L’exploration des états de conscience. Un article de Christian Miel.

Note préliminaire d’Alain Moreau :

En janvier 2018, j’ai reçu un mail de l’auteur Christian Miel (ses livres sont évoqués dans son texte) dont la teneur est la suivante :

« J’ai eu l’occasion de lire votre livre ‘Communications interdimensionnelles’ et certains de vos articles dans la revue ‘Parasciences’. Je partage votre analyse de la médiumnité et du channeling. Je découvre votre site qui est très intéressant et très bien documenté, en même temps qu’il renvoie à d’autres auteurs français trop souvent méconnus. Nous avons la même formation universitaire et les mêmes centres d’intérêt. Je me permets dès lors de vous transmettre les coordonnées de mon site internet : christian-miel.com dans lequel vous trouverez les références de mes publications. J’apprécierais beaucoup si vous acceptiez de me citer sur votre site internet. »

J’ai suggéré à mon sympathique correspondant de rédiger un article sur ses livres, ce qu’il a gentiment accepté. Voici donc ce texte, dont tout connaisseur appréciera la qualité et la pertinence, d’autant plus que l’auteur est docteur en psychologie clinique.

A. M.

 

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Un article de Christian MIEL

 

 

 

 

 

Si ma pratique de psychologue clinicien s’appuyait sur les théories communément admises et enseignées dans la discipline de la psychologie clinique et pathologique et de la psychanalyse, j’ai toujours été intéressé par les états modifiés de conscience (EMC), bien avant mon cursus de formation. Le questionnement métaphysique sur le sens de la vie a perduré longtemps avant de se fondre dans un désir d’absolu qui maintient la conscience en état d’éveil permanent, à l’égard de tout ce qui peut apparaître comme l’émergence de nouvelles potentialités de conscience.

 

TOXICOMANIE ET HYPNOSE

 

1. Toxicomanie et pensée :

Si le pathologique a constitué un mode d’entrée dans l’exploration de la psyché pour beaucoup de psychologues, il n’en reste pas moins que je restais intrigué par toutes les expériences de transe apparaissant au-delà de l’expression du Moi dans son rapport à l’inconscient psychanalytique. Ce fut aussi la rencontre avec le public de toxicomanes en 1993, en tant que psychologue clinicien puis directeur d’un Centre de soins, qui permit de poursuivre ma réflexion sur la conscience en tant qu’instance psychique aux possibilités bien plus étendues que la psychologie moderne reconnaît habituellement dans le milieu universitaire.

A contrario, le public toxicomaniaque de l’époque, majoritairement héroïnomane, bien avant la sortie de produits de substitution, témoignait dans son mode de vie d’attaques répétées de la psyché, par la prise régulière de produits jusque dans des conditions humaines dramatiques. Plus précisément, la prise de produit permettait une suspension du processus de pensée chez le toxicomane, visait à terme un arrêt de toute activité de représentation. Par ces attaques de la pensée, c’était l’activité consciente qui était visée, au travers de ses sensations, ses pulsions et ses émotions.

La théorie psychanalytique de la pensée élaborée par Freud, Mélanie Klein, Bion et d’autres auteurs, m’a permis une meilleure compréhension du fonctionnement toxicomaniaque. L’approche psychothérapique du toxicomane restait peu efficace et aléatoire, du fait d’une motivation limitée, voire inexistante chez celui-ci. Le questionnement qui restait en suspend était de savoir comment les aider à restaurer leurs capacités psychiques et à retrouver une dignité. La prise inconsidérée de produits psychoactifs entrainait une modification de l’état de conscience sur un mode psychopathologique qui conduisait à la désinsertion sociale et à la perte des réalités.

La persistance des deuils transgénérationnels ”inélaborables”, un apprentissage de la frustration rendu difficile au sein d’une dynamique instable de la présence et de l’absence maternelle, une fonction paternelle inopérante qui n’a pas permis la confrontation à la loi symbolique, la difficulté à s’engager dans le processus d’adolescence, sont autant d’éléments d’observations cliniques qui précédaient l’avènement d’une toxicomanie.

Sous la pression des traumatismes réels ou du fait de la difficulté à accéder au processus de séparation-individuation, le mécanisme de défense du refoulement n’avait pu réellement se constituer. La consommation de produit venait alors se substituer à tout ressenti émotionnel et pulsionnel et bloquer toute activité de penser.

 

2. Le processus hypnotique :

Face à ces observations cliniques, le recours à l’hypnose classique, allié à un soutien psychothérapique et à un accompagnement social, s’est avéré pertinent et a permis des réinsertions sociales et professionnelles chez de nombreux usagers. Cet accompagnement a constitué ma thèse de doctorat et donné lieu à la publication du livre « Toxicomanie et hypnose » (1) qui en reprend l’essentiel.

Des changements importants apparaissaient alors dans la personnalité des toxicomanes, même après quelques séances. La transe hypnotique favorisait un état de relaxation profonde, une réappropriation du vécu corporel. Le relâchement de la tension neuromusculaire procurait un état de bien-être qui s’accompagnait d’un état de fatigue momentané. Les transformations corporelles portaient aussi sur l’expression mimique qui apparaissait plus ténue, cireuse. La démarche était moins gauche, plus harmonieuse. L’expression posturale traduisait davantage les émotions et la séduction, notamment chez les femmes. Il en ressortait l’impression d’un corps désormais habité, investi comme une enveloppe protectrice.

L’activité pulsionnelle s’exprimait à nouveau, permettant un vécu de la sexualité dans le registre de la sensorialité, du plaisir. La personne affirmait davantage son désir propre, acceptait désormais le conflit relationnel qu’elle parvenait à médiatiser par la parole, développait une motivation autour d’un projet de vie plus adapté. L’expression verbale traduisait un développement de la fluidité verbale, un enrichissement du vocabulaire, l’émergence d’une capacité d’introspection et de verbalisation d’affects et d’émotions donnant une densité et une authenticité à la relation thérapeutique.

La reviviscence d’événements avec une vivacité, une expression émotionnelle qui restait cependant maîtrisable dans la régression en âge dissociée, permettait d’engager un travail de deuil jusque-là impossible. Des améliorations importantes s’observaient au niveau de la mémoire souvent perturbée par la prise de produit. La restitution des faits anciens devenait possible et la mémorisation des faits récents s’améliorait, en même temps que réapparaissaient l’activé fantasmatique, l’attention, la concentration et les capacités d’apprentissage. Ces changements permettaient une meilleure implication du toxicomane dans les entretiens psychothérapiques, aidant à la verbalisation des affects et à la résolution des conflits intrapsychiques.

Cette étude réalisée dans le cadre de l’utilisation de l’hypnose dans l’approche thérapeutique des toxicomanes m’a permis de revisiter les travaux des magnétiseurs de la fin du 18° siècle et de la première moitié du 19° siècle, précurseurs de la démarche psychothérapique. Avec Puységur, il a été mis en évidence le somnambulisme artificiel faisant apparaître, à l’issue d’une transe profonde, la lucidité magnétique avec son cortège de manifestations paranormales : les hyperesthésies du toucher et de la vue, la sympathie des douleurs spontanées, le diagnostic de la maladie en état de transe, le voyage mental et la clairvoyance.

Sur fond d’une controverse toujours existante mais moins vive, entre les tenants de l’état hypnotique et ceux de la suggestion, pouvant rendre compte des phénomènes observés, l’hypnose s’est développée au 19° siècle avec Braid, Bernheim et Charcot, abandonnant au passage la lucidité magnétique sur fond d’un scientisme émergent. La condamnation de l’hypnose par l’Académie de médecine en 1842 mettra un coup d’arrêt à cette période d’expérimentations et de recherches fructueuses sur les capacités de conscience. Ces travaux se poursuivront aux USA au 20° siècle.

La psychanalyse s’est développée sur le terrain de l’hypnose, pour se démarquer ensuite en abandonnant toute référence à un état de transe, même légère, ce qui se trouva formalisé dans la cure psychanalytique, même si Freud avait préconisé, en fin de vie, un retour à l’hypnose dans la pratique psychanalytique, et si un débat avait parfois lieu entre ses successeurs. L’abandon de la notion de transe au profit d’une approche verbale dans la résolution des difficultés psychologiques, marque les limites des retombées thérapeutiques de la psychanalyse, ce qui a permis en réaction l’émergence, dans les années 1960, des thérapies psychocorporelles et transpersonnelles.

La réintroduction de l’hypnose comme mode de traitement psychique contribue à la réhabilitation du sujet par le fait même qu’il lui est donné la possibilité de restaurer ses capacités de pensée, en même temps qu’il apprend à les utiliser et à les maîtriser dans le cadre d’un processus psychothérapique. J’ai utilisé l’hypnose en alternance avec des entretiens psychothérapiques, étant donné l’émergence pulsionnelle qu’elle suscite et qui peut être parfois déstabilisatrice. L’objectif thérapeutique reste de permettre à la personne de métaboliser son activité pulsionnelle, de ”mentaliser” des vécus dépressifs recouvrant une problématique de deuil non résolue, émaillée de traumatismes réels.

 

LA LIBERTE DE L’ESPRIT

Un phénomène avait retenu mon attention dans les entretiens psychothérapiques avec les toxicomanes, c’était l’expérience du double. De tels témoignages n’étaient pas constants et supposaient au préalable l’établissement d’une relation de confiance thérapeutique. La crainte d’une stigmatisation psychiatrique constituait un obstacle à leur expression, en même temps que la prise massive de produits venait bien souvent saturer ce type d’expression, en ne permettant pas une description détaillée, une remémoration.

 

1. Le corps en doublure :

J’ai souhaité rapprocher ces témoignages de ceux relatés lors de l’utilisation thérapeutique du LSD ou de l’ayahusca, lors de séances de chamanisme, à l’issue de situations de mort imminente, d’expériences réalisées de manière provoquée ou spontanée, ou de moments extatiques. Le phénomène en soi, du fait de sa constance, nécessitait une approche transversale et ne pouvait être étudié uniquement dans un contexte déterminé, au risque d’émettre une hypothèse explicative trop réductrice.

Mon livre ”La liberté de l’esprit” (2) a présenté mon étude sur le double, ses caractéristiques, ses propriétés, ses fonctions. Cette étude a fait le constat qu’il existait un continuum qui allait du double à la bilocation (visualisation d’une personne à deux endroits), en passant par la décorporation, à la faveur d’un transfert de conscience ayant comme support une enveloppe corporelle dont l’existence, voire la nature, restait à définir.

Sans nier pour autant que le double puisse apparaître dans un contexte pathologique, il émerge aussi chez des personnalités saines dans le cadre de rêves ou à la suite d’expériences traumatisantes, spontanées ou provoquées. La décorporation se distingue de la dépersonnalisation et va bien au-delà, dans le sens où elle permet à la conscience de faire l’expérience du réel dans un autre corps.

La décorporation spontanée se produit souvent, et non systématiquement, quand le corps physique est au repos, en situation de stress (souffrance, maladie, intoxication), ou menacé dans son intégrité ou son existence. Elle se produit aussi lors de moments de plaisirs intenses, dans la relation amoureuse ou dans le ravissement mystique, à l’acmé d’un débordement émotionnel. Elle peut être provoquée à l’aide de techniques diverses (relaxation profonde, méditation, hypnose, danse, etc.). Dans tous les cas, il s’agit bien d’une mise entre parenthèse du corps physique, sous la forme d’un lâcher prise ou d’une irruption soudaine consécutive à un trop plein énergétique, qui ne trouve pas lieu de s’exprimer par la voie des pulsions ou des affects.

Il est noté une perte progressive des sensations et des limites corporelles. Ce retrait de l’activité sensorielle correspond davantage à une suspension momentanée par rapport au corps physique, puisque l’activité sensorielle trouvera de nouveau l’occasion de s’exprimer au travers du double. Cette donnée n’est pas sans poser la question du fondement de l’activité sensorielle qui n’est pas consécutive ou ne dépend pas exclusivement de l’activité neuronale.

 

2. Le dévoilement de l’être :

A partir d’observations provenant de contextes divers, j’ai été amené à considérer le double comme l’extériorisation d’un corps énergétique composé de plusieurs enveloppes énergétiques, disposant d’une anatomie énergétique constituée de chakras et de méridiens tels que définis en acupuncture. Ce corps énergétique est un déjà-là. Il n’est pas une production hallucinatoire ou fantasmatique, mais l’expérience d’une réalité énergétique sous-jacente à la réalité sensible qu’il nous faut approfondir. Au corps énergétique se trouvent ainsi attribuées de nombreuses propriétés : la fluidité, la plasticité, la communication télépathique, la possibilité de se déplacer instantanément en dehors du cadre spatio-temporel, l’incorruptibilité, la perception extrasensorielle, etc.

Le double est animé d’une intentionnalité, d’une pensée qui dispose de modalités expressives beaucoup plus développées qu’à l’ordinaire. Il apparaît comme un soi corporel ou la forme corporelle du soi. Il est le support et le véhicule d’une pensée aux possibilités très étendues. Il se présente comme une substance énergétique qui se trouve être le siège de facultés parapsychologiques.

Je conçois le Soi, non pas uniquement comme un archétype ou une autre instance psychique, mais comme une substance énergétique qui présente la particularité d’évoluer dans un double de la réalité : la réalité superlumineuse et la réalité sensible. Ainsi, à l’instar de l’électron en microphysique, le Soi m’apparaît comme un objet paradoxal, en tant qu’instance psychique s’il est appréhendé dans une démarche réflexive, en tant que substance énergétique s’il est éprouvé dans une démarche méditative.

Il importe, là où nous sommes, de le considérer comme un principe d’autodétermination ou d’effectuer un saut quantique, en le reconnaissant comme une substance énergétique dotée d’une capacité de transformation intérieure et d’ouverture sur d’autres dimensions de la réalité.

C’est dans ce sens que j’ai avancé la théorie du Soi autonome, en tant que vecteur d’évolution de la conscience humaine et siège des capacités parapsychologiques. La conscience se définit alors par un niveau de fréquences vibratoires qui augmente à mesure qu’elle se recentre sous l’impulsion du Soi, activant au passage les enveloppes énergétiques et les propriétés qui leur correspondent. La conscience ne résulte pas de l’activité neuronale, comme l’évoquent les expériences de mort imminente, mais son expression dans la réalité quotidienne peut être effectivement entravée dans les cas d’atteintes neurocérébrales.

Tout l’intérêt de l’étude des expériences de décorporation est de relancer la réflexion sur la conscience qui se trouvait enfermée dans une conception matérialiste. Une telle étude ouvre des perspectives thérapeutiques en termes de soins énergétiques et des possibilités d’exploration du réel au-delà de l’espace-temps.

 

L’HOMME INTERIEUR

Ces études et réflexions sur la nature de la conscience ont été menées parallèlement à ma démarche spirituelle nourrie de questionnements et de pratiques. Je souhaitais dans le même temps définir la dimension spirituelle comme un mode d’expression de l’être, distinct du niveau psychologique, plus élaboré, et comme lieu d’expression par excellence du Soi, ce qui a donné lieu à la publication de « L’homme intérieur ». ( 3)

 

1. La mondanité :

L’homme contemporain est un homme dont la vie intérieure est morcelée, quand elle n’est pas encombrée d’objets divers qu’on appelle préoccupations du quotidien, attachements excessifs, servitudes ou dépendances de toutes natures. A défaut, la vie intérieure, pour éviter de sombrer dans le néant, se réduit à une consommation d’objets hétéroclites, images, sons, paroles. Ces objets remplissent l’homme contemporain, le gavent plus qu’ils ne le nourrissent, lui évitent de se confronter à lui-même, se substituent à sa capacité de penser quand ils ne lui donnent pas l’illusion d’exister, parfois au travers des autres. Ces objets omniprésents lui évitent de se confronter aux interrogations métaphysiques que sont la mort, la solitude, l’identité et le devenir de l’être.

L’élévation du niveau de vie a amélioré notre quotidien, matériellement, même si ce n’est pas le cas pour tout le monde. Depuis quelques années, nous découvrons que notre quotidien peut être menacé à tout moment. Les liens qui nous relient à ce quotidien peuvent ainsi être fragilisés à la suite d’une modification de notre statut professionnel, familial, ou de notre état de santé.

Comment se fait-il que ce que l’on croyait pérenne puisse être remis en question ? Comment se fait-il que l’on soit si démunis face à de tels changements ? Que l’on soit si fragilisés face à la souffrance, face à la mort d’un être cher ? Comment donner un sens à une existence qui ne soit pas l’objet d’aléas, à commencer par les déboires relationnels, sentimentaux, socio-professionnels, etc. ?

La quête du sens est ce qui anime l’homme intérieur. Il ne s’agit pas de ces multiples sens que l’on peut donner à notre existence, au travers d’habitudes, d’objectifs ou d’intérêts divers. Il s’agit de trouver le sens qui va orienter son existence, lui permettre de connaître la joie et de l’installer durablement en soi. Un sens qui transcende le devenir humain et qui soit communément partagé.

Quel intérêt avons-nous à vivre si le néant est au bout du chemin ? Cette question génère une profonde angoisse et la réponse que nous y apportons conditionne notre manière de vivre. Notre engagement au quotidien et envers les autres, le respect envers nous-même, seront différents selon la conviction que nous avons, ou non, d’un après. Ce n’est pas la culpabilité qui nous guide mais le rejet de l’absurde. La conscience qui nous est donnée en même temps que la vie, pourquoi devrait-elle retourner au néant alors que nous disposons à tout instant de la capacité de faire, de penser et d’agir par l’intention ? C’est le rejet du mode de penser matérialiste qui m’anime. Il tente de nous présenter l’existant comme des évidences, comme ce qui va de soi, pour mieux asservir les consciences.

Notre société contemporaine est fondée sur cette conception matérialiste, d’où ses visées à courtes vues, cette frénésie de consommation d’objets, d’images, de paroles, de corps venant combler un manque à être. Ce mode de vie se substitue à notre capacité de penser et nous empêche d’accéder à la maîtrise de notre existence. Celle-ci passe par un refus du trop plein qui engorge plus qu’il nourrit, qui asservit plus qu’il ne grandit.

 

2. La verticalité de l’existence :

La multiplicité des désirs conduit à des attachements divers qui génèrent de la souffrance face à l’éparpillement, au manque, à la perte de soi-même. L’homme intérieur au contraire est celui qui s’engage de manière délibérée dans la voie du renoncement, se mettant au service de l’être, de la vie. L’éthique fonde son engagement et la tempérance le module :

« Tandis que l’interdit de la violence nous invite à reconnaître l’existence d’autrui, l’éthique va au-delà de l’expression de la loi symbolique. L’éthique reconnaît l’irréductibilité de l’autre, son humanité. C’est l’affirmation radicale de la séparation du soi et du non-soi dans l’attitude du renoncement, qui inaugure l’expérience spirituelle et constitue l’acte fondateur du nouvel être (…). La rencontre de l’autre n’est plus le fait de singularités, mais d’une participation de l’intérieur. » (4).

Il inaugure l’Homme nouveau qui dispose pleinement de sa liberté intérieure. Il ne sacrifie pas aux modes passagères, ne souscrit pas aux mouvements grégaires. Il n’en ressent pas le besoin, puisant sa force intérieure dans un ailleurs qui le nourrit en permanence, l’inspire.

L’homme intérieur a su affronter ses angoisses, ses peurs, se confronter à ses erreurs, ses faiblesses. Il a appris à s’accepter pour mieux s’améliorer, dès lors qu’il a découvert que la loi d’amour, en tant que respect de l’autre et de soi-même, est ce qui doit structurer la condition humaine dans ses rapports extérieurs, comme dans sa dimension intérieure.

Il s’effectue ainsi une transformation intérieure des émotions et ressentis divers, de l’imaginaire, sous l’effet du renoncement, vers une purification de plus en plus marquée, faisant émerger la puissance de l’esprit. Car, au terme du parcours, quand les représentations s’estompent, au cœur de l’expérience de vacuité, émerge l’esprit dans un bouillonnement incessant :

« La plongée dans l’être est comme un saut ordalique dans le domaine de la vie intérieure. Le mourir à soi, la mort symbolique du Moi ainsi réalisée, a vocation de moment baptismal, de ressourcement. L’expérience de la vacuité est ainsi radialement différente du néant. Elle marque le retour de l’être sur soi par l’absorption des désirs au sein du désir métaphysique. Elle constitue un point de référence d’un dire qui se veut en accord avec le sens de la vie. Elle sert de point d’ancrage de notre parole, traduit notre cohérence intérieure en même temps qu’elle se fait l’écho de l’originel, tente d’en traduire ses desseins. » (5).

Dans cette rencontre et communication permanente avec la lumière intérieure, en tant que source d’énergie-information, la pensée trouve à se renouveler, d’autant qu’elle découvre que l’activité de penser provient de cette source.

 

3. La profondeur de l’être :

Il s’ensuit que l’homme intérieur revendique un nouveau fondement à la pensée. Elle ne se réduit pas à des représentations communes ou idéologiques. Elle est en permanence créatrice, productrice de sens, et dispose de capacités supérieures à ce qui est communément admis. L’intention qui préside à l’activité de penser, à l’issue de ce parcours, élargit considérablement les capacités de conscience et accroît notre liberté d’action.

L’homme intérieur, insoumis par nature, se met au service de l’esprit car c’est de lui et de lui seul qu’il tient sa liberté :

« Celui qui pratique le don de soi est un être libre. Son engagement est marqué du sceau de la lucidité. Il est de l’ordre de l’inconditionnel dans son rapport à l’Etre et de l’ordre du conditionnel dans ses rapports avec le monde. Il peut forcer les événements mais rien ne pourra le contraindre à coopérer à ce qui lui apparaît contraire à la vie.(…). Le don de soi est l’acte libre par définition parce qu’il provient d’une conscience qui a accédé au Soi, sans toujours le savoir, de façon intelligible pour certains. Il se présente comme le prolongement de la vie qui nous anime et participe ainsi de l’acte créateur. Après le non au monde de la déliquescence, il importe de clamer le oui à la vie en chacun de ses instants. » (6).

 

LE TEMPLIER DU COEUR

Mes travaux antérieurs me plaçaient dans une position d’observateur clinique au sein d’une relation empathique dans laquelle pouvaient, de part et d’autre, s’exprimer des contenus transférentiels. La situation était différente dans la publication de ”L’homme intérieur”, où l’introspection était présente. Je restais toutefois dans une position de réflexion. Je n’étais pas l’objet de l’expérience.

Dans mon dernier livre intitulé « Le templier du cœur » (7), la perspective est différente. Je suis à la fois l’objet de l’expérience, le témoin des informations qui m’ont été communiquées sur mon identité profonde et des transformations qui se sont opérées. Ce livre rend compte d’un enseignement initiatique étalé sur trois ans, transmis au cours de séances de channeling avec un être situé dans la 10° dimension, incorporé par un channel. La nature et le niveau d’élaboration du contenu indiquent qu’il ne s’agit pas d’une production de l’inconscient du channel. Il ne s’agit pas davantage de l’expression de son Soi, en raison du mode d’entrée en séance et du fait que le channel n’utilise pas la première personne du singulier pour s’exprimer. Le Soi, bien que disposant de capacités développées, ne peut témoigner des modes de fonctionnement dans les mondes de réalités subtiles, comme il ne peut être à l’origine de puissants courants énergétiques qui peuvent s’exprimer parfois, ce qui amène Igor à préciser :

« Lorsque l’être ne conçoit pas qu’il puisse exister d’autres êtres dans d’autres plans, d’autres dimensions, d’autres fréquences, alors évidemment les explications que tu as énumérées vont être données, mais en même temps, pour recevoir l’imprégnation, il y a nécessité, chez l’autre, de tout ce que tu viens de dire, de capacités psychiques, d’unification de ses différentes parties, d’une certaine capacité à atteindre les plans du Super Soi, car c’est à ce niveau-là que nous pouvons commencer à œuvrer. Or, nous avons toujours dit que pour nous recevoir à un certain niveau, nous descendons de certaines fréquences. Il y a des points de rencontre, comme une sorte de palier que nous descendons, et l’être monte, et, à un moment donné, il y a la rencontre. » (8)

 

1. Une exploration de l’histoire de l’âme :

Ces séances de channeling s’inscrivent, en quelque sorte, dans un cadre thérapeutique particulier. Le thérapeute est cet être galactique ou interdimensionnel qui, par personne interposée, le channel, se met en position d’écoute, d’accompagnant et d’enseignant. Ce cadre est thérapeutique car les contenus psychiques et énergétiques qui s’y produisent s’accompagnent parfois d’émotions fortes. Celles-ci font l’objet d’un travail de métabolisation, d’interprétation de la part d’un être interdimensionnel, s’appelant dans le cas présent Igor et se présentant comme templier du coeur, gérant d’une commanderie templière située dans la 10° dimension, au-dessus du désert de Gobi. Des influx énergétiques, en fonction des situations abordées et de mon évolution intérieure, sont envoyés par cet être ou par d’autres qui le relaient momentanément sur des points précis, au cours des séances.

Le fil conducteur de ces séances, au cours desquelles de nombreux sujets sont abordés, est, dans le cadre de cette publication, l’exploration d’une vie antérieure templière, celle de Geoffroy de Saint Omer, co-fondateur de l’Ordre du Temple. Ce qui a motivé cette démarche, ce sont les nombreuses synchronicités qui ont entouré l’histoire des templiers dans ma vie présente et la rencontre d’un channel qui incorporait déjà cet être.

Ces séances révèlent qu’au-delà d’une histoire biologique, personnelle, familiale, culturelle, qui compose notre existence présente, subsistent de nombreuses histoires de vies antérieures qui constituent notre être profond et dont certaines nous impactent plus particulièrement, sans qu’elles ne soient prises en compte par la psychologie actuelle.

Si je me suis intéressé tout particulièrement à cette vie antérieure, c’est du fait de son impact dans ma vie personnelle et professionnelle, comme je l’expose dans le livre et du fait qu’elle m’a remis en présence d’êtres que j’avais côtoyés au 12° siècle et avec lesquels de nombreux éléments karmiques devaient être résolus.

Il est divulgué dans le cadre de ces séances un « enseignement vibratoirement cosmique », pour reprendre l’expression d’Igor qui précise :

« Il permet aux êtres d’accueillir, de préparer en eux des fréquences plus hautes, parce que, lorsque l’esprit, la conscience, s’éveillent à ces autres réalités, il y a comme un pas, un saut quantique qui lève les fréquences, qui fait que les vibrations d’un être dans son entièreté se subtilisent, deviennent plus rapides. Le mental et l’esprit coopèrent plus facilement. (…) Lorsque l’on donne certaines informations, lorsque l’on prononce intentionnellement certaines paroles, lorsque nous nous présentons les uns et les autres, qui que nous soyons, bien entendu, nous nous présentons, pour l’instant, à travers un récepteur, un transmetteur, mais lorsque vous êtes en présence de nous à travers ce transmetteur, il y a un travail, un accueil, et vos cellules se mettent à danser plus rapidement, ce qui crée en vous certaines émotions, un élan pour avancer. » (9).

Au-delà du fil conducteur que constitue l’exploration d’une vie antérieure templière correspondant à mes préoccupations du moment, sont abordés des thèmes relatifs à la nouvelle conscience : élévation du niveau vibratoire, corps énergétique, changement de dimension, multidimensionnalité, le Soi, l’ascension, les êtres interdimensionnels, etc. En outre, cette vie antérieure templière, en tant qu’expérience existentielle de l’âme correspondant à son évolution à un moment donné de l’histoire humaine, se trouve en interconnexion avec d’autres vies antérieures qui lui sont propres et dont l’une s’est déroulée à l’époque du Christ et lui fait écho.

Dès qu’une exploration de cette nature est engagée, bien des émotions, bien des traumatismes non apaisés refont surface et nécessitent un accompagnement, une transmutation énergétique. Le parallèle peut être fait avec une personne en séance de psychanalyse qui explore sa psyché et se confronte à des éléments de son histoire personnelle et familiale. La différence est que j’évolue, dans le cadre de ces séances de channeling, dans un domaine plus vaste qui va bien au-delà du niveau psychologique. Il se situe à un niveau énergétique et spirituel, et fait émerger ce qui jusque-là était relégué dans l’inconscient, des contenus et des expériences qui prennent sens et sont agissants dans notre vie présente, bien souvent à notre insu, et peuvent être déterminants dans l’apparition de tensions relationnelles, de maladies diverses ou de choix existentiels.

 

2. La rencontre :

Celle-ci a lieu dans la crypte de la commanderie templière dans laquelle Igor se trouve avec d’autres et dans laquelle je le rejoins, tout du moins une partie de mon être multidimensionnel. Igor rappelle que le rayonnement spirituel et énergétique de cette Fraternité templière universelle a inspiré et accompagné les cofondateurs de l’Ordre du Temple et défini sa mission originelle. L’histoire officielle ne mentionne pas cet élément initiatique fondateur qui a animé les premiers templiers entre la chute de Jérusalem en 1099 et la constitution officielle de l’Ordre en 1138.

Ce livre témoigne de ce lien spirituel qui les reliait à la commanderie d’Igor et qui s’est émoussé au fil du temps, malgré la transmission initiatique, à mesure que les templiers se sont éloignés de la mission originelle et se sont fourvoyés dans les combats :

« Tu as été enseigné au tout début et nous avions un lien. Au début, la communication avec nous, entre nous, était directe, plus directe. Et puis, peu à peu, les choses se sont densifiées, se sont armées, et quelque chose a été perverti. Oh ! Je ne dis pas forcément à l’intérieur de toi, mais quelque chose dans l’ensemble a été perverti, parce que certains ont confondu le fait de mettre à l’intérieur de cette terre un espace de protection, un espace de cœur, et des combats parfois inutiles, et l’ensemble fut vicié dans son esprit, dans son cœur et dans sa réalité. » (10)

Cette rencontre, ces retrouvailles avec Igor, font suite à une évolution intérieure comme en témoignent mes publications antérieures, mais aussi à une ouverture à l’énergétique après des questionnements sur ma santé qui m’ont amené à dépasser le corpus théorique psychologique habituellement utilisé et sur lequel je m’appuyais. Les épreuves existentielles, de quelque nature que ce soit, sont là pour nous faire avancer et nous permettre de belles découvertes, de belles rencontres :

« Nous n’aurions pu nous rencontrer s’il n’y avait une partie de toi qui n’était pas en correspondance avec mes énergies, avec nos énergies, nos fréquences, nos vibrations. Sinon, au lieu de te sentir converser avec un vieil ami, tu serais parti en courant et mes énergies t’auraient donné tellement de boutons que cela t’aurait gratté ! Alors, oui, la réponse à ta question est oui. Bien sûr qu’il y a une fraternité entre nous. » (11)

 

3. Le cheminement :

Si le livre ”Le templier du cœur” apporte un éclairage nouveau et profond sur la démarche qui animait les cofondateurs de l’Ordre du Temple, il établit une connexion permanente entre ces traces mémorielles anciennes et mon existence présente. L’objectif reste bien la poursuite de l’évolution et de l’ouverture de conscience à d’autres niveaux de réalité, en même temps que la résolution de blocages intérieurs qui peuvent l’entraver. Les notions de temple intérieur, de pardon, de féminité intérieure, les conditions de la démarche spirituelle sont ainsi abordées, en même temps que le rappel de ma promesse faite avant mon incarnation.

Dans mon existence présente, j’ai ainsi retrouvé sept des neuf cofondateurs de l’Ordre du Temple. Il m’est demandé, étant donné que j’ai été le seul à rester fidèle à la mission originelle, de permettre aux membres de cette fraternité de restaurer leur identité profonde, quel que soit parfois l’état de nos rapports actuels. C’est à ce moment-là que la démarche spirituelle prend le relai de la dimension psychologique et peut agir de manière profonde et durable au service de l’évolution des consciences :

« La compassion, quand tu la développeras de plus en plus, te fera comprendre l’origine de la difficulté d’un tel ou d’un tel, où est la peur, la souffrance, le sentiment de non-revalorisation personnelle, le sentiment de jalousie, la peur d’abandon, le désir de pouvoir chez l’autre. Voir les choses de plus haut, cela permet que certains voiles se lèvent lorsque le temps sera venu. Il sera de plus en plus nécessaire que celui qui a un bout de conscience en plus que d’autres, prenne aussi l’énorme responsabilité de cette compréhension, de cette compassion, de ce service. Tout cela, mon frère, est inscrit dans la promesse. Tu voulais le savoir, alors maintenant tu le sais ! » (12)

Ce livre témoigne de la profondeur de notre existence, nous ouvre à notre identité profonde, celle du Soi, et à d’autres réalités. Si quelques rappels historiques ont été parfois nécessaires pour resituer le cadre des expériences, il importe de se rappeler que la notion de temple intérieur est universelle. Elle transcende les religions, en justifie leur fondement et leur raison d’être, ce qu’elles ont trop souvent oublié dans leur histoire et ce que le Christ avait pourtant indiqué : « Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai » (Jean 2, 19). Le temple intérieur est celui du Cœur qu’il nous faut retrouver.

Christian MIEL

Docteur en psychologie clinique et pathologique

www.christian-miel.com

 

Notes :

1. Miel C., Toxicomanie et hypnose, Paris, L’Harmattan, 2005, 330 p.

2. Miel C., La liberté de l’esprit, Agnières, Le Temps présent, 2009, 216 p.

3. Miel C., L’homme intérieur, Agnières, Le Temps présent, 2012, 130 p.

4. Miel C., L’homme intérieur, ibid, pp. 52

5. Miel C., L’homme intérieur, ibid, pp. 81

6. Miel C., L’homme intérieur, ibid, pp. 91

7. Miel C., Le templier du cœur, Québec, Le dauphin blanc, 2016, 249 p.

8. Miel C., Le templier du cœur, ibid, pp. 67

9. Miel C., Le templier du cœur, ibid, pp. 73

10. Miel C., Le templier du cœur, ibid, pp. 26

11. Miel C., Le templier du cœur, ibid, pp. 78

12. Miel C., Le templier du cœur, ibid, pp. 171

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