Le « Cuarto de Luz » : un cas de matérialisation d’entités ?

9782226134301m

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’évoque, dans un autre texte – « L’ectoplasmie » – de la même rubrique, le phénomène d’ectoplasmie, un phénomène qui a eu son « âge d’or » dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle et dans la première moitié du vingtième siècle, et qui s’est considérablement raréfié dans la seconde moitié du vingtième siècle. Il existe cependant encore, de nos jours, quelques « foyers » d’ectoplasmie ou de « matérialisation d’entités ». Voici un cas mexicain.

 

I. Séances des années 1950 :

Dans un livre paru en 1970 aux éditions Albin Michel, l’Italien Leo Talamonti a évoqué des expériences d’ectoplasmie faites dans les années 1940-1950 par un médium nommé Louis Martinez, dit « don Luisito ». Le pays n’est pas donné, mais il s’agissait manifestement du Mexique.

De 1951 à 1953, le professeur Tibon a ainsi assisté à de nombreuses séances de matérialisation. Leo Talamonti en donne la description suivante :

« Dès que le médium était entré en transe, apparaissaient quelques petits globes phosphorescents de couleur blanche, verte ou jaune, qui tournaient pendant quelques instants au-dessus de la tête des assistants avant de disparaître. Venait ensuite la matérialisation partielle de visages et de mains qui frappaient des coups sur les murs ou donnaient des tapes sur les épaules des présents. Ces mêmes mains soulevaient un grand tambour, pourvu de ses baguettes, et en jouaient à un rythme parfait en le déplaçant çà et là en l’air (…). »

Les pétales de fleurs de vases disposés là étaient effeuillés. Ils étaient envoyés sur les assistants.

De petites formes lumineuses se dessinaient au centre du cercle médiumnique, prenant peu à peu une taille et une apparence humaines. De curieux personnages apparaissaient alors :

* « Amahur » (un soi-disant médecin oriental coiffé d’un turban).

* La « sœur Belèn » (une petite vieille au visage ridé comme une pomme flétrie).

* Un loquace « docteur del Castillo » (avec une cravate noire).

* Un croisé médiéval.

* Un guerrier au glaive resplendissant.

* Un prêtre imposant portant une étole de soie brodée d’or.

* Un personnage avec la tête ornée d’un éblouissant diadème à 12 fleurons d’une intensité lumineuse inégale.

Apparaissaient ensuite de petites entités lumineuses qui s’emparaient des nombreux jouets préparés pour elles et qui entamaient un concert aussi sonore que discordant… L’unique « soliste » du groupe était un certain « Botitas »

Les témoins des séances de Louis Martinez se comptent par centaines. Parmi eux, il y avait : l’industriel Alvarez y Alvarez, le mathématicien Albert Barajas, un père jésuite auteur de livres contre le spiritisme, un directeur général de l’UNESCO, deux anciens ministres des Affaires étrangères et deux anciens présidents de la République. (1)

 

II. Séances en 2001 :

Je viens d’évoquer le cas du médium Louis Martinez (Luis Martinez), et plus particulièrement des séances remontant au début des années 1950. Or, il s’avère que de telles séances existent toujours, le médium n’étant évidemment plus Louis Martinez. En France, il aura fallu attendre la visite au Mexique, en 2001, de gens comme François Brune et Didier Van Cauwelaert, pour prendre connaissance de ce fait.

Le 5 septembre 2001, Yvon et Maryvonne Dray furent invités à participer à une séance du « Cuarto de Luz » (« chambre de lumière ») où leur fille décédée Karine s’est, disent-ils, matérialisée. Ces visites d’entités spirituelles, dans l’obscurité, ont lieu tous les mercredis à partir de 17 heures.

La genèse de ce groupe médiumnique mexicain remonte au sénateur Rafael Alvarez y Alvarez, lequel fut « opéré », en 1930, par la médium Agustina Sampiero de Rosales, opération au cours de laquelle le sénateur fut délivré des calculs rénaux qui le faisaient terriblement souffrir. Six « petites pierres » furent extraites du corps. C’est le docteur Enrique del Castillo, un médecin mexicain décédé quelques années plus tôt, qui suggéra au sénateur, via la médium, le principe des réunions hebdomadaires. Le sénateur s’attela à cette tâche à partir de 1939… Didier Van Cauwelaert précise que depuis cette date, aux « Cuarto de Luz« , trois présidents de la République se sont succédés (dont Plutarco Elias Calles, qui avait auparavant persécuté les catholiques et fermé toutes les églises de Mexico), ainsi qu’une vingtaine de ministres, un directeur de l’Unesco, des gouverneurs, des généraux, des ambassadeurs (dont celui d’Israël au Mexique), des prêtres, des médecins, des artistes, des universitaires et scientifiques (ces derniers n’ayant décelé aucun trucage). Le procès-verbal de chaque session est déposé chez un notaire, et le Professeur Gutierre Tibon (1994) a publié une somme provisoire.

Didier Van Cauwelaert et François Brune ont eu la possibilité d’assister à une séance à Cuernavaca. L’un des médiums, Enrique Cortés, dit s’être découvert la capacité de matérialiser des objets (médailles, billes, pièces de monnaie), en plus de son aptitude à l’écriture automatique (l’un de ses correspondants dans l’Au-delà se nommant « Nassim »). Didier Van Cauwelaert reçut sur les genoux 40 pesos, deux billes et une balle de golf. Karine s’exprima, semble-t-il, par l’intermédiaire de sa mère en transe. Lors de la « rencontre », vingt-cinq personnes étaient présentes, toutes vêtues de blanc (afin d’éloigner les « vibrations négatives »). On notait la présence d’encens, d’aromates et de charbon de bois, chaque invité devant boire un verre d’eau en trois fois. La séance s’est déroulée dans une pièce sans fenêtre, avec au centre une table comportant des fleurs, des instruments de musique et des jouets (ballons, poupées, etc.), ainsi que des fauteuils de jardin disposés contre les murs. La porte était ensuite fermée et cadenassée, le médium étant Samuel Huicochea, un paysan d’une quarantaine d’années. Les assistants se prirent par la main, à l’exception du guitariste relié aux autres personnes par ses poignets. La directrice de séance présenta au « monde de l’Invisible » les nouveaux venus (qui ne sont jamais plus de trois), et un « Notre Père » fut récité, achevant de la sorte le protocole défini, depuis le début des séances, par les entités. On éteignit alors la lumière. Après une prière d’ordre général ou personnel émise à tour de rôle, des chants furent entonnés par les Mexicains pendant plus de quatre heures. (!)

On aspergea d’eau les assistants et on les « bénit » avec des fleurs odorantes (les nardos). Des « enfants », apparaissant sous la forme de petits points lumineux, frappèrent la tête des assistants avec le marteau et le tomahawk en plastique. Chaque participant reçut aussi « l’accolade d’une encolure en peluche ». (Référence aux petits chevaux à manche de bois.) Puis les cheveux des personnes présentes furent tirés… On entendit les instruments à musique : une guitare posée sur le sol, un harmonica et des tambours, ceux-ci étant utilisés par « Botitas » (tué à l’âge de 18 ans pendant la révolution mexicaine)… Il y eut un « solo assourdissant » d’un petit tambour qui sembla voler à travers la pièce, du sol au plafond, pour finir coincé contre le ventre de François Brune. Un deuxième tambour prit la relève, censé être manipulé par un enfant prénommé « Ramiro ». On entendit des grelots (censés être portés, aux pieds, par des Indiens).

Après une période de silence total, on vit une flaque de lumière bleue qui devint verte et qui donna naissance à un corps « se dépliant avec une forte odeur d’ozone » : un homme plutôt grand, avec « une sorte de djellaba translucide », les mains d’un « vert phosphorescent qui fume ». Cette entité salua à l’orientale et toucha les assistants. Les mains étaient solides. Ce personnage pressa les joues, tapota le crâne et traça une croix sur le front de Didier Van Cauwelaert, comme il l’avait fait à six personnes avant lui. L’empreinte des doigts resta verte et scintillante pendant une dizaine de minutes. L’entité répondit d’un hochement de tête à la salutation du narrateur et « bénit » ce dernier avec une tape sur la joue. Il s’agissait de l’astronome Abdul Qasim Abdallah Ibn Amajur al-Turki (885-933). Didier van Cauwelaert perçut une barbe, mais pas le visage. Le voile qui tombait de la tête du personnage ressemblait à une moustiquaire mouillée. On pouvait distinguer, à la faveur des déplacements du personnage lumineux, le médium principal affalé dans son grand fauteuil, tout le monde étant à sa place dans la salle. (A propos de l’hypothèse de la trappe, précisons que le dallage s’est avéré, après la séance, être dépourvu de fissures.) Le personnage se lança dans une chorégraphie. Il lévita et laissa ses empreintes de lumière au plafond, et alla même jusqu’à danser le rock ! Puis il se dématérialisa… Les autres « entités » qui se sont manifestées sont :

« Sadrak », qui, après avoir touché les assistants, sema autour de la pièce des pétales de roses pris dans un sac.

« Haxel », avec deux yeux de lumière verte mouvante. Il offrit une rose aux dames.

« Hermana Blanca », verte des ongles aux poignets, vêtue d’un voile blanc.

Une silhouette, identifiée à Karine, est allée embrasser ses parents, sa demi-sœur, François Brune et Didier Van Cauwelaert. Ce dernier précisa que le contact sur la joue évoquait le toucher d’une tulipe.

Le maestro Amajur revint pour donner l’eucharistie aux personnes présentes qui le souhaitaient. L’hostie « fuma » entre les doigts vert pomme. Il offrit ensuite des petits cadeaux (croix, turbans, fleurs, fez…). Didier van Cauwelaert eut droit à un chapelet.

L’astronome se désintégra et la séance s’acheva. C’est le docteur Enrique del Castillo qui passait pour mettre un terme aux séances. A cet effet, il frappa trois coups.

Durant chaque séance, le médium perd de 3 à 6 kilos. Le lendemain, comme tous les jeudis, il passa sa journée en transe, le « maître Amajur » s’exprimant par son intermédiaire au bénéfice de personnes venues le consulter pour des motifs variés (soins, entretien philosophique, nouvelles d’un défunt, etc.).

Quelle est la finalité de ce type de séances ? On notera que ces séances de matérialisation permettent d’aider à comprendre l’existence d’un « autre monde » (monde spirituel) et permettent de montrer la possibilité d’un contact avec celui-ci « dans la joie, l’harmonie et la simplicité »…

François Brune « conversa » avec Amajur et eut notamment avec lui une discussion contradictoire sur le sujet de la réincarnation, Amajur reconnaissant la réalité de celle-ci…

* Enrique Cortés bénéficia d’un « apport » : un billet de 50 dollars roulé en boule.

* L’historien Valentin Lopez (conservateur honoraire d’une grande bibliothèque de Mexico) souffrait d’un cancer du pancréas et du foie. Il assistait aux « cuarto de luz » depuis les années 1940. Lors d’une séance, il ressentit la circulation de « fluides » dans son corps… Le lendemain, on ne décela plus, à l’hôpital, de tumeur.

* Un « Cuarto de Luz » spécial Jour des Morts eut lieu le vendredi après-midi, chez Samuel Huicochea, à Puente del Ixtla, un village de la banlieue de Cuernavaca. On vit notamment « Jabdad » (un joaillier persan du dix-septième siècle), « saint François d’Assise » et la « Vierge de Guadalupe ». Didier Van Cauwelaert obtint un nouveau chapelet… Les corps des visiteurs étaient moins lumineux que l’avant-veille, ceci étant attribué à une « présence négative » dans l’assistance (une dame qui venait pour la première fois, sous calmants, et qui s’était endormie à plusieurs reprises). La séance dura plus de cinq heures et Karine se manifesta… A la fin de cette séance, François Brune se retrouva coiffé d’un turban hindou, une « facétie » pouvant être en relation avec le fait que ce théologien catholique est réfractaire à la réincarnation !

Depuis que les « Cuarto de Luz » existent, on a obtenu des empreintes digitales moulées, devant témoins, dans de la paraffine, et une photo prise le 17 juin 1943 montre le maître Amajur « levant les bras, visage obscur et vêtement blanc »… Lors de la prise de photo, le médium principal de l’époque, Luis Martinez, fut saisi de convulsions.

Lors d’une séance où le docteur Ignacio Solares, directeur de la communication de l’UNAM (l’Université de Mexico), était présent, le maître Amajur alluma soudain la lumière. Le vice-recteur put ainsi contempler, pendant une dizaine de secondes, le visage de l’astronome arabe, chaque participant étant à sa place dans la chaîne, et le médium en transe étant dans son fauteuil. La lumière s’étant éteinte, Amajur se dématérialisa. Didier Van Cauwelaert a vu le docteur Solares assister aux deux séances où il était présent. (2)

 

III. Séances en 2002, en France :

Fin septembre 2002, quatre séances du « Cuarto de Luz » ont eu lieu à Paris, ces séances ayant été organisées par Didier Van Cauwelaert, François Brune, Marie-Yvonne et Yvon Dray.

Eric Raulet et Lina Rossetti, de l’association « Ondes », ont participé à l’une de ces séances. Eric Raulet n’a pas eu le sentiment d’être en contact avec un « au-delà », les phénomènes produits lui ayant semblé « être à la portée d’un illusionniste modeste », même s’il ignore comment le médium principal a pu se déplacer dans l’obscurité totale et produire par exemple les sons du tambourin au plafond. (Bulletin « Ondes » d’octobre 2002.)

De leur côté, Mario Varvoglis et Grégory Gutiérez, de l’Institut Métapsychique International, ont conclu qu’il n’y avait là rien de « paranormal ». (Source : www.metapsychique.org)

Jean-Michel Grandsire, directeur de la publication « Parasciences et Transcommunication », a précisé que ce qui s’est passé en France « n’était pas en adéquation » avec ce que Didier Van Cauwelaert et François Brune ont vu au Mexique. Il a cependant vu une lumière éclairer un personnage de haute stature dont les mains luisaient d’une luminescence verte, et vêtu comme un Arabe : Amajur. Ce dernier soulagea les douleurs de personnes ayant des problèmes de santé. Les personnes les plus proches étaient éclaboussées de sa lumière, des lucioles vert fluo étant laissées sur les assistants et sur le sol. Des sciatiques, des douleurs lombaires et des problèmes de vue ont été résolus dans les heures suivant la séance. Le maestro tira les lunettes de Jean-Michel Grandsire, lui frotta les yeux, repoussa les lunettes et lui bénit le front. Le contact était froid. La tenue était comparable à une légère robe de bure opaque. Lors d’une autre séance, deux jours après, Jean-Michel Grandsire constata que le tissu était cette fois-ci comparable à une sorte de voile, « genre moustiquaire humide ». (3)

Les avis sont partagés : les uns ont cru avoir affaire à un habile prestidigitateur, les autres à un authentique médium. Il ne s’agissait certes pas d’une expérience scientifique car on n’a pas pu mettre de caméra infrarouge, on n’a pas attaché le médium et on n’a pas mis de farine autour du fauteuil…

Parmi les participants à ces séances, il y eut notamment la psychanalyste Djohar Si Ahmed, l’astrophysicien Jean-Pierre Petit, la médium Yaguel Didier, ainsi que l’animateur radio Marc Menant, ce dernier ayant invité à son micro d’« Europe 1 » Didier Van Cauwelaert pour évoquer notamment ces séances, à l’occasion de la sortie du livre des Dray sur les manifestations de leur fille Karine.

Le 24 novembre 2002, à Paris, à l’occasion d’une table ronde sur le thème de la médiumnité face à la science, ces séances ont été évoquées.

Jean-Pierre Petit, qui a participé à une séance du « Cuarto de Luz », est arrivé à la conclusion qu’il n’y avait eu que de grossiers trucages. (www.jp-petit.org)

 

a) Le témoignage de l’astrophysicien Jean-Pierre Petit :

Voici l’essentiel du texte que Jean-Pierre Petit a mis sur son site (www.jp-petit.org), sous le titre :

« ‘Quand les médiums mexicains nous prennent pour des cons’, 29 septembre 2002 :

En espagnol, cuarto de luz’ signifie ‘chambre de lumière’.

Tout le monde peut se tromper. Tout le monde peut se faire avoir dans sa vie par une mystification plus ou moins bien montée. C’est ce qui vient d’arriver à un de nos amis, Didier, écrivain. Il était allé au Mexique avec le père Brune, que je connais également et qui s’intéresse beaucoup au paranormal. Tous les deux avaient participé à une de ces séances et ils en étaient ressortis très impressionnés, subjugués pourrait-on dire. Il s’agit d’un phénomène à prétention paranormale qui mobilise un nombre relativement important de personnes, lesquelles ‘sont censées concentrer leurs énergies’. Cela entre dans la catégorie des ‘manifestations ectoplasmiques’. Il y a des effets sonores, tactiles et visuels. Dans le principe, une ou plusieurs entités se manifestent. Les gens subissent des attouchements, entendent ‘des instruments de musique jouer tout seul’ et, bouquet final, voient l’entité se matérialiser sous leurs yeux, faire le tour de l’assistance, caresser le visage et les membres des présents, puis leur jeter dans l’obscurité des fleurs (prélevées dans un pot placé avant la séance, sur une table). Quand c’est fini, l’entité agite une clochette pour signifier que la séance est terminée.

Situons d’abord le décor. La scène se passe à Paris dans des locaux qui évoquent un dispensaire ou une clinique privée. Un des organisateurs est monsieur D. (J’avais envisagé tout d’abord de mettre son nom, mais je n’ai pas jugé cela utile étant donné les évènements dramatiques qui ont ponctué sa vie et fait de lui une victime d’une détestable mystification.) Il est l’auteur d’un livre récemment publié. C’est lui qui donnera toutes les explications nécessaires à l’assistance en jouant le rôle de maître des cérémonies. Il y eut, entre le 20 et le 28 septembre 2002, plusieurs séances de chambre de lumière’ d’environs cinq heures chacune, mobilisant une trentaine de personnes par fournée, ce qui porte le nombre des participants à ces ‘cuartos de luz’ à plus d’une centaine. Notre ami écrivain, quant à lui, paya, nous dit-il, les frais de voyage correspondant à l’invitation d’un médium mexicain et de ses deux assistantes. Les séances furent gratuites. On disposa seulement à l’entrée une boite et des enveloppes en suggérant aux participants d’y placer une obole destinée aux médiums. Personnellement, j’ai laissé 50 euros avant de participer à l’expérience, selon le principe du poker ‘on paye pour voir’.

La plupart des gens ne savaient qu’assez vaguement ce qui était censé se passer lors de la séance pour laquelle ils s’étaient inscrits. Il leur avait été demandé de venir habillés en blanc, de ne pas boire de vin et de ne pas prendre de tranquillisants avant de venir à cette séance. On leur demanda aussi de laisser leurs téléphones portables et leurs montres dans un vestiaire prévu à cet effet. On nous fit visiter la salle, aménagée pour la circonstance de manière à empêcher toute lumière de venir de l’extérieur. Nous fûmes incités ‘à tout inspecter et à tout vérifier’. Les organisateurs avaient tendu devant toutes les fenêtres d’épaisses tentures noires fixées avec du ruban adhésif. La moquette du sol avait été recouverte d’un linoléum destiné, nous expliqua monsieur D., à la protéger des aspersions d’eau (mais on verra plus loin que cette mesure avait un autre effet). Le long des murs avaient été alignées des dizaines de chaises, l’ensemble affectant la forme d’un fer à cheval. (…)

Au centre, une petite table avec des accessoires : des jouets d’enfant, un tambour, un harmonica, un grand vase contenant des roses rouges, des pots contenant de l’eau et, détail important, une brassée de glaïeuls. A l’autre bout de la pièce : le siège où le médium mexicain devait prendre place, qu’on nous incita à inspecter avec le plus grand soin. Sur le dossier, on avait posé une couverture en précisant que le médium, après le travail qu’il allait accomplir (et où il était censé perdre trois à quatre kilos à chaque séance), sortait de sa transe assez affaibli et que cette couverture était là pour l’aider à recouvrer les calories perdues, tandis qu’une bouteille de jus de fruit, posée à proximité, devait lui permettre de se réhydrater. Les participants devaient se tenir par la main en évitant de croiser les jambes et ne pas se lâcher ‘sous peine de rompre la chaîne énergétique’, phénomène qui, s’il se produisait, serait alors très douloureusement ressenti à la fois par les médiums inclus dans celle-ci et par celui qui était assis dans son fauteuil.

– Une rupture de chaîne, ajouta monsieur D., croyez-moi, ‘ça fait mal’

Plusieurs médiums, à commencer par deux mexicaines placées en bout de chaîne, tenant lieu aux dires de monsieur D. de ‘piliers’, étaient là pour aider l’assistance à mieux ‘focaliser ses énergies’. Il était demandé à chacun de laisser au vestiaire son scepticisme en essayant de son mieux de participer aux opérations (ce que nous fîmes consciencieusement, mais la mise en veilleuse du scepticisme n’implique pas celui du sens de l’observation).

Didier, l’écrivain qui avait sponsorisé toute l’opération, nous expliqua quelles avaient été les méthodes envisagées pour déjouer toute supercherie. Il aurait été inutile, nous dit-il, d’enchaîner le médium car, si celui-ci avait été un illusionniste d’un bon niveau, il lui aurait alors été facile de se délivrer de ses chaînes et de les remettre en fin d’opération sans que quiconque puis s’en apercevoir.

D’ailleurs, ajouta-t-il, nous n’en sommes plus là.

Il avait été visiblement très impressionné, a-t-il ajouté, par le fait que les scènes dont il avait été témoin lors des séances précédentes, parfaitement visibles par des yeux humains, n’avaient pu être fixées sur des pellicules à haute sensibilité. Nous verrons plus loin pourquoi.

Lors des premières séances, un ingénieur présent suggéra que soient prises des photographies avec une pellicule infrarouge (du commerce), mais personne ne donna suite, par simple négligence. Comme on le verra plus tard, si un observateur avait pu filmer la scène avec une caméra équipée d’un ‘accentuateur’ de lumière, la supercherie aurait éclaté au grand jour. Mais, dans ces conditions, confrontée à un tel afflux de scepticisme, l’entité aurait peut être refusé de se manifester. Personnellement, j’aurais recommandé des mesures discrètes permettant de mettre en évidence le fait que le médium quitte son siège. Mais, pour ce faire, il aurait été nécessaire d’équiper la salle avec un système à balayage infrarouge, invisible, provoquant l’allumage des lumières en cas d’interruption du faisceau. Dans la mesure où la salle avait été équipée par les soins de monsieur D.,’mystique engagé’ (voir sa réaction, plus loin), je pense qu’une telle mesure aurait été difficile à mettre en oeuvre. Dernière solution : apporter soi-même, discrètement, ses propres lunettes à accentuation de lumière de manière à être à même, lorsqu’on décèle la fraude, d’allumer un phare assez puissant en réclamant le rétablissement de la lumière et en prenant le fraudeur en flagrant délit.

Le thème est le suivant. Vers 1000 après J.-C. aurait vécu un astrologue nommé ‘Amoro’.

C’est ce personnage qu’un médium mexicain, plombier de son état, aurait pu matérialiser grâce à ses dons paranormaux. C’est ce dernier, quittant pour la première fois sa terre natale, qui avait été invité grâce à la générosité de Didier à nous faire la démonstration de ses talents lors de ces sessions à Paris.

Le phénomène aurait, en quelques décennies, pris une telle ampleur que notre médium aurait finalement dû abandonner la plomberie pour se consacrer désormais à l’animation de ces ‘cuartos de luz’, de ces chambres de lumière’. Je passe sur une liste impressionnante de prodiges allégués, liés à ces séances, guérisons miraculeuses, etc. Le portait d’Amoro, un barbu habillé comme dans l’ancienne Palestine, était affiché sur un mur. Le phénomène ne pouvait se produire que dans l’obscurité complète. Comme le précisait monsieur D. :

Si la moindre lumière se manifestait pendant la transe du médium, ceci le tuerait immédiatement.

Nous entrâmes dans la salle par groupes de trois en nous asseyant aux places qui nous avaient été assignées à l’avance par monsieur D., notre ‘maître de cérémonie’. Personnellement, je fus assis juste à côté d’une des deux médiums mexicaines à qui je donnais la main pendant toute la séance, sauf lors de la dernière vingtaine de minutes. On verra plus loin pourquoi.

Rituel de purification à l’entrée, consistant à se laver les mains et les laisser sécher sans les essuyer. Puis chacun dut tremper ses mains dans un mélange d’eau et d’huiles ou d’essence, et boire rituellement trois gorgées d’eau.

Dans un premier temps, ce qui dura une bonne vingtaine de minutes, le médium étant assis sur son fauteuil, ses deux assistantes multiplièrent autour de lui des sortes de ‘passes magnétiques’, en silence. L’homme, une cinquantaine d’années, courte barbe noire, poussait de temps en temps un profond soupir en conservant les yeux fermés. Puis les assistantes firent signe que le médium avait commencé sa transe. Tous les participants ayant dès le départ les mains jointes, la salle fut alors plongée dans l’obscurité la plus complète. Les commentaires furent délivrés au fur et à mesure de la séance par monsieur D. :

On nous signale qu’une porte psychique vient d’être ouverte. Je ne sais pas si les gens la voient, au centre de la pièce.

Certain médiums approuvèrent, mais les ‘non-médiums’ ne donnèrent pas l’impression d’avoir aperçu grand-chose. L’un d’eux finit par déclarer :

Je vois deux ‘esprits’ en approche.

Etant donné la forme rectangulaire de la pièce, cela ressemblait à un message émis par la tour de contrôle d’un porte-avion avant appontage. Chacun écarquilla les yeux en espérant apercevoir des ‘esprits’. Selon la chronologie annoncée, des ‘esprits’ d’enfants devaient d’abord se manifester. Nous étions prévenus que nous pourrions alors subir des attouchements, en général avec les tiges de fleurs (en l’occurrence des glaïeuls). Ce fut effectivement le cas. Nous fûmes tous à un moment où à un autre frôlés par des objets ressemblant à ces plantes. Il y eut des aspersions d’eau. Didier, l’écrivain qui avait sponsorisé toute l’opération, marchait visiblement à fond dans cette histoire en prenant également fréquemment la parole.

Concentrez vos pensées positives, essayez d’entrer en contact télépathique avec les ‘esprits’ présents et de leur envoyer des pensées d’amour.

Nous nous concentrâmes de notre mieux. Puis les médiums mexicaines entonnèrent des chants en espagnol que l’assistance reprit en les chantant quand les gens connaissaient les paroles, ou en général en fredonnant. Cela donna à l’assistance une ambiance de feu de camp de boy-scouts, moins le feu évidemment. Il y eut alors pendant trois quarts d’heure des manifestations sonores, imputées, selon monsieur D., à l’‘esprit’ d’un jeune homme nommé ‘Botito’, qui serait mort à dix-huit ans pendant la révolution mexicaine. Celui-ci nous gratifia d’abord d’un concert d’harmonica assez sommaire au plan mélodique, puis usa de son tambour d’une manière beaucoup plus persuasive. Monsieur D. et Didier ‘conversèrent’ pendant un long moment avec l’‘esprit’ du jeune homme, celui-ci répondant soit en usant de son harmonica, soit de son tambour. (…)

Deux bonnes heures avaient dû déjà s’écouler, entrecoupées de chants variés entonnés soit par les médiums, soit par l’assistance. Monsieur D. annonça alors que ‘la quantité d’énergie accumulée par l’assistance’ avait atteint un niveau tel que ‘des matérialisations allaient commencer à se manifester’.

Un peu de ‘théorie’ au passage. Les apparitions d’ectoplasmes ne datent pas d’hier. Le thème est le suivant. Il faut d’abord un ou une médium, ou plusieurs, ou prétendus tels. Puis, en général, autour d’une table des gens s’assemblent en se donnant les mains ‘pour former une chaîne énergétique’. Cela évite au passage qu’ils aillent mettre les mains ailleurs que dans celles de leurs voisins. Evidemment, une grande concentration est requise, plus un vide mental, etc. La moindre bouffée de scepticisme est censée pouvoir faire échouer l’opération. Historiquement, pas mal de médiums furent pris en défaut, leur supercherie ayant été dévoilée. L’une d’elles consiste par exemple à quitter discrètement la chaîne fermée en se débrouillant pour joindre les mains de ses deux voisins. Libre de ses mouvements, le ou la médium peut alors exercer son art, en gonflant pas exemple des ballons recouverts d’un produit phosphorescent (ce qui peut avoir donné naissance à l’idée selon laquelle les ectoplasmes sortaient de la bouche des médiums) ou en laissant l’empreinte de ses mains, recouvertes de gants de caoutchouc, voire de son visage, dans un bac de plâtre. Ainsi put-on disposer de moulages ‘d’esprit matérialisés’, objets qui ornèrent les salles de réunion d’instituts métapsychiques. Voilà pour les supercheries. »

(Commentaire d’Alain Moreau : l’interprétation de Jean-Pierre Petit, pour expliquer l’idée selon laquelle les ectoplasmes sortaient de la bouche des médiums, est absurde car on a des photos qui montrent justement l’extériorisation de l’ectoplasme par la bouche. En outre, des moulages authentiques ont été obtenus, notamment à l’Institut Métapsychique International, dans les années 1920 : voyez, à ce sujet, mon texte – dans la même rubrique – : « L’ectoplasmie ».)

« Pour la ‘théorie’, le médium, puisant dans sa propre énergie et dans celle des personnes présentes, est censé permettre à des ‘entités’ ou des personnes décédées de se matérialiser avec plus ou moins de densité. Un médium peut aussi plus simplement prêter sa voix à un ‘esprit’ qui peut alors s’exprimer.

Depuis quelques années se développent des expériences de ‘transcommunication’. Des gens laissent alors un magnétophone tourner avec une cassette vierge et un micro. Dans la pièce, un générateur de bruit blanc (quelque chose qui ressemble à un souffle et qui ‘fournit l’énergie’ ; sans cette source rien ne fonctionne). Les expérimentateurs prétendent alors que, de temps à autre, des ‘esprits’ parviennent à convertir les fréquences de ce bruit blanc, qui fournirait l’énergie, pour en faire des messages audibles. Certains ont donné à ce phénomène le nom de ‘psychophonie’. Le père Brune (prêtrise catholique) s’est beaucoup intéressé à ce genre de phénomène auquel il a consacré un de ses ouvrages. A sa demande, je me suis rendu il y a deux ans à Toulouse pour rencontrer un spécialiste en transcommunication qui utilisait cette technique pour recevoir des messages de sa mère décédée. Une expérimentation de plusieurs heures dans une chambre d’hôtel ne donna pas de résultat convainquant.

Dans la ‘psychophonie’, des ‘esprits’ ou ‘entités’ sont censés agir sur la phase des trains d’onde composant un bruit blanc pour les convertir pendant de courtes séquences en messages intelligibles. Dans cette optique, ces entités transmettraient de l’information en mettant en jeu des quantités infimes d’énergie.

Plus simplement et plus classiquement, ce peut être aussi le médium qui prête sa voix à ‘l’entité’, alors un médium homme peut parler avec une voix de femme ou vice-versa. Si le phénomène est réel, il n’y aurait pas non plus de transfert d’énergie, mais une action sur ‘le mental du médium’. Face à de tels phénomènes, les notions d’authenticité et d’inauthenticité perdent alors leur sens. La validation ne peut être fournie que par le contenu même du message, par l’information qu’il est censé délivrer. Des choses pertinentes sont-elles proférées ? Des messages prémonitoires sont-ils apportés, ayant fait l’objet d’une validation a posteriori ? Des faits connus par les seules personnes présentes sont-ils évoqués (ceci valant en particulier pour la transmission, par médium interposé, de messages censés émaner de personnes décédées) ? Tout ceci est évidemment à prendre avec des pincettes pour de multiples raisons, ne serait-ce qu’à cause de la distorsion du comportement des personnes présentes lié à un état émotionnel perturbé par une charge affective très compréhensible.

Dans le cas des psychophonies ou transcommunications avec enregistrements, le contenu des messages, si on peut construire un protocole qui exclue tout trucage, reste extrêmement pauvre. On ne peut pas dire que le mot ‘maman’, même émergeant avec netteté, ait un contenu informationnel riche. L’ectoplasme représente l’extension du phénomène, ou prétendu tel, en s’adressant cette fois non à l’audition, mais aux sens de la vision et du toucher. L’idée que des ‘matérialisations’ puissent être opérées nous fait passer à un cran au-dessus sur le plan de la physique. Autant il faut très peu d’énergie pour extraire un son audible d’un bruit blanc, ce n’est pas le cas dans le fait de créer des particules solides, dotées apparemment d’une masse, pour que les témoins puissent ressentir leur contact ou que ces émanations puissent laisser une empreinte dans du plâtre en prenant le dessus sur la force d’Archimède. Sans le savoir, vous avez dans votre vie maintes fois agi sur du bruit blanc pour en faire un son audible avec… une simple flûte. L’anche émet des ondes dans un spectre large. En positionnant en aval une ‘cavité résonante’, vous facilitez l’émergence de telle ou telle fréquence. Ce ne sont pas vos doigts qui créent le son, mais votre souffle.

(…)

Revenons à cette expérience du 28 septembre 2002 à Paris. (…)

Monsieur D. avait indiqué que tous devraient s’adresser à l’entité qui allait se matérialiser sous nos yeux (le nommé ‘Amoro’) en l’appelant ‘maestro’, le maître. Cela faisait deux bonnes heures que nous étions plongés dans l’obscurité totale lorsque nous pûmes apercevoir quelques points lumineux, apparemment liés entre eux, qui se déplaçaient. Puis le nombre de ces points s’accrut et tous purent voir apparaître deux mains dont les paumes étaient comme fluorescentes.

Le manège qui suivit dura alors une bonne heure. Le ‘maestro’, auquel s’adressèrent fréquemment monsieur D., faisait office de ‘meneur de jeu’, et Didier, l’écrivain, fit ensuite le tour de l’assistance. Au passage, les présents (dont nous rappelons qu’ils se tenaient tous par la main) se trouvèrent plusieurs fois (moi y compris) aspergés d’eau ou frappés sans violence par des tiges de fleurs. Presque tous les présents eurent droit à des jets de pétales de roses. Empressons-nous de préciser que la salle n’était nullement vide quand nous nous y installâmes mais que s’y trouvaient en abondance tous les accessoires précités : les fleurs, les pétales de rose, l’eau, etc.

L’entité s’approcha alors de chacun d’entre nous et il y eut des contacts physiques. Ces mains lumineuses me caressèrent le visage et les épaules. Une demi-douzaine de ces particules lumineuses restèrent collées à ma chemise où elles continuèrent à émettre de la lumière pendant plusieurs minutes. Je pus nettement observer qu’il s’agissait de mains gantées d’un tissu à mailles très visible (que je comparerais à un tulle léger, ce que confirma le contact avec la peau de mes joues). Sur ces mains il y avait des points lumineux comparables au plancton qui, l’été, dans les régions méditerranéennes, se colle au vêtement des plongeurs et, devenant lumineux, signale leur présence. Beaucoup de présents remarquèrent la gestuelle de la ‘créature’. Ses deux mains disparaissaient dans une poche située à la ceinture que certains disent avoir nettement distinguée. Puis, ce dont je peux alors témoigner, la créature frottait ses deux paumes l’une contre l’autre, ce qui avait pour effet d’accentuer les effets lumineux. A un moment, l’émission de lumière fut maximale. Je distinguai alors un personnage se tenant de dos, face à l’assistance, de l’autre côté de la pièce. Il avait alors frotté ses deux mains l’une contre l’autre de telle façon que l’émission de lumière s’effectue non plus depuis ses paumes mais également depuis le dos de ses mains, ce qui eut pour effet pendant quelques secondes d’accroître l’émission de lumière. Sa silhouette apparut alors en contre-jour, la lumière émise par ses paumes étant réfléchie par les vêtements blancs portés par tous les participants (…). Je pus alors distinguer très nettement un vêtement : une sorte de chasuble avec grandes manches et capuche. La robe, relativement courte, laissait apparaître… deux jambes de pantalon (costume assez singulier pour un personnage censé émerger du dixième siècle). Beaucoup purent également voir, parfois avec netteté, les chaussures de facture très modernes, de couleur blanche, portées par l’entité et, disons-le, très semblables à celles du médium.

Didier, l’homme de lettres, incita les gens assemblés à formuler des souhaits et à tenter d’entrer en contact télépathique avec le maestro. Ma voisine, quand le maestro lui caressa le visage, le bras et l’intérieur des cuisses, fut émue aux larmes et déclara ‘avoir ressenti des choses tout à fait extraordinaires’. Un homme, qui s’était plaint d’une douleur aux vertèbres, fut soigné et guéri séance tenante, et en témoigna à voix haute :

– Il s’est approché. Il a touché ma vertèbre et je n’ai plus ressenti de douleur.

Pendant tout ce temps, les médiums ‘piliers’ entonnaient des chansons en espagnol qui furent reprises par l’assistance. Mais monsieur D. et Didier, l’écrivain ayant sponsorisé l’opération, nous déclarèrent à voix haute que le maestro appréciait également les chansons françaises. Des gens incitèrent alors l’assistance à chanter ‘La mer’ de Charles Trenet et diverses chansons du même genre. Par l’intermédiaire de médiums, le message étant finalement traduit par monsieur D., l’entité Amoro-maestro nous fit savoir qu’elle apprécierait de recevoir une cassette contenant des chansons françaises. ‘Comment ?’, demanda quelqu’un. Réponse de monsieur D. :

Il suffira de l’envoyer aux médiums, au Mexique ; ils feront suivre.

Monsieur D. signala que l’entité Amoro-maestro appréciait particulièrement le chant d’anniversaire, que l’assistance entonna alors :

Joyeux anniversaire

Joyeux anniversaire

Joyeux anniversaire, maestro

Joyeux anniversaire….

Le maestro, visiblement très content, battait la mesure avec ses mains lumineuses. On incita ensuite les personnes, qui auraient éventuellement souffert d’être ainsi enfermées depuis tant de temps dans cette pièce, de ‘demander de l’air’. Certaines perçurent alors un courant d’air bienfaisant. On nous annonça finalement que la séance allait se terminer. Une clochette avait été placée sur une petite table, à côté du fauteuil du médium, qui devait être actionnée par l’entité pour signaler son départ. Mais celle-ci, visiblement, rata la clochette qui tomba bruyamment à terre. Celle-ci fut finalement ramassée et agitée longuement. Le maître de céans, monsieur D., annonça que le maestro était reparti mais que pour que le médium puisse retrouver son état normal il faudrait un petit moment (vingt bonnes minutes supplémentaires). A ce moment, les ‘médiums-piliers’, dont la femme qui se tenait à ma gauche, se détachèrent de la ‘chaîne humaine’ pour aller aider ‘les esprits à s’en aller’. Une demi-douzaine de particules lumineuses brillaient encore faiblement sur le sol, telles des lucioles. Ces femmes, en s’aidant d’une lampe sourde munie d’un cache rouge, s’activèrent soit à les ramasser (on comprend alors la fonction du linoléum recouvrant la moquette de la salle), soit à les éteindre en les aspergeant d’eau. Monsieur D. commenta :

Tant que ces particules subsistent, elles empêchent les ‘esprits’ de s’en aller en les retenant prisonniers.

La dernière particule ayant été éteinte ou récupérée, la lumière fut faite. Nous pûmes alors voir le médium affalé dans son fauteuil, l’air absent, ‘réintégrant progressivement son corps’. Les réactions de l’assistance furent diverses et variées. Certains sortirent, dans une sorte d’état second, persuadés d’avoir assisté à quelque chose de tout à fait extraordinaire, voire de s’être senti transformés psychiquement ou physiquement (ou les deux à la fois). Didier, l’écrivain, ajouta quelques commentaires.

Lors des séances précédentes, des photos ont été prises, mais elles ne donnèrent rien. L’image de l’entité ne s’inscrivit pas sur la pellicule. Le médium nous a dit de conserver cette partie du négatif en disant que le maestro pourrait (à travers un phénomène que l’on pourrait qualifier alors de ‘psychohotographique’) reconstituer ces images par la suite.

Les participants furent incités à ramasser toutes les fleurs et pétales abondamment distribués pendant la séance (mais prélevés sur la table disposée au centre de la pièce) car ‘ces objets pourraient alors révéler d’exceptionnelles vertus thérapeutiques’. Il était en particulier conseillé d’enfermer les pétales de rose dans un petit sac rouge, cousu.

Certains participants préférèrent quitter les lieux, de fort mauvaise humeur, prétendant avoir été l’objet d’une farce de mauvais goût. Je décidai personnellement de vivre l’expérience jusqu’au bout en me joignant à la vingtaine de personnes qui acceptèrent de se joindre à monsieur D., à Didier (qui fut mon voisin de table) et aux médiums mexicains, lesquels, dans le restaurant chinois où nous prîmes place, s’installèrent sur une table indépendante. Mon voisin de droite était un ingénieur travaillant avec Jacques Benveniste, lequel avait participé à une séance précédente et avait crié à l’imposture en quittant les lieux. Je reproduis ici les paroles de l’ingénieur électronicien :

Lorsque j’ai participé à la séance précédente, il y eut un incident non prévu. Une femme manoeuvra un appareil photo numérique. La faible lumière émise par son écran de contrôle s’avéra suffisante pour que de nombreux participants puissent voir que l’entité était en fait le médium, dont ils ont immédiatement reconnu les chaussures de cuir blanc avec lacets. Celui-ci s’est empressé de tourner l’écran de l’appareil en direction opposée au fauteuil. Cela fait des années que nous tentons, Benveniste et moi, de mener à bien des expériences très délicates où nous nous heurtons à des problèmes de reproductibilité et où souvent nous ne maîtrisons pas tous les paramètres, faute de les connaître avec exactitude. Dans ce contexte, ce genre de clownerie nous est assez insupportable.

Une femme témoigna, qui avait été présente dans la même séance que moi.

A un moment, monsieur D. nous a annoncé que le maestro était en train de ‘matérialiser’ une rose. Or, j’ai parfaitement vu le personnage se baisser et la ramasser par terre devant moi, à ses pieds.

La situation devenait gênante. Je décidai de mettre les pieds dans le plat en m’adressant à monsieur D. qui faisait le tour des tables.

Je crois qu’il est temps de tirer les conclusions de cette affaire. Votre entité matérialisée n’est autre que le médium lui-même. Son truc est relativement simple. Il peut d’abord se mouvoir sans difficulté dans la pièce en utilisant les tiges de glaïeuls comme une canne pour aveugle. D’où ces attouchements des personnes présentes. Cela lui évite de se casser la figure en heurtant la table ou les pieds des gens. Il n’a eu aucune difficulté à saisir ces glaïeuls puisque ces tiges étaient en face de lui, à un mètre, disposées à dessein dans sa direction. Il n’avait qu’à tendre les mains pour les saisir. Passons pour les numéros d’harmonica et de tambour appréciables peut-être par un mexicain analphabète. Les phénomènes lumineux ont une explication. Il existe nombre de champignons phosphorescents. J’en ai moi-même vu sur une souche d’arbre en décomposition, de nuit, en Bretagne, au printemps, quand j’avais une douzaine d’années. Beaucoup de coraux, dans les fonds marins, sont également émetteurs de lumière, bien que cette émission se fasse, cette fois, dans une gamme à laquelle l’oeil humain n’est pas sensible. Les champignons que j’avais vus en Bretagne émettaient une lumière verdâtre très forte. Depuis qu’on a su synthétiser la ‘luciférine’ des lucioles, cette ‘lumière froide’ est sans mystère pour les chimistes. On vend même des colliers emplis de ces produits depuis plus de vingt ans. Beaucoup disent avoir vu une sorte de ‘banane’ que le médium portait à la ceinture. On voyait périodiquement ses mains disparaître dans cette sorte de sac. Il les frottait alors l’une contre l’autre et ce geste s’accompagnait d’une émission de lumière. Je pense que dans la banane se trouvaient des spores de champignons phosphorescents qui émettaient lorsqu’on les écrasait.

– Mais comment expliquez-vous qu’aucune image ne se soit formée sur les pellicules photographiques ?

Lorsque ‘le maestro a fait sont entrée’, c’est-à-dire lorsque les phénomènes lumineux ont débuté, tout l’assistance était plongée dans l’obscurité la plus complète depuis plus de deux heures. Tous les présents étaient donc passés en régime de ‘subception’, c’est-à-dire que leurs yeux étaient devenus sensibles à des luminosités extrêmement faibles. Les cellules de la rétine peuvent être déclenchées par un unique photon. Quand la rétine humaine n’est pas saturée par une lumière importante, c’est un détecteur de lumière plus performant que la pellicule photographique la plus sensible que vous puissiez trouver sur le marché. Il n’est donc pas étonnant qu’avec ces faibles éclairements les yeux des humains aient pu percevoir ce que la pellicule a été incapable de fixer. Je vais vous donner une autre indication. Lors de la séance qui s’est tenue deux jours plus tôt, une femme a voulu utiliser un appareil de photo numérique. A ce moment-là, son écran de contrôle s’est comporté comme un véritable phare. Le personnage s’est alors empressé de tourner l’écran en direction opposée au fauteuil, sinon l’assistance aurait pu constater qu’il était… vide. Il y a gros à parier que lors des prochaines séances, les appareils de photo numériques, les caméscopes et en règle général tous les appareils dotés d’un écran de contrôle, seront interdits.

D. fut visiblement déstabilisé par mon propos.

– Comment expliquez-vous que ce médium mexicain vive dans une maison très modeste ?

On peut vivre modestement et être un gentil illusionniste. Cette activité a fait de lui une personnalité dans le pays.

– Mais il est à demi analphabète !

J’ai entendu dire que ce phénomène de ‘cuarto de luz’ datait de nombreuses années, au moins soixante ans. Il aura suffi qu’un parent de cet homme ou qu’une de ses connaissances ‘l’initie’ en lui révélant les propriétés de ces champignons. Pour cela, il n’est nul besoin d’avoir fait de longues études ou de parler le latin et le grec. Il y a mille manières de produire de la lumière dans l’obscurité ‘de manière magique’. Je pourrais vous en faire la démonstration avec un simple rouleau de véritable chatterton. (Cela ne marche pas avec du scotch toilé.) Quand on décolle la bande, une forte luminosité bleuâtre se manifeste. On appelle cela de la triboélectricité. Si on peut créer de la lumière avec un rouleau de chatterton, vous admettrez aisément qu’on puisse en faire autant avec des champignons. Par ailleurs, pourquoi affirmez-vous que la lumière pourrait tuer instantanément votre médium mexicain ?

– Je l’ai lu dans des livres. Eh puis, si vous n’y croyez pas qu’êtes-vous venu faire dans ces ‘cuartos de luz’ ? Qui vous a demandé de venir ?

Didier m’a demandé de venir, ainsi qu’il l’a fait avec d’autres scientifiques, comme Benveniste et son assistant ingénieur. J’étais moi-même venu avec deux de mes collaborateurs. Nous avons, comme vous nous l’aviez demandé, ‘annihilé notre barrière de scepticisme’ de telle façon que celle-ci ne puisse pas faire obstacle à la manifestation d’un éventuel phénomène dit paranormal. Nous avons observé toutes vos règles, vestimentaires et rituelles. Mais mettre en veilleuse son scepticisme ne signifie pas que l’on soit tenu de faire de même pour son sens de l’observation. Ce que nous avons vu ne fut qu’une mystification grossière et inacceptable.

Les médiums, réalisant que la conversation tournait un peu au vinaigre, préférèrent s’éclipser discrètement. D., complètement déstabilisé, se mit à m’invectiver.

– Que croyez-vous savoir, vous autres scientifiques ? Que savez-vous du réel ? Qui me dit que vous êtes réellement assis en ce moment devant moi et que vous n’êtes pas une illusion ?

Pour répondre physiquement à la question, je lui saisis fermement le poignet et le secouais. Il réagit de manière extrêmement vive, s’estimant agressé. Se saisissant d’un stylo et perdant totalement la tête, il tenta de me frapper avec. Heureusement, la table nous séparait.

Calmez-vous, cher monsieur. Votre réaction très vivre est en soi une preuve que je me tiens bien devant vous en tant qu’entité matérielle tout à fait solide et concrète, sinon vous n’auriez pas réagi de la sorte.

J’annonçai à Didier que j’allai le lendemain même mettre sur mon site Internet un compte rendu de cette séance, telle que je l’avais perçue avec mes yeux de scientifique. Je savais qu’il allait donner le lendemain une longue interview lors d’une émission de radio. Il me déclara :

Personnellement, cela ne me gène pas qu’il y ait effectivement eu mystification. Ce qui compte, c’est l’évènement humain, le courant qui est passé entre les gens et la façon dont ceci a pu éventuellement les modifier à la fois spirituellement et dans leurs corps.

J’espère avoir consigné ici l’essentiel de mes observations et des témoignages que j’ai pu recueillir des uns et des autres. J’admets très bien que des gens puissent réussir à agir sur leurs corps à travers des rituels et éventuellement à se guérir de différents maux. Nos connaissances médicales restent embryonnaires. Cela n’est que depuis peu que les médecins admettent que certaines affections, à commencer par les plus graves comme le cancer, puissent avoir une forte composante psychosomatique. Or, si les individus peuvent à ce point ‘se donner la mort’, pourquoi n’auraient-ils pas le pouvoir de se guérir, de se ‘donner la santé’ ? Pour moi, la porte reste ouverte à tous les possibles, y compris à des phénomènes que l’ont pourrait qualifier de ‘miraculeux’.

Dans l’affaire qui nous intéresse, la seule justification de tels happenings est fondée sur les miracles allégués. Mais les choses peuvent aller beaucoup plus loin. Des gens qui ont perdu des êtres chers peuvent se rendre chez des médiums en demandant à ce que ceux-ci les mettent en communication avec ces personnes décédées. Il serait ‘non-scientifique’ d’affirmer que cela ne soit pas possible. Pour pouvoir l’affirmer, il nous faudrait une compréhension parfaite de ce que nous appelons vie, mort, conscience, etc. Seuls des gens comme Charpak vivent avec de tranquilles assurances s’appliquant à tous les domaines possibles et dans un sens on ne peut que les envier. Ceci étant, les techniques évoquées plus haut peuvent se prêter à des manipulations abominables. Les techniques modernes, bientôt accessibles au premier venu, pourront permettre de ‘créer un contact télépathique’ grâce à des micro-ondes pulsées en fréquences audibles permettant de parler à des gens directement dans la tête des gens sans recourir à des ondes sonores.

Mais, plus simplement, imaginez que des personnes aillent voir ce médium mexicain en lui demandant de faire apparaître un être cher. Au lieu de limiter le costume à une paire de gants liée à une capuche, il lui suffira de demander à une de ses assistantes de revêtir un collant de tulle puis de consteller celui-ci de particules lumineuses en utilisant les fameux champignons phosphorescents logés par exemple dans un sac disposé sur le dos de la jeune femme. Ajoutez à cela l’émotion, plus la généreuse gratuité de l’opération ayant valeur de preuve (‘Ils ne font pas cela pour de l’argent’) : bonjour les dégâts. A moins que l’on ne considère que le fait de créer chez quelqu’un la conviction d’une existence post-mortem, fut-ce à l’aide d’un artifice, puisse être considéré comme un service rendu, dans la mesure où cette certitude aurait un effet apaisant.

Ceci étant, il existe une autre façon de provoquer des retombées concrètes de telles manifestations : en faire des livres en tentant d’accréditer le phénomène auprès du public. J’espère que ni Didier ni le père Brune ne s’y hasarderont. Personnellement, si je découvrais que certains de mes écrits auraient pu se trouver fondés sur une mystification, non seulement je cesserais aussitôt de me référer à une telle source mais j’en rendrais compte immédiatement auprès de mes lecteurs par simple honnêteté intellectuelle. J’ai toujours été prêt à débattre de ces aspects devant toute assemblée compétente prête à m’accueillir, y compris en public, c’est-à-dire à sauter à pieds joints dans toutes les fosses aux lions, mais ce sont plutôt les adversaires qui ont fait défaut depuis maintenant un quart de siècle.

Il est certain que lorsqu’on s’aventure en dehors des sentiers battus on prend des risques, y compris celui d’être pendant un certain temps abusé par une situation. Je pense que ça a été le cas pour Didier et pour le père Brune, et je ne saurais leur en tenir grief. N’importe qui peut se faire avoir à tout moment. Il y a des supercheries ou des artefacts tout à fait redoutables.

Il reste que ces médiums mexicains nous ont vraiment pris pour des cons et je n’apprécie pas, en considérant Didier, le père Brune et monsieur D. comme des victimes. Je pense que ce Mexicain replet et barbu gagnerait à redevenir plombier et arrêter de faire le clown avec son costume et ses champignons phosphorescents. Comme il est intelligent, il ne roule pas carrosse. Comme disait monsieur D., que cela semblait convaincre, ‘il n’y a pas de carreaux à ses fenêtres’. Mais il doit trouver à ces activités d’autres avantages. Le fait d’être l’objet d’un culte et éventuellement, comme Raël, la possibilité de sauter ses groupies. Vers la fin de la séance, il est passé à côté de la mexicaine médium qui était à côté de moi. Elle a soudain éclaté de rire. Je lui ai demandé pourquoi, mais elle a refusé de me répondre. Si ça se trouve, ces gens, quand leurs victimes, ce pauvre monsieur D. en tête (lequel a perdu sa fille il y a des années), ont le dos tourné, doivent être pliés en deux de rire. Je suis navré pour Brune et pour Didier et encore plus pour D., vivant au Mexique, pour qui cette prise de conscience risque de virer au drame.

(…) Dès que l’occasion s’en présentera, tout sera mis en oeuvre pour que ces escrocs ferment boutique. Car c’est le mot qui convient. Ces gens ne sont que de vulgaires escrocs, qui ont seulement l’intelligence d’y aller doucement, en jouant sur le registre ‘nous ne faisons pas cela pour de l’argent’.

Mais en France nous avons un précédent : Tartuffe. »

Note d’Alain Moreau : « Didier », c’est Didier van Cauwelaert. Quant à « monsieur D. », celui qui a perdu sa fille Karine et qui a publié un livre sur ses contacts allégués avec celle-ci, il s’agit d’Yvon Dray.

Le 3 octobre 2002, Jean-Pierre Petit a reproduit le contenu d’un mail adressé par une des personnes ayant participé à la même séance que lui. Les noms ont été enlevés.

« Nous avons assisté à cette séance et la lecture de votre compte-rendu nous paraît tout à fait plausible, à une ou deux exceptions près :

1- Nous croyons que les médiums ont été un tant soit peu ‘manipulés’ par monsieur D. Un voyage payé à Paris, cela ne se refuse pas…

2- Mon épouse étant elle-même médium, elle a perçu des choses comme par exemple cette porte bleue et un air de musique qu’elle avait demandé par télépathie et qui a été interprété.

3- Didier, qui par ailleurs est un ami, est aussi manipulé par les D. Je crois que les mises en scènes et certains évènements survenus au Mexique l’ont ‘convaincu’ de la véracité de ces prestations. Il est néanmoins de toute bonne foi.

4- Le père François Brune, que j’ai eu au téléphone, doute fortement de cette expérience, ainsi d’ailleurs que J.-M. G., et le Professeur D. (qui a assisté à une séance précédente, professeur émérite de psychiatrie aux Universités de Mons Hainaut et à l’Université Libre de Bruxelles, spécialisé depuis plus de trente-cinq ans dans les recherches sur le paranormal).

Je crois que cela est une leçon à retenir pour tous les expérimentateurs dont nous faisons partie. Il y a de bonnes choses, de moins bonnes, et le cirque !!!

(…)

Enfin, si vous êtes intéressé par la transcommunication instrumentale, je vous invite à visiter mon modeste site et nous laisser vos opinions, si possible les plus objectives. http://www.beleternet.com

Nous espérons en tout cas que cette expérience sera pour vous comme pour tous les participants, un acquis, car il est vrai que dans ce domaine (le paranormal) la prudence est toujours de rigueur, et des gens honnêtes peuvent se trouver discrédités par d’autres qui le sont moins. (…) »

Note d’Alain Moreau : « le Professeur D » est Jean Dierkens. J.-M. G. est Jean-Michel Grandsire.

Commentaire de Jean-Pierre Petit :

« (…) Je doute personnellement que le médium mexicain ait été manipulé par monsieur D. Logiquement, ça serait plutôt l’inverse. J’ai enlevé du mail un passage où l’auteur se référait à la discussion un peu vivre que nous avons eue, monsieur D. et moi, au restaurant, à l’issue de cette séance. En effet, je considère qu’un homme qui a perdu un enfant (comme ce fut aussi le cas pour moi) a droit à la compassion et à la compréhension d’autrui. Quand on a vécu une expérience aussi atroce, est-ce aisé d’échapper à toute manipulation ? »

Jean-Pierre Petit a reçu, le 4 octobre 2002, un autre mail :

« Je suis président de l’Institut Français de Recherche et d’Expérimentation Spirite. Nous souhaitons, quant à nous, dénoncer aussi la supercherie à laquelle vous avez assisté, ayant pour notre part participé à la séance où l’appareil fut allumé, permettant ainsi de mettre à la vue de tous ceux qui observaient, le médium debout. Si vous êtes d’accord, je transmets votre texte au président de l’Union Spirite Française et Francophone afin qu’il le traduise en espagnol et qu’il le fasse parvenir aux membres du Conseil Spirite International, afin qu’à travers le monde leurs pratiques puissent être dénoncées. »

Commentaire de Jean-Pierre Petit :

« J’ai transmis aussitôt mon accord. Voici donc un témoignage supplémentaire qui semble conforter l’idée que les Mexicains évoqués plus haut se sont livrés à une lamentable mystification. En tant que scientifique, je suis sans idée a priori quant à la réalité des phénomènes dits spirites.

Mais, en attendant d’en savoir plus sur ce phénomène allégué, il semble au moins nécessaire de dénoncer des pantalonnades aussi grotesques que celle dont nous avons été témoins. Si effectivement mon texte peut être traduit et soumis à un public mexicain, cela pourra peut-être stopper les activités de ce groupe d’escrocs dans son propre pays. Je ne suis pas d’accord sur le fait que ‘de la théâtralité puisse être tolérée dans la mesure où cela créerait un climat mystique à retombées positives’, fut-ce au Mexique. Je serais curieux de savoir pourquoi la médium mexicaine qui était à ma gauche a soudain éclaté de rire lorsque ‘l’entité’ est passée à côte d’elle. »

Jean-Pierre Petit donne aussi le commentaire de Philippe Huleux sur le site de l’Institut Métapsychique International :

« Au milieu de l’année 2002, l’IMI fut prévenu du prochain séjour en France de certains médiums de confession spirite originaires du Mexique. L’écrivain Didier Van Cauweleart et le Père François Brune avaient assisté à des séances organisées par ces médiums dans leur pays et témoignaient avoir constaté des phénomènes pouvant intéresser l’Institut. Quelques-uns des membres de notre Comité Directeur furent cordialement invités, à titre privé, à rencontrer ces médiums pendant leur séjour à Paris, en septembre 2002, dans le but d’organiser quelques séances.

L’Institut Métapsychique International est le principal institut scientifique français à s’être penché sur les phénomènes dits ‘parapsychologiques’ ou ‘métapsychiques’. L’observation systématique, aussi méthodique que possible, de ces phénomènes fit l’objet de nombreuses publications, notamment dans la ‘Revue Métapsychique’, à partir des années 1920. L‘IMI étudia entre autres, sous la direction du Dr. Geley puis du Dr. Osty jusque dans les années 1930, les capacités ‘paranormales’ de certains médiums de confession spirite, célèbres à cette époque où le spiritisme était largement répandu dans les pays européens.

L’annonce que des médiums mexicains ‘à effets physiques’ (nous entendons par là des effets potentiellement constatables et mesurables par les outils de la science) pouvaient être observés à Paris, de nos jours, était une nouvelle que l’Institut ne pouvait ignorer et qui a naturellement attisé la curiosité de ses membres. L’un des membres du Comité Directeur, la psychanalyste Djohar Si Ahmed, proposa aux organisateurs de ces séances (messieurs Van Cauweleart, Dray et Brune) d’accueillir les séances à titre gracieux dans les locaux de son institut parisien, l’ICLP (15 rue Bargue, 75015 Paris). Cette proposition fut émise librement et spontanément par Djohar Si Ahmed, à titre personnel, l’ICLP n’ayant aucunement participé ni à l’organisation ni à la tenue des 4 séances decuarto de luz’ : il ne s’agissait que de prêter des locaux justement disponibles le week-end où se sont tenues les séances.

L’assemblée de la séance du 18 septembre se composait d’une trentaine de personnes, incluant des chercheurs, des médecins, des journalistes et un illusionniste. Tous curieux et apparemment dans des dispositions favorables au bon déroulement de la séance. Parmi les participants, Mario Varvoglis, président de l’IMI, et Francis Mobio, son secrétaire. Tous deux étaient venus à titre amical et par curiosité personnelle. Ils ne furent pas présentés au reste de l’assemblée comme représentants officiels de l’IMI. (Deux autres membres de l’Institut, Djohar Si Ahmed et Paul-Louis Rabeyron, venus à titre personnel eux aussi, assistèrent à la séance du lundi 21 septembre.)

Ce qui suit est une recension de la première séance rédigée d’après les récits de MM. Varvoglis et Mobio.

Après nous être entendus sur le protocole des médiums mexicains (tous vêtus de blanc, ‘purification’ en passant au-dessus d’un brasero, etc.), nous prenons place dans la salle obscurcie par des tentures aux fenêtres. Assis en demi-cercle, les uns à coté des autres, en nous tenant les mains (si la chaîne était brisée, le médium ‘risquait de mourir’, précisa M. Dray), nous tentâmes collectivement, à l’incitation de Messieurs Dray et Van Cauwelaert, de créer, dans la joie, la musique et la bonne humeur, une atmosphère ludique qu’on nous affirmait nécessaire à la manifestation des phénomènes (ce détail rejoint certaines traditions des séances spirites, où les ‘esprits’ exigeaient la décontraction ou la distraction de l’assistance afin de pouvoir se manifester pleinement).

Après un laps de temps difficile à estimer compte tenu des conditions imposées (obscurité totale et absence de repères temporels), des sons furent perçus par l’assemblée. Tout d’abord ce furent des bruits d’enfants qui manipulaient, au niveau du sol, divers jouets qui avaient été posés au centre de la pièce (un pistolet laser à effets lumineux, un hochet, un ballon). Puis se manifesta une entité présentée par Monsieur Dray comme la réminiscence d’un jeune révolutionnaire mexicain qui serait le fiancé, dans l’autre monde, de sa défunte fille, Carine.

L’entité s’exprimait par le truchement d’un harmonica, créant de la sorte un échange musical avec le public qui participait grandement à l’atmosphère de jeu qui régnait à ce moment.

Puis nous assistâmes à la manifestation d’une autre entité, d’origine amérindienne d’après le commentaire de M. Dray, qui ponctuait ses interventions de puissants roulements de tambour émis de différents points de la pièce.

Entra finalement en scène celui qui fut annoncé par M. Dray comme ‘l’esprit Amajur‘. Deux parties de son corps étaient clairement lumineuses, ses mains qui étaient visiblement gantées (on distinguait la maille des gants) et la boucle de la ceinture. La lumière émise, fluorescente et de couleur verte, s’accompagnait d’une forte odeur proche du phosphore ou peut-être du soufre. La substance brillante était visiblement visqueuse, peut-être liquide, en tout cas tellement terrestre qu’elle laissa de nombreuses taches ou gouttes, aussi bien sur le sol que sur les vêtements et la peau de plusieurs participants.

L’un des membres de l’assemblée prit alors une photographie (sans flash) de ‘l’esprit Amajur‘, ce qui permit à certains d’entre-nous d’apercevoir les vêtements tout aussi terrestres de l’apparition (un pantalon faisant penser à un jean et des chaussures), émergeant d’une aube de tulle (sans doute de couleur blanche) qui recouvrait la silhouette. Pendant la prise de la photographie, une source lumineuse plus intense, extérieure à l’entité (peut-être un témoin lumineux émanant de l’appareil photo), permit à six personnes au moins de constater la disparition du medium du fauteuil qui lui était attribué. Notons que le médium, un certain Samuel, était le seul de toute l’assemblée à ne pas avoir à faire la ‘chaîne’. Il était, une fois dans le noir, tout à fait libre de ses mouvements.

Ce dernier point – l’absence d’entraves du médium et sa chaise aperçue vide au milieu de la séance – nous semble particulièrement important puisqu’il suggère fortement que l’entité ‘Amajur‘ et le médium Samuel ne sont en réalité qu’une seule et même personne.

Ce constat, qui vint s’ajouter à un faisceau d’autres éléments suspects, a laissé plusieurs d’entre-nous particulièrement sceptiques sur l’authenticité des phénomènes observés. Outre la totale liberté de mouvements du médium, l’obscurité était complète et aucun dispositif de surveillance (caméra thermique, faisceaux de rayons infrarouge liés à un système de sécurité, ou plus simplement farine disposée sur le sol pour constater d’éventuelles traces de pas) ne fut mis en place lors des séances.

Certes, nous ne sommes pas censés ignorer le rôle du ‘rituel’, de la ‘mise en scène’ (qu’il ne faut pas confondre avec la simple fraude) destinée à favoriser la manifestation de certains phénomènes psi. Un complexe appareillage ‘magico-religieux’ fait de symboles, rituels, chants, objets, se trouve mobilisé systématiquement dans les dispositifs magiques des cultures traditionnelles (chamanisme, tarentisme, etc.). Il contribue à la modification des états de conscience et pourrait créer ainsi un état propice à la manifestation de phénomènes psychologiques ou physiques intéressant la métapsychique.

Quoi qu’il en soit, dans le cas qui nous intéresse ici, rien ne peut nous permettre d’affirmer que des phénomènes paranormaux ont réellement eu lieu. Au contraire, nous sommes enclins à penser que nous avons été spectateurs, tout au long de la séance, d’une série de sons, de lumières et de contacts physiques (l’‘esprit’ touchait parfois des personnes) dont la nature ne relève pas de la phénoménologie métapsychique et se rattache plus à du prosélytisme spirite.

Pour conclure, il ne nous est nullement possible d’accréditer l’authenticité de ce dont nous avons été témoins lors de la séance du vendredi 18 septembre 2002 à Paris.

Pour le Comité Directeur de l’Institut,

Mario Varvoglis, Président, Francis Mobio, secrétaire, et Grégory Gutierez, membre du Comité Directeur.

Le 12/10/02 à Paris. »

Voici un autre témoignage, celui de Jacques Mandorla, alors rédacteur en chef de la revue ‘‘Clairvoyance’’ :

« J’ai participé, comme vous, à la dernière séance des ‘médiums’ mexicains. Je suis du même avis que vous sur l’ensemble de la séance. J’ajoute deux précisions supplémentaires :

– Par rapport aux trois séances précédentes, il semble que le médium ait changé de fournisseur de grains de phosphore car ceux utilisés lors de notre séance étaient très (trop) lumineux, au point de voir son visage grimé et l’ensemble de son déguisement de gaze !

– Je me suis demandé comment le médium pouvait aussi facilement se déplacer dans la pièce malgré l’obscurité totale. Je suis donc allé l’observer de très près à la fin de la séance : il avait les pupilles dilatées. Probablement au moyen d’un collyre du type de celui qu’utilisent les ophtalmologues pour se préparer à l’examen d’un fond de l’oeil. C’est la raison pour laquelle le médium, à la sortie de l’immeuble, était le seul à porter des lunettes de soleil en cette fin de journée. »

Mayvonne et Yvon Dray ont demandé à Jean-Pierre Petit d’inclure les commentaires suivants :

« Nous sommes évidemment tristes par cette analyse bien légère de la part d’un scientifique, dans la mesure où le texte contient des accusations, des insultes et des vulgarités graves et non fondées. J.-P. Petit avait l’obligation d’étudier plus sérieusement le thème des matérialisations et la séance du ‘cuarto de luz’. En effet, son document est basé sur la simple observation, dont vous verrez combien elle est erronée et pleine de préjugés.

Bien heureusement, il existe de nombreux comptes-rendus de séances plus précis, fiables et objectifs, en commençant par le livre de Gutierre TibónVentana al mundo invisible’, ed. Planeta, 1994, ou par exemple ceux du Professeur Jean Dierkens et de son épouse Christine (médium) concernant le 3ème ‘cuarto de luz’ à Paris du 26 septembre 2002. (Nous aimerions disposer de leurs témoignages.) Ces deux personnes ayant l’avantage d’avoir participé à des centaines de séances spirites depuis plus de 40 ans et d’avoir lu des ouvrages qui relataient des expériences avec ectoplasme et phénomènes matériels.

Précisons que la TCI et l’écriture automatique nous ont apporté la sérénité depuis 6 ans suite au départ de notre fille chérie Karine, alors que nous connaissons les 3 médiums mis en cause dans le rapport, depuis un an environ. Nous avons pu observer de près leur comportement pendant et en-dehors des 35 ‘cuartos de luz’ auxquels nous avons assisté. Leur environnement familial est sain, ils vivent très modestement des dons reçus lors des séances hebdomadaires et des consultations pour soins. Nous affirmons sans réserve qu’il s’agit de gens très honnêtes. Par ailleurs, nous sommes absolument convaincus de la réalité des matérialisations. Les différentes morphologies des êtres, les matérialisations multiples et les soins réalisés sont trois éléments irréfutables lorsqu’ils sont pratiqués dans des conditions favorables comme au Mexique (niveau vibratoire, discipline, harmonie entre les participants, etc.).

Les 3 médiums ont accepté de laisser leur travail pendant 2 semaines pour présenter ces ‘cuartos de luz’ à Paris, considérant cela comme une mission.

Leur voyage et leur hébergement ont été financés par Didier van Cauwelaert. Leur alimentation par nous. Notre propre voyage et hébergement ont été à notre charge également.

Les 3 médiums ont obtenu seulement 10% du montant que nous avions estimé pour eux afin de compenser le manque à gagner pendant leur absence et l’effort de 4 ‘cuartos de luz’ en 9 jours. Pas un seul don lors des 2 premiers ‘cuartos de luz’, très peu dans les deux suivants. Nous nous sommes ralliés à ce système de dons, ayant au préalable proposé une participation aux frais, ce qui à notre avis aurait valorisé les événements.

Les ‘cuartos de luz’ ont eu une durée moyenne de 3 heures (et non de 5). Une information complète d’une heure environ a été donnée par Didier aux participants.

Au sujet de la description du salon, même avec la lumière, J.-P. Petit nous démontre déjà qu’il est un mauvais observateur. Les glaïeuls étaient dans un vase près du médium et non sur la table où il n’y avait pas non plus de coupelles d’eau. (…) La chaîne n’est pas interrompue à la porte d’accès comme dans le dessin. Il n’y a pas de maître de cérémonie. Avec mon épouse, nous traduisions aux médiums d’entrée et de sortie, ou aux invités, les règles et commentaires de chacun, lorsque cela était nécessaire. Il nous a fallu à tous assumer la non application de ces règles dans certains cas. Notre rôle a été de vous mettre en garde sur ce plan.

Une regrettable erreur (lumière de l’appareil photo numérique) et des comportements très négatifs ont amené le guide spirituel à protéger le médium (commentaire de Jean-Pierre Petit : ‘D’après ce qu’on m’a rapporté, et selon l’interprétation qu’en aurait alors donné M. Dray, le ‘guide spirituel’ aurait vivement détourné l’écran de l’appareil de photo numérique pour éviter que cette lumière ‘ne tue le médium pendant sa transe’, ou, bien plus prosaïquement, que les participants ne s’aperçoivent que son fauteuil était… vide), ce qui a déclenché une série de commentaires, que nous comprenons bien d’ailleurs, compte tenu du choc provoqué. Il nous semble cependant que les invités et scientifiques en particulier auraient pu garder leur sang froid et prendre un peu de recul sur les faits au lieu de ‘crier au scandale’ pendant la séance, que certains voulaient abandonner, plutôt qu’après celle-ci.

Le lendemain, un spécialiste incontesté de ces phénomènes nous donnait l’explication de ces faits (…) qui se sont d’ailleurs déjà produits au Mexique dans le passé avec les mêmes mesures prises, (…). Nous l’avons communiquée immédiatement aux intéressés. C’est ce qui a permis de poursuivre l’expérience pour les 3 autres ‘cuartos de luz’.

Continuant la lecture de l’analyse de J.-P. Petit, notons qu’il n’a pas perçu que le guide spirituel se nomme Amajur et non Amoro, et que le jeune révolutionnaire mexicain est Botitas et non Botito. L’IMI aurait pu comprendre aussi que lorsque nous demandions si Karine était la fiancée de Botitas, c’était une plaisanterie… et non un fait qui méritait d’être signalé de leur part. La caricature du guide Amajur (ressemblant bien sûr à Samuel…) nous laisse penser que son auteur a vu distinctement le visage du guide. Maria Luisa nous a annoncé à son retour au Mexique qu’elle venait d’avoir le privilège de voir le visage du guide Amajur pour la première fois depuis 20 ans qu’elle assiste chaque semaine aux ‘cuartos de luz’.

Nous pourrions être étonnés que les témoignages des médiums présents dans la salle et qui décrivaient les êtres non matérialisés ne soient pas pris en compte dans le rapport de J.-P. Petit.

Botitas n’était pas seulement au point A mais se déplaçait en permanence. Quant aux vêtements trop courts et chaussures blanches que décrit l’auteur du document, il est étonnant que personne d’autre que lui n’ait observé ce fait qui nous parait tellement grotesque. »

Réponse de J.-P. Petit : « Ce fait a été observé par les personnes proches au moment de l’éclairage dû à l’écran de l’appareil numérique. J’ai personnellement vu les chaussures et les jambes de pantalon tels qu’indiqués sur mon dessin, quand la personne était de dos. »

« Au sujet du fou rire (et non rire) de Maria Luisa qui préoccupe tellement J.-P. Petit, c’est lui-même qui le provoquait en ayant peur de la fleur qui se déplaçait sur son épaule à chacun de ses mouvements… Maria Luisa nous l’a dit immédiatement. »

Réponse de J.-P. Petit : « Non, elle a ri lorsque ‘l’entité’ est passée près d’elle, je m’en souviens parfaitement. »

« Pour les chansons de Paris, il s’agissait simplement d’envoyer une cassette à Maria Luisa pour que ces airs soient chantés dans les ‘cuartos de luz’ au Mexique. (…)

Ce que vous n’avez pas vu, Monsieur Petit, lors du 4ème ‘cuarto de luz’, c’est qu’un invité a flanqué un grand coup de pied au guide. Celui-ci n’a pourtant pas crié et n’est pas tombé, et Samuel n’a pas de marque. C’est ce même invité qui a confessé ce fait plus tard, rencontrant du physique, comme il le cherchait, et non de l’humain comme il le pense. C’est pour cela que la séance a été interrompue. Finalement, c’est le groupe qui a été pénalisé car d’autres matérialisations significatives avaient été annoncées. Il faut savoir que le guide, en réunion préalable, nous indique les ‘inquiétudes’ qu’il a quant au comportement des gens, sans nous en donner le détail. Comme vous le savez, nous avons transmis des recommandations de sa part avant chaque séance, sans pour autant avoir été écoutés par tous.

Pour le lino, c’est presque drôle… Il fallait y penser, mais l’explication a été donnée par Didier : protéger la moquette et essayer d’avoir un sol le plus solide possible pour entendre les enfants jouer.

Concernant le dîner après le 4ème ‘cuarto de luz’, les médiums devaient se lever à 5 heures du matin et ne pas nous accompagner. Ne trouvant pas de taxi, ils se sont décidés à manger un plat rapidement. Un invité les a raccompagnés et ils sont très vite rentrés à leur hôtel sous les applaudissements. Ils n’étaient donc pas là au moment de l’agression envers moi.

Cette agression est plus simple que la description faite. A la fin du repas, j’ai été interpellé par J.-P. Petit au sujet des médiums, je l’ai écouté jusqu’au moment où il a dit que c’étaient des fraudeurs et une supercherie. Je n’ai pas accepté ses propos. C’est vrai, j’ai dit qu’il pouvait être aussi une illusion et j’ai eu l’innocence de tendre mon bras comme il me l’a demandé. Avec violence et méchanceté, il m’a ‘arraché’ le bras, me faisant pratiquement passer de l’autre côté de la table. »

Réponse de J.-P. Petit : « Il ne faut pas exagérer. »

« J’ai dû me maîtriser car effectivement je venais de signer une dédicace et j’avais un stylo à la main. » (Réponse de J.-P. Petit : « Avec lequel M. Dray m’a menacé. »)

« J’ai été opéré à cœur ouvert et je ressens encore les effets de cette démonstration bien inutile. » (Réponse de J.-P. Petit : « J’en suis désolé. Je ne le savais pas. »)

« L’inconnue qui témoigna avoir vu le guide ramasser une rose se trompe. Le guide a matérialisé devant nous un glaïeul que Didier a récupéré.

Non, le médium n’avait pas de ‘banane’, il était en transe… Les êtres spirituels portent souvent un petit sac de cuir, bien à la vue… Ce qui prouve qu’ils n’ont rien à cacher.

Il n’a jamais été défini un protocole de vérification avec les médiums. Comme nous l’avons dit, il s’agissait de présenter le phénomène de matérialisations. »

Réponse de J.-P. Petit : « Ce ‘phénomène’ est quand même loin d’être anodin, fichtre. Je rappelle ce que m’a lancé M. Dray : ‘Si vous n’y croyez pas, qu’êtes-vous venu faire à un ‘cuarto de luz’ ?’ »

« Les médiums pratiquent les ‘cuartos de luz’ pour des raisons strictement spirituelles. Cependant, nous sommes certains qu’ils ne s’opposeront pas à ce protocole si nous le définissons et le réalisons dans le respect et la dignité. » 

J.-P. Petit : « Cela aurait été tout à fait possible. Nous ne sommes pas venus, à ces séances, cuirassés d’un scepticisme agressif. Je n’affirmerais pas, personnellement, que la ‘matérialisation’ soit une chose a priori impossible. Je n’en sais rien, c’est tout. Mais nous sommes arrivés à la conviction, à l’aide d’un faisceau convergent de témoignages, que ce qui a été produit à Paris par ces médiums n’était qu’une lamentable mystification.’) (…) »

« Nous savons qu’à court terme nous pourrons effectuer ces vérifications, en petit comité, comme il se doit, dans des conditions plus favorables qu’à Paris et avec des interlocuteurs ayant la capacité et la motivation pour cela.

Nous sommes surpris que les invités de l’IMI et de l’IFRES aient assisté aux ‘cuartos de luz’ à titre personnel, mais qu’ils manifestent leur désapprobation au titre de ces institutions.

Les résultats que nous obtiendrons des vérifications seront la réponse qui leur sera donnée. »

Réponse de J.-P. Petit : « M. Dray, lors de notre discussion au restaurant, nous avait dit : ‘Et que faites-vous du fait que l’entité ne soit pas visible sur les photos ?’ Ce à quoi je lui ai répondu que des êtres humains, placés depuis deux heures dans l’obscurité la plus complète, sont en ‘subception’ et que les cellules de leur rétine deviennent alors beaucoup plus sensibles que les pellicules les plus sensibles accessibles dans le commerce. »

« Quant au témoignage anonyme de celui qui donne son site Internet en publicité, il est évident qu’il n’a rien compris ; cela confirme les informations reçues à son sujet à la suite de son témoignage. Il faut dire qu’avant et après le ‘cuarto de luz’ il se trouvait dans un état qui ne parle pas en sa faveur. » (J.-P. Petit : « Quel état ? »)

« En conclusion, les intentions de J.-P. Petit n’échapperont à personne. »

Jean-Pierre Petit :

« J’étais venu à cette séance dépourvu de la moindre intention a priori. Le fait que la démonstration des médiums mexicains se soit avérée n’être qu’une lamentable mystification n’a pas pour moi valeur de quoi que ce soit. Je serais prêt à participer à tout moment à d’autres évènements dits ‘paranormaux’. Mais mon intégrité de scientifique me contraignait à informer mes lecteurs de ce dont j’avais été témoin et de ce que j’avais entendu de la bouche d’autres témoins. J’ai entendu des gens dire que la mystification ne les gênaient pas, qu’ils n’étaient pas contre ‘une certaine théâtralisation’ dans la mesure où celle-ci ‘stimulait la ferveur mystique des présents’. Mais il faut alors que le théâtre soit sans faille, sinon on obtient chez les incrédules l’effet inverse.

Nous aurons également de la compassion pour lui et lui pardonnons car les événements dramatiques qui ponctuent sa vie font de lui une victime aussi. (…) »

 

– Interview de Didier van Cauwelaert :

Jean-Pierre Petit a mis sur son site le contenu d’une interview donnée par Didier Van Cauwelaert dans ‘‘Le FIGARO Madame’’ du samedi 28 décembre 2002, n° 18159, interview intitulée « En direct de l’au-delà » :

A. L. – Ce que vous racontez dans votre livre dépasse déjà l’entendement. Vous avez vu des objets se dématérialiser dans l’atmosphère, des instruments de musique jouer tout seuls, surgir des ectoplasmes dont celui d’un sage arabe du dixième siècle !

 

b) Le témoignage de l’illusionniste Ranky :

41WRR6DZ79L._SX330_BO1,204,203,200_Ranky considère que ce à quoi il a assisté était truqué. Voici son compte-rendu de séance :

« A partir de 17 heures commence un rituel de purification auquel se soumettront de bonne grâce tous les participants (passage au-dessus d’un brasier, prise de trois gorgées d’eau, lavage des mains sans les essuyer) avant de se soumettre à la fouille d’un huissier de justice à laquelle j’échapperai par un détournement d’attention connu des illusionnistes. Venu en qualité d’observateur, et non de détracteur, j’ai suivi de bout en bout le rite imposé, en faisant preuve de probité intellectuelle et en m’abstenant de toute partialité, de jugement a priori et d’intolérance à l’égard de quelque croyance que ce soit, ainsi que le stipule l’article 3 des statuts de notre comité. (J’avais également déposé mon alliance, ma montre et mon téléphone portable dans les vestiaires.) Ainsi qu’il nous a été suggéré, j’ai fait un vœu concernant un proche.

Comme je l’avais souhaité, ma place se trouvait sur un côté, à trois mètres environ du ‘médium’, installé, en transe, dans un fauteuil. De ma main gauche, je tenais la main de Véronique Grousset, journaliste, et de ma main droite celle d’une médium mexicaine qui formait ‘pilier’ en bout d’une chaîne qui n’était pas fermée mais en forme de fer à cheval.

En face de moi, une photographe avait été autorisée à prendre deux clichés à l’aide d’un appareil numérique à plasma, ce qui m’intéressait au plus haut point étant donné que ce genre de prise de vue ne peut être effectué qu’à l’aide d’un mini ‘spot’ donnant en général une forte lumière halogène, ce qui devait me permettre de découvrir éventuellement quelques détails précieux.

Véronique Grousset était également autorisée à prendre deux clichés à l’aide d’un appareil photo classique, sans flash et monté sur pied.

La porte d’entrée était verrouillée et les fenêtres obturées à l’aide de papier adhésif. L’obscurité complète était faite dans la salle. Un narrateur expliqua le déroulement de la cérémonie qui allait commencer par la manifestation d’Esprits d’enfants qu’il semblait bien connaître puisqu’ils étaient conviés nommément à venir se divertir avec des jouets disposés sur une tablette fixée sous la table placée au milieu des assistants. La séance fut brusquement suspendue car un rai de lumière filtrait en haut de la fenêtre située derrière moi.

J’ai distinctement entendu le ‘médium’, quoiqu’il fût en transe, signaler ce fait, en langue espagnole. Aussitôt, la médium mexicaine assise à ma droite a lâché ma main et a quitté sa place. L’applique située au-dessus de Didier Van Cauwelaert fut rallumée et on s’évertua à calfeutrer ce rai de lumière. Pendant cet entracte imprévu, j’eus tout loisir d’observer les jouets prétendûment achetés le matin même (sauf le tambour mexicain), alors qu’ils apparaissaient bien usagés. Je dénombrais parmi ceux-ci plusieurs plumeaux tels que l’on pouvait en trouver dans les effets spirites observés dans l’illusionnisme du temps de Camille Flammarion ou de Victor Hugo, qui servaient à caresser à distance les visages des participants. A cette époque, ces accessoires étaient souvent télescopiques.

La séance pouvait redémarrer. Le noir était total. Le narrateur reprit la parole et nous annonça à nouveau l’arrivée des Esprits des enfants qui avaient attendu sagement que la réparation de la fenêtre soit terminée. Nous eûmes droit à une bénédiction générale par projection d’eau avant quelques espiègleries enfantines (airs d’harmonica, bruits de tambour, frôlements des cheveux, des visages, des mains, etc.). Sous la houlette de Didier Van Cauwelaert, décidément en forme, les participants reprirent en chœur des airs connus du répertoire de Brassens, Charles Trenet ou Edith Piaf, en passant par Brel, le tout quelquefois entrecoupé de ferventes prières.

Certains participants furent étonnés par la rapidité et le silence de déplacement des effets. Il n’y a aucun mystère en cela : ces techniques s’apprennent très facilement. Quant au tambour dont les sons semblaient venir de toutes directions et même du plafond, il n’y a rien de plus facile à obtenir à l’aide d’un instrument formé d’une seule peau tendue sur un cadre cylindrique. Le déplacement rapide de l’exécutant, l’orientation bien étudiée de l’instrument, la force des coups, permettent des effets sonores étonnants.

Puis vinrent les matérialisations lumineuses (mains de spectres ou de différentes parties corporelles pouvant faire croire à la présence de plusieurs entités). La ‘prise’ de gants phosphorescents (comme l’était le cadran des anciens réveils ou des montres) dans un costume adapté ne pose aucun problème, surtout dans le noir.

Au cours de la séance qui dura plus de deux heures, une quinzaine de manifestations se produisirent près de moi. J’ai tout de suite remarqué qu’à chaque fois, et sans doute pour que je ne sois pas tenté de libérer ma main pour toucher le spectre, la médium mexicaine placée à ma droite posait sa main sur mon avant-bras afin de neutraliser mes mouvements éventuels. C’est ainsi que, lorsqu’elle prenait mon avant-bras, je savais qu’il allait se passer quelque chose à notre proximité dans la minute à venir !

Revenons un peu en arrière, au moment de mon entrée dans la salle : le ‘médium’ est en transe, assis dans le fauteuil. Je mémorise la stature de l’homme, sa largeur d’épaule, la longueur de ses bras, évalue sa taille, etc. Ces renseignements seront de la plus grande utilité au moment de la prise des photos.

Le ‘médium’ allait enfin donner l’autorisation des prises de vue par un geste annoncé avant le début de la séance : joindre les mains en attitude de prière, en se plaçant devant la photographe.

On n’apercevait que les mains fluorescentes. A ce moment, le spot de l’appareil numérique s’alluma pendant près de vingt secondes, éclairant nettement la situation : le spectre apparu tout de blanc vêtu. Même stature, même carrure, mêmes chaussures. Ses mains n’étaient plus fluorescentes (puisque ce phénomène ne fonctionne que dans le noir complet). Indéniablement, il s’agissait bien du ‘médium’ déguisé. C’était d’autant plus certain que le fauteuil qu’il était censé ne jamais quitter était vide ! Six personnes constateront le fait. De toute évidence, l’homme n’avait pas non plus la capacité de bilocation ! C’était bien lui le manipulateur ! Le narrateur annonça qu’il fallait cesser les prises de vues si l’on ne voulait pas fâcher les Esprits… Dès l’obscurité rétablie, les mains de l’Esprit redevinrent fluorescentes.

La séance fut écourtée, des participants commençant à lancer des commentaires défavorables aux acteurs. Tout se termina par une dernière bénédiction à l’eau destinée ordinairement à éteindre toutes les particules lumineuses censées représenter les âmes de nos défunts jonchant le plancher, mais ici pratiquée dans l’urgence et un début de scandale.

Des particules furent prélevées ainsi qu’une quantité d’eau d’aspect laiteux. Ces échantillons allaient êtres soumis à un laboratoire de la police scientifique. Mais d’ores et déjà leur constitution n’avait rien de ‘surnaturel’.

Suite à cette séance du 20 septembre, Didier Van Cauwelaert m’a téléphoné pendant plus d’une heure afin de connaître mon avis. Il m’a demandé de revenir à une prochaine séance, ce que j’ai refusé, étant suffisamment édifié par le spectacle précédent. Je lui ai proposé d’envoyer un autre illusionniste membre de notre comité, spécialiste des numéros de lumière noire, Claude Géraldy, auquel je ne donnerais pas d’explications pour obtenir un avis supplémentaire. Mais en fournissant simplement deux éléments du programme, Claude Géraldy, à juste titre, refusa de se déplacer. Je n’ai évidemment pas pu parler à Didier Van Cauwelaert de ce que je n’ai pas vu pendant que nous étions dans le noir le plus complet, mais à sa question : Dois-je arrêter ou continuer les séances prévues ? je lui ai conseillé, à la lueur de mes commentaires, de continuer les représentations afin de se rendre à l’évidence des fraudes patentes. Je lui ai aussi conseillé d’installer deux caméras infrarouges. Ainsi, toute la mise en scène pourrait immanquablement être mise au jour ou, ce qui est plus probable, le ‘Cuarto de Luz’ refuserait d’être filmé. Ce qui s’est effectivement passé : le ‘Cuarto de Luz’ a catégoriquement refusé d’être filmé !


Conclusion :

J’atteste qu’il n’y a rien de paranormal dans le ‘Cuarto de Luz’ et que les effets physiques produits lors de cette séance relèvent à peine d’un illusionnisme en vogue au XIXe siècle. » (4)

 

IV. Que conclure ?

La plupart des témoignages, dont celui de l’illusionniste Ranky, semblent probants. Les manifestations spirites du « Cuarto de Luz » semblent relever de grossiers trucages. Peut-on cependant affirmer que, depuis des décennies, toutes les personnes ayant assisté à ce type de manifestations ont pareillement été trompées sans être capables de déceler ces grossiers trucages ? Ce n’est pas mon sentiment. Nous avons vu, plus haut, certains éléments qui ne semblent pas cadrer avec le caractère frauduleux de la totalité des phénomènes exhibés, comme dans le cas de l’observation du docteur Ignacio Solares : la vision, à la lumière, de l’« entité » Amajur, chaque participant étant à sa place dans la chaîne et le médium se trouvant sur sa chaise.

Ce qui pose évidemment problème, dans ce type de séances de matérialisation, c’est l’obscurité requise par les médiums (et les entités alléguées). Ceci est propice, cela va de soi, aux fraudes les plus aisées qui soient. Les médiums à « ectoplasmes » légitiment ainsi la nécessité de cette obscurité : la lumière a une action destructrice sur les matérialisations, et cette action négative se répercute sur la physiologie du médium en transe, mettant de la sorte en danger la vie de ce dernier. C’est une chose que l’on peut certes comprendre. Néanmoins, l’histoire de la « métapsychique » et du spiritisme a montré qu’il était possible d’obtenir des photos d’ectoplasmes, y compris de certaines entités, l’obscurité n’étant pas, en l’occurrence, complète. A notre époque, nous disposons de surcroît de la technologie de la caméra infrarouge. En conséquence, le refus de l’usage de cette dernière, pour un prétexte fallacieux, ne peut être interprété que comme l’aveu implicite du caractère frauduleux des manifestations alléguées. Les « médiums » du « Cuarto de Luz », lors des séances effectuées en France, n’avaient aucune raison valable pour refuser d’être filmés en infrarouge.

Dès lors, se pose la question suivante : à quoi cela sert-il de faire venir des spirites mexicains pour des séances au caractère démonstratif nul ? Avant de les faire venir (ou d’aller les voir chez eux), il aurait fallu poser comme condition préalable l’acceptation d’un contrôle approprié. Lorsque l’on se targue de produire des phénomènes physiques, ceux qui les produisent se doivent de mettre tout en œuvre pour prouver l’authenticité des phénomènes allégués. Il ne faut pas oublier non plus les « dommages collatéraux » de ce type de « démonstration » : produire des phénomènes truqués, c’est du même coup décrédibiliser la cause que l’on prétend défendre auprès de gens qui se sont donnés la peine de venir assister à ce genre de manifestations. Et ça, ce n’est pas bon, non pas pour la planète (référence à la formulation d’une présentatrice météo), mais pour la cause spirite (et « survivaliste ») !

On pourrait évidemment voir le sujet sous un autre angle : l’« Au-delà » tient-il à ne pas fournir de preuves indiscutables de sa réalité ? Mais, alors, quel intérêt y a-t-il à exhiber des phénomènes n’ayant aucun caractère démonstratif ?

Alain Moreau

 

V. Spiritisme et parapsychologie :

Je propose de prendre connaissance, à titre complémentaire, du texte suivant de Louis de Montalte, qui se trouve sur le site : www.spiritisme.net Le « Cuarto de Luz » y est brièvement évoqué.

« A la suite du décès de Jean Meyer en avril 1931, et contrairement à ses souhaits et prévisions, la métapsychique et le spiritisme ont pris des voies distinctes. Cela fait donc 72 ans que le mouvement spirite et la métapsychique évoluent chacun de leur côté, sans vrai contact constructif, en tout cas en France.

Le spiritisme a d’un côté poursuivi sa route ; il a développé sa philosophie et sa morale sur les bases solides posées par les pionniers. De nouvelles découvertes scientifiques sont venues corroborer ses bases. D’un autre côté, le terme métapsychique ralliant peu d’adeptes, on a ressorti un terme introduit en 1889 afin d’englober les phénomènes inhabituels de l’esprit : la parapsychologie. La recherche parapsychologique s’est développée dans le monde et a mobilisé des chercheurs conventionnels (il y a par exemple deux laboratoires de parapsychologie aux USA, un en Ecosse, un autre aux Pays-Bas, et de nombreux instituts de recherche dans le monde). En France, la parapsychologie est représentée par des associations et l’IMI.

Je voudrais faire le point sur ces recherches, sur les méthodes mises en œuvre à l’heure actuelle et voir quel regard un spirite peut avoir sur elles.

A l’heure actuelle, les outils les plus pointus de la technologie sont utilisés dans les laboratoires de parapsychologie et dans les associations qui en ont les moyens (3-4 en France ). Ordinateurs, capteurs, imagerie médicale, générateurs numériques aléatoires, etc., qui sont des outils classiques dans la recherche conventionnelle.

Les chercheurs en parapsychologie ont généralement un excellent niveau scientifique, ce sont des statisticiens, des techniciens supérieurs en mesures physiques, des médecins-psychiatres, des ingénieurs diplômés des grandes écoles françaises, etc.

Leurs activités ont pour priorité la mise en évidence, de manière scientifique, ce qu’ils appellent l’existence du psi et ce que nous appellerions nous, plus simplement, les manifestations de l’esprit.

L’approche privilégiée par ces laboratoires est l’approche de groupe : ils soumettent un grand nombre de personnes qui n’ont aucune capacité particulière à des protocoles répétés de télépathie, de précognition, etc., et font une analyse statistique des résultats. Ces protocoles ainsi que leurs analyses ont considérablement progressé depuis l’époque de Rhine et Warcollier. A un tel point que certains métapsychistes ont parfois cru avoir de mauvais résultats dans les années 30 alors qu’une analyse mathématique statistique plus poussée, appelée méta-analyse, contemporaine, montre clairement que leurs résultats étaient tout à fait significatifs.

Par exemple, si 50 % représentent le pourcentage des résultats d’une expérience due au hasard, les expériences de télépathie de groupe s’en écartent peu ; on a ainsi, pour une série de recherches, des résultats typiquement autour de 53 %.

Cependant, la puissance de l’outil statistique permet d’évaluer la probabilité pour que toutes ces expériences cumulées, ainsi que celles qui sont négatives (qui n’ont pas marché) soient dues au hasard.

Radin et Honorton principalement, qui sont des parapsychologues américains, ont réalisé ces calculs : ils prétendent qu’il y a une « chance » sur plusieurs milliards de milliards que les effets constatés de la télépathie soient dus au hasard.

Ainsi, les parapsychologues scientifiques affirment que des effets « psi » sont scientifiquement mis en évidence.

Qu’en dit la communauté scientifique internationale ?

Pas grand chose de bien. Le débat est empoisonné par de nombreuses organisations sceptiques qui veillent à critiquer bassement leurs analyses en permanence. Ces sceptiques sont organisés en associations comme le cercle de Zététique, organisent des congrès, font partie de commissions d’enquête gouvernementales et sont représentés dans certaines universités.

Il résulte de tout cela des discussions interminables, principalement sur la validité des protocoles (conditions de surveillance, suggestion inconsciente,…)

Peu de laboratoires en sont à dégager les propriétés de l’esprit. Peu de laboratoires mettent en œuvre des expériences qui vont dans le sens de la découverte des mécanismes spirituels.

Les instituts qui me semblent aller le plus loin dans ce sens sont les instituts brésiliens avec des figures comme Andrade, Rodrigues ou Thiesen.

Dean Radin décrit la progression puis l’acceptation d’une idée en 4 phases :

Phase 1 : les sceptiques proclament avec assurance que cette idée est impossible parce qu’elle viole les lois de la science. Cette phase peut durer des années ou des siècles, selon le défi que cette idée lance à la sagesse « conventionnelle « .

Phase 2 : les sceptiques concèdent de mauvaise grâce que cette idée est concevable, mais qu’elle n’a guère d’intérêt et que les effets constatés sont extrêmement faibles.

Phase 3 : l’opinion majoritaire réalise non seulement que l’idée considérée est forte, mais aussi que ses effets sont beaucoup plus importants qu’on ne l’imaginait auparavant.

Phase 4 : les critiques qui déniaient tout intérêt à cette nouvelle idée prétendent qu’ils ont été les premiers à la concevoir. Finalement, plus personne ne se souvient qu’elle fut autrefois considérée comme une dangereuse hérésie.

Je pense que nous ne sommes qu’en fin de phase 1 en France et dans la majorité des communautés scientifiques, car beaucoup de sceptiques en sont encore à affirmer que cette idée de l’esprit est impossible. Mais on note que certains pays qui ont des laboratoires de parapsychologie et où la parapsychologie est de plus en plus présente comme aux USA et au Canada sont en phase 2. Je dirais même qu’un pays comme le Brésil en est à la phase 3 grâce au spiritisme du fait que des professeurs d’université constituent des jurys de thèses sur la parapsychologie et le spiritisme, ces thèses ayant le même statut et étant validées de la même manière que les thèses conventionnelles. Du fait aussi qu’il existe là-bas des instituts de recherches avancés et des hôpitaux spirites subventionnés par l’Etat.

Après avoir fait ce rapide tour d’horizon de la parapsychologie scientifique, j’aimerais exercer un regard critique sur ses méthodes, à la lumière du spiritisme.

La première critique que je formulerais concerne l’approche de groupe :

Pour faire de l’imagerie médicale sur un médium, autant avoir un médium patent. Pour étudier les mécanismes de la télépathie – c’est-à-dire ne pas se contenter de mettre l’effet en évidence -, il faut pouvoir le faire sur un individu présentant le phénomène de manière forte et évidente. Or, l’approche qui a été préférée par les parapsychologues est l’approche de groupes sans médium particulier. La raison en est qu’ils veulent avant tout prouver qu’il y a un phénomène faible commun à tous. En faisant des centaines de milliers d’essais, ils se disent : « nous allons bien observer un léger écart par rapport à la loi du hasard et pouvoir mettre en évidence un phénomène psi ».

Cette méthodologie est incompatible avec les perspectives de recherche actuelle. Si nous voulons étudier les mécanismes, envisager des applications, il convient de revenir aux pratiques spirites qui se font en groupe restreint, avec quelques médiums avérés, et ce, pour tous les avantages détaillés par Allan Kardec.

Certains parapsychologues en ont conscience et émettent donc le désir de revenir à une étude qu’ils qualifient d’élitiste de la médiumnité ; problème : il faut trouver le médium, et le bon !

Or, quelles sont leurs méthodes de « recrutement » si j’ose dire ? C’est le bouche à oreille, ce sont les médiums vénaux, des personnalités, etc.

Exemple : Maud Kristen est la médium vedette en France, elle travaille seule, elle est rémunérée, prend part à des expériences à la télévision, dans des laboratoires, etc.

Les spirites savent bien tous les dangers qui existent à travailler avec ce genre de médiums. La vraie médiumnité est désintéressée, disciplinée et doit faire preuve de discernement.

Les parapsychologues commettent donc l’erreur de négliger l’aspect moral dans leurs recherches. Tant qu’ils n’en auront pas conscience, ils piétineront.

Ces qualités morales, ce développement médiumnique, on les acquiert dans un centre spirite ; je crois donc que la déontologie spirite est un préalable indispensable à toute investigation scientifique sur la médiumnité.

Ces négligences des parapsychologues les conduisent à de nombreux déboires. Par exemple, le cercle dit spirite Cuarto de Luz de Mexico est allé à l’IMI pour faire une séance médiumnique en septembre 2002. Le gratin de la parapsychologie française était présent. Ce fut un fiasco. Ne connaissant pas ou ne voulant pas connaître ce qui fait un groupe spirite sérieux, les parapsychologues perdent leur temps avec des charlatans.

Au niveau méthodologique pur, le spiritisme peut apporter son savoir-faire dans la manière de mener une séance. Sans prière, sans communion de pensée, sans président de séance qui a l’habitude de l’intelligence du monde spirituel et de son organisation, les phénomènes ne vont pas très loin.

Ainsi, si les parapsychologues veulent permettre l’émergence de phénomènes indubitables, patents, ils devront changer leur mentalité.

Par exemple, le docteur Hodgson qui travaillait avec la médium Piper se rendit compte après bien des années que s’il arrivait à la séance avec des doutes, de la suspicion, des mauvaises pensées, alors les phénomènes étaient beaucoup moins éclatants que s’il expérimentait avec l’esprit ouvert et positif.

Nous savons, nous aussi, dans notre expérience quotidienne, que lorsque les participants sont unis, soudés, qu’ils savent élever leur pensée, alors les phénomènes sont plus beaux, plus intelligents.

L’expérimentateur psychique du futur devra se discipliner, il ne pourra plus se contenter d’être un technicien extérieur mais bien un acteur au cœur du phénomène.

L’analyse et l’interprétation des résultats parapsy fait de plus en plus l’objet de déviances par rapport à l’hypothèse spirite. On connaissait l’attachement des parapsychologues pour les interprétations du type clairvoyance (métagnomie, crypthestésie, suggestion, ESP, précognition) ; on constate par ailleurs des théories de plus en plus tirées par les cheveux, multiples, incompatibles entre elles et que rien ne vérifie. Ce sont par exemple les états de précognition avancés (si un médium parle dans cette langue c’est qu’il entrevoit ce qu’il allait dire dans le futur…) c’est l’hypercryptesthésie, cette noosphère (Teilhard de Chardin), cet inconscient collectif (Jung) où on place toute l’origine des productions médiumniques, etc.

Kardec disait qu’après avoir éliminé toutes les hypothèses recevables, seule l’hypothèse spirite peut être retenue et validée, car elle seule explique l’ensemble des faits.

Autre problème de la parapsychologie scientifique : se borner à une étude quantitative des phénomènes conduit à négliger toutes les lois du monde spirituel. En matière d’investigation psychique, il est très préjudiciable de se contenter des mesures numériques et de négliger l’approche qualitative, très fructueuse.

Nous avons les moyens de proposer des interprétations différentes des faits observés en nous appuyant sur les propriétés de l’émancipation de l’âme, de l’animisme, et autres… afin de démontrer que certains faits ne peuvent s’expliquer que par l’intervention d’entités psychiques indépendantes, qui ne sont ni plus ni moins que les âmes des morts. Sudre dénonçait dans son introduction à la métapsychique humaine les spirites qui s’étaient retranchés dans des faits insignifiants attestant leur croyance. Bozzano, dans sa réponse magistrale, a exposé 11 grandes catégories de faits inexplicables par la parapsychologie. L’ensemble de ces faits est admirablement décrit par le spiritisme, non seulement avec une grande cohérence théorique mais aussi dans un cadre moral parfait.

Enfin, nous devons mettre en avant les insuffisances épistémologiques de la recherche scientifique actuelle, et montrer qu’on peut étudier scientifiquement le spiritisme comme l’a fait Allan Kardec. Le dogme de la reproductibilité ou de la réfutabilité selon Popper, qui empêche tout progrès dans ce sens, doit être ébranlé au profit de conceptions philosophiques plus élaborées suggérées par le spiritisme.

Si la recherche parapsychologique piétine aujourd’hui, c’est que ses méthodes ne sont plus adaptées. Il faut un retour aux sources, c’est-à-dire aux origines spirites.

Il reste aussi à redéfinir les rapports entre les spirites et les parapsychologues ; nous devons tirer les leçons des erreurs de notre passé, et, en même temps, l’ignorance mutuelle ne saurait subsister indéfiniment. Kardec disait que le spiritisme avait besoin de la Science, sans quoi il manquerait de rigueur et de contrôle, et qu’inversement la science avait besoin du spiritisme pour étudier l’élément spirituel. »

Discours prononcé au symposium de Liège

Centre Spirite Nantais

05/2003

 

Bibliographie :

Références :

1. Leo Talamonti, « Univers interdit », éditions Albin Michel, 1970, p. 213-215.

2. Présenté par Didier van Cauwelaert, « Karine après la vie », éditions Albin Michel, 2002, p. 23-49.

3. Jean-Michel Grandsire, « Parasciences et transcommunication », n° 48, automne 2002, p. 71-73.

4. Ranky, « Le paranormal de mes yeux vu…« , éditions Trajectoire, 2006, p. 81-86.

 

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