La réincarnation. (2) Les dossiers de « Nexus » et de « Science et inexpliqué »

41gh82XOoTL._SX317_BO1,204,203,200_On trouve deux dossiers sur la réincarnation dans le numéro 76 (septembre/octobre 2011) de « Nexus » et dans le numéro 23 (septembre/octobre 2011) de « Science et inexpliqué ». Je fais la synthèse de ces deux textes, avec mes propres commentaires.

 

I. Le dossier de « Nexus » :

L’idée de renaissance de l’âme trouve son origine dans l’hindouisme, la plus ancienne tradition spirituelle, la Bhagavad Gita, texte fondateur de la doctrine védique, étant apparue il y a 5000 ans, donc avant la Torah (près de 3000 ans d’histoire) et le Coran (quatorze siècles, avec des traditions qui remontent à 4000 ans).

Si les trois religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) récusent l’idée de réincarnation, la croyance en la renaissance de l’âme semble cependant avoir été répandue dans les cultures populaires occidentales et moyen-orientales de l’Antiquité.

Le terme de métempsycose a été formulé par les Grecs. Selon cette doctrine, l’âme peut animer des corps humains mais aussi animaux… On trouve cette doctrine dans l’orphisme (religion apparue en Grèce au sixième siècle avant J.-C.) , celui-ci ayant influencé Pythagore, Empédocle (« Fragments ») et Platon (« Phédon »). On trouve cependant des inepties dans la conception antique de ce qui n’était pas encore appelé réincarnation (un terme qui, il faut le préciser, a été créé en Occident au dix-neuvième siècle) :

Platon a écrit de grosses âneries sur le sujet. Il disait ainsi que ceux qui n’ont rien fait d’autre que bâfrer, se soûler et forniquer, « qui ne se sont jamais retenus » (sic), renaissent dans le corps d’un âne, que les âmes des voleurs et des tyrans reviennent sous la forme de loups ou de rapaces, et que les individus ayant mené une vie civique importante vont vers les espèces animales les plus sociales (abeilles, guêpes, fourmis) et « peuvent même sans changement réintégrer l’espèce humaine ». Ces trois sortes de réincarnation sont censées correspondre à la prédominance d’une des trois parties de l’âme, un sujet traité dans le livre IV de « La République ». Ceux qui ont été victimes de leurs bas instincts sont censés se réincarner en animaux licencieux, les agressifs « atterriraient » en bêtes de proie, alors que ceux qui sont « dirigés par leur partie raisonnable » se retrouveraient en animaux grégaires ou en humains ! (1) Tout cela relève du domaine de l’ineptie, car, à vrai dire, une fois atteint le stade humain, on ne peut pas revenir dans le règne animal (sauf cas exceptionnels, si l’on en croit quelques sources, notamment certains interprètes animaliers, un sujet que je ne développe pas dans ce texte)… Il faut distinguer les antiques conceptions de philosophes, lesquelles relèvent de simples spéculations, et les données contemporaines recueillies par voie médiumnique, notamment (depuis le dix-neuvième siècle, avec le spiritisme kardéciste). La réincarnation est « évolutionniste » (et non « régressive »), les animaux étant par ailleurs nos frères plus jeunes en évolution (comme l’enfant par rapport à l’adulte), et ces derniers doivent eux-mêmes atteindre, à un moment donné, un état de conscience (et une forme) analogue à l’état humain, comme nous-mêmes avons eu, dans un lointain passé, des expressions « animales » (avec l’état de conscience associé).

Les conceptions erronées de la réincarnation (alors appelée métempsycose) remontent à des siècles révolus et il faut rationaliser tout ça ! Ce que je défends, c’est bien sûr la conception occidentale contemporaine (et non ancienne) de la réincarnation, celle-ci trouvant son origine dans des révélations de type médiumnique et non dans de vieilles considérations absurdes et périmées.

En Occident, c’est vers la fin du dix-neuvième siècle qu’apparaît le terme de réincarnation, époque au cours de laquelle la doctrine des vies successives a été impulsée grâce à l’engouement pour l’occultisme – et, j’ajoute, le spiritisme – et les religions orientales.

 

1. Réincarnation et religions monothéistes :

 

– Le christianisme :

La doctrine du retour de l’âme de vie en vie a suscité de la méfiance, peut-être parce qu’elle envisage l’individu comme seul responsable de ses progrès et de son salut, et l’affranchit ainsi des règles édictées par une autorité ecclésiale.

Lors du concile à Nicée, en 325, l’arianisme fut jugé hérétique, de nouveaux mouvements dits hérétiques (nestorianisme, monophysisme…) ayant été condamnés lors de conciles suivants (Ephèse, Chalcédoine, Constantinople). Que l’âme humaine puisse transmigrer fut jugé incompatible avec la résurrection considérée comme seule possible le jour du Jugement dernier, voyant les âmes conduites soit vers l’enfer, soit vers le paradis.

Des dignitaires chrétiens proscrivirent l’enseignement d’Origène (fin du deuxième siècle de notre ère) : « Quiconque qui dit ou pense que les âmes humaines ont préexisté, qu’il soit anathème ! »

Cet article fut vraisemblablement ratifié afin de condamner la théorie de la métempsycose, celle-ci étant jugée inconciliable avec la résurrection. Cette dernière est évoquée dans l’Ancien Testament et surtout dans le Nouveau Testament, la foi chrétienne reposant sur la résurrection de Jésus, son retour à la vie trois jours après la mise au tombeau. La résurrection est promise aux fidèles par l’Evangile de Jean, pour lequel l’âme se réunira au corps le jour du Jugement dernier.

La formulation : « Il vous faut tous naître de nouveau » se réfère à une « naissance spirituelle ». Pour les hommes du premier siècle, dit le théologien Elian Cuvillier, il n’y a pas d’idée de karma dans le fait de naître avec un défaut ou une tare…

Mais dans l’Evangile de Jean (chapitre IX, versets 1 à 3), on lit aussi :

« Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »

La question des disciples suggère clairement qu’ils croient à la loi du karma et donc en la réincarnation.

Quant à la réponse de Jésus : « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui » -, elle peut expliquer que Jésus n’ait entrepris de guérison miraculeuse que sur une infime minorité de ceux qui venaient à lui, ceux dont le « karma » le permettait.

Dans l’Evangile selon Matthieu (chapitre XVII, versets 10 à 13), on lit :

« Et les disciples l’interrogèrent : ‘Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’Elie doit venir d’abord ?’ Il répondit : ‘Certes, Elie va venir et il rétablira tout ; mais je vous le déclare, Elie est déjà venu, et, au lieu de le reconnaître, ils ont fait de lui tout ce qu’ils ont voulu. Le Fils de l’homme lui aussi va souffrir par eux.’ Alors les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le Baptiste. »

Cela veut-il dire qu’Elie s’est réincarné en Jean-Baptiste ? Pour Elian Cuvillier, il n’en est rien. Elie et Enoch sont réputés avoir été « enlevés au ciel » (l’assomption étant différente de la réincarnation). L’idée, c’est qu’Elie va revenir mais sans être réincarné.

Dans le livre de Malachie (3 : 23), Dieu annonce (par l’intermédiaire d’un prophète) : « Avant que vienne le jour du Seigneur, ce jour grand et redoutable, je vous enverrai le prophète Elie. »

Pourtant, aucun spécialiste des Ecritures, juif ou chrétien, n’y voit la moindre allusion à la réincarnation. La référence à Elie concernerait des personnages différents et/ou une tournure allégorique montrant toute l’attention que Dieu porte à son peuple. (Luc 1 : 17)

Nous nous trouvons ici en présence d’un argumentaire visant à évacuer à tout prix toute interprétation réincarnationniste des versets mentionnés.

Dans ses « Confessions », saint Augustin s’était demandé si avant cette vie il se trouvait quelque part ou dans un autre corps, une approche qu’il se mit ensuite à contester, notamment dans « La Cité de Dieu ».

Le catholique Denis Lecompte (recteur d’une basilique à Valenciennes) dit qu’en tant que chrétien, « la perspective de l’incarnation » (sic) l’empêche « d’imaginer le cycle infernal des renaissances ». Objectivement, on ne voit pas en quoi l’incarnation du Christ rendrait obsolètes les vies successives, mais Denis Lecompte « se rattrape » lorsqu’il ajoute :

« Nos amis bouddhistes et orientaux n’ambitionnent pas la réincarnation, même s’ils en expriment l’idée. Leur désir le plus cher est de briser le perpétuel cercle des renaissances pour, justement, échapper à la réincarnation et atteindre le nirvana. Je salue cette sensibilité si elle est bien comprise. C’est l’angle mystique de la spiritualité. (…) »

Le protestant Elian Cuvillier, de la Faculté de théologie protestante de Montpellier, oppose aussi résurrection et réincarnation, la résurrection supposant que l’on meurt et que l’on ressuscite « dans l’idée d’un ‘corps de gloire’ ». Il s’agit là, dit-il, d’une « nouvelle création »… Le problème vient du fait que le processus de résurrection et le concept de « corps de gloire » ne sont pas clairement définis dans la pensée chrétienne (la résurrection étant elle-même interprétée de façon littérale et fantaisiste par certains individus – comme les Témoins de Jéhovah, par exemple -, lesquels se placent dans le cadre d’une lecture fondamentaliste des textes auxquels ils se réfèrent). Pour un ésotériste occidental (lire par exemple l’oeuvre d’Alice Bailey), ces notions, lorsqu’elles sont correctement comprises, ne sont nullement en opposition avec la réincarnation, cette dernière constituant le processus graduel qui mène à la « résurrection » et au « corps de gloire » !

S’agissant des NDE (expériences au seuil de la mort), Elian Cuvillier en est réduit à dire que les gens ayant eu cette expérience ne sont pas morts et que personne n’est encore jamais revenu de la mort. Très court comme argumentation.

A propos des techniques thérapeutiques de régression dans les vies antérieures, cet individu se permet de dire qu’il s’agit d’une illusion, d’une « sorte de paradis perdu » (sic et : !?), de pensée magique, ce qui est surprenant de la part d’un type qui croit nécessairement, en tant que théologien, à des choses qui, elles, participent vraiment de la « pensée magique », comme la résurrection par exemple ! On ne peut qu’être consterné par ces théologiens qui se veulent rationalistes… Elian Cuvillier ne pense pas qu’il y ait un lien avec les expériences de mort approchée, voire avec l’idée de la réincarnation. Comme c’est étonnant, venant de la part de quelqu’un totalement réfractaire à cette dernière ! Et rien n’est argumenté.

Il déclare (comme d’autres) que l’on ne prouvera jamais l’existence d’une vie après la mort, que c’est « indécidable » (sic) et que la science ne fera pas changer la profonde certitude de chacun. Je ne suis pas d’accord avec cela. Voyez ce que j’écris, à ce sujet, dans l’un de mes textes consacrés aux NDE (expériences au seuil de la mort), notamment à propos de la notion de preuve objective…

Le théologien protestant traduit la notion de réincarnation « par un esclavage » (sic).

« C’est l’idée que je ne sors jamais d’un cycle en perpétuel renouvellement. Alors que la notion de résurrection marque une rupture concrétisée par la mort, portée par l’espoir que quelque chose d’autre va commencer sans pour autant nier ce que j’ai été mais qui le magnifie. Anti-biblique, anti-évangélique, le concept de la réincarnation traduit une malédiction. » (E. Cuvillier)

Première observation : l’idée de réincarnation bien comprise n’implique nullement l’existence d’un « cycle en perpétuel renouvellement » dont on ne sortirait jamais. Il ne s’agit pas de s’incarner ad infinitum, mais au contraire de s’efforcer de se libérer de ce cycle « infernal », ce qui ne peut être acquis qu’après un parcours plus ou moins long (en vies incarnées), lorsqu’un certain niveau de conscience spirituelle est alors atteint. Si j’adhère à l’idée que la réincarnation est effectivement une « malédiction » (la vie – en 3 D – n’est pas belle, contrairement à ce que disent ceux qui sont en train de passer une phase agréable de leur existence), car génératrice de souffrances de diverses natures, le processus des vies successives a au moins le mérite de rendre compte, de façon cohérente, des inégalités (notamment par le biais de la loi du karma) et de bien d’autres éléments parsemant nos vies, ce qui n’est absolument pas le cas si l’on se place dans la perspective d’une vie unique (celle-ci étant incompatible avec la notion de justice divine et avec la loi de cause à effet).

Le théologien protestant incriminé en est réduit (comme bien d’autres) à opposer la résurrection à la réincarnation. Pourtant, la première, lorsqu’elle est correctement comprise, n’est pas incompatible avec la seconde, ainsi que je l’ai mentionné plus haut. A cet égard, la réincarnation n’est « anti-biblique » et « anti-évangélique » que par rapport à la compréhension erronée (et l’ignorance de la nature réelle) du processus de résurrection qu’ont les croyants des religions monothéistes. Comme tous ses pairs, le théologien ignore la naturelle réelle de ce processus de résurrection, comme en témoigne la formulation qu’il utilise : « portée par l’espoir que quelque chose d’autre va commencer sans pour autant nier ce que j’ai été mais qui le magnifie ». Ceci n’est évidemment pas clair (c’est du baratin pour masquer son ignorance, comme c’est le cas chez tous les croyants « orthodoxes »), ce qui pose problème pour quelqu’un qui se dit rationnel, tout en étant par ailleurs théologien ! Mais des cas comme lui, il y en a une flopée…

Avec les chrétiens orthodoxes, ce n’est pas mieux, bien sûr. L’orthodoxe Razvan Andrei Ionescu, recteur de deux paroisses parisiennes, déclare que les chrétiens orthodoxes ne sont pas partisans de la réincarnation, cette incompatibilité avec la doctrine orthodoxe s’expliquant simplement en relation avec la position de l’Eglise.

« Nous faisons de l’incarnation notre salut. Nous souhaitons ne pas modifier la doctrine. Les orthodoxes sont connus pour la fidélité qu’ils portent à la tradition. »

Quelle argumentation en béton ! Que signifie l’expression faire de l’incarnation son salut ? Le « salut » (la délivrance du cycle des incarnations successives, en fait !) nécessite le passage dans le creuset de x incarnations, et en aucun cas dans celui d’une seule et unique vie. Quant au fait d’être fidèle à la tradition, cela pose un gros problème lorsque cette dernière est erronée… L’orthodoxe est aussi ignare en matière d’expériences de mort imminente, puisqu’il se contente de déclarer qu’il n’a pas fait de lecture approfondie de la question et qu’il croit savoir que les données scientifiques sur ce point restent, à ce jour, de l’ordre de l’interrogation. Il faudrait qu’il sorte un peu (et aussi ses pairs) du carcan « traditionnel » dans lequel il s’est enfermé.

A propos de la régression dans des vies passées, l’orthodoxe dit que certaines études scientifiques émettent un sérieux doute quant à la véracité de ce type de phénomène.

« On interprète de façon rationnelle, théologique. » (Puis suit un commentaire n’ayant pas de rapport réel avec le sujet.)

Comment peut-on se permettre d’accoler les qualificatifs de rationnel et de théologique, comme s’ils étaient synonymes ? On retrouve là en fait l’attitude classique des religieux anti-réincarntionnistes qui s’appuient sur les critiques des rationalistes pour appuyer leur incroyance à une réalité pour laquelle ils sont doctrinalement réfractaires.

 

– Le judaïsme :

La réincarnation ne fait pas partie du judaïsme traditionnel. Ce dernier évoque la résurrection de la chair, celle-ci étant censée se produire après la venue du Messie venu libérer le peuple juif. Il s’agit là, bien sûr, d’une grosse ineptie. (Précisons quand même que le peuple juif est ‘libéré’ depuis 1948, avec la création de l’Etat d’Israël ! Et il n’y a pas eu, avant, de venue du ‘Messie’ ; quant à la ‘résurrection de la chair’, elle se fait ‘attendre’, et pour cause : telle que comprise par les croyants des religions monothéistes, c’est un mythe… Toutes ces attentes prophétiques ne faisaient que traduire les espérances d’un peuple.)

On lit, dans le dossier de « Nexus », que la thèse de la réincarnation semble avoir été présente dans les croyances populaires juives selon lesquelles l’âme d’Am est revenue en Seth, puis en Noé, Abraham et Moïse.

Mais c’est dans la kabbale que la notion de réincarnation est la plus présente.

« Dans le Sefer ha-Bahir, le Livre de la Clarté, un ouvrage au contenu assez disparate peut-être écrit vers le 1er siècle par Ne’hounia ben Hakana, une question logique qui a traversé l’esprit de tout le monde est posée : si Dieu est miséricorde, pourquoi des personnes mauvaises ont-elles une vie agréable, alors que des personnes bonnes et exemplaires peuvent avoir une existence faite de souffrances ? La kabbale répond que si tous les actes ont bien leur rétribution, alors il faut admettre que la vie présente peut-être la rétribution de vies passées. Dans ces conditions, une personne mauvaise aujourd’hui peut avoir eu, dans une vie antérieure, un comportement positif justifiant le confort ou le bien-être qu’elle connaît. »

Le Sefer ha-Zohar, le Livre de la Splendeur, est un ouvrage majeur de la kabbale qui est sorti de l’ombre au treizième siècle. Il pose clairement la question de la réincarnation. On y lit :

« Aussi longtemps qu’une personne ne parvient pas à atteindre ses objectifs dans ce monde, le Saint, béni soit-Il, la déracine et la replante autant de fois qu’il faut. » (I, 186b)

Voici ce qu’on lit plus loin :

« Toutes les âmes sont sujettes à la réincarnation ; nul ne connaît les voies du Saint, béni soit-Il ! Les gens ne savent pas qu’ils sont présentés devant le tribunal avant d’entrer dans ce monde et une fois qu’ils l’ont quitté ; ils ignorent qu’ils doivent subir beaucoup de réincarnations et de travaux secrets et que, complètement dépouillés, de nombreuses âmes et une infinité d’esprits errent dans l’au-delà sans pouvoir pénétrer sous le voile du Palais du Roi. Les hommes ne sont pas conscients que les âmes virevoltent comme des cailloux lancés par une fronde. Mais le temps se rapproche quand on découvrira tous ces mystères. » (II, 99b)

Sans répondre aux questions posées, le « Zohar » interroge le pratiquant de la kabbale : combien de vies doivent être vécues ? La réincarnation dans le règne animal est-elle possible, existe-t-il une permanence des liens familiaux par-delà la mort ou au contraire doit-on être sans cesse séparé les uns des autres ? Pour cette tradition juive ésotérique, la réincarnation est simplement une possibilité logique.

« Les âmes doivent réintégrer la substance absolue d’où elles sont sorties. Toutefois, pour cela, elles doivent développer toutes les perfections dont le germe se trouve en elles. Si elles ne satisfont pas à cette condition durant une vie, elles doivent en commencer une deuxième, une troisième et d’autres encore, jusqu’à ce qu’elles aient rempli les conditions qui leur permettront de s’unir à nouveau avec Dieu. » (Zohar I – 186b)

L’ouvrage décrit le « cycle des âmes », les raisons de celui-ci, ainsi que les moyens qui, à travers différentes vies ou incarnations, permettent d’accélérer l’évolution spirituelle.

 

– L’islam :

Comme pour les religions chrétienne et juive (la tradition kabbalistique mise à part), la question de la réincarnation ne se pose pas dans le Coran et les divers écrits des grands penseurs musulmans. L’islam lui préfère aussi la doctrine de la résurrection (mal comprise, bien sûr, comme pour les croyances juives et chrétiennes).

Dalil Boubakeur, le président de la Fédération nationale de la grande mosquée de Paris, dit que l’islam ne s’engage pas dans la voie de la réincarnation, laquelle serait contraire au message du Coran.

« La ‘réincarnation’ n’appartient pas au dogme de l’islam. La recréation est promise mais non la renaissance. » (D. Boubakeur)

Là encore, un aveu d’ignorance de la part de celui qui s’exprime : c’est quoi la « recréation » ? Décidément, le mythe de la résurrection corporelle aura fait, depuis deux mille ans, énormément de « victimes »…

A la question de savoir comment les fidèles musulmans accueillent « l’avancée de la recherche scientifique au regard des nombreux cas, dans le monde, de régression dans des vies antérieures », Dalil Boubakeur se contente de répondre :

« Nous n’avons pas d’idée de ce qui doit se passer. Ni même de la durée de l’attente avant la résurrection. Allah seul sait. »

Bref, « que dalle », quoi ! Rien, nothing, nada… C’est d’ailleurs le problème (fondamental et majeur) des religions dites monothéistes : il n’y a rien sur les réalités de l’après-vie, à l’exclusion de notions très mal comprises ou de conceptions fantaisistes inventées par des théologiens. Je répète d’abord que la « résurrection » est l’aboutissement (voir par exemple l’enseignement reçu par Alice Bailey, décédée en 1949) d’un long parcours constitué de nombreuses vies incarnées. Ensuite, il existe, en dehors des courants religieux, de nombreuses informations détaillées sur les réalités de l’après-vie, informations acquises depuis le dix-neuvième siècle jusqu’à nos jours. Je pourrais moi-même, à cet égard, écrire un livre de plusieurs milliers de pages faisant le descriptif de ces sources. Quelques-unes de ces infos se trouvent sur ce site, mais il y en a beaucoup plus… Ces informations circulent depuis le dix-neuvième siècle (époque de l’émergence du spiritisme et de la théosophie), et par conséquent Allah n’est pas seul à « savoir » ! Encore faut-il s’intéresser à autre chose qu’à des textes vieux de x siècles ou millénaires, ce que les croyants orthodoxes (« hauts dignitaires » ou simples croyants) sont dans l’incapacité totale et radicale de faire, bêtement persuadés qu’ils sont que « toute la vérité » se trouve dans leurs vieux textes…

S’agissant des expériences de mort imminente, Dalil Boubakeur (qui est par ailleurs médecin) se contente de prendre l’exemple de l’anesthésie générale où l’âme « semble dans ce ‘tunnel’ comme dans ces moments de mort apparente ».

« Dans ce cas, le retour à la conscience s’effectue dans une espèce de brouhaha qui sollicite d’abord l’audition. A l’état embryonnaire, les plaquettes auditives sont le premier organe à se réveiller. Je peux vous dire que toutes ces caractéristiques correspondent à des notions qui ne sont nullement inaccessibles à notre expérience courante. Tout le monde peut les vivre très simplement. » (D. Boubakeur)

Là encore, l’interviewé « botte en touche ». Que les anesthésiés, au réveil, aient leur sens auditif sollicité en premier, OK, mais en quoi cela a-t-il un rapport évident avec l’ensemble des sensations et perceptions de ceux qui vivent une expérience au seuil de la mort, laquelle n’est pas accessible à notre expérience courante et ne peut être vécue très simplement par tout le monde, en dehors d’un contexte proche de la mort ? Voyez à ce sujet mes cinq textes sur les NDE (dans la rubrique « Au-delà et médiumnité »). Dalil Boubakeur, qui répond « à côté de la plaque », semble ignorer les détails de la phénoménologie des NDE.

Comme pour le judaïsme, c’est du côté de l’ésotérisme islamique que l’on trouve la trace de la réincarnation, la mystique islamique s’étant enrichie de la mystique antique des Grecs (platonisme) et des Perses (zoroastrisme). Le soufisme, voie mystique de l’islam, intègre la réincarnation.

La croyance du peuple druze est une synthèse de l’ismaélisme, du néoplatonisme et du gnosticisme. La religion des Druzes n’intègre pas la charia et les obligations rituelles. Ils voient une référence à la réincarnation dans le verset 28 de la deuxième sourate (Al-Baqara, « La Vache ») du Coran :

« Comment pouvez-vous renier Allah alors qu’il vous a donné la vie, alors que vous en étiez privés, puis Il (Allah) vous a fait mourir, puis Il vous a fait revivre et enfin vous retournez à Lui. »

« Et vous étiez morts, et Il (Allah) vous ramena à la vie ; et il vous fera mourir, et vous rendra à la vie, et à la fin Il vous réunira en Lui. »

De claires allusions à la réincarnation se trouvent dans certains versets coraniques, auxquels l’islam orthodoxe attribue une signification différente, en condamnant fermement cette hypothèse.

Cela n’a pas empêché le maître soufi Mansur Al-Hallaj de déclarer (au dixième siècle de notre ère) :

« Comme l’herbe des champs, j’ai poussé maintes fois sur les berges des cours d’eau. Depuis cent mille ans, j’ai vécu, oeuvré et fait des efforts dans toutes sortes de corps. » (2)

 

– Des croyances fossilisées :

Il est intéressant de noter que, selon un sondage CSA/Le Monde de 2003, 43% des catholiques croient en la réincarnation ! Ceci est paradoxal, car, comme le montre notamment ce qui précède, l’Eglise catholique ne reconnaît pas (comme le protestantisme et les chrétiens orthodoxes) la réincarnation. Ce paradoxe s’explique probablement par le fait que ces catholiques sont allés « voir ailleurs » et ont trouvé que la doctrine des vies successives apportait des réponses cohérentes aux questions laissées en suspens par la thèse (absurde) de l’incarnation unique. Moi-même, théoriquement catholique (sans pour autant me définir comme tel, car je suis en opposition totale à nombre de dogmes : le péché originel, Satan, l’enfer éternel, le Fils unique de Dieu, et j’en passe), je n’ai jamais été attiré par l’enseignement de l’Eglise et j’aurais d’ailleurs été athée si, très jeune, je n’avais pas été attiré (il y a de cela une quarantaine d’années) par des sources extérieures aux religions institutionnalisées. Lorsque je vois tous ces jeunes qui affluent (comme en août 2011 à Madrid) pour aller « vouer un culte » à leur idole papale (gardienne des dogmes dépassés, surannés et moyenâgeux que je dénonce), je désespère de l’intelligence humaine… La niaiserie d’une grande partie de la théologie chrétienne me laisse d’ailleurs pantois, et quand je tiens en mains le « Catéchisme de l’Eglise catholique » (version 1992 chez Mame/Plon), j’ai la désagréable impression de faire un bond en arrière de plusieurs siècles (normal, la dernière version remonte au seizième siècle !), à une époque où l’Eglise était toute puissante et décidait de la mort des « hérétiques ». Les croyants et les religieux (qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans) ne connaissent pas le progrès, leur esprit est fossilisé (tout en étant incarnés au vingt-et-unième siècle) à l’époque de leurs écrits « sacrés » (pour eux). Inaptes à reconnaître que la Révélation n’est pas figée à une époque donnée, mais qu’elle est continuelle et progressive, ils restent enfermés dans des carcans idéologiques qui les empêchent d’intégrer un enseignement adapté à l’ère nouvelle (celle du Verseau) qui s’annonce.

Pour ces croyants rétrogrades, tout ce qui a été dit par Jésus est consigné dans les Ecritures, le reste n’étant que mensonge. Olivier de Rouvroy (décédé en novembre 2013) a noté à ce propos (sur son site www.erenouvelle.fr, en préambule d’un texte daté de novembre 2011) que de nombreux Chrétiens restent persuadés que les paroles de Jésus rapportées dans les Évangiles « nous sont parvenues exactement telles qu’elles furent prononcées jadis par le Maître, sans jamais avoir été transformées, tronquées, édulcorées, amputées, ni falsifiées, que seule compte la ‘vérité’ des Évangiles, que par conséquent ceux qui prétendent que le Christ s’est exprimé directement en eux, de l’intérieur, sont instrumentalisés par des mouvements sectaires ou manipulés par des entités démoniaques ».

Il ajoute qu’ils ne croient pas en la réincarnation et pensent qu’avant la naissance du « Sauveur » sur cette Terre il y a 2000 ans, il n’y avait pas de salut possible pour les humains, puisque Jésus, « le seul et unique Fils de Dieu » n’était pas encore venu pour les sauver. J’ajoute pour ma part que ces croyances sont évidemment ridicules.

 

2. La conception orientale de la réincarnation :

 

– Les tulkous :

Les tulkous tibétains sont réputés pouvoir contrôler le moment de leur mort, le processus de séparation du corps et de l’esprit, l’objectif étant de renaître dans les meilleures conditions pour poursuivre leur mission altruiste.

Ils peuvent laisser des instructions destinées à permettre la localisation de leur renaissance : lieu, parfois année, éventuellement nom des parents… Au moment prescrit, une mission d’enquête part à la recherche du jeune tulkou que l’on soumettra à une batterie de tests pour le départager d’éventuels concurrents (reconnaissance d’objets, de textes, de personnes). Il reçoit ensuite une formation particulière censée réactiver ce qu’il a déjà appris et maîtrisé.

C’est au Tibet, aux onzième et douzième siècles de notre ère, que ce processus de reconnaissance est devenu une institution. La première réponse à la question de la transmission de l’autorité spirituelle fut familiale, mais suite aux rivalités rencontrées, le karmapa Dusoum Khyenpa (1110-1193) annonça qu’il se réincarnerait comme karmapa et laissa des instructions pour qu’on le retrouve, ce qui fut fait. Les familles et les clans ne pouvaient plus se prévaloir d’une quelconque autorité sur des réseaux religieux, ces derniers étant dès lors dirigés par des tulkous qui renaissaient dans des couches sociales différentes.

D’autres chefs religieux ayant emboîté le pas du karmapa, le pays finit par compter des centaines de tulkous, dont les dalaï-lamas.

Le système des tulkous a fini par être corrompu : aux grands chefs religieux, on ajouta de plus petits personnages dont la fonction était beaucoup plus socio-politique que spirituelle, au point qu’un dicton tibétain rappelait que sur 100 tulkous, 90 étaient politiques, 9 de petits tulkous, et un seul était un véritable maître.

 

– Tradition indienne et bouddhique :

41HUakYTUYL._SX332_BO1,204,203,200_« A la façon d’un homme qui a rejeté des vêtements usagés et en prend d’autres, neufs, le soi incarné, rejetant son corps, usé, voyage dans d’autres qui sont neufs. » (La Bhagavad Gita, II, 22)

Les religions indiennes – en dehors du bouddhisme – se réfèrent à deux éléments constitutifs de l’être : l’âtman ou le Soi, qui est immanent, universel et impersonnel, et le jîvâtman, l’âme incarnée (l’ego). Au moment de la mort, l’âtman transmigre, mais il n’y a pas de réincarnation d’un individu au sens strict. Mais dans la croyance populaire, il existe bel et bien une réincarnation individualisée. Chaque existence est marquée par les actes, le karma, dont la somme prédispose aux conditions de la vie suivante.

Le bouddhisme rejette l’idée d’un Soi.

A un homme qui lui demandait quelles avaient été ses vies passées, le Bouddha répondit simplement :

« Observe ce que tu es et tu sauras ce que tu as été. Observe ce que tu fais, et tu sauras ce que tu seras. »

L’intérêt ne réside pas dans le passé ou le futur, mais dans la vie actuelle car c’est dans cette dernière que l’on peut se libérer de tous les conditionnements.

La population ordinaire a cependant une conception fataliste du karma, d’où une forme d’immobilisme social et culturel. L’Inde des castes a ainsi empêché toute porosité entre les diverses strates de la société. (3)

 

3. Souvenirs et marques d’une autre vie :

 

– Ian Stevenson :

41ljjbrsBeL._SX332_BO1,204,203,200_Le psychiatre américain Ian Stevenson (décédé en 2007) a passé sa vie à étudier les témoignages de réincarnation. Il a notamment mis en évidence les indices physiques sur des personnes évoquant des souvenirs de vie passée.

Il a compilé 2600 cas, 65 d’entre eux ayant été publiés.

Cet ancien directeur du département des études de la personnalité au centre des sciences de la santé à l’université de Virginie a collecté les renseignements donnés par des enfants (essentiellement) pour les confronter aux informations relatives à la personne dont ces enfants se disaient être la continuité : identité, lieu de résidence, famille, circonstances de la mort.

Des marques de naissance ont été parfois constatées, ainsi que d’autres caractéristiques physiques en lien avec les expériences de la vie antérieure relatée. Les chapitres IV et V de son ouvrage « Réincarnation et biologie, la croisée des chemins », font ainsi état d’altérations corporelles qui correspondent à des blessures confirmées par des rapports médicaux, ces blessures étant corrélées au récit donné par les sujets ayant évoqué leur précédente vie.

Dans « Réincarnation et biologie », Ian Stevenson cite le cas d’Yvonne Ehrlich, une Brésilienne témoignant de souvenirs d’une vie passée et présentant des taches de naissance :

« Yvonne avait été identifiée comme la réincarnation de sa grand-tante tuée durant un bombardement sur Vienne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Son fils confirma que l’emplacement de ses principales blessures correspondait aux marques de naissance d’Yvonne. »

Il y a aussi le cas de Metin Köybasi, né le 11 juin 1963 dans le village de Hatun Köy, près d’Iskenderun (Turquie) :

« Avant-même sa naissance, ses parents l’avaient identifié, d’après leurs rêves, comme la réincarnation d’un membre de la famille, Hasim Köybasi, tué cinq mois auparavant dans une émeute survenue à la suite d’une élection dans son village. On décela sur Metin une tache sur le côté droit du cou, à l’avant. C’était une petite zone à la pigmentation plus foncée. Le rapport d’autopsie de Hasim Köybasi précisait que la balle qui l’avait tué était entrée dans sa tête, derrière l’oreille gauche, et était presque sortie sur l’avant du cou, côté droit. Ainsi que cela se produit parfois, la résistance de la peau avait arrêté la balle avant qu’elle ne sorte. La marque de naissance correspondait à la cicatrice post mortem infligée par le médecin légiste qui avait pratiqué une petite incision pour extraire la balle. »

Ian Stevenson a noté qu’une vie passée peut influencer le corps physique d’une nouvelle incarnation et qu’il existe un effet direct de la personnalité désincarnée sur le nouveau corps avec un effet sur l’embryon ou le fœtus « qui, jusqu’à un certain point, reproduit les attributs corporels du dernier corps physique ».

« Toute influence directe implique une sorte de schéma qui imprime sur l’embryon ou le fœtus le ‘souvenir’ des blessures, des marques et d’autres caractéristiques corporelles antérieures. » (Ian Stevenson)

Ian Stevenson a observé que l’impact de la thèse réincarnationniste en psychiatrie, si elle venait à être admise, serait considérable : les phobies, les identifications et fixations infantiles, que la psychanalyse s’efforce d’expliquer par des processus psychiques précoces, apparaîtraient sous un nouveau jour.

Ainsi, Shamlinie, une fillette du Sri Lanka, manifesta très tôt une grande peur de l’eau et des autocars. Elle se mit à raconter, détails vérifiables à l’appui, des épisodes d’une autre vie, celle d’une fillette d’un village voisin qui s’était noyée dans un champ inondé en voulant éviter un autocar.

Un cas connu est celui des jumelles anglaises Gillian et Jennifer Pollock. Les époux Pollock avaient perdu leurs deux filles, tuées dans un accident de la route. Deux ans après, des jumelles naquirent, auxquelles les parents décidèrent de ne jamais parler de leurs deux filles décédées. Mais lorsqu’elles furent en mesure de parler, les jumelles firent état de leur vie antérieure en tant que premières filles des Pollock, l’une s’identifiant à celle décédée à l’âge de 6 ans, l’autre à celle âgée de 11 ans lors de l’accident mortel. Les jumelles avaient un comportement différent, l’« aînée » étant beaucoup plus mûre et avancée que la « cadette », qui d’ailleurs la reconnaissait comme sa « grande sœur ».

Alors que les sciences humaines n’envisagent la formation de la personnalité des individus qu’à travers les déterminismes génétiques et culturels, les travaux d’Ian Stevenson ouvrent une troisième voie, où très peu de scientifiques osent s’aventurer. Maître bouddhiste et docteur en physique de l’université de Cambridge, Ajahn Brahm considère ces recherches tout à fait fiables et parle de preuve scientifique de la réincarnation, regrettant, cependant, que la communauté des chercheurs persiste à les ignorer.

Le docteur Satwant Pasricha, professeur et présidente du département de psychologie clinique de l’Himalayan Institute of Medical Sciences de Dehradun, a collaboré pendant plus de trente ans avec Ian Stevenson et a poursuivi des recherches sur 500 cas de ce type en Inde.

« Dans chaque cas, j’ai rassemblé tous les témoignages disponibles et en plus j’ai fait une deuxième interview (parfois davantage), sans avertir de ma visite. » (S. Pasricha)

Elle note que, contrairement à ce que disent les sceptiques selon lesquels les témoins tireraient profit de souvenirs fictifs, aucun des cas qu’elle a étudiés en Inde n’a généré un avantage matériel ou publicitaire. D’ailleurs, dit-elle ironiquement, « vous ne pouvez contraindre un enfant à avoir des naevi ».

Elle évoque les cas avérés de xénoglossie, l’aptitude à parler spontanément des langues jamais apprises. Alors qu’elle était âgée d’une trentaine d’années, Uttara Huddar, de Nagpur (Inde centrale), prit conscience d’une vie antérieure en la personne de Sharada, une femme mariée bengali. Les souvenirs ont fait surface dans un état de transe au cours duquel elle s’exprimait en bengali, une langue qu’elle ignorait. Se voyant alors en tant que Sharada, Uttara ne reconnaissait plus sa propre famille, son environnement lui paraissant étranger. Par contre, elle se souvenait de chants pieux qu’elle se chantait à elle-même, de lieux au Bengale, de nourriture et de coutumes bengalis. Elle avait aussi la connaissance de la généalogie de la famille Chattopadhyay, remontant jusqu’au début du dix-neuvième siècle, famille à laquelle elle prétendait appartenir.

L’oeuvre de Ian Stevenson est aujourd’hui poursuivie par le psychiatre Jim B. Tucker.

 

– Jim Tucker :

Celui-ci dirige, au sein de la division des études perceptuelles de l’université de Virginie, une équipe de chercheurs étudiant le phénomène de la régression dans des vies antérieures.

« Partout dans le monde, on observe les mêmes manifestations dans des familles issues de tous les milieux socioreligieux, qui croient ou non en la réincarnation. Nombreux sont les cas où les déclarations des enfants se sont révélées exactes. La constance et la précision des souvenirs relatés sont, elles, des caractéristiques récurrentes. Ils commencent, généralement, à évoquer leurs vies antérieures vers deux à trois ans. Certains restent purement factuels alors que d’autres montrent de l’empathie. Ils éprouvent de la nostalgie envers leur ancienne famille. » (J. Tucker)

Jim Tucker a étudié le cas de Gus Taylor, un petit garçon du Middle West (Etats-Unis). Il s’agit du cas d’un enfant prétendant être la réincarnation de son grand-père, ce dernier étant décédé un an avant sa naissance. Les descriptions faites par le gamin ne relèvent pas de son imagination. Sa mère, Cathy Taylor, dit qu’un jour, alors qu’elle changeait sa couche sur la table à langer, Gus l’a regardée et lui a dit : « Tu sais, quand j’avais ton âge, je changeais souvent ta couche. » Elle fut sidérée.

Il était âgé de 4 ans lorsque son père lui remit un vieil album de famille. A la surprise des parents, il a reconnu son grand-père paternel par le biais d’une photo de classe usagée, et a identifié la première voiture que le grand-père s’était offerte.

La mère de l’enfant a expliqué qu’elle et son fils étaient en train de discuter lorsqu’il a commencé à parler de son grand-père Oby. Elle lui a alors demandé s’il avait des frères et des soeurs lorsqu’il était grand-père Oby. Il a répondu qu’il avait une sœur, mais qu’elle était morte. Or, il n’y avait pas eu de décès dans la famille. Gus précisa qu’on l’a retrouvée morte noyée. Peu de temps après, elle a su qu’on avait apparemment retrouvé le corps de sa tante assassinée dans la baie de San Francisco. Le père de Gus ne comprenait pas comment son fils pouvait connaître les circonstances de la mort de cette femme, alors que lui-même ne l’avait jamais connue.

Pour Cathy Taylor, l’idée que son fils soit la réincarnation de son grand-père va à l’encontre de son éducation religieuse.

« Je suis issue d’une famille appartenant à l’Eglise baptiste. Mon père était pasteur dans une église du sud des Etats-Unis. Vous vous doutez bien que la réincarnation n’a jamais eu sa place dans la famille. Je n’y ai donc pas songé un seul instant. Jusqu’au jour où il m’a affirmé : ‘Maman, une fois que l’on est mort, on renaît.’ »

Un autre cas est celui du jeune Ecossais Cameron Macaulay. Au moment du tournage du film de recherche le concernant, il était âgé de 5 ans et était domicilié à Glasgow. Sa mère, Norma Macaulay, a expliqué qu’il dit « être tombé et s’être retrouvé ici ».

« Lorsque je lui demande comment, il me répond qu’il était sur l’île de Barra (Ecosse), qu’il est tombé avant d’atterrir dans mes bras. Si je lui demande ce qu’il entend par là, il me répond qu’il est tombé dans une sorte de trou. Un jour, alors que Cameron et son frère étaient en train de jouer, je l’ai entendu dire que ce n’était pas si grave de mourir. Cameron lui aurait dit qu’après la mort, on renaît dans le corps de quelqu’un d’autre. »

Cédant aux demandes incessantes de Cameron, sa mère finit par l’emmener sur l’île de Barra. Averti du projet de voyage, Jim Tucker prit le premier vol pour Glasgow afin de suivre l’affaire au plus près.

A l’arrivée, l’avion se posa sur une plage que Cameron déclara reconnaître. Le lendemain, Jim Tucker et Norma Macaulay se rendirent dans le centre historique de l’île, à la recherche d’un certain Shane Robertson, mentionné par l’enfant. Un historien local leur répondit qu’aucun Shane Robertson n’a vécu sur l’île.

L’examen du témoignage de Cameron permit de situer son enfance antérieure dans l’extrême nord de l’île, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un peu plus tard, l’historien local rappela Norma et le docteur Tucker : il venait de découvrir une maison blanche en bord de mer ayant appartenu à une famille Robertson. Cameron l’identifia comme étant la maison de sa vie passée, mais elle a subi, depuis, des transformations.

De retour à Glasgow, Norma Macaulay contacta la généalogiste Ruth Boreham. Cette dernière retrouva la trace d’un membre de la famille Robertson encore en vie. Cette femme, Gillian, aurait passé des vacances d’été dans la maison blanche que possédait la famille Robertson à Barra, à l’époque où Cameron y aurait habité. La nouvelle de la rencontre entre Norma et Gillian Robertson perturba d’abord Cameron, mais celui-ci finit par accepter de la rencontrer. Gillian corrobora certains détails, comme la présence d’un chien, mais elle réfuta certains faits, comme le nom du père (il n’y a eu aucun Shane dans la famille), la mort de celui-ci et la mort même d’un l’enfant (le Cameron « précédent ») dans la famille proche. (4)

On a vu Jim Tucker dans l’émission « La science de l’étrange » (dans le premier des deux documentaires concernés) diffusée en mars 2015 sur RMC Découverte. Il a aussi été interviewé par Stéphane Allix (de l’INREES). Les deux livres publiés en français de Jim Tucker sont :

413W0xKXrmL._SX309_BO1,204,203,200_* « Histoires extraordinaires », éditions Dervy, 2015.

41gh82XOoTL._SX317_BO1,204,203,200_* « Une vie avant la vie », éditions Dervy, 2016. (Avec un avant-propos d’Ian Stevenson, ce livre ayant été publié dans son édition américaine originelle avant le décès de ce dernier.)

Le chapitre 4 d’« Histoires extraordinaires » est consacré au cas de James Leininger. Ce dernier cas a fait l’objet d’un livre également paru aux éditions Dervy (en 2014) :

Bruce et Andréa Leininger (avec Ken Gross), « Réincarné ». (Le sous-titre : « Les preuves scientifiques de la réincarnation d’un pilote de la Seconde Guerre mondiale ».) 41wLSfesZSL._SX352_BO1,204,203,200_

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4. Les régressions mémorielles :

La régression dans les vies passées intègre deux dimensions, psychothérapeutique et métaphysique.

512iF3GlBHL._SX351_BO1,204,203,200_La pratique des régressions dans les vies passées est évoquée dans les « Upanishad », un ensemble de textes sacrés hindous vieux de 5000 ans, et le sujet est aussi abordé dans les « Yoga Sutras » de Patanjali, un érudit hindou du deuxième siècle avant J.-C. L’hindouisme enseigne que l’âme se réincarne jusqu’à ce qu’elle atteigne la délivrance des attachements terrestres et puisse ainsi accéder au salut.

« Patanjali croyait que le voyage de l’âme à travers les naissances successives devenait de plus en plus difficile car chargé de l’accumulation des mémoires et karmas anciens. Il décrivit la ‘prati prasav’ (‘rétro-naissance’) comme moyen de renaître dans le souvenir de traumatismes anciens afin de comprendre et gérer les problèmes de la vie courante.

En Inde, c’est sur ce principe que les thérapeutes en régression conduisent leurs patients vers la guérison, amenant ceux-ci à comprendre que leurs problèmes actuels découlent de ceux non résolus dans les vies antérieures. Ils pensent aussi, bien que ceci soit moins pratiqué en Inde moderne, que le prati prasav peut servir à se souvenir d’enseignements anciens et à recouvrer des compétences passées (sadhanas) leur permettant de reprendre et d’achever ce qui a été commencé dans une vie précédente.

Selon le Dr Newton, il est aussi question de régression dans les vies passées dans d’autres religions pratiquées anciennement en Inde médiévale, car le principe de cause à effet, ou loi du karma, était mieux compris. Il précise :

‘Les Jakatas et les Jati Smaran de Mahavir (fondateur du jaïnisme) n’étaient pas que des enseignements, c’étaient des outils pratiques aidant à revivre les causes passées afin de soulager les effets présents.’ » (Charu Bahri)

En Inde, la régression dans les vies passées (RVP) est répandue en tant que thérapie car elle est en résonance avec les croyances hindoues concernant la mort et la renaissance. Le docteur Kondaveti Newton, thérapeute des vies passées à Hyderabad et fondateur de la « Life Research Academy », affirme que chaque affection, du corps ou de l’esprit, trouve son origine dans les actes de vies passées. Les régressions permettent de révéler les raisons de nos maux présents, la confrontation de la cause et de l’effet, ainsi que l’analyse de leur association, aidant l’âme à neutraliser les effets d’actes passés (karma).

Telle qu’elle est pratiquée en Occident aujourd’hui, la RVP se fonde sur l’idée que la conscience conserve, après la mort, les marques de ses incarnations précédentes, la plongée dans ces souvenirs permettant de comprendre et de surmonter les émotions perturbatrices profondes. Cette démarche est comparable à celle de la psychothérapie fondée, dans les années 1890 en Autriche, par Josef Breuer et Sigmund Freud, à cette différence près, bien sûr, que cette dernière ne concerne que la vie actuelle, alors que l’approche réincarnationniste intègre la notion d’une âme utilisant, à travers l’espace et le temps, de nombreux véhicules d’expression corporelle. Paul Von Ward a noté que Breuer et Freud ont appris que les symptômes émotionnels peuvent être réduits « en dévoilant les liens émotionnels non reconnus entre la mémoire refoulée d’un événement passé réel et ses effets physiques et psychologiques actuels ». Sigmund Freud appliquait le concept de la libre association afin de récupérer des sentiments oubliés associés à un événement traumatisant. Il utilisait l’hypnose pour vaincre la résistance du patient au souvenir de ce qui avait été le choc initial. Il le conduisait ensuite vers des faits antérieurs, particulièrement ceux qui remontaient à l’enfance.

« Ces techniques sont toujours utilisées par les psychiatres et psychologues, bien que dans des versions modifiées, pour aider les patients à revivre en pensée les événements traumatisants – des souvenirs qui nuisent à leur santé physique et mentale – et ainsi libérer, par une résolution consciente, les énergies bloquées.

Le succès de ces méthodes soulève une question pertinente : si le rappel de souvenirs d’enfance refoulés s’avère apte à résoudre certains problèmes psychologiques, pourquoi le dévoilement de ceux de vies antérieures ne produirait-il pas un résultat similaire, voire supérieur ?

Ian Lawton, chercheur et auteur spécialisé dans l’histoire ancienne et la philosophie spirituelle, est formel : ‘La valeur probante de la régression est double : celle de la véracité historique et celle de l’efficacité thérapeutique. On relève des récits dont les détails historiques sont, d’une part, vérifiables et vérifiés, et, d’autre part, totalement ignorés des principaux acteurs susceptibles d’influencer le témoin.’ Son but est, comme beaucoup d’autres thérapies, d’explorer et de faire reculer les blocages émotionnels et les complexes mentaux. La spécificité de la régression repose sur sa capacité insurpassable à atteindre les mémoires cachées conscientes ou inconscientes. » (Charu Bahri)

La régression de mémoire, technique thérapeutique principalement basée sur l’hypnose, est utilisée par des psychothérapeutes qui pensent qu’il ne suffit pas de remonter jusqu’à l’enfance pour traiter certains sujets, et qu’il est préférable de remonter plus loin… La plupart des thérapeutes ne prétendent pas que la régression de mémoire a une valeur scientifique prouvant la réincarnation, mais ils pensent que la pratique a une valeur thérapeutique. Les chercheurs qui se penchent sur le sujet font l’objet de vives critiques, leurs opposants n’ayant de cesse de souligner la fragilité des témoignages, notamment sous hypnose, les assimilant à de la suggestion…

Le rebirth, qui implique des exercices de respiration ayant pour objectif de modifier les états de conscience, est présent dans des traditions ancestrales telles que le yoga (Pranayama) et le taoïsme (Tao du souffle). Mis au point par Leonard Orr, le rebirth (ou rebirthing), « renaissance » en français, est une méthode douce d’autoguérison qui permet la résolution d’anciens blocages ou conditionnements physiques ou psychiques. Par des techniques simples de respiration dirigée, les traumatismes de la naissance et les expériences négatives oubliées resurgissent à la conscience et sont alors admis, puis dissous et transformés. Divers phénomènes émotionnels peuvent alors apparaître : colères du nourrisson, cris, larmes, etc. L’énergie réprimée par les blocages et les tensions se libère et conduit à une profonde détente, à la confiance en soi… Lors d’une séance de rebirth, Denis Lambert, qui consultait une psychologue pour des troubles dépressifs, a eu la réminiscence des derniers instants d’une précédente vie.

Dans les années 1970, le psychothérapeute anglais Roger Woolger, analyste jungien sceptique sur le phénomène de réincarnation, décida de se faire régresser vers une hypothétique vie antérieure. En dépit des sensations ressenties, il conserva son scepticisme tout en proposant des régressions à ses patients. Certains d’entre eux évoquèrent des souvenirs semblant antérieurs à l’enfance. Il écrivit un ouvrage intitulé : « Other Lives, Other Selves » (1987). Il y raconte notamment les cas d’un homme affecté d’une paralysie d’un bras, d’une femme souffrant d’une maladie du dos et d’un ostéopathe accablé d’une sinusite incurable. Dans chaque cas, le rappel de certaines vies antérieures présumées a apporté la guérison physique et émotionnelle. Dans le premier cas, l’homme a découvert que son bras a été cassé dans un accident, dans le deuxième cas la femme s’est souvenue avoir fait partie des colons américains et avoir eu le dos brisé dans un accident de chariot, et dans le troisième cas l’ostéopathe a revécu les sensations de souffrance du froid dans un camp, alors que sa mère gisait mourante à la maison…

En Occident, les présumés souvenirs sont souvent qualifiés de fictifs ou de faux et sont classés au rang des produits de l’imagination, voire provoqués par les incitations de l’hypnotiseur.

Selon le docteur Nicholas Spanos, ancien directeur du laboratoire d’hypnose expérimentale et professeur à la Carleton University d’Ottawa, la réussite d’une régression en vie passée dépend de trois facteurs :

* Le sujet doit être hypnotisable.

* Sa croyance en la réincarnation est quasi indispensable.

* L’hypnotiseur doit convaincre son client qu’il s’attend vraiment à ce que celui-ci se souvienne d’une vie antérieure.

L’influence de cette attente de la part de l’hypnotiseur a été démontrée par le psychologue Robert Baker, lequel a divisé 60 étudiants en 3 groupes :

* Ceux du premier groupe étaient informés qu’ils allaient faire l’expérience de la thérapie la plus extraordinaire impliquant la résurgence de souvenirs d’une vie passée.

* A ceux du deuxième groupe, il déclara qu’ils allaient faire l’expérience d’une thérapie qui allait peut-être les aider à remémorer des souvenirs d’une vie passée.

* Au troisième groupe, il déclara qu’ils allaient faire l’expérience d’une thérapie farfelue dont certains pensaient qu’elle était susceptible d’aider à se souvenir de vies passées, bien que cela ne fonctionnât pas avec une personne normale.

Il fit ensuite écouter le même script hypnotique aux trois groupes. 85 % de ceux du premier groupe revécurent des souvenirs de vies passées, contre 60 % de ceux du deuxième groupe et seulement 10 % de ceux du troisième. (Robert Baker, « Hidden Memories : Voices and Visions from Within », Prometheus Books, 1992.)

 

– Le cas Bridey Murphy :

0029667_1En 1952, l’hypnotiseur américain Morey Bernstein plaça sous hypnose Virginia Tighe (nommée Ruth Simmons dans son livre), née en 1923. Il la fit régresser dans l’enfance et constata avec étonnement qu’elle semblait glisser dans une incarnation précédente en la personne d’une Irlandaise nommée Bridey Murphy. Virginia Tighe se vit comme étant la petite Bridey de 8 ans habitant une maison en bois appelée « The Mesdows », à Cork, en Irlande. Elle affirma être la fille de l’avocat Duncan Murphy et de son épouse Kathleeen, prétendit avoir épousé, à l’âge de 17 ans, le juriste Sean Brian McCarthy, et avoir vécu à Belfast. Bridey raconta les détails d’une chute mortelle, elle décrivit ses propres obsèques et sa pierre tombale, ainsi que sa vie après la mort.

Alors que Virginia Tighe n’est jamais allée en Irlande, elle parla l’irlandais sans le moindre accent.

Les enquêteurs ne trouvèrent pas de maison de bois nommée « The Mesdows », mais notèrent l’existence d’un lieu de ce nom près de Cork. La description de la côte d’Antrim et d’un voyage de Belfast à Cork se révéla exacte.

Elle prétendit avoir fréquenté l’église Sainte-Thérèse qui figure en effet à l’endroit indiqué mais qui n’a été construite qu’après le décès de la présumée Bridey.

Elle affirma avoir fait ses emplettes chez un épicier du nom de Farr dont les enquêteurs retrouvèrent la trace.

Les enquêteurs ayant examiné l’enfance et la parenté de Virginia pour y chercher une éventuelle connexion irlandaise, ils découvrirent qu’une immigrée irlandaise du nom de Bridey Murphy Corkell a habité en face de la maison d’enfance de Virginia, à Chicago (Illinois). De quoi nourrir leur scepticisme…

A propos de ce cas, le critique Martin Gardner a fait en 1957 cette déclaration (in « Fads and Fallacies in the name of Science ») :

« Presque n’importe quel sujet sous hypnose capable d’entrer en transe profonde se mettra à bavarder de ses incarnations précédentes si l’hypnotiseur le lui demande. Il en fera autant de ses incarnations futures… Dans tous les cas de ce genre, après vérification sérieuse du passé du sujet, on découvre qu’il fait un amalgame d’informations fragmentées oubliées acquises pendant les très jeunes années. »

Il s’agit là d’une assertion péremptoire qui ne peut s’appuyer que sur certains cas (voyez la partie consacrée aux régressions de mémoire dans mon texte : « ‘Science et Vie’ et le paranormal. Critique du dossier d’août 2015 ». On ne peut pas sérieusement affirmer que cela a été constaté dans tous les cas. En formulant ses propos, Martin Gardner (un zététicien avant l’heure) ne faisait que prendre son désir pour la réalité.

 

– Brian Weiss :

51V6CT69PKL._SX288_BO1,204,203,200_En 2008, le psychiatre américain Brian L. Weiss fut invité à l’émission télévisée « Oprah Winfrey Show », pour conduire en public une régression sur une volontaire, le chirurgien Mehmet Oz étant présent afin de garantir l’authenticité de l’expérience. A l’issue de l’émission, ce dernier fit le commentaire suivant :

« Le sceptique peut se satisfaire de l’explication selon laquelle Jodi est une personne dont les besoins la poussent à souhaiter la régression dans l’espoir de l’aide que cela lui apportera. »

Mehmet Oz fit plus tard cette déclaration :

« Peut-être que la régression dans les vies antérieures relève de quelque chose de beaucoup plus vaste ; on pourrait supposer que le sujet puise dans l’inconscient collectif. »

Pour Brian Weiss, l’efficacité de la méthode ne fait pas de doute :

« Lorsque les symptômes disparaissent, ce n’est habituellement pas à cause de l’imagination. C’est généralement grâce aux souvenirs réels. L’imagination ne guérit pas les symptômes. »

 

– Changement de personnalité et vrais souvenirs :

Que l’hypnose ne fasse rien d’autre que de ramener le sujet à ses plus lointains souvenirs d’enfance, ou l’encourage à fantasmer, ou le fasse réellement régresser dans une vie antérieure, les psychiatres pratiquant la RVP observent des changements de personnalité chez leurs patients.

L’hypnothérapeute clinique Wilja Witcombe, cofondatrice de l’« Aura Hypnotherapy Center » à Chennai, pratique l’hypnothérapie et la RVP. Selon elle, la régression en vie passée jette un pont entre la guérison du corps et celle de l’esprit. Elle se défend contre l’opinion qui veut que les thérapeutes incitent leurs patients à raconter des histoires.

Dans son livre « The Unquiet Dead » (1987), la psychologue Edith Fiore fait ce commentaire :

« Si une phobie est supprimée instantanément et de manière permanente par la réminiscence d’un événement passé, il semble logique que cet événement ait eu lieu. » (5)

Des informations complémentaires sur la recherche de vies antérieures via les régressions mémorielles sont données dans mon texte : « ‘Science et Vie’ et le paranormal. Critique du dossier d’août 2015. » (Rubrique « Inclassables ».)

 

II. Le dossier de « Science et inexpliqué » :

Après avoir mentionné le processus de reconnaissance de l’incarnation du précédent Dalaï-Lama, le dossier du numéro de septembre/octobre 2011 de « Science et inexpliqué » évoque les recherches de Ian Stenvenson :

« Les indices les plus prometteurs de la réincarnation semblent provenir de cas où les sujets, principalement des enfants, témoignent spontanément (…). En majorité, les sujets ne parlent que sporadiquement de leur existence précédente, tout en continuant leurs jeux ou leurs activités. De temps à autre, quelque chose stimule leur mémoire et réveille un souvenir ‘antérieur’. Ils en parlent pendant un moment et puis reviennent au présent. A part ces brefs moments d’évasion dans leur passé, les parents ne remarquent rien d’anormal dans leur comportement, sinon quelquefois une tendance à la précocité et au sérieux, mais en tout cas rien de vraiment psychopathologique. » (I. Stevenson)

Voici deux cas :

Sukla Sen Gupta est une petite fille originaire de Kampa (Bengale). Vers l’âge d’un an et demi, elle avait pris l’habitude de bercer une quille en bois qu’elle appelait Minu. Les parents ayant demandé : Pourquoi Minu ?, l’enfant, qui savait à peine parler, répondit : « C’était ma fille… ».

Sukla raconta qu’« avant », elle vivait dans le village de Bhatpara avec son mari, son beau-père et ses deux oncles, Khetu et Karuna. Ian Stevenson découvrit qu’un certain Khetu habitait en effet à Bhatpara et que sa belle-soeur, prénommée Mana, était décédée depuis quelques années.

« Pendant l’été 1959, Sukla et des membres de sa famille firent le trajet jusqu’à Bhatpara ; arrivée là, Sukla montra le chemin pour se rendre chez son prétendu ancien beau-père, Sri Amritalal Chakravarty. Elle avait alors un peu plus de cinq ans. Elle reconnut et donna le nom exact d’un certain nombre de personnes et d’objets (…), comme des saris ayant appartenu à la défunte Mana (…). Les témoins furent surtout impressionnés par les larmes de Sukla lorsqu’elle accueillit Minu et par l’attention et la tendresse qu’elle lui prodigua lorsqu’elles se rencontrèrent ultérieurement. » (I. Stevenson)

Sukla désigna son « mari », Sri Haridhan Chakravarty, parmi une assemblée de 40 personnes. Dans les mêmes conditions, elle identifia sa belle-mère et ses deux beaux-frères.

Elle confirma que les plats préférés de son « conjoint » étaient les crevettes et les boulettes de viande. Elle révéla qu’outre Minu, elle a eu un autre enfant, un garçon mort en bas âge, ce qui s’avéra exact. Elle annonça aussi que sa famille avait un perroquet (qui s’est échappé peu de temps après sa mort).

« Ce cas comporte un détail d’ordre médical. Mana Chakravarty avait des boutons sur le nez. Sukla, elle aussi, en était affligée. Selon sa mère, elle était la seule dans la famille (parents et tous les autres enfants inclus) à subir cette petite inflammation bien précise quoique de peu d’importance. » (I. Stevenson)

Le second cas est celui d’Imad Elawar, né le 21 décembre 1958 à Kornayel (Liban). Dès l’âge de 2 ans, il évoqua une vie antérieure au cours de laquelle il habitait à Khriby (à une quarantaine de kilomètres de Kornayel). Il s’appelait Ibrahim Bouhamzy et avait une épouse prénommée Jamileh. Il a dit qu’il aimait beaucoup chasser, qu’il avait une voiture jaune et que, avant de mourir (le 18 septembre 1949), il avait du mal à marcher. Il a mentionné les prénoms de ses frères ou cousins (Amin, Adil, Talil, Saïd, Toufic).

Ibrahim Bouhamzy est décédé, à l’âge de 25 ans, de tuberculose, après être resté une année en sanatorium.

« J’en vins à demander s’il n’avait pas eu une tuberculose de la colonne vertébrale. Haffez Bouhamzy me dit alors que c’était exact en effet, et qu’il avait eu d’énormes difficultés à marcher pendant sa maladie. Il déclara qu’Ibrahim n’en avait plus été capable pendant les deux derniers mois de sa vie. » (I. Stevenson) (6)

Le rédacteur (vraisemblablement Nicolas Montigiani) de l’article évoque ensuite, notamment, la renaissance des dalaï-lamas – ainsi, Tenzin Gyatso, l’actuel quatorzième dalai-lama, est censé être la réincarnation du précédent dalaï-lama, Thubten Gyatso – et la déclaration de l’historien grec Hérodote attribuant cette croyance de la renaissance aux Egyptiens :

« Ce sont eux qui ont dit en premier que l’âme humaine est immortelle, qu’à la mort du corps elle passe successivement dans d’autres formes vivantes, et qu’après avoir habité tour à tour tous les corps des animaux de la terre, de la mer et du ciel, elle pénètre à nouveau dans le corps d’un homme… »

Il y a, à vrai dire, pas mal de confusion (par rapport à la réalité) dans cet énoncé, car l’âme, après une vie humaine, ne passe évidemment pas par tous les autres règnes avant de revenir au stade humain !

Une autre ineptie consiste en la croyance selon laquelle le cycle des réincarnations est éternel. La réalité, heureusement, est différente, le but du processus réincarnationniste étant, au final, d’échapper au cycle « infernal » du samsara (afin d’atteindre « le nirvana », « le salut », « la libération », etc.).

Il y a beaucoup de confusions dans les conceptions orientale et antique de la métempsycose, d’où l’intérêt de la conception occidentale contemporaine (depuis le dix-neuvième siècle) et son côté « rationnel » et « logique », contrairement aux approches anciennes.

Qu’est-ce que l’âme ?, demande Nicolas Montigiani. Pour répondre à cette question, il suffit de se référer par exemple à l’enseignement théosophique et à l’étude du composé humain (avec ses divers corps subtils)… Seule la littérature ésotérique et médiumnique contemporaine, occidentale, apporte des réponses claires à ces sujets, loin des idées de certains théoriciens actuels qui utilisent des concepts pseudoscientifiques de leur cru (les éons du physicien décédé Jean Charon, etc.) pour donner une fausse coloration scientifique à des réalités spirituelles.

Nicolas Montigiani mentionne que fin 2007, l’équipe du docteur Dirk de Ridder, neurochirurgien à l’hôpital de l’Université d’Anvers (Belgique), a simulé une décorporation chez un patient venu pour soigner des acouphènes, la « conscience qui nous rend unique » (sic) étant réputée être localisée au carrefour temporo-pariétal. L’adjectif « simulé » est le bienvenu car, à vrai dire, il ne s’agissait pas, dans ce cas, d’une réelle décorporation. C’est ici qu’il faut que je remette ce que j’ai écrit dans l’un de mes textes sur la décorporation :

L’étude belge concerne un patient de 63 ans traité pour des acouphènes au moyen d’électrodes implantées dans la région de la jonction ‘‘temporo-pariétale’’.

« Quand son hémisphère droit était stimulé par les électrodes, le patient avait une sensation qui lui donnait l’impression que son moi s’était séparé de son corps, se déplaçant à un endroit situé juste en dessous et à gauche de son corps. Cependant, il n’a pas fait état d’un point dépendant de son moi séparé ‘hors du corps’ (c’est-à-dire qu’il voyait toujours l’environnement depuis son propre corps), ni d’une vision de l’image de son propre corps. En moyenne, la sensation du patient de quitter son corps durait environ 17 secondes, et aucun changement dans son état de conscience ne survenait. L’imagerie cérébrale (en Tomographie par Emission de Positons ou PET) a révélé une activité étendue dans l’aire aux alentours de la jonction temporo-pariétale, près du gyrus angulaire.

Bien que l’étude de De Ridder et al. fournisse des informations supplémentaires utiles sur la fonction de la jonction temporo-pariétale, je pense personnellement que l’étiquetage de la sensation induite chez le patient comme une ‘OBE’ relève d’une appellation quelque peu impropre. Comme remarqué ci-dessus, le patient ne percevait pas l’entourage depuis un point de vue extérieur à son corps, et ne disait pas non plus voir son propre corps, ce qui suggère que ses sensations ne se conformaient pas à la structure classique d’une OBE. Le moi séparé du patient était toujours stationnaire et ne pouvait pas se déplacer volontairement, alors que les sujets expérimentant des OBEs spontanées disent souvent être capables de se déplacer librement avec leur forme extracorporelle. » (B. Williams)

Je donne aussi, dans le même texte – voir : « La décorporation. (2) », rubrique Au-delà et médiumnité -, le commentaire de Pascale Catala à propos de l’expérience belge… Ne rêvons donc pas, car cette équipe belge n’a fait que donner (après d’autres individus) une interprétation matérialiste réductionniste de la décorporation !

Nicolas Montigiani cite aussi Jacqueline Bousquet (chargée de recherches au CNRS), laquelle a déclaré que la possibilité mathématique du passage d’une âme dans un autre corps est prouvée ! Chouette ! Mais comment se fait-il, alors, que cette donnée fondamentale ne soit pas enseignée partout et que l’athéisme et les inepties « résurrectionnelles » des croyants monothéistes soient toujours d’actualité ? Méfions-nous de ces assertions sensationnalistes qui, malheureusement, ne reflètent pas la réalité. D’ailleurs, la justification apportée à cette extraordinaire assertion concerne les travaux du mathématicien et biologiste Emile Pinel (site arsitra.org), ce dernier étant censé avoir démontré la présence de trois champs intracellulaires (H1, H2 et H3), lesquels constitueraient un champ complexe animant la matière. Serge Nahon (de la Faculté de Bordeaux) déclare qu’à la mort de l’individu les équations indiquent que deux de ces champs (H1 et H2) « meurent », mais pas le troisième.

Bien sûr, on peut penser que ces champs H1, H2 et H3 sont du même « niveau » que les éons éternels de Jean Charon par exemple. (7)

 

– Konstantin Korotkov :

Image6-300x441Professeur d’informatique, de biophysique, de mécanique et d’optique à l’Université fédérale des technologies de l’information à Saint-Pétersbourg, Konstantin Korotkov considère que tout s’accorde à croire que l’âme peut quitter le corps et revenir dans un autre pour mener une autre existence…

Il a mis au point un appareil baptisé GDV (« Gaz Discharge Visualization ») qui mettrait en évidence la structure énergétique et informationnelle d’un individu… Il s’intéresse à l’« électrophotonie », celle-ci étant basée sur la visualisation des gaz de décharge, une visualisation des champs de l’énergie humaine (ou « aura »). Grâce à cette technologie, on peut capter, via une caméra spéciale, « l’énergie physique, émotionnelle, mentale et spirituelle » d’un individu (vivant ou pas), pour en faire ensuite un modèle informatique.

Konstantin Korotkov, qui est l’auteur de l’ouvrage « Light after Life », pense que les « champs d’énergie » rendus ainsi visibles pourraient être la partie visible de notre âme.

« Pour résumer, on peut dire que l’activité énergétique d’un corps perdure plusieurs jours après la mort. Ce qui implique qu’une structure de nature informationnelle est bien présente dans l’organisme… Et ce n’est pas tout : le caractère de cette ‘activité’ dépend du type de mort subie par l’individu ! Dans le cas d’une mort ‘calme’, par exemple, une mort naturelle, cette activité perdure sur une période de deux ou trois jours. Ce qui n’est pas le cas pour un décès violent, comme un accident de la route, où se produit un ‘déferlement’ d’énergie dont la durée n’est que de quelques heures ! » (K. Korotkov) (8)

Voici un texte à propos de Konstantin Korotkov sur le site www.newsoftomorrow.org :

« Un scientifique russe qui étudie le champ d’énergie du corps humain prétend que les gens peuvent changer le monde en utilisant simplement leur propre énergie. Bien que cette idée ne soit pas nouvelle, rares sont ceux qui ont pris le temps de la prouver scientifiquement. Cela dit, la physique quantique a considérablement éclairci ce sujet au fil des ans. Le Dr. Konstantin Korotkov, professeur de physique à l’Université Technique d’Etat de Saint-Pétersbourg, affirme que nos pensées ont une influence sur notre environnement.

‘Nous développons l’idée que notre conscience fait partie du monde matériel et que notre conscience peut directement influencer le monde’, dit le Dr. Konstantin Korotkov.

Il est difficile de voir l’énergie à l’œil nu, il est donc difficile de comprendre le monde énergétique invisible sans les observations des mesures scientifiques. C’est peut-être pour cela que l’étude de l’influence de la conscience sur la réalité est aussi peu développée. La bioélectrophotographie permet de construire un pont entre le monde physique et invisible. Dans ces expériences, on part du principe que le corps humain et la conscience émettent constamment de l’énergie. La bioélectrophotographie cherche à identifier ces champs d’énergie en terme de lumière autour du corps. En métaphysique, on appelle ‘aura’ cette émission d’énergie, mais en science, on parle de ‘champ d’énergie’. »

Voir les sites : korotkov.org et ktispb.ru

Cette approche technique est intéressante car c’est elle qui permettra un jour de mettre en évidence l’existence de l’âme. Ainsi que je l’écris ailleurs sur ce site, c’est un corps subtil de nature énergétique qui survit à la mort corporelle. C’est cet organisme subtil qui assure la permanence de la personnalité après la transition et qui est le véhicule structurel de la personnalité entre deux incarnations. Et la preuve ultime consistera, justement, en la mise au point d’un appareil permettant de visualiser le corps astral d’une personne en état de décorporation et lors du processus du dégagement de l’âme au moment de la mort.

Alain Moreau

 alain_moreau

 

 

 

Références :

1. « Nexus », n° 76, septembre/octobre 2011, p. 19-21.

2. Ibid., p. 19, 21-27.

3. Ibid.,p. 28-30.

4. Ibid., p. 32-37.

5. Ibid., p. 16, 38-43.

6. « Science et inexpliqué », n° 23, septembre/octobre 2011, p. 21-23.

7. Ibid., p. 24-27.

8. Ibid., p. 27-29.

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