Enlèvements extraterrestres. Un texte de Gildas Bourdais

La carte dessinée sous hypnose par Betty Hill (voir plus loin) :

 

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Voici un texte de Gildas Bourdais extrait de son blog : http://bourdais.blogspot.fr

 

 

Version intégrale de l’article publié, avec quelques coupes, dans le numéro hors série de “VSD” de juillet 2005, découpé en trois parties. Il va être complété par d’autres articles, notamment sur Budd Hopkins, décédé le 21 août 2011 à New York.

Le cinéma et la télévision ont popularisé les histoires d’enlèvements par de mystérieux extraterrestres à bord des ovnis, qui sont depuis une vingtaine d’années un thème important et controversé de l’ufologie. Tout au long de la série “X Files”, Mulder essaie de retrouver sa sœur enlevée dans son enfance et de protéger sa partenaire Scully qui l’a été elle aussi. Scully va donner naissance à un enfant hybride et surdoué que les « aliens » veulent récupérer. La série a exploité sans retenue ces témoignages d’enlèvements – vrais ou faux – et tout cela baigne, comme il se doit, dans une atmosphère glauque et inquiétante. Dans une autre série américaine, “Les 4400”, ce sont autant de disparus, victimes d’enlèvements depuis une cinquantaine d’années, qui sont soudain ramenés sur Terre, et dont on découvre qu’ils sont doués de divers pouvoirs paranormaux ! C’est aussi le thème central de la série “Taken” (“Disparition”). Cette production impressionnante de Steven Spielberg s’inspire étroitement du répertoire ufologique, allant du crash de Roswell en 1947 aux enlèvements par les « petits Gris » à partir des années 80. Des enlèvements affectent des familles sur plusieurs générations, avec naissance d’enfants hybrides à la clé. La dernière née, une charmante petite fille, possède des dons extraordinaires et va finir par retourner avec les petits aliens aux grands yeux noirs qui ne lui veulent – et ne nous veulent – que du bien…

Ainsi, les enlèvements extraterrestres font de belles séries télévisées, mais qu’en est-il, au juste, des histoires dont elles s’inspirent ? S’agit-il de rêves et de fabulations, comme en sont convaincus les sceptiques, ou y a-t-il là-dedans des histoires authentiques, quelle qu’en soit la signification ? Ces histoires sont choquantes et il n’est donc pas surprenant qu’elles rencontrent encore plus de résistance que les ovnis eux mêmes, de la part des sceptiques. Je vais essayer de montrer qu’il y a pourtant de bonnes raisons de les prendre au sérieux.

 

– Un phénomène de contamination médiatique ?

Les histoires d’enlèvement sont restées rares et isolées jusqu’à la fin des années 70, du moins celles qui ont été médiatisées à l’époque, comme l’affaire célèbre de Betty et Barney Hill, divulguée aux Etats-Unis en 1966. Elles ont commencé à se répandre dans les années 80, principalement aux Etats-Unis, surtout après la parution en 1987 du livre “Communion” de Whitley Strieber, auteur connu de romans fantastiques mais qui prétendait y raconter son expérience, personnelle et authentique, d’enlèvements multiples. Le livre avait une couverture provocante, montrant la tête d’un « alien » aux grands yeux noirs et un sourire plutôt inquiétant, à l’allure assez diabolique. L’étonnant est qu’il eut un gros succès de librairie, avec un million d’exemplaires vendus. Ainsi, bien que ce livre de Strieber reste controversé, il a contribué fortement à faire que cette tête diabolique devienne un archétype des aliens inquiétants, ou « petits Gris », qui n’ont rien à voir avec les escargots du même nom, bien qu’ils soient mis à toutes les sauces dans les médias !

Les sceptiques n’ont pas manqué d’imputer à ce succès de librairie, et à quelques autres publications, la multiplication des témoignages d’enlèvements qui s’est produite à l’époque. Ils ont cru d’ailleurs que ce phénomène était une spécialité des Etats-Unis. Il est vrai qu’on en parle beaucoup plus qu’ailleurs dans ce pays, mais il y a en réalité des cas dans le monde entier. En fait, il est difficile de mesurer un éventuel risque de « contamination » car, on va le voir, l’historique de ces récits est bien plus complexe. D’abord, on connaissait depuis plusieurs années des récits du même type, donc antérieurs à la vague médiatique. En témoignent les enquêtes et les études réalisées au cours des années 70 et 80, notamment par l’artiste new-yorkais Budd Hopkins, avec deux livres remarquables, publiés en 1981 et 1987, et l’étude approfondie d’un spécialiste du folklore, Thomas Bullard, faite dès le début des années 80. Bullard a établi, sur près de 400 cas, que des récits analogues provenaient de gens qui, non seulement vivaient dans des lieux très éloignés et ne se connaissaient pas, mais qui en outre ne savaient rien de la question avant leur enlèvement. D’autre part, s’il est vrai que ce type de récit, avec de petits aliens aux grands yeux noirs, est devenu le plus courant, au point qu’on pourrait l’appeler le « modèle standard » des enlèvements, il y a eu, et il continue d’y avoir, des récits différents, d’une assez large diversité, comme nous allons le voir avec quelques exemples. Le risque de contamination ne suffit pas à les expliquer.

La polémique sur les enlèvements se poursuit encore aujourd’hui, avec de nombreux livres, articles et débats, pour ou contre la réalité de ces histoires. L’auteur le plus prestigieux à s’être prononcé en faveur de leur authenticité, et naturellement le plus critiqué, était un professeur de psychiatrie de l’école de médecine de Harvard, le Dr John Mack, décédé malheureusement dans un stupide accident de la circulation à Londres en septembre 2004. Cette mort subite a été ressentie comme une grosse perte dans le monde de l’ufologie. John Mack avait beaucoup contribué à élever le niveau du débat, notamment lors d’un colloque qu’il avait présidé en 1992 avec le physicien David Pritchard au prestigieux M.I.T., suivi de la publication d’un gros livre de référence, “Alien Discussions”.

Où en est-on aujourd’hui alors que ces histoires sont largement exploitées, mais en tant que pure fiction ? Il y a des témoignages impressionnants et des indices physiques de leur réalité – je vais y revenir plus loin -, mais pas de preuves décisives, si bien que la question de la réalité des enlèvements ne peut être tranchée. De plus, même les spécialistes qui admettent la réalité de ces histoires sont loin d’être d’accord sur leur interprétation. Il y a d’abord ceux pour qui ces enlèvements sont le fait de véritables extraterrestres, à bord d’ovnis bien réels, que les sceptiques caricaturent en ironisant sur les ovnis en « tôles et boulons ». En réalité, on peut envisager des hypothèses plus vastes, même en restant dans une optique rationaliste, par exemple l’idée que ces êtres mystérieux seraient capables de se déplacer dans d’autres dimensions spatio-temporelles. Il existe déjà des théories de physique fondamentale, telles que les « supercordes », qui semblent ouvrir de telles perspectives. D’autres chercheurs, tel le Dr Mack, penchent vers une interprétation plus « ésotérique », voire religieuse, évoquant la longue histoire des contacts supposés avec des créatures spirituelles. Cependant, il n’écartait pas l’hypothèse extraterrestre et avait donc une approche ouverte et complexe du phénomène. J’ai assisté à un entretien passionné qu’il avait eu, lors d’un colloque à Saint-Marin, avec le théologien italien Corrado Balducci.

Un autre aspect, tout aussi important, du débat, est la question des intentions de ces mystérieux « visiteurs » : que nous veulent-ils et que signifient ces intrusions ? La question se pose tout autant s’il s’agit d’extraterrestres bien physiques ou d’êtres « surnaturels » car, dans toute l’histoire des religions, il y a des anges et des démons ! De toutes ces histoires d’enlèvements qui se sont accumulées, certaines donnent à croire à des êtres bienveillants, mais d’autres sont moins rassurantes. Pour l’historien David Jacobs, l’affaire est grave et l’humanité est menacée. Mais son ami Budd Hopkins est beaucoup plus nuancé. Pour lui, les aliens ne sont ni bienveillants, ni hostiles : ils poursuivent leur propre « agenda ». Qui croire ? Commençons par rappeler quelques « classiques », qui vont peut-être nous éclairer sur la crédibilité de ces histoires et sur leur signification. Le plus connu est celui de Betty et Barney Hill, sur lequel il est important de revenir brièvement.

 

– Betty et Barney Hill : mythomanes ou vrais “abductés” ?

Alors qu’ils roulaient sur une route peu fréquentée du New Hampshire, le soir du 19 septembre 1961, les époux Betty et Barney Hill remarquèrent une étoile brillante qui se rapprochait d’eux rapidement. Ils s’arrêtèrent pour l’observer avec des jumelles : c’était un objet structuré avec des lumières colorées et clignotantes. Plus loin, ils stoppèrent de nouveau car l’objet s’était rapproché et apparaissait maintenant comme une grande soucoupe volante, en vol stationnaire à peu de distance au-dessus de la route. Barney sortit de sa voiture et commença à avancer, mais il prit peur et revint en arrière, croyant discerner des silhouettes qui l’examinaient. Puis ils se retrouvèrent en train de rouler dans leur voiture, avec un trou de deux heures dans leur horaire.

Ce n’est que deux ans plus tard que les Hill, toujours affectés par cette histoire insolite, furent soumis à des régressions sous hypnose par un psychiatre réputé de Boston, le Dr Benjamin Simon : ils racontèrent alors, séparément, la même histoire d’enlèvement par de petits êtres à bord de l’ovni, qui deviendra plus tard classique : description des « ET » à grosse tête, grands yeux allongés, corps mince et peau grise, examen médical, etc. L’histoire fut révélée en 1966 par le journaliste John Fuller dans son livre “Le voyage interrompu” (“The Interrupted Journey”), cosigné avec les Hill et le Dr Simon. Un résumé, publié par le magazine “Look” la même année, suscita énormément d’intérêt et fut même suivi d’un film.

Bien entendu, l’affaire fut bombardée de critiques. Le Dr Simon ne croyait pas à un enlèvement extraterrestre, pour lui totalement inconcevable, mais il dut admettre la sincérité des témoins : ils croyaient vraiment à leur histoire, qui les avait fortement traumatisés. Pendant les six mois que dura le traitement, Simon, excellent hypnotiseur, essaya de leur faire admettre qu’ils avaient rêvé, mais ils restèrent convaincus que leur aventure était réelle. Incidemment, ceci contredit une critique courante des histoires d’enlèvements, qui accuse les hypnothérapeutes d’influencer les témoins. C’était raté dans le cas du Dr Simon !

Une autre critique porte sur l’examen médical qu’aurait subi Betty Hill. Selon elle, on enfonça une longue et fine aiguille au niveau de son nombril, pour lui faire un “test de grossesse”, lui dit-on (précisons qu’il y avait selon elle une communication télépathique avec ses ravisseurs). Betty avait-elle connaissance de ce genre de procédure médicale ? Cette opération ressemble à une amniocentèse, qui était encore expérimentale à l’époque et n’est devenue une pratique courante que des années plus tard. Il y a aussi le cas de Barney, qui avait été omis dans le livre “The Interrupted Journey”, pour ne pas scandaliser. Il s’agissait d’une opération de prélèvement de sperme, réalisée au moyen d’un appareil de forme ronde, appliqué sur ses parties génitales, qui laissa d’ailleurs des traces : un cercle presque parfait de verrues à l’aine dont il fallut pratiquer l’ablation chirurgicalement. Selon le Dr Richard Neal, gynécologue qui a lui aussi enquêté sur ces affaires d’enlèvements, cette procédure est souvent révélée sous hypnose ; elle peut être douloureuse ou du moins inconfortable ! Une chose est certaine : Betty et Barney Hill n’ont pas du tout cherché à attirer l’attention sur eux ou à gagner de l’argent, contrairement à ce qu’a insinué le sceptique Philip Klass dans son livre “UFO Abductions. A Dangerous Game” (“Enlèvements. Un jeu dangereux”). En fait, leur histoire n’a été rendue publique que cinq ans plus tard, à la suite de fuites maladroites d’un journaliste local. On a souligné que les Hill étaient un couple interracial, ce qui aurait pu être une cause de perturbation, mais le Dr Simon avait lui-même écarté cette hypothèse.

 

– La carte des étoiles de Betty Hill :

Un aspect remarquable de cette histoire est la carte des étoiles, figurant les voies fréquentées par les extraterrestres, que le « leader » aurait montrée à Betty et qu’elle reproduisit sous hypnose. Une institutrice passionnée d’astronomie, Marjorie Fish, construisit un modèle à trois dimensions des étoiles proches, suspendues avec des fils, en sélectionnant celles d’un type proche de notre Soleil. Il y en a 46, dans un rayon de 54 années-lumière autour du Soleil, sur un total d’un millier. Elle crut alors y repérer, en l’observant sous un certain angle, la carte esquissée par Betty Hill. Les deux étoiles principales du réseau, proches l’une de l’autre, appartiendraient à la constellation du Réticule, visible dans l’hémisphère Sud, où elles sont connues sous le nom de “Zeta Reticuli” 1 et 2. Cette interprétation a reçu le soutien d’un certain nombre d’astronomes et d’ufologues, dont Terence Dickinson, auteur d’une plaquette, “The Zeta Reticuli Incident”.

C’était un remarquable travail, mais les sceptiques n’ont pas tardé à le mettre en doute, notamment Jacques Vallée et l’astrophysicien Carl Sagan, au moyen d’un test statistique sur ordinateur. Cependant, leur argumentation a été réfutée grâce à une mesure plus précise des distances des étoiles. On a dit aussi qu’il s’agissait d’une étoile double, inadéquate pour être entourée d’une planète habitable. Mais c’était une erreur d’observation astronomique, a fait observer le physicien et ufologue Stanton Friedman qui soutient ce modèle. Cette localisation de Zeta Reticuli 1 et 2, à 37 années-lumière de nous, est passionnante pour deux raisons. D’abord, elles sont effectivement proches, à seulement 1/8ème d’année-lumière l’une de l’autre (pour comparaison, l’étoile la plus proche du Soleil, Alpha du Centaure, est à 4,2 années-lumière de nous). On imagine combien il a pu être tentant pour une civilisation émergente d’aller visiter l’autre étoile. Or, ces deux étoiles ont un milliard d’années de plus que le Soleil, ce qui laisse de la marge pour l’apparition d’une civilisation plus ancienne que la nôtre ! Pour mémoire, mentionnons un curieux contre-modèle, selon lequel la carte serait celle de notre système solaire. Pour sa démonstration, l’auteur à dû y incorporer de très petits et insignifiants corps céleste de notre système : c’est bien peu crédible !

 

– L’influence de la science-fiction ?

Un autre argument sceptique, souvent avancé contre les Hill, et d’ailleurs contre tous les récits d’enlèvements, est l’influence de la science-fiction. Il est clair que c’est possible aujourd’hui, rien qu’avec les nombreuses séries télévisées, mais était-ce plausible à l’époque des Hill ? Martin Kottmeyer a proposé une liste de films des années 50 à l’appui de cette hypothèse. Il y a eu, en effet, quelques histoires d’enlèvements portées à l’écran, mais dès que l’on y regarde de plus près, l’argument devient très douteux, car ces films étaient des « séries B » plus aptes à faire rire qu’à faire peur. Pour ne prendre qu’un exemple, le film “Invasion of the Saucer-men”, diffusé en 1957, mettait en scène de petits monstres plus ridicules qu’effrayants.

Dans le cas des Hill, il y a un argument plus simple : ils ne s’intéressaient pas à la science-fiction, ne regardaient jamais ce genre de film à la télévision. Ils avaient une vie sociale et professionnelle bien remplie. C’était un couple racial mixte, engagé dans le Mouvement des droits civils, et ils avaient mieux à faire, surtout à cette époque, que d’inventer une histoire d’enlèvement en soucoupe volante. En fait, leur témoignage a très bien résisté à l’épreuve du temps. Ce n’est pas le seul : en voici d’autres qui ont bien résisté eux aussi.

 

– Antonio Villas Boas, Brésil, 1957 :

L’une des premières histoires d’enlèvement connues a pour héros involontaire un jeune Brésilien nommé Antonio Villas Boas, qui aurait été obligé de faire l’amour avec une extraterrestre à bord d’un ovni. L’incident date de 1957. Villas Boas a raconté que, travaillant de nuit en plein champ sur son tracteur, il avait vu atterrir un ovni lumineux muni d’une triple pointe à l’avant, plutôt atypique.

Plusieurs êtres portant cagoules en sortent, s’emparent de lui et l’entraînent à bord de l’appareil. Là, ils lui ôtent ses vêtements, lui badigeonnent le corps d’une mystérieuse substance – un antiseptique ? -, puis l’introduisent dans une pièce où une odeur étrange lui donne la nausée. Une “extraterrestre” apparaît, nue. Son apparence est proche de la nôtre mais avec des différences, notamment de grands yeux en amande. Après l’acte sexuel, elle le quitte en pointant son doigt vers son ventre puis vers le ciel… L’histoire paraît alors si ridicule aux ufologues et aux journalistes qu’elle ne sera divulguée que sept ans plus tard, en 1964, par la revue britannique “Flying Saucer Review”, et en 1965 par le magazine brésilien “O Cruzeiro”. Le cas a pourtant été bien étudié. On apprend notamment que Villas Boas était tombé malade au cours des mois suivants et qu’il présentait les symptômes caractéristiques d’une irradiation, selon le rapport médical du Dr Olavo Fontes qui l’examina quelques semaines après l’incident. Une rumeur prétend que Villas Boas avait inventé son histoire pour gagner de l’argent. Rien n’est plus faux car son histoire est restée confidentielle pendant des années. A l’époque, un journaliste connu qu’il avait rencontré n’avait pas osé la publier par crainte du scandale.

 

– Le policier Herbert Schirmer, Etats-Unis, 1967 :

A l’époque où le cas Hill est révélé, la commission Condon, officiellement chargée par le président Gerald Ford d’enquêter sur le phénomène des ovnis, étudie le cas du policier Herbert Schirmer. Le psychologue Leo Sprinkle, de l’université du Wyoming, interroge Schirmer sous hypnose. Bouleversé par l’expérience qu’il a vécue dans la nuit du 3 décembre 1967, près de Ashland, dans le Nebraska, le témoin fait le récit de son enlèvement par des êtres de l’espace qui lui auraient délivré un message proche de ceux rapportés par les “contactés” des années 50. Sprinkle est convaincu de la réalité de son expérience, mais l’équipe de chercheurs, présidée par le professeur Edward Condon, ne se laisse pas convaincre. Or, on sait aujourd’hui que les conclusions négatives de cette commission étaient convenues à l’avance, en accord confidentiel avec les autorités militaires.

 

– Les pêcheurs de Pascagoula, Etats-Unis, 1973 :

Un autre cas célèbre a pour théâtre, en 1973, un petit port du Mississipi nommé Pascagoula. Un soir, deux pêcheurs à la ligne arrivent au poste de police local en état de choc. Charles Hickson et Calvin Parker racontent aux policiers qu’ils ont vu arriver un objet volant, émettant une lumière bleutée, d’où sont sortis trois êtres étranges qui ont volé vers eux. Ces mystérieux visiteurs avaient la peau ridée, les yeux en amande, les oreilles et le nez pointus. Les humanoïdes se sont emparés des pêcheurs et les ont conduits jusqu’à l’ovni, où ils les ont soumis à une sorte d’examen médical. Pour le docteur James Harder, de l’université de Californie, venu aussitôt enquêter sur place et interroger les témoins sous hypnose, il s’agit d’une “expérience réelle”. L’astronome Allen Hynek, qui le rejoint sur place, partage cette opinion : “Il s’est passé ici quelque chose qui dépasse notre entendement”, déclare-t-il. Fred Diamond, le shérif de la ville, témoigne en faveur des deux pêcheurs : « Ils sont sincères. S’ils avaient inventé tout cela, ils devraient être à Hollywood. » Les deux hommes sont terrifiés par ce qu’ils ont vu. Parker, le plus jeune, s’est évanoui lors de l’enlèvement, et le docteur Harder doit abréger la séance d’hypnose de Hickson, tant certaines des scènes qu’il revit le rendent nerveux.

 

– Le chasseur Carl Higdon, Etats-Unis, 1974 :

Autre cas spectaculaire, celui de Carl Higdon. Le 25 octobre 1974, ce technicien de forage pétrolier âgé de quarante et un ans part chasser l’élan en forêt, dans le Wyoming. Ayant pu lancer un appel au secours par radio, il est localisé au bout de cinq heures de recherches, embourbé au beau milieu d’un marécage. En état de choc, il a du mal à parler. Il ne se rappelle pas son nom, ne reconnaît pas sa femme et crie sans cesse : “Ils ont pris mon élan !” Après un séjour à l’hôpital, il est en mesure de raconter son aventure. Ce jour-là, il a repéré cinq élans immobiles. Il a tiré, en vain : la balle est tombée à environ 15 mètres de lui avec un bruit mat, comme si elle avait heurté une barrière invisible. La forêt est soudain devenue silencieuse. Ses souvenirs sont confus, mais il se rappelle qu’un être étrange, à l’allure de spationaute, est apparu, lui a fait avaler des pilules et l’a conduit dans une cabine. Higdon raconte que les extraterrestres lui ont placé un casque sur la tête en lui expliquant qu’ils l’emmenaient « à 262 000 kilomètres de là »… Cette information était fausse, évidemment, et l’on voit apparaître ici ce problème récurrent de la manipulation mentale. A-t-on voulu ridiculiser ce témoin et, à travers lui, les histoires d’enlèvements ?

 

– Une famille enlevée, Grande-Bretagne, 1974 :

Le soir du 24 octobre 1974, John Day rentre en voiture avec sa femme Sue et ses enfants, près d’Aveley, dans l’Essex, en Grande-Bretagne. II est près de 22 heures, la nuit est claire et il y a peu de circulation sur la petite route de campagne. John et Sue remarquent d’abord une lumière bizarre près de la route – un halo ovale, d’un bleu iridescent, comme une grosse étoile. Au sortir d’un virage, les Day se trouvent plongés dans un épais brouillard vert. Toutes les lumières du véhicule s’éteignent d’un coup. Un brouillard glacial pénètre à l’intérieur de l’habitacle qui subit des secousses violentes. Enfin, il s’immobilise. Quand le brouillard disparaît, les Day se trouvent à moins d’un kilomètre plus loin, mais il est une heure du matin. Trois heures se sont effacées de leur mémoire ! Le lendemain, tous les membres de la famille sont extrêmement fatigués. Trois ans plus tard, John lit un article sur les ovnis et décide de prendre contact avec un groupe local d’enquêteurs. Les Day acceptent une thérapie sous hypnose. Celle-ci révèle qu’ils ont bien été enlevés à bord d’un ovni. Des êtres de grande taille les entouraient, avec d’autres, plus petits. Ces derniers étaient très laids, avec une sorte de fourrure brune sur la tête et les mains, de grands yeux fendus, des oreilles pointues. Un appareil a inspecté tout le corps de John, qui a ressenti une sensation de picotement et de chaleur. Après l’examen médical, ils ont eu droit à quelques « explications ». On leur a fait une séance de projection, avec cartes d’étoiles, diagrammes, coupes de véhicules défilant à toute vitesse, puis ils ont vu une image holographique d’une planète – est-ce la Terre ? – en train de mourir, “ruinée par la pollution”. Soulignons que ce genre de vision dramatique est typique dans les témoignages d’enlèvement.

 

– Le bûcheron Travis Walton, Etats-Unis, 1975 :

L’affaire Travis Walton reste l’un des plus remarquables cas d’enlèvement avec témoins multiples. Plus de vingt ans après, Walton et ses camarades ne sont jamais revenus sur leurs déclarations et n’ont pas été contredits par d’autres témoins. Travis est un jeune bûcheron travaillant dans l’Arizona au sein d’une équipe de sept hommes. Un soir de 1975, en rentrant de leur travail, les hommes aperçoivent un grand ovni lumineux de couleur dorée, surmonté d’un dôme. L’engin est en vol stationnaire au-dessus d’une clairière. Il y a eu déjà beaucoup d’observations d’ovnis dans la région. Travis, que ces récits passionnent, saute de la camionnette et s’élance vers l’objet lumineux, malgré les appels de ses camarades. Ceux-ci voient alors un faisceau de lumière qui vient le frapper, le projetant à terre. Affolés, ils prennent aussitôt la fuite. Quand le chef d’équipe, reprenant ses esprits, revient sur les lieux, Travis Walton a disparu.

Les recherches, entreprises immédiatement, restent vaines. La police soupçonne d’abord un meurtre – il y avait des dissensions dans l’équipe à cause du retard pris dans le travail. Or, soumis au détecteur de mensonge, les hommes font tous le même récit. Walton est retrouvé cinq jours plus tard, au bord d’une route, hagard. La mémoire lui revient peu à peu. Il se rappelle s’être réveillé dans une petite salle, allongé sur un lit. Trois petits êtres effrayants, dotés d’une grosse tête et de grands yeux, qui se sont approchés de lui, ont pris la fuite quand il les a repoussés brutalement.

Il entreprend alors d’explorer l’ovni. Après avoir parcouru un couloir incurvé, il pénètre dans une salle circulaire. Au centre, il voit un fauteuil. A mesure que Travis s’en approche, la lumière s’atténue. Il distingue alors au-dessus de sa tête une voûte étoilée, s’assoit sur le siège face à une sorte de tableau de bord et commence à essayer de le manipuler. Un humanoïde d’assez grande taille entre alors dans la pièce, lui adresse un sourire et le conduit dans une autre partie du vaisseau – lequel se révèle beaucoup plus grand que Travis ne l’avait imaginé. Apercevant plusieurs soucoupes réunies dans une vaste salle, il suppose qu’il est à bord d’un “vaisseau-mère”. Il se retrouve finalement dans une autre salle, de dimensions plus réduites, où des êtres d’apparence humaine sont rassemblés. Il y a une femme parmi eux, mais tous se ressemblent comme des jumeaux. A cet instant, les visiteurs cosmiques endorment Travis, qui ne réussira pas, par la suite, à se souvenir de ce qui s’est passé après. Mystification ou réalité ? Notons que l’hypnose ne fut pas utilisée dans cette affaire et que des enquêteurs sérieux la tiennent toujours pour véridique. En 1979, Travis Walton a raconté son histoire dans un livre, “Fire in the Sky”, qui a inspiré un film du même nom. Celui-ci est assez fidèle au livre, sauf en ce qui concerne la séquence de l’enlèvement, terrifiante et sans le moindre rapport avec son récit !

 

– Le caporal Armando Valdès, Chili, 1977 :

Voici un autre cas remarquable, avec témoins multiples, et une particularité exceptionnelle qui est la manipulation apparente du temps. On peut rapprocher l’expérience de Carl Higdon de celle du militaire chilien Armando Valdès. Le 25 avril 1977, Valdès, caporal dans l’armée de terre, commande une patrouille dans les Andes, au nord du pays. Il est enlevé par un ovni presque devant ses hommes. Sa disparition est brève – environ un quart d’heure -, mais ses compagnons le retrouvent évanoui… avec une barbe de cinq jours ! De plus, Valdès s’aperçoit que sa montre, arrêtée à l’heure exacte de sa réapparition, avance de cinq jours, comme s’il avait passé ce temps dans un monde parallèle, où le temps s’écoulerait plus vite que le nôtre. Mais il n’a aucun souvenir de ce qui a pu se passer pendant sa disparition. Il faut signaler que, ces dernières années, Valdès a annoncé son intention d’écrire son histoire, qu’il verrait maintenant comme une expérience spirituelle, plutôt qu’un contact extraterrestre au sens classique du terme. Mais on attendait encore son récit en 2008.

 

– Kelly Cahill, Dandenong, Australie, 1993 :

Voici encore un cas important, lui aussi avec témoins multiples, qui s’est produit en Australie, dans la région des Dandenong Foothills en 1993. Les passagers de trois voitures sont arrêtés le long d’une route par un ovni. Le premier témoignage, le plus important, est celui de Kelly Cahill, qui observe avec son mari un énorme ovni posé dans un champ. Un scénario classique d’enlèvement se déroule ensuite, avec perte de mémoire retrouvée en partie sous hypnose. Les passagers des deux autres voitures, retrouvés non sans mal, confirment le récit des premiers témoins. Kelly Cahill a raconté son histoire dans le livre “Encounter” (Harper Collins, 1996). Soulignons qu’il y a bien des cas d’enlèvements avec plusieurs témoins, ce qui renforce beaucoup leur crédibilité. En voici un autre, cette fois en France.

 

– Monsieur « D », France, 1998 :

Ce cas français met en scène Monsieur D., technicien aéronautique en retraite, et quatre autres témoins directs. Monsieur D. avait rendez-vous pour une partie de chasse au hameau du Ruel, près de Haravilliers, dans l’Oise, le 10 janvier 1998. Lorsqu’il arriva à l’aube à l’entrée du hameau, avec des amis répartis dans deux voitures, ceux-ci virent soudain un énorme ovni circulaire en vol stationnaire à faible hauteur au-dessus de la route. Selon la description de Monsieur D., il était totalement silencieux, large d’environ 45 m, et avec de nombreuses lumières colorées sur le pourtour. Ce témoin, que j’ai rencontré plusieurs fois, avec d’autres enquêteurs, nous a paru très crédible. Il se rappelle, sans hypnose (qu’il a toujours refusée), avoir été enlevé à bord de l’ovni et soumis à une sorte d’examen médical. C’est en fait un cas complexe, avec possible distorsion du temps. En effet, il a le sentiment d’avoir été projeté dans une autre “dimension”, avec une sensation de puissante accélération. Il se souvient maintenant d’avoir vu des êtres de grande taille, “à tête d’aigle”, à bord d’un autre vaisseau où il avait été amené. Il faut souligner qu’il y avait d’autres témoins au sol (on ne sait pas si l’un d’eux aurait été aussi enlevé) : deux passagers dans sa voiture, une personne dans la voiture qui les suivait, et un autre chasseur qui les attendait sur un parking situé à l’autre bout du hameau. Celui-ci se rappelle avoir été survolé par le même ovni, qui l’a enveloppé d’une sorte de « pluie de lumière » ! Après quoi, il a vu l’ovni aller vers le hameau – il a craint qu’il aille s’y écraser – et il a perdu conscience. Lorsqu’il s’est réveillé, un quart d’heure plus tard, comme Monsieur D., celui-ci était là mais il ne l’avait pas vu arriver. Après une longue enquête, cette histoire garde tout son mystère.

 

– Un cas étrange et controversé : Betty Andreasson

L’histoire singulière de Betty Andreasson-Luca a fait l’objet de pas moins de cinq livres depuis 1979, tous écrits par Raymond Fowler, ancien directeur des enquêtes du MUFON (Mutual UFO Network), le principal organisme d’enquêtes américain. C’est une histoire exceptionnelle, d’abord par sa durée, avec des enlèvements depuis l’enfance, et parce que Betty peut être considérée aussi bien comme une “contactée” que comme une “abductée”. Son récit est particulièrement riche en visions extraordinaires, remémorées peu à peu sous hypnose. Les “voyages” de Betty Andreasson-Luca font davantage penser à des visions initiatiques, et même mystiques, qu’à de véritables enlèvements par des extraterrestres. Elles comportent des prédictions apocalyptiques, rappelant les visions des prophètes et annonçant qu’une grande partie de l’humanité périra bientôt, mais qu’un petit nombre sera sauvé ! Mais on y trouve aussi cet aspect non moins troublant des manipulations génétiques, sur lesquelles Budd Hopkins et David Jacobs ont mis l’accent à partir des années 80.

 

– Budd Hopkins et la découverte du « temps manquant » :

Un ouvrage qui reste parmi les plus importants dans l’étude des enlèvements est celui d’un artiste new-yorkais, Budd Hopkins, paru en 1981 et intitulé “Missing Time”, c’est-à-dire « Temps manquant » (traduit en français sous le titre “Enlèvements extraterrestres”). Le titre souligne ce phénomène de trou de mémoire affectant souvent le témoin entre le début et la fin de l’incident. Au moins deux heures, on l’a vu, dans le cas de Betty et Barney Hill, éventuellement plus court.

Budd Hopkins relate une série d’enquêtes réalisées sous hypnose avec l’aide d’une spécialiste compétente, le Dr Clamar, qui confirme d’ailleurs le sérieux de ce travail dans une postface. Selon elle, les douze sujets amenés par Hopkins, qu’elle a soumis à de longues séances d’hypnose pendant deux ans, et dont cinq sont présentés dans le livre, sont des gens normaux, ordinaires, sans aucune pathologie discernable. Pourtant, ils sont tous troublés et révèlent sous hypnose de terrifiantes histoires d’enlèvement à bord d’un ovni, avec examen médical, parfois douloureux et toujours traumatisant. Elle souligne qu’il ne s’agit pas de fantasmes courants, du type plaisant où l’on se voit dans un rôle avantageux : ceux-là amènent “la peur et la terreur”. S’agit-il d’hallucinations ?, se demande encore le Dr Clamar : on admet en psychiatrie que cela peut arriver à des gens normaux. L’interrogation demeure donc ouverte et exige, selon elle, une étude prolongée.

Un exemple typique de témoin traumatisé, présenté dans le livre, est celui de Steven Kilburn (pseudonyme). Sous hypnose, Kilbum revit avec terreur son enlèvement au bord d’une route peu fréquentée et un examen médical assez pénible. Après son interrogation sous hypnose par le Dr Clamar, il a eu un entretien avec un neurologue, le Dr Paul Cooper, qui a dit à Budd Hopkins sa stupéfaction devant la description de l’examen correspondant très exactement au test des différents nerfs moteurs : « II aurait fallu qu’il en sache beaucoup pour inventer tout cela, et je suis certain qu’il n’est pas du genre à mentir. C’est quelqu’un de bien et qui m’a beaucoup impressionné. Toute cette affaire est remarquable. »

Un cas moins dramatique est celui de Virginia Horton (pseudonyme), une jeune femme menant une vie bien remplie entre son mariage et son métier de cadre, mais qui avait souvenir de deux incidents bizarres avec “temps manquant”, l’un à l’âge de six ans, l’autre à seize ans, qu’elle désirait éclaircir sous hypnose. Les séances du Dr Clamar dévoilèrent toute une histoire de “relations” étranges, toujours avec ces mystérieux visiteurs, comportant donc deux enlèvements et peut-être plus. Cette affaire mérite une attention spéciale car elle suggère une relation moins sombre que celle du modèle courant qui va émerger au fil des années. Virginia se remémore des dialogues et des descriptions merveilleuses d’autres mondes contés par le visiteur : « Oui, il m’a dépeint un tableau merveilleux de tout ce qu’il y a à voir. Des choses belles, des choses incroyables… et qui n’ont pas de fin. Aussi longtemps que vous cherchiez et aussi loin que vous alliez, vous n’en verriez jamais la fin. » Mais il y a aussi cet aspect inquiétant d’opérations sur le corps humain : une coupure assez large et profonde au mollet quand elle avait six ans ; une probable extraction d’implant qui lui avait provoqué un saignement de nez, lors de sa deuxième expérience, à seize ans au cours d’une promenade dans les bois. On voit aussi apparaître le phénomène de la « mémoire-écran » : elle croit voir un cerf qui la regarde et lui dit au revoir télépathiquement !

Le cas de Kathie Davis (pseudonyme), relaté par Hopkins dans son deuxième livre, “Intruders”, est une longue histoire d’enlèvements multiples touchant plusieurs membres (et plusieurs générations !) d’une même famille. Cette fois, les mystérieuses opérations gynécologiques pratiquées par les aliens sur les humains comportent non seulement des prélèvements d’ovules, mais aussi des implants d’embryons et des prélèvements de fœtus. Les visiteurs de l’espace présentent à Kathie Davis une petite fille, très jolie mais d’allure fragile, au teint pâle et aux grands yeux. Ils lui expliquent qu’il s’agit de son enfant hybride ! Ce livre est un tournant majeur de la recherche sur les enlèvements car il a ouvert la voie à toute la réflexion sur ce qu’il est convenu d’appeler le “scénario génétique”. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette piste qui a été ouverte par Hopkins, suivi par beaucoup d’autres, dont son ami David Jacobs, n’est pas près d’être refermée, en dépit des critiques, abondantes et prévisibles, dont elle fait l’objet.

 

– Le scénario inquiétant de David Jacobs :

Une nouvelle étape a été franchie en 1992 avec le livre “Secret Life” de l’historien David Jacobs (traduit en français sous le titre fracassant “Les kidnappeurs d’un autre monde”), spécialiste de l’histoire de l’ufologie et devenu enquêteur à son tour à la suite de Budd Hopkins.

Jacobs y fait la synthèse de cinq années d’investigations sur plus de soixante sujets ayant révélé sous hypnose leurs enlèvements. Il y établit une sorte de scénario-type, de modèle standard, qui semble se répéter, principalement aux Etats-Unis, depuis les années 70. En voici le scénario, très résumé, qui renforce les aspects gynécologiques et génétiques de ces aventures, avec éventuellement quelques variantes. Le début est classique : enlèvement et transport à bord de l’ovni, puis examen physique. Jacobs met ensuite en évidence deux aspects nouveaux ou du moins ignorés jusque là : l’inspection mentale (mindscan) – les victimes ont l’impression que leur esprit est envahi, qu’on lit dans leurs pensées, et qu’elles ne peuvent résister – et la création d’un lien affectif très puissant (bonding). Viennent alors des opérations de reproduction.

Pour David Jacobs, comme pour Budd Hopkins, et d’autres chercheurs qui ont pratiqué ce genre d’investigations, les interventions gynécologiques sont une constante et constituent le point focal de tous ces récits d’enlèvements. Ce sont des opérations de prélèvements d’ovule, par le vagin ou au niveau du nombril, et la plupart des victimes savent ce qui se passe. Les êtres utilisent un long tube fin et flexible par le vagin, ou une fine aiguille prolongée par une sorte de seringue par le nombril. C’était, on l’a vu, cette procédure qui avait été décrite par Betty Hill, lors des séances d’hypnose chez le Dr Simon, en 1964, donc bien avant qu’elle soit utilisée en gynécologie, au cours des années 70, ce qui contribue à exclure toute fabulation de sa part. Evidemment, on ne peut en dire autant des récits plus récents…

Les opérations d’implantation d’embryon semblent comparables. En revanche, on arrive maintenant à la phase cruciale, très au-delà de la pratique médicale, qui est l’extraction de fœtus vivants, mettant fin mystérieusement à la grossesse. Il faut souligner ici qu’il n’y a pas, à ce jour, de cas constaté médicalement de façon certaine (publié dans la littérature médicale : mais quelle revue accepterait de publier cela ?). Enfin, lors d’un enlèvement ultérieur, vient la « présentation d’enfant ». C’est d’abord la visite d’une salle d’incubation (“incubatorium”), avec des récipients transparents remplis d’un liquide dans lequel baignent des fœtus en incubation : Le “Meilleur des mondes” est arrivé ! Certains témoins disent avoir vu jusqu’à une centaine de fœtus dans un tel lieu… Vient ensuite la présentation d’enfants dans une nursery. Tous les témoignages se recoupent : il s’agit de petits êtres très fragiles, à l’air maladif et prostré, d’apparence hybride. Les aliens demandent aux femmes de prendre les “enfants” dans leurs bras, ce que certaines acceptent, envahies par la pitié. Notons que de nombreuses victimes résistent et refusent toute “coopération”, au point d’étonner les étrangers. Des ruses, telles que des images “écran”, semblent employées pour les amener à s’y résoudre : l’enfant revêt alors l’apparence d’un beau bébé humain. Une autre façon consiste à lui faire croire que c’est son propre enfant !

La conclusion de David Jacobs est très pessimiste et est un véritable cri d’alarme : « Nous avons été envahis. Ce n’est pas une occupation, c’est une invasion […]. Nous voyons un programme inquiétant d’exploitation apparente d’une espèce par une autre. Nous ne savons pas comment cela a commencé. Nous ne savons pas comment cela se terminera. Mais nous devons faire face à ce phénomène d’enlèvements et commencer à réfléchir rationnellement à ce que l’on peut faire. » Dans un second livre, au titre provocant : “La Menace” (“The Threat” – Jacobs m’a dit que c’était l’éditeur qui avait choisi ce titre), Jacobs prédit un scénario d’envahissement et de sujétion de l’humanité qui fait penser aux plus sombres scénarios de science-fiction : l’humanité tout entière est menacée par une race d’aliens qui fabriquent secrètement des êtres hybrides destinés à nous remplacer et qui vont bientôt prendre le pouvoir sur Terre ! Ce sera le grand ”changement” (The Change), et cela se fera dans quelques années, ou peut-être dans une ou deux générations…

Il faut dire que David Jacobs, avec ces vues extrêmes, n’a pas fait école aux Etats-Unis, et encore moins dans les autres pays. Si l’on prend ces témoignages au sérieux, d’autres hypothèses, encore inquiétantes mais moins catastrophiques, sont imaginables. Cela dit, des histoires de ce genre ont été recueillies par de nombreux enquêteurs indépendants, et qui se recoupent bien, comme l’ont montré les études de l’ethnologue Thomas Bullard. On est obligé d’admettre, d’une part la sincérité de la plupart des témoins – en dépit de toutes les critiques des sceptiques, dont je ne vais pas faire ici l’inventaire car il serait trop long et, à vrai dire, fort ennuyeux – et d’autre part une certaine cohérence de l’ensemble du dossier des enlèvements. Si nous prenons par exemple les aspects gynécologiques, ce scénario d’enfants transgéniques, menés à terme artificiellement, pourrait bien devenir possible médicalement au cours de ce siècle, comme le suppose Henri Atlan dans son livre “L’utérus artificiel” (Seuil, 2005). Au minimum, cela donne à réfléchir : ce que racontent ces témoins n’est pas forcément absurde ! Il y a, d’autre part, des éléments physiques qui, s’ils ne sont pas encore des preuves de la réalité de ces récits, n’en sont peut-être plus très loin.

 

– Des opérations d’implants ?

De nombreux « abductés » ont gardé des traces curieuses sur leur corps, telles que de fines coupures et de petites cavités rondes (les « scoop marks ») suggérant le prélèvement de tissus ou l’insertion d’implants sous la peau.

On parle beaucoup, aujourd’hui, des implants de fabrication humaine, destinés initialement aux animaux, mais maintenant aux humains eux-mêmes. Eh bien, à l’instar de certaines techniques gynécologiques décrites avant l’heure, de tels implants ont été trouvés, semble-t-il, sur le corps d’un certain nombre d’enlevés, et certains ont pu être extraits chirurgicalement, notamment depuis 1995, par le Dr Roger Leir et des collègues, en Californie. Je le connais bien et j’ai pu mesurer sa sincérité et son bon sens. Ce n’est pas un chirurgien fou, ni un escroc comme on l’a prétendu lors d’une émission malhonnête de TF1.

J’ai même rencontré l’un de ses opérés, Tim Cullen, et je peux dire qu’il est tout le contraire d’un mythomane. C’est un petit entrepreneur de bâtiment qui avait fait une « rencontre rapprochée » avec un ovni il y a une vingtaine d’années, alors qu’il roulait un soir avec sa femme sur une route isolée en Arizona. Et il avait, lui aussi, un temps manquant de deux heures. Des années plus tard, à la suite d’une blessure au poignet gauche, on lui a trouvé un petit objet métallique qu’il a fini par se faire extraire par le Dr Leir en janvier 2000. Tim avait attendu que ses filles aient une vingtaine d’années pour en parler.

En tout, à fin 2005, le Dr Leir a effectué douze opérations d’extraction d’implant supposé (et seize à fin 2011). Des analyses ont été faites en laboratoire, qui ont donné des résultats curieux, tant sur le plan métallurgique que biologique, mais qui n’ont pu encore être poussées jusqu’à constituer un dossier décisif, et qui ont fait l’objet, bien entendu, d’une vive controverse. Ces analyses n’ont pas été entièrement publiées. Pour en savoir plus, il faut lire son livre, traduit en français sous le titre : “OVNIS et implants. Un chirurgien témoigne” (Le Mercure Dauphinois).

 

– L’approche plus spirituelle du Dr Mack :

La question des preuves physiques reste cruciale dans cette affaire des récits d’enlèvements, mais le psychiatre John Mack s’est intéressé davantage aux dimensions psychologiques, et même spirituelles, des témoignages. John Mack était un professeur de psychiatrie américain très réputé à l’école de médecine de l’université de Harvard. Avant de s’intéresser aux histoires d’enlèvements, il était déjà connu pour son militantisme pacifiste et écologiste, ainsi que pour son indépendance d’esprit dans son propre domaine. C’est dans cet état d’esprit que John Mack a découvert – et s’est rapidement passionné pour elles – les histoires d’enlèvements à bord d’ovnis, après avoir rencontré en 1990 Budd Hopkins. Après avoir étudié de nombreux cas, Mack en a présenté treize dans un premier livre paru en 1994 : “Abduction. Human encounters with Aliens” (traduit sous le titre : “Dossier Extraterrestres. L’affaire des enlèvements”). Dès sa parution, ce gros livre de plus de 400 pages a provoqué une avalanche de critiques virulentes, aussi bien dans la grande presse que dans les revues spécialisées. Mack a alors subi un tel tir de barrage qu’il a bien failli perdre son poste à Harvard. Mais cela n’a pas arrêté cet homme courageux et il a approfondi encore sa réflexion dans un second livre, “Passport to the Cosmos”, paru en 1999.

Malheureusement, Mack a été tué dans un accident de circulation à Londres, en novembre 2004, et c’est une grosse perte pour la communauté ufologique internationale, n’en déplaise à ses détracteurs, encore nombreux. Il serait présomptueux d’essayer de résumer sa pensée en quelques mots. Disons seulement qu’il a voulu mettre l’accent sur l’élargissement de conscience qu’il a constaté sur les témoins qu’il a pu étudier. Pour Mack, ceux-ci deviennent préoccupés par la défense de l’environnement et s’ouvrent à des perspectives nouvelles sur le plan spirituel. Avec le Dr Mack, on voit ainsi émerger une vision nouvelle de ce que pourraient être à l’avenir nos relations avec le « cosmos », avec d’autres « dimensions » et avec d’autres êtres intelligents.

Gildas Bourdais

 

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