La décorporation. Fausses décorporations et vraies sorties hors du corps

 

I. Le corps subtil :

reci-voyageur-astral-mondenouveau.frPour la personne familière, comme moi, de la littérature médiumnique, il ne fait pas de doute que c’est le « corps subtil » qui survit à la mort et qui est à l’origine des multiples communications avec « l’Invisible » répertoriées à travers le monde, qu’elles soient passées ou présentes. Ceci nécessite (voyez dans la même rubrique le texte : « Spiritisme, messagers de l’Au-delà et channeling ») la présence d’un médium ou d’un channel…

Le corps subtil (aussi appelé « corps astral », « corps psychique », « périsprit », « corps métaphysique », « corps spirituel », etc.) peut en outre, en certaines circonstances, se dégager de son substrat physique, permettant de la sorte une extériorisation de la conscience, de façon spontanée (le plus souvent) ou provoquée. On appelle ce phénomène la « décorporation » (ou sortie hors du corps, « voyage astral », « projection astrale », etc.). Les NDE (ou expériences au seuil de la mort) ne sont pas autre chose que des cas de décorporation à l’approche de la mort…

Certaines sources ne mentionnent que l’existence d’un corps spirituel, alors que d’autres font état d’une pluralité de corps subtils hiérarchisés : corps éthérique, astral, mental, causal, chacun étant en correspondance avec un Plan de conscience de même nature (Plan éthérique, Plan astral, Plan mental…).

Le thème des corps subtils et celui des Plans de conscience sont également développés dans d’autres textes, à la même rubrique. (Voyez les titres correspondants en fin du présent texte.)

 

1. Quelques spécialistes de la décorporation :

Livre MuldoonJe mentionne ci-après les cas de quelques personnes qui ont, lors d’extériorisations de la conscience (sorties hors du corps ou décorporations), expérimenté l’existence du « double ».

Le Français Yram (dont le vrai nom était Marcel-Louis Forhan, 1884-1927) a publié, dans la première moitié du vingtième siècle, un livre sur ses expériences personnelles. Ce texte a été publié dans divers numéros de la revue « Parasciences et transcommunication ».

L’Anglais Sylvan Muldoon a publié aussi un livre, en 1929, sur ses sorties hors du corps. Ce livre a été édité en français, au début des années 1980, aux éditions du Rocher. Son titre : « La projection du corps astral ».

Le Français Raymond Réant (1928-1997) était aussi connu pour sa capacité à la décorporation (en plus d’autres capacités psi comme la psychométrie, la perception de l’aura, etc.). Ses livres ont été initialement publiés, pour la plupart, aux éditions du Rocher (dans les années 1980).

Livre 3 Réant    Livre 2 Réant    Livre 4 Réant

 Livre Raymond Réant

 

Il y a aussi l’Américain Robert Monroe (1915-1995), auteur notamment de : « Fantastiques expériences de voyage astral » (éditions Robert Laffont, 1990).

Livre Monroe

 Les Français Anne Givaudan et Daniel Meurois sont les auteurs, depuis le début des années 1980, d’une longue série d’ouvrages, parmi lesquels (ce sont les deux premiers titres) : « Récits d’un voyageur de l’Astral » (maintenant disponible aux éditions Le Passe-Monde) et « Terre d’émeraude » (maintenant disponible aux éditions S. O. I. S.).

Terre d'émeraude

 N’oublions pas le consultant en ingénierie et écrivain américain Bruce Moen, dont les livres n’ont malheureusement pas été traduits en français. (Voir : « Nexus », n° 3, juillet/août 1999, p. 47-54.)

Livre 1 Bruce Moen    Livre 2 Bruce Moen    Livre 3 Bruce Moen

 Livre 4 Bruce Moen     Livre 5 Bruce Moen

Un autre Américain, William Buhlman, est l’auteur de « Voyage au-delà du corps » et de « Le secret de l’âme », ces livres ayant été publiés aux éditions AdA.

On peut citer aussi Marc Auburn, l’auteur (aux éditions Interkeltia) de : « 0,001% ».

indexToutes ces personnes ont réussi à provoquer le phénomène de décorporation par un acte de volonté. A la différence des personnes « ordinaires » qui ne peuvent pas provoquer le phénomène mais seulement le vivre occasionnellement, celles-ci ont pu ou peuvent, à la faveur d’une « technique », déclencher la séparation des corps physique et « astral » (ou « projeter leur conscience »). On peut donc distinguer deux types de « décorporés » : ceux qui, à la suite d’une expérience traumatisante ou non, se sont retrouvés spontanément hors de leur corps, et ceux qui, à la faveur de l’utilisation d’une « technique », ont appris à « délocaliser leur conscience » (ou à extérioriser leur corps subtil).

 

 

2. Constantes et facultés du corps spirituel :

Evoquons les constantes et les facultés du corps spirituel. Dans un de ses livres, Jean Prieur a dégagé douze constantes dans la description du corps subtil ou métaphysique, à travers les époques et les civilisations, constantes qui, pour plus de simplification, sont ramenées ici à cinq particularités :

1. Jean Prieur L'aura et le corps immortelLe corps subtil a une forme correspondant au corps physique, il interpénètre ce dernier et il est relié à lui par la corde d’argent.

2. Il émet un rayonnement nommé aura. Il est de nature vibratoire et corpusculaire.

3. Il est à l’origine des divers phénomènes psi, ceux-ci devant être attribués tantôt au corps subtil des vivants incarnés, tantôt au corps subtil des vivants désincarnés.

4. Durant l’incarnation, il peut provisoirement se détacher du corps physique, la séparation définitive se produisant au moment de la mort. Dans les deux cas, il peut aisément traverser la matière.

5. Que la séparation soit provisoire ou définitive, la perception, la mémoire, la conscience, la pensée, restent intactes. Et c’est le corps subtil, évidemment, qui permet la survivance personnelle. (1)

 Le messager de l’Au-delà Georges Morrannier a donné quelques informations à sa mère à propos des capacités du corps astral. Dans une communication datée de mai 1987, il précise qu’il existe un « cerveau spirituel » composé d’un « petit champ d’ondes théoniques, sphérique et limité, maintenu par la substance spirituelle de notre tête ». Les capacités du corps spirituel comprennent :

* Une perception visuelle globale permettant de voir à distance et à l’intérieur des objets, ainsi que l’activité des cellules végétales à l’intérieur des plantes et celle des organes à l’intérieur du corps. Un effort de volonté est cependant nécessaire pour parvenir à ce résultat.

* La perception de l’aura des êtres incarnés et la possibilité de lire les pages d’un livre sans l’ouvrir.

* L’audition des voix humaines et des bruits terrestres. Si les oreilles « astrales » ont la même forme que celles du corps physique, l’oreille interne n’existe pas et est remplacée « par un très petit champ de spiritons ». Le corps subtil a par contre une voix très différente de la voix terrestre, sans timbre. Il n’y a pas de son puisqu’il n’y a pas d’onde acoustique d’ordre physique, mais cette voix est cependant « très audible ».

Le toucher est différent. Les « ondes spi » des mains du corps spirituel « captent les vibrations de la matière ».

Les communications sont de nature télépathique. Cette forme de communication s’avére nécessaire avec les êtres spirituels qui ne parlent pas la même langue et avec les médiums terrestres.

La pensée possède une créativité surprenante et peut donner naissance à des formes, des images, des sons, de la musique.

L'univers spirituelLes « ondes prâniques », nécessaires à la vie du corps spirituel, suivent le réseau des « nadis », sont captées et diffusées par les chakras.

Les déplacements d’objets à distance, les dématérialisations et « rematérialisations », les bruits divers, « font intervenir les ondes théoniques ». Dans les guérisons spirituelles, le prâna est canalisé vers le malade. Quant aux guérisons de Lourdes, elles sont réalisées par des « guides ».

On notera que les « ondes spi », les « spiritons », les « ondes théoniques », etc., font partie, selon Georges Morrannier, des particules et champs de l’Univers spirituel. (2)

 

 

3. La corde d’argent :

J’ai parlé, plus haut, de la corde d’argent. Nous venons de voir que celle-ci fait partie des douze constantes (réduites ici à cinq) dégagées par Jean Prieur. Les personnes expérimentant une décorporation, spontanée ou dans le cadre d’une NDE, ne signalent pas, pour la plupart, la présence de la corde d’argent. C’est ce constat qui a fait écrire à Ian Wilson qu’une « corde d’argent » entre le « corps spirituel » et le corps physique « est un aspect régulièrement rapporté par les faux médiums spiritualistes depuis au moins un siècle, mais n’a pas d’équivalent dans l’ensemble des témoignages de quasi-mort »… Or, rien n’autorise à qualifier de « faux médiums spiritualistes » les personnes ayant témoigné de l’existence de la corde d’argent, car de nombreuses sources (témoignages de certains « décorporés », etc.), que je ne détaille pas ici, convergent remarquablement pour attester l’existence de ce lien entre les corps physique et spirituel. Il faut évidemment se demander pourquoi la majorité des personnes expérimentant la décorporation ne perçoivent pas cette corde d’argent. Robert Monroe, par exemple, n’a que très rarement perçu ce lien. Mais il a pu se rendre compte de l’existence de celui-ci en cherchant à déterminer sa réalité ou non… Ce sujet est notamment développé dans : « Le processus de la transition et les premières phases de l’après-vie » (en deux parties).

Ian Wilson a prétendu qu’aucun « sujet crédible de quasi-mort » (NDE) n’a mentionné la corde d’argent. Or, dans une note se trouvant en fin de volume, il mentionne l’ouvrage de Peter et Elizabeth Fenwick (Londres, 1995), dans lequel sont répertoriés des cas de personnes ayant aperçu un tel cordon lors d’une NDE ! (3)

Notons, au passage, que la corde d’argent est mentionnée… dans la Bible ! Voici la citation :

« L’homme s’en va vers sa maison d’éternité ! Et les pleureurs tournent déjà dans la rue ; avant que le fil d’argent lâche, que la lampe d’or se brise, que la jarre se casse à la fontaine, que la poulie se rompe au puits. » (Ecclésiaste, XII, 6) (4)

photos-reelles-corde-argentIl convient de noter que Wilfried Chettéoui a, dans un livre paru en 1983, publié des photographies prises au chevet d’une mourante. Sur ces documents exceptionnels, on voit la « corde d’argent » reliant le corps physique à la tête, au cœur et au plexus. (5) Ces photos sont reproduites dans l’une des deux parties de : « Le processus de la transition et les premières phases de l’après-vie ».(Même rubrique.)

Evoquons, enfin, la mythologie grecque. On connaît le mythe des trois Parques, dans lequel la vie est symbolisée par un fil. Clotho le file, Lachésis le tisse, et Atropos le coupe quand l’heure de la mort a sonné… (6) La vie, effectivement, tient toujours… à un fil.

 

II. FAUSSES DÉCORPORATIONS OU FAUSSES INTERPRÉTATIONS :

L’explication de la décorporation par la dissociation des corps physique et subtil est une évidence de longue date pour tous ceux qui sont sensibles aux données de la littérature médiumnique et « ésotérique ». A contrario, divers spécialistes des neurosciences, des psychologues ou des psychiatres, pour ne citer qu’eux, ont la prétention de rendre compte du phénomène ou du « ressenti » des « expérienceurs » par de simples mécanismes psychologiques ou neurologiques. Des « électrostimulations » de certaines zones cérébrales donnant la sensation d’une décorporation les ont confortés dans leur approche réductionniste, matérialiste et athée.

Voici donc plusieurs exemples qui illustrent les tentatives faites par certains scientifiques de réduire la sortie hors du corps à un simple phénomène neurologique (voire, comme nous le verrons à la fin du texte, à un simple phénomène de « voyance ») :

 

1. Epilepsie et OBE :

Le 26 janvier 2003, une séquence de l’émission du magazine scientifique de M6, « E = M6 », a montré le constat effectué par un neurologue suisse, Olaf Blanke, à propos d’une femme de 43 ans opérée à « crâne ouvert », laquelle souffrait de crises d’épilepsie invalidantes. Olaf Blanke ayant procédé à de légères « électrostimulations » du cortex cérébral, la patiente (éveillée) déclara après stimulation du gyrus angulaire droit (dans le cortex pariétal de l’hémisphère droit) :

« Je me vois allongée sur le lit et je flotte à deux mètres au-dessus de mon corps… »

Le commentateur a évoqué à ce propos « la première explication scientifique » de la décorporation, cette dernière étant réduite en définitive (c’est pour cela que c’est « scientifique » !) à une vulgaire distorsion de l’image corporelle – le gyrus angulaire est impliqué dans la formation de l’image corporelle – due à un dysfonctionnement neurologique du gyrus angulaire. Lorsqu’il est stimulé à l’aide d’une électrode (ou à la suite d’un traumatisme), le gyrus angulaire se « déconnecte » des autres régions corticales, ce qui entraînerait une dissociation entre la représentation mentale du corps et le sentiment même de soi, d’où, par exemple, la sensation d’être hors de son corps. De même, certains états modifiés de conscience « stimuleraient » le gyrus angulaire. Voilà donc notre explication « scientifique » … On aura noté qu’elle est extrêmement réductionniste et qu’elle vise avant tout à évacuer toute dimension spirituelle au phénomène des NDE et des sorties hors du corps en général. Or, comme je l’ai précisé dans un autre texte de ce site (à propos des NDE, même rubrique), les caractéristiques intrinsèques des sorties hors du corps ne se limitent pas à la sensation de présence au-dessus du corps, mais incluent tout un ensemble complexe de perceptions de diverses natures : perception de scènes extérieures au champ de vision du corps physique, etc. Lorsqu’on a pris connaissance, de longue date, de la littérature relative au « voyage astral », l’explication par la distorsion de l’image corporelle apparaît pour ce qu’elle est : une absurdité, cette explication ne pouvant en aucun cas rendre compte de la complexité de l’expérience vécue par les personnes dont la conscience (sous la forme d’un « corps subtil ») a temporairement quitté le substrat physique.

Dans le cas de l’observation d’Olaf Blanke, la question qui se pose est celle-ci : la stimulation électrique a-t-elle provoqué une simple sensation de décorporation sans extériorisation réelle de la conscience, ou a-t-elle provoqué une réelle décorporation ? Pour le savoir, il suffirait de demander à un sujet, qui se trouverait dans cet état à la suite d’une électrostimulation, de détecter une cible qui ne soit pas perceptible à ses organes sensoriels.

 

2. Réalité virtuelle et fausse OBE :

En août 2007, deux équipes de chercheurs (dont celle d’Olaf Blanke) ont publié, dans la revue « Science », deux articles (répercutés par divers médias) faisant état de la « reproduction » de la « sensation d’être en dehors de son corps ». Ils ont utilisé, pour cela, des appareils de réalité virtuelle et ont fait appel à des personnes qui, par ailleurs, n’ont jamais expérimenté de réelles sorties hors du corps.

Parmi les médias qui ont répercuté ces « études », seul le journaliste du journal « Le Monde » a écrit, avec justesse, que l’explication donnée est une explication que la parapsychologie jugera, à coup sûr, réductionniste ! Effectivement, une réelle sortie hors du corps n’a strictement rien à voir avec un déséquilibre, ressenti par le cerveau, entre les informations visuelle et tactile. En outre, dans le cas des NDE, le cerveau n’est pas trompé par des stimuli sensoriels contradictoires et il ne crée pas un « corps rêvé, halluciné »… Les caractéristiques intrinsèques des sorties hors du corps ne se limitent pas à la sensation de présence au-dessus du corps, mais incluent tout un ensemble complexe de perceptions de diverses natures : perception de scènes extérieures au champ de vision du corps physique, facultés inhérentes au « corps spirituel » (perception des pensées des gens, possibilité de traverser les murs, etc.), visite de lieux éloignés, contacts avec des entités (personnes décédées, etc.), entrée dans un monde de lumière…

Voici, d’ailleurs, à propos des études d’Olaf Blanke et d’Henrik Ehrsson, la critique pertinente faite par Jocelin Morisson sur le site : www.s17production.com

Trois niveaux d’information, écrit-il, sont à distinguer dans ce qui nous est donné à lire et à entendre :

« Il y a tout d’abord les résultats effectifs et objectifs des deux expériences en question : à partir du protocole décrit aussi précisément que possible, les chercheurs nous expliquent ce qu’ils ont observé. Le second niveau est l’interprétation de ces résultats par ces mêmes chercheurs : Olaf Blanke, Henrik Ehrsson et leurs équipes respectives ont en effet été largement mis à contribution pour expliciter leurs conclusions. Enfin, le troisième niveau est représenté par les commentaires que font à leur tour des journalistes et observateurs, spécialisés ou non, dans différents supports de communication. Or, il est clair qu’au 2ème et, a fortiori, au 3ème niveau, les commentaires qui sont faits s’écartent largement du domaine de l’objectivité pour traduire les a priori et présupposés à la fois des chercheurs et des commentateurs vis-à-vis du phénomène dit d’expérience hors du corps (Out of Body Experience ou OBE). Autrement dit, pour ceux qui pensent que l’OBE est une hallucination, ces expériences le confirment. Or, ce n’est pas du tout le cas, mais, à l’inverse, elles ne démontrent pas non plus que l’OBE soit une réalité puisque les expériences ne font que ‘simuler’ une OBE.

Les deux expériences montrent essentiellement que l’on peut tromper le cerveau à l’aide d’un dispositif (ingénieux au demeurant) générant une confusion dans les informations sensorielles (visuelles et tactiles) qu’il reçoit. Que le cerveau soit sensible à de nombreuses illusions, cela n’est pas une nouveauté. En déduire que la localisation du ‘soi’ implique l’action du cerveau est une tautologie. Les commentaires devraient s’en tenir là, car en déduire ensuite, comme on le lit dans le New Scientist, qu’il s’agit d’une preuve que les sujets rapportant des OBE lors de NDE ‘imaginent’ seulement flotter hors de leur corps, est une escroquerie intellectuelle. Il en va malheureusement de même quand le Pr. Blanke estime que le cerveau crée au cours des NDE un ‘corps rêvé, halluciné’, ce qui dénote au passage un regrettable manque de respect pour les millions de témoins de NDE.

Le dispositif utilisé simule habilement une OBE. Les sujets se sont sentis ‘bizarres’. Déduire de cette pseudo OBE que toutes les OBE sont ‘pseudo’ est indigne d’un scientifique ; c’est une grave erreur de raisonnement. Dire, comme le fait Ehrsson, qu’il ne ‘s’intéresse pas à l’OBE, puis évoquer des applications militaires ou dans les jeux vidéo, c’est irresponsable.

Rappelons que dans l’OBE telle que rapportée dans des millions de témoignages de NDE, ce n’est pas seulement le corps qui est perçu, mais aussi son environnement, les objets et les personnes qui s’y trouvent. Lorsque, par le passé, le Pr Blanke avait directement stimulé le cerveau de patients épileptiques, comme l’avait fait Wilder Penfield avant lui, et que l’un d’eux lui avait dit Docteur, je vous vois d’en haut!’, il aurait suffi qu’il se colle un post-it sur le sommet du crâne avec un symbole dessiné dessus, et la question serait peut-être aujourd’hui scientifiquement tranchée… En conclusion, les deux expériences sont très intéressantes mais ne permettent absolument pas de déduire quoi que ce soit quant au caractère réel ou illusoire de l’OBE. Les chercheurs qui travaillent sur ce sujet seraient bien inspirés de suspendre leur jugement pour conserver leur objectivité. » (J. Morisson)

On ne peut pas dire mieux !

 

3. Acouphènes et fausse OBE :

Voici une autre « expérience », belge celle-là :

Des médecins belges ont réussi par hasard à mettre en image l’activité cérébrale lors d’une expérience « out-of-body », lors de laquelle une personne a l’impression de quitter son corps, ont annoncé, début novembre 2007, les quotidiens flamands « Het Laatste Nieuws » et « De Morgen ». On nous dit que l’équipe du neurochirurgien anversois Dirk De Ridder a réussi, pour la première fois, à montrer que l’expérience est « une sorte de court-circuit dans le cerveau ». Ils ont en outre réussi à provoquer cette expérience artificiellement. Ces constatations se sont produites par hasard lors du traitement d’une personne de 63 ans qui souffrait de sifflements d’oreilles.

En résumé, un patient de 63 ans qui avait des acouphènes a été traité par l’implantation d’une électrode dans une zone du lobe temporal droit. Malheureusement, la stimulation de cette électrode n’a pas supprimé les acouphènes. En revanche, lors de cette stimulation, le patient s’est senti « hors de son corps », précisément « 50 cm derrière et sur la gauche », pendant 15 à 20 secondes. Mais il ne voyait pas son propre corps et gardait un point de vue normal sur son environnement. Il avait juste la sensation de se trouver hors de son corps. Les chercheurs ont alors décidé de passer le patient au PET Scan (imagerie cérébrale) pour voir ce qui se passait quand ils stimulaient l’électrode. C’est là qu’ils ont vu que la zone activée se trouve à la jonction de deux zones dans le lobe temporal, au niveau de la jonction « temporopariétale » (déjà identifiée par Olaf Blanke) : gyrus angulaire et gyrus « supramarginal ». Donc toujours dans la zone qui est chargée d’intégrer les informations sensorielles.

Ces travaux ont fait l’objet d’une publication dans « The New England Journal of Medicine » du premier novembre 2007. Cette expérience est aussi évoquée sur les sites : www.s17production et www.inrees.com

Il semble ainsi qu’il soit possible de provoquer, par une stimulation électrique dans une certaine zone cervicale, ce qui s’apparente à une « décorporation ». Il s’agit ici d’une sensation qui a l’apparence d’une décorporation, mais il ne s’agit en aucun cas d’une réelle sortie hors du corps.

 

4. La critique de Jean-Jacques Charbonier :

Voici un extrait de l’interview, publiée sur le site www.besoindesavoir.com, du médecin anesthésiste Jean-Jacques Charbonier, dont la pensée correspond parfaitement avec la mienne :

« Les neurostimulations cérébrales : ce sont les dernières explications à la mode des détracteurs des NDE. En fait, cette explication avait déjà été donnée par le Canadien Penfield dans les années 60 après avoir constaté que la stimulation électrique du lobe temporal droit induisait une impression de sortie de corps. Ce raccourci facile a été repris en 2006 par un neurochirurgien suisse, Olaf Blanke, et encore plus récemment par un chirurgien belge, le Dr Dirk de Ridder, qui a fait titrer en novembre 2007 à une certaine presse racoleuse : ‘L’âme humaine a été capturée.’ On sait maintenant qu’il existe une zone précise du cerveau située à proximité du lobe temporal droit, appelée le gyrus angulaire, où convergent une somme considérable d’informations qui renseignent sur la position du corps dans l’espace. On sait également que si on stimule électriquement cette zone, notre cerveau, court-circuité par cette stimulation directe, va donner une impression de ‘corps décalé’ dans l’espace ou va recréer l’image réelle du corps dans l’espace via les aires visuelles occipitales. Mais il s’agit là d’une image construite et virtuelle, une vision autoscopique externe. Rien à voir avec les expériences de sortie de corps des expérienceurs qui sont non seulement capables de décrire leur propre corps, mais aussi, je le répète encore, un environnement situé à proximité et même à distance de l’endroit où ils se trouvent… »

 

5. L’analyse de Bryan Williams et Pascale Catala :

Dans un texte publié sur le site de l’Institut Métapsychique International : www.metapsychique.org, Bryan Williams rappelle qu’il y a eu récemment une augmentation notable du nombre d’articles de recherche relatifs à l’étude des OBE qui ont été publiés dans des revues « mainstream ». La plupart de ces articles, ajoute-t-il, se sont focalisés sur la recherche d’aires cérébrales qui pourraient être associées à une caractéristique commune de l’OBE : voir son propre corps à distance.

La dernière contribution à cette recherche est due à une équipe de neurochirurgiens dirigée par le docteur Dirk De Ridder, de l’hôpital universitaire d’Anvers (Belgique), et leurs résultats sont exposés dans une étude de cas qui a été publiée dans le numéro du 1er novembre 2007 de la prestigieuse revue « New England Journal of Medicine ». Leur compte-rendu semble s’appuyer sur des études neurologiques précédentes relatives à l’induction artificielle de caractéristiques souvent associées aux OBEs.

« L’histoire de ces études remonte au début des années 1940 quand le neurochirurgien canadien Wilder Penfield fut capable d’induire des sensations semblables aux OBEs chez un sujet épileptique féminin, en stimulant électriquement la partie droite de son cerveau dans la région proche du gyrus temporal, un pli le long de la surface supérieure du lobe temporal en partant du lobe pariétal (Penfield & Erickson, 1941). La patiente avait l’impression de flotter plus loin et elle déclara : ‘‘J’ai une impression étrange, comme si je n’étais pas ici… comme si j’étais à moitié ici et à moitié ailleurs.’’ Le travail de Penfield fut redécouvert à la fin de 2002 quand le Dr. Olaf Blanke et ses collègues de l’Hopital Universitaire de Genève, Suisse, réussirent à induire des sensations similaires de flottement chez une patiente qui était traitée pour des crises d’épilepsie partielles avec perte de conscience. Des électrodes avaient été implantées dans son hémisphère droit le long du gyrus angulaire, une zone située à la jonction entre le lobe temporal et le lobe pariétal, dans le but de mesurer ses crises. Quand elle recevait une stimulation électrique dans cette zone, par les électrodes, la patiente témoignait de sensations instantanées de légèreté et de flottement près du plafond, et déclarait : ‘‘Je me vois d’en haut, couchée dans le lit, mais je ne vois que mes jambes et le bas de mon buste.’’ (Blanke et al., 2002.). » (Bryan Williams)

Dans une étude ultérieure, Olaf Blanke et ses collaborateurs purent explorer plus profondément les OBEs, aussi bien que l’expérience similaire d’autoscopie, chez ce sujet et également chez quatre autres patients neurologiques. Ils ont conclu que les expériences des patients pourraient être associées avec des troubles ou lésions dans la zone entourant la jonction des lobes temporal /pariétal (Blanke et al., 2004). La zone proche de la jonction temporo-pariétale semblant être impliquée dans le recueil et le traitement des informations sensorielles liées à la perception et à l’orientation spatiale de son propre corps, Olaf Blanke et ses collègues ont émis la théorie que les illusions perceptives de type OBE pouvaient survenir du fait de perturbations résultant de troubles ou lésions cérébrales dans cette zone (Blanke et al., 2004, 2005 ; Blanke et Mohr, 2005).

« La dernière étude de cas, de De Ridder et al. (2007), est calquée sur le modèle conceptuel de la recherche de Blanke et ses collègues. » (B. Williams)

L’étude concerne un patient de 63 ans traité pour des acouphènes au moyen d’électrodes implantées dans la région de la jonction ‘‘temporo-pariétale’’.

« Quand son hémisphère droit était stimulé par les électrodes, le patient avait une sensation qui lui donnait l’impression que son moi s’était séparé de son corps, se déplaçant à un endroit situé juste en dessous et à gauche de son corps. Cependant, il n’a pas fait état d’un point dépendant de son moi séparé ‘‘hors du corps’’ (c’est-à-dire qu’il voyait toujours l’environnement depuis son propre corps), ni d’une vision de l’image de son propre corps. En moyenne, la sensation du patient de quitter son corps durait environ 17 secondes, et aucun changement dans son état de conscience ne survenait. L’imagerie cérébrale (en Tomographie par Emission de Positons ou PET) a révélé une activité étendue dans l’aire aux alentours de la jonction temporo-pariétale, près du gyrus angulaire.

Bien que l’étude de De Ridder et al. fournisse des informations supplémentaires utiles sur la fonction de la jonction temporo-pariétale, je pense personnellement que l’étiquetage de la sensation induite chez le patient comme une ‘‘OBE’’ relève d’une appellation quelque peu impropre. Comme remarqué ci-dessus, le patient ne percevait pas l’entourage depuis un point de vue extérieur à son corps, et ne disait pas non plus voir son propre corps, ce qui suggère que ses sensations ne se conformaient pas à la structure classique d’une OBE. Le moi séparé du patient était toujours stationnaire et ne pouvait pas se déplacer volontairement, alors que les sujets expérimentant des OBEs spontanées disent souvent être capables de se déplacer librement avec leur forme extracorporelle.

Des arguments similaires peuvent être utilisés à propos des sensations induites ressemblant à des OBEs chez les patients épileptiques de Blanke et al. Un examen approfondi de leurs expériences révèle des caractéristiques d’illusions sensorielles (par exemple la perception de distorsions du corps ou d’images floues) qui sont rarement mentionnées dans les OBEs spontanées et sont plutôt suggestives de phénomènes hallucinatoires. Ainsi, les caractéristiques des OBEs survenant naturellement chez des personnes saines et les expériences de type OBE chez ces patients épileptiques peuvent être considérées comme différentes et ne sont pas aisément comparables.

Une tentative a été faite récemment pour induire artificiellement des perceptions similaires à l’OBE chez des sujets sains, mais à travers cette fois l’utilisation de la réalité virtuelle (Ehrsson, 2007 ; Lenggenhager et al., 2007), ce qui ne permet pas non plus des comparaisons directes. » (B. Williams)

Mais le point le plus important est probablement que les découvertes d’Olaf Blanke (et al.) et de De Ridder « ne peuvent rendre compte adéquatement des perceptions ESP liées aux OBEs spontanées, dans lesquelles des individus décrivent des gens et des événements à distance, événements qui sont vérifiés plus tard comme étant exacts » (Tart, 1998 ; Alvarado, 2000), « pas plus qu’elles ne peuvent rendre compte des résultats significatifs des études où des OBE ont pu être détectées par des capteurs physiques ou animaux » (Morris et al., 1978 ; Osis et McCormick, 1980). Dans le cas d’Olaf Blanke et al., certains résultats d’EEG (Tart, 1998 ; Alvarado, 2000) restent encore à être incorporés dans leurs considérations théoriques.

« En résumé, bien que ces études mainstream récentes contribuent bien à faire avancer la connaissance des aires cérébrales impliquées dans la perception du corps, elles sont encore très loin d’expliquer adéquatement les OBEs complexes. » (B. Williams)

Quant à Pascale Catala, elle précise qu’on pourrait rajouter trois points allant dans le sens de Bryan Williams. Avant de préciser ces trois points, elle note qu’on peut penser que le fait que la science mainstream s’intéresse aux OBE est une bonne nouvelle, les efforts faits pour expliquer ces phénomènes en termes cérébraux étant, selon elle, tout à fait louables. Il se pourrait, ajoute-t-elle (et là je ne suis pas d’accord), que tous ces phénomènes aient des causes limitées au fonctionnement cérébral. Même si ce n’était pas le cas, « il faut aller aussi loin que possible pour en connaître les corrélats neurologiques ».

« C’est une démarche scientifique classique et il est appréciable que les OBEs bénéficient des mêmes études neurologiques que d’autres phénomènes plus communs comme l’audition de musique ou la mémoire des chiffres. Aurait-on là un signe que l’OBE devient un phénomène digne d’étude pour les neurologues ? » (P. Catala)

Pour ma part, je dis que si ces neurologues s’intéressent à l’OBE, c’est seulement parce qu’ils s’imaginent pouvoir l’expliquer par des causes neurologiques, en excluant, bien sûr, toute composante spirituelle !

Pascale Catala note cependant que trois problèmes inciteraient à considérer avec la plus grande réserve les conclusions de ces neurologues.

 

1) Utilisation du terme « OBE » :

Pour reprendre l’euphémisme de Bryan Williams, l’utilisation du terme OBE dans l’article de De Ridder est « quelque peu impropre ».

« L’OBE est un type d’expérience subjective assez riche, relativement rare, et semblant difficile à concevoir du point de vue de la psychologie traditionnelle. Elle a été étudiée au sein d’une discipline spécifique : la parapsychologie, qui traite des expérience mal connues et exceptionnelles du psychisme humain. La description générale d’une OBE comporte plusieurs caractéristiques (dont toutes ne sont pas obligatoires) :

Sensation de ‘‘quitter son corps’’ : à l’état d’éveil, le sujet ressent un choc, une rupture plus ou moins douloureuse, ou des vibrations. Sa conscience se déplace depuis l’intérieur de son corps vers un endroit distant.

Observation de son propre corps depuis le plafond ou un autre endroit, souvent surélevé.

Observation de l’environnement souvent précise, plus nette que dans un rêve.

Sensation de voyager librement dans l’espace, de traverser les bâtiments, de pouvoir atteindre des endroits très distants.

Observation d’événements distants. Certains de ces événements peuvent être corroborés plus tard par le récit des témoins réels des événements. D’autres visions sont des créations imaginaires. Il y a souvent mélange entre les deux types.

Il peut arriver que le sujet ait l’impression de se déplacer (sans son corps physique) et que des animaux semblent percevoir sa présence ‘‘en OBE’’.

Après une période plus ou moins longue (de l’ordre de la dizaine de minutes ou de l’heure), la sensation de ‘‘retour’’ dans le corps physique peut être plus ou moins douloureuse.

Toutes ces caractéristiques ne sont pas présentes dans toutes les OBEs, et cette description correspond à une OBE ‘‘typique’’, alors qu’il existe toute une gamme de variantes selon les sujets et selon les expériences particulières.

Mais, en général, les conditions nécessaires pour distinguer l’OBE des autres ‘‘états modifiés de conscience’’ sont :

Le sentiment de décentrage de la conscience par rapport à son propre corps, de vision depuis un autre point de vue (sinon on a une simple sensation de ‘‘décorporation’’ ou de distorsion proprioceptive).

Le début de l’expérience à l’état de veille (sinon on parlerait de ‘‘rêve lucide’’, une expérience proche mais différente). » (P. Catala)

Dans l’article de De Ridder figure un glossaire :

“Autoscopy : The impression of seeing one’s own body from an elevated and distanced visuospatial perspective.

Depersonalization : The subjective experience of unreality and detachment from the self.

Derealization : The experience of the external world as strange or unreal.

Disembodiment : An experience in which the self is perceived as being outside the body.

Out-of-body experience : A brief subjective episode of disembodiment, with or without autoscopy.’’

On voit donc que l’OBE est définie comme “un bref épisode subjectif de décorporation, avec ou sans autoscopie”, l’autoscopie étant elle-même définie comme l’impression de voir son propre corps depuis une perspective distante.

« En définissant l’OBE en ces termes, les auteurs réduisent cette expérience complexe à une seule de ses caractéristiques, qui est le sentiment – bref – de décorporation. C’est-à-dire précisément au phénomène qu’ils ont pu induire chez leur patient.

Or, cette définition n’est pas conforme à la description usuelle des OBE, et il apparaît donc clairement qu’elle a été construite ‘‘ad hoc’’ pour cet article de neurologie. (Les OBE décrites traditionnellement ont une durée beaucoup plus longue et comportent généralement une vision à distance du corps.)

Si des neuropsychiatres désirent étudier l’OBE, la moindre des choses est qu’ils repartent de la description de l’OBE utilisée par les scientifiques qui ont étudié ce phénomène relevant de leur discipline, c’est-à-dire celle des parapsychologues. Sinon, pourquoi parler d’OBE et non simplement de ‘‘sentiment de décorporation’’ ? Car, en fin de compte, qu’ont-ils mis en évidence : un sentiment de décorporation de 17 secondes ! Est-il alors raisonnablement légitime de parler d’OBE ?

Si ces articles de neurologie ont employé le terme OBE, c’est bien dans une INTENTION de REDUIRE le phénomène OBE à celui qu’ils avaient mis en évidence par des stimulations artificielles. » (P. Catala)

 

2) « Pathologisation » de l’OBE :

L’étude par imagerie cérébrale de De Ridder permet de constater que, lors des stimulations, « l’activation concomitante de certaines régions cérébrales et de sensations de décorporation semble suggérer un lien de causalité entre l’activité particulière de ces régions cérébrales et la sensation en question ».

On lit que l’activation de la zone à la jonction du gyrus angulaire et du gyrus « supramarginal » du côté droit est probablement reliée au sentiment de décorporation et peut être une conséquence de la perturbation des intégrations « somatosensorielles » et vestibulaires.

Jusqu’ici, note Pascale Catala, rien que de très classique au niveau des méthodes d’études neurologiques. Mais De Rider fait un pas de plus quand il écrit qu’il a été « suggéré que les OBEs résultent d’un échec transitoire pour intégrer l’information visuelle, tactile, proprioceptive et vestibulaire, qui converge à la jonction temporo-pariétale, spécialement du côté droit du cerveau ». (Référence aux articles d’Olaf Blanke.)

« Si les expériences ont bien montré que cet échec d’intégration peut entraîner une sensation de décorporation, elle n’ont pas montré que toute sensation de ce type est provoquée nécessairement par ce problème cérébral. (La méthodologie utilisée ne le permet d’ailleurs pas.) Et elles n’ont a fortiori pas démontré que toutes les OBEs résultent de cet échec d’intégration. » (P. Catala)

De Ridder indique dans le résumé de son article que si c’est dans le contexte des NDE (Expériences de Mort Imminente) que les OBE ont attiré le plus l’attention, on a également « signalé qu’elles survenaient spontanément chez les patients épileptiques ou migraineux, et on a pu en induire par stimulation électrique de la jonction temporo-pariétale droite chez des patients épileptiques ».

« Or, ce passage omet complètement de citer le contexte d’occurrence le plus fréquent des OBEs : ce sont les expériences spontanées survenant chez les sujets sains. (Selon les différentes enquêtes auprès d’étudiants américains, de 10 à 20% des sujets interrogés disent avoir déjà vécu une OBE.) Il sous-entend que les OBEs ne peuvent survenir spontanément que chez des sujets ayant une pathologie cérébrale.

Cette hypothèse est soutenue par une comparaison avec l’induction du sentiment de dépersonnalisation par des stimulations thermiques. Ce sentiment existerait uniquement chez des sujets pathologiques (désordres vestibulaires), mais peut être induit chez les sujets sains par des stimulations. » (P. Catala)

De Ridder écrit que l’on peut faire l’hypothèse qu’un mécanisme similaire est en jeu dans les OBE, « c’est-à-dire qu’elles pourraient apparaître spontanément seulement dans les cerveaux malades, mais pourraient être induites dans des cerveaux non pathologiques ».

« On voit donc que l’idée défendue dans cet article du caractère pathologique des OBE ne repose que sur une hypothétique comparaison avec une autre pathologie et ne tient pas compte des faits constitués par la masse de témoignages sur les OBE spontanées. » (P. Catala)

 

3) Suggestion d’un rapport avec les phénomènes vécus dans les NDE :

De Ridder écrit que la question de savoir « si ces régions sont activées chez les patients qui éprouvent un sentiment de décorporation au sein d’une NDE, et, si c’est le cas, de quelle manière, reste un problème provocant mais non encore résolu ».

« Dans cette phrase de conclusion, l’auteur révèle en fait l’enjeu visé par cet article : l’explication des NDE par un dysfonctionnement cérébral. Bien qu’il n’affirme rien, le fait de citer les NDE dans un article relatant une stimulation cérébrale ayant provoqué une perception altérée du moi dans l’espace (de 17 secondes) est bien effectivement une entreprise hardie et ‘‘provocante’’. » (P. Catala)

 

– Quelques précisions :

L’autoscopie est un phénomène neurologique dans lequel un individu déclare voir, dans l’espace physique, l’image dupliquée de son propre corps. Ce phénomène est aussi connu traditionnellement sous le nom de ‘‘doppelgänger’’ ou expérience du “double”. L’individu perçoit l’environnement depuis une perspective située à l’intérieur de son propre corps, alors que les sujets en OBE perçoivent les choses depuis une perspective située à l’extérieur de leur corps.

En outre, des études EEG, conduites avec des individus relaxés ou endormis, ont montré que les OBEs tendent à être associées à des ondes cérébrales de type alpha, sans sommeil REM (sommeil paradoxal), ce qui suggère qu’elles surviennent pendant un état relaxé, de réduction des stimuli sensoriels, et qu’elles ne sont pas liées aux rêves.

 

6. Voyance, explication cérébrale et « charlatans » :

Précisons aussi que la décorporation (ou le « voyage astral ») ne peut s’expliquer par une forme de voyance. Il n’y a pas de « reconstruction » à partir d’informations perçues par clairvoyance (une interprétation envisagée par des parapsychologues théoriciens n’ayant évidemment jamais expérimenté le phénomène). C’est la conscience qui s’extériorise et qui perçoit l’environnement, grâce à la projection du corps subtil de l’individu. Souvent, les « expérienceurs » de type NDE développent ensuite une ou plusieurs facultés psi, et cela peut aussi être le cas de personnes sujettes à la décorporation hors contexte mortel. On a ainsi entendu, dans « Les aventuriers de l’étrange » sur Sud Radio, le 7 décembre 2007, un homme dire qu’il pouvait provoquer, par un acte de volonté, la décorporation. Il a été ensuite sujet, notamment, à divers « flashs » de voyance prémonitoire… (Son témoignage a été rediffusé dans une émission ultérieure.)

On notera, au passage, que les études neurologiques et « virtuelles » mentionnées plus haut pourrissent le débat sur la nature réelle des OBE. Elles permettent, aux matérialistes convaincus, de « légitimer » leurs interprétations neurologiques et psychologiques. Et cela déteint aussi sur les questionnements ou convictions de certains parapsychologues. Ainsi, par exemple, le docteur en psychologie et psychanalyste Pascal LeMaléfan a-t-il fait, le 27 juin 2008, une conférence à l’Institut Métapsychique International intitulée : « La ‘‘sortie du corps’’ est-elle uniquement du ressort de la parapsychologie ? » On trouve, sur le site de l’IMI (www.metapsychique.org), la présentation suivante de cette conférence :

« La ‘‘sortie du corps’’ connaît un regain d’actualité dans le cadre des neurosciences. Naguère étudiée par les sciences psychiques et aujourd’hui par la parapsychologie sous l’appellation OBE, elle semble se réduire à une explication mécaniste de nature uniquement cérébrale. Si cet éclairage a l’avantage de donner une soudaine légitimité à un phénomène longtemps jugé marginal car peu concevable, il peut néanmoins être situé dans le cadre général de l’héautoscopie, mais il en serait une modalité particulière, en lien avec une situation de confrontation au réel de la mort. Il relève ainsi des phénomènes spéculaires et permet de vérifier la structure de dédoublement qui les fonde.

La question est alors celle de savoir pourquoi l’actualité semble révéler une ‘‘niche écologique’’ (Hacking) pour la ‘‘sortie du corps’’. De quel corps s’agit-il ici ? »

Les individus qui soutiennent ces inepties devraient retourner aux « fondamentaux » et lire les récits détaillés de « décorporés » qui parsèment la littérature « ésotérique » et médiumnique, au lieu de se fier à des études ne tenant compte que d’un aspect très restreint de la problématique « hors corps »…

Si divers chercheurs se sont intéressés à l’étude de la décorporation, des auteurs ont aussi critiqué certains praticiens du « voyage astral ». L’un de ces auteurs, Yves Lignon, a ainsi mentionné (sans le citer nommément) un « couple spécialisé dans le merchandising du voyage astral » (je reconnais là une référence implicite à Anne Givaudan et Daniel Meurois), et il dit avoir rencontré, vers 1980, un « charlatan » qui prétendait sortir de son corps « comme d’autres boivent l’apéritif » (possible allusion implicite à l’un des deux éléments du « couple »)… De même, j’ai entendu Jeanne Guesné (qui a pratiqué la sortie hors du corps) déplorer, dans une émission de radio, que certains fassent du commerce avec le dédoublement. Je n’adhère pas à ces commentaires. « Faire du commerce » pour sensibiliser les gens à des réalités suprasensibles n’est pas une tare, sous réserve, évidemment, d’être sincère et authentique dans ce que l’on écrit et diffuse.

Contrairement à ce que pense Yves Lignon, il n’y a pas de mystificateurs du « voyage astral » ni de « ragoût morbide » (sic), et je ne vois pas non plus à quelles « sectes » cet auteur fait allusion lorsqu’il écrit que celles-ci ajoutent à « un vernis spirite » un « zeste de religion hindoue » et racontent que, lors d’une décorporation, le corps astral s’éloigne du corps tout en lui restant lié par « une invisible corde d’argent »Or, n’en déplaise à cet auteur acariâtre, ce thème se trouve chez de nombreux auteurs qui n’ont pas de rapports avec des « sectes », de nombreuses personnes (Sylvan Muldoon, etc.) qui ont expérimenté la décorporation ayant fait état d’un corps subtil et de la perception d’un courant d’énergie, appelé corde d’argent, reliant les deux « véhicules de conscience »…

A propos du « corps astral », Yves Lignon a posé la question : « Qu’est-ce que c’est que ça ? ». Tous « ces gens se gardent de le préciser », prétend-il. Ceci est tout à fait faux. Il suffit de consulter la littérature spécialisée (depuis plus de 100 ans) pour trouver de nombreuses descriptions de ce corps subtil de nature énergétique qui constitue le support de la conscience après la mort. On en trouve mention dans la littérature théosophique et chez de nombreux auteurs ayant écrit sur la décorporation. Inutile, en outre, d’ironiser sur la corde d’argent, laquelle « devrait, à l’achat, coûter plus cher qu’une solide ficelle de chanvre » (sic). L’expression « corde d’argent » désigne ce que Sandie Gustus appelle un champ d’énergie rétractable qui empêche le corps subtil de se perdre dans les royaumes de l’« astral » ou d’oublier de regagner le corps physique. Ce lien, rarement perçu pour une raison x, n’en est pas moins présent, la couleur « argent » étant celle qui est généralement perçue par les sujets extériorisés.

La corde d’argent permet de maintenir, lors de l’extériorisation de la conscience, la vie dans le corps physique. Sa rupture correspond à la mort biologique. Toutes les sources faisant état du « voyage astral » (expression contestable) mentionnent ce fait. On mesure donc d’autant plus l’inanité des propos d’Yves Lignon lorsque ce dernier écrit, à propos de la nécessité de la non coupure de la « corde », qu’effrayer « est l’une des armes favorites de ces imposteurs »Mais il n’y a pas plus, en l’occurrence, d’imposteurs, qu’il n’y a de promesse de « la caverne d’Ali-Baba » (sic !).

Selon la formulation d’Yves Lignon, « les plus culottés parmi ces camelots du paranormal » (sic) certifient pouvoir visiter la planète et se rendre dans des endroits « dont la description ne figure jusqu’à présent que dans les contes de fées » (« à dormir debout », ajoute-t-il). Il évoque, à ce sujet, les « différences » entre l’OBE et le « voyage astral » : l’OBE ne survient généralement pas sur commande, les personnes qui sortent de leur corps, dans ce contexte, ne s’éloignent pas beaucoup, et les informations rapportées n’ont rien d’un produit de l’imagination. Ceci, ajoute-t-il, rend passionnant ce problème « à un point tel que l’achat d’un billet pour une excursion astrale s’avère totalement inutile ». En réalité, nous sommes ici en présence (OBE et « voyage astral ») du même phénomène. Les endroits parfois visités, ressemblant à des récits de « contes de fées » (sic), sont aussi parfois perçus par des sujets vivant une expérience au seuil de la mort : villes de lumière, etc. Certaines personnes ayant la faculté naturelle de décorporation ont aussi l’opportunité de visiter des zones vibratoires se situant au niveau du Plan astral moyen ou supérieur, ce qui les différencie des simples « décorporés » ne quittant pas leur environnement physique immédiat. La différence s’explique ainsi : les premiers individus sont des sujets expérimentés ayant appris à se transférer sur un autre Plan de conscience (le Plan astral ou Univers superlumineux). On ne peut pas parler à leur propos de mystificateurs.

Yves Lignon écrit aussi que les « mêmes escrocs » (qui n’en sont pas) ajoutent qu’ils savent provoquer le « voyage astral », le tout n’étant pas, paraît-il, gratuit. Des instructions de ce type se trouvent surtout, en fait, dans certains livres, la somme déboursée se limitant à l’achat de l’ouvrage concerné. Consultez, par exemple, le livre de Bernard Raquin : « Vous pouvez sortir de votre corps ! » (réédité chez JMG éditions en 2006). Il est tout à fait possible, pour certaines personnes, de provoquer le phénomène en suivant des instructions précises et un « entraînement » spécifique, ce qui ne se fait évidemment pas à la première tentative…

On est en droit de regretter le recours à des expressions du genre : « le charlatanisme est un métier », afin de caractériser des témoignages ou des démarches qui sont en fait parfaitement valables. Yves Lignon évite, a-t-il écrit, de fréquenter certains conférenciers, soucieux de ne pas figurer entre les personnes incriminées. (J’ai bien sûr reconnu, à la formulation utilisée, Anne Givaudan/Daniel Meurois et François Brune !) (7) Il y a, je pense, beaucoup de sectarisme chez ce parapsychologue/statisticien. Il est pathétique, à cet égard, de constater que cet individu utilise le même type d’accusations, sur certains sujets, y compris à propos de la TCI ou transcommunication instrumentale, que les « rationalistes » et zététiciens les plus sectaires – Yves Lignon étant lui-même vivement critiqué par ces derniers à cause de son intérêt pour les phénomènes psi « basiques » (télépathie, clairvoyance et psychokinèse) ! -, quitte à défendre des interprétations réductionnistes niant toute intervention de « l’Au-delà ». Dans une émission de « Dossiers surnaturels » (Chaîne 23), début 2015, on l’a ainsi entendu « expliquer » les images captées en TCI en référence au phénomène de paréidolie, lequel consiste à reconnaître des formes ou des visages comme dans des nuages ou dans le test de Rorschach. (Il s’agit là exactement, en fait, du même « argument » que celui utilisé par les zététiciens et autres « rationalistes »…) Ce à quoi Jean-Michel Grandsire, interrogé sur le même sujet, a répliqué qu’il existait des images trop nettes pour être expliquées de la sorte, ce qui est parfaitement exact. (Voyez mon texte : « Quelques bonnes émissions télévisées sur le paranormal et les OVNIs », rubrique « Inclassables ».) Je pourrais mettre ici des photos qui attestent de ce fait, mais ce n’est pas le sujet du présent texte. (Je consacre divers textes à la TCI, dans la même rubrique.)

 

III. Une émission de « France Inter » et une recherche à l’Université de Liège :

J’évoque ici deux contributions négatives à l’égard de la décorporation et des EMI (expériences de mort imminente), ces contributions niant la composante spirituelle (non localité de la conscience et survie de celle-ci après la mort) de ces phénomènes : une émission de « France-Inter » diffusée le 2 mars 2013 et la recherche entamée au CHU de l’université de Liège (Belgique).

 

1. L’émission de « Sur les épaules de Darwin » sur « France-Inter », le 2 mars 2013 (rediffusée le 4 mars) :

Dans cette émission d’un peu plus de cinquante minutes, Jean-Claude Ameisen a abordé le thème de la décorporation. Après un début intéressant comprenant notamment des récits de « décorporés » (avec la référence au travail réalisé par Celia Green dans les années 1960), le commentateur a développé les résultats obtenus par des neurologues (W. Penfield, O. Blanke, etc.) ayant procédé à des électrostimulations dans certaines zones cérébrales, cette stimulation électrique ayant parfois engendré des sensations de sortie du corps. Le commentateur étant de formation scientifique, il en est évidemment résulté l’interprétation classique des matérialistes réductionnistes vis-à-vis des récits de décorporation et de NDE (EMI). Ayant appris par hasard l’existence de cette émission, je suis allé l’écouter sur le site de « France Inter ». Après quoi, j’ai commencé à poster quelques commentaires sur le site Internet de l’émission.

Voici mon premier commentaire mis sur la page concernant l’émission concernée :

« Je m’intéresse depuis très longtemps aux sorties hors du corps et aux NDE (ces dernières n’étant que des sorties hors du corps survenant dans un état proche de la mort). Je connais bien sûr les interprétations psychologiques, neurologiques, etc., des décorporations (avec les références au gyrus cyngulaire, etc.), avec les résultats obtenus par O. Blanke, De Ridder… Mais celles-ci sont tout à fait inaptes à rendre compte de la complexité des sensations et perceptions des sujets se trouvant dans cet état : description de scènes en dehors du champ visuel et vérification de celles-ci, perceptions ‘à 360°’, pénétration de la matière, perception du contenu mental de personnes présentes, etc. La critique des interprétations réductionnistes matérialistes des décorporations a été faite par de nombreux auteurs : le cardiologue Pim van Lommel, le docteur Jean-Jacques Charbonier, etc. On trouve notamment une critique des résultats d’O. Blanke, etc., dans ces ouvrages. Il n’est pas normal que l’on passe sous silence, dans une émission qui se voudrait objective, les arguments allant à l’encontre des explications matérialistes. Les décorporations (et les NDE) sont en réalité autant d’indices qui témoignent de la non localité de la conscience (le cerveau ne servant que de transmetteur de celle-ci, cet organe ayant la même fonction qu’un appareil de télévision ou de radio). Par ailleurs, n’en déplaise à certains, la lecture ‘ésotérique’ de ce type d’expérience est tout à fait enrichissante… J’en profite pour signaler que ce week-end (9-10 mars 2013), il y a à Marseille un congrès (le second après celui de 2006) consacré aux recherches actuelles sur les NDE/décorporations. »

Quelques auditeurs de l’émission ont ainsi réagi à mon texte :

J. M. :

« Je suis tout à fait d’accord avec Alain Moreau. L’émission était passionnante, mais la conclusion terriblement partielle et même corporatiste, en ce sens qu’au lieu d’évoquer les multiples interprétations possibles de ces expériences, les nombreuses questions qu’elles posent même à la physique, J-C. Ameisen nous a joué la partition de la simple récupération par la science officielle, la même qui peu d’années auparavant traitait la relation de ce genre de phénomène de charlatanisme éhonté. Il faut que le discours matérialiste (servi en guise de conclusion) se sente vraiment en grand danger pour mener à ce point la politique de l’autruche. Bon, peut-être le format de l’émission ne permettait pas d’aller très loin dans la direction que j’aurais souhaitée. Dans ce cas, on attend une suite. Mais une conclusion plus équilibrée aurait été possible en peu de mots. »

Arnaud :

« Je suis également d’accord avec Alain et J. M. également. Monsieur Ameisen est un scientifique, je déplore que sa conclusion ne laisse aucune place à l’irrationnel et nous oblige à croire à une seule explication technique. C’est un peu comme si vous déclariez devant un parterre d’enfants que le père Noël n’existait pas en leur démontrant par A+B qu’il lui serait bien impossible de livrer tous ses cadeaux aux enfants du monde seul et en une seule nuit… »

Voici ce qu’a par contre contesté un autre commentateur, « le Comte de Sué » (sic) :

« Le Professeur Jean Claude Ameisen est un scientifique réputé. Vous ne pouvez pas lui reprocher d’être fidèle à sa démarche scientifique qui le conduit à ne pas relayer une vision qui s’affranchit de l’exigence de démontrer, de prouver l’hypothèse que l’on pose.

Votre idée d’un esprit hors du corps date de plusieurs millénaires. Ne sachant rien sur le cerveau, nos grands anciens pouvaient imaginer que nos images mentales nous venaient du ciel. Vous ajoutez à cette idée primitive une touche de technique moderne (qui ne change rien à l’affaire) : le cerveau récepteur radio ou écran télé… Mais où placer le studio de radio ou de télé ? Et où serait notre liberté de penser ?

Ce que la très grande majorité des auditrices et auditeurs de l’émission Sur les épaules de Darwin apprécient, c’est que Monsieur Ameisen nous présente une part de la connaissance scientifique en train de se concocter, avec relation précise d’expériences à l’appui, et en y ajoutant un écho de son goût pour la poésie.

Franchement, que demander de plus en ce domaine ? Nous sommes comblé(e)s. »

Voici ma réponse au « Comte de Sué » :

« Être fidèle à une démarche scientifique c’est bien, mais faut-il pour autant ne pas tenir compte d’un ensemble de données extraites d’une multitude de récits convergents afin de privilégier un modèle explicatif restrictif qui ne rend pas compte de l’ensemble de ces données ? Par ailleurs, je ne me réfère pas à des images mentales ‘venant du ciel’, une idée que je veux bien croire être ‘primitive’. Je précise en outre que l’analogie du cerveau/récepteur radio ou télé a été également formulée notamment par le cardiologue Pim van Lommel, spécialiste des NDE. Vous devriez lire son livre : Mort ou pas ? (InterEditions, 2012). Si vous vous étiez ouvert à une multiplicité de sources auxquelles je m’intéresse depuis plusieurs décennies, vous auriez alors eu accès à de nombreux éléments convergents accréditant l’idée que le corps physique n’est (comme l’univers matériel) qu’un aspect du réel, et en aucun cas le seul aspect de celui-ci. Et le fait que le réel soit plus complexe que ce qui est perceptible aux organes sensoriels, ainsi qu’aux instruments de mesure et de détection actuels, n’enlève évidemment rien à ‘notre liberté de penser’ ! Quant au ‘studio de radio ou de télé’ à l’origine de la conscience, commencez par lire le livre de Pim van Lommel pour commencer à en avoir une idée. Et il y a bien d’autres contributions explicitant la nature de l’‘âme’… »

Avant de prendre connaissance de la critique du « Comte de Sué », j’avais posté un nouveau commentaire dont voici, pour l’essentiel, la teneur :

« Arnaud, je vous remercie pour votre commentaire, mais je voudrais d’abord préciser qu’il serait bon de donner aux enfants l’explication ‘rationnelle’ que vous indiquez, histoire de ne pas les prendre pour des imbéciles… Et le prétendu ‘irrationnel’ n’est pas incompatible avec le vrai ‘rationnel’. Mais je voudrais revenir sur les notions d’’irrationnel’ et de ‘surnaturel’ qu’utilisent fréquemment les ‘rationalistes’ (qu’ils soient scientifiques ou pas) dès qu’ils évoquent des explications n’entrant pas dans le cadre conceptuel censé caractériser le domaine de la science, étant entendu que ces individus sont les mêmes qui mettent en avant les explications dites ‘scientifiques’ desdits phénomènes. D’ailleurs, Jean-Claude Ameisen (qui par ailleurs me semble fort sympathique, même si je ne partage pas du tout ses conceptions sur ce type de sujet) a évoqué le fait que des ‘explications surnaturelles’ (sic) ont été données pour expliquer la décorporation. Il n’a pas nommé ces explications prétendument surnaturelles, mais je suis en total désaccord avec ce genre de formulation. En fait, les qualificatifs ‘surnaturel’ et ‘irrationnel’ sont abondamment employés dans le but de ‘disqualifier’ (au niveau de la crédibilité) ceux qui soutiennent les prétendues explications irrationnelles, en les faisant passer, en quelque sorte, pour des ‘primitifs’ indignes de la considération de ceux qui prétendent incarner la vérité et le savoir. Ce n’est ni plus ni moins que du dogmatisme, le dogmatisme scientiste ne valant pas mieux que le dogmatisme religieux. En réalité, un phénomène, quand il existe, il est nécessairement ‘naturel’, et si la survie de la conscience après la mort existe, elle est aussi naturelle que l’est par exemple l’existence de l’ADN. Et, dans ce cas de figure, on ne peut aucunement qualifier de ‘surnaturels’ ou d’’irrationnels’ les phénomènes (médiumnité, ‘hantises’, décorporations et NDE, etc.) qui suggèrent la non localité de la conscience et la survie de cette dernière (alors identifiée à l’âme ou au corps spirituel) à la mort biologique ou transition. En fait, ces phénomènes ne deviennent ‘respectables’, chez les scientistes, que si on leur donne des explications prétendument scientifiques (c’est-à-dire ‘rationnelles’), quitte à interpréter les données ou à sélectionner celles-ci en fonction de présupposés et de convictions matérialistes (lorsqu’ils s’agit de sujets relatifs à l’’après-vie’). On a eu un exemple particulièrement affligeant de cet état d’esprit dans l’émission E = M6 du 23 septembre 2012 (sur M6, donc) où on a vu, par exemple, à propos d’un cas de ‘hantise’, un ingénieur zététicien expliquer (par le biais de la commentatrice) que les volutes aperçues sur une photo pouvaient n’être par exemple que de la fumée de cigarette et que le contenu allégué d’une voix enregistrée sur les lieux ne résultait que de l’imagination des personnes présentes… Le problème, c’est que cet individu n’est pas allé sur les lieux pour mettre à l’épreuve ses ‘conclusions’ et qu’il n’a pas interrogé les témoins. Bref, il a ‘investigué’… à distance. Mais bon, c’est un ‘scientifique’, et la commentatrice a alors eu beau jeu de conclure (comme pour un présumé cas de ‘souvenir’ d’une autre vie) que l’on disposait de débuts d’explication scientifique à propos des phénomènes paranormaux. Tout cela est, à vrai dire, du grand n’importe quoi, et cela montre que les crédules ne sont pas toujours ceux qui sont identifiés comme tels. Les intervenants de cette émission ont été soigneusement sélectionnés pour, à chaque fois, privilégier des explications ‘banales’ à propos des témoignages et faits allégués, le tout en l’absence de tout contradicteur (à l’exception de la petite intervention de Jean-Jacques Charbonier). Si ce n’est pas une forme de manipulation (via une certaine conception du réel), on se demande ce que c’est.

Pour en revenir à l’émission de France Inter, Jean-Claude Ameisen a reconnu que les impressions rapportées par les témoins qu’il a évoqués (récits recueillis par Celia Green – dont je connaissais le travail daté des années 1960 -, etc.) sont plus complexes que ce qui a été vécu par exemple par l’épileptique traitée par Olaf Blanke. Mais, de ce constat, il ne tire pas les conclusions qui s’imposent. Une chose est sûre : ces récits ne s’expliquent pas par une vulgaire distorsion de l’image corporelle due à un dysfonctionnement du gyrus cyngulaire ! Quant aux constatations de Penfield, de Blanke et de De Ridder et al., la question se pose : l’électrostimulation d’une aire cérébrale spécifique provoque-t-elle une simple sensation de sortie du corps n’ayant aucun rapport avec une réelle décorporation (extériorisation de la conscience), ou une telle stimulation provoque-t-elle une réelle décorporation (non explicable en termes neurologiques) ? Pour le savoir, il suffirait de demander à un sujet à qui une telle électrostimulation serait faite s’il peut lire ou identifier le contenu d’une ‘cible’ (un mot, une phrase, un dessin…) localisée à l’extérieur de son champ de vision. Notons aussi ce commentaire du médecin anesthésiste Jean-Jacques Charbonier :

‘Les neurostimulations cérébrales : ce sont les dernières explications à la mode des détracteurs des NDE. En fait, cette explication avait déjà été donnée par le Canadien Penfield dans les années 60 après avoir constaté que la stimulation électrique du lobe temporal droit induisait une impression de sortie de corps. Ce raccourci facile a été repris en 2006 par un neurochirurgien suisse, Olaf Blanke, et encore plus récemment par un chirurgien belge, le Dr Dirk de Ridder qui a fait titrer en novembre 2007 à une certaine presse racoleuse : ‘L’âme humaine a été capturée.’ On sait maintenant qu’il existe une zone précise du cerveau située à proximité du lobe temporal droit, appelée le gyrus cyngulaire, où convergent une somme considérable d’informations qui renseignent sur la position du corps dans l’espace. On sait également que si on stimule électriquement cette zone, notre cerveau, court-circuité par cette stimulation directe, va donner une impression de ‘‘corps décalé’’ dans l’espace ou va recréer l’image réelle du corps dans l’espace via les aires visuelles occipitales. Mais il s’agit là d’une image construite et virtuelle, une vision autoscopique externe. Rien à voir avec les expériences de sortie de corps des expérienceurs qui sont non seulement capables de décrire leur propre corps, mais aussi, je le répète encore, un environnement situé à proximité et même à distance de l’endroit où ils se trouvent…’

Quant aux expériences concernant la ‘main de caoutchouc’, disons-le fermement : les sensations des personnes concernées ne sont dues qu’à un ‘conflit’ entre des ressentis visuels et tactiles, ce qui a pour effet de donner à ces personnes l’impression de se ‘voir’ à l’extérieur. Mais ces expériences n’ont strictement rien à voir avec la décorporation. Si l’on veut investiguer ce dernier phénomène (et théoriser à son propos), on ne doit pas le faire en travaillant avec des caméras de réalité virtuelle et en ‘trompant’ les sens de la personne testée, mais en travaillant avec des sujets qui disent expérimenter, par un acte de volonté, des décorporations. Ces personnes sont rares, certes, mais elles existent… »

J.M. a fait cette observation judicieuse :

« Dès le moment où la personne perçoit des objets et des évènements réels, alors que ses sens sont apparemment inertes (coma) et que son corps ne dispose même pas de l’extension spatiale suffisante pour capter toutes les informations physiques nécessaires à reconstituer la scène perçue, il faut abandonner l’idée d’une conscience localisée uniquement dans le cerveau ou même dans le corps. »

Zefiro lui a répondu en ces termes :

« Si la personne est dans un coma profond, elle ne perçoit rien, car ses organes des sens sont ‘désactivés’. Si elle perçoit des éléments de son environnement, c’est qu’elle est dans un coma partiel : ses organes des sens fonctionnent plus ou moins, permettant à son cerveau de fabriquer des sensations, des images mentales.

Dans le cas des expériences dites de ‘sortie du corps’, la personne ne se voit pas réellement (en général de haut), mais elle s’imagine. Elle a tous les moyens pour cela, car elle sait dans quelle situation elle était avant le début de l’expérience. Cela dit, à ma connaissance, elle est incapable de décrire son visage et ses expressions. Elle ne ressent pas ce que devrait ressentir ce corps qu’elle croit voir. Elle a l’impression d’être un observateur neutre. Je pense que cette vision partielle, schématique, cette absence de ressenti, trahissent la qualité imaginaire de la vision d’elle-même par la personne. Mais l’imagination est une fonction puissante. Et l’hallucination est encore plus frappante.

Inutile de quitter la vision scientifique, c’est-à-dire fondée sur des preuves, pour chercher une explication. Imaginer l’esprit hors du corps complique le problème au lieu de le résoudre. Car comment percevoir, sentir, sans les organes des sens ?! Avez-vous la réponse ?

La connaissance scientifique a beaucoup progressé dans l’étude de nos organes des sens, centralisés dans notre cerveau. Ne demandez pas aux chercheurs de revenir plusieurs siècles en arrière en renouant avec le dualisme de l’âme et du corps, décliné en dualisme de l’esprit et du cerveau. »

Décortiquons cet argumentaire :

L’injonction consistant à ne pas demander aux chercheurs de revenir plusieurs siècles en arrière en renouant avec le dualisme de l’âme et du corps – décliné en dualisme de l’esprit et du cerveau -, témoigne d’une ignorance manifeste et d’un manque d’ouverture d’esprit vis-à-vis des multiples sources et témoignages qui suggèrent l’existence d’un corps spirituel se dissociant, au moment de la mort biologique, de son enveloppe physique. Par ailleurs, beaucoup de chercheurs sont enfermés dans leur paradigme matérialiste athée, et, incapables de sortir de celui-ci, privilégient systématiquement des interprétations réductionnistes (car ne prenant pas en compte l’ensemble des données) de certains phénomènes pour en donner une explication pseudo-scientifique qui est mise en exergue dans le but de conforter ces chercheurs dans leur négation d’une possible « après-vie ».

Il est faux de dire qu’une personne ne peut rien percevoir si elle se trouve dans un état de coma profond car ses organes des sens ne sont pas opérationnels, une telle perception étant censée ne pouvoir être possible que dans le cas d’un coma partiel. Les expérienceurs témoignent tous de perceptions alors qu’ils se trouvent dans un coma, même si celui-ci est profond. Il suffit par exemple de lire le témoignage de Pamela Reynolds pour s’en rendre compte. Voici ce qu’on lit à propos de ce cas sur le site www.inrees.com :

« En 1991, Pamela Reynolds n’a plus que quelques semaines à vivre. Un anévrisme situé au cœur de son cerveau menace de se rompre à chaque instant. Un neurochirurgien, Dr Robert Spetzler, propose alors à Pamela l’opération de la dernière chance. Une intervention chirurgicale extrêmement délicate et encore rarement utilisée, pendant laquelle Pamela Reynolds va être placée en état de mort clinique durant… plus d’une heure ! C’est pendant ce temps que la jeune américaine va raconter être ‘sortie de son corps’ et avoir observé toute la scène du dessus. Son cas va faire le tour du monde, parce que ce qu’il lui est arrivé est impossible.

Le problème de cet anévrisme important est, qu’inaccessible, il se trouve à la base du cerveau de Pamela Reynolds. Cette opération, proposée par le Dr Spetzler, est en fait une procédure encore rarement utilisée, appelée ‘arrêt circulatoire hypothermique’, consistant à drainer tout le sang à l’extérieur du corps afin de supprimer la pression dans les artères et ainsi dans l’anévrisme. Une fois le corps vidé de son sang, on peut atteindre l’anévrisme et le supprimer. Mais le problème est qu’en drainant le sang à l’extérieur d’un corps, normalement il meurt, car le cerveau a un besoin vital du sang. En l’absence de circulation sanguine dans le cerveau, au-delà de 4 à 5 minutes des changements irréversibles se produisent. Donc, les chirurgiens doivent protéger le cerveau contre ce manque d’oxygène. Pour cela, ils abaissent la température du corps à 15,5 degrés, en fixant un cathéter dans l’artère fémorale afin de sortir le sang du corps pour le rafraîchir dans un bain de glace et le réintroduire ensuite dans le corps par la veine fémorale. Du sang tiède est extrait, refroidi et réinjecté dans le corps, provoquant le refroidissement de tout le corps. Dès que la température du corps atteint 15,5 degrés, on arrête la pompe qui réinjecte le sang, puis le corps est incliné afin qu’il se vide entièrement de son sang dans un container extérieur. Sous barbiturique, et dans ces conditions d’hypothermie, le corps peut normalement survivre entre 30 et 60 minutes, mais la procédure est très risquée et beaucoup de patients sur lesquels une telle opération est tentée, meurent. Bon nombre de survivants subissent en outre des dommages cérébraux graves. Ce n’est donc pas une procédure utilisée à la légère, mais là, il était question de sauver une vie. Celle de Pamela Reynolds. Elle va donc être placée en état de mort clinique durant plus d’une heure. Elle va survivre à l’opération, mais, plus stupéfiant, alors qu’elle se trouvait sur une table d’opération en état d’hypothermie avancée, qu’elle n’avait plus une goutte de sang dans le corps, Pam Reynolds raconte être sortie de son corps et avoir observé toute la scène du dessus. Le chirurgien Robert Spetzler l’atteste : à ce moment de l’opération, Pamela Reynolds était morte… Son cas va faire le tour du monde, parce que ce qu’il lui est arrivé est impossible. Pourtant, Pamela décrit avec précision tout ce qui s’est passé dans la salle d’opération. Donnant de nombreux détails. Un cas historique qui reste aujourd’hui totalement inexpliqué. Est-il possible de percevoir clairement son environnement, de continuer à vivre, alors que le cerveau est totalement inactif et en état de mort clinique ? La preuve nous a été fournie par ce cas stupéfiant de Pamela Reynolds.

(…)

La recherche actuelle, ainsi que le cas de Pamela Reynolds, montrent que ces expériences ne peuvent être expliquées par des causes physiologiques – dérèglement cérébral à l’approche de la mort, fièvre, etc. – et qu’elles ne sont pas dues à un désordre mental. Ni rêves, ni hallucinations, ni troubles de la perception. »

Dix-neuf ans après avoir été ramenée de la mort, Pamela Reynolds nous a quittés à l’âge de 53 ans, victime d’une attaque cardiaque alors qu’elle était hospitalisée au Emory University Hospital d’Atlanta. Pour « Enquêtes Extraordinaires », Stéphane Allix l’avait rencontrée, chez elle, le 6 décembre 2009.

Un tel cas, parmi d’autres, invalide totalement les allégations selon lesquelles le « décorporé » ne se voit pas réellement et « s’imagine », la raison invoquée étant qu’il sait dans quelle situation il était avant le début de l’expérience. Or, il s’avère que dans beaucoup de cas d’EMI la personne donne des détails (sur son état physique, sur le personnel médical, sur l’environnement) dont elle n’avait pas conscience au moment de sa perte de conscience, ces détails, inconnus d’elle avant la survenue de son état critique, ayant ensuite pu être vérifiés.

En outre, l’auteur du commentaire n’a manifestement pas lu les récits de personnes ayant expérimenté la sortie hors du corps, ce qui est manifeste lorsqu’il écrit qu’à sa connaissance la personne en état de « sortie du corps » est incapable de décrire son visage et ses expressions. Il suffit de lire les nombreux témoignages d’expérienceurs pour se rendre compte que c’est le contraire qui est vrai ! Et il n’y a rien de surprenant à ce que la personne « décorporée » ne ressente pas ce que devrait ressentir « ce corps qu’elle croit voir » (sic), tout en ayant l’impression d’être un observateur neutre. D’abord, il n’y a pas de vision partielle et schématique, la description pouvant être précise. Quant à l’absence de ressenti, elle s’explique fort bien par le détachement de la conscience (le corps spirituel ou subtil) par rapport à l’enveloppe corporelle qu’elle vient de quitter et à laquelle elle ne s’identifie plus. Tout cela ne trahit pas la qualité imaginaire de la vision d’elle-même par la personne, et on ne peut évidemment pas parler, à cet égard, de « puissante imagination ». En outre, le contenu émotionnel et mental (paix, bien-être, lucidité accrue, etc.) de l’expérienceur ne cadre pas du tout avec ce que l’on est en droit d’attendre d’un cerveau et d’un corps en état de souffrance ou de détérioration, avec un cerveau « dysfonctionnel » qui génèrerait des hallucinations. L’hallucination, dans ce cas, n’a rien de frappant pour la simple et bonne raison qu’elle est inexistante.

Il est inutile, écrit le commentateur, de quitter la vision scientifique pour chercher une explication. Mais l’interprétation matérialiste des EMI et décorporations ne relève pas d’une vision scientifique. Elle relève en fait d’une vision scientiste de la réalité, cette vision n’étant pas fondée en l’occurrence sur des preuves, mais sur une certaine conception du réel.

Comment percevoir sans les organes des sens ? Ceux qui vivent une EMI ou une décorporation savent, par expérience personnelle, qu’il est possible de penser et de percevoir sans les sens physiques. Si, pour certains, comme pour ce commentateur, imaginer l’esprit hors du corps complique le problème au lieu de le résoudre, cela n’est pas le cas de ceux qui sont familiers d’une certaine littérature qui explicite notamment la notion et la nature du corps spirituel survivant à la mort, celui-ci ayant, comme le relatent de nombreuses sources convergentes, des capacités de perception (perception à 360°, etc.) inconnues des sens physiques. Il convient par ailleurs de dénoncer cette prétention qui existe chez de nombreux individus (scientifiques ou pas) et qui consiste à mettre en avant leur explication matérialiste du vécu des expérienceurs, alors qu’eux-mêmes n’ont jamais vécu ce genre d’expérience, les interprétations données étant par ailleurs en opposition complète avec ce dont sont convaincues, et ce que savent, les personnes ayant vécu ces expériences.

 

2. La recherche au CHU de l’université de Liège :

Un autre exemple d’individus inféodés aux explications matérialistes réductionnistes des EMI (NDE) et des décorporations en général, est constitué par l’équipe de recherche officiant au CHU de l’université de Liège (Belgique). J’ai eu connaissance de ce projet d’étude par la newsletter du site www.lapressegalactique.net, une « publicité » surprenante lorsque l’on sait que les textes et activités mis en exergue sur ce site relèvent d’une spiritualité de type « New Age » et de messages « canalisés »… Le texte et la vidéo correspondante sont présentés tels quels, sans aucune critique de la thèse mise en exergue. Le site référencé d’où cette information est extraite est : http://lemondeintemporel.blogs.lalibre.be/

En Belgique, depuis 2009, l’ULG s’intéresse aux EMI. Ces « très sérieuses recherches » (sic) sont menées par le « Coma Science Group », soutenu par le FNRS. (Je présume qu’il s’agit du Fonds National de la Recherche scientifique).

Pour le professeur Steven Laureys, qui dirige le CSG, la science « doit » se saisir des EMI. Il a fait ce commentaire :

« Sinon, n’importe qui peut raconter n’importe quoi. Même si ça permet de vendre des livres ! Mais il y a encore trop peu d’études scientifiques sur les EMI. Le livre de Moody n’est pas ‘scientifique’. Il n’a pas été publié dans une revue spécialisée, relu par un comité de pairs qui a vérifié la méthodologie… Sinon, c’est juste des ‘histoires extraordinaires’. Et ça ne suffit pas .»

Or, il est totalement absurde de récuser le caractère scientifique d’un livre parce que ce dernier n’a pas été publié dans une revue à comité de lecture ayant vérifié la méthodologie ! En effet, seul un article de revue est susceptible d’être publié dans une revue spécialisée et être agréé par un comité de lecture, mais cela n’est évidemment pas possible pour un livre ! On le voit, cela commence « mal »… D’autant que le matériau permettant de procéder à une étude des EMI est composé uniquement de témoignages, l’étude comparative de ceux-ci permettant par ailleurs de dégager notamment des constantes. La contribution de Raymond Moody (et d’autres chercheurs après lui) a consisté à recueillir les témoignages, ceux-ci pouvant ensuite servir à des études plus poussées.

 

a) Témoignages et neuro-imagerie médicale :

L’équipe du CSG se veut « très ouverte » et souhaite en comprendre davantage. Elle a donc besoin de témoignages et assure les recueillir « dans le respect absolu du vécu des personnes ». On a besoin de beaucoup de cerveaux pour tirer des conclusions, explique Vanessa Charland-Verville, neuropsychologue au CSG. Les réponses à un questionnaire détaillé devaient faire l’objet d’analyses statistiques et sémantiques.

« Il s’agira aussi de savoir si les conditions influencent le contenu de l’expérience. Comme causes, il peut y avoir la noyade, l’anoxie, le traumatisme crânien. Il peut aussi y avoir des expériences spontanées. Et certains ont aussi cette EMI lorsqu’ils se croient en train de mourir. »

Afin de comprendre son expérience, l’« expérienceur » Georges Daenen s’est dit prêt à passer au scanner. Les recherches liégeoises impliquent l’utilisation de la neuro-imagerie médicale, le but étant d’associer une composante de l’EMI à des corrélats (correspondances) neuronaux. Le souhait est de dégager un fonctionnement cérébral différent chez l’expérienceur. L’idée est aussi d’essayer de trouver des séquelles, des « cicatrices » dans le cerveau.

Le CSG stimule aussi des régions du cerveau pour tenter de reproduire les EMI. Il utilise la stimulation magnétique transcranienne stéréotaxique pour exercer des décharges électriques sur des zones du cerveau. Au moment de l’interview, les analyses techniques étaient en cours. Pour les auteurs de l’étude, plutôt que de « régions » impliquées et provoquant ces sensations, il faudrait parler de « réseau ». Il s’agit, lit-on, d’un réseau de neurones entrant en fonctionnement, avec des zones du cerveau plus concernées que d’autres. Il n’y a pas une explication simple pour chaque phénomène. « Le manque d’apport du sang, les œdèmes, la fièvre, les médicaments, cela joue aussi. » Désormais, le CSG demande aux patients sortant du coma s’ils ont vécu ou pas une EMI. Un sur dix, en cas d’arrêt du cœur, répond oui.

Les conditions d’une EMI sont variables, mais le plus souvent, constate Steven Laureys, il y a un coma, une atteinte cérébrale et une perte de conscience. Pour le CSG, les différentes régions du cerveau peuvent être activées lors de l’EMI et produire cette expérience. (Source : http://lemondeintemporel.blogs.lalibre.be/)

Ainsi, le CSG ne remet pas en cause le vécu des « expérienceurs », mais il interprète celui-ci en termes de simple phénomène physiologique. Pour le CSG, en effet, c’est le cerveau en dysfonctionnement qui produit cette expérience, une conclusion (ou plutôt un a priori) que je ne partage évidemment pas. (Voyez mes textes, dans la même rubrique, à propos de la critique des explications matérialistes des NDE et de la décorporation.) Si l’équipe de recherche se dit « très ouverte » au niveau du recueil des témoignages, sa prétendue « ouverture » s’arrête là, l’esprit scientiste et matérialiste reprenant tout de suite le dessus. Il s’agit donc d’une « ouverture » qui laisse tout de suite la place à une vision idéologique de la réalité…

 

b) Phases des EMI :

– La décorporation :

Georges Daenen est l’un des « expérienceurs » (témoins de NDE ou EMI) qui a apporté son témoignage à l’équipe du CSG. Il s’agit d’un policier liégeois qui se déclare athée.

« Je me trouvais en clinique pour une thérapie lourde. On m’avait injecté de très fortes doses d’antibiotiques qui m’avaient fait sombrer dans un semi-coma. Jusqu’au moment où j’ai vraiment eu l’impression que je voyais les médecins de haut, que j’étais collé au plafond ». (G. Daenen)

Steven Laureys, du CSG, a évoqué le docteur Olaf Blanke qui, alors qu’il stimulait différentes régions du cerveau d’une patiente avant une opération, « a pu provoquer cette OBE ». Cette expérience a pu être reproduite et les résultats ont été publiés dans « Nature », la région cérébrale impliquée étant la région temporo-pariétale droite.

Pour la critique de l’interprétation associée à l’observation clinique d’Olaf Blanke, je renvoie à ce que j’ai écrit plus haut à ce sujet. Relisez aussi ce que j’ai écrit à propos de l’émission de France-Inter.

 

– Le tunnel et la lumière :

« J’ai vu un long tunnel noir, et au bout une lumière très brillante qui m’attirait », poursuit Georges Daenen. Cette vision, Steven Laureys l’explique par le fait que certains câblages cérébraux peuvent être endommagés par l’arrêt cardiaque. Les patients sont alors dotés d’une vision périphérique. « Tout ce que vous pensez est le résultat de l’activité cérébrale », affirme Steven Laureys.

« Vous êtes votre cerveau et ce cerveau peut fonctionner différemment. Quand le fonctionnement du cerveau change (épilepsie, anesthésie, rêve), la perception change. L’EMI, c’est le produit d’une activité cérébrale spécifique. » (S. Laureys)

Steven Laureys pense que l’EMI pourrait être un « état global » du cerveau, à l’instar d’autres états déjà connus, comme le rêve.

Mais contrairement à ce que s’imagine Steven Laureys, l’EMI n’est aucunement le produit d’une activité cérébrale spécifique. L’EMI est le résultat de l’extériorisation de la conscience (du corps spirituel) à l’approche de la mort. Bien sûr, tout état modifié de conscience, et l’EMI en est un, provoque des modifications cérébrales, mais ces modifications ne sont que la conséquence de l’état modifié de conscience, la conscience étant, dans ce cas précis, extériorisée. Ce n’est pas l’activité cérébrale (même si celle-ci peut être modifiée) qui provoque et explique le contenu des visions de l’expérienceur ou du décorporé, c’est la conscience (ou corps subtil) extériorisée (é) qui est à l’origine des sensations et perceptions évoquées. Mais cette simple vérité, un rationaliste/scientiste/matérialiste/athée comme Steven Laureys – et tant d’autres individus comme lui – est incapable de l’intégrer car elle va à l’encontre de sa conception nihiliste (stipulant que rien ne survit à la mort) du réel.

La déclaration : « Tout ce que vous pensez est le résultat de l’activité cérébrale », ne fait que refléter la pensée matérialiste dominante des neuroscientifiques, une conception qui laisse de côté l’autre approche – qui est pourtant la bonne ! – consistant à considérer le cerveau comme un simple récepteur de la conscience et non son émetteur.

Le tunnel noir et la lumière attirante perçus lors d’une EMI ne sont pas imputables, contrairement à ce que pense Steven Laureys, à l’endommagement de certains câblages cérébraux suite à un arrêt cardiaque, ce qui provoquerait chez les patients une vision périphérique. La meilleure preuve que l’explication de Steven Laureys n’est pas la bonne ? La voici : des sujets expérimentant la décorporation en dehors de tout contexte mortel, donc sans arrêt cardiaque, font aussi état du « tunnel » et de la lumière ! La lumière perçue n’a strictement rien à voir avec des troubles visuels, mais s’explique par l’immersion de la conscience (ou du corps subtil) au sein du Monde astral, un Monde également perçu par des sujets expérimentés en décorporation dont les récits fourmillent dans la littérature médiumnique et « ésotérique » (une littérature que les neurologues – et consorts – ne lisent pas, préférant s’en tenir à une vague électrostimulation de la région du gyrus cyngulaire !). Ce Monde astral correspond à « l’univers superlumineux » du théoricien (décédé) Régis Dutheil. (J’évoque la thèse de Régis et Brigitte Dutheil dans l’un de mes textes sur les NDE ou EMI, à la même rubrique.)

 

– Les « présences » :

« J’ai emprunté ce tunnel et je suis arrivé dans un très beau jardin. J’y ai rencontré des parents décédés. » (G. Daenen)

Les expérienceurs comme Georges Daenen font souvent état de « présences ». Pour Steven Laureys, l’activation de la région temporo-pariétale gauche en serait responsable.

Or, je ne pense pas du tout que l’on puisse sérieusement comparer la tonalité émotionnelle et le contenu perceptif des rencontres des expérienceurs avec des défunts, avec une vague sensation de présence (fusse-t-elle, parfois, celle d’un défunt) suite à la stimulation d’une aire cérébrale, étant entendu, par ailleurs, que des expérienceurs ont parfois vu des personnes de leur connaissance dont ils ignoraient le décès. Il suffit de lire le compte rendu de ces « rencontres », dont on trouve des exemples dans tous les livres traitant des EMI, pour constater le caractère inapproprié du rapprochement fait entre ces récits et les sensations obtenues par une simple électrostimulation…

Voici ce que note le cardiologue Pim van Lommel :

« Certaines personnes sentent la présence d’amis ou de parents défunts et les reconnaissent parfaitement. Ces morts ont parfois l’air en bonne santé, même si le dernier souvenir qu’ils ont laissé était celui d’un être affaibli, d’un mourant. S’ils sont morts enfants, ils peuvent apparaître comme de jeunes adultes. Certaines personnes voient des individus qu’ils n’ont jamais rencontrés ou dont ils ignoraient la mort. Elles ressentent une connexion très forte avec les pensées et sentiments de personnes décédées depuis longtemps. »

Il donne les trois témoignages suivants d’expérienceurs :

* « Pendant l’EMI consécutive à mon arrêt cardiaque, j’ai vu ma grand-mère et aussi un homme qui me regardait tendrement mais que je ne connaissais pas. Dix ans plus tard, ma mère m’a confié, sur son lit de mort, que j’étais le fruit d’une aventure extraconjugale ; mon père biologique était un Juif qui était mort en déportation pendant la dernière guerre. Ma mère m’a montré une photographie. L’homme inconnu que j’avais vu pendant mon EMI s’est avéré être mon père biologique. »

* « A l’âge de seize ans, j’ai eu un grave accident de moto. Je suis resté presque trois semaines dans le coma. Pendant ce coma, j’ai vécu une expérience extrêmement intense… et je suis arrivé à un genre de barrière en fer. Derrière la barrière se trouvait M. Van der G., le père du meilleur ami de mes parents. Il me dit que je ne pouvais pas aller plus loin. Je devais repartir parce que mon heure n’était pas encore venue… Quand j’ai raconté ça à mes parents plus tard, ils m’ont dit que M. Van der G. était mort et qu’on l’avait enterré pendant mon coma. Je ne pouvais donc pas être au courant de son décès. »

* « Soudain, j’ai reconnu tous ces gens de ma famille. Ils avaient tous environ 35 ans, y compris le petit frère que je n’avais jamais connu parce qu’il était mort pendant la guerre, à deux ans, avant ma naissance. Il avait beaucoup grandi. Mes parents étaient là aussi et ils me souriaient comme les autres. »

(Source : Pim van Lommel, « Mort ou pas ? », InterEditions, 2012, p. 43-44.)

 

– Le bien-être :

« Une voix au-dessus de moi a dit :  »il est trop tôt pour toi » », se rappelle ensuite Georges Daenen .

« Ça a été comme une gifle car je m’y trouvais très bien dans cet endroit. J’ai fait demi-tour et j’ai repris le tunnel à l’envers, et je me suis réveillé sur mon lit avec l’impression d’avoir fait un rêve . » (G. Daenen)

Selon l’hypothèse du CSG, le sentiment de bien-être serait à relier à l’activité du cortex cyngulaire antérieur.

« Il s’agit un peu d’une région maître d’orchestre qui modifie le bien-être et la perception de la douleur. » (S. Laureys)

Ici, le responsble du CSG a encore « tout faux ». Non, le sentiment de bien-être n’est pas associé au cortex cyngulaire antérieur. Il est simplement associé à la libération de la conscience (en l’occurrence ici le corps subtil ou corps spirituel) de l’enveloppe physique, la conscience n’éprouvant alors plus la douleur ou la souffrance éprouvée par le corps physique. Là aussi, je renvoie à mes textes sur les EMI ou NDE, dans la même rubrique : « Au-delà et médiumnité ».

Dans une vidéo (d’un peu plus de sept minutes) datée de février 2011, Steven Laureys a donné ses « explications » des diverses phases des EMI, celles-ci constituant un condensé des spéculations explicatives simplistes des NDE et décorporations :

 

1) L’hypothèse est que ces expériences ont une explication cérébrale, c’est-à-dire que cela se passe dans le cerveau.

Faux. Les EMI, loin d’avoir une explication cérébrale, s’expliquent par la libération de la conscience (du corps spirituel) qui s’extraie, lors de l’approche de la mort, de son véhicule corporel.

 

2) A propos du tunnel : Les personnes ayant une lésion du cortex visuel perdent la vision périphérique et ils ont cette sensation de tunnel et de lumière.

Il s’agit d’une explication erronée appliquée aux EMI. La sensation de tunnel, dans le cadre des EMI, n’est pas la conséquence d’une lésion (dans un contexte « pré-mortel ») du cortex visuel. Il existe des explications différentes de la nature de ce tunnel, notamment celle d’une sorte de seuil vibratoire entre deux mondes (le monde matériel et le monde spirituel, ce dernier étant perçu par une lumière au bout du « tunnel »).

William Buhlman, qui pratique la décorporation, donne une explication intéressante du tunnel d’énergie menant, dans les NDE, à une éblouissante lumière ou à un nouvel environnement :

« Les observations résultant d’explorations hors-corps faites sous contrôle conscient semblent indiquer que le tunnel de lumière est une ouverture dans la membrane d’énergie ‘non-physique’ séparant la dimension physique de la dimension ‘non-physique’ parallèle. Le tunnel d’énergie communément observé lors d’une expérience de séjour dans l’au-delà est en fait une ouverture ou brèche temporaire extrêmement bien structurée dans la membrane d’énergie ‘non-physique’, et elle semble s’ouvrir automatiquement pour permettre aux formes de vie de passer au travers. Après l’entrée de la forme de vie (conscience) dans la dimension d’énergie de fréquence supérieure, l’ouverture du tunnel revient immédiatement à sa forme initiale. »

(In « Voyage au-delà du corps », éditions L’Art de S’Apprivoiser, 1998, p. 96.)

Pionnier de l'éveil MeuroisVoici une autre explication à propos du « tunnel noir », celle donnée par Daniel Meurois, lequel pratique lui-même, depuis longtemps, la décorporation :

« En fait, ce tunnel est créé par notre corde d’argent une fois qu’elle est détachée de notre corps physique. Cette corde, je le rappelle, est le lien entre le corps astral, le véhicule lumineux, et le corps physique. Une fois ce lien rompu, la corde d’argent ne disparaît pas d’un coup. Elle se met à tournoyer, et c’est elle qui génère ce tunnel. Cela peut même se produire lorsque le lien n’est pas coupé, puisque je rapporte ce fait alors que je ne suis pas passé par le seuil de la mort physique. Le tourbillon de la corde d’argent génère un véritable sas qui peut s’étirer à l’infini et dans lequel on peut pénétrer pour voyager. » (In « Pionnier de l’Eveil », interview de Daniel Meurois par Marc Vallée, éditions Ariane, 2012, p. 26.)

 

3) A propos de la décorporation : Lorsque la région temporo-pariétale droite est stimulée, elle peut provoquer la sensation de décorporation.

Il s’agit d’une explication erronée appliquée aux EMI. L’électrostimulation de la région temporo-pariétale peut provoquer une sensation de décorporation, sans que celle-ci soit nécessairement identifiable à une réelle décorporation. Il peut s’agir, comme signalé plus haut, d’une impression de corps décalé dans l’espace ou de la création de l’image réelle du corps dans l’espace via les aires visuelles occipitales, les perceptions dans un état réel de décorporation étant plus complexes : perception à 360°, perceptions de scènes extérieures au champ visuel du sujet, perception de pensées, pénétration de la matière, etc.

 

4) Les rencontres : La région temporo-pariétale gauche est impliquée dans des sensations de présences, de rencontre avec l’autre, un proche parfois décédé.

Il s’agit d’une explication erronée appliquée aux EMI. Comme je l’ai signalé plus haut, les vagues sensations de présence suite à une stimulation cérébrale ne sont pas compatibles avec le contenu détaillé et narratif des expérienceurs faisant état de rencontres avec des proches décédés…

 

5) Le film de vie : On a des patients, par exemple en épilepsie, avec atteinte temporale, qui racontent ces mêmes histoires.

Mort ou pas LommelFaux. Le « film de vie » perçu chez des personnes épileptiques avec atteintes temporales ne présente pas le canevas du panorama de vie des rescapés EMI ou NDE. Voici par exemple le début de la narration d’un expérienceur dont le témoignage est rapporté par Pim van Lommel (« Mort ou pas ? », InterEditions, 2012, p. 46) :

« Toute ma vie passée semblait être présentée devant moi en une sorte de vision panoramique tridimensionnelle, et chaque événement s’accompagnait de la conscience du bien ou du mal, ou d’une indication sur sa cause et ses effets. Tout le long, non seulement j’ai vu les choses de mon point de vue, mais je connaissais aussi les pensées des personnes impliquées dans ces événements, comme si leurs pensées étaient déposées en moi. Cela veut dire que je voyais à la fois ce que j’avais fait ou pensé et la façon dont les autres avaient été affectés, comme si je voyais avec des yeux omniscients. Même nos pensées ne sont jamais perdues. Et tout le long, ce film insistait sur l’importance de l’amour. (…) »

 

 Voici par ailleurs ce que j’écris (avec les références à l’appui) dans la page (même rubrique) intitulée : « Les expériences au seuil de la mort (1) » :

Dans l’épilepsie temporale, écrit Jean-Pierre Jourdan, les hallucinations sont  »souvent stéréotypées et moins complexes que ce qui est perçu dans les N. D. E. »

« Les crises auditives provoquent la perception de bourdonnements et de bruits divers, parfois perçus au début des NDE (mais dans lesquelles ils ne sont pas anxiogènes). Les perceptions de voix sont stéréotypées. Les troubles de l’image du corps sont variés, alors que dans la NDE le corps est soit non perçu, soit perçu de manière non déformée. Dans les crises uncinées, on trouve un ‘état de rêve’ avec une impression d’irréalité, le plus souvent dominée par un sentiment d’angoisse, avec parfois des phénomènes de mémoire panoramique. Les hallucinations, bien perçues comme telles, sont critiquées a posteriori par les patients, alors que la NDE est vécue comme parfaitement réelle, avec un sentiment de paix et de détachement. Autre différence, et de taille, la NDE ne se termine jamais par une crise comitiale ».

Noyes et Kletti ont avancé l’hypothèse que certains aspects des NDE, comme le bilan panoramique de la vie, peuvent s’expliquer par des décharges de neurones, de type épileptique, dans le lobe temporal. On retrouve ce genre d’interprétation chez Michael Persinger, un spécialiste canadien du cerveau. En soumettant le cerveau de sujets à des impulsions électromagnétiques, il est parvenu, dit-il, à déclencher chez eux des expériences de mort imminente. Or, le docteur M. C. Walker, membre d’un groupe de recherche sur l’épilepsie, « rappelle notamment que la stimulation cérébrale, si elle provoque des contractions musculaires, des illusions optiques ou des troubles émotionnels, n’a en revanche jamais induit des hallucinations complexes et durables ». Et Walker d’ajouter que le syndrome épileptique s’accompagne toujours de nausées, d’étourdissements et de palpitations. Or, les sujets relatant une expérience extracorporelle « n’ont jamais ressenti ces troubles, ni avant ni pendant leur voyage ».

Raymond Moody et Michael Sabom ont trouvé l’interprétation de Noyes et Kletti incapable d’expliquer la série complète des NDE. Dans les années 1950, le docteur Wilder Penfield avait stimulé électriquement diverses zones des lobes pariétaux et temporaux du cerveau. Mais, contrairement à ce que déclare un professeur de neurologie cité par Michael Sabom, il existe des différences fondamentales entre la « crise psychique » induite par de telles stimulations et une NDE. Michael Sabom énumère celles-ci :

« 1) Dans la crise psychique, la perception de l’environnement immédiat est souvent déformée, alors qu’elle n’est pas perturbée lors de l’expérience de nos sujets ; 2) les émotions typiques d’une crise psychique sont la peur, la tristesse et la solitude, alors que de l’autre côté nous voyons paix, calme et joie ; 3) les sens du goût et du toucher, typiquement présents lors de nombreuses crises psychiques, sont absents chez nos patients ; 4) la reviviscence d’évènements de la vie passée implique, lors d’une crise psychique, un événement banal, pris au hasard, sans signification particulière, mais lors d’une expérience aux frontières de la mort elle consiste en une succession rapide d’événements multiples et chargés de sens ; 5) le télescopage des idées n’apparaît que dans la crise psychique. Nous voyons donc que la description classique, par Penfield et d’autres, d’une crise psychique ou temporale, ne s’applique pas à l’expérience aux frontières de la mort. »

Il convient cependant de mentionner ici les travaux du pédiatre américain Melvin Morse. Celui-ci eut une discussion avec Art Ward, ex-président du département de neurochirurgie de l’Université de Washington, qui lui précisa qu’un patient étudié par Wilder Penfield avait vécu tous les traits d’une NDE (impression de quitter le corps, perception du tunnel…). Chez les patients concernés, la zone stimulée se situait dans le lobe temporal droit. L’excitation électrique des environs immédiats de la scissure de Sylvius avait produit des « visions divines », des auditions musicales, des rencontres d’amis et de parents décédés, et des visions panoramiques de la vie passée.

Melvin Morse n’omet cependant pas de rappeler les travaux de Michaël Sabom (cardiologue d’Atlanta) relatifs notamment aux témoignages de rescapés NDE qui avaient correctement décrit le déroulement d’une réanimation, en comparaison des descriptions fournies par des malades qui n’avaient pas eu de NDE mais qui avaient en principe été informés d’une telle procédure. Vingt-trois des vingt-cinq membres du groupe de contrôle commirent des erreurs majeures dans leur description des procédures de réanimation, « alors que les trente-deux patients réellement parvenus aux frontières de la mort avaient dépeint les gestes des médecins avec une parfaite précision ; on pouvait en déduire que ceux-là avaient bel et bien contemplé leur enveloppe charnelle de l’extérieur, ainsi qu’ils le prétendaient ».

Ces patients en état critique avaient en effet affirmé être sortis de leur corps et avoir observé leur propre réanimation dans une salle des urgences ou au cours d’une opération chirurgicale. Melvin Morse cite le cas d’un enfant sorti du coma deux jours après être tombé d’un pont. Il se mit à décrire le sauvetage dans les moindres détails, sauvetage qu’il avait suivi alors qu’il se trouvait à l’extérieur du corps.

Il faut noter que Melvin Morse, bien qu’il fasse état d’une zone particulière du cerveau (le lobe temporal droit) qui serait à l’origine des NDE, n’en reconnaît pas moins que ces données anatomiques n’excluent pas la dimension spirituelle inhérente à ces expériences. Un groupe de neurologues chiliens a aussi abouti à la conclusion que ces expériences découlaient d’une activité neuronale localisée dans la scissure de Sylvius. Cependant, Melvin Morse se pose la question de savoir si la NDE marque les « prémices d’un voyage spirituel au terme duquel l’âme se branche sur une autre source d’énergie ». Il a abouti à la conclusion que la lumière perçue par les sujets est localisée à l’extérieur du corps. En outre, le docteur Michael Schroeter, philosophe et neuropsychologue à l’Université de Heidelberg en Allemagne, « est l’un de ceux qui croient que le lobe temporal droit représente le point de convergence du cerveau, de l’esprit et de l’âme ». Le lobe temporal est considéré, écrit Melvin Morse, « comme un système récepteur nous permettant d’entendre des voix issues d’une source extérieure à notre corps et de percevoir une lumière qui vient à nous au seuil de la mort ». (Fin de citation)

Selon Steven Laureys, le cortex cyngulaire antérieur est le maître d’orchestre cérébral impliqué dans la douleur, ce qui peut expliquer la sensation de bien-être éprouvée. Je viens au contraire d’expliquer que cette sensation de bien-être est simplement due à la libération de la conscience de son enveloppe corporelle.

Contrairement à ce qu’insinue le neurologue Steven Laureys, le contenu des perceptions en état EMI n’est pas réductible à des hallucinations consécutives à un dysfonctionnement neurologique.

 

c) Des expérienceurs chez les négateurs de la survie ! Ou : les dindons de la farce

On peut s’interroger sur le caractère pertinent de la démarche des expérienceurs qui ont confié leurs témoignages au personnel de ce centre d’études, sachant que les chercheurs concernés soutiennent les explication matérialistes réductionnistes de leur vécus. Il faudrait « ouvrir les yeux » de ces expérienceurs et leur faire comprendre le caractère absurde de leur démarche : s’adresser à des individus qui prétendent « respecter » leurs dires mais qui, nonobstant, soutiennent que tout cela relève en fait d’illusions perceptives et de perturbations neurologiques, alors que les expérienceurs considèrent en principe que leurs vécus ne relèvent pas de telles explications mais qu’ils ont au contraire une composante spirituelle et « transcendantale » ! Quelqu’un, là-bas en Belgique, devrait leur faire prendre conscience de l’incongruité de leur démarche… En confiant leurs témoignages, de façon ingénue, à ces scientistes, ils donnent, à leur corps défendant, du grain à moudre aux négateurs de la composante spirituelle et « survivaliste » (survie de la conscience après la mort) associée aux expériences de sortie hors du corps. Car il ne faut pas se leurrer : le but des scientistes (car pour moi ce ne sont pas que des scientifiques bénéficiant d’un matériel high-tech) de l’unité de recherche de l’université de Liège est de proposer un article dans une revue mainstream (une revue de neurologie ou une revue médicale comme « The Lancet »), avec, ô ironie, l’appui inconsidéré de personnes qui ne sont pas d’accord avec les conclusions matérialistes des vécus rapportés, sachant que les personnes vivant ce type d’expériences sont, dans leur presque totalité, convaincues qu’il y a une vie après la mort… C’est du pain béni pour les auteurs de ce genre d’article, car leur article ne peut évidemment qu’être accepté et accueilli avec bénédiction par le comité de lecture de la revue spécialisée. Et les journalistes de tous horizons ne manqueront pas de faire étalage des conclusions des chercheurs concernés, comme cela a été le cas pour les précédentes interprétations réductionnistes médiatisées des résultats évoqués par Olaf Blanke et ses collègues. Voilà où mène l’absence totale, dans le monde académique et universitaire, de gens ouverts à d’autres conceptions du réel que l’explication matérialiste et athée de la vie. Des sommes colossales ont été investies par exemple dans la construction d’accélérateurs de particules pour mettre en évidence le fameux « boson de Higgs », mais rien n’a évidemment été fait pour investir des sommes comparables dans la création d’un laboratoire de recherche sur des phénomènes inexpliqués, y compris la décorporation et les NDE, avec une ouverture d’esprit (et non une négation a priori comme à l’université de Liège) vers des explications non « conventionnelles ».

 

d) Une approche matérialiste non-dogmatique et ouverte ?

Les deuxièmes rencontres internationales sur les expériences de mort imminente ont eu lieu à Marseille, les 9 et 10 mars 2013. A cette occasion, Vanessa Charland-Verville (que l’on voit sur la vidéo que j’ai évoquée plus haut) a présenté ses travaux au CSG. Voici le commentaire de Jocelin Morisson (www.conferences-emi.com) :

« L’équipe du Pr Steven Laureys est réputée pour ses recherches sur les états de conscience altérée dans les comas ou les états dits ‘végétatifs’, rebaptisés ‘syndrome d’éveil non répondant’ car ‘le patient est réveillé mais ne répondra pas à des stimulations extérieures’, précise Vanessa Charland. ‘Il y a donc absence de conscience bien qu’il y ait éveil et présence de cycle veille-sommeil.’ On parle aussi d’état de conscience minimale pour une autre catégorie de patients qui peuvent présenter des signes de conscience reproductibles. Vanessa fait partie des signataires d’un article scientifique important qui montre que les souvenirs d’EMI sont plus profondément imprégnés que les souvenirs d’autres événements, réels ou imaginaires. Dès lors, il ne s’agit pas d’hallucinations. La suite de ce travail consiste à rechercher si la cause de l’EMI, son ‘induction’, influe sur son contenu. L’EMI n’est pas une hallucination, mais elle peut tout autant être déclenchée par une ‘cascade neurochimique’ dans le cerveau, explique Vanessa Charland-Verville. »

Donc, ce n’est pas une hallucination (les gens bien informés le savaient depuis bien longtemps), mais on envisage bien sûr la « cascade neurochimique », ce qui, au demeurant, est la même chose. Voici un autre passage du commentaire de Jocelin Morisson :

« Le débat suivant porte sur l’expérience de neurostimulation du Pr Olaf Blanke, réalisée sur une patiente épileptique qui a eu des sensations de sortie du corps. Christophe Lopez, ancien membre de l’équipe du Pr Blanke, aujourd’hui chargé de recherche au CNRS, explique qu’il ne s’agissait pas d’une expérience mais d’une ‘procédure pré-chirurgicale de l’épilepsie’, pour déterminer une zone à opérer sans léser alentour. Par conséquent, l’observation d’Olaf Blanke était fortuite et la reproduire pose des problèmes éthiques actuellement insurmontables. Disposer une cible en hauteur dans ces circonstances reproductibles permettrait, si elle était perçue, d’obtenir ‘une preuve scientifique’, fait observer Sonia Barkallah. Christophe Lopez est d’accord ; la question est bonne mais cela reste difficile à réaliser au plan méthodologique. Vanessa Charland-Verville, doctorante en neuropsychologie et membre du Coma Science Group de Liège, n’est pas non plus hostile à mettre en œuvre un tel protocole si les conditions éthiques le permettaient. ‘Pourquoi pas, nous savons que les EMI sont vécues partout dans le monde, c’est un phénomène que l’on ne peut plus nier en médecine, en sciences, en neurosciences et dans toutes les disciplines. Essayons donc de répondre à cette question, et si on a l’accord et les moyens de le faire et que ça ne nuit à personne, faisons-le.’ L’exemple même d’une approche matérialiste non-dogmatique et ouverte. »

Notons tout de même que l’« approche matérialiste non-dogmatique et ouverte » était absente des propos tenus notamment par Steven Laureys dans le texte et la vidéo évoqués plus haut, la référence par Vanessa Charland-Verville à la « cascade neurochimique » étant par ailleurs toujours là pour rappeler l’orientation idéologique de ces chercheurs.

Références :

1. Jean Prieur, « L’aura et le corps immortel », éditions Robert laffont, 1979, p. 273-275.

2. Jeanne Morrannier, « L’Univers spirituel », éditions Sorlot/Lanore, 1988, p. 137-147.

3. Ian Wilson, « Enquête aux frontières de la mort », éditions Exergue, 1998, p. 111-112, 304.

4. Pierre Riffard, « Dictionnaire de l’ésotérisme », éditions Payot, 1983 ; p. 88 de l’édition de 1993.

5. Wilfried Chettéoui, « La nouvelle parapsychologie », éditions Sorlot/Lanore, 1983, photos entre les pages 96 et 97.

6. Jérôme Bourgine, « Le voyage astral », éditions du Rocher, 1993, p. 130-131.

7. Yves Lignon et Louis Benhedi, « La vie derrière la vie », éditions Michel Lafon, 1998, p. 306-307, 309-310 ; Yves Lignon, « L’autre cerveau », éditions Albin Michel, 1992, p. 178-179.

 

Note :

Pour de plus amples développements sur les thèmes associés à la décorporation, vous pouvez vous référer à d’autres textes de ce site (également dans la rubrique « Au-delà et médiumnité ») :

Les expériences au seuil de la mort. (1), (2) et (3).

Le processus de la transition et les premières phases de « l’après-vie ». (Parties I et II.)

Le processus de la mort selon Michel Coquet.

Le corps éthérique, le corps spirituel et les Plans de conscience.

 

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2 commentaires

  1. Cher M.Moreau
    Né en 1950 et m’intéressant à l’ensemble de la parapsychologie depuis 1979 (moment où je pus voir , ébahi , des « tables tournantes » , ce qui me changea de « scientiste » en « esprit curieux » !!!) , j’ai lu avec plaisir tout votre article (copieux!) et
    uis ravi d’y retrouver assez exactement mes propres conclusions , sous plusieurs angles : les scientistes bornés de Liège, avec le « plat réchauffé » des Blanke & C° ; le besoin de « respectabilité » d’Yves Lignon , prêt à nier tout un pan des faits parapsychologiques pour apparaître « scientifique » ; le travail magnifique de Van Lommel , Charbonier etc etc .Entre 1979 et maintenant , j’ai lu , expérimenté par moi-même , récolté des témoignages , rencontré de vrais chercheurs , et cela conduit , pour qui se donne cette peine , inéluctablement à tout un faisceau pointant bien dans la direction de l' »esprit non local » (au sens p.ex. de Van Lommel).Malheureusement , aucun des sceptiques avec lesquels j’ai discuté de cela ne fait ni ne fera l’effort qu’il faut faire si on veut VRAIMENT savoir : d’où l’impossibilité de convaincre par le dialogue ; ma conviction profonde est que SEUL un évènement personnel peut changer de telles personnes ; par contre je vois tout de même de plus en plus de jeunes , plus en contact avec de l' »info parapsy » (même si dans les médias cette info est souvent déformée !) , trouver assez « naturel » ce qui fait tant horreur à nos académiques….Bravo pour votre énorme travail de « mise au point » . Je suis moi-même…un académique , mais minoritaire évidemment ! Mathématicien,logicien,musicien ET convaincu (comme Shakespeare , même si je fus « borné » pendant mes 29 premières années !!) de ce qu' »il y a plus au ciel et sur terre que l’on ne peut imaginer » …..
    Roland HINNION

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