Les fausses Atlantides (2) Santorin

L’ATLANTIDE N’ÉTAIT PAS EN MÉDITERRANÉE

edgar-cayce-2Une absurdité qui a la peau dure. Dans un livre publié en 2007, « Les grands mystères de l’Histoire » (City Editions), l’auteur, Laurent Pfaadt, écrit encore que l’hypothèse Santorin est la plus probable. Le même auteur écrit que, selon Edgar Cayce, l’Atlantide a été détruite à trois reprises par des bombes atomiques… entre 5000 et 10.000 avant J-C. !! Il y a là manifestement une erreur : ce n’est pas 5000 qu’il faut lire, mais 50 000 ! En outre, si le clairvoyant américain Edgar Cayce (1877-1945) a bien évoqué trois destructions du continent atlante, ces destructions n’étaient cependant pas à chaque fois dues à l’utilisation de bombes atomiques. Les dates réelles données sont : vers 50.000 avant J.-C., vers 28.000 avant J.-C., vers 10.000 avant J.-C. (2)

Martin Pepper, titulaire d’un doctorat en géosciences de l’université d’Arizona, localise stupidement l’Atlantide à Santorin (Grèce). (Science et inexpliqué”, n° 62, mars-avril 2018, page 34.) L’identification de l’Atlantide à Santorin a été mise en exergue par Nicolas Montigiani dans le numéro 51 (mai-juin 2016) de sa revue « Science et inexpliqué ». On y trouve une petite interview de Floyd McCoy, un professeur de géologie, de vulcanologie, d’océanographie et de sciences naturelles à l’université d’Hawaï. A la question : Santorin pourrait-elle être la fameuse Atlantide ?, Floyd McCoy a ingénument (et bêtement) répondu : « Ce serait vraiment fantastique ! » Non, ce ne serait pas fantastique car c’est tout simplement stupide. Dans ce petit article, on lit aussi que l’historien irlandais Tony O’Connell (2010) déclare qu’il « est clair » (sic) que le terme « colonnes d’Hercule » (référence au récit platonicien) « était sans aucun doute jadis employé pour qualifier une grande variété de sites importants », et qu’il s’avère aussi plausible que cette expression soit devenue, à un moment donné, « une sorte d’expression destinée à marquer certaines limites géographiques ». Tony O’Connell a ainsi répertorié de nombreuses zones géographiques qui ont été susceptibles de porter ce nom dans les temps anciens : la région de l’île de Malte, le détroit du Bosphore, de Sicile (Messine), d’Ormuz, le golfe de Gabès, voire le delta du Nil.

Nicolas Montigiani cite cependant Jacques Hébert en donnant précisément la citation que j’ai moi-même donnée plus haut. (Aurait-il lu mon texte ? Ce n’est qu’en mai 2016 que j’ai mis l’ajout relatif au numéro de mai-juin 2016 de « Science et inexpliqué »…) Nicolas Montigiani commente ainsi le commentaire de Jacques Hébert, ce dernier qualifiant d’absurdité l’identification de Santorin à l’Atlantide :

« Curieux discours de la part d’un individu qui développe une hypothèse visiblement tout aussi hasardeuse (l’île de Socotra, située au large du Yémen). »

La réalité, c’est que les deux hypothèses sont absurdes. En effet, l’Atlantide n’a certes rien à voir avec l’île Socotra (voyez mon précédent texte : « Les fausses Atlantides. (1) L’île Socotra »), mais elle n’a aussi rien à voir avec Santorin !

Nicolas Montigiani cite la globe-trotteuse française Jess Bontemps qui dit que l’éruption volcanique de Santorin a pu donner naissance à « un mythe comme celui de l’Atlantide ». Comme justificatif, elle écrit que la culture raffinée des Minoens, « leur maîtrise de la navigation, de l’architecture, des arts, de la tauromachie », ont pu inspirer les récits.

On notera que tous ceux qui spéculent sur l’identification de Santorin à l’Atlantide (idem pour la foultitude d’autres localisations fantaisistes) ne prennent comme référence que le récit initial de Platon, en ignorant et passant sous silence la foultitude de sources « extraordinaires » (« psychiques », etc.) qui, depuis le dix-neuvième siècle, situent l’Atlantide au niveau de l’océan Atlantique et à une date bien plus reculée, bien sûr, que vers 1600 avant notre ère. D’ailleurs, Nicolas Montigiani ne fait pas, dans son petit article, la moindre référence à ces dernières sources, préférant ressortir la vieille identification ridicule de Santorin, avec de surcroît comme titre inapproprié de son article : « Déluge, Atlantide… Dernières révélations scientifiques ». Non seulement ce n’est pas scientifique (car cela est erroné), mais ce n’est pas non plus nouveau.

Sur la base du texte platonicien, on nous dit que les taureaux et les dauphins existaient en Atlantide. Or, les fresques d’Akrotiri dépeignent ces animaux. De même, toujours selon Platon, les Atlantes étaient réputés avoir été un peuple de marins émérites, ce qui, nous dit-on, « est précisément le cas des Minoens ». Néanmoins, les dauphins, par exemple, ont pu exister dans la vraie Atlantide (celle de l’océan Atlantique), et rien ne s’oppose à ce que les vrais Atlantes (ceux du milieu de l’océan Atlantique) aient pu être, eux aussi, de bons marins. On notera en outre que Nicolas Montigiani ne mentionne nullement la date donnée par Platon pour l’engloutissement de l’Atlantide, à savoir 9000 ans avant l’époque du philosophe grec. Ce qui ne correspond évidemment pas avec la date de l’éruption volcanique du Santorin.

Pour rejeter la localisation atlantique, Nicolas Montigiani nous ressort les arguments classiques des océanographes : les plaques tectoniques eurasienne et américaine (Amérique du Nord) s’emboîtent parfaitement, ce qui laisse pas ou peu de place pour « un quelconque bout de terre », les cartographies modernes des fonds marins ne trouvant aucune trace d’un continent perdu. On nous dit que l’Atlantique existe dans sa forme actuelle depuis plus d’un million d’années. (3) Ces déclarations des océanographes et géologues se heurtent pourtant à l’affirmation contraire que l’on trouve dans de multiples sources « extraordinaires », qui, depuis le dix-neuvième siècle (avec H.-P. Blavatsky), évoquent une masse continentale au niveau de l’océan Atlantique… En outre, je remets ici (voir : « Les fausses Atlantides. (4) Antarctique, île du cap Spartel… ») la citation extraite d’un livre de Pierre Carnac :

« Lorsque des scientifiques, tels B. C. Heezen, M. Ewing, D. Ericson et D. B. Bentley, démontrent dans un article rigoureusement scientifique que les actuelles montagnes sous-marines du Grand Météore et de Cruiser se trouvaient il y a 12 000 ans au-dessus du niveau de la mer et qu’elles faisaient partie, à l’époque, d’une terre insulaire assez grande, c’est un fait avéré, mais nul ne l’utilise comme il se doit pour mettre au pas des idées contraires. Dans le contexte des changements d’ordre géologique et géographique survenus dans l’Atlantique, l’existence d’une Atlantide est scientifiquement envisageable ; il est inversement bien peu scientifique de la rejeter. »

Pierre Carnac ajoute que la géologie « laisse ouverte la possibilité que l’Atlantide ait pu se situer sur le plateau sous-marin açorien, et plus précisément sur la plaine située à environ 2000 m sous le niveau de l’océan, entre la crête sous-marine qui touche au sud le plateau des Açores et au nord la dorsale nord-atlantique ». Rien ne s’oppose à une telle identification, écrit-il. Il y a aussi le comportement des anguilles européennes qui ont choisi la région atlantique de la mer des Sargasses pour s’y assembler et accomplir leur ponte. Ces poissons « sont les descendants de ceux qui peuplaient les rivières et les estuaires de la côte nord-ouest de l’Atlantide ; lorsque cette dernière a commencé à s’effondrer à partir de l’ouest, les anguilles ont continué de fréquenter leurs anciens lieux de ponte ». René Thévenin a précisé qu’on ne peut comprendre autrement les mœurs des anguilles. (4)

 

– Emissions sur RMC Découverte et France 5 :

Dans la nuit du 9 au 10 août 2016, RMC Découverte a diffusé plusieurs émissions sur l’identification de l’Atlantide à Santorin.  Si, dans la première émission (datée de 2006), on a évoqué la thèse de la civilisation atlante avancée (thèse défendue notamment par William Henry et George Erickson) – le clairvoyant Edgar Cayce a aussi été mentionné -, on a aussi largement mis en avant la thèse Santorin qualifiée de « plausible » par Floyd McCoy (un professeur de géologie, de vulcanologie, d’océanographie et de sciences naturelles à l’université d’Hawaï), lequel a cependant eu la prudence de dire, à propos de cette identification, que c’était « difficile à dire » et que c’était « impossible à savoir ». Pour certains spéculateurs, les Minoens sont « probablement » (ce qui est faux) les Atlantes. Floyd McCoy a eu quand même l’objectivité de dire que certains éléments concordent et que d’autres ne concordent pas avec cette identification, aucune théorie ne s’imposant.

Dans une petite interview publiée dans le numéro 51 (mai-juin 2016) de « Science et inexpliqué », Floyd McCoy a, à la question : Santorin pourrait-elle être la fameuse Atlantide ?, ainsi répondu : « Ce serait vraiment fantastique ! » Non, ce ne serait pas fantastique car, si l’on se réfère à certaines sources « extraordinaires », c’est tout simplement fantaisiste.

Dans une émission de la série documentaire « Sur la trace des Aliens », émission diffusée la même soirée d’août 2016 que l’émission précédemment évoquée, c’est la « thèse » de Giorgio Tsoukalos, le théoricien bien connu des « anciens astronautes » (l’un des principaux intervenants de la série documentaire « Alien Theory »), qui a été présentée. On a notamment vu, dans cette émission datée de 2014, Peter Daughtrey (lequel situe de façon inexacte l’Atlantide… au sud du Portugal, avec comme capitale Silves) et Jonathan Bright (à propos de l’identification de l’Atlantide à la cité détruite d’Akrotiri). Giorgio Tsoukalos a dit que certains éléments de l’identification de l’Atlantide à Akrotiri sont en adéquation avec le récit de Platon, mais que d’autres ne le sont pas. Mais pour lui, l’Atlantide était peut-être « une sorte d’appareil volant » ! Il ne faut pas oublier que Giorgio Tsoukalos voit des extraterrestres « partout » (dans toute énigme archéologique en quelque sorte), comme on peut le voir dans « Alien Theory »

Dans la troisième émission (datée de 2008), « Forces de la nature », on a parlé d’« étranges similitudes » et de « ressemblance frappante » entre le récit platonicien sur l’Atlantide et l’éruption du volcan de Santorin. On a dit que cette catastrophe pourrait avoir inspiré l’Atlantide, mais qu’on ignorait si l’Atlantide est un mythe ou une réalité. Un intervenant a dit que Santorin était (ce qui est faux) « la meilleure candidate », Floyd McCoy ayant par contre précisé qu’il était impossible de prouver cette identification. L’émission “A la recherche de l’Atlantide” a été rediffusée sur RMC Découverte le 4 octobre 2016.  Cette ânerie a encore été rediffusée dans la nuit du premier au 2 novembre 2016.

Le 10 août 2016, France 5 a diffusé, sous le titre « Le mythe de l’Atlantide », un documentaire britannique daté de 2016. Dans ce documentaire, on a développé les prétendues « troublantes similitudes » censées exister entre l’Atlantide de Platon et Akrotiri, la ville engloutie au sud de l’île grecque de Santorin. On a eu droit à toute une kyrielle d’expressions inexactes du genre : « On ignore si l’Atlantide a réellement existé » et « personne ne sait si cette civilisation a réellement existé » (ce n’est pas ce que pense tout le monde !). Angie Hobbs considère à tort que, si elle a existé, il est « fort probable » qu’elle se trouvait au coeur de la Méditerranée. Quant à la commentatrice, elle a fait un listing des « ressemblances » et « points communs » entre Santorin (au milieu de la mer Egée) et le récit platonicien relatif à « l’île atlante » :

On parle de « mystérieux liens » entre la catastrophe en mer Egée et le récit platonicien. Selon ce documentaire, la destruction d’Akrotiri « semble refléter le récit de Platon ». Les résidents ont disparu, exactement, nous dit-on, comme dans le mythe de Platon. L’antique Théra pourrait être, a déclaré de façon inexacte la commentatrice, l’Atlantide de Platon. Le récit de Platon est formulé dans des termes qui sont censés rappeler « étrangement » la civilisation minoenne. Le documentaire évoque la submersion d’un palais « exactement comme dans le récit de l’Atlantide ». On parle d’un méga-tsunami ayant détruit la flotte minoenne, avec l’engloutissement des ports du réseau commercial.

Ainsi, de « nombreux éléments » suggèrent, selon les promoteurs de cette émission, que le récit platonicien est inspiré de la catastrophe survenue en Méditerranée vers 1600 avant notre ère. On relève parfois, dans ce documentaire, des précautions langagières telles que : « peut-être ce qui a inspiré » la légende de l’Atlantide, cette catastrophe « correspond peut-être » au récit de Platon.

La localisation atlantique de l’Atlantide est brièvement rejetée dans le documentaire au prétexte que l’océan Atlantique était complètement inexploré à l’époque de Platon. Donc, l’expression « au-delà des colonnes d’Hercule », que l’on trouve dans le récit platonicien, est explicitée non pas par : « dans l’océan Atlantique », mais par une localisation en sens inverse (donc, du côté de la Méditerranée)… En fait, rien n’exclut la possibilité que le prêtre égyptien de Saïs, à l’origine des révélations (recueillies par Solon) sur l’Atlantide, ait pu avoir accès à des documents très anciens préservés par des prêtres initiés, documents dans lesquels aurait été préservé le souvenir de l’existence, dans un lointain passé, du continent atlante localisé au niveau de l’océan Atlantique.

Il y a en outre un énorme détail qui est passé sous silence dans le documentaire britannique diffusé sur France 5 (et dans d’autres émissions faisant le parallèle entre le récit platonicien sur l’Atlantide et la catastrophe en mer Egée vers 1600 avant J.-C.) : le fait que, dans son récit, Platon situe la disparition de l’Atlantide… 9000 ans avant son époque ! Du coup, le cataclysme en mer Egée vers 1600 avant J.-C. n’est plus du tout conforme à la localisation géographique et temporelle du récit platonicien… (On sait que des « petits malins » – mais cette arnaque intellectuelle n’est pas utilisée dans le documentaire, la date donnée par Platon ayant été passée sous silence – contournent cet obstacle fort gênant en suggérant qu’un 0 a été ajouté par erreur. Du coup, ce ne serait pas 9000 ans en arrière – par rapport à l’époque de Platon -, mais… 900 ans ! Le tour est joué.)

Mais que penser réellement des « points communs très troublants » Stephen Sparks, l’un des intervenants, a parlé d’« énormément de points communs » – évoqués dans le documentaire diffusé en aôut 2016 sur France 5, entre le cataclysme dans la mer Egée et le récit platonicien de l’Atlantide ? Ainsi que je l’ai déjà signalé plus haut, dans son article publié dans « Science et inexpliqué » de mai-juin 2016, Nicolas Montigiani cite la globe-trotteuse française Jess Bontemps qui dit que l’éruption volcanique de Santorin a pu donner naissance à « un mythe comme celui de l’Atlantide ». Comme justificatif, elle écrit que la culture raffinée des Minoens, « leur maîtrise de la navigation, de l’architecture, des arts, de la tauromachie », ont pu inspirer les récits. Sur la base du texte platonicien, on nous dit que les taureaux et les dauphins existaient en Atlantide. Or, les fresques d’Akrotiri dépeignent ces animaux. De même, toujours selon Platon, les Atlantes étaient réputés avoir été un peuple de marins émérites, ce qui, nous dit-on, « est précisément le cas des Minoens ». Néanmoins, les dauphins, par exemple, ont pu exister dans la vraie Atlantide (celle de l’océan Atlantique), et rien ne s’oppose à ce que les vrais Atlantes (ceux du milieu de l’océan Atlantique) aient pu être, eux aussi, de bons marins. La recherche archéologique a montré qu’il y avait à Santorin des installations sanitaires, qu’il y avait à Akrotiri des signes évidents de richesse, et qu’il y avait le culte du taureau. Certaines de ces caractéristiques listées dans l’émission de France 5 pourraient sûrement s’appliquer aussi bien à une civilisation qui aurait existé dans l’océan Atlantique, même si cette idée n’est pas envisageable pour les milieux académiques. Il existe, dans la littérature canalisée et « ésotérique », des descriptions de l’Atlantide atlantique faisant état de la richesse (architecturale, etc.) de cette société antédiluvienne… Quant au port censé correspondre à l’île atlante, il n’était sûrement pas difficile de trouver un endroit, dans la vraie Atlantide (beaucoup plus grande qu’une simple île), pouvant se rapprocher plus ou moins d’un port en mer Egée. Ces « similitudes frappantes » alléguées ne sont donc pas réellement démonstratives en ce qui concerne l’identification de la civilisation décrite par Platon à la civilisation minoenne. Enfin, le caractère réputé être « très similaire » de la catastrophe de Santorin avec le récit de la destruction de l’Atlantide par Platon ne repose que sur certaines similitudes inhérentes à toute catastrophe d’ampleur. Dans le cas de la vraie Atlantide (dans l’océan Atlantique), il y a aussi eu une immersion des terres consécutives à un tsunami ravageur, que la catastrophe ait été déclenchée par un astéroïde ou qu’elle ait été provoquée par certains Atlantes ayant utilisé une technologie destructrice.

Contrairement à ce que croient les hellénistes, le récit platonicien ne se limite pas à une allégorie philosophique et politique et n’a pas eu comme seul objectif, contrairement à ce que dit le géologue Guy Kieffer chargé de recherche au CNRS, de « donner une leçon de civisme et de bonne conduite ». S’agissant du récit de Platon, on peut penser que le philosophe grec a transposé une fiction de cité idéale dans une histoire vraie héritée des Egyptiens. Il a pu intégrer dans son récit des éléments descriptifs conformes à son époque, tout en ajoutant des informations (comme la date réelle de la disparition de l’Atlantide : 9000 ans avant l’époque de Platon) révélées par Solon. Les prêtres égyptiens n’ont donné que quelques éléments (dont la date et la localisation géographique), et Platon a ensuite “brodé” sur la base de ce qui était acceptable pour son époque.

Pour rejeter la localisation atlantique, Nicolas Montigiani évoque, dans son article du numéro de mai-juin 2016 de « Science et inexpliqué », les arguments classiques des océanographes : les plaques tectoniques eurasienne et américaine (Amérique du Nord) s’emboîtent parfaitement, ce qui laisse pas ou peu de place pour « un quelconque bout de terre », les cartographies modernes des fonds marins ne trouvant aucune trace d’un continent perdu. On nous dit que l’Atlantique existe dans sa forme actuelle depuis plus d’un million d’années. Ces déclarations des océanographes et géologues se heurtent pourtant à l’affirmation contraire que l’on trouve dans de multiples sources « extraordinaires », qui, depuis le dix-neuvième siècle (avec H.-P. Blavatsky), évoquent une masse continentale au niveau de l’océan Atlantique…

Depuis le récit de Platon, le sujet de l’Atlantide a enflammé les imaginations, notamment celles des spéculateurs qui placèrent (et continuent de placer) le « continent perdu » dans les endroits les plus fantaisistes : mer Méditerranée, mer du Nord, mer d’Azov, mer Caspienne, mer Rouge, Europe, Asie, Afrique (Tunisie, Sahara, etc.), Amérique, Antarctique, etc. Un autre spéculateur a localisé l’Atlantide, de façon erronée, du côté de l’Indonésie. (Voir Robert Schoch, « Les constructeurs des pyramides », éditions du Rocher, 2004.) La réponse à cette pléthore de localisations absurdes est simple :

« Il y a deux aspects du récit qui donnent au problème de l’Atlantide de Platon un caractère d’improbabilité fantastique : la situation dans l’océan Atlantique, où depuis longtemps devait exister un océan et non une terre ; l’existence sur cette terre d’un clan civilisé des Atlantes, alors que le reste de l’humanité se trouvait encore au stade néolithique.

Cela explique que beaucoup d’atlantologues, ne pouvant pas dépasser ces obstacles sus-indiqués, refusent la base même de la légende, la date de la disparition de l’Atlantide et sa situation dans l’océan Atlantique. C’est pour cette raison qu’ils situent leur pseudo-Atlantide dans différents endroits du globe terrestre. » (P. Carnac) (5)

En fait, de très nombreuses sources canalisées et « ésotériques » (dont Edgar Cayce n’est que le cas le plus connu) font état de l’existence, dans la prétendue « préhistoire », de civilisations avancées, ce qui est totalement en opposition avec ce qui est constamment matraqué dans les grands médias et dans les institutions scolaires et « académiques »… Pour ma part, je fais le pari que ces sources sont « dans le vrai » (ce dont je suis convaincu depuis les années 1970) et que les « scientifiques officiels » sont donc dans le faux. Reste, bien sûr, pour prouver cela, à trouver une « capsule temporelle » (renfermant des documents, ainsi que des objets technologiques) remontant à l’Atlantide… Je mentionne, dans le tome 2 de Civilisations extraterrestres”, quelques sources (comme la source James Tyberonn/Métatron) évoquant l’Atlantide (disparue il y a 12 000 ans dans l’océan Atlantique), mais il y en a beaucoup d’autres. Voyez, par exemple, l’intéressant récit de Chrystèle Pitzalis dans le tome 3 d’« Osmose Temporelle » (éditions Ariane, 2016).

 

2. Une localisation « psychique » erronée :

Dans leur grande majorité, les sources « paranormales » localisent l’Atlantide au sein de l’océan Atlantique. Il existe cependant deux sources « psychiques », que j’évoque ci-après, non compatibles avec cette localisation.

marc-angelidesNous avons vu que certains spéculateurs ont identifié l’origine du prétendu mythe du continent disparu à une catastrophe, vers 1600 avant J.-C., due à l’éruption du volcan Santorin, une interprétation du récit platonicien que je ne partage évidemment pas. Or, le “canal” Marc Angélidès dit avoir eu une vision de l’Atlantide alors qu’il était en vacances allongé sur une plage de Santorin (île de la Grèce au sud des Cyclades), et depuis il dit savoir que cette île est « un vestige de l’Atlantide ». Contrairement aux Grecs actuels, note Olivier de Rouvroy qui a rapporté ces “révélations”, « les habitants de cette cité étaient de grande taille »… (Ces “révélations” étaient disponibles sur le site : ww.erenouvelle.com) Contrairement à ce qui est écrit, cependant, il est faux de dire que Platon voyait, dans l’île de Santorin, un vestige de l’Atlantide. Cette localisation est celle de certaines personnes refusant l’idée de l’existence passée d’une civilisation « avancée » dans la « préhistoire », et localisée au niveau de l’océan Atlantique. Ceci était important à rectifier.

Pour accorder quelque réalité à cette « vision » de Marc Angélidès, il faudrait supposer que l’île Santorin ait pu être, il y a plus de 10.000 ans, une « colonie » de l’Atlantide, ce que je ne crois pas. On notera cependant que le message reçu par ce « canal », et dont l’origine serait le « Collectif Melchitsédech », est tout à fait conforme à ce que disent, à propos de l’Atlantide, les diverses sources « canalisées » ou ésotériques : civilisation technologique, manipulations génétiques, etc. Il existe manifestement, chez ce prétendu « canal », un mélange d’une théorie populaire, mais erronée, avec une description « correcte » de la culture atlante.

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Il existe une autre source « psychique » ayant identifié l’Atlantide à l’île Santorin. Il s’agit de l’identification donnée par Doreen Virtue :

Doreen Virtue est allée à Santorin. On notera qu’elle a pris connaissance de revues et de journaux qui contenaient des articles faisant le lien censé exister entre Santorin et l’Atlantide. C’est le médium James Van Praagh qui lui a suggéré d’aller à Santorin et lui a donné cette information erronée : « Tu sais que c’est aussi l’Atlantide. » Doreen Virtue lui a dit que plusieurs recherches « semblent démontrer que Santorin est l’un des endroits où se trouve l’Atlantide ». Evidemment, ces « recherches » sont celles que j’ai évoquées plus haut. Notons tout de même que ceux qui ont défendu le lien Santorin/Atlantide n’ont pas suggéré que l’Atlantide pouvait aussi être identifiée à d’autres endroits !

Doreen-VirtueDoreen Virtue écrit, de façon inexacte, que les références de Platon à Athènes et à la Libye plaçaient l’Atlantide dans la Méditerranée ou les régions du Moyen-Orient. Ceci est faux, la seule mention dans le texte platonicien, à laquelle elle se réfère d’ailleurs, étant que l’île atlante était « une île plus grande que la Libye et l’Asie réunies ». Elle ajoute que la description faite par Platon « correspond certainement à celle de Santorin », ce qui est inexact. Les couleurs de la terre et des falaises de Santorin correspondent, dit-elle, aux couleurs (rouge, noire et blanche) évoquées par Platon. Elle ajoute que Platon décrivait l’Atlantide comme étant une île circulaire dotée de sources d’eau chaude et froide, « ce qui correspond aussi à Santorin ». Mais ceci se heurte au constat suivant : l’histoire que raconte Platon est réputée s’être produite 9000 ans avant l’époque du philosophe, ce qui ne cadre évidemment pas avec la date du séisme de Santorin. On ne sera donc pas surpris d’apprendre que Doreen Virtue fait sienne la conjecture habituelle selon laquelle Solon aurait pu confondre 9000 ans avec 900 ans. Certains détails, écrit-elle, auraient pu être modifiés lors de la transmission orale de l’histoire.

Le mot « Atlantide » n’étant pas un dérivé de l’océan Atlantique, mais plutôt de la mythologie grecque, Doreen Virtue écrit que c’est « un lien de plus entre la Grèce et l’Atlantide ». Elle se réfère ici à Poséidon qui avait donné l’île à son fils Atlas et qui l’avait nommée en l’honneur de ce dernier. Néanmoins, cet argument n’a rien de pertinent car, Platon ayant été un Grec, il était naturel qu’il fasse allusion à sa propre culture.

On notera en outre que Doreen Virtue évoque des scènes de l’Atlantide qui ne cadrent absolument pas avec la catastrophe de Santorin (vers 1600 avant J.-C.), mais correspondent fort bien avec ce que mentionnent les multiples sources décrivant la véritable Atlantide, celle qui se trouvait au niveau de l’océan Atlantique. Elle parle ainsi de « régressions » vers des vies antérieures et de souvenirs spontanés faisant état d’une société très avancée, de l’utilisation de cristaux… En outre, Doreen Virtue fut « régressée », par son mari psychothérapeute Steven Farmer, vers sa vie atlante où elle se vit comme étant l’une des gardiennes du temple de guérison. Ce temple abritait une pyramide en cristal limpide d’environ 30 à 60 centimètres de haut, « avec l’image holographique d’un grand œil bleu qui voyait tout et qui rayonnait en son centre ». Ce n’est pas là une description de Santorin en 1600 avant J.-C. ! Il y a une incompatibilité totale entre ce type de descriptions et la localisation géographique et temporelle de Santorin. Et ce, malgré le fait que Platon mentionne des taureaux en Atlantide, ceci étant corrélé au fait que le taureau était l’animal sacré à l’époque de Santorin. Doreen Virtue, consciente de l’incompatibilité entre ses « visions » ou « souvenirs » et la civilisation minoenne, écrit ceci :

« Il n’y avait aucune preuve de l’existence d’édifices en cristal pur, ainsi que l’avaient prétendu certains, et je n’ai pas vu d’aire d’atterrissage pour des véhicules volants. Toutefois, j’ai senti la présence de cristaux partout. Si ce site n’était pas l’Atlantide, il y était sûrement apparenté. L’énergie dont il était rempli a déclenché en moi des flots de souvenirs de ma vie antérieure à cette époque-là, et ouvert davantage le canal de communication divine que j’avais établi avec les anges de l’Atlantide. »

Mais cette « réactivation » de souvenirs ne s’expliquerait-elle pas tout simplement par la croyance à la nature atlante de cette contrée ? Nous pourrions parler ici, pour certaines personnes, de lieu « psychiquement chargé » associé à l’idée d’Atlantide. D’où la confusion, faite par certains « sensitifs » comme Doreen Virtue, entre « visions » ou « souvenirs » de l’Atlantide et Santorin.

 poseidon hades

izy43bvIGbxTLAXlC4YM4NQWFe8 L’identification Atlantide/Santorin a été encore aggravée, chez Doreen Virtue, par les propos d’un personnage, un Grec qui dit, notamment, qu’au sixième siècle avant notre ère les dieux de l’Olympe ont changé l’ADN des premiers Athéniens (censés constituer le « peuple serpent des Pléiades » !) pour les transformer en hommes, ce processus étant censé avoir été « complété » au cinquième siècle avant J.-C. ! Doreen Virtue ayant « reconnu » le lieu où se trouvait, selon elle, le temple de guérison de sa « régression », l’« historien psychique » déclara qu’il s’agissait de l’un des sites des temples de guérison atlantes. Il déclara avoir été un grand prêtre au temple de la guérison. Cet « historien psychique » prétend avoir été le poète épique Omiros, lequel correspond à Homère, l’auteur de “l’Iliade” et de “l’Odyssée” !

Selon cet « historien » particulier, le dieu Poséidon a réalisé des expériences sur l’ADN, ce qui aurait créé beaucoup d’anomalies comme les gargouilles, les sirènes, les centaures, les monstres marins, Zeus ayant mis fin à cette pratique. Doreen Virtue se souvint avoir vu, à Santorin, de nombreuses sculptures de sirènes et de tritons. Cet « historien » connaît manifestement bien les travaux de Zecharia Sitchin sur les dieux sumériens (des visiteurs de l’espace) puisqu’il évoque les « Anunakis » – identifiés par l”historien psychique” à des Pléiadiens -, ceux-ci étant venus sur Terre il y a 300.000 ans. (L’identification à des Pléiadiens n’est pas faite par Zecharia Sitchin.)

Doreen Virtue dit avoir eu des visions de dragons et de géants mi-bêtes, mi-hommes, qui déambulaient en Atlantide, et elle a compris, écrit-elle, que le Sphinx d’Egypte était façonné à l’image de ces êtres fabuleux. Elle a « vu » le légendaire Minotaure, mi-taureau, mi-homme. Elle s’est souvenue des cornes de taureau gravées dans les bâtiments des ruines d’Akrotiri, ainsi que du récit de Platon faisant état de taureaux dans les rues de l’Atlantide, ceux-ci étant sacrifiés pour plaire aux dieux et les apaiser.

Le personnage (ou “illuminé”) rencontré par Doreen Virtue déclara à celle-ci que le système numéral de l’Atlantide était fondé sur le nombre 13. Il ajouta que les ordinateurs atlantes (qui ne pouvaient évidemment pas exister à Santorin en 1600 avant J.-C. !) étaient basés sur un fonctionnement axé sur 13 nombres.

Il déclara à Doreen Virtue que les prêtresses avaient l’habitude, dans le temple de guérison, de chanter pour « ouvrir » les vortex (chakras). Puis il se mit à fredonner la mélodie que Doreen Virtue avait chantée lors de sa régression dans son passé atlante, ce qui corroborait la réalité de la régression. Il précisa qu’il ne fallait pas enseigner cette chanson à quelqu’un qui serait susceptible d’en faire un mauvais usage…

Nous devrions, dit l’« historien psychique », avoir douze segments d’ADN (cette affirmation étant compatible avec de nombreuses sources “canalisées”). Il ajouta que les cinq autres paires (les dix segments « manquants ») allaient être à nouveau liées le 21 décembre 2012 (ce qui ne s’est évidemment pas vérifié) ! Selon notre « historien », il suffirait seulement d’avoir l’intention d’entrer en contact avec le « Premier Créateur » (sic) et de lui demander de nous faire récupérer les dix segments manquants pour retrouver ceux-ci complètement en trois mois ! Nous sommes ici en plein “délire”.

Bref, il y a, chez notre « historien », un mélange de faits réels (bien que non reconnus par les « vrais » historiens) avec une identification trompeuse de l’Atlantide à Santorin.

L’archange Michael est censé avoir dit à Doreen Virtue que les chapelles grecques couvrent les vortex de l’Atlantide. Mais contrairement à ce qu’elle croit, Doreen Virtue ne foulait pas « l’ancienne Atlantide » lorsqu’elle était à Santorin. Il ne s’agissait pas des « pierres de l’Atlantide ».

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La référence, pour la localisation de l’Atlantide, aux autres « endroits », en plus de Santorin, s’explique par ce qui suit. A la question : « L’Atlantide se trouvait-elle à l’emplacement de Santorin aujourd’hui ? », l’entité canalisée « Merlin/Hermès » répondit à Doreen Virtue que l’Atlantide s’étendait en divers lieux de la Terre. Elle était proche de « Shambala », situé au large des côtes indonésiennes, et allait jusqu’au centre de Bali. Elle avait aussi un lien avec l’Australie. (6) Cette localisation, disons-le, est fantaisiste, et elle n’est pas corroborée par une seule source « psychique » sérieuse. En fait, cette localisation ressemble plus à celle de la Lémurie qu’à celle de l’Atlantide !

Les deux sources fantaisistes évoquées ci-dessus mises à part, il convient de rappeler que toutes les autres sources « extraordinaires » (« paranormales » ou autres) ayant évoqué l’Atlantide localisent correctement l’Atlantide au niveau de l’océan Atlantique.

Nous avons vu que l’« historien psychique » rencontré par Doreen Virtue a fait état, en Atlantide, d’expériences génétiques ayant abouti à la création de monstres. On retrouve cette idée de manipulations génétiques dans d’autres sources qui, elles, ne localisent évidemment pas l’Atlantide en mer Egée ! Voici deux exemples (que je ne détaille pas ici) :

– La channel Midaho a été informée qu’à la fin de leur civilisation, les Atlantes ont fait des manipulations génétiques sur des animaux et des humains… (7)

– Lors d’une sortie hors du corps, Anne Givaudan a vu une scène se déroulant en Atlantide. L’être auquel elle s’est « identifiée », lors de la perception de cette scène, travaillait dans un grand laboratoire de recherche où des expériences génétiques étaient en cours… (8)

On voit donc qu’il y a, chez l’« historien psychique » rencontré par Doreen Virtue, un mélange de localisation erronée de l’Atlantide avec des éléments valables de description de cette civilisation engloutie. Si l'”historien psychique” grec a identifié l’Atlantide à Santorin, c’est manifestement par “fierté nationale” !

Alain Moreau

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Références :

1. Jacques Hébert, “Atlantide. La solution oubliée”, éditions Carnot, 2003, p. 18, 179.

2. Dorothée Koechlin de Bizemont, « L’univers d’Edgar Cayce », tome 1, éditions Robert Laffont, 1985, p. 186.

3. « Science et inexpliqué », n° 51, mai-juin 2016, p. 16-19.

4. Pierre Carnac, « L’Atlantide. Autopsie d’un mythe », éditions du Rocher, 2001, p. 216, 221-222.

5. Ibid., p. 67.

6. Doreen Virtue, « Médecine des Anges », éditions AdA Inc., 2005, p. 13-14, 29-32, 50-51, 66-68, 76-78, 81, 98, 132-133.

7. Midaho, « Dialogues avec Dieu », tome 1, éditions Hélios, 1996, p. 216-218.

8. Anne Givaudan, « Alliance », éditions S. O. I. S., 2000, p. 47.

 

 Suite : “Les fausses Atlantides. (3) L’Atlantide n’était pas en mer du Nord”.

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