Expériences exceptionnelles : le Centre Noêsis et le Circee

Sylvie Déthiollaz et Claude Charles Fourrier sont les auteurs de : « Etats modifiés de conscience », un livre paru en 2011 aux éditions Favre. Un extrait de celui-ci a été publié dans le numéro de printemps 2011 de la revue « Parasciences » :

Comment savoir si un EMC (état modifié de conscience) est une hallucination ?

« Tout d’abord, il faut préciser que toutes les hallucinations, qui sont définies comme des ‘perceptions sans objet’, sont des EMC… Mais tous les EMC ne sont pas des hallucinations. En réalité, seul le fait d’avoir accès au cours d’un EMC à des informations qui pourront être vérifiées par la suite est susceptible de prouver de manière irréfutable qu’il ne s’agissait pas de fantasmes ou d’hallucinations. Cependant, cela n’est possible que dans une infime fraction des cas. » (S. Déthiollaz)

Ces états sont-ils pathologiques ? Être bien ou mal suite à un EMC non ordinaire ne renseigne pas sur le caractère pathologique de celui-ci. On peut être vraiment très mal pendant ou après une expérience de mort imminente. Celle-ci est considérée comme une expérience d’ouverture de conscience, au même titre que les états méditatifs.

La personne qui vit un processus d’ouverture de conscience peut parfois « glisser » temporairement dans un état psychotique qui risque d’être diagnostiqué et traité comme le symptôme d’une maladie mentale, ce qui pourra faire basculer le patient dans une réelle psychose. Ce cas de figure concerne certains patients considérés comme psychotiques dans les hôpitaux psychiatriques.

« En face d’une personne au comportement ‘anormal’, il faut donc être attentif afin de déceler si, à l’origine, il n’y aurait pas éventuellement un EMC non ordinaire mal vécu. Car bien ‘gérés’, ces troubles pourront alors s’avérer transitoires et faire partie d’un processus d’évolution.

Ce domaine est donc d’un extrême subtilité. On peut avoir affaire à des imaginations débordantes, à des hallucinations psychotiques, à des expériences d’ouverture de conscience ponctuées de ‘bouffées délirantes’, à des expériences d’ouverture de conscience qui virent à la psychose et à des expériences d’ouverture de conscience tout court. Or, mises à part certaines personnes qui ont encore la lucidité nécessaire pour juger du caractère pathologique de leur vécu, toutes ces expériences seront ressenties comme ‘réelles’ par ceux qui les vivent. Alors, comment faire la part des choses entre ce qui est pathologique et ce qui relève d’un véritable éveil de conscience ? » (S. Déthiollaz)

Il est parfois complexe de faire la distinction entre un état normal ou pathologique de la conscience, mais on peut se référer à certains critères.

« Ainsi, lorsqu’une personne se rend compte que les expériences qu’elle rapporte ne cadrent pas avec ce que notre société considère comme la ‘réalité’, lorsqu’elle est capable d’établir une distinction claire entre une expérience intérieure (qu’elle seule vit) et une expérience extérieure (que tout le monde vit), lorsqu’elle peut malgré tout continuer à ‘fonctionner’ dans la vie quotidienne et gérer ses émotions, cette personne ne peut pas être considérée comme psychotique, aussi étranges et incroyables que puissent être les phénomènes qu’elle raconte.

Mais parfois, c’est aussi une question de… feeling. A force de rencontrer des témoins, d’entendre des récits hors du commun, on finit par développer une ‘sensibilité’ particulière, une empathie, qui renseignera plus que toute autre méthode sur la réalité des phénomènes rapportés, d’où la nécessité de partager ce vécu avec un interlocuteur averti. » (S. Déthiollaz)

 

Noêsis :

Noêsis, le Centre d’étude et de recherche noétiques, existe depuis 1999. L’idée première était d’offrir un lieu d’accueil aux témoins d’expériences “extraordinaires”, ce qui a permis aussi de récolter des témoignages dans une perspective de recherche.

Un service de soutien thérapeutique ponctuel ou de suivi approprié a été aussi mis en place pour les personnes le souhaitant.

Le Centre développe également un programme de recherche sur plusieurs EMC.

Au début, le Centre était uniquement consacré aux Expériences de Mort Imminente (EMI), puis d’autres types de témoignages ont été pris en considération, ce qui a permis d’élargir le champ des recherches à l’ensemble des états modifiés de la conscience. Des centaines de témoignages ont ainsi été recueillis, ce qui a permis de constater l’existence de nombreuses similitudes dans les récits.

 

– EMC et expérience extraordinaire :

Tout EMC non ordinaire constitue en soi une expérience extraordinaire, mais toute expérience extraordinaire n’implique pas forcément un EMC.

« Dans un EMC non ordinaire, l’expérience n’a en général de réalité que pour celui qui la vit, tandis qu’une expérience extraordinaire (n’impliquant pas un EMC) a une réalité en dehors du témoin qui y assiste et peut même être constatée par plusieurs personnes. » (S. Déthiollaz)

L’auteure de l’article donne comme exemple un phénomène de macropsychokinèse, en fait un cas de « table tournante » (que j’ai ajouté à mon texte sur le sujet : « Les tables tournantes », même rubrique).

Dans « Etats modifiés de conscience », les auteurs évoquent les réveils de Kundalini et autres manifestations énergétiques, les sorties hors du corps, les expériences de mort imminente, les entendeurs de voix et les phénomènes de clairaudience, les expériences à consonance chamanique, les apparitions et visions (avec ou sans connotations religieuses), les expériences de relativité temporelle et de relativité matérielle, ainsi que les quelques expériences « hybrides » ou encore inclassables.

Les témoignages présentés suggèrent une réalité plus vaste car leur contenu transcende l’espace, le temps et (parfois) l’ego.

« Un autre point commun est leur aspect ‘spirituel’, soit en tant que composante de l’expérience, soit en tant qu”ouverture’ du témoin consécutivement à celle-ci. Par spirituel, nous entendons son sens étymologique latin ‘spiritus’ : esprit, c’est-à-dire un contact avec le principe immatériel vital, mais sans aucune connotation religieuse. A ne pas confondre avec ‘mystique’, terme un peu fourre-tout, souvent utilisé à tort et à travers pour décrire des phénomènes très différents. Par définition, le terme ‘mystique’ s’exprime à l’intérieur d’une religion, ce qui implique que la personne vit une expérience pour laquelle elle est déjà conditionnée, même inconsciemment, et dont le contenu comportera un ou plusieurs éléments faisant référence à cette religion. » (S. Déthiollaz)

Toutes les expériences dont il est question dans le livre ont clairement un aspect spirituel, mais toutes ne sont pas mystiques. Dans la littérature spécialisée, certains EMC non ordinaires sont assimilés à des expériences d’émergence spirituelle, car ils représentent une opportunité de s’ouvrir à une dimension plus « spirituelle ». Quand cette émergence est mal vécue, car trop rapide ou survenant chez une personne psychiquement fragile, on parle parfois de crise ou d’urgence spirituelle. Ces termes ont été inventés par les psychiatres Christina et Stanislav Grof.

Pour beaucoup de témoins, il est difficile d’exprimer et de partager un vécu hors du commun.

Des questions se posent : pourquoi existe-t-il des personnes plus sujettes que d’autres à vivre de tels phénomènes ? Existe-t-il une prédisposition et si oui, laquelle ? Pourquoi vivre un type d’EMC plutôt qu’un autre, une expérience positive plutôt que négative ?

 

– L’avis de Jean-Jacques Charbonier :

Le docteur Jean-Jacques Charbonier a pris pour habitude d’adresser les personnes qui ont vécu des états modifiés de conscience au Centre Noêsis de Genève.

« Sylvie Déthiollaz a fondé Noêsis en 1999 après des études passées à l’Université de Californie à Berkeley. Elle consacre beaucoup de temps et d’énergie à écouter et à encadrer, avec l’aide du psychothérapeute Claude Charles Fourrier, les gens qui ont vécu ce genre d’expériences. En ce qui me concerne, j’ai toujours eu d’excellents retours des patients qui ont séjourné dans ce lieu de recherche et de soins. Noêsis est unique en son genre et le travail qui est fait dans ce centre mérite d’être encouragé. L’équilibre financier de cette institution est fragile. Dans la récente période de crise économique mondiale, fin 2010, victime d’une restriction budgétaire aveugle, Noêsis a manqué disparaître à tout jamais. Cette disparition aurait véritablement été catastrophique pour toutes les personnes susceptibles d’être prises en charge. Heureusement, un élan de solidarité a joué pour maintenir en lieu et place Noêsis qui peut de nouveau accueillir sans discontinuité celles et ceux qui ont connu l’inconcevable. Cette épreuve surmontée signe la reconnaissance de l’efficacité du travail fait à Noêsis qui est devenu au fil des ans un véritable pôle d’excellence des états modifiés de conscience.

Ce fut pour moi un réel plaisir de dévorer l’ouvrage de Sylvie Déthiollaz et de Claude Charles Fourrier, ‘Les états modifiés de conscience’ (éd. Favre), car il reflète parfaitement le travail fait depuis douze ans à Noêsis, tout en donnant sans préjugés ni a priori un ensemble de témoignages émouvants sur ce que les initiés appellent ‘l’Au-delà’. Une mention particulière pour Thomas qui, à l’occasion d’une sortie hors du corps, ‘voit’ une plaque ‘Interdit aux chiens’ à côté d’une église, ou qui se retrouve plus tard dans un autre corps que le sien comme dans les cas des ‘possessions’ évoquées par les spirites ; mais je n’en dis pas plus pour laisser aux lecteurs la surprise de cette époustouflante histoire… » (J.-J. Charbonier)

On apprend en lisant cet ouvrage que 10% des gens auraient déjà vécu une expérience de sortie hors du corps

« Les auteurs ont eu l’intelligence de comprendre que lesdites ‘N.D.E.’ ne sont que des épiphénomènes de multiples expériences faites aux frontières de l’âme ; ‘l’arbre qui cache la forêt’, comme le dit fort justement Claude Charles Fourrier qui a l’ouverture d’esprit de celui qui a connu plusieurs expériences transcendantes. Les auteurs sont des scientifiques qui connaissent parfaitement les limites de leur savoir ; ils ont l’humilité de reconnaître que l’on ne peut pas mettre en équation ce qui touche au domaine du spirituel. Non, l’esprit n’est pas une sécrétion de la matière cérébrale. Non, les expériences de mort provisoire ne se réduisent pas à un simple changement de dimension ou à une excitation du gyrus angulaire. Oui, on peut accéder à la transcendance sans connaître un EMC. Oui, la spiritualité et l’expérience transcendante sont situées bien au-delà des religions. (…) » (J.-J. Charbonier) (1)

A consulter :

http://www.noesis.ch

 

1. Qu’est ce que le CIRCEE ?

Le Centre d’Information, de Recherche et de Consultation sur les Expériences Exceptionnelles, qui propose “un abord psychologique et académique des expériences vécues comme paranormales”, dispose d’un service de consultation et de plusieurs axes de recherche afin de mieux comprendre la nature de ces vécus inhabituels.

« Depuis quelques années se développe au sein de la psychologie, au niveau international, un courant de recherche portant sur les expériences vécues comme ‘paranormales’, désignées le plus souvent dans le monde universitaire par le terme d’expériences exceptionnelles. Ces recherches visent à étudier et à comprendre pourquoi et comment certaines personnes vivent de telles expériences. Ces travaux ont une application concrète notamment sur le plan clinique, en aidant au développement de prises en charge adaptées pour les personnes qui se trouvent en difficulté face à des vécus inhabituels et troublants.

Le Centre d’Information, de Recherche et de Consultation sur les Expériences Exceptionnelles (Circée) a été créé dans ce contexte par deux psychologues cliniciens, Renaud Evrard et Thomas Rabeyron, en septembre 2009. En effet, il n’existait jusqu’à présent aucun centre de recherche français travaillant spécifiquement sur la clinique des expériences exceptionnelles. Cette dernière a pourtant des implications importantes sur la pratique de la psychologie clinique face à de tels vécus.

Circée a pour objectif principal de mener des recherches en psychologie sur ces expériences afin de mieux expliquer les processus qui sont à leur origine. Dans cette perspective, il dispose d’un centre de consultation spécialement dédié à la prise en charge des personnes rapportant des expériences exceptionnelles. Ce service est un lieu d’aide, de soutien et de thérapie, mais aussi de recherche. Circée vise également à relayer auprès des médias et du grand public les avancées de la recherche en psychologie sur les expériences exceptionnelles.

Notre approche se caractérise par la volonté d’associer rigueur et ouverture dans l’étude de ces expériences frontières, souvent objets de fascination et de rejet. Nous pensons qu’il est possible de les étudier rationnellement et sans a priori, tout en développant une écoute adaptée à ceux qui connaissent de tels vécus. Alors que ces expériences soulèvent de vives controverses dans le monde académique, en particulier en ce qui concerne leur nature intrinsèque sur le plan objectif, nous défendons une position qui associe le respect de la personne et les modèles scientifiques actuels. »

 

2. Présentation des membres du CIRCEE :

 

– Renaud Evrard :

C’est un psychologue clinicien (Master II de psychologie clinique, Université de Strasbourg), docteur en psychologie clinique à l’Université de Rouen. Ses recherches ont plus particulièrement porté sur l’expérience de “hantise”, sur l’adolescence et l’occultisme, ainsi que sur le diagnostic différentiel des personnes ayant vécu des expériences exceptionnelles. C’est aussi un ancien stagiaire de l’IGPP (principal centre de recherche sur les expériences exceptionnelles situé à Fribourg) et le lauréat de plusieurs bourses de recherche sur les expériences exceptionnelles.

 

– Thomas Rabeyron :

Psychologue clinicien (Master II de psychologie clinique, Université Lyon II) et Moniteur-Allocataire (enseignant à l’Université Lyon II), il est également Doctorant en psychologie à l’Université Lyon II et à l’Université d’Edimbourg (au sein de la “Koestler Parapsychology Unit”). Ses recherches portent sur la prise en charge clinique des expériences exceptionnelles et sur les aspects psychopathologiques qui leur sont parfois associés. Son approche se caractérise notamment “par le croisement des modèles cliniques issus d’approches dynamiques avec les données provenant de la psychologie cognitive et des neurosciences”.

 

– David Acunzo :

Ingénieur de formation (“Télécom Bretagne”), il est doctorant à l’Université d’Edimbourg au sein de l’école doctorale de “neuroinformatique”. Il étudie “la modulation de l’attention visuelle par des stimuli émotionnels”. Son approche est à la fois expérimentale (psychophysique, EEG) et “computationnelle”. Il a également travaillé en tant que stagiaire au “Princeton Engineering Anomalies Research” (PEAR), dont le principal programme de recherche consistait à étudier des corrélations possibles entre l’intention d’opérateurs humains et le biais de systèmes aléatoires.

 

3. Les axes de recherche :

Les axes de recherche de CIRCEE portent sur l’étude des aspects phénoménologiques des expériences exceptionnelles, l’analyse des processus psychologiques à leur origine, le développement de dispositifs adaptés aux personnes qui les rapportent, et sur l’étude des interactions potentielles qu’elles pourraient impliquer.

 

a) Étude des aspects phénoménologiques des expériences exceptionnelles :

« Nous essayons de déterminer précisément les caractéristiques des différentes expériences vécues comme paranormales, à partir de la littérature et de cas cliniques. Cette étape est essentielle en vue de proposer des modèles psychologiques qui rendent compte de façon précise de ces expériences. »

 

b) Analyse des processus psychologiques à l’origine des expériences exceptionnelles :

« Nous tentons également de comprendre quels sont les processus psychologiques qui engendrent les expériences exceptionnelles. Cet axe de recherche vise notamment à dégager les caractéristiques psychologiques favorisant la survenue d’expériences vécues comme paranormales. »

 

c) Développement de dispositifs adaptés aux personnes qui se trouvent en difficulté face aux expériences exceptionnelles :

« A partir d’une compréhension plus approfondie de ces expériences, nous développons des techniques de soutien et de thérapie qui visent à aider au mieux les personnes qui se trouvent en difficulté suite à une expérience exceptionnelle. Dans cette perspective, nous nous appuyons à la fois sur une approche clinique d’orientation psychodynamique et sur des modèles issus des centres cliniques anglo-saxons. »

Le CIRCEE dispose d’un service de consultation dédié aux expériences exceptionnelles.

« Il est destiné aux personnes qui ont vécu ou qui vivent des expériences paranormales et qui cherchent un lieu d’information ou de soutien pour mieux les comprendre et les intégrer. Il s’agit du seul service de consultation en France concernant ces expériences. Notre service a pour particularité, comme les autres services de consultation de ce type existant à l’étranger, de proposer principalement des entretiens par téléphone, étant donné que les demandes émanent de la France entière, voire même d’autres pays francophones. Il est géré par deux psychologues cliniciens, Thomas Rabeyron et Renaud Evrard, spécialisés dans les expériences exceptionnelles. »

Pourquoi contacter le service de consultation du CIRCEE ? De nombreuses personnes vivent des expériences qui s’avèrent surprenantes :

« Elles peuvent donner lieu à une simple curiosité, à la volonté de les comprendre, voire même de mieux les maîtriser quand elles sont perturbantes. Ces expériences sont très variées : rêves prémonitoires, télépathie, apparitions, envoûtement, sortie hors du corps, magnétisme, ‘abduction’, réincarnation, ‘poltergeist’, etc.

Il est cependant parfois difficile de savoir auprès de qui se tourner pour avoir des informations fiables. En effet, il existe d’un côté des médiums, voyants et marabouts prenant des sommes importantes pour des conseils hasardeux. De l’autre, des professionnels de la santé mentale qui ne sont parfois pas formés à ces expériences et qui proposent parfois une attitude fermée et des conseils inadaptés. Certaines personnes ont aussi souvent peur d’être considérées comme folles si elles parlent d’expériences aussi étonnantes à des psychologues ou des psychiatres.

Circée est le seul centre de consultation en France au sein duquel travaillent des psychologues qui sont spécialement formés à ces expériences. Nous avons en effet été formés à l’étranger à l’Université d’Edimbourgh et en Allemagne, à l’IGPP. Nous travaillons auprès de personnes qui rapportent des expériences exceptionnelles depuis quatre ans, et plus de deux cent personnes nous ont déjà fait confiance. Etant également chercheurs sur ces questions, notre approche se veut à la fois ouverte, respectueuse et rigoureuse. Nous pouvons ainsi répondre au mieux à vos interrogations en prenant en compte l’ensemble des recherches actuelles sur ces sujets. »

 

d) Étude de la nature intrinsèque de ces expériences et des interactions potentielles qu’elles impliquent :

« Il s’agit de l’aspect le plus controversé de l’étude des expériences exceptionnelles. Sont-elles réductibles à certaines caractéristiques psychologiques ou bien sont-elles la conséquence d’interactions nouvelles qu’il convient de déterminer ? Nous pensons qu’il s’agit d’une question cruciale dans l’étude et la prise en charge des personnes qui vivent de telles expériences. Certains aspects de nos recherches portent donc sur ce point. C’est la raison pour laquelle nous recherchons également des personnes qui pensent avoir développé des capacités particulières et souhaitent participer à des recherches scientifiques.

Ce programme de recherche-application vise à déterminer si les perceptions intuitives peuvent fournir des informations pertinentes et utilisables lors de situations concrètes. Il a également pour objectif de tester les hypothèses proposées par plusieurs modèles théoriques récents. Vous pouvez y participer en tant que sujet ou comme personne à l’origine d’une demande d’application. »

La plupart des recherches sur les expériences exceptionnelles portent sur leurs aspects psychologiques (Cardeña, Lynn et Krippner, 2000), que ce soit par exemple du point de vue de la psychologie clinique (Coly et McMahon, 1993) ou de celui des neurosciences (Brugger et Mohr, 2008). Certaines recherches, plus rares, concernent les éventuelles interactions originales qu’elles pourraient mettre en jeu entre un sujet et son environnement (Bem et Honorton, 1994). Cependant, l’ensemble de ces recherches vise à décrire les caractéristiques de ces expériences et non à les utiliser empiriquement.

« Un tel positionnement est relativement cohérent, étant donné que l’existence même de ces interactions est l’objet de vives controverses sur le plan scientifique (Alcock, Burns, & Freeman, 2003). Cependant, il existe des exemples de tentatives d’applications (Schwartz, 2007). Elles concernent des domaines aussi variés que des applications financières, l’archéologie (Schwartz, 2001), le renseignement (Puthoff, 1996), la recherche de personnes disparues (Lyons & Truzzi, 1991) ou le conseil aux entreprises. Mais les compte-rendus de ces applications manquent généralement de rigueur et sont rarement publiés dans des revues scientifiques. Il est donc difficile d’évaluer leur fiabilité.

Par exemple, dans le domaine de la recherche de personnes disparues, si certains rapports peuvent apparaître de prime abord troublants, il est difficile de déterminer si seules les informations pertinentes ont été sélectionnées et quelle est précisément la proportion de réussites et d’échecs. En outre, les tentatives visant à déterminer a posteriori la qualité de ces applications demeurent généralement imprécises. Les quelques cas qui semblent être des succès (par exemple quand la personne est effectivement retrouvée) sont-ils le résultat du hasard, de la fraude, ou bien le fruit d’une forme spécifique d’intuition (Lyons & Truzzi, 1991) ?

Par ailleurs, une recherche-application de ce type fut menée à grande échelle par le gouvernement américain, durant 20 ans, jusqu’en 1995 (Utts, 1996). Ce programme militaire, plus connu sous le nom de Stargate’, sélectionnait et entraînait des remote viewers’. Ceux-ci participaient à des sessions de collecte d’informations transmises ensuite à différentes agences de renseignement américaines. La plupart des documents accumulés dans le cadre deStargate’ ont été rendus publics récemment. La précision de certaines sessions est troublante (McMoneagle, 2002). Cependant, l’analyse, par plusieurs experts de ces vingt années de recherche, a elle aussi conduit à des controverses subtiles et à des interprétations divergentes (Hyman, 1996 ; Utts, 1996 ; Wiseman & Milton, 1999).

De façon plus générale, la recherche quantitative sur les effets psi est confrontée depuis ses débuts à de graves problèmes de reproductibilité et à un manque de stabilité des effets censés être étudiés. Ces dernières années, certains chercheurs ont proposé une hypothèse originale : ce manque de stabilité serait une caractéristique intrinsèque de ces interactions (Lucadou, Römer & Walach, 2007). Toute tentative de les reproduire à l’identique conduirait potentiellement à les faire disparaître (Lucadou, 1995). Aussi surprenante qu’une telle hypothèse puisse paraître au premier abord, elle ne peut être exclue a priori sans examen scientifique. Mais alors, comment démontrer et étudier de telles interactions si elles s’avèrent effectivement liées à cet aspect élusif ? Dans cette perspective, les applications représentent, du point de vue de ces modèles théoriques, un équilibre idéal entre des conditions contrôlées et une reproduction qui n’est pas tout à fait à l’identique. Elles permettent ainsi d’associer la rigueur du cadre expérimental avec des conditions qui seraient nécessaires pour la mise en évidence éventuelle et l’utilisation de telles interactions. Dans tous les cas, il nous semble nécessaire de tester de telles hypothèses afin d’en déterminer la pertinence.

Enfin, il est également possible de remarquer l’émergence récente de chercheurs qui supposent qu’il est possible, selon des canaux classiques et sans faire appel à des théorisations psi, de transformer inconsciemment, pour des sujets ayant une intuition très développée, des éléments contextuels généraux en intuitions précises (Petitmangin, 2001). Ces mécanismes psychologiques subtils pourraient expliquer certaines réussites étonnantes. Il s’agit là d’une voie de recherche encore peu exploitée qui pourrait également mener à des résultats intéressants dans le cadre de recherches-applications. »

 

4. Comment participer ?

Il y a deux manières de participer au programme de recherche du CIRCEE :

 

1° En tant que sujet supposé doué :

Les personnes pensant disposer de capacités psi ou d’une intuition particulièrement développée peuvent passer une série de tests préliminaires. En fonction des résultats obtenus, elles seront sélectionnées pour une phase d’entraînement et d’application. Les personnes intéressées doivent remplir le questionnaire disponible sur le site du CIRCEE : www.circee.org.

 

2° En tant que commanditaire d’une application :

Vous souhaitez obtenir des informations concernant une situation de ce type :

– La recherche de personnes, d’animaux ou d’objets disparus : circonstances de la disparition, localisation, évolution future de la situation, etc.

– L ’archéologie : localisation de lieu de fouilles, informations concernant des artefacts, etc.

– Le conseil aux entreprises : choix stratégique, évolution d’une situation, etc.

D’autres applications sont envisageables en fonction de situations spécifiques. On peut contacter le CIRCEE si l’application souhaitée ne figure pas dans cette liste. Les personnes intéressées par ce programme de recherche doivent remplir le questionnaire disponible, sur le site du CIRCEE, à la fin de l’article destiné aux commanditaires.

Pour toute autre information concernant ce programme de recherche, on peut contacter les membres du CIRCEE à l’adresse suivante :

contact@circee.org

 

* Quelques références bibliographiques :

Voici, pour terminer, quelques références bibliographiques données sur le site du CIRCEE :

Alcock, J. E., Burns, J., & Freeman, A. (2003). “Psi Wars : Getting to Grips with the Paranormal”. Charlottesville : Imprint Academic.

Bem, D. J., & Honorton, C. (1994). “Does Psi Exist ? Replicable Evidence for an Anomalous Process of Information Transfer”. “Psychological Bulletin”, 115 (1), 4-18.

Brugger, P., & Mohr, C. (2008). “The paranormal mind : How the study of anomalous experiences and beliefs may inform cognitive neuroscience”. “Cortex”, 44 (10), 1291-8.

Cardeña, E., Lynn, S. J., & Krippner, S. (2000). “Varieties of anomalous experience : examining the scientific evidence”. Washington : American Psychological Association.

Coly, L., & McMahon, J. (1993). “Psi and clinical practice”. New York : Parapsychology Foundation.

Hyman, R. (1996). “Evaluation of a Program on Anomalous Mental Phenomena”. “Journal of Scientific Exploration”, 10 (1).

Irwin, H. J., & Watt, C. (2007). “An Introduction to Parapsychology”. Jefferson : McFarland.

Lucadou, W., Römer, H., & Walach, H. (2007). “Synchronistic Phenomena as Entanglement Correlations in Generalized Quantum Theory”. “Journal of Consciousness Studies”, 14 (4), 50-74.

Lucadou, W. (1995). “The model of pragmatic information (MPI)”. “European Journal of Parapsychology”, 11, 58-75.

Lyons, A., & Truzzi, M. (1991). “The Blue Sense : Psychic Detectives and Crime”. New York : The Mysterious Press.

McMoneagle, J. (2002). “The Stargate Chronicles”. Hampton Roads Publishing.

PetitMangin C. (2001). “L’expérience intuitive”. Paris : L’Harmattan. Puthoff, H. E. (1996).

“CIA-initiated remote viewing program at Stanford Research Institute”. “J. Sci. Explor”, 10, 63–76.

Schwartz, S. (2001). “The Alexandria Project”. I Universe.

Schwartz, S. A. (2007). “Opening to the Infinite”. Nemoseen Media. Utts, J. (1996). “An Assessment of the Evidence for Psychic Functioning”. “Journal of scientific exploration”, 10 (1), 3-30.

Wiseman, R., & Milton, J. (1999). “Experiment one of the SAIC remote viewing program : A critical re-evaluation”. “Journal of parapsychology”, (90). Retrouvé de http://www.richardwiseman.com/resources/SAICcrit.pdf.

Pour plus d’information et participer éventuellement au projet d’étude des membres du CIRCEE, consultez leur site :

www.circee.org

Share This:

Les commentaires sont fermés.