Nos mémoires selon Anne Givaudan

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Au niveau individuel, il existe deux grands types de mémoires : les mémoires familiales, de type « transgénérationnel », et à propos desquelles il existe toute une littérature, et la mémoire de l’âme, celle de nos diverses incarnations.

Dans un livre paru en 2008 aux éditions S.O.I.S., Anne Givaudan aborde le sujet des multiples mémoires qui affectent nos vies (auxquelles elle ajoute la mémoire des lieux et celle des objets). J’en fais ici la synthèse :

Comment cicatriser les plaies de nos histoires anciennes, pacifier nos mémoires qui, à l’image des formes-pensées, encombrent nos circuits subtils et se répercutent sur notre corps physique sous forme de blessure ou de maladie, et sur notre mental en influençant nos réactions… ?

On n’efface pas une mémoire, mais on peut cependant guérir les séquelles que cette mémoire a laissées en nous, depuis un temps plus ou moins long pouvant aller de quelques années à quelques millénaires.

S’il y a des mémoires qui nous régénèrent, il y en a d’autres qui laissent des traces que l’on pense indélébiles, qui agissent à notre insu dans le secret de notre être, celles dont nous n’avons pas conscience et qui laissent sur le corps physique des marques visibles, etc. La libération de l’âme passe par la résolution de l’empreinte de ces mémoires.

Nous sommes tous habités de multiples mémoires, certaines plus encombrantes que d’autres.

Sri Aurobindo (1914) a distingué les mémoires de la nature inférieure (qui proviennent du processus de l’évolution) et la mémoire de notre nature divine qui se révèle peu à peu à nous au cours du processus évolutif… (1)

 

I. Les divers types de mémoires :

On peut distinguer les mémoires familiales, les mémoires de vies antérieures (y compris des cas de mémoires cellulaires), les mémoires des lieux et la mémoire des objets.

 

1. Les mémoires familiales :

« La naissance dans une famille riche ou pauvre, musulmane ou hindouiste, chrétienne, athée, bouddhiste ou encore juive, ne laissera pas les mêmes traces en nous.

De même, que nous soyons attendus, voulus, rejetés, ou que nous arrivions au mauvais moment, fera toute la différence. (…) » (A. Givaudan)

Notre naissance, notre enfance, nos traumatismes oubliés ou non, les mémoires de nos parents et de nos grands-parents, leurs capacités ou incapacités, notre pays… On mesure l’étendue de ce qui agit en nous.

Comme exemple de mémoire « transgénérationnelle », Anne Givaudan évoque celui de Léa :

« Léa est une femme de trente ans qui est pleine d’énergie et réussit sa vie dans de nombreux domaines, mais aujourd’hui, dans un séminaire, elle déclare devant les participants que sa vie sentimentale est un échec.

Curieusement, elle trouve toujours des partenaires qui sont peu fiables, inconstants et sur lesquels elle ne peut absolument pas compter.

Attentive, elle cherche le pourquoi de cette histoire et découvre peu à peu que cette situation sentimentale n’est pas uniquement la sienne, mais aussi celle de sa mère et de sa grand-mère maternelle.

Plus loin dans les générations, elle n’en sait rien car elle n’a jamais fait de recherches dans ce sens.

Elle se souvient que sa mère pleurait souvent en attendant un mari absent qui rentrait tard et parfois passait la nuit dehors. Elle entendait maman lui dire combien les hommes étaient peu fiables, tandis que dans son coeur de petite fille elle se promettait de ne jamais faire confiance aux hommes qui rendaient les femmes si tristes et si dépendantes.

Elle se remémora les disputes entre ses parents et combien elle redoutait le retour de l’homme qui était son père et qui terrorisait sa mère lorsqu’il avait bu plus qu’à l’habitude.

Au fond de sa mémoire, elle revit sa mère et sa grand-mère qui discutaient en ayant oublié la présence de la petite fille.

Cette fois, il s’agissait de la grand-mère qui disait n’avoir jamais divorcé malgré les sévices que lui faisait subir son mari, le grand-père mort avant la naissance de la petite.

(…)

Léa se rendait compte à présent combien elle avait été marquée par les histoires sentimentales de ses parents et grands-parents, et surtout comment elle reproduisait fidèlement des mémoires qui ne lui appartenaient pas. Elle imitait fidèlement les attitudes de sa mère et de sa grand-mère, tandis que, dans sa tête, son père gardait le mauvais rôle.

Elle était atterrée. Elle qui croyait gérer sa vie en femme libre s’apercevait qu’il n’en était rien. » (A. Givaudan) (2)

 

2. Les mémoires de vies antérieures :

Au fil de nos incarnations, nous transportons les mémoires des « races » auxquelles nous avons appartenu. (A noter que les « races dominantes » d’aujourd’hui ne l’ont pas toujours été…) Anne Givaudan évoque à ce propos les cas de Laetitia et de Thomas.

« Une petite fille vient de naître chez un couple français qui s’émerveille et s’étonne devant l’étrange physique du nouveau-né : les cheveux sont très noirs, le visage est très fin, la peau est mate. ‘On croirait une Indienne’, dit sa mère en souriant et sans savoir au juste pourquoi elle dit cela.

Lorsque Laetitia a 6 ans, elle danse, mais sa danse est différente de celles des autres petites filles de son âge. C’est une danse que ses parents ne connaissent pas, mais une tante de la famille qui a voyagé en Inde leur assure qu’il ne peut s’agir que d’une danse indienne.

La petite fille prend des cours de danse et son professeur est étonné de la rapidité avec laquelle elle apprend. Ses gestes sont aussi précis que ceux d’une danseuse indienne expérimentée, et la petite fille grandit en faisant l’admiration de ses professeurs et en aiguisant la jalousie de ses condisciples.

Elle est tellement passionnée par son art qu’elle demande à ses parents de l’envoyer dans une école indienne.

Ceux-ci n’y voient pas d’inconvénient, à la seule condition qu’elle continue parallèlement des études plus protocolaires. Pari tenu, la jeune fille passe la moitié de son temps dans les grands temples de la danse en Inde du Sud et l’autre partie en cours par correspondance.

Elle est brillante dans ses études qu’elle poursuit à l’université de mathématiques, tandis que, en Inde, elle s’offre le luxe d’être entièrement vouée à l’art de la danse.

Elle est volontaire, cependant, ce qui étonne le plus ses professeurs de danse, c’est son savoir-faire qui dénote une pratique lointaine du Baratanatyam.

C’est lors de l’un de ses voyages en Inde qu’elle fait la connaissance d’un sage qui lit sur des livres très anciens, en feuilles de palme. Il a pour habitude de lire dans ces feuilles des pans de vies passées et il y voit aussi de possibles futurs.

Laetitia qui, à présent, a reçu le nom initiatique de Nirmala, attend avec impatience ce que va lui dire celui qui lit dans les feuilles de palme.

Sans trop d’étonnement, elle entend la confirmation de ce que confusément elle pressentait déjà :

‘Votre dernière vie était en Inde, vous y étiez une danseuse réputée dans son art et vous avez aimé un homme de l’Occident. Vous l’avez tellement aimé que vous l’avez suivi un temps… avant de vous rendre compte que votre art et votre culture vous manquaient, au point d’en perdre la raison de vivre.

Vous êtes retournée en Inde, à cause de votre culture et de l’amour que vous aviez pour la danse, mais vous étiez déchirée. La Vie perdait son sens, que vous alliez dans un pays ou dans l’autre, le manque se faisait toujours sentir. Lorsque, plus tard, la mort est venue vous chercher, sans que vous ayez résolu ce dilemme, vous vous êtes promise de faire un pont en vous entre ces deux cultures et de ne plus rien rejeter en alliant ce qui semblait alors inaccessible.

C’est ce que vous êtes venue accomplir aujourd’hui.

L’alliance entre l’Inde et l’Occident est pour vous une étape essentielle de votre parcours. Vous apprenez ainsi à rendre possible ce que d’autres pensent impossible. De l’un, vous avez gardé l’art dans lequel vous excelliez, de l’autre, vous apprenez les us et les coutumes dirigés par un mental développé.

Soyez en paix, vous guérissez ce pour quoi vous avez été désespérée autrefois.’

La jeune femme, aujourd’hui, enseigne la danse indienne à Paris, elle continue ses recherches à l’université et fait de longs séjours en Inde où elle est reconnue comme l’une des plus grandes danseuses de l’Inde du Sud. » (A. Givaudan)

 

* L’autre cas est celui de Thomas :

« Thomas est un homme jeune, vif et plein d’entrain. Nous l’avons connu en Afrique et il nous racontait comment, depuis tout petit, il avait décidé de vivre là.

Les histoires de vies antérieures sont inconnues pour lui, mais ce qui l’étonne lui-même c’est la facilité avec laquelle, lorsqu’il est arrivé en Afrique, il s’est senti chez lui. Il connaissait les coutumes, les façons de parler et d’aborder les uns et les autres avec respect, sans jamais l’avoir appris. Il fut testé par les locaux, il fut même rejeté, mais, résistant, il passa toutes les portes initiatiques sans même savoir que c’était cela, jusqu’au jour où il fut accepté comme l’un d’eux.

Ce que Thomas ne sait pas, c’est qu’il fut autrefois noir de peau.

Il croyait à cette époque en l’homme blanc, porteur de savoir et d’une technologie inconnue. Et puis il fut, comme bien d’autres, emmené sur des bateaux, vendu dans un port français à une famille qui, par chance, aimait l’humanité.

Il apprit ainsi à connaître le Blanc, à l’estimer pour ce qu’il était en tant qu’être humain et à revaloriser le savoir de sa propre race.

Un jour, il fut affranchi et resta au service de cette famille au cœur noble. Il rêvait cependant souvent d’un monde aux multiples couleurs et aux races diverses qui échangeraient entre elles leurs connaissances et qui se respecteraient pour ce qu’elles étaient. Il rêvait de liberté pour la race noire qui sortirait du joug des Blancs.

Ses maîtres l’avaient surnommé John et il mourut avec ce prénom et ses rêves un jour de printemps, alors que la nature revivait d’une vie nouvelle.

Thomas aujourd’hui ne sait pas, mais peu importe, il écoute son cœur et il fait de sa vie un pont entre les races et les hommes. Il garde le contact avec les Blancs et leur permet de mieux comprendre les Noirs. » (A. Givaudan) (3)

Les cas de mémoires de peuples sont parfois étroitement mêlés aux histoires de « races » :

« J’ai, durant deux années de suite, donné des cours en Israël, et, par voie de conséquence, des soins. Ce qui m’a le plus marquée, c’est que la plupart des patients qui venaient nous voir étaient habités de mémoires qui ne leur appartenaient pas.

C’étaient des mémoires de mort et de camp de concentration, et pourtant les personnes qui nous consultaient, Antoine et moi, n’avaient jamais connu cela par elles-mêmes.

Nous avons d’abord pensé que cela était dû aux histoires racontées dans leur enfance, mais en regardant ce qui se passait, d’une manière plus attentive et à l’aide de la lecture de l’aura, nous dûmes nous rendre à l’évidence : il ne s’agissait pas simplement d’histoires racontées alors qu’elles étaient enfants, mais de mémoires plus profondes, plus tenaces, qui laissaient, après certains soins, une odeur de gaz toxique dans la pièce et des marques sur la peau de la personne soignée. » (A. Givaudan) (4)

Anne Givaudan décrit aussi le cas de Smita, ainsi que deux cas de « mémoires cellulaires » (avec traces sur le corps), ceux de Danielle et de David.

 

Smita :

« Dans la belle maison bourgeoise de la ville kéralaise de Cochin, se déroule chaque soir un étrange ballet. Le couple de médecins qui l’habite n’a de cesse de se relayer auprès de leur bébé nouveau-né. Depuis la naissance de Smita, le scénario est toujours identique : dans la nuit, vers 2 heures du matin, la petite fille se met à pousser des cris effrayants que rien ne peut calmer, ni les bras protecteurs de son père ni le lait maternel… rien n’y fait. Les cris cessent aussi brutalement qu’ils arrivent, une heure après leur début.

Le couple et le personnel de la maison ont pris l’habitude de ces nuits interrompues, tandis qu’à l’exception de ces réveils nocturnes, la petite fille grandit normalement.

Il y a bien ces moments où elle semble absente, regardant dans le lointain ce que personne d’autre qu’elle ne perçoit.

Smita commence à parler, au grand bonheur de ses parents et grands-parents. Entre-temps, un petit frère est venu agrandir le cercle familial et occupe à son tour l’attention du jeune couple.

Elle est encore bien petite, quatre ans tout au plus, lorsqu’une nuit de cauchemar, alors que sa mère est près d’elle, elle hurle les yeux dans le vague :

‘Je m’appelle Shanti, ma mère s’appelle Tushita et j’habite à Kozikod près de la mer, mon père est un pêcheur, je veux aller là-bas.’

Les parents de Smita, tous deux médecins formés à l’occidentale, pensent aussitôt à une crise d’hystérie et essaient de raisonner l’enfant qui ne dit mot.

A partir de ce jour, la petite fille décide de ne plus rien dire à ce sujet. Elle voit bien que les deux adultes qui se disent être ses parents ne la croient pas, pourtant, depuis toujours, toutes les nuits elle voit la même scène :

Une jeune femme accouche, elle souffre atrocement et personne ne peut l’aider. Elle meurt dans de terribles souffrances, tandis qu’elle laisse un petit garçon bien vivant dont elle ne pourra jamais s’occuper.

Smita, dans la journée, voit aussi d’autres scènes qui sont toutes en rapport avec son cauchemar de la nuit :

Dans une petite cabane de pêcheur, une jeune fille de quinze ans tremble de colère. Elle refuse obstinément d’épouser l’homme que son père lui destine.

‘Allons, Shanti, cesse de ne penser qu’à toi. Tu as dix frères et sœurs derrière toi et l’homme est prêt à t’épouser avec un minimum de dot. Tu auras une maison en dur et tu seras bien. Il a vingt ans de plus que toi, mais il a du travail et il est en bonne santé. Tu m’obéiras, c’est tout !’

L’homme est venu le lendemain pour emmener la jolie Shanti et la présenter à sa mère. Un mariage sans joie est célébré et Shanti habite à présent avec sa belle-mère qui ne l’aime pas. Elle la trouve trop maigre, pas assez solide pour tenir la maison. Le mari travaille au loin et ne rentre que deux jours par semaine.

Au fil des jours, la jeune femme devient de plus en plus maigre, de plus en plus triste et solitaire.

Un matin, pourtant, Shanti sent qu’elle n’est plus seule. Quelque chose en elle le lui dit, elle en est sûre, elle est enceinte, et cette fois elle pense enfin trouver un sens à sa vie. Elle aime déjà cette nouvelle vie qui prend place dans son corps, tandis que sa belle-mère se referme de plus en plus. Cette dernière exige toujours plus de sa belle-fille qui s’épuise à obéir, tandis que le mari, si peu là, ne peut intervenir. Il est pourtant tellement heureux de cette future paternité qu’il essaie, quand il rentre en fin de semaine, d’éviter que sa jeune femme ne se fatigue trop.

Le terme approche et Shanti est de plus en plus faible. Elle tousse beaucoup et seule la présence du bébé de plus en plus présent lui donne un peu de joie.

Cette soirée-là, le printemps se fait sentir et l’air embaume de parfums suaves, mais Shanti ne sent rien, tout occupée qu’elle est par les douleurs qui commencent et sa peur… d’elle ne sait quoi au juste. C’est une peur sourde et collante qui augmente au fil du temps qui passe. Il est à présent deux heures du matin…

L’accouchement se passe mal, l’accoucheuse a mis du temps pour arriver, tandis que Shanti crie sa douleur, sa peine, sa révolte. Un cri terrible, bestial, retentit et traverse les murs de la maison. Une heure durant, avec plus d’intensité, le frêle corps de Shanti se tord sous les douleurs qui, tels des poignards, tailladent son ventre… La déchirure puis le noir, elle est si fatiguée. Elle sombre dans le rien, elle flotte dans un univers cotonneux où seul le cri de la vie lui parvient. Un cri tout neuf, celui de son bébé… elle a juste le temps de penser : ‘il est vivant’. Elle lutte désespérément contre l’engourdissement qui l’envahit de plus en plus. Elle veut rester, être là pour l’enfant, mais c’est trop demander à son corps épuisé, à son mental trop fragile. Tout à coup, l’ombre entoure la jeune maman, puis une chaude lumière prend place, tandis que Shanti s’apaise, elle ne sent plus rien, ni peur, ni souffrance, rien que de l’amour. Tout en bas, des personnes s’empressent autour d’un nouveau-né et du corps sans vie d’une toute jeune maman.

Smita a quatorze ans, elle a appris à attendre chaque nuit que cesse le cauchemar d’une femme qui accouche et crie. Elle laisse passer, durant le jour, les visions de pans de vie qui n’appartiennent pas à son présent, mais elle sait bien, au fond, que quelque chose est inachevé. Il manque un morceau de puzzle à sa vie.

Pour son anniversaire, Smita décide pour la deuxième fois de parler à sa mère de ses visions, et cette fois, curieusement, celle-ci l’écoute. Elle a appris à faire confiance à sa fille aînée, et lorsqu’elle entend une nouvelle fois les histoires que Smita racontait alors qu’elle n’avait que quatre ans, elle décide d’en avoir le cœur net.

Aujourd’hui est un grand jour car la mère et sa fille vont enfin se rendre au village de pêcheurs nommé par l’enfant. Un taxi blanc cassé, couvert de la poussière de sa dernière course, les attend. La route défile rapidement pour les deux femmes qui discutent et rient pour masquer leur anxiété.

‘Et si c’était vrai ?’, pense la mère en entendant Smita indiquer avec précision la route du village de pêcheurs au chauffeur de taxi.

La voiture blanche s’arrête enfin devant une humble habitation de terre, de bois et de paille.

‘Y a-t-il une femme du nom de Tushita dans cette maison ?’, appelle le chauffeur.

Une femme maigre et usée sort, tandis que Smita reste blottie dans le fond du siège de la voiture.

C’est la maman de Smita qui pose les questions, en allant à la rencontre de cette femme. Oui, elle a bien eu une fille qui s’appelait Shanti et qui est morte en couche. Où habitait-elle ?, continue la mère. Où est l’enfant ? Ces questions oppressent Tushita qui se ferme de plus en plus. Elle ne veut pas revenir sur ce passé. Sa fille est morte, suivie par son mari. Elle est veuve et sans ressource et n’a pas envie de parler davantage. La porte se referme sur la douleur de Tushita, tandis que la mère de Smita décide de retrouver le reste de l’histoire.

A nouveau, sur les conseils de la jeune fille, le taxi s’arrête, dans un hoquet bruyant, devant une solide maison en dur. La porte d’entrée de la cour est entrouverte et Smita décide d’accompagner sa maman, bien qu’un froid intense l’habite, malgré la chaleur de cette journée.

Dans la cour, une vieille femme assise dans un coin regarde dans le lointain, l’air absent.

‘C’est ma belle-mère’, chuchote la jeune fille dans l’oreille de sa mère. Alors que les deux femmes s’approchent, un homme d’une cinquantaine d’années descend un grand escalier de pierre menant au premier étage de la maison. Il est grand, svelte et souriant.

‘C’est lui’, souffle Smita à sa mère, ‘c’était mon mari Vitsu…’

L’homme s’enquiert de leur visite, et la maman, sous un prétexte quelconque, engage la conversation, tandis que Vitsu les invite à venir prendre un thé.

Les deux femmes prennent alors conscience qu’elles sont sur le point de trouver un élément essentiel à leur vie.

La nouvelle femme de Vitsu, avenante et bavarde, leur sert le thé tout en racontant son arrivée dans la famille et le bébé qui l’y attendait déjà. C’est alors que fait irruption dans le salon un jeune garçon d’environ seize ans.

‘C’est lui, c’est mon fils’, murmure d’une voix à peine audible la jeune Smita dont les jambes chancellent. L’air vient à lui manquer et elle se sent incapable de saluer le jeune homme qu’elle voit à présent dans un léger brouillard.

‘Bonjour, je m’appelle Arjuna, la voix est jeune et chaleureuse. Il est là, près d’elle pour la saluer.

C’est alors que le miracle se produit : en un seul regard, le temps s’est arrêté, le décor extérieur s’est estompé. Dans un espace d’une étincelante blancheur, les âmes de la mère et de l’enfant se retrouvent réunies pour une ultime fois. Une lumière les entoure, tandis que leurs âmes s’unissent dans un indicible élan d’amour. Des ondes plus tangibles que des mots passent de l’un à l’autre. Ils savent que cet amour n’a ni temps ni époque et que tout est juste.

En un éclair, la mère de la jeune fille a tout compris, et même si elle n’a pu rentrer dans l’espace immaculé où les âmes de Smita et de son fils se sont retrouvées, son cœur de mère sait et sent ce que peut ressentir sa fille. Elle regrette de ne pas l’avoir crue, tandis que petite fille elle lui confiait ses cauchemars. Elle aimerait tant revenir en arrière, la rassurer, lui dire qu’elle sait. Elle pense aussi à l’autre mère, la femme du pêcheur, et se promet de lui venir en aide.

Le brouillard s’est estompé et Smita est à nouveau là, bien présente quoique très faible. Elle sait à présent que tout est bien pour son enfant qui appelle ‘maman’ la nouvelle épouse de son mari. Son amour est si fort pour lui qu’elle ne dit rien. Elle ne veut pas déséquilibrer une famille unie en révélant son secret. Le jeune homme, quant à lui, semble avoir effacé de sa mémoire la rencontre subtile avec sa mère, mais Smita n’en est pas affectée, elle se contente d’aimer.

Rassurée, elle peut à présent vivre sa vie, cette nouvelle vie qui l’attend et dans laquelle elle n’était pas complètement présente.

La mère et la fille, blotties l’une contre l’autre, ne disent mot. La première accepte peu à peu ce qu’elle pense avoir mal fait et reçoit comme un précieux cadeau les larmes de Smita qui enfouit sa tête dans le sari de sa mère.

La jeune fille pleure, mais elle-même ne sait plus pourquoi au juste : est-ce de la joie de ces retrouvailles, de la tristesse de cette nouvelle séparation, de soulagement de voir son fils heureux ?

Sans doute est-ce tout cela en même temps, et c’est beaucoup. Le rythme régulier du balancement de la voiture, la fatigue du voyage, et par-dessus tout les émotions de cette journée, ont eu raison de Smita qui maintenant dort sous le regard attendri de sa mère dont les lèvres effleurent ses cheveux.

Les jours passent et, devant la belle maison bourgeoise, une jeune fille rit aux éclats. A ses pieds, un minuscule bébé chien essaie de la suivre. C’est Smita qui, enfin libérée de ses souvenirs douloureux, choisit de vivre pleinement sa vie. » (A. Givaudan) (5)

 

– Les mémoires cellulaires :

« Les marques de naissance sont les signes les plus évidents des mémoires cellulaires de notre corps physique : une tache sur le corps, un creux, une malformation inexpliquée, un angiome cutané, un doigt mal formé, un grain de beauté, sont autant de présences de mémoires cellulaires sur notre corps. Les douleurs morales, les peines et les chocs vécus autrefois s’inscrivent aussi dans nos cellules et nous continuons à reproduire un mal-être qui n’a plus lieu d’exister. » (A. Givaudan)

Ces mémoires sont la résultante des traces que les vies ont laissées sur notre corps vital (éthérique) et sont le fruit des données de l’atome-germe éthérique et de l’atome-germe physique.

 

1. Danielle :

« Lorsque nous avons rencontré Danielle, elle sortait d’une opération.

Elle était née avec une jambe plus courte et claudiquait légèrement.

Cette gentille fille ronde, aux yeux pleins de vie, se demandait pourquoi cette jambe lui posait continuellement des problèmes de santé.

Nous discutions tranquillement, un soir, chez des amis communs, lorsque, au moment où je m’y attendais le moins, un voile léger et brumeux se plaça entre Danielle et moi, me masquant le reste du paysage, tandis qu’une scène commença à prendre forme autour de moi.

Une armée anglaise d’une autre époque préparait un assaut contre un bataillon dont je ne devinais pas l’origine.

Je remarquais plus particulièrement un homme qui, d’après ses gestes et son ton autoritaire, devait avoir un rôle important. Une discussion avait lieu sous une grande tente, devant des cartes d’état-major étalées sur une table.

Selon toutes les apparences, le plan de l’homme différait de celui des autres officiers.

A présent, ‘l’homme’ montrait de la colère. Il pensait avoir raison et il affirmait que si l’on changeait son plan, le massacre était assuré.

Seul contre tous, je percevais son sentiment d’impuissance à convaincre les autres officiers.

Je comprenais tout ce qui se disait, comme si une traduction simultanée était placée au centre de mon crâne.

La première scène s’estompa et une autre prit place aussitôt : la bataille était perdue, les corps jonchaient à présent le sol, rien ne bougeait à l’exception de quelques moribonds rendant leur dernier soupir.

Le spectacle était désolant. ‘L’homme’ était là, lui aussi parmi les mourants, la main sur ce qui lui restait du côté droit, la jambe arrachée sans doute par un tir de mortier.

Il perdait du sang en abondance, tandis que dans ses yeux la colère et la souffrance se lisaient sans équivoque.

Plus rien ! L’histoire s’arrêta net.

Danielle m’écoutait attentivement.

Elle comprenait pourquoi sa jambe la faisait encore souffrir et se rendait à l’évidence :

Le feu de la colère l’habitait encore, notamment lorsqu’elle savait avoir raison et que personne n’en tenait compte.

La colère, jointe à la douleur, suivait Danielle jusque dans sa jambe blessée autrefois.

Danielle apprit peu à peu à accepter que l’autre ne soit pas toujours de son avis et à pardonner aux hommes ce qu’elle prenait pour de l’entêtement et qui n’était qu’une divergence d’opinion. Elle apprit aussi à faire confiance à la vie.

Aujourd’hui, sa jambe ne lui pose aucun souci. Elle est toujours un peu plus courte que l’autre, mais elle n’en souffre plus. » (A. Givaudan)

 

2. David :

« Je me souviens encore de ce petit homme de cinq ans.

Ses parents l’avaient amené parce que, depuis plusieurs nuits, le petit garçon se réveillait en hurlant, disant que ses jambes le brûlaient.

Un eczéma par plaques commençait à apparaître.

Je regardai l’enfant, me demandant comment accéder à son histoire, lorsque tout à coup je me mis à frissonner, non pas de froid mais de cette sorte de tremblement intérieur désagréable qui ne présage rien de bon.

C’est alors que j’entendis des hurlements qui venaient de si loin et qui étaient si terribles que j’aurais voulu mettre mes mains sur les oreilles pour étouffer ces cris, si je n’avais craint d’effrayer l’enfant.

C’étaient les hurlements d’un homme que je voyais maintenant se superposer à l’enfant.

Des flammes léchaient sa robe, il était attaché sur un bûcher qu’un groupe d’hommes avaient allumé depuis peu et attisaient avec frénésie devant une foule de spectateurs se nourrissant de la douleur des autres en croyant sans doute atténuer la leur.

C’était la nuit et les flammes montaient sur cet être dont le visage exprimait des sévices préalables, signes d’évidentes tortures. Le mot : ‘inquisition’ martelait ma tête puis tout s’arrêta net…

Ce fut tout et bien assez pour comprendre ce qui se passait pour l’enfant.

Une question me restait cependant :

Pourquoi la mémoire revenait-elle à ce moment précis ?

C’est alors que la voix de mon guide se fit entendre au centre de mon crâne, apaisant tout mon être :

‘L’entité a revécu cette mémoire parce qu’un alignement de planètes, semblable à celui qui était présent au moment de sa mort sur le bûcher, est apparu… Cette mémoire traumatisante et non guérie est ainsi remontée en surface comme cela arrive parfois. C’est le moment pour lui de panser ses blessures, même s’il te semble bien jeune, et d’effacer cette mémoire qu’il porte encore dans ses cellules. Je te dirai comment aider l’entité, et ses parents sauront également comment le soulager.’

C’est ce qui fut fait, et le petit enfant, qui est maintenant un jeune homme, put se libérer de ce lourd fardeau. » (A. Givaudan)

Des morts par décapitation, gorge tranchée, pendaison, finissent par activer une mémoire cellulaire qui laisse parfois jusqu’à une ligne fine tout autour du cou. Cela signifie que l’histoire n’est pas encore guérie, « qu’il manque un point de résolution essentiel à la dissolution de l’émotion reliée à cette mémoire ». (6)

Les mémoires cellulaires ne sont pas toujours des mémoires de vies précédentes et peuvent être simplement reliées à notre enfance ou notre adolescence.

« Liliane est une femme dans la quarantaine alerte. Elle assiste à l’un de nos cours et nous avoue qu’elle souffre d’une fièvre importante depuis deux jours.

Elle poursuit l’histoire en ces termes :

‘Je souffre depuis de longues années d’une néphrite qui m’amène régulièrement à l’hôpital. J’ai bien sûr cherché comment je pouvais faire disparaître ce problème et je suis devenue psychothérapeute. J’ai passé des années à comprendre puis à mettre en place les éléments de guérison.

Aujourd’hui, je sais de quoi il s’agit et le problème originel me semble réglé. Mon père, avec lequel j’avais beaucoup de difficultés, ne m’apparaît plus comme celui par lequel tout arrive, et je lui ai pardonné depuis longtemps. J’ai fait beaucoup de thérapies et je suis en paix avec lui et avec moi-même.’

Il ne nous restait plus qu’une possibilité avant que Liliane n’aille comme d’habitude à l’hôpital.

Nous lui avons proposé un soin spécifique pour les mémoires cellulaires. L’intuition était bonne, le surlendemain la fièvre était tombée, non par miracle mais simplement parce que cette fois la mémoire cellulaire avait trouvé une porte de sortie pour se dissoudre. Nous avons rencontré plusieurs fois Liliane. Elle ne souffrait plus et s’était finalement installée aux Etats-Unis où elle est aujourd’hui une thérapeute efficace et reconnue. » (A. Givaudan) (7)

 

– La réincarnation au Tibet :

Au Tibet, on retrouve la réincarnation de grands maîtres après une série d’épreuves proposées à de jeunes enfants. Avant sa mort, un grand lama peut avoir laissé des indications précises sur le lieu et la famille où il va revenir. L’enfant présumé être l’incarnation de celui-ci doit alors reconnaître sa robe, son bol, les accessoires qu’il a utilisés dans sa précédente vie. Il doit donner les noms de ceux qui étaient proches de lui et les désigner s’ils sont encore en vie.

« Tous ces rituels permettent de reconnaître l’ancien maître, et c’est ainsi que j’ai eu la surprise à Darjeeling de rencontrer la toute jeune réincarnation de Kalou Rinpoché que j’avais autrefois connu en Inde, quelque temps avant sa toute première venue en France.

Le petit garçon, suivi du lama qui prenait soin de lui, officiait lors d’une cérémonie dans le temple : il psalmodiait sur le fauteuil de cérémonie, tandis qu’auprès de lui, dans un caisson vitré, apparaissait la momie de sa précédente incarnation… le vieux Kalou Rinpoché. » (A. Givaudan) (8)

 

II. Où trouve-t-on ces mémoires ?

Anne Givaudan évoque les notions de mémoire akashique, d’éther réflecteur, d’atome germe et d’aura causale.

 

1. La mémoire akashique:

Celle-ci est une gigantesque bibliothèque de données. C’est une mémoire fiable, sans distorsion, qui contient le passé de tout un chacun et de l’Univers.

Cette gigantesque mémoire inclut le passé de notre planète et de toutes les grandes civilisations.

Faits et gestes, mots et pensées y sont répertoriés.

Ces mémoires sont sous la protection d’êtres lumineux appelés Seigneurs de la Flamme.

Pendant plus de deux ans, Anne Givaudan a pu revivre sa vie d’il y a 2000 ans comme Essénienne proche du Maître Jésus. Elle retrouva ce qu’avait vécu, éprouvé, entendu, celle qui s’appelait alors Myriam. (Voir : « De mémoire d’Essénien » et « Chemins de ce temps-là ».)

« Si je pénètre dans un pan de ma propre histoire, que le passé soit proche ou lointain, je revis intensément tous les événements comme je les vivais à l’époque où ils se sont passés.

Au contraire, si je pénètre dans un moment d’histoire qui ne m’appartient pas, je vois à travers les yeux d’un acteur de l’époque, je sens ce qu’il sent, je sais ce qu’il pense, mais je ressens peu les émotions qui l’habitent.

Dans les deux cas, je ne peux ni diriger mes pas ni mon regard, je suis prisonnière du corps à travers lequel je revois les événements.

En revivant des scènes de mes vies passées, je me souviens d’avoir éprouvé un douloureux sentiment d’impuissance. Je ne pouvais rien changer de ce qui était, je revivais des réactions qui avaient été les miennes et qui n’étaient plus du tout celles que j’aurais pu avoir aujourd’hui.

Ce sentiment fait intégralement partie de ce que l’on peut ressentir à travers les lectures de vies.

En fait, cela resta frustrant pour moi, jusqu’au jour où, de marche en marche, je finis par accepter ce que j’avais été, en sachant que ce passé toujours présent en moi pouvait au moins être soigné et régénérer ainsi mon présent. » (A. Givaudan) (9)

 

2. L’éther réflecteur :

L’éther, le cinquième état de la nature (plus subtil que l’air), comprend quatre subdivisions : l’éther chimique, l’éther reproducteur, l’éther lumineux et l’éther réflecteur.

L’éther réflecteur, que l’on peut qualifier d’intermédiaire entre la mémoire akashique et la mémoire terrestre, transmet une mémoire partiellement fiable. C’est dans cet éther que plongent certains médiums et voyants, avec un mélange de perceptions exactes et déformées. Cela donne lieu à une marge d’erreur importante. Anne Givaudan donne à ce propos les cas de Louis et de Diane.

 

– Louis :

« Lorsque Louis se rend chez le médium, conseillé par son ami, c’est pour obtenir des données sur sa vie qui lui permettront, pense-t-il, de sortir de l’impasse dans laquelle il se trouve actuellement. » (A. Givaudan)

Le médium utilisa des cartes comme support. Il déclara à Louis (alors âgé de 25 ans et célibataire) qu’il mourrait trois ans après son épouse. Les années passèrent…

Son épouse apprit qu’elle avait un cancer. Elle mourut quelques mois plus tard. Louis, quant à lui, mourut en fait 8 ans après celle-ci.

 

– Diane :

Sur les conseils d’une amie, elle se rendit au rendez-vous d’une voyante réputée. La voyante lui déclara qu’elle allait acheter un terrain près de chez elle et qu’elle déménagera, qu’elle se séparera de son conjoint pour aller vivre avec un Italien dont le prénom est Julio ou quelque chose de proche. Tout peut encore changer, annonça la médium.

Diane se maria avec un prénommé Julien. Un voisin vendant son terrain à un prix intéressant, Diane l’acheta.

Son travail l’ayant emmenée en Italie, elle ne put s’empêcher de voir dans les Julio qu’elle croisait d’éventuels partenaires. La tension monta dans le couple… A l’occasion d’un voyage dans un ashram de l’Inde du Sud, le Maître de cet ashram appela Diane et Julien pour leur dire ceci :

« Je vois ce qui vous occupe et nuit à votre entente… La personne que Diane a rencontrée, il y a quelques années, a plongé dans une mémoire qui comporte des marges d’erreurs. Elle a été influencée par le contenu de la mémoire de Diane.

La traduction de cette mémoire est donc erronée, bien que certains éléments se soient passés comme elle les a prédits.

La séparation de Diane avec un homme est en fait celle déjà vécue avec son premier mari. Quant au nom de Julio, il s’agit simplement de toi, Julien, qui vient du sud de la France et dont les origines lointaines sont italiennes.

Avez-vous oublié que cette femme a ajouté que tout pouvait encore changer ?

Soyez en paix à présent !

(…) » (10)

 

3. L’atome germe :

Celui-ci peut être considéré comme « la banque de données » contenant la mémoire de toutes nos vies. Ces mémoires concernent un individu.

Il existe un atome germe pour les diverses manifestations de l’âme-personnalité : pour le corps physique, pour l’organisme éthérique, pour le corps émotionnel, etc. Chacun de ces « atomes » est un accumulateur d’informations à propos des diverses existences d’une même âme.

La mémoire cellulaire est le fruit des mémoires de l’atome germe éthérique et de l’atome germe physique.

A chacun de nos passages sur Terre, nous arrivons avec les mémoires de toutes nos vies passées.

C’est à travers le sperme, environ trois mois avant la conception physique, que l’atome germe est recueilli puis réactivé pour se fixer au niveau du ventricule gauche du cœur, en rapport avec le cordon ombilical subtil situé dans le chakra ombilical.

Cet atome germe contient notre passé, mais il enregistre aussi tous les moments de notre vie actuelle. Le film de cette vie est déroulé au moment de notre mort, lors du départ de la Terre.

C’est le contenu et le visionnement du film de notre vie qui nous permettent de faire le point entre deux incarnations.

 

– La vie de Fred :

« Fred est mort depuis deux jours, après une vie bien remplie et peu de regrets. Il est parti paisiblement, entouré des siens. Aujourd’hui, il suit son cercueil, pour accompagner une dernière fois ce corps avec lequel il a tant voyagé, et puis, aussi, par curiosité. Il a très envie de savoir ce que ses amis pensent de lui et il sait maintenant que sans corps physique il lui sera plus facile de capter les pensées de son entourage.

Sa mort, il l’a bien vécue, il avait lu beaucoup de livres à ce sujet et ne se sentait pas attaché à qui que ce soit ou à quoi que ce soit au point de refuser de mourir.

Plus jeune, cela aurait peut-être été différent, mais à présent il considérait qu’il avait fait au mieux ce qu’il pouvait faire, et puis, celle qu’il aimait et qui était morte depuis deux ans déjà devait bien l’attendre quelque part.

Il avait lu autrefois quelque part que l’on retrouvait ceux que l’on aime et il avait envie de savoir si c’était vrai qu’il allait revoir sa mère, son père, et puis surtout Anaïs, son grand amour.

Les autres, enfants et amis, étaient très autonomes et ils se débrouilleraient bien sans lui, même s’il allait parfois leur manquer.

A l’enterrement, pas de surprise, tout s’était déroulé comme il se l’imaginait, et, selon le caractère des uns et des autres, les pensées se sont envolées vers lui.

Il avait dit à certains de ses proches, capables de le comprendre, qu’il serait parmi eux ce jour-là, et à présent il s’amusait… En effet, certains lui adressaient la parole, comme s’il était là, même s’ils ne le voyaient pas, tandis que d’autres ne savaient que penser. Il allait près de l’un, puis vers une autre, et attendait les réactions. Si l’ami se retournait, c’est qu’il sentait sa présence et Fred était alors tout heureux.

En fait, son enterrement n’avait rien de triste. D’ailleurs, il avait demandé que l’on fête joyeusement son départ ou du moins que les participants ne soient ni vêtus de noir, ni ne prennent des airs sinistres. Seule sa petite dernière, celle qu’il appelait ‘la petite Julie’, l’avait étonné, elle qui paraissait si détachée de lui, il ne s’attendait pas à la voir dans cet état et pleurer autant. Il ne savait que faire pour l’aider et lui montrer qu’il était là, bien vivant au milieu d’eux, mais c’était sans espoir.

Elle pleurait comme lorsqu’elle était petite fille et qu’il partait en voyage. Il avait beau passer près d’elle, caresser ses cheveux, lui souffler à l’oreille qu’il était bien présent, rien n’y faisait.

Un sentiment d’impuissance habita Fred quelques instants, puis il se fit une raison, elle aussi finirait par se consoler. La Vie lui avait appris qu’on ne reste pas éternellement inconsolable et ‘qu’après la pluie vient le beau temps’. C’était le bon sens que lui avait inculqué sa mère, qui revenait à présent, et Fred, dans le fond, était fier de lui et de ses réactions face à la mort de son corps physique.

Il s’inquiétait bien de savoir ce qui allait se passer après et si ‘on’ n’allait pas l’oublier là. Mais il se disait aussi qu’il était très capable de trouver le chemin, même tout seul. D’ailleurs, il n’avait pas voulu de cérémonie religieuse, trop pesante et sans intérêt, du moins le pensait-il ainsi.

Les jours passent sur Terre tandis que Fred continue son parcours. Il a été accueilli par les siens, morts avant lui, et les retrouvailles furent chaleureuses.

A présent, il est temps pour lui de faire le point avec sa vie et de replonger dans sa propre mémoire pour y trouver les moindres détails, les plus infimes gestes, ceux que l’on a oubliés et qui pourtant restent gravés à jamais. L’instant est essentiel, il le sent, et tous l’ont prévenu que ce n’était pas facile.

Fred pénètre à présent dans la salle des mémoires, comme dans un sanctuaire, accompagné de ses deux guides.

Il sent une torpeur qui l’habite. Il n’est ni mal ni bien, juste un peu anesthésié, lorsque tout à coup il se retrouve dans le corps qu’il a habité durant sa vie. En un tourbillon de Lumière, il revit les moindres détails de son passage sur Terre depuis sa conception.

Il sent le poids de ses doutes et de ses craintes, les barrières qu’il se met devant l’attitude de ses parents, et peu peu à peu il se rend compte combien il a traduit sa vie, et les épisodes qui la composent, sans véritable objectivité.

Il accepte, que peut-il faire d’autre à présent ? Il avait entendu dire que rien n’était dû au hasard, mais cette fois il le sent et il en éprouve un sentiment indicible de liberté. Il revit tout avec intensité, il ressent tout ce qu’il a ressenti à chaque épisode de sa vie, rien n’est laissé dans l’ombre, mais le plus difficile reste à venir.

Il est temps, à présent, de revivre tout ce qu’il a fait vivre aux autres, ceux qui étaient sous ses ordres, ses épouses et ses enfants, ses amis et ses soi-disant ennemis, les animaux, rien n’est laissé de côté.

Fred est là devant sa vie qui se déroule sans pause, et en un instant il éprouve tout ce que les autres ont vécu par ses actes, ses paroles, comme si c’était lui qui le vivait. Il perçoit même l’impact de ses pensées. Les conséquences de ses actes lui apparaissent avec une telle clarté qu’il en est stupéfait. Il n’aurait pas cru qu’un simple geste pouvait générer autant de conséquences.

‘Tiens’, se dit-il, ‘j’avais complètement oublié ça !’

Cela, c’est un simple sourire qu’il adresse à une femme à la mine triste qui sortait de la clinique où son ami travaillait comme chirurgien, au moment où lui y entrait pour le saluer.

Non, il n’imaginait pas combien ce sourire du cœur avait redonné du courage à cette mère éprouvée par son enfant malade. Il sent bien d’ailleurs que cette femme ne lui est pas inconnue mais il ne peut en dire davantage… où l’a-t-il donc connue ?

Fred n’a pas le temps de se poser plus longtemps la question. Il se revoit à présent, fier de recevoir des félicitations données pour une cérémonie en son honneur. Il en ignorait les conséquences désastreuses pour celui qui aurait vraiment mérité d’être à sa place ce jour-là et dont il avait pris la fonction dans l’entreprise.

Fred avait tout fait pour obtenir ce poste sans vraiment se soucier de savoir qui l’avait avant lui. Il était brillant et la direction avait jugé qu’il serait plus rentable que son prédécesseur vieillissant. Ce dernier se retrouvait licencié à un âge où il ne pouvait espérer un travail intéressant. C’est d’ailleurs au rangement dans un supermarché de la ville voisine que cet homme avait fini par trouver un travail d’appoint.

Comment Fred pouvait-il le savoir ?

Peu à peu la mémoire lui revenait… La femme de son prédécesseur était venue le voir un matin, il l’écoutait distraitement, elle lui parlait de son mari qui serait en difficulté s’il perdait ce poste et lui demandait de penser à un éventuel arrangement. Il avait vite balayé de sa mémoire cette rencontre et n’avait pas donné suite à la demande de l’épouse. Il était trop occupé et sa carrière était essentielle.

Il n’y était pour rien, après tout, mais, à l’instant où il pensait ces mots, Fred éprouva un indicible sentiment d’échec et de solitude, comme une envie de mourir à nouveau.

Que se passait-il ? Il souffrait, comme s’il avait perdu sa place.

Tout à coup, il se rendit compte qu’il était l’homme dont il avait pris la place… C’était trop dur.

A présent, tout se mélange dans sa tête et il a la sensation que celle-ci est sur le point d’exploser.

Au lieu de cela, tout continue et Fred ne peut arrêter cette mémoire qui défile et qui lui appartient. Il retrouve des épisodes oubliés, et peu à peu sent combien ‘l’autre’ et ‘lui’, c’est pareil. La joie comme la douleur, qu’elles lui appartiennent ou soient la conséquence de ses actes, le submergent de la même manière.

Tour à tour, au fil du revécu, il est chacun des personnages qui ont croisé sa vie.

Est-cela l’Enfer ? Un enfer où personne d’autre que nous n’est là pour nous juger !

Quelle est cette souffrance que l’on inflige inconsciemment et que l’on s’inflige par rebond ?

Parfois l’émotion le submerge, est-ce bien lui qui est la cause de toutes ces tristesses, par des gestes qui lui paraissent insignifiants ? Il est atterré !

Il se souvient de ce petit garçon, timide et pâle, dont il se moquait et qu’il mettait de côté, lui que les autres suivaient facilement. Un petit garçon qui un jour n’est plus venu. Il ne s’est même pas demandé pourquoi. Là, il revoit l’enfant triste et seul. Il est couché, il a une leucémie et ne vivra pas longtemps.

Fred se sent mal, il a envie de dire au petit garçon que ce n’était qu’un jeu, qu’en fait il l’aimait bien… mais c’est trop tard. Tout à coup, au moment où Fred se sent, contrairement à son habitude, inutile, rejeté et sans intérêt, l’enfant le regarde, un regard insoutenable tant il est chargé de tristesse sans l’ombre d’un reproche. Quelques instants plus tard, l’enfant meurt à nouveau devant Fred qui se sent terriblement seul.

Aidé par ses deux guides, il fait à présent le point. Il a envie de retrouver certaines personnes, de dénouer des noeuds, de réparer des actes, et aussi d’apporter sa contribution à la Vie, à la Terre et à ses habitants.

Fred vient de plonger dans la mémoire de sa dernière vie comme chacun après sa mort, mémoire en connexion avec bien d’autres vies aussi, dont il ne soupçonne pas encore, ou si peu, l’existence. » (A. Givaudan) (11)

 

4. L’aura causale :

Cette aura a pour particularité de montrer des visages ou des scènes seulement lorsque l’âme du sujet est prête à recevoir l’information. Elle est en relation étroite avec l’atome germe de la personne concernée et donc avec la mémoire akashique correspondante.

Elle montre parfois au lecteur d’aura des extraits de vies, relatifs aux épreuves endurées par l’individu. Cela a été le cas de Danielle, évoqué plus haut, les portes de l’aura causale de celle-ci s’étant ouvertes spontanément afin de faire un pas de plus vers la guérison de son âme.

Lors de rencontres à des fins thérapeutiques, il arrive que le thérapeute assiste avec étonnement à un défilé de visages qui se superposent au visage du patient, ces visages différant par leur sexe, leur race, leur âge, leur époque. Ces visages correspondent évidemment aux diverses apparences physiques ou vies antérieures de la personne concernée. (12)

 

III. Souvenirs spontanés et « techniques » d’accès à nos mémoires :

Sans l’avoir cherché ni voulu, des gens se connectent sur un épisode de leur histoire à dénouer et à guérir, un son, une musique, une odeur, un paysage, servant de déclic pour les plonger dans des scènes inattendues. Ils se connectent alors, à travers l’atome germe, à leur mémoire akashique. Anne Givaudan évoque les cas de Suzie, de Laure et de Paul.

Suzie, qui se trouvait à l’hôpital, apprit le décès de son père. Elle ressentit un parfum qui la transporta dans son passé. Alors bébé, elle se voyait dans son petit lit. Elle capta le parfum de sa mère, laquelle lui glissa sous la main un petit jouet de caoutchouc qui tintait quand on le bougeait…

Laure avait la sensation de ne pas valoir grand-chose… Elle prit un bain, mit une musique relaxante et, pour l’ambiance, une bougie. Alors qu’elle s’était mise à fixer involontairement la flamme de la bougie, elle se sentit transportée au moment de sa naissance.

« Elle se sentait impuissante et coincée dans ce canal étroit qui semblait tout à coup immobile et devenait une prison.

Elle aurait voulu appeler à l’aide, bouger, mais rien n’y faisait, et confusément elle sentait que quelque chose ne se passait pas comme prévu.

Dans la salle de travail, la maman de Laure avait perdu beaucoup de sang et le cœur du bébé battait trop vite…

La sage-femme s’agitait à présent, attendant le médecin qui tardait à venir. Il fallait faire vite, sinon on risquait de perdre la mère et l’enfant.

Confusément, le bébé sentait la panique qui régnait autour de sa venue, lorsque tout à coup des mains vigoureuses saisirent sa tête.

Immédiatement, Laure sut que tout irait bien, mais il restait en elle un sentiment vague et pourtant très présent :

‘Maman a failli mourir à cause de moi. Je ne peux être une bonne personne puisque je suis à l’origine de la souffrance de celle qui me donne la vie. Comment compenser cela et montrer que je vaux la peine qu’elle s’est donnée ?’

Elle se souvenait que les uns et les autres lui racontaient que maman n’avait pas voulu la voir pendant trois jours, et que sa mère durant toute son enfance lui répétait périodiquement combien elle avait souffert lors de cet accouchement.

C’est cette culpabilité que Laure traînait encore depuis ce jour. » (A. Givaudan)

La jeune femme, revenue dans le présent, comprit cette souffrance de naissance et sut qu’elle allait enfin guérir cette histoire de vie. (13)

Paul, qui est peintre, a raconté l’histoire suivante à Anne Givaudan :

Un jour qu’il campait avec son amie dans les environs de Florence, il fut pris, apparemment sans raison, d’une forte fièvre. Il resta une journée alité, puis il décida de visiter Florence. A un moment donné, il se mit à raconter d’étranges choses que sa compagne mit d’abord sur le compte de la fièvre.

« Deux mondes se superposaient et les pavés retentissaient aux oreilles de Paul du bruit des sabots des chevaux et des calèches, tandis que les passants déambulaient vêtus en habits de la Renaissance.

Paul savait le nom des rues et connaissait le plan de la ville comme s’il y avait toujours vécu. C’est ainsi qu’il prit la direction de la maison qu’il habitait, disait-il, à l’époque.

Sa compagne l’écoutait à présent avec la plus grande attention, tandis qu’il décrivait sa vie dans cette ville.

Il était peintre, élève d’un grand maître de l’époque, et était amoureux de sa compagne actuelle. » (A. Givaudan)

”Tu vois, nous nous aimions déjà et je peignais aussi… Je vais à présent te montrer où j’habitais”, lui déclara-t-il.

Paul se dirigea alors vers une maison à colombages, dans une rue assez proche de la place centrale.

« Il en décrivit l’intérieur à sa compagne médusée par autant de précision, et lui donna des détails sur leur vie et leur difficulté à vivre ensemble, à l’époque, pour une question de différence de classe qui importait à leurs parents respectifs.

Le jour d’après, la fièvre était complètement tombée, mais Paul n’avait rien oublié et gardait en mémoire cet épisode peu commun. » (A. Givaudan)

Les rêves ou les demi-sommeils peuvent aussi être des portes d’accès à nos mémoires.

Thérèse est une amie d’Anne Givaudan. Un jour, alors qu’elle somnolait sur le siège passager de la voiture, elle vit une scène d’un autre âge :

« Les vitres de la voiture avaient fait place à une cour de château. Elle voyait ses vêtements, elle était une femme de sang noble, elle entendait d’autres personnes parler, elle savait qu’un complot se préparait et qu’on voulait l’assassiner.

Elle se vit en train de courir pour se réfugier à l’intérieur du château, tandis qu’elle entendait les pas de ses assassins derrière elle. Elle poussa une lourde porte qui menait à une petite pièce où sur une table était posé un astrolabe.

Elle reconnaissait bien cet instrument qui lui appartenait et dont elle savait se servir.

Lorsque tout à coup, elle sentit une lame froide et pointue pénétrer dans son dos, tandis qu’une violente douleur la terrassait. Elle savait qu’elle venait de mourir et elle eut juste le temps de suivre son corps que l’on enterrait à la va-vite dans un coin du parc du château. C’était la nuit et personne n’en saurait rien. »

Thérèse se réveilla à cause d’une violente douleur au niveau des omoplates. Elle se mit à raconter son rêve. Le mari accepta de vérifier à quoi les visions de son épouse pouvaient correspondre.

« Elle disait que le château était le dernier qu’ils avaient visité et tous deux convinrent de revenir à la ville où se trouvaient les archives de ce bâtiment aujourd’hui en ruines.

Elle affirmait pouvoir dessiner le château tel qu’il était à l’époque et donner l’emplacement de là où elle avait été enterrée secrètement.

Les archives furent éloquentes et le mari de Thérèse, de plus en plus étonné, dut se rendre à l’évidence : il ne s’agissait pas d’un simple rêve.

Tout ce qu’elle décrivait était inscrit dans les archives.

Pris par la magie du passé, ils décidèrent d’un commun accord d’en savoir plus et d’acquérir ce château qui, très curieusement, était à vendre. Pourtant, une autre personne s’était aussi portée acquéreur : un homme que Thérèse rencontra et en qui elle reconnut l’ancien cuisinier de l’époque du meurtre. Ce fut lui qui, à une journée près, devint le propriétaire des lieux.

Sans doute était-il nécessaire pour lui de recontacter l’énergie qu’il y avait laissée autrefois, même s’il n’en avait aucune conscience.

La Vie n’est pas faite pour que l’on retourne en arrière si cela n’est pas utile, mais depuis ce jour Thérèse est propriétaire d’un autre château, qu’elle et son mari restaurent avec beaucoup de goût et de patience.

Toute leur vie s’est trouvée transformée par cette réminiscence : ils ont changé de région avec leurs enfants, et les châteaux n’ont plus de secrets pour eux. » (A. Givaudan) (14)

Parmi les autres méthodes permettant d’accéder à nos mémoires, il y a la lecture de l’aura causale, le rebirth, le rêve éveillé, le lying, la sophrologie, les constellations familiales, la psychogénéalogie, l’hypnothérapie, les médiums…

Alain Moreau

 

Références :

1. Anne Givaudan, “Nos mémoires : des prisons ou des ailes”, éditions S.O.I.S., 2008, p. 11, 15, 17, 21.

2. Ibid., p. 22-24.

3. Ibid., p. 25-28.

4. Ibid., p. 28-29.

5. Ibid., p. 30-36.

6. Ibid., p. 37-41, 81.

7. Ibid., p. 41-42.

8. Ibid., p. 36-37.

9. Ibid., p. 51-52, 55-56, 60-61.

10. Ibid., p. 61-67.

11. Ibid., p. 73-80.

12. Ibid., p. 80-82.

13. Ibid., p. 85-90.

14. Ibid., p. 90-94.

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