Les crop circles (1)

 crop-12

 

Voici le premier texte d’une série abordant le sujet des crop circles ou agroglyphes, ces formations géométriques dans les champs de céréales qui ont commencé à faire parler d’elles dans les années 1980.

La question fondamentale est bien sûr celle-ci : s’agit-il, comme beaucoup le prétendent, de productions uniquement dues à des mystificateurs et à des artistes du paysage, ou existe-t-il un phénomène authentique de base généré par une intelligence « non-humaine », ce phénomène de base étant parasité par des mystificateurs et artistes, lesquels sont à l’origine de la plupart des crop circles ?

 

Le 13 décembre 2006 a été diffusée sur TF1 une émission de Julien Courbet intitulée « Les 30 impostures les plus incroyables ». Outre une séquence consacrée au « contacté » suisse Edouard Meier, qualifié de charlatan, il y a eu une séquence relative aux crop circles. Le phénomène a été expliqué par le travail réalisé, pendant quatorze ans, par Doug Bower et David Chorley, lesquels ont « révélé », au début des années 1990, être les auteurs des formations avec l’aide de simples planches et cordes. Le phénomène a été circonscrit à ces deux individus, comme si celui-ci s’était achevé à la date de la « confession » ! Rien n’a été dit sur tout ce qui s’est passé durant la période postérieure à cette date, le phénomène ayant perduré jusqu’à nos jours. Dans cette émission, en effet, aucune mention n’a été faite de l’extension du phénomène dans diverses parties du monde, ni des controverses relatives au dossier… On a vu, dans cette émission, une courte intervention de Jean-Claude Bourret (également intervenu dans la séquence sur Edouard Meier), celui-ci s’étant contenté d’énoncer une ou deux phrases à caractère général sur la « tromperie » en matière d’OVNIs…

Fin mai 2006, une autre émission diffusée sur TF1, relative aux « 30 histoires les plus mystérieuses », avait été moins catégorique sur l’origine uniquement humaine du phénomène. A cette occasion, la parole avait été brièvement donnée à Nicolas Montigiani.

Notons que le 3 mars 2007 une « rectification », par rapport à l’émission de Julien Courbet, a en quelque sorte été faite dans une autre émission de TF1 (« La soirée de l’étrange ») dans laquelle une séquence a traité des crop circles : les « papys farceurs » ont été évoqués, bien sûr, mais pour montrer qu’ils ne pouvaient pas être responsables de l’ensemble du phénomène. L’ufologue Patrick Gross, ardent défenseur de l’attribution de la totalité des crop circles à des hommes, a critiqué cette émission sur son site Web. Après avoir relevé quelques inexactitudes de l’animateur, il critique le contenu qu’il qualifie de sommaire, d’irréfléchi, d’erroné, de partial, de tronqué et de faussé. Si certaines critiques concernant cette séquence sont justifiées, la séquence incriminée a néanmoins le mérite, que Patrick Gross ne lui reconnaît évidemment pas, de ne pas avoir circonscrit le phénomène crop circles aux seuls « papys farceurs ». En outre, on notera que Patrick Gross n’évoque pas l’émission de Julien Courbet ayant attribué l’ensemble du phénomène à Doug Bower et David Chorley. De deux choses l’une : ou il n’a pas vu l’émission, ou il n’en a pas parlé parce que les conclusions de la séquence sur les crop circles lui convenaient fort bien ! Dans ce dernier cas, on ne pourrait pas parler d’une attitude vraiment objective. En effet, il lui aurait alors fallu signaler le caractère réducteur de l’attribution de la totalité des crop circles aux « papys farceurs », les responsables de l’émission ayant « omis » (dans son optique) de signaler que des artistes du paysage avaient repris le flambeau jusqu’à nos jours ! Mais peut-être que Patrick Gross n’a pas vu l’émission…

 

* La version de Doug Bower et David Chorley :

Doug-Bower-newsSur son site Web (), Patrick Gross a identifié Doug Bower à « l’homme qui a créé le phénomène des crop circles ». Voici la version des faits selon les « papys farceurs » :

Doug Bower dit s’être rappelé, un jour, un article qu’il avait lu quand il était en Australie, cet article concernant quelques cercles dans des roseaux et herbes à Tully, dans le Queensland. Lui et son collègue David Chorley ont alors eu l’idée de faire des cercles, pensant que les gens penseraient qu’un OVNI avait atterri.

Pendant les deux premières années, leurs cercles n’ont pas été vus car ils étaient faits dans des champs que le public ne pouvait pas voir depuis les routes. Leur premier cercle « dans la cuvette de Punch » a été fait en 1981. Les « soucoupes volantes » étant circulaires, Doug Bower dit que lui et son ami avaient eu l’idée de réaliser des cercles dans les champs. A propos d’un cercle réalisé en 1981, à Cheesefoot Head, Pat Delgado avait dit que c’était un OVNI qui avait fait ce cercle.

Doug-Bower-cropcircleTerence Meaden ayant mis en avant la théorie selon laquelle les crop circles sont faits par des tornades particulières, une preuve en étant que tous les crop circles se développaient en spirales dans le sens des aiguilles d’une montre, les « papys farceurs » firent un crop circle dont la spirale se déroulait dans le sens contraire des aiguilles d’une montre…

 

DougBower2DougBowerC’était dans la nuit des vendredis que les deux acolytes faisaient leurs cercles dans les champs. Ayant finalement annoncé à leurs épouses qu’ils étaient à l’origine du « phénomène », ils purent en faire d’autres jours de la semaine. Le côté argent, dit Doug Bower, n’est jamais entré en ligne de compte. Quant aux sons « mystérieux » parfois enregistrés dans les champs, ils étaient dus au gazouillis d’un oiseau : la locustelle. A propos des « marques » que l’on voit parfois sur des photos prises en relation avec des « crop circles », Doug Bower pense que le lien entre les deux relève de l’imagination.

Doug Bower donne en outre une explication très simple au fait que le phénomène des crop cercles s’est étendu à d’autres régions du monde. Lorsque lui et David Chorley réalisaient leurs « cercles », certains visiteurs leur ont dit qu’ils en feraient à leur tour dans leur pays. Ces visiteurs ont donc réalisé, dit Doug Bower, leurs propres « cercles » en Amérique, au Canada, en Allemagne, au Japon…

Dans une interview téléphonique datée du 9 septembre 1991, David Chorley (décédé en 1996) a dit que lui et Doug Bower venaient de révéler, pour deux raisons, qu’ils étaient à l’origine des crop circles. D’abord, les « experts » en crop circles harcelaient le ministère de la Défense au Royaume-Uni pour lui faire entreprendre des recherches sur le mystère des crop circles. Doug Bower et David Chorley ont réalisé que ce serait un gaspillage de l’argent des contribuables, et c’était l’une des raisons qui les a décidés à mettre fin à la plaisanterie. Une autre raison était que les « experts » comme Pat Delgado, Colin Andrews et d’autres, gagnaient de l’argent en vendant des livres et des vidéos, en faisant des tournées de conférences. Les deux acolytes ont jugé que ces « experts » faisaient de l’argent sur le dos de la crédulité des gens.

Doug-Bower4Voilà donc les « révélations » des « papys farceurs » : ils sont à l’origine du phénomène, leur œuvre ayant été ensuite poursuivie et développée (avec une complexification des formes géométriques) par des « artistes du paysage » et autres mystificateurs. Le « mystère » est donc résolu et le débat est clos.

Il ne faut pas s’étonner que de nombreux auteurs aient relayé cette explication de l’ensemble des crop circles, tous les grands médias s’en étant fait l’écho. L’ufologue Thierry Pinvidic avait « expliqué », dans le numéro de novembre 1990 de « Science et vie », que les crop circles étaient le résultat de supercheries.

Pour Patrick Gross, le seul lien véritable avec la question des OVNIs concerne les déclarations de Doug Bower et David Chorley à propos d’une observation au Queensland australien en 1966, des plaisantins de la région ayant commencé à faire des « cercles » en aplatissant des céréales dans les champs. Cette plaisanterie avait pour objectif que l’on dise : « Regardez là, une soucoupe a dû se poser. » Doug Bower, qui vivait à l’époque dans cette région, a alors eu l’idée de faire la même chose en Angleterre. D’autres personnes ont alors exporté le « phénomène » dans d’autres pays, et c’est ainsi, écrit Patrick Gross, que le « mystère » est né.

 

* Que penser de ces révélations ?

Qu’en est-il des deux individus présentés comme étant les auteurs des crop circles ? Voici, à ce propos, le début de l’introduction du livre de Michael Hesemann : « Messages. L’énigme des crop circles » (éditions Trajectoire, 2003).

« Si l’on devait s’en tenir à la presse internationale, ils n’auraient pas même eu le droit d’exister. Après que les mystérieux cercles et motifs apparus entre 1989 et 1991 dans les champs de blé du sud de l’Angleterre et dans de nombreuses autres régions du monde eurent fait les manchettes des journaux, officiellement le sujet avait pratiquement disparu de l’actualité médiatique. Si l’on s’adressait aux collègues des salles de rédaction de Londres, Hambourg ou Rome, on obtenait invariablement la même réponse : il s’était agi d’un gigantesque canular, l’oeuvre de deux retraités, tirée au clair depuis longtemps, et légitimement abandonnée à la vindicte publique. Les deux comparses, Doug and Dave, des piliers de comptoirs qui étaient parvenus à tromper leur monde en mettant au point un canular comparable à l’affaire de Piltdown ou au journal de bord de Hitler, incarnaient à présent un archétype qu’il n’était plus possible d’oublier ou de faire disparaître de la conscience collective. Les chercheurs, autant irrités que discrédités, travaillant dans ce domaine, n’ont-ils pas fait rire, ou sourire, tout le monde, après avoir été bernés au point de ne pas pouvoir réaliser que leur plus beau rêve, la manifestation d’une intelligence extraterrestre, s’est effondré comme un château de cartes et qu’il est devenu l’objet de la risée de tous à cause de ce duo d’escrocs ? Il était si rassurant de constater une nouvelle fois que la bonne vieille conception des choses de ce monde avait été préservée et avait échappé à une menace latente. Mais tout cela était-il en fait aussi évident que l’on prétendait nous le faire croire ?

Ces drôles de frères fatigués de leurs harassantes nuits passées à piétiner les champs de blés de leur terre natale dans le sud de l’Angleterre en s’aidant de bâtons, de planches et de cordes, ne tardèrent pas à prendre officiellement leur retraite. Dave Chorley est décédé en 1996. Mais ce n’est pas pour autant que le phénomène des cercles de blé, dont ils étaient soi-disant à l’origine, connut une accalmie. Bien au contraire : après l’aveu public du canular par les deux vieux plaisantins, le phénomène s’amplifia quantitativement et qualitativement partout dans le monde, et ce d’une manière impressionnante. Les vieillards avaient-ils suscité des vocations auprès d’émules qui auraient pu être leurs maîtres ? Ou bien y a-t-il eu dès le début, parallèlement aux imitations maladroites des robustes piétineurs de champs de blé, un véritable phénomène dont le développement a suivi une courbe exponentielle, comme disent les chercheurs de cercles de blé, et qui va tout droit vers un ‘‘point Oméga’’, à savoir l’entrée en relation, au vu et au su de tous, avec ceux qui en sont à l’origine ? » (M. Hesemann)

Dans l’édition du 9 septembre 1991 du journal à sensation « Today », on lisait sur cinq colonnes à la une : « Ces hommes nous ont trompé. » Ce journal à scandale évoquait une supercherie organisée par Doug Bower (67 ans) et Dave Chorley (62 ans). Au cours d’une nuit de beuverie de l’été 1978, ils étaient censés avoir piétiné plus de 200 champs de blé pour y faire des cercles, munis de cordes, de planches et d’un capuchon de baseball (pour l’orientation). Pat Delgado tomba dans le piège de leur dernière falsification lorsque « Today » lui demanda d’expertiser le « cercle » le plus récent.

Lorsque les deux « artistes » voulurent faire une démonstration de leur art devant les caméras du monde entier, ils n’improvisèrent que des cercles irréguliers dont les tiges étaient brisées et dont les bords n’étaient pas nets. Lorsque les 200 fermiers concernés portèrent plainte contre « Doug et Dave » pour trouble de l’ordre public et dégradation du bien d’autrui, les plaintes furent rejetées par le tribunal pour « insuffisance de preuves permettant d’établir la responsabilité ».

« Doug et Dave » étaient-ils vraiment deux escrocs et toute cette histoire un canular médiatique ? George Wingfield et Colin Andrews ont subodoré quelque chose d’autre. L’article paru dans « Today » était signé « copyright MBF services », « une simple agence de presse » selon la rédaction du journal. Mais il n’existe aucune agence de presse qui porte ce nom. Il n’existe que deux sociétés dans toute l’Angleterre qui utilisent ces initiales : une imprimerie de formulaire en Ecosse et un laboratoire ultrasecret travaillant pour le programme d’Initiative de Défense Stratégique dans le comté de Somerset. En outre, un journaliste américain de CBS avait reçu un avertissement d’un scientifique du gouvernement français de ne pas compromettre sa notoriété pour des cercles de blé, car le gouvernement anglais était sur le point d’engager deux artistes pour les présenter comme les créateurs des cercles de blé « afin de mettre un terme à tout ce fâcheux tintamarre ».

Après la retraite de « Doug et Dave », il y eut certes d’autres faussaires, parmi lesquels le photographe Robert Irving et l’Américain Jim Schnabel (de Washington D. C.), ce dernier ayant fait des études à Oxford financées par une fondation américaine. Ils firent tout leur possible pour faire croire qu’ils étaient les auteurs de tous les « cercles ». Mais lorsque des « céréalogistes » et un journal allemand organisèrent un « concours de faussaires de cercles de blé », ces concepteurs de faux pictogrammes s’illustrèrent surtout par leur médiocrité. Ils continuèrent cependant à alimenter le débat tout au long des années 1990, tandis que se poursuivait la recherche de preuves de l’existence d’un vrai phénomène… (1)

Voici également ce que précisent, à propos des « papys farceurs », Werner Anderhub et Hans Peter Roth (« Le mystère des crop circles », éditions Véga, 2003) :

Dès 1983, le quotidien britannique « Daily Express » essaya de contrer son concurrent, le « Daily Mirror », en commandant un « cercle » près de Westbury (Wiltshire). Mais, à en croire Doug Bower, on peut remonter encore plus loin dans l’histoire des « faussaires ». « Je me suis toujours intéressé aux ovnis et aux soucoupes volantes », a expliqué le retraité. Il prétend avoir dessiné un petit cercle en 1978 dans un champ de blé du comté de Hampshire, « pour imiter la trace d’une soucoupe volante ».

DougBower5Doug Bower et David Chorley firent une démonstration pour la presse, et en l’espace d’une heure ils aplatirent au rouleau, sous l’œil des caméras, une figure en forme d’haltères. Colin Andrews a déclaré que l’on n’avait rien vu d’impressionnant. Mais cela avait suffi, malgré l’imperfection de la démonstration, à étouffer le débat public.

En 1992, le réalisateur de documentaires John Macnish demanda à Doug Bower et David Chorley de réaliser un pictogramme d’après un plan de son choix. On testa les réactions de ceux qui découvriraient le « cercle ». Lucy Pringle tomba dans le piège. Colin Andrews ne se prononça pas, Pat Delgado ne se rendit pas sur les lieux, et Jürgen Krönig reconnut un faux de Doug Bower et David Chorley. (2)

 

* Une rétractation de Doug Bower :

Quelle n’a pas été ma surprise de lire, dans le numéro 6 de novembre/décembre 2008 (p. 10) de « Science et inexpliqué », ceci :

« En 1998, dans une interview réalisée pour le compte du quotidien anglais Sunday People, l’un des deux papys farceurs, Doug Bower (David Chorley est décédée en 1996), se rétracte soudain et avoue qu’en définitive il n’est pas l’auteur de tous les crop circles. Tout juste d’une petite dizaine et encore… Pour l’occasion – et contre toute attente -, le retraité livre le fond de sa pensée : il en est fermement convaincu, des forces inconnues sont bien à l’origine de la plupart des dessins, surtout les plus compliqués, comme les célèbres pictogrammes apparus au début des années quatre-vingt-dix. Panique dans les rangs de ceux qui pensaient l’affaire définitivement reléguée au rang de canular ! »

Voilà une rétractation qui n’est nulle part mentionnée dans l’argumentaire des négateurs (comme Patrick Gross) de toute intervention « exotique » dans la réalisation de certains agroglyphes, et pas davantage dans les séquences ou documentaires consacrés aux crop circles…

 

II. Autres faussaires :

Werner Anderhub et Hans Peter Roth citent Janet Parr, une habitante âgée d’Alton Barnes, qui disait que les structures sont inexplicables, qu’il en apparaît plusieurs, parfois, en une même nuit, en très peu de temps. Aucun paysan n’aurait le temps de le faire, et les paysans ne s’amuseraient pas à gâcher leur propre récolte. Il faut, disait-elle, être vraiment borné pour ne pas croire qu’il s’agit d’un phénomène « surnaturel ».

crop-Polly-CarsonPour la fermière Polly Carson, cela ne fait pas non plus l’ombre d’un doute : les crop circles ne sont pas tous de main d’homme. Les Carson ont été soupçonnés d’avoir eux-mêmes fabriqué les figures de l’East Field, près d’Alton Barnes, ou d’en avoir confié le travail à des « faussaires », dans le but d’attirer les curieux dans les champs et de les faire payer. PollyCarsonPolly Carson précise qu’elle et son mari ne sauraient réaliser quelque chose d’aussi parfait, qu’ils ont déjà eu des « faux » dans leurs champs, mais qu’il était facile de détecter ceux-ci car ils étaient « pauvres » par rapport aux autres figures. Mais, ajouta-t-elle, ces faux « nous contrarient beaucoup ».

D’autres individus ont considéré que tous les « cercles » sont des « faux » (c’est-à-dire de création humaine) : John Tobin (qui les attribuait à des jeunes), le pilote de sport Steve Patterson… Des dizaines de figures réalisées de main d’homme ont été attestées en Angleterre. Elles ont été le fait, soit d’individus pris en flagrant délit lors de leurs tentatives nocturnes, soit d’expérimentateurs aux motivations différentes, les commanditaires de ces expériences pouvant être des chaînes de télévision, des journaux ou des firmes privées agissant à des fins publicitaires.

Des firmes privées ont payé des « équipes de faussaires » pour dessiner dans les céréales des logos ou des contours. C’est ainsi que, dans le Warwickshire, les logos de deux groupes de musique pop ont été dessinés dans les blés le 7 juillet 1995 et le 16 juillet 1997.

Pratiquement chaque année, à partir de 1990, des chaînes de télévision ou des journaux ont commandé de tels « cercles ».

ccyell_circlemakersDébut mars 1998, Lundberg, Dickinson et Russel avaient été appelés en Nouvelle-Zélande par la chaîne de télévision NBC pour y dessiner une « fractale » dans une région isolée, à Winton. Ceci fut diffusé en mai 1998 aux Etats-Unis et au Canada. Mais l’émission ne montra pas que, pour réaliser de nuit cette figure, on avait installé des grues et des projecteurs. Malheureusement pour la NBC, des habitants avaient observé cette activité et avaient transmis l’information. Les photos prises au sol de ce « faux » disparurent très vite d’Internet : elles faisaient apparaître un grand désordre d’épis brisés et pliés à l’intérieur du cercle.

fake-crop3La nuit du 26 juillet 1998, deux formations, réalisées pour le compte de la chaîne de télévision britannique BBC, ont été exécutées par l’équipe des « CircleMakers » (les « Faiseurs de Cercles ») et Doug Bower. L’équipe de John Lundberg fabriqua une « figure fractale », alors que Doug Bower travailla à un grand cercle assez simple, entouré de trois « satellites » plus petits. Mais la nuit n’y a pas suffi car les deux figures, dont la BBC avait filmé la « production » pendant la nuit à l’aide de caméras à infrarouge, ne furent achevées que le lendemain, en plein jour. Comble de malchance, les « faussaires » de la BBC furent pris « en flagrant délit » par deux chercheurs britanniques sur les OVNIs : Matthew Williams et Paul Daimon.

Les 5 et 6 août 1998, l’« équipe de faussaires » appelée les « CircleMakers » (après avoir abandonné le nom « Team Satan ») a réalisé une commande pour le compte du fabricant d’automobiles japonais Mitsubishi dans un champ d’East Field. circlemakers15ccnew_yellAyant obtenu l’autorisation du fermier Tim Carson, ils purent travailler en plein jour sans être inquiétés. Mais ils mirent deux journées entières pour réaliser les contours d’une automobile Mitsubishi. Pendant la nuit du 5 au 6 août 1998, l’un des crop circles les plus complexes de la saison 1998 apparut à moins de deux kilomètres de là. John Lundberg, Geoff Gilbertson et Rod Dickinson, les trois équipiers des « CircleMakers », avaient-ils, dans leur élan, travaillé aussi la nuit pour fabriquer un « faux » bien plus sophistiqué ?

Dans la nuit du 28 au 29 juillet 1999, Lundberg, Dickinson et Russel, aidés de quatre autres personnes, exécutèrent une commande pour le quotidien anglais « Daily Mail ». Ils prétendirent avoir réalisé en cinq heures une formation d’une centaine de mètres de diamètre dans les blés. La preuve n’a jamais été fournie. A l’intérieur du cercle, les tiges avaient été aplaties au rouleau dans tous les sens, et l’ensemble ressemblait plutôt à un saccage. En un endroit mal fait, les « faussaires » avaient même essayé de redresser les tiges pliées. Samantha Taylor, la journaliste du « Daily Mail », a cité des « croyants » stupéfaits et convaincus de l’« authenticité » de la figure, mais elle a ignoré d’autres réactions comme celle du spécialiste allemand Andreas Müller. Le cynisme d’un « Daily Mail » a néanmoins le mérite d’obliger les chercheurs sérieux à rester sur leurs gardes.

Une nuit de 1999, quinze personnes réalisèrent une formation sur l’île de Schouwen-Duiveland aux Pays-Bas. D’un diamètre de 200 mètres, cette œuvre (le projet « Fe-Male ») a eu pour initiateur Remko Delfgraauw.

fake-crop1Sponsorisés par la BBC et la chaîne de télévision japonaise Nippon, des chercheurs en crop circles ont organisé, en 1990, une action de surveillance nocturne sous la direction de Colin Andrews. Pour cette opération « Blackbird », les chercheurs disposaient de caméras vidéos tournant pendant 24 heures, d’appareils photographiques à infrarouge, d’appareils de vision nocturne et de radars. Le projet devait durer trois semaines et commencer le 23 juillet 1990. Mais déjà deux jours après, Colin Andrews parla à la télévision des « objets lumineux » captés par les appareils sensibles et d’une nouvelle formation apparue. fake-crop2Il ne se doutait pas qu’il était tombé dans le piège d’une supercherie bien organisée. Cette formation avait été réalisée dans le but de tourner complètement en ridicule les chercheurs en la matière. Colin Andrews, qui dut reconnaître qu’il avait été berné, fut évidemment ridiculisé. Un autre chercheur en crop circles, George Wingfield, cite l’armée britannique en lien avec cette supercherie. Il dit avoir appris d’une source sûre, « dans les hautes sphères de l’armée », que la supercherie de Bratton fut exécutée par l’armée sous les ordres du ministère de la Défense. Le ministère a peut-être voulu de cette manière enrayer un engouement croissant pour les crop circles… (3)

Michael Hesemann précise, à propos de ce canular, qu’on avait pu filmer d’étranges lumières dans le ciel et qu’au centre du cercle on avait trouvé un jeu d’horoscope et une croix en bois. Il s’avéra que les lumières provenaient de montgolfières du milliardaire excentrique de « Virgin », Richard Branson, qui assura n’avoir rien à voir dans tout cela. Voici la déclaration à la presse du caporal de l’armée de terre Darren Cummings :

« Nous sommes ici pour prouver qu’ils (les cercles) ont été faits par des humains, les scientifiques voulant prouver le contraire. »

Dix jours après, les caméras filmèrent un mouvement en spirale d’une quinzaine de secondes exactement à l’endroit où le lendemain matin on découvrit un pictogramme. Il s’agissait d’une spirale en forme de point d’interrogation. Ce film n’a jamais été diffusé. Des rapports cyniques parurent dans les journaux à sensation et dans des reportages, et des personnes qui voulaient faire parler d’elles affirmèrent qu’elles avaient fabriqué ces cercles de blé. Pourtant, aucune d’elles ne put les reproduire, devant les caméras, de manière convaincante. (4)

crop-Jim-Schnabelcropblot18jsUn concours de crop circles fut réalisé, dans la nuit du 11 au 12 juillet 1992, par le magazine allemand « PM« , le quotidien britannique « The Guardian » et « The Cereologist » de John Michell. Les douze équipes participantes devaient réaliser une même formation d’après un plan fourni, entre 22 heures et 4 heures. Le prix s’élevait à 3000 livres sterling. A ce concours participaient aussi Rob Irving, Pam Price et Jim Schnabel. Le réalisateur de documentaires John Macnish avait pour tâche de filmer les douze « faux » le lendemain matin depuis l’hélicoptère, avant que le jury ne choisisse le gagnant. L’équipe d’Adrien Dexter remporta le prix. Ils avaient travaillé avec divers instruments tels que tabourets et échelle de peintre. L’Américain Jim Schnabel, qui concourut en solitaire, fut deuxième.

Certains individus demandent l’autorisation aux fermiers de dessiner des figures dans leur champ et leur versent un dédommagement. C’était le cas, par exemple, de Joachim Koch et de Hans-Jürgen Kyborg. Ceux-ci ont dit ne pas mener leurs expériences dans le but de tromper ou falsifier. Durant l’été 1999, ils ont réalisé leur neuvième figure dans un champ de Woodborough Hill près d’Alton Barnes. Leur intention était d’entrer en contact avec « l’intelligence non-humaine » qui serait à l’origine des « vrais » crop circles ! Ils sont persuadés d’y être arrivés… Au début des années 1990, un groupe appelé « The United Bureau of Investigation » tenta d’entrer en communication avec cette intelligence inconnue en créant également des figures dans les céréales.

Des « faussaires » ont en outre parlé des phénomènes énigmatiques auxquels ils ont été confrontés lorsqu’ils traçaient leurs cercles. Ainsi, le « faiseur de cercles » Julian Richardson et quelques collègues auraient observé, pendant leur travail, une boule de lumière orange. Cette lumière grosse comme un ballon de football restait immobile à environ quinze mètres au-dessus du sol. Au bout de cinq secondes, la lumière pâlit, et, environ cinq secondes après, elle n’était plus qu’à dix mètres du sol mais beaucoup plus pâle, après quoi elle disparut. Julian Richardson se demanda s’ils avaient été témoins d’un phénomène naturel ou si les vrais faiseurs de « cercles » les avaient observés. (5)

Michael Hesemann note que les auteurs de crop circles s’étaient bien entraînés et étaient capables, à trois, de dessiner de jour dans un champ une rosace de quarante mètres de largeur en quatre heures devant les caméras. Mais qu’en était-il donc du scorpion de 200 mètres de longueur qui était apparu près de Devizes, directement au bord d’une nationale sur le champ d’un agriculteur pas très amical qui s’était mis à pourchasser les visiteurs avec ses chiens et son fusil de chasse ? Et du pictogramme géant au nord-ouest de Swindon, avec plus de 600 mètres de longueur et un anneau de presque 200 mètres de diamètre ?

Colin Andrews a dit avoir eu des informations provenant d’un jeune homme qui avait infiltré un groupe de mystificateurs (concepteurs de pictogrammes). Ces derniers recevraient de fortes sommes d’argent pour leurs activités. Ce qui est sûr, c’est qu’ils parasitaient un éventuel vrai phénomène et décourageaient les chercheurs…

En 1994, selon une estimation (sur quels critères ?), environ 30 % des cercles de blé auraient été le fait de bandes de faussaires. John Mac Nish, collaborateur de la BBC, publia à l’époque : « Crop circle apocalypsis », un livre (une vidéo lui était associée) dans lequel l’auteur disait être convaincu du fait que Doug Bower et David Chorley avaient pu être à l’origine du phénomène. Il rencontra Jim Schnabel. Celui-ci s’était lui-même identifié, lors d’une conversation téléphonique avec le chercheur Armen Victoria, comme l’exécuteur de mesures destinées à faire en sorte que les gens « ne prêtent plus attention » à ce phénomène. John Mac Nish et Jim Schnabel allèrent jusqu’à envoyer des montgolfières de couleur rouge/orangée et verte (munies de tubes fluorescents) dans le but de tromper les personnes à la recherche d’OVNIs, non sans un certain succès. Michael Hesemann note que ceci n’explique pas vraiment la vague d’OVNIs observés en 1993 au-dessus de Bristol, ni l’engin filmé au-dessus d’Alton Barnes, ou encore les boules lumineuses photographiées en plein jour dans le Wiltshire par deux étudiants allemands et le britannique Steven Alexander.

Jim Schnabel est persuadé qu’il existe « un véritable phénomène », mais qu’il « est beaucoup plus rare qu’on le suppose ». Le « céréalogue » canadien Chat Deekten déclara que 60 % des pictogrammes de l’été 1994 sont apparus au cours de nuits pluvieuses, et l’on n’a pourtant trouvé aucune empreinte de pieds. Malgré la présence de dizaines de veilleurs répartis sur l’ensemble du domaine des cercles de blé, on n’a jamais réussi à surprendre, en flagrant délit, un « hoaxer » (mystificateur).

« Les hoaxers sont des vandales qui se rendent responsables de troubles de l’ordre public et de dégradation du bien d’autrui, détruisent des heures de dur labeur et trompent des centaines ou des milliers de personnes. Rendons hommage à l’esprit de tolérance britannique, mais l’on ne devrait précisément pas accepter que ces gens-là puissent se rendre avec leur air arrogant dans les pubs fréquentés par les céréalogistes, c’est-à-dire les chercheurs travaillant sur les cercles de blés, alors qu’il sont haïs de tous et savourent de surcroît l’attention qu’on leur porte. Il s’agit en fait de sociopathes, de criminels et de cyniques imposteurs. Et nous devrions nous en protéger ! » (Chat Deekten)

Durant l’été 1995, selon une estimation (sur quels critères ?), presque 70 % des cercles de blés auraient résulté de falsifications. Evoquant la saison 1996, Chris Kenworthy précisa qu’un groupe de faussaires de cercles de blé essaya à trois reprises de faire des « cercles » dans le colza. Lors de la première tentative, ils ne parvinrent pas à coucher le colza qui était trop jeune et n’avait pas encore mûri. Il pleuvait et ils terminèrent la nuit couverts de boue, le matériel cassé. Lors de la deuxième tentative, ils prirent la fuite au moment où ils étaient en train de tracer un anneau car ils avaient entendu des voitures approcher. Ils réessayèrent une semaine après, mais le colza était si dense qu’ils ne parvinrent pas à pénétrer dans le champ. Lorsqu’ils y parvinrent, ils n’arrivèrent pas à tracer un « cercle ». Le leader de l’équipe expliqua qu’il était très inquiet et qu’il avait ressenti une énergie négative, quelque chose « qui venait de là-bas à l’extérieur », qui semblait vouloir stopper ses activités.

En 1998, la télévision britannique BBC fit faire en plein jour, près de Milk Hill, par un groupe de faussaires de cercles de blé, un travail de plusieurs heures pour tracer un pictogramme qui constituait le point d’attraction d’une émission qui avait pour but de donner (une fois de plus) le coup de grâce à ce sujet.

Le 29 juillet 1999, apparut en face du cercle de pierre d’Avebury un « cercle de blé » fait de 33 cercles verticaux, le motif ayant été réalisé par « l’équipe de Satan ». Ceci afin de répondre à la commande d’un journal à scandale, le « Daily Mail ». Le lendemain, on interviewa les gens (presque tous des néophytes) venus voir le pictogramme, afin de recueillir leurs impressions. Il s’agissait de « prouver » à quel point il est facile pour des faussaires de tromper le public, mais aucun chercheur expérimenté ne « tomba dans le panneau ». Et c’est bien le public que le journal à sensations réussit à tromper avec ses gros titres : « La nuit au cours de laquelle les OVNI n’ont finalement quand même pas atterri. » Mais la nuit même où « aucun OVNI n’a atterri » à Avebury, trois pictogrammes sont simultanément apparus près de la ville portuaire de Bristol, dont deux représentaient la Lune et le Soleil, ce qui devait être une allusion à l’éclipse solaire du 11 août.

En octobre 2000, un jeune chômeur de 29 ans, Matthew Williams, fut incarcéré par la police pour ses activités : il réalisait des « cercles » dans les champs de blés et fut jugé par un tribunal pour « délit de dégradation du bien d’autrui ». Des « céréalogistes » l’avaient surpris en flagrant délit alors qu’il était en train de mettre en place une étoile à sept branches, dans le champ du fermier Michaël Maude, pour prouver qu’on pouvait fabriquer de fausses étoiles à sept branches. La tentative échoua : il était facile de déceler la supercherie. Le paysan demanda 500 euros de réparation et l’individu fut condamné à une amende sévère.

En 2000, Colin Andrews déclara que 80 % des cercles de blé étaient « faux ». Cette estimation était le résultat d’une enquête qu’il avait effectuée, à la fin des années 1990, sur les champs magnétiques dans et autour des « cercles » dans les champs de blé. Cette étude fut réalisée à l’aide d’un magnétomètre. On a mis en évidence l’existence de champs magnétiques pour une poignée de motifs simples et complexes. On a mesuré un décalage de 3-5° dans le sens des aiguilles d’une montre. Le flux magnétique à l’origine de la formation des « cercles » produit un circuit électrique ayant un effet sur les plantes. (6)

 

III. Le rôle des médias :

Eltjo-HaselhoffEltjo Haselhoff relève les partis pris et les informations imprécises diffusées par certains médias (presse, radio et télévision). Malgré leur manque de connaissances, certains journalistes n’hésitent pas à présenter des rumeurs, de vagues soupçons ou des opinions personnelles comme des faits reconnus. L’impact de ces affirmations sur le public est énorme.

En 1996, après un bref documentaire sur les agroglyphes apparus aux Pays-Bas, le commentateur a déclaré qu’il semblerait qu’un agriculteur ait vu un hélicoptère tournant en cercle en pleine nuit au-dessus du champ, exactement à l’endroit où les nouveaux « cercles » ont été découverts le lendemain. Eltjo Haselhoff note que la seule suggestion selon laquelle un hélicoptère pourrait produire quoi que ce soit qui puisse vaguement ressembler à un élément d’agroglyphe démontre que le commentateur n’en a jamais vu dans la réalité. Des gens n’ont alors pas manqué de dire : « Mais je croyais que le mystère avait été résolu. C’est en hélicoptère qu’on fait ces cercles dans les champs, non ? ». Des journalistes sont allés jusqu’à jeter le doute sur les titres universitaires d’Eltjo Haselhoff.

Ce dernier fut un jour contacté par une chaîne de télévision périphérique pour collaborer à un documentaire sur les agroglyphes. Quelques jours après, il se retrouva au milieu d’une formation géante qui venait d’être découverte.

A la question : « Peut-il s’agir d’un phénomène naturel ? », il répondit : « C’est peu probable. Le motif est trop complexe et ne ressemble pas à ce que nous voyons dans la nature. »

A la question : « Est-ce qu’il a pu être fabriqué par des hommes ? », il répondit : « Bien sûr. »

Le reporter essaya d’amener Eltjo Haselhoff à se prononcer en termes de tentatives de communications extraterrestres, Gaïa, la Mère Terre et autres explications métaphysiques. A la fin de l’interview, après avoir dû simuler, devant les caméras, l’examen d’une plante de blé, Eltjo Haselhoff se vit confronté au « clou du spectacle » : trois jeunes gens se présentèrent comme les créateurs de l’agroglyphe, leur travail ayant été fait en collaboration avec le propriétaire du champ. Eltjo Haselhoff avait appliqué sa règle, laquelle consiste à ne jamais se prononcer en public sur l’authenticité d’un agroglyphe, surtout dans ce cas-là, pour des raisons évidentes. Au lieu de s’effondrer comme l’avaient espéré les gens de la télévision, il s’est adressé aux trois jeunes gens en leur parlant de « beau boulot » et du fait qu’ils n’avaient pas dû beaucoup dormir cette nuit. Les trois complices disparurent sans dire au revoir.

Quelques mois après, le documentaire passa à la télévision.

« Au montage, ils avaient corrigé ce qu’ils estimaient être peu vendeur. Le dialogue original était devenu :

‘‘Est-ce qu’il a pu être fabriqué par des hommes ?

– C’est peu probable. Le motif est trop complexe…’’

Suivait une séquence où l’on voyait, de nuit, les trois jeunes mystificateurs écraser le blé en éclatant de rire. Lors de tels moments, on ne peut que sourire en pensant que l’on paie une redevance pour regarder la télévision… » (7)

Share This:

Les commentaires sont fermés