L’énigmatique comte de Saint-Germain

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Quand on parle d’alchimie, un nom revient souvent à l’esprit : celui du comte de Saint-Germain, dont le parcours est jalonné de mystères et de points d’interrogation. Le personnage est fréquemment défini en deux termes lapidaires : aventurier et charlatan, ce qui, à vrai dire, est plutôt restrictif. Ainsi, dans une émission du magazine historique télévisé « L’ombre d’un doute », Christophe Bourseiller ayant cité le comte de Saint-Germain, une historienne a employé, pour le caractériser, le qualificatif « charlatan ». (Je ne parle pas, dans ce texte, de Richard Chanfray, le faux comte de Saint-Germain qui, dans les années 1970, avait défrayé la chronique et avait été le compagnon de la chanteuse Dalida. D’ailleurs, il s’est… suicidé, ce qui est plutôt gênant pour un « immortel ».)

Goethe aurait été un disciple de Saint-Germain. Napoléon III, initié aux Carbonari (« maçonnerie » du bois), s’intéressa au comte de Saint-Germain et chargea la police de rassembler aux Tuileries tous les indices possibles le concernant. Ce dossier aurait brûlé lors de l’incendie qui ravagea ce Palais parisien en 1871, ce qui fait qu’il ne reste presque plus aucune trace de l’identité réelle ou prétendue de Saint-Germain. Cet incendie ne serait pas forcément dû au hasard.

Sur Wikipédia, le comte de Saint-Germain est ainsi présenté :

« Sa naissance n’a pu être conjecturée que sur la base de quelques témoignages épars, dont celui de son ami le prince de Hesse-Cassel, qui laissent supposer qu’il était l’enfant illégitime du prince François II Rakoczi en Transylvanie et de la princesse Violante-Béatrice de Bavière, de la dynastie des Wittelsbach, et qu’il fut élevé à Florence par Gian’ de Medici, beau-frère de la seconde. Quoi qu’il en soit, certains virent en lui le descendant caché de quelque personnalité royale, et dans cette filiation supposée la raison de son intimité avec le roi Louis XV. Ainsi a-t-on pu également reconnaître en lui l’enfant naturel de la reine d’Espagne Marie-Anne de Neubourg, et d’un noble, le comte de Melgar. Ces liens de parenté, dont aucun, encore une fois, n’est avéré, expliqueraient le train de vie aisé qu’il a toujours mené, son éducation et sa culture. En effet, outre ses connaissances certaines en chimie, Saint-Germain est reconnu par ses contemporains comme un homme de très grand savoir, musicien habile et peintre de qualité. »

On trouve seulement sa trace à Londres vers 1743 et à Paris vers 1758, ainsi que chez le landgrave de Hesse en 1784, puisque c’est là qu’il a officiellement terminé sa vie. En fait, on devait le retrouver à une réunion maçonnique l’année suivante… Et les fouilles pratiquées dans son tombeau ont révélé que celui-ci était vide. L’inscription de la pierre est celle-ci :  »Celui qui se faisait appeler comte de Saint-Germain et Welldone, et dont on ne sait rien de plus, repose dans cette église. »

D’où pouvait-il venir ?

« On a pensé qu’il avait pu naître en 1710, à San Germano, et qu’il était le fils d’un percepteur. Eliphas Lévi, le grand occultiste du XIXe siècle, affirmait, de son côté, que le comte de Saint-Germain était né à Lentmeritz, en Bohême, à la fin du XVIIe siècle, et qu’il était le fils bâtard d’un noble rosicrucien déchu. La date avancée par Eliphas Lévi est vraisemblable et les convictions ésotériques du père pourraient expliquer les talents mystiques du futur ‘comte’ et ses connaissances particulières dans les sciences occultes. Il est même possible que le comte ait été, par la suite, élevé à un très haut grade de l’Ordre des Rose-Croix. Certains auteurs ont même affirmé qu’il pouvait être Christian Rosenkreutz en personne, le fondateur de cette confrérie secrète, qui aurait ainsi trouvé le secret de l’immortalité. Une chose est sûre : le comte de Saint Germain était à la fois très doué et très riche. Il avait un don certain pour les langues et parlait couramment le français, l’anglais, le hollandais et le russe. Il affirmait, en outre, parler le chinois, l’hindou et le persan. Sur sa richesse, plusieurs témoignages nous sont parvenus. Quand il commence à faire parler de lui, vers 1740, le comte de Saint-Germain a l’allure d’un homme qui aurait entre trente et quarante ans. Dans les salons de Vienne, ses vêtements attirent l’attention. Alors que ses contemporains s’adonnent à la soie colorée et aux rubans voyants, il ne porte que du noir. Sans doute pour rehausser l’éclat des diamants qu’il porte à plusieurs doigts, à son gousset et à sa tabatière. Chez lui, le diamant semble d’ailleurs être une passion : on raconte qu’il en a les poches remplies et qu’il s’en sert comme monnaie. Dans ses Mémoires, Mme de Pompadour affirme que le comte de Saint-Germain parvenait à fabriquer d’énormes diamants avec plusieurs petits et qu’il avait le pouvoir de faire grossir les perles. Casanova, qui l’a rencontré à plusieurs reprises, raconte que le comte de Saint-Germain lui a, un jour, demandé une pièce de cuivre de quelques sols qu’il a posée sur une sorte de graine noire ; il a soufflé dessus avec une pipette en verre et il a posé le tout sur un charbon ardent : une fois refroidie, la pièce était une pièce… d’or ! Bien entendu, on pourrait parler d’habile manipulation.

Le comte de Saint-Germain avait, en société, de curieuses manières : invité à un repas, il ne profitait pas des meilleurs plats et dînait d’eau minérale, ce qui lui permettait de parler du début du repas à la fin et, probablement, de mieux captiver ses auditeurs. Mais peut-être n’était-il que végétarien, une discipline de vie qui serait tout à fait compatible avec ses pouvoirs paranormaux incontestables. D’autres ont vu en lui un redoutable espion. S’il est vrai qu’il a été mêlé de très près aux affaires diplomatiques de son temps, a-t-il réellement usé de ses pouvoirs à des fins politiques ? » (www.archives-dossiers-secrets.fr)

Saint-Germain a quitté Londres en 1746, puis on a perdu sa trace pendant douze ans. S’est-il retiré en Allemagne pour se consacrer à ses recherches chimiques et alchimiques, ou a-t-il voyagé jusqu’en Inde et au Tibet ? S’il n’existe aucune preuve de ces périples, sa profonde connaissance de l’Orient est par contre avérée. Début 1758, alors qu’il était arrivé à Paris, il a adressé une requête à Marigny, directeur des Bâtiments du Roi. Saint-Germain demanda qu’une maison royale soit mise à sa disposition afin de pouvoir y installer un laboratoire et une manufacture. Louis_XV_France_by_Louis-Michel_van_Loo_002Il promit à Louis XV « la plus riche et la plus rare découverte qu’on ait faite ». Marigny attribua alors au comte la grande bâtisse désertée du Château de Chambord où Saint-Germain installa ses assistants, ses ouvriers et son laboratoire. S’étant fait présenter à la marquise de Pompadour, celle-ci l’introduisit auprès du roi Louis XV. Madame_de_Pompadour_by_François_Boucher

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Le titre de comte :

P. Montaigut a fait le commentaire suivant (cité dans : www.archives-dossiers-secrets.fr) :

« Si l’on se remémore les propos de Walpole, le comte de Saint-Germain ne porte pas ce titre par droit de lignée ou faveur royale. D’après Mme du Hausset, Louis XV semblait être dans la confidence de ses origines familiales, car ‘il ne souffrait pas qu’on parle du comte avec mépris et railleries’. Dans un autre passage, elle écrit que ‘le roi en parle quelquefois comme étant d’une illustre naissance’. Mme de Genlis, à qui Saint-Germain rendit de fréquentes visites, laisse entendre quant à elle qu’il était sans doute ‘le fils d’un souverain détrôné’. Par le recoupement d’autres témoignages, certains historiens sont tentés de voir en lui le fils bâtard de la reine Marie-Anne de Neubourg et de son amant l’Amirante de Castille. Cette liaison adultère était un secret de polichinelle à la cour de Madrid. Dans le tumulte entourant la succession au trône d’Espagne à la fin du XVIIe siècle, cet enfant illégitime aurait été caché, puis séparé de sa mère pour vivre sous plusieurs identités. Le comte de Saint-Germain raconta au détour d’une conversation avec Mme de Genlis que ‘tout ce qu’il pouvait dire sur sa naissance, c’est qu’à 7 ans il errait au fond des forêts avec son gouverneur et que sa tête était mise à prix !’. Confié à un puissant parent de la reine, le duc de Toscane peut-être, l’enfant aurait reçu sa haute éducation auprès du dernier des Médicis et hérité ensuite des domaines de sa mère dans le Palatinat allemand. Cette hypothèse est bien sûr à prendre avec des pincettes, mais elle a au moins le mérite d’expliquer de façon plus rationnelle l’origine de sa fortune et de mieux comprendre son besoin viscéral d’être admis parmi ses pairs ou des monarques. Faut-il donc voir une connotation symbolique dans le titre qu’il s’octroya ? Plusieurs indices poussent à le croire. Lorsqu’il se fixe en Allemagne à partir de 1777, le comte prend le nom de Welldone ou Weldon. A un ambassadeur de Frédéric II, il confie avoir pris auparavant le nom de Saint-Germain qui ne voulait rien dire d’autre que ‘Saint-Frère’ (Sanctus Germanus). Pris dans son ensemble, le vocable sous lequel il se fit connaître peut même se traduire par compagnon (Comes) de la Sainte Fraternité. »

 

2. L’affaire de maître Dumas :

Il y eut l’affaire de maître Dumas, ainsi relatée sur le site www.archives-dossiers-secrets.fr :

« Vers 1700, les habitants de la petite rue de l’Hirondelle, à Paris, s’inquiètent d’un propriétaire aux moeurs étranges. Il y a quelques années, maître Dumas est devenu brutalement très riche. Depuis, il ne va plus à l’église et s’enferme des heures entières dans une sorte de laboratoire secret où même sa femme ne va pas. On l’a remarqué, tous les vendredis vers 3 heures de l’après-midi, un horrible petit bonhomme noir, juché sur une invraisemblable haridelle, vient lui rendre visite. Le petit bonhomme attache sa monture qui porte sur la croupe une hideuse blessure, devant la demeure de maître Dumas, et monte directement dans le laboratoire qui se trouve au grenier. Personne ne connaît l’identité de cet homme. Le 31 décembre 1700, le petit bonhomme se présente bien plus tôt. Il est 10 heures du matin quand il grimpe jusqu’au grenier. Vers midi, il repart. Vers 5 heures, la femme de maître Dumas s’inquiète de ne plus entendre son mari. Quand elle force la porte du laboratoire, la pièce est vide. Maître Dumas s’est volatilisé ! La police fait fouiller la maison et sonder tous les murs. En vain. Toute la ville commente cette inquiétante disparition. On en parle même à la Cour où le marquis de Villeret raconte l’anecdote au jeune Louis XV qui n’est encore qu’un enfant mais qui sera impressionné au point d’en reparler pendant des mois.

Cinquante-huit ans plus tard, un curieux gentilhomme capte tous les regards de la cour de France. Il se fait appeler Comte de Saint-Germain, mais l’on ignore son vrai nom. En a-t-il un, d’ailleurs, lui qui prétend détenir le secret de l’immortalité et posséder quelques dons, comme celui de voyance ? Pour ce qui est de l’immortalité, la vieille comtesse de Cergy raconte une étrange histoire. La première fois où le nom du comte a été annoncé, elle a tressauté : elle se souvenait fort bien d’avoir entendu ce nom-là, une cinquantaine d’années plus tôt, à Venise, où le comte de Cergy était ambassadeur. S’agissait-il du père du comte ? ‘Non, de moi-même’, lui aurait répondu le gentilhomme qui se souvenait, à son tour, de la belle jeune femme qu’était la comtesse de Cergy. Stupéfaite, celle-ci lui lance : ‘Mais, vous auriez au moins cent ans !’ Et le comte de Saint-Germain aurait répliqué : ‘Ce n’est pas impossible, madame, je suis peut-être plus vieux qu’il n’y paraît.’ Beaucoup d’histoires de ce genre circulent sur le comte quand on le présente au roi, à Versailles. Louis XV a soudain l’idée de lui soumettre le cas de maître Dumas, qui est toujours dans sa mémoire. Première surprise : le comte de Saint-Germain demande au roi s’il s’agit bien du maître Dumas qui habitait rue de l’Hirondelle en 1700 ! Soit cinquante-huit ans plus tôt…

Le roi est très étonné, mais il insiste. Le comte de Saint-Germain lui avoue sa réticence : ‘Sire, en dévoilant ce que je sais, je crains de vous exposer à certains dangers.’ Le roi imposant sa volonté, le comte demande un plan de Paris, localise l’ancien hôtel de maître Dumas et se concentre en paraissant oublier tout ce qui l’entoure. Enfin, il murmure : ‘Sire, les ouvriers qui ont cherché maître Dumas étaient de très mauvais ouvriers. Dans un angle du laboratoire, près de l’entrée, il y a une trappe dans le parquet. Plusieurs lames mobiles recouvrent l’entrée qui mène à un caveau, par un escalier entre plancher et muraille. C’est là que notre homme s’est retiré. C’est là qu’il a avalé une puissante drogue et qu’il est mort.’ Le roi l’interrompt : ‘Était-ce bien le diable qui venait le voir ?’

Le comte de Saint-Germain réplique : ‘Je crois plutôt que c’est maître Dumas qui allait voir le diable… Mais je ne peux en dire plus à Sa Majesté, à moins qu’elle ne se fasse rose-croix. Il y a là de terribles secrets !’

Dès le lendemain, poussé par Madame de Pompadour qui protégeait le comte, le roi demandait l’ouverture d’une nouvelle enquête sur cette vieille affaire. Son lieutenant de police criminelle devait effectivement découvrir la trappe dont avait parlé le comte de Saint-Germain, l’escalier secret, le caveau, et, enfin, le corps (le maître Dumas, une coupe près de lui, dans laquelle se trouvait encore une houlette d’opium).

Tout ce que l’étrange personnage avait dit était vrai. »

 

3. Un espion et un charlatan ?

Après avoir quitté la France en 1760, le comte voyagea en Prusse, en Russie, en Italie, en Angleterre et en Autriche (où on le vit souvent à Vienne), avant de s’arrêter finalement à la cour du landgrave de Schleswig-Holstein, un alchimiste fervent. Des hypothèses ont circulé sur les actions d’espionnage du comte, mais au profit de qui ces actions auraient-elles été faites ? Il aurait été au moins agent triple, tandis que diverses allégations rapportent son attachement au principe monarchique… Selon la marquise de Créquy, il soutira à Madame d’Urfé, en quatre ans, cent mille écus.

Vers la fin de l’année 1745 à Londres, la grande révolte des jacobites venant d’être écrasée, la police voyait partout des espions à la solde des jacobites et de leurs alliés français. Tout étranger était arrêté, et, si celui-ci était français, il était encore plus suspect. On arrêta ainsi un homme se trouvant être en possession de lettres favorables aux Stuart. Horace Walpole a raconté l’événement :

« L’autre jour, on arrêta un homme étrange qui se fait appeler comte de Saint-Germain. Il vit ici depuis plus de deux ans. Mais il ne veut pas dire qui il est, ni d’où il vient. Il déclare que Saint-Germain n’est pas son vrai nom. Il chante et joue du violon merveilleusement. Il est fou et fait preuve de peu de bon sens. »

Le comte de Saint-Germain déclara être victime d’une machination et convainquit ses geôliers. Relâché, il quitta l’Angleterre pour une autre cour européenne.

On a autant apprécié que détesté le personnage. Le comte Warnstedt l’a décrit comme « un charlatan, un sot, un écervelé, un beau parleur et un escroc de la pire espèce ». Par contre, le prince de Hesse-Cassel, son dernier protecteur, a cru voir en lui « peut-être le plus grand sage qui ait jamais existé ». Walpole a évoqué son talent de musicien. Si d’autres personnes ont remarqué son talent de peintre, il s’avère qu’on ne connaît, aujourd’hui, aucun de ses tableaux. Ces derniers étaient célèbres, à cette époque, par les bijoux qu’ils représentaient et qui  »brillaient de mille feux, comme s’ils avaient été réels ». On sait qu’il a conquis l’amitié de Louis XV en lui remettant en état un diamant qui avait un défaut.

A Vienne, les comtes Zabor et Lobkowitz ont présenté le comte au maréchal français de Belle Isle. Celui-ci, atteint d’une mystérieuse maladie, fut guéri quasi instantanément par les soins du comte de Saint-Germain. Par reconnaissance, le maréchal introduisit le comte à la cour de France où il parvint à  »ressusciter » une amie de la marquise de Pompadour, victime d’un empoisonnement par des champignons vénéneux.

Ayant des talents de chimiste, Saint-Germain était réputé pour ses recherches sur les couleurs et les teintures qu’il mettait au point dans les différents laboratoires qu’on lui attribuait en Europe.

Casanova, qui ne l’aimait pas et qui devait tenter de le desservir à plusieurs reprises, a pourtant laissé du comte de Saint-Germain un portrait nuancé :

« Cet homme extraordinaire, roi des imposteurs et des charlatans, affirmait avec le plus grand sérieux qu’il avait trois cents ans, qu’il connaissait le secret de la Médecine universelle, qu’il possédait la maîtrise des éléments et qu’il pouvait faire fondre des diamants. Il se prétendait capable, avec dix ou douze diamants, d’en produire un de la plus belle eau. Tout ceci, affirmait-il, n’était pour lui qu’un jeu d’enfant. Malgré ses fanfaronnades, ses mensonges cousus de fil blanc et ses multiples excentricités, je ne peux pas dire que je le trouvais désagréable. Bien que je susse très bien à qui j’avais affaire et en dépit de mes propres sentiments à son égard, je le trouvai intéressant. »

En 1777, l’ambassadeur de Prusse à la cour de Dresde, le comte Alvensleben, écrivait au sujet du comte de Saint-Germain :

« C’est un homme très doué, à l’esprit très vif, mais auquel on ne peut pas faire confiance. Il n’a gagné sa réputation qu’à force de flatteries et aussi de réelle éloquence. On ne peut que se sentir transporté par la ferveur et l’enthousiasme avec lesquels il s’exprime. Une vanité sans bornes est la base de sa personnalité. »

220px-Étienne-François_de_ChoiseulD’après plusieurs chercheurs contemporains, il se pourrait que le duc de Choiseul, qui détestait le comte de Saint-Germain et qui le considérait comme un agent double, ait tenté de le discréditer en employant un imposteur, nommé Gauve, qui ressemblait au comte de Saint-Germain et qui se livrait un peu partout à des excentricités néfastes à la réputation de celui-ci. Si le comte s’est attiré la sympathie du roi, il s’est en effet aliéné le duc de Choiseul, le principal ministre de Louis XV. Le ministre aurait ainsi lancé une campagne de discrédit en payant un amuseur nommé Gauve chargé d’imiter le comte de Saint-Germain et de se faire passer pour lui. Gauve parcourut les salons sous l’identité de Saint-Germain et raconta les histoires les plus invraisemblables : il aurait bu avec Alexandre le Grand, il aurait connu Jésus et lui aurait prédit une fin abominable… La supercherie de Gauve fut rapidement dévoilée, et, contrairement à ce qu’attendait Choiseul, le vrai Saint-Germain n’en sortit pas ridiculisé, mais grandi. Dépité, le ministre dut attendre 1760 pour parvenir à se débarrasser de Saint-Germain, en le faisant accuser d’espionnage.

Le roi Louis XV aurait confié au comte des missions auprès de différentes cours européennes. En 1760, alors que le comte de Saint-Germain était à La Haye pour, officiellement, venir négocier un emprunt auprès de l’Autriche afin de financer une nouvelle guerre contre l’Angleterre, il rencontra Casanova et se mit à dos le duc de Choiseul. Ce dernier crut découvrir que Saint-Germain travaillait en fait à une alliance entre l’Angleterre et la France ! Tombé en disgrâce, le comte se réfugia aux Pays-Bas. On le signala ensuite en Angleterre, en Italie, en Russie, en Saxe et en Prusse, où il chercha à monter des recherches sur les pigments et les couleurs.

En 1766, il se mit sous la protection du roi de Prusse Frédéric II, mais il le quitta l’année suivante. Il arriva ensuite à Gottrop, sur la Baltique, où il fut hébergé par le prince de Hesse-Cassel. Officiellement, il mourut le 27 février 1784 à Eckernförde, dans le Schleswig, alors qu’il était âgé, selon son hôte et principal confident, de 93 ans.

 

4. Voyages :

Après avoir été convaincu de trahison, le comte de Saint-Germain s’est enfui en Angleterre puis il est revenu en Hollande.

Il a vécu deux ans à la cour des Pays-Bas sous le nom de comte de Saint-Surmont et il a construit un laboratoire de chimie industrielle et d’alchimie. Il a ensuite disparu de la circulation, après avoir réalisé un bénéfice de 100 000 florins.

On l’a retrouvé en Belgique sous le nom de marquis de Montferrat. Après avoir monté un nouveau laboratoire, il a une nouvelle fois disparu.

En 1768, on l’a aperçu à la cour de Russie dans l’entourage de la Grande Catherine. La Turquie venait alors de déclarer la guerre à la Russie. Le comte exerça une telle influence sur la Cour qu’on le nomma conseiller du comte Orlov, le général en chef des armées impériales. Sous le nom de Welldone, il fut fait général de ces armées. Après la défaite des Turcs, en 1770, il quitta la Russie.

En 1774, il apparut à Nuremberg pour convaincre Charles-Alexandre, le margrave de Brandebourg, de lui accorder une subvention nécessaire à l’ouverture d’un laboratoire. Le comte de Saint-Germain réclama ensuite la protection de Frédéric le Grand, ce qui permit à Choiseul d’affirmer perfidement que Saint-Germain a toujours travaillé pour le roi de Prusse. Comme le comte de Saint-Germain s’est réclamé de la franc-maçonnerie, Frédéric, qui était grand maître des loges prussiennes, lui fit passer un test ésotérique, mais le comte feignit d’avoir oublié les signes secrets.

En 1779, Saint-Germain arriva à Eckernförde, en Allemagne, son dernier lieu de résidence connu.

 

5. L’alchimiste « immortel » :

P. Montaigut a fait ce commentaire à propos du comte de Saint-Germain :

220px-La_Très_Sainte_Trinosophie_cover« Dans un siècle qui voit éclore la franc-maçonnerie, ses liens avec les obédiences mystiques sont plus ou moins perceptibles. Au prince de Hesse, chez qui il termine ses jours ‘officiellement’, il déclare peu de temps avant de mourir être ‘le plus ancien des maçons’. Le fantasque Cagliostro affirmait de son côté avoir été ‘l’apprenti’ de Saint-Germain. C’est dans la cellule romaine de ce même Cagliostro que fut découvert l’ouvrage hermétique intitulé ‘Très Sainte Trinosophie’, aujourd’hui conservé à la bibliothèque de Troyes et attribué au comte de Saint-Germain. A la fin du XVIIIe siècle, la plupart des loges maçonnes s’intéressent à l’alchimie sur un plan strictement spéculatif et symbolique. Certains textes portés au crédit de Saint-Germain, comme ce curieux Sonnet sur la création, montrent que sa recherche de la pierre philosophale vise au perfectionnement de l’âme et accessoirement à la conservation optimale de l’aspect physique. Les registres de l’église d’Eckenförde, en Allemagne, renferment le procès-verbal suivant :

‘Décédé le 27 février, enterré le 2 mars 1784, celui qui se donnait le nom de comte de Saint-Germain et Welldone, sur lequel on n’a pas d’autres renseignements, a été inhumé dans l’église de notre ville.’

Un tel homme pouvait-il donc mourir ? Ses adeptes et détracteurs allaient se charger de le ressusciter en enrichissant sa légende. » (www.archives-dossiers-secrets.fr)

Saint-Germain, qui symbolise le plus vieux rêve de l’Homme : l’immortalité, était habillé de vêtements couverts de bijoux, il n’absorbait que des pilules, du pain et du gruau, et il parlait et écrivait le grec, le latin, le sanscrit, l’arabe, le chinois, le français, l’allemand, l’anglais, l’italien, le portugais et l’espagnol. Il peignait et, virtuose au clavecin et au violon, il composait aussi de la musique. Il aurait été très versé en chimie et en alchimie. A-t-il réalisé le Grand Œuvre alchimique et découvert la Pierre philosophale ? Il faut savoir que le véritable but des alchimistes n’était pas de transformer les métaux dits « vils » en or, ce processus n’étant (grâce à la « poudre de projection ») qu’une étape dans la réalisation du Grand d’Oeuvre qui était en fait la mise au point d’un « élixir de longue vie » dont l’objectif était de stopper le processus du vieillissement. Nous parlerions aujourd’hui de « régénérateur cellulaire »… (Ceci n’excluait pas l’existence, en parallèle, d’une alchimie spirituelle.) On attribue à Saint-Germain l’ouvrage d’alchimie : « La Très Sainte Trinosophie », ce qui n’a cependant pas été prouvé. Le comte avait une grande passion pour les pierres précieuses, dont il avait toujours de grandes quantités, souvent d’une grosseur extraordinaire, et il affirmait détenir un secret permettant de faire disparaître les défauts des diamants.

Friedrich_Zweite_AltDans une lettre du 15 avril 1760 à Frédéric II, Voltaire disait de lui : « C’est un homme qui ne meurt point et qui sait tout », et Frédéric II l’appelait « l’homme qui ne peut pas mourir ». Chamfort rapporta que, si l’on demandait au domestique du comte : « Est-il vrai que votre maître a trois cents ans ? », l’homme répondait : « Je ne puis vous le dire : il n’y a que cent ans que je suis à son service. »

220px-Portrait_of_Jean-Philippe_Rameau_-_Joseph_AvedLe compositeur Rameau se souvenait d’avoir vu Saint-Germain en 1701. La comtesse de Cergy l’avait vu à Venise, où elle était ambassadrice, 50 ans plus tôt.

Ce sont en réalité les manières et l’originalité de Saint-Germain, et notamment sa façon de conter l’Histoire de France comme s’il en avait connu les protagonistes (François Ier et consorts), qui lui valurent dans les années 1750 certaines faveurs auprès de quelques représentants de la cour, à commencer par Madame de Pompadour. Plusieurs extraits des Mémoires de Casanova corroborent l’idée selon laquelle le comte « témoignait » effectivement avec beaucoup de réalisme des époques les plus reculées. Selon une anecdote, le comte a laissé croire à sa présence au Concile de Trente. Saint-Germain est aussi présenté par Casanova comme parlant parfaitement la plupart des langues et comme étant un grand musicien, un grand chimiste… L’intérêt du comte pour la recherche de moyens propres à augmenter la durée de la vie humaine eut aussi pour effet d’augmenter les rumeurs courant déjà sur sa longévité supposée hors du commun. Il faut aussi tenir compte, dans l’édification de la légende, du rôle joué par le comédien Gauve (alias « milord Gor », ou « Gower », ou « Qoys »), mentionné ci-dessus, celui-ci s’étant fait passer pour le comte dans les quartiers populaires de Paris. Ce comédien, qui décrivit avec force détails et persuasion de prétendues entrevues avec le Christ et certaines figures de l’Antiquité chrétienne, a grandement contribué à la naissance et à l’amplification de la rumeur d’immortalité. L’inventeur Jean-Pierre-Louis de Luchet a mentionné, dans ses « Mémoires authentiques pour servir à l’histoire du comte Cagliostro » (Berlin, 1785), ce lord Gor, ou Gauve, qu’il a abusivement assimilé au comte. Notons, par ailleurs, que la mention, par Saint-Germain, de lointains événements du passé, pourrait en réalité simplement s’expliquer par ses souvenirs de vies antérieures…

220px-Giacomo_Casanova_by_Anton_Raphael_MengsCasanova a raconté son entrevue à La Haye avec le comte. Ce dernier était vêtu d’un costume d’Arménien, le même que l’on prêtait au Juif errant, autre incarnation du mythe de la longévité perpétuelle, mythe qui disparut incidemment au XVIIe siècle. Mais Casanova soupçonna le comte de prestidigitation et d’imposture.

C’est en principe à Eckernförde, en février 1784, que le comte de Saint-Germain s’éteignit. Mais on a affirmé qu’il avait assisté, un an après sa mort, à une réunion maçonnique tenue à Wilhelmsbad. D’autres personnes l’ont vu en compagnie de Cagliostro, de Mesmer le magnétiseur, ou de Louis-Claude de Saint Martin (le « Philosophe Inconnu »). Bio-LCSM-image-1

Peu avant la Révolution, on a prétendu qu’il avait été aux côtés de Marie-Antoinette. 200px-Marie_Antoinette_Adult4Celle-ci, dans son journal, reconnut que le comte lui avait prédit les événements révolutionnaires, et elle regretta de ne pas avoir noté plus précisément ses propos.

En 1789, le comte de Saint-Germain fut aperçu à la cour de Suède où il prévint le roi Gustav III des dangers qui le menaçaient. Il en profita pour rendre visite à une de ses amies, Mademoiselle d’Adhémar, qui nota dans son journal que le comte semblait avoir toujours un peu plus de quarante ans. Il lui affirma d’ailleurs qu’elle devait le revoir cinq fois, ce qui se produisit. La cinquième fois fut à la veille de l’assassinat du duc de Berry, en France, en 1822 !

Plusieurs auteurs ont contribué à la légende du personnage. Etteilla affirma ainsi, lorsque les journaux annoncèrent la mort du comte, qu’il y avait eu une confusion sur l’identité réelle du décédé et que le vrai comte de Saint-Germain, son maître direct depuis vingt ans, vrai cabaliste et magicien hermétiste, auteur de « L’entrée au palais fermé du roi » (1645), était toujours en vie et qu’il se trouvait en Amérique. En 1932, un aviateur américain, dont l’appareil s’était écrasé près d’un monastère tibétain, raconta qu’il avait rencontré parmi les moines un homme qui prétendait être le comte de Sain-Germain. (D’après Louis Pauwels, 1977.) Mademoiselle Lenormand accrédita l’idée de sa survivance durant le Premier Empire, et le baron de Gleichen, en ses « Souvenirs » (« Denwürdigkeiten », 1847), défendit l’idée d’un comte de Saint-Germain ayant vécu depuis l’Antiquité. Néanmoins, si « immortalité » (ou prolongation de la vie) il y a, ce n’est pas à partir de l’Antiquité, les souvenirs allégués relatifs à un lointain passé pouvant, ainsi que je l’ai précisé, s’expliquer par une mémoire concernant des incarnations passées de Saint-Germain.

 

6. Une approche « ésotérique » de Saint-Germain :

De nombreuses sociétés ésotériques, comme les théosophes associés à l’enseignement de Madame Blavatsky, ont inscrit le comte de Saint-Germain parmi leurs  »maîtres à penser », au même titre que Platon, Bouddha, le Christ ou Christian Rosenkreutz.

Se référant aux « révélations » de certains théosophes, Michel Coquet a évoqué certaines incarnations passées de Saint-Germain : Saint Alban (décapité en 303), Proclus (412-485), Roger Bacon (1214-1294), Christian Rosencreutz (1378-1484), Francis Bacon (1561-1626). 260px-Roger-bacon-statue

260px-Francis_BaconAprès Francis Bacon, celui qui allait être dorénavant connu sous le nom de comte de Saint-Germain serait ensuite né en 1696 comme fils de François II Rakoczi (d’où son nom de Maître Rakoczi), descendant des souverains de Transylvanie. Le jeune Rakoczi aurait, plus tard, pris le nom de Saint-Germain, de la ville de Sangermano où son père avait des propriétés.

La mission de Saint-Germain était l’unification de l’Europe. Il aurait été, dès son plus jeune âge, conscient de sa mission. Il avait « probablement déjà atteint l’état d’Arhat », et il se préparait à devenir Choan, d’après Djwal Khul (« le Tibétain ») qui l’a présenté comme étant le régent du septième Rayon, puis, après son passage par la sixième Initiation, comme le régent du troisième Rayon (celui-ci étant un Rayon majeur de synthèse). Il prit alors les fonctions de Mahachoan et devint le Seigneur de la Civilisation, civilisation qui sera conditionnée, dans l’ère du Verseau, par le rythme du septième Rayon.

Giuseppe_balsamo_(colour)En tant que comte de Saint-Germain, il fut aidé par des initiés tels que Cagliostro et Mesmer (1734-1815). D’après le « Glossaire Théosophique », ce dernier était un membre initié de la Fraternité de Luxor ou de la branche égyptienne de cette dernière. En 1783, Mesmer fonda l’Ordre de l’Harmonie Universelle, dans lequel, pense-t-on, seul le magnétisme animal était enseigné, mais qui, en réalité, exposait les principes d’Hippocrate, les méthodes des anciennes Asclépies (les Temples de Guérison), et d’autres sciences occultes. 220px-Franz_mesmer

Si Saint-Germain excellait dans diverses branches du savoir, il devait cette particularité au souvenir qu’il avait de précédentes incarnations. Voltaire, qui le rencontra, avait écrit à Frédéric II : « C’est un homme qui ne meurt jamais et qui sait tout. » Le ministre belge M. de Cobenzl, qui rencontra Saint-Germain sous le nom de M. de Surmont, fit ce commentaire (d’après Paul Chacornac) :

« J’ai trouvé en lui l’homme le plus étrange que j’ai connu dans ma vie. Il possède de grandes richesses et vit simplement ; il est d’une probité étonnante et possède une bonté digne d’admiration. Il a une connaissance approfondie de tous les arts. Il est poète, musicien, écrivain, médecin, physicien, chimiste, mécanicien, peintre, bref il a une culture générale comme je n’en ai pas trouvé chez aucun homme. »

Casanova, qui l’admirait tout en le jalousant, écrivit ceci :

« Il est vrai qu’il était difficile de parler mieux que lui… Il avait un ton décisif, mais d’une nature si étudiée qu’il ne déplaisait pas (…). Sur quelque sujet et sur quelle époque qu’on l’interrogeât, on était surpris de le voir connaître ou de lui entendre inventer une foule de choses invraisemblables, intéressantes, et propres à jeter un nouveau jour sur les faits les plus mystérieux. »

Parmi les talents qu’on lui prêtait, il y avait celui de parler de nombreuses langues, sans oublier ses talents d’alchimiste.

Qu’en était-il de son immortalité supposée ? Michel Coquet fait le commentaire suivant :

« Les méthodes utilisées par les Maîtres incarnés pour maintenir longtemps leur enveloppe charnelle jeune et en bonne santé sont diverses. Le comte utilisa, quant à lui, celle dite du ‘transfert’. Elle consiste à créer un corps adulte à sa ressemblance, par la puissance de la volonté et de la visualisation sur les plans astral et mental. Lorsque son corps mourait, il l’abandonnait et se projetait dans celui qu’il avait créé en lui redonnant la vie par sa présence. C’est ainsi que le comte décéda officiellement le 27 février 1784 et fut tout de même présent à la Convention Maçonnique du 15 février 1785, qui se tenait à Wilhemsbad, où il chercha à réconcilier diverses Sociétés initiatiques disséminées en Europe. »

Voici ce qu’écrivit, en 1857, le docteur Eckert :

« Les archives de la Franc-Maçonnerie prouvent que De Saint-Germain prit aussi part à la grande Conférence Maçonnique tenue en 1785 à Paris, où se trouvaient aussi Lavater, De Saint-Martin, Mesmer, Wöllner, De Gleichen et Cagliostro. »

(Je note, pour ma part, que cette création d’un corps par la volonté fait penser aux nombreuses apparitions de Maîtres sous diverses apparences, telles qu’elles sont relatées dans la revue « Partage international ». Voyez mon livre : « Le retour du Christ : une réalité imminente ? », éditions Le Temps Présent, 2012. A noter aussi que la création d’un nouveau corps, un « mayavirupa » – ou corps de manifestation temporaire -, est l’une des explications données aux apparitions post-mortem de Jésus à ses disciples…)

Les missions de Saint-Germain étaient diplomatiques, mais elles avaient toujours une portée mystique. Il fut instructeur à la Loge de tendance rosicrucienne des Philalèthes, fondée en 1773. En France, Saint-Germain s’est efforcé d’ancrer les trois grands principes de liberté, d’égalité et de fraternité, ainsi que de donner un nouveau souffle aux sociétés secrètes. Cet effort devait toucher, via la France, l’Europe entière. Il y eut la Révolution française, beaucoup de bien étant sorti du mal apparent.

Selon Djwal Khul (le Tibétain), c’est au Tibet que se trouve l’ashram du Mahachoan. HpbDans le volume IV d’« Isis Dévoilée », Helena P. Blavatsky évoqua la venue du comte de Saint-Germain au monastère de Tashi Lhumpo à Shigatsé. Elle fit référence à un « Peh-ling » (un Anglais) venu dans la première partie du dix-neuvième siècle, un « bouddhiste consommé » qui, après un mois de préparation, fut admis parmi les « Khe-lans ». Il parlait « toutes les langues », y compris le tibétain, et connaissait toutes les sciences. Sa sainteté et les phénomènes qu’il produisit firent qu’il fut proclamé Shaberon après quelques années de résidence. Dans la hiérarchie du bouddhisme tibétain, ce titre de Shaberon est juste inférieur d’un degré à celui de Hobilgan, celui donné au Panchen Lama. Hobilgan était aussi appelé, par H. P. B., Khubilkhan ou Khubilhan, un terme mongol équivalent au terme tibétain Chutuktu, c’est-à-dire un Bodhisattva ou un Bouddha porteur de la flamme avatarique. Cette Initiation de Saint-Germain a peut-être eu lieu entre 1746 et 1756, période où il quitta l’Angleterre et voyagea incognito à travers le monde.

Vers 1881, le Maître K. H. (Kut Humi) écrivit une lettre à Sinnett dans laquelle il évoqua des manuscrits qui exposaient les doctrines orientales d’après les enseignements de Rosencreutz qui, à son retour d’Asie, « les revêtit d’un vêtement semi-chrétien destiné à protéger ses élèves contre les vengeances du clergé ». La clé en serait une science perse. Rosencreutz enseigna oralement. Kut Humi se référa au « Prince allemand », aisément identifiable au Landgrave Charles, prince de Hesse, en présence de qui Saint-Germain partit « pour son voyage de retour, chez lui ». Kut Humi ne disait pas où, mais on sait qu’il s’agit du Tibet.

Franz Gräffer, un disciple du comte, a publié un entretien qui eut lieu, à Vienne, entre son frère Rudolphe et le comte de Saint-Germain. La date se situe entre 1788 et 1790, une date qui aurait été celle où le comte serait reparti au Tibet, comme le rapporta Franz Gräffer dans les « Petits mémoires de Vienne », en citant les dernières paroles du comte : « Je disparaîtrai, vers la fin du siècle, de l’Europe… On me reverra dans 85 ans jour pour jour. » Ces paroles furent dites en 1790.

De retour en Europe, le comte reprit contact avec certains de ses disciples. L’un d’eux fut J. M. Ragon, un franc-maçon français né à Bruges en 1789 et qui fonda la Société des Trinosophes. Selon H.-P. Blavatsky (décédée en 1891), il était en possession de nombreux documents donnés par le comte de Saint-Germain. Il mourut à Paris en 1866.

Selon la théosophe Annie Besant, Madame Blavatsky a vu le comte de Saint-Germain de temps en temps en Europe. Annie_Besant,_LoCAnnie Besant, qui disait l’avoir aussi rencontré, précisa que lors de la première rencontre il a dit à celle-ci qu’il viendrait encore travailler dans le monde au vingtième siècle. (Référence : Michel Coquet, « Les Maîtres : du mythe à la réalité », éditions Alphée, 2007.)

De nombreux channels ont prétendu recevoir des messages télépathiques ou des enseignements de Saint-Germain. Si certains cas méritent qu’on s’y attarde, d’autres par contre peuvent relever d’un phénomène assez courant en médiumnité et en channeling : l’usurpation d’identité. Des entités peuvent en effet se faire passer pour un personnage plus ou moins illustre afin de faire passer plus aisément leurs messages qui visent un certain public. 200px-Elizabeth_Clare_Prophet_-_Guru_MaParmi les sources canalisées intéressantes, citons Mark Prophet et Elizabeth Clare Prophet (décédée en 2009), Pierre Lessard et Josée Clouâtre (voyez leurs ouvrages aux éditions Ariane), Nathalie Chintanavitch (« Maître du Feu Violet », éditions Tara Glane, 2012 ; « Les Porteurs du Feu Violet », 2015, même éditrice). 41VZMZATKNL._SX330_BO1,204,203,200_Certaines personnes (dont Guy Ballard, décédé en 1939) ont prétendu avoir rencontré physiquement Saint-Germain. Guy Ballard est l’auteur, sous le pseudonyme de Godfré Ray King, de : « Les Mystères dévoilés ».

61pYe0GrzRL._SX375_BO1,204,203,200_51+ms-AJUWL._SX385_BO1,204,203,200_

 

 

 

 

 

 

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Un futur texte développera les sources contemporaines relatives à Saint-Germain.

Alain Moreau

 

Quelques livres :

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