de 1991, d’avoir écrit lui-même toutes les lettres ummites. Mais son discours est obscur lui aussi. Il évoque l’atterrissage de Madrid comme étant “une simple affaire d’atterrissage d’un prototype supposé américain” qui n’a rien à voir avec “cette fable des soucoupes volantes”. Quel était ce prototype américain ? Mystère !

Parmi les membres du groupe de Madrid, il mentionne Alicia Araujo, “l’étrange fonctionnaire de l’ambassade des Etats-Unis”. Celle-ci avait été l’une des toutes premières personnes à recevoir des lettres, avec Fernando Sesma. Jordan soupçonne un groupe américain d’être à l’origine des lettres et met en avant deux arguments :

* Les lamelles de plastiques, trouvées dans les tubes à Santa Mónica, étaient faites de fluorure de polyvinyle, une fabrication spéciale pour la NASA.

* Une lettre de 1974 avait annoncé le risque d’une guerre nucléaire, qui ne pouvait être connu que parmi de hauts responsables américains.

Mais les aveux de Luis Jordan rebondissent l’année suivante, et il nie alors cette hypothèse américaine, affirmant être le seul auteur des lettres. Un épisode bizarre, une fois de plus.

Après un premier aveu fait par Jordan à Javier Sierra, c’est Rafaël Farriols qui reçoit une lettre le 2 avril 1993, postée de Cuba, lui demandant de réunir à Barcelone les principaux correspondants. Les Ummites veulent que Luis Jordan clarifie la situation en révélant ce qu’il sait d’eux ! Or, Jordan, malade, ne peut venir. Il écrit alors une lettre d’aveux complets qui est lue par Farriols à la réunion.

Rafaël Farriols lui-même en fut très affecté, précise Jean-Pierre Petit :

« Rafaël avait l’impression d’avoir été pris pour un imbécile. Il appela José-Luis pour lui demander des explications, de vive voix, devant nous. C’est alors que Peña lui fit cette réponse :

– Ne te fâche pas comme ça ! Ce sont les Ummites qui m’ont demandé d’agir ainsi ! » (Petit, p. 227).

Cette “explication” dépassait toutes les limites du supportable. Le résultat, on le comprend, fut un nouveau coup très dur pour le dernier carré des fidèles, qui mit fin pratiquement à Ummo en Espagne. Ainsi, et c’est un point très important à souligner, ce sont des lettres ummites qui brisèrent, notamment en 1985 et en 1993, l’échafaudage qu’elles avaient patiemment édifié. Quelle pourrait bien être l’explication d’un tel comportement ?

Ecartons rapidement l’hypothèse selon laquelle Luis Jordan aurait monté toute cette affaire avec quelques amis, disons une petite équipe scientifique. Beaucoup trop longue, compliquée et coûteuse (songeons seulement aux lettres postées des quatre coins de la Terre). De plus, si Jordan avait eu des complices, pourquoi ne l’a-t-il pas dit tout simplement ? Il n’était pas nécessaire qu’il donne des noms. Ce refus de l’avouer diminuait beaucoup sa crédibilité.

 

– L’hypothèse américaine :

Il y a une explication possible à ces manœuvres suicidaires des lettres ummites, celle d’une opération de désinformation visant à décrédibiliser l’ufologie. Le scénario serait celui du “canular démasqué”. Rien de tel, pour démolir un canular, et tourner ainsi en ridicule les ovnis, que de le fabriquer soi-même ! Dans une première phase, on suscite l’attention et l’intérêt, puis, une fois que le public est bien appâté, on casse la belle histoire. On sait très bien qu’il existe aux Etats-Unis des services chargés de la désinformation, du “debunking” des ovnis. Cela avait été recommandé notamment par la “Commission Robertson” en janvier 1953, à l’instigation de la CIA, et l’on a eu maintes occasions d’observer cette politique, mise en oeuvre avec efficacité. En 1989, l’ufologue américain William Moore a avoué, lors du congrès annuel du Mufon, avoir trempé dans une telle manipulation, menée par le service de renseignement (AFOSI) de l’armée de l’Air pour rendre fou l’ingénieur Paul Bennewitz, qui les gênait beaucoup avec ses découvertes près de la base de Kirtland, au Nouveau-Mexique.

Dans ce contexte, il n’est pas inconcevable que les Américains aient conçu, au tournant des années 60, une opération d’envergure visant les pays hispanophones, jusque là moins touchés par leurs actions. C’était une période beaucoup plus difficile pour eux qu’actuellement, qui avait donné lieu aux fameux “hearings” au Congrès évoqués plus haut, mais la situation avait été maîtrisée grâce aux conclusions négatives de la Commission Condon en 1969.

Les forces aériennes américaines disposaient de plusieurs bases importantes en Espagne et pouvaient facilement y héberger une équipe de désinformation pour les actions de terrain, avec l’aide locale d’agents dévoués comme Luis Jordan Peña, rationaliste militant et politiquement proche du pouvoir. Les feuilles de plastique “made in USA” sont un indice fort dans ce sens. On peut supposer d’autre part que la conception des lettres avait reçu l’aide, aux Etats-Unis, de scientifiques de haut niveau. De plus, il leur était facile de faire poster les lettres des quatre coins de la planète. Mais cette hypothèse présente des difficultés, principalement le ton anti-américain et hostile au régime du Général Franco, qui a prévalu, à partir de la fin des années 70. L’accent était mis notamment sur “la folie de la course aux armements et sur l’irresponsabilité de nos dirigeants” (Petit, p. 31). C’est cet aspect troublant qui a fait envisager à certains l’hypothèse du KGB.

 

– L’hypothèse du KGB : le pour et le contre

Cette hypothèse est bien connue en France, pour avoir été mise en avant en 1993 dans le livre “Ovnis : la science avance” de J.-C. Bourret et J.-J. Velasco, et dans celui de Renaud Marhic, “Les Extraterrestres qui venaient du froid”. Ces auteurs ont souligné que les lettres ummites critiquent d’abord le régime du Général Franco, puis s’en prennent de plus en plus aux Américains. Cela est incontestable dans des lettres publiées par Renaud Marhic. A l’inverse, la société ummite présente des aspects “communistes” que ne renierait pas le système soviétique. Ces auteurs ont donc supposé que le KGB aurait pu monter toute cette affaire pour faire de la propagande communiste dans la bourgeoisie espagnole, dont faisaient partie les destinataires des lettres.

Cette hypothèse du KGB amène un certain nombre de questions. S’il s’agit d’une opération de propagande soviétique, on ne comprend pas pourquoi le KGB se serait “amusé” à démolir, notamment en 1985 et 1993, ce qu’il avait laborieusement construit depuis 1966 ou avant. A cela, une explication peut être proposée qui ne manque pas de subtilité. Les Russes auraient changé d’objectif vers cette date ou, mieux, auraient privilégié un autre objectif qui était d’appâter des scientifiques occidentaux. Il s’agissait d’obtenir qu’ils leur communiquent leurs travaux, en croyant dialoguer avec les Ummites. Dans cette hypothèse, Jean-Pierre Petit, très convaincu des lettres ummites depuis des années, serait devenu leur objectif principal, et il était habile de mettre hors circuit leur “clientèle” espagnole pour faire de Petit leur interlocuteur hautement privilégié : celui qui, désormais, allait recevoir les lettres ! Je dois avouer que cette hypothèse me laisse perplexe. Une telle manœuvre, très déstabilisante pour toute l’affaire Ummo, ne risquait-elle pas de détourner même un convaincu comme Jean-Pierre Petit ?

Quel que fut l’objectif, le KGB était-il capable de monter une telle opération ? Oui, affirme Leonid Chebarchine, ancien Directeur de la Première Direction Générale (PGU) et ancien vice-président du KGB, dans un entretien à la revue russe “Aura-Z”, publiée aussi en français (vol. 1-IV) : « Le KGB était parfaitement capable de monter une mystification de ce calibre. En fait d’intox, il était inégalé. » Pour sa part, le rédacteur scientifique de la revue, Alexandre Avchaloumov, tient pour plausible l’objectif d’espionnage déjà évoqué, en faisant étudier par des scientifiques occidentaux – comme Jean-Pierre Petit ! – des idées que les Russes n’auraient pas eu le temps et les moyens d’étudier eux-mêmes. Leurs résultats auraient été ensuite récupérés par les services de renseignement soviétiques au moyen de l’espionnage industriel. Mais, reconnaît l’auteur, on ne voit pas très bien pourquoi ils auraient sélectionné l’Espagne et la France pour une telle opération. Cela dit, Jean-Pierre Petit raconte lui-même un aspect particulièrement troublant : au début des années 90 s’établit entre lui et les Ummites un mode original de communication ; il posait des questions en les tapant sur son ordinateur, et ils répondaient peu après par lettre ! (Petit, p. 231). Il faut avouer que cela sent fort l’espionnage et la manipulation.

Sur le contenu des lettres, il faut noter ici un avis discordant d’Antonio Ribera, qui a exprimé son scepticisme. Dans son article paru en 1975 dans la “Flying Saucer Review”, il se dit frappé, au contraire, par des aspects qui lui font penser à une idéalisation de l’American way of life :

« C’est le monde heureux du futur de l’Américain moyen, avec la durée du travail quotidien réduite à trois heures, la maison pleine de gadgets, où la vie est entièrement automatisée et où chacun arbore un sourire permanent. Cela, plus une attitude prude et puritaine vis-à-vis de la nudité, semble pointer vers une origine américaine de ces rapports déconcertants. » (Ribera).

Il n’est pas évident, d’autre part, que la présence de la théorie de Sakharov dans l’une des premières lettres ummites soit une preuve de l’origine soviétique de la lettre. On peut supposer que les scientifiques occidentaux, en particulier les cosmologistes, aient été au courant de certaines de ses recherches. Les communications n’étaient pas complètement rompues entre scientifiques de haut niveau, même en pleine guerre froide. Carl Sagan, par exemple, a raconté ses échanges avec des collègues russes sur la question de la vie dans l’univers, et la possibilité de visiteurs extraterrestres dans le passé. Peut-être, également, des espions scientifiques américains avaient-ils bien travaillé ?

Une objection importante doit être maintenant mentionnée à l’encontre de l’hypothèse soviétique. Comme me l’a souligné l’ufologue espagnol Javier Sierra, la personnalité de Luis Jordan Peña ne colle pas du tout avec l’hypothèse d’une propagande communiste : il était très à droite et proche du régime de Franco. Sur l’hypothèse du KGB, Javier m’a répondu ceci :

« Nous nous déplaçons sur le terrain dangereux des suppositions. Sur votre question, mon impression est que Jordan n’était pas un partisan communiste. J’ai discuté, dans le passé, de très près avec ses deux fils des idées politiques de leur père, et rien n’indique une telle filiation. »

Dans ce monde de miroirs déformants qu’est la désinformation sur les ovnis, il n’est pas inconcevable que les Américains, s’ils ont monté toute cette affaire, aient pris soin de brouiller les pistes. Un peu de propagande communiste permettait de masquer l’origine des lettres. L’objectif essentiel était de discréditer les ovnis. Si cette hypothèse est la bonne, on peut dire qu’il a été atteint brillamment ! En France, l’affaire Ummo a bien servi pour tourner en ridicule les ovnis et les ufologues pendant des années.

Il y a peut-être encore d’autres hypothèses à explorer. Pour mémoire, n’oublions pas celle d’une manipulation d’origine extraterrestre ! L’objectif serait, pour des extraterrestres ou même des “entités” d’une autre nature, de brouiller les cartes en ridiculisant l’idée de présence non humaine sur Terre. La question vient déjà à l’esprit à propos de nombreuses “rencontres rapprochées” ou RR3, dont Aimé Michel avait souligné le caractère souvent invraisemblable, au point qu’il avait parlé d’un “festival d’absurdités” pour la fameuse vague d’observations de 1954. Une telle hypothèse ne peut être exclue, mais il faut souligner, encore une fois, le caractère particulier du dossier Ummo, dont le contenu est très décalé par rapport à toute la “littérature” ufologique. Très différent, notamment, de la plupart des révélations, vraies ou fausses, recueillies par les “channels” et les “contactés”. Il est donc bien peu probable qu’il soit de cette nature.

Et voici encore une autre hypothèse : les lettres auraient peut-être changé d’auteurs en cours de route ! Il y aurait eu une première phase d’origine américaine, puis ceux-ci se seraient retirés, en prenant soin de casser l’histoire. Après un temps mort, la place étant libre, une équipe russe l’aurait alors occupée, avec d’autres objectifs ! Jean-Pierre Petit observe d’ailleurs que le contact sembla rompu pendant deux ans au milieu des années 70. Puis il reprit “sur un mode sensiblement différent”, les Ummites expliquant alors qu’ils “avaient tout simplement quitté la Terre”. Petite remarque également, les Espagnols étaient très préoccupés par le risque de “parasitage” vers la fin des années 80 (Petit, pp. 31 et 32).

Après tout, n’importe qui peut prendre sa plume et écrire une lettre ummite, anonyme et sans laisser d’adresse. On peut même imaginer que certaines lettres aient eu encore d’autres auteurs anonymes. Mais arrêtons ici les spéculations et laissons le lecteur se faire sa propre idée sur cette ténébreuse affaire.

Gildas Bourdais

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