Abductions. L’enquête de Stéphane Allix

 9782226175007m

 

 

 

Stéphane Allix est à l’origine de la création de l’INREES (voir : www.inrees.com), un groupe de recherche qui fait un excellent travail de vulgarisation et de réflexion à propos notamment des phénomènes « extraordinaires ». Stéphane Allix est aussi à l’origine de deux excellentes séries documentaires, « Expériences extraordinaires » (2010 et 2013), disponibles en DVD sur le site de l’INREES. Ces documentaires ont été diffusés sur M6, à l’exception, bizarrement, de trois émissions de la saison 2 (sur la réincarnation, sur les contacts avec l’Au-delà et sur les thérapies « alternatives »). A noter également l’intéressante revue trimestrielle de l’INREES : « Inexploré » (disponible chez les marchands de journaux).

En 2015, Stéphane Allix a publié aux éditions Albin Michel un fort intéressant livre intitulé : “Le test”. Il est consacré à la tentative de la mise en évidence de l’existence de “l’après-vie”, à la faveur d’une expérience originale… 

Parmi les trois documentaires d’“Enquêtes extraordinaires”, diffusés sur M6 en août 2013 (et rediffusés en septembre 2013), il y avait une émission sur les OVNIs et une autre consacrée aux « abductions » ou enlèvements extraterrestres. Quelques années auparavant, en 2006, Stéphane Allix avait publié (aux éditions Albin Michel) un livre sur les enlèvements : « Extraterrestres : l’enquête ». C’est du contenu de ce livre dont je parle ici.

Pour Stéphane Allix, la rencontre déterminante dans le domaine des « abductions » a été celle de John Mack, professeur de psychiatrie à Harvard. Celui-ci est décédé de mort accidentelle en septembre 2004 à Londres. Il avait obtenu, en 1977, le prix Pulitzer pour sa biographie de Lawrence d’Arabie.

John Mack (1929-2004), qui avait rencontré des dizaines d’« enlevés », s’est aperçu que ceux-ci ne souffraient pas de troubles d’ordre psychique. C’est en 1994 qu’il publia son premier livre sur les « enlevés » (livre qui fut traduit en français l’année suivante, sous le titre « Dossier Extraterrestres », aux Presses de la Cité). C’était le résultat d’un travail de deux ans sur une centaine de cas, dont treize sont détaillés dans le livre. En 1999, il publia son second livre sur le sujet : « Passport to the Cosmos » (non traduit en français).

Les expériences rapportées possèdent toutes les caractéristiques d’événements réels : narrations détaillées ne semblant pas renfermer de structure symbolique évidente, intenses traumatismes émotionnels et physiques, avec parfois des petites lésions apparentes sur le corps des victimes, logique et cohérence des récits jusque dans les moindres détails. John Mack a écrit que les énergies et les émotions qui traversent et bouleversent ces personnes au moment où elles font le récit de leur drame ont une intensité comparable à nulle autre qu’il ait pu rencontrer dans son travail de thérapeute.

Stéphane Allix rencontra la première fois John Mack en septembre 2003. Il fit la connaissance de quelques-uns de ses « patients » que John Mack appelait des « experiencers », ceux qui disent avoir été en contact avec des entités non humaines. C’est une psychologue qui suggéra à John Mack de rencontrer Budd Hopkins, un artiste de New York qui travaillait avec des « abductés ». Elle suivait un patient qui lui avait été adressé par Budd Hopkins. Les personnes que John Mack rencontra n’avaient pas de maladies mentales, chaque personne décrivant plus ou moins la même chose. Et, bien sûr, elles ne se connaissaient pas.

La personne est en voiture ou au lit, et puis il y a une lumière, des entités qui entrent dans la chambre. Les experiencers se sentent paralysés, on les prend, on les emmène… Ils parlent de communication télépathique avec les entités.

Dans certains cas, John Mack a proposé une séance d’hypnose légère. Lors de ces séances, la plupart du temps des souvenirs reviennent avec beaucoup de détails.

En Afrique du Sud, John Mack a découvert que les mêmes petits êtres gris décrits par les experiencers ont été baptisés Mantindane par les Zoulous. Il cite le guérisseur zoulou Credo Mutwa qui fit cette déclaration :

« Demandez aux Pygmées, aux Bushmen du Kalahari, aux Ovahimba de Namibie, aux tribus du Zaïre. Tous vous parleront de la présence grandissante parmi nous de ce que vous appelez en Occident les extraterrestres. »

Des différences subsistent entre les témoignages, mais John Mack a remarqué qu’elles portent davantage sur l’interprétation qui est faite des expériences dans les différentes cultures, que sur le cœur de l’expérience elle-même. Les caractéristiques principales (type d’entité, émotion intense, circonstances des rencontres) sont identiques. John Mack a ainsi constaté que le phénomène des enlèvements extraterrestres n’est pas limité au monde occidental et n’est pas le produit de la technologie spatiale, mais que le phénomène est universel, donc non dépendant d’une culture particulière.

Le docteur Bernstein, qui a enseigné les sciences sociales à l’Université de Boston et à l’Université de Californie, a collaboré avec John Mack dans son travail de recherche auprès des experiencers. Il a aussi travaillé avec des personnes ayant vécu des expériences de mort imminente. (1)

 

* Quelques « abductés » :

 

1. Michael et Trish :

Michael (écrivain et new-yorkais) et Trish (ancienne dirigeante d’entreprise, originaire de Chicago) s’étaient rencontrés quelques semaines avant que ne leur arrive leur aventure en septembre 1997. Ils avaient décidé de passer un week-end dans le nord-est des Etats-Unis, dans un bungalow sur les rives du lac de Rangeley, dans l’Etat du Maine, à quelques dizaines de kilomètres du Canada.

Michael s’est réveillé au milieu de la nuit. Alors qu’il était assis sur le rebord, au pied du lit, juste devant la fenêtre, il vit, à l’extérieur, la lumière la plus intense qu’il ait jamais vue. Il est allé dans le salon d’où il avait une bien meilleure vue. Et là, à une cinquantaine de mètres, juste au-dessus du lac, il a vu un large objet en forme d’ellipse, très lumineux, qui devait mesurer entre 10 et 15 mètres de haut. Trish, depuis la chambre, n’a pas bien vu la forme en ellipse, et elle distinguait seulement le dessus. Mais elle a vu l’immense faisceau de lumière qui en sortait et qui devait faire 4 à 5 mètres de haut.

Michel vit une sorte de tunnel qui sortait de l’objet. Ce dernier était très brillant, mais sa lumière ne se reflétait pas sur l’eau du lac ! Il était entouré d’un halo vaporeux, comme une enveloppe de brume. Le tunnel s’est réduit avant de disparaître. Puis l’objet a disparu en une fraction de seconde…

Michael dit à Trish qu’il fallait qu’elle se souvienne de ce qu’ils avaient vu. Ils sont allés se coucher tout de suite, et le lendemain ils n’avaient plus le souvenir de ce qui s’était passé. Ce n’est que durant l’après-midi que Trish s’est brusquement rappelé la nuit précédente, alors qu’elle regardait le soleil se refléter sur la surface du lac. Ayant évoqué à Michael la lumière sur le lac, l’image de l’objet en forme d’ellipse revint à l’esprit de son compagnon. Il y avait là une inexplicable amnésie temporaire que les deux témoins, curieusement, n’évoquèrent pas. Pendant près de six mois, ils n’abordèrent pratiquement jamais le sujet, comme si quelque chose les incitait inconsciemment à se taire !

Michael précisa à Stéphane Allix qu’ils avaient eu une rencontre entre le moment où ils sont allés se coucher et le moment où ils se sont retrouvés assis au pied du lit. Les détails de toute leur expérience leur sont revenus progressivement, lors de séances de relaxation qu’ils firent séparément avec John Mack. Apercevoir l’OVNI fut la fin d’une expérience plus longue qui commença juste après qu’ils se soient couchés.

Quand ils se sont mis au lit, Michael a remarqué une myriade de petits points de lumière étincelante autour de la fenêtre de la chambre. Trish vit aussi ces petits points de lumière, puis elle eut le souvenir d’être soudainement au-dessus du lit. Elle pouvait sentir qu’elle était à une trentaine de centimètres au-dessus du lit. Puis son corps a commencé à bouger, à tourner légèrement pour venir contre le mur. Elle finit par passer… à travers le mur ! Elle a été transportée dans un tunnel de lumière.

Michael se rappelle aussi très distinctement le tunnel de lumière. Il s’agissait d’une structure de forme octogonale. Alors qu’il était transporté à l’intérieur, Michael éprouvait la sensation forte d’être en présence de quelque chose de vivant. Le tunnel se terminait par une séquence de lumières de couleur sous laquelle il est passé. Michael avançait au travers de sections de couleur rouge, bleue, jaune… Il était comme incliné vers l’arrière. Il pense avoir vu des êtres dont il n’avait pas une image nette. C’était comme la forme de 5 épaules et têtes le regardant. Il a ensuite été transporté dans un endroit où il y avait une sorte de lumière puissante sur lui. Il a vu des silhouettes de gens, d’êtres, puis il a été encore transporté. Il est ensuite subitement reparti en arrière, dans le tunnel qu’il avait emprunté pour venir. Il a reconnu les séquences de couleur. Soudain, il n’y a plus eu que la lumière aveuglante. Il était assis au bord du lit.

Durant toute l’expérience, il y avait un être à côté de Trish. Elle a été transportée dans le tunnel. Elle se sentait bien, en sécurité. Cet être était fait de lumière, et elle pouvait voir les yeux qui étaient plus brillants. Il n’y avait pas vraiment de corps défini, « c’était juste de la lumière ». Trish se rappela ensuite être assise au bord du lit regardant à travers la fenêtre ce tunnel de lumière en travers du lac… Trish précise qu’elle n’était pas en train de rêver ou de dormir, et Michael a la certitude que ce qu’il a vécu était tout ce qu’il y a de plus réel. (2)

 

2. Karin :

Les premiers souvenirs conscients de rencontres de Karin remontent à l’âge de 26 ans, alors qu’elle venait de s’installer en Floride avec son ami. Elle travaillait, à l’époque, comme serveuse.

Elle se réveilla le matin avec l’impression d’avoir fait des rêves étranges. Les images de plus en plus précises qui lui revenaient de ses rêves ne faisaient qu’accentuer sa détresse : des lumières, des visages horribles… Elle suspecta que son corps était manipulé. Cela se produisit plusieurs fois par semaine. Elle avait l’impression de devenir folle, mais elle savait que ce n’était pas le cas.

Une nuit, quelque chose la réveilla. Un « truc » lui chatouillait le haut du crâne. Elle crut que c’était une des lattes de bois et qu’elle devait être trop près de la tête de lit, alors elle s’est enfoncée. Mais cela a continué : quelque chose la touchait ! Or, rien ne pouvait passer derrière. Elle commença à avoir très peur, elle voulait hurler mais était incapable de bouger. Lors de l’entretien avec Stéphane Allix, Karin abattit, d’un geste sec, ses deux mains sur sa poitrine, figurant le poids invisible qui l’avait écrasée.

Elle perdit connaissance une fraction de seconde. Peut-être, dit-elle, que cela a duré en fait deux minutes. Elle sentit alors un courant électrique parcourir son corps, ses bras étaient droits le long du corps et elle ne pouvait pas ouvrir la bouche. Elle était terrifiée de ne pas pouvoir bouger. L’émotion revécue était, au moment de l’entretien, intense, elle se mouchait, ses yeux étaient rouges et gonflés.

Elle avait senti une pression au bas du lit, comme si un animal venait de bondir sur sa couette. Quelque chose marchait sur son lit, alors qu’elle ne pouvait pas bouger. Il avançait de part et d’autre de ses jambes. Juste un pas, puis un autre, puis encore un autre, lentement, doucement. A chaque pas, Karin sentit la pression, la couette qui s’enfonçait, un poids contre ses jambes. Cela semblait léger, vraiment maigre. L’être attendait avant de faire le pas suivant. Attentif à sa sécurité, il s’assurait ainsi, à chaque instant, qu’elle n’allait pas bouger. A chaque pas il faisait une pause. C’était un peu, ajouta-t-elle, comme lorsque vous avancez vers un animal dont vous ne voulez pas qu’il s’échappe. Et puis, cela s’est arrêté.

A la pression sur la couette, Karin a réalisé que l’être était à cheval sur elle. Le poids s’est relâché sur la gauche de Karin, l’être a doucement soulevé sa jambe, et Karin a senti qu’il la posait, comme au ralenti, sur sa poitrine. Elle sentait le poids de ce « truc » s’enfoncer sur sa poitrine. Et puis, dit-elle, ce fut l’horreur. Son ami dormait à côté d’elle et ne se réveillait pas. Il était, dit-elle, paralysé. Elle ne pouvait pas hurler ni bouger la mâchoire.

L’être posa une main contre la tête de Karin, laquelle sentit quelque chose enfoncer l’oreiller à droite de sa tête. Il y eut une autre pression à gauche. Elle était terrorisée. Elle était face à ce « truc » et elle pensait à son haleine, ce qu’elle trouvait très stupide. Elle eut l’impression de recevoir quelque chose dans sa tête, une pensée signifiant que cela n’avait pas d’importance que sa respiration sente mauvais. Puis Karin fut envahie par un grand calme, son corps se détendit. L’être le sentit et Karin entendit cette pensée : « Bien ! » et puis : « Maintenant, tu peux ouvrir les yeux. »

Elle réalisa alors qu’elle pouvait ouvrir les paupières, même si elle était toujours paralysée et qu’il y avait toujours l’électricité lui parcourant le corps. Elle perçut la « chose » à quelques centimètres de son visage. La peau était comme celle du cuir, lisse, gris sombre. Les yeux étaient immenses, comme de l’encre, allongés autour de la tête, très pointus. Le cou avait l’air segmenté, tout fin. Le corps était maigre, petit, et les bras paraissaient segmentés comme le cou.

Lorsque le contact se produit, dans les expériences de Karin, les êtres sont d’abord denses, dit-elle, puis, durant l’expérience elle-même, « les vibrations changent ». Quand ils viennent chercher les enlevés, ils sont solides comme nous. Lorsque l’enlèvement se produit, « nous quittons cette dimension et, en quittant cette dimension, les choses semblent moins denses ». C’est comme « si les vibrations changeaient, que tout s’accélérait ». On sent, dit-elle, que le corps devient lumineux. Karin a la sensation que chacune de ses cellules s’éloigne l’une de l’autre et que la vitesse de vibration de la matière augmente. (3)

 

3. Sue et David :

Sue et David (vice-président d’une compagnie de travaux publics) sont les parents de deux garçons prénommés Danny et Jake.

La première expérience consciente de Sue remonte à l’été 1967, alors qu’elle avait 19 ans. Elle passait ses vacances chez ses parents, à Waitsfield, dans le Vermont. Elle fut réveillée une nuit par un bruit et s’aperçut que sa chambre était baignée de lumière brillante, blanc bleuté, qui pulsait. Elle était terrorisée et n’osait pas bouger. Elle avait la certitude que quelque chose était dans sa chambre. Elle entendit sa mère l’appeler, la chambre de ses parents se trouvant au-dessus de la sienne. Elle entendit également son père demander ce qui se passait, et sa mère répondit qu’elle avait entendu quelque chose dans la chambre de Sue.

Sue vit des petits êtres, mais la vision était très furtive. Tout devint noir et elle ne reprit conscience que plus tard dans la nuit. Elle se sentit léthargique, confuse, et elle avait mal au ventre, autour du nombril, lequel était sensible. Ses jambes étaient vacillantes et elle avait les genoux en coton. Elle est passée dans le hall d’entrée et s’est aperçue que la porte de la maison n’était pas totalement fermée. Après avoir allumé la lumière de la cuisine, elle a vu qu’il était 3 h 12. Des images lui venaient puis disparaissaient. Elle s’affala sur le sofa et réalisa qu’elle était frigorifiée en dépit de la chaleur étouffante de cette nuit d’été. Elle se mit à frissonner, trembla, pleura. Elle regagna sa chambre et s’endormit. Elle se réveilla aux alentours de 9 heures et alla raconter à sa mère le « rêve bizarre » qu’elle avait fait. La mère confirma l’avoir appelée… Et elle précisa à sa fille que cela s’était déjà produit, quand elle était toute petite : elle avait pensé qu’il y avait quelque chose dans la chambre de sa fille, mais elle n’était pas allée voir parce qu’elle ne pouvait pas. C’est donc à l’âge de 19 ans que Sue réalisa que ce genre de choses lui arrivait depuis l’enfance, qu’elle voyait ces êtres, lorsqu’elle était petite, entrer dans sa chambre, la réveiller.

Cet épisode de l’été 1967 ne fit qu’augmenter le sentiment de peur dans lequel elle vivait. Dans les semaines qui suivirent, Sue et sa mère découvrirent que deux voisins avaient observé un phénomène lumineux qui les avait fortement impressionnés.

Le premier témoin est une femme dont la date d’observation cadrait avec celle de Sue. Elle fut réveillée, au milieu de la nuit, par une lumière brillante et pulsante qui éclairait sa chambre depuis l’extérieur. La chambre où elle et son mari dormaient donnait sur la maison des parents de Sue. La voisine, qui eut peur de se lever, demanda à son mari d’aller voir, et celui-ci vit, par la fenêtre, une lumière bleue sur l’arrière de la maison des parents de Sue. Ils furent très effrayés. La lumière était partiellement cachée à leur vue car elle se trouvait du côté de la chambre de Sue.

Le second témoin est un homme approchant les 70 ans. Il s’était réveillé une nuit vers 3 heures du matin pour aller aux toilettes, le couloir qui y menait se terminant par une fenêtre qui donnait sur la maison de Sue. Il a aperçu à travers la fenêtre une lumière extrêmement brillante au-dessus de cette maison. Il était tellement étonné qu’il est resté là à regarder, pendant une vingtaine de minutes, cette lumière stationnaire au-dessus de la maison, à plusieurs mètres au-dessus du toit, et qui oscillait très légèrement. Elle changeait de couleur : rouge, puis verte, puis rouge. Tandis qu’il la regardait, la lumière partit subitement à une vitesse incroyable, en une fraction de seconde.

David, le mari de Sue, n’a pas vraiment vu des choses, mais il a été paralysé, maintenu par terre sans pouvoir bouger. Il ne se souvenait jamais de rien. Il y avait juste un bruit, des lumières, puis Sue qui commençait à bouger. Il essayait alors, en vain, de se lever. C’était comme si un énorme poids le maintenait dans le lit. Il perdait connaissance, et au réveil c’était fini.

Il est arrivé que Sue ait des expériences alors que des invités étaient présents chez elle. Elle pense avoir eu sans doute beaucoup d’expériences dont elle ne garde aucune mémoire. Ce n’est qu’à partir de 19 ans qu’elle a commencé à se souvenir de bribes, de petites parties de ce qui se passait.

Son fils Danny avait beaucoup de saignements de nez, et lorsqu’elle était enfant elle était comme lui. Elle se réveillait aussi assez souvent le matin avec une grande marque rouge sur le front, comme une bosse. Sa mère lui disait toujours que ce devait être une piqûre d’araignée. Enfant, Sue se demandait comment on pouvait être piqué autant de fois exactement au même endroit. Elle avait aussi, parfois, des marques derrière les oreilles. Elle avait toujours quelque chose : des marques sur les jambes, sur les bras. Elle a remarqué les mêmes marques sur ses garçons quand ils avaient entre 10 et 11 ans.

Un soir, alors que les garçons étaient chez les parents de Sue, ils eurent un « cauchemar ». Danny déclara qu’il avait rêvé qu’il se réveillait dans sa chambre (qui avait été, autrefois, celle de Sue) et qu’il voyait un « petit vampire ». Jake, qui avait fait le même rêve, parla de « petits singes » à côté du lit. Il a rêvé que Danny et lui se sont levés, qu’ils ont essayé de s’enfuir mais qu’il y avait un champ de force à travers lequel ils ne pouvaient passer.

Une nuit de 1990, Sue et David furent réveillés par une lumière bleue, pulsant à travers leur chambre située au premier étage. La chienne, au rez-de-chaussée, poussait des couinements plaintifs. Sue se leva mais David n’y parvint pas. Il n’était pas loin de 23 heures. Depuis le haut de l’escalier, Sue a regardé en bas et elle a vu une lumière blanc bleuté, pulsante, qui brillait au-dessus des marches. Elle se sentit contrainte de descendre les marches et vit la chienne couchée le ventre à terre en train de gémir, de grogner et de montrer les dents en fixant quelque chose droit devant elle dans la cuisine. Sue arriva au bas de l’escalier, enjamba la chienne (qui ne la regarda pas), puis passa dans la cuisine.

Elle vit son fils Danny (alors âgé de 13 ans), droit comme un robot, ses mains toutes droites et contre son corps, les yeux exorbités, l’air effrayé. Les pupilles étaient affreusement dilatées… Sue s’est approchée et lui a dit qu’« ils » n’allaient pas lui faire de mal, mais il semblait ne pas entendre ni voir sa mère. Celle-ci avait le sentiment que son propre corps flottait en l’air, avec la lumière tout autour. Elle s’est déplacée derrière Danny, et Jake (âgé de 11 ans) a alors pénétré dans la cuisine. Lui aussi avait l’air terrifié. Tout ce qui a suivi était comme un rêve « avec des choses incompréhensibles ». Sue ne savait pas où elle était, mais elle pouvait entendre Danny hurler, alors qu’elle essayait de taper quelque chose. Elle se rappela ensuite s’être réveillée, dans son lit, le lendemain matin. David était là. Elle commença à raconter son « rêve » à son fils, lequel précisa qu’il avait essayé, en vain, de se lever, tout étant ensuite devenu noir. Il ne se rappela de rien ensuite. C’est là que Sue a eu la certitude que ses enfants étaient aussi enlevés.

Stéphane Allix rencontra Danny, alors atteint d’une méningite, à l’hôpital. Il est totalement paralysé et doit vivre dans un centre de soins spécialisé. Cette méningite s’est déclarée 6 semaines après l’expérience de la cuisine. Sue, qui ne sait pas s’il a un souvenir de cet épisode, parla d’une expérience dont il a par contre le souvenir, qui aurait eu lieu quelques années après, à l’époque où il était traité dans le centre de réadaptation d’un hôpital d’Englewood, dans le Colorado. Lui et sa mère étaient restés là-bas six mois. Il allait mieux. Elle s’en souvient parce qu’ils ont eu une expérience la même nuit, lui à l’hôpital, elle dans le studio, en face de l’hôpital, qu’elle occupait.

Danny avait, à l’époque, 17 ans. Il était paralysé depuis 4 ans. Elle fut réveillée avec la sensation d’avoir une queue de chat autour de la gorge. Elle tourna la tête et vit, à côté d’elle, qu’il y avait un petit être. Elle était en colère : « Non seulement vous venez dans ma propre maison, mais vous me trouvez aussi quand je suis ailleurs ! » Elle se redressa brusquement en avançant sa main pour essayer d’allumer la lumière, et c’est alors qu’elle s’aperçut de la présence de trois êtres. En approchant son bras très vite, elle en a bousculé un de toutes ses forces : un coup de poing au niveau du plexus. Cela ne donnait pas vraiment l’impression de frapper quelque chose de solide, et c’était un peu comme si la main de Sue était entrée dedans. Elle croyait taper une poupée. L’être avait de grands yeux. Presque immédiatement après, l’être qui se tenait juste derrière a mis quelque chose sur la main gauche de Sue, entre le pouce et la naissance de l’index. Elle a eu la sensation d’une piqûre, comme si une aiguille était entrée là. Et à cette seconde, elle ne se souvient de rien.

Lors de la rencontre (à l’hôpital) de Stéphane Allix avec Danny, ce dernier avait 30 ans. Il ne pouvait bouger, à l’exception de la tête, mais il conservait toutes ses facultés intellectuelles. Il ne pouvait pas respirer sans l’aide d’un appareillage lourd. Que s’est-il passé à l’hôpital du Colorado alors qu’il avait 17 ans ? Danny se souvient d’un « petit mec gris » à grosse tête, sortant du mur. Sue précisa qu’il devait être 8 heures 30, le lendemain de la nuit où elle a eu son expérience, lorsqu’elle a pénétré dans la chambre de son fils. Elle vit, en voyant son visage, qu’il était très bouleversé. Ses yeux étaient écarquillés, et il lui a dit qu’il avait eu très peur la nuit précédente.

Danny précisa que quelque chose l’avait réveillé, qu’il a eu très peur, et qu’il a vu, au milieu de la chambre, une ouverture, comme un espace qui s’ouvre, et un petit être qui est entré dans la chambre. Il ne se rappelle plus rien ensuite.

A la suite de cette double expérience (la sienne et celle de son fils), Sue a décidé de parler, au psychologue de Danny, de ce qui leur arrivait. Le psychologue lui a dit qu’il la croyait, qu’il voyait bien à quel point elle était secouée, mais qu’il ne connaît rien de ce sujet et qu’il ne sait pas quoi faire. Quelques jours après, elle est allée dans une grande librairie et c’est alors qu’elle prit connaissance du livre de John Mack : « Abduction ». Elle téléphona à l’auteur…

En 2002, Sue rendit visite à ses parents résidant au Nouveau-Mexique. Après les avoir accompagnés pour la journée à Santa Fe, elle rentrait avec eux à la nuit tombée. Alors qu’elle était assise à l’arrière de la voiture, Sue vit une lumière bleue qui les suivait. Le père ne dit rien et accéléra comme un robot. La lumière resta à leur hauteur, volant au-dessus du sol. L’instant d’après, ils se retrouvèrent devant la maison des parents de Sue, assis dans la voiture, sans savoir comment ils étaient arrivés là. Ils rentrèrent et allèrent se coucher sans un mot. Le lendemain, Sue évoqua cet épisode devant son père, mais celui-ci changea immédiatement de sujet. Sa mère confirma par contre qu’ils ont déjà vécu d’autres phénomènes comme celui-là, le premier remontant à l’époque où Sue était âgée de 2 ans. Longtemps après son retour dans le Vermont, Sue reçut un appel téléphonique de son père qui lui déclara qu’il s’était toujours senti mal par rapport à « ça », qu’il se souvient bien de cette lumière sur la route, que c’est réel mais qu’il ne peut pas en parler. (4)

 

4. Randy :

Randy est né en 1967 dans une petite ville du Massachusetts. C’est vers l’âge de 4 ans qu’il a commencé à avoir des moments difficiles la nuit. Il voyait des lumières (rouges, bleues) apparaître à travers les fenêtres. Ces lumières, qui apparaissaient très souvent, semblaient vivantes. A chaque fois, il hurlait pour que ses parents viennent, leur chambre étant au-dessus de la sienne. Les lumières pénétraient dans la chambre sans projeter aucun rayon sur les murs. Elles étaient « contenues », limitées. Cela a duré jusqu’à l’âge de 8 ans environ.

Vers l’âge de 7 ans, il a eu des migraines très douloureuses. Les médecins n’y pouvaient rien, et il en a eu de très violentes jusqu’à l’âge de 10 ans.

C’est au printemps 1977 qu’il a eu sa première « rencontre ». Il devait être 21 heures et il était dans sa chambre. Une lumière bleu-blanc très brillante « a tout pénétré ». Il était terrifié. Puis c’est comme s’il voyait à travers des yeux qui n’étaient pas les siens. Il pouvait avoir le point de vue de ce qui approchait de la maison. « Ils » entrèrent par la porte principale et il les vit endormir le chien dans le couloir devant sa chambre. Ils utilisèrent une sorte de baguette métallique. Puis ils sont venus dans la chambre. Randy a alors vu quatre êtres d’à peu près sa taille (1 mètre 20), avec de grosses têtes, avancer vers lui.

Ils ont utilisé sur lui la baguette en métal. La dernière chose dont il se souvient est qu’ils montèrent les marches jusqu’à la pièce où sa mère, son père et sa sœur se trouvaient. Il avait peur qu’ils le tuent et qu’ils tuent ses parents. Il semble que lorsqu’il est en présence de ces êtres, il peut voir ce qu’ils voient et savoir ce qu’ils savent de façon brute, comme eux peuvent voir ce qu’il voit, ce qu’il pense et ce qu’il ressent. C’est, dit Randy, comme un canal qui s’ouvre dans les deux sens.

Les êtres ont ensuite emmené Randy dehors. Ses souvenirs sont « brumeux », mais il a été emmené dans un vaisseau qui se trouvait au-dessus du champ de son grand-père de l’autre côté de la rue. Il était argenté et totalement uni. Il n’a pas vu de train d’atterrissage, mais il a été emmené à l’intérieur du vaisseau par en dessous, sur le côté. Il a été mis dans un siège métallique qui épousait parfaitement la forme de son corps et qui était froid. Il y avait deux êtres plus grands, avec de grands yeux, ces êtres étant très différents de ceux qui étaient venus chercher Randy. Il ne pouvait pas bouger et il a été pris en charge par ces deux êtres différents. Ils ont posé à l’intérieur de son nez, à l’aide d’une sorte de machine, un tuyau blanc avec des anneaux autour, qui semblaient métalliques. Randy est devenu complètement conscient lorsque ce truc est entré dans son nez. Il ne pouvait pas bouger. Les êtres le rassuraient en disant que tout était OK. Ils ôtèrent l’instrument et essayèrent à nouveau après avoir rendu Randy à nouveau inconscient.

Il se souvient ensuite se retrouver dans son lit. Il a hurlé à l’attention de ses parents, sans obtenir de réponse. Il s’est précipité dans la chambre de ses parents tout en ayant encore dans les oreilles le bruit du vaisseau : un bourdonnement avec de longues modulations. Les parents étaient convaincus qu’il y avait un intrus dans la maison. Randy leur indiqua le champ de son grand-père en leur disant que ces créatures étaient dans la maison et qu’elles l’avaient pris. Le père a pris son fusil mais il n’a rien trouvé. Randy a essayé du mieux qu’il pouvait de décrire les êtres à ses parents et de dire ce qu’ils lui avaient fait. Il a eu beaucoup de mal à dormir mais il y est quand même parvenu. Au matin, son père lui a dit qu’il avait fait un cauchemar et qu’il ne devait plus en parler. Le père a demandé à son épouse de ne pas encourager Randy à en parler.

La sœur de Randy est également « experiencer ». Leur mère a rapidement compris qu’il se passait vraiment quelque chose, qu’il ne s’agissait pas de mauvais rêves. Il fallut plus de temps à leur père pour comprendre cela.

Randy a le sentiment qu’« ils » font « ça » depuis longtemps, pas depuis des années, mais plutôt depuis des siècles. Ces créatures sont ici en train de « faire des choses en secret » et ne veulent pas que nous sachions. La plupart du temps, quand on est en présence de ces êtres, on est sous une forme d’anesthésie. C’est comme si c’était « électrique »… On n’est donc pas complètement conscient quand on est pris. Randy pense que c’est pour le bien des personnes qu’ils rendent celles-ci inconscientes. Il ne pense pas qu’il serait sain d’esprit aujourd’hui s’ils l’avaient laissé conscient pendant la totalité de l’épreuve. (5)

 

5. Will :

Will se souvient d’expériences qui remontent à sa petite enfance. Enfant, il se réveillait terrifié parce qu’il croyait qu’il y avait une sorte d’animal dans sa chambre. Il était dans sa chambre au milieu de la nuit alors qu’une lumière apparaissait derrière les fenêtres et illuminait tout. Les branches des arbres devenaient toutes blanches, comme gelées par la lumière, et cette lumière semblait entrer dans la chambre. Bleutée, intense, elle se projetait sur les murs. Will partait dans le couloir.

Cette expérience a duré des années. Il se rappelait se lever, être effrayé, bondir dans le couloir, et puis plus rien, jusqu’au lendemain matin, toujours dans le couloir. Il reprenait conscience le matin debout dans le couloir.

Une nuit vers 2 ou 3 heures, et alors qu’il était adulte, il avait semblé à Will entendre du bruit à l’extérieur de chez lui. Il a cru voir un chat du quartier avec qui il était copain. Il est sorti, a caressé le chat et est rentré… Quand il est rentré, il a subitement réalisé que quelque chose n’allait pas, que sortir caresser le chat ne lui semblait pas vraiment réel. Il a essayé d’ouvrir, en vain, la lumière. Il ne put finalement plus bouger et il vit, à travers la vitre de la porte, un immense éclair de lumière, tout l’extérieur étant devenu gris-blanc. Le lendemain matin, il s’est retrouvé dans son lit.

Il se mit à lire beaucoup sur la psychologie, sur les désordres mentaux pouvant affecter la perception, sur les hallucinations nocturnes, et il a donc essayé de savoir s’il n’était pas en train de perdre le contrôle de lui-même. Il lui a fallu du temps pour réaliser que ce qui lui arrivait ne signifiait pas qu’il était fou.

Il a eu des expériences de lumière bleue remplissant la chambre, alors que les fenêtres étaient fermées. Pendant un instant il se demandait si c’était une fuite de gaz, une explosion ou un feu. Puis c’était la peur : « Ils arrivent ! ». Il essayait de se cacher sous le lit, de se dissimuler, les portes s’ouvraient et deux êtres entraient. L’un attrapait la jambe de Will.

Dans le cours de l’expérience elle-même, il y a « des petits instants » où l’on est dans l’état de veille normal. C’est lors de ces moments que Will réalise combien il manque des morceaux, « des parties de temps ». Will pense que ces êtres ne peuvent pas apparaître dans notre monde en dehors de circonstances particulières, et il soupçonne que les gens doivent être dans un état particulier. Il n’a pas le sentiment qu’il s’agit de soucoupes en métal évoluant physiquement dans le ciel. Il parle de deux réalités différentes qui se rencontrent, se mélangent temporairement puis se séparent, laissant bien peu de traces. Il pense que la rencontre de ces deux mondes n’est possible que quelques minutes d’affilée, et il ne pense pas qu’une entité puisse apparaître dans notre monde et y rester. Il n’a vu ces entités dans notre environnement que brièvement. Elles emportent la personne dans leur environnement extraterrestre pour la durée de l’expérience, puis ramènent la personne. Will parle de monde spirituel, d’autres dimensions, de plans de réalité. Il pense que l’on fait l’expérience de contacts avec différents niveaux de réalité. Will dit que ces êtres ne sont physiques que lorsque nous sommes dans leur environnement ou qu’ils pénètrent brièvement dans notre environnement. (6)

 

* Etat de stress post-traumatique et temps manquant :

Les émotions qui traversent les experiencers lors de la remémoration des épisodes de leur « rencontre » sont d’une intensité rarement atteinte. John Mack et d’autres chercheurs ont diagnostiqué chez nombre d’entre eux les symptômes d’un « état de stress post-traumatique » : peurs incontrôlées, crises d’angoisse, troubles émotionnels, flash-back, etc. Ce syndrome laisse des traces psychologiques manifestes et aisément décelables. Il est la conséquence de ce à quoi l’experiencer a été confronté. Seul un événement réel provoque cet état.

Les sujets sont confrontés à une expérience dont ils ne peuvent nier la réalité mais qui est pourtant jugée impossible, et c’est là que réside la cause première de l’émergence d’un état de stress post-traumatique : vivre quelque chose qui n’est pas envisageable.

Les événements très douloureux laissent une marque profonde dans le cerveau, et il arrive que les patients aient des symptômes des dizaines d’années après le traumatisme initial, ce qui est courant chez les anciens combattants, comme chez les survivants des camps de concentration. En psychiatrie, on dit que l’état de stress post-traumatique constitue une réponse différée ou prolongée à une situation ou à un événement stressant (de courte ou de longue durée) exceptionnellement menaçant ou catastrophique, et qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus : catastrophe naturelle ou d’origine humaine, guerre, accident grave, mort violente en présence du sujet, torture, terrorisme, viol et autres crimes.

La période d’amnésie, constatée chez les experiencers, commence en général à partir de l’apparition des entités à proximité de la personne, si cela ne s’est pas produit dès le début de la manifestation de la lumière perçue. A partir de ce moment, les experiencers ne gardent que des souvenirs parcellaires, confus, mais ce n’est pas toujours le cas.

Karin dit se souvenir clairement d’une grande partie du déroulement de ses expériences, après qu’elle ait été emmenée. Randy a repris connaissance durant de brefs instants, alors qu’il était entre les mains des « êtres ». D’autres sujets, certains d’avoir été confrontés maintes fois à ces entités, n’ont le souvenir que de deux ou trois épisodes vécus consciemment. C’est le cas de Sue et de Will.

Le terme de missing time désigne ce laps de « temps manquant » entre le moment où apparaît une lumière, puis les êtres, et celui où la personne reprend conscience en s’apercevant que plusieurs heures ont passé.

Will a dit à Stéphane Allix que ce n’est pas comme si on avait perdu une partie de sa mémoire mais que c’est plus comme si le temps avait été déformé, comme si une section de la vie du sujet avait été enlevée. Karin dit que c’est comme si cela avait été « coupé au montage », ce à quoi Will a acquiescé. Karin précise que c’est comme si les deux moments du film étaient collés l’un après l’autre. L’enchaînement des deux séquences n’a aucun sens parce que toute une partie entre les deux manque… (7)

 

* Les êtres :

La majorité des experiencers décrivent le même type d’entité humanoïde. Chacun des sujets interviewés par Stéphane Allix dit avoir été confronté à des créatures de petite taille, à l’exception de Michael et de Trish qui ont évoqué des êtres de lumière.

Il ressort cependant, des centaines de témoignages recueillis par divers chercheurs, que les êtres rencontrés peuvent avoir des apparences multiples. Parfois, la même personne rapportera avoir vu des entités différentes.

Faisant référence au récit de ses patients, John Mack a mentionné plusieurs sortes de créatures : entités lumineuses de grande ou petite taille, parfois translucides, ou du moins pas tout à fait solides au sens où on l’entend communément, créatures reptiliennes ayant l’air de fonctionner mécaniquement, présence d’aides humains aux côtés d’êtres extraterrestres humanoïdes. Le type le plus décrit est cependant celui des petits humanoïdes « gris » d’environ 1 mètre ou 1 mètre 20 (celui que les experiencers ont le plus souvent mentionné à Stéphane Allix).

Karin évoque un visage devant elle, comme bleuté, une sorte de bleu-gris. Ce visage était pointu vers le bas et arrondi sur le dessus, il n’avait pas de cheveux, et les yeux, incurvés autour de la tête, étaient d’un noir d’encre.

Sue parle d’un visage fin, d’une toute petite bouche, de grands yeux et d’une grosse tête. Il n’y a pas vraiment de menton et elle n’a pas vu de nez. Le corps est maigre et petit. Elle a parfois l’impression qu’ils sont un peu luisants. Ils sont généralement trois et se tiennent en ligne. C’est comme s’ils ne marchaient pas sur le sol mais comme s’ils glissaient au-dessus.

Will parle d’êtres assez maigres avec une grosse tête un peu ovale et de grands yeux en amande. Celui qu’il voit le plus souvent est beige, blanc-beige. Ils ont un cou très fin, des yeux très incurvés, et ils ne semblent pas avoir d’oreilles. Ils ont une petite bouche. Ils sont très calmes, très sereins. Leurs bras sont un peu différents des nôtres. Chez nous, les mains commencent à la fin du bras, chez eux c’est comme si elles commençaient bien plus haut sur l’avant-bras.

Randy parle d’êtres qui ne sont pas grands. Depuis son lit, il les imagine d’à peine plus d’1 mètre de haut. Leurs yeux sont bien plus grands que les nôtres, leur corps est frêle, ils n’ont pas vraiment de nez. C’est un peu comme s’ils n’avaient pas de cartilage. Ils ont une très petite bouche. Ils ne sont pas pareils quand ils viennent le prendre et quand il est dans le vaisseau, et il ne sait donc pas si ce sont les mêmes créatures qui viennent le chercher et celles qui font le travail.

Les yeux, très grands, sont une source de trouble. Will dit qu’il est très difficile de regarder ces êtres dans les yeux. Randy dit qu’ils ont des yeux extrêmement vivants.

Jerry dit détester leurs yeux. On dirait qu’ils vous transpercent avec leurs yeux. Ils vous « pénètrent à l’intérieur ». Cela donne à Jerry la très étrange sensation d’être vidé de son énergie. Comme beaucoup d’enlevés, Jerry dit éviter de les regarder en face, car il sent qu’il perd tout contrôle.

Regarder l’être dans le fond des yeux est « effrayant » pour Catherine. Une partie d’elle-même est anéantie, et elle devient calme et sereine.

Isabel dit que ces êtres connaissent vos émotions et savent ce que vous pensez. On a le sentiment qu’ils en savent beaucoup plus sur nous que nous n’en savons nous-mêmes.

Regard intensément dérangeant et communication télépathique se retrouvent dans le monde entier. Karin dit que l’on reçoit des images dans le cerveau, des images télépathiques, alors que Will précise aussi que ces êtres communiquent par télépathie. On a le sentiment, dit-il, de n’avoir plus de frontière corporelle, que notre esprit peut être violé, car ils peuvent tout percevoir de nous. C’est comme si le sens de quelque chose était directement transmis, c’est comme si ces êtres court-circuitaient l’échange des mots à partir desquels on établit le sens, comme s’ils communiquaient la signification directement.

John Mack a découvert que les experiencers décrivent les mêmes types d’êtres de l’Afrique au Brésil, de l’Australie à la Turquie. En outre, dans certaines cultures traditionnelles, on rapporte leur existence depuis des siècles. Par exemple, chez certains Indiens de la forêt amazonienne, on appelle Ikuyas des êtres précisément décrits comme les petites entités à grosse tête dont parlent Karin, Sue ou Will. Les circonstances des rencontres entre ces Ikuyas et les Indiens sont similaires à celles rapportées par les experiencers de John Mack. Ces êtres ne peuvent être dirigés au moyen des techniques spirituelles traditionnelles des chamans et ils sont souvent associés à des observations d’objets ou de phénomènes lumineux. La terreur, parfois, est la même pour les témoins indiens, africains, que pour les patients de John Mack. (8)

 

* Une école du Zimbabwe :

En 1994, John Mack s’est rendu dans le sud de l’Afrique, au Zimbabwe, quelques semaines après l’atterrissage de plusieurs objets brillants dans une école de la banlieue d’Harare, la capitale du pays. Une soixantaine d’enfants âgés de 10 à 15 ans ont vu les objets se poser à quelque distance de la cour et deux petits êtres en sortir.

John Mack s’est longuement entretenu avec quelques enfants, ainsi qu’avec les parents et les enseignants.

La petite Elly, 11 ans, dit qu’un bruit entendu dans l’air lui a fait peur. C’était comme si quelque chose jouait de la flûte. Emma, 11 ans, dit qu’elle était effrayée par un objet assez grand qui volait, avec des petits tout autour.

Les enseignants firent dessiner aux enfants, séparément, ce qu’ils disaient avoir vu. Les dessins sont ressemblants, d’un enfant à un autre et d’une classe à une autre. Ces enfants ont été perturbés par cette expérience.

Kay Leigh, 10 ans, qui dit être sortie de l’enceinte de la cour pour observer les êtres de plus près, manifestait des signes de trauma. Elle a vu les yeux. Ils étaient « comme ça », dit-elle, en mimant la forme de deux grosses amandes sur son visage. La partie pointue était vers le haut. Ces yeux, dit-elle, faisaient peur. Ils semblaient malfaisants car ils n’arrêtaient pas de la fixer. Comme s’ils voulaient, dit-elle, « venir nous prendre ». Quand elle a senti qu’ils voulaient qu’elle aille avec eux, elle a « juste avancé » et a commencé à pleurer.

Fougaï, 11 ans, dit, en décrivant l’entité qu’il a vue sur l’objet argenté posé au sol, qu’il l’a regardée et que l’entité l’a aussi regardé. Cet être lui a « foutu les jetons », et Fougaï a arrêté de le regarder.

Lisel, âgée de 11 ans, a eu peur quand l’être l’a regardée, parce qu’elle n’avait jamais vu une personne comme ça avant. Elle a été effrayée parce qu’elle a pensé que peut-être cela allait être la fin du monde. Peut-être nous disent-ils que ça va être la fin du monde. Peut-être on ne fait pas assez attention à la planète, à l’air. Cette idée lui est venue quand elle a eu cette expérience. Quand elle est rentrée à la maison, elle s’est sentie « vraiment horrible à l’intérieur ». C’était comme si dans le monde tous les arbres étaient abattus, qu’il n’y aurait plus d’air et que les gens mourraient. Elle n’avait pas ces pensées avant cette expérience. Ces pensées lui sont venues « de l’homme ». Il n’a rien dit, c’est « juste son visage », ses yeux… L’être était « intéressé ».

Les yeux semblent jouer un rôle dans la transmission de ces messages qui, comme dans la majorité des cas, se rapportent à la situation de l’humanité et à l’état de la planète. (9)

 

* Budd Hopkins :

Budd Hopkins était un artiste new-yorkais devenu, dès la fin des années 1970, spécialiste de la question des « enlèvements extraterrestres ». Son premier ouvrage sur le sujet fut publié en 1981 : « Missing Time » (traduit en français, aux éditions du Rocher en 1995, sous le titre : « Enlèvements Extraterrestres »).

Il a enquêté et a accumulé des centaines de cas. Il demanda à ce que des spécialistes en santé mentale s’investissent dans ce travail. Il tendit à John Mack quelques-unes des centaines de lettres qu’il recevait de la part des experiencers. Dans les semaines qui suivirent, le psychiatre commença à recevoir, en consultation, des experiencers.

Budd Hopkins a dit à Stéphane Allix que les êtres associés aux OVNIs semblent particulièrement intéressés par les êtres humains en tant qu’objet d’étude et qu’il suivent des lignées génétiques. Ainsi, si quelqu’un rapporte avoir subi des enlèvements, on découvre souvent que c’est aussi le cas de ses parents et de ses enfants.

Lors d’un enlèvement, la personne peut être dans sa voiture, devant sa télévision, dans son jardin ou dans son lit. Elle est généralement paralysée et voit apparaître des petits êtres avec de grosses têtes. C’est terrifiant pour la majorité des gens. Les sujets sont emportés dans un faisceau de lumière jusqu’à un vaisseau et sont emmenés à l’intérieur de celui-ci. Ils sont toujours paralysés, incapables du moindre mouvement. On les tranquillise, on les calme d’une manière ou d’une autre.

Il y a des examens physiques, lesquels se concentrent sur le cerveau, l’appareil reproducteur et le système nerveux. Des échantillons sont prélevés et souvent un instrument enlève un petit échantillon de peau. Budd Hopkins a vu des centaines de ce qu’on appelle des « scoop marks », des cicatrices laissées après les enlèvements. Il a montré à Stéphane Allix des photos de ces marques. On dirait de petites encoches sur le dos, les bras, les jambes, mais certaines marques ressemblent plus à des points. Les enlevés découvrent ces marques sur eux au matin en se réveillant ou après avoir pensé vivre une expérience. Budd Hopkins a aussi constaté, chez certains enlevés, des blessures internes non causées accidentellement.

Très régulièrement, des instruments sont insérés dans le corps, la personne étant en général extrêmement passive.

La communication avec les entités est de nature télépathique, et la personne reçoit des messages rassurants : « Restez calme, tout se passera bien ! ». Ensuite, elle est rhabillée et remise là où elle avait été prise. Il arrive parfois que les gens ne soient pas ramenés au bon endroit : ils se retrouvent dans une pièce différente de celle où ils se trouvaient avant l’expérience, ou assis à une autre place dans la voiture où ils étaient. Parfois même, ils ne portent pas les mêmes vêtements que ceux qu’ils avaient avant l’expérience. Budd Hopkins a connu des cas de gens qui se retrouvent le matin avec des habits qui ne leur appartiennent pas !

La mémoire consciente est en grande partie effacée. La personne n’a ainsi que des fragments de souvenirs, mais pas la mémoire de l’ensemble de l’événement, ce qui laisse cette personne très confuse. Elle se demande si cela lui est réellement arrivé, si elle devient folle. Les souvenirs peuvent ressurgir sous la forme de flash-back violents, dans lesquels la personne se voit allongée, avec des visages au-dessus d’elle.

La personne est enlevée, au cours de sa vie, à de nombreuses reprises, comme si elle était devenue un objet d’étude systématique de la part des êtres.

Le phénomène est mondial. Budd Hopkins a vu des enlevés en Turquie et il a eu des cas qui se sont produits en Israël, au Japon, en France, en Angleterre… Il n’y a aucun profil culturel ou social, tout le monde pouvant être concerné. Un ingénieur de la NASA et un chercheur de cette même agence spatiale sont venus voir Budd Hopkins pour lui parler de leurs expériences d’enlèvement, et huit psychiatres sont venus à propos de leurs expériences personnelles ! Il y a des officiers de police, des militaires de haut rang, des artistes, des écrivains, des avocats.

L’immense majorité de ceux à qui cela arrive tiennent à garder l’anonymat.

Il y a des marques sur le corps. Les gens sont physiquement absents pendant la période où ils disent avoir été enlevés. Des témoins disent être passés à travers des vitres. Il y a plusieurs cas où un enfant a été retrouvé pleurant à l’extérieur de la maison, alors que portes et fenêtres étaient verrouillées. L’enfant raconte qu’un petit homme l’a fait flotter et l’a fait passer à travers la fenêtre.

Budd Hopkins dit qu’on ne sait pas pourquoi ce phénomène se produit et ce que ces êtres veulent. Mais il retient que ce qu’ils font provoque beaucoup de souffrance. Il y a eu des suicides, des dépressions nerveuses, et certaines personnes sont touchées physiquement. Budd Hopkins n’a pas le sentiment que les êtres provoquent cela intentionnellement, mais c’est une conséquence de ce qu’ils font.

Chaque témoin a sa façon propre d’intégrer ce genre d’expérience. Certaines personnes disent détester ces êtres, alors que d’autres pensent qu’elles reçoivent, de la part de ces êtres, une forme de sagesse : « Je pense qu’ils sont là pour nous aider. » C’est une façon de faire avec !

Certains enlevés rapportent avoir des implants. On n’a aucune idée de leur fonction. Budd Hopkins cite le cas d’une femme et de son fils (âgé de 16 ans) qui rentraient chez eux, assez tard dans la nuit, après une fête de famille. La voiture s’est arrêtée, sans savoir pourquoi. Ils se souviennent de lumières entourant la voiture et de leur frayeur. C’est leur dernier souvenir. Lorsqu’ils reprirent conscience, la mère était incapable de conduire et c’est le fils qui a ramené la voiture à la maison. La mère avait des sensations physiques, très obsédantes, sur le visage et sur le corps. Ils ont tous les deux un trou noir couvrant une période de plusieurs heures. Quelques années après, la femme a eu un accident : elle s’est heurté la tête contre un mur et est tombée inconsciente au sol. Saignant de la tête, elle a été conduite à l’hôpital, où les médecins ont suspecté une fracture du crâne. Le radiologue lui a demandé à quelle occasion on lui avait mis, dans le cerveau, le petit objet métallique décelé. Elle répondit qu’elle ne savait rien à ce sujet, qu’elle n’avait jamais rien eu à la tête. On fit une nouvelle série de clichés. On voit distinctement l’objet. Budd Hopkins a une de ces radios, accompagnée du rapport du radiologue qui décrit cet objet très profondément enfoncé dans le crâne, à tel point qu’on ne peut pas l’enlever ! Le chirurgien a dit qu’il serait extrêmement dangereux de tenter de l’extraire. La femme n’avait jamais subi, de sa vie, d’opération à la tête. (10)

 

* Les implants :

Différents petits objets identifiés à des implants ont été extraits, mais les résultats des analyses effectuées sont contradictoires : certains chercheurs disent ne pas avoir obtenu la preuve que ces objets sont d’origine extraterrestre, alors que d’autres parlent d’une provenance inexpliquée.

John Mack a eu entre les mains des objets de cette nature. David Pritchard (professeur de physique au MIT) a tenté d’analyser un implant dans son laboratoire.

Ce type d’objet est un petit morceau de métal, parfois un objet ne correspondant pas à une formation biologiquement naturelle. Mais comment analyser un objet dont on ne connaît pas la fonction ? On peut en identifier les composants. On l’a fait mais cela n’a débouché sur rien de significatif, rien qui puisse confirmer ou infirmer l’origine extraterrestre de ces implants.

Karin dit qu’elle a eu toutes sortes de marques sur le corps après ses expériences, mais, dit-elle, cela ne prouve pas qu’elle a eu ces expériences. D’autres gens ont des marques qui sont apparues sur leur corps, des implants ont été enlevés, on a constaté des marques de brûlures sur le sol, mais, dit-elle, ça ne prouve rien. Peut-être, ajoute-t-elle, devrait-on employer des mots comme « vibration », « fréquence », « changement de dimension »… (11)

 

* Les explications « réductionnistes » : influence des médias et paralysie du sommeil

Les personnes ignorantes du dossier présument, en toute bonne foi, que les médias, en particulier la télé, sont à l’origine du phénomène des « abductés ». Cette hypothèse pourrait éventuellement être recevable si le phénomène était cantonné à une zone culturellement homogène, aux seuls Etats-Unis par exemple, ce qui n’est pas le cas.

Comme l’a dit l’experiencer Will, beaucoup de gens pensent que ces êtres sont montrés dans des films et qu’en conséquence les « abductés » les voient dans leurs expériences. C’est un fan de SF et il a vu des milliers de sortes d’extraterrestres dans “Star Trek” par exemple, mais il ne voit jamais aucun extraterrestre de “Star Trek” durant ses expériences ! S’il vivait des choses imaginaires, s’il s’agissait d’expériences se produisant lorsqu’il dort, lorsqu’on ne peut pas faire la distinction entre ce qui est vrai et ce qui est fictif, il devrait avoir de temps en temps des expériences où il se réveille et où il y aurait un Borg de “Star Trek” dans sa chambre, ou une de « ces créature cybernétiques du film ». Il n’en a jamais eu, il n’a jamais vu de témoignages indiquant cela. C’est toujours majoritairement cette même sorte d’êtres petits et gris avec de grands yeux qui semblent interagir avec les « abductés ». Ces êtres sont montrés, certes, dans les médias, et sont représentés, par exemple, dans les “X-Files”, ou dans d’autres films, mais il faut savoir que dans chacun de ces cas leur description provient du récit… des experiencers !

La première fois que l’on a vu ce type d’entité sur un écran de cinéma, dit Will, c’était en 1977, dans « Rencontres du Troisième Type », le film de Steven Spielberg. Pour écrire ce film, Steven Spielberg s’était inspiré du récit des spécialistes des OVNIs, comme Allan Hynek que l’on voit même apparaître brièvement, et des descriptions que faisaient les enlevés de l’époque ! L’apparence des êtres que l’on voit à la fin du film a été établie à partir de témoignages déjà existants.

Et puis, ajoute Will, cela ne semble-t-il pas vraiment illogique de dire que les gens inventeraient, n’imagineraient qu’une seule et unique sorte d’extraterrestre, et que l’on n’entende jamais parler d’extraterrestre de “Star Trek”, de “La Guerre des Etoiles”, de “MIB”, de la série des “Alien” ? Il y a tellement de films, tellement de sortes d’extraterrestres ! Ce phénomène ne peut donc être expliqué par une simple influence supposée des médias. Comment expliquerait-on la consistance de ce que les gens décrivent, la mention des mêmes détails comme l’emplacement des oreilles, l’impression donnée par la peau des êtres, etc. ? Cela défie la logique de dire qu’autant de gens puissent tous inventer la même chose, conclut Will. (12)

Après l’influence des médias, un autre type d’explication « réductionniste » est constitué, bien sûr, par les explications de type psychologique. Stéphane Allix donne, dans son livre, un exemple de ce type. Il a assisté, au Boylston Hall, un bâtiment situé au sud du campus de l’Université de Harvard, à un symposium intitulé « Esprit, Cerveau et Comportement ». Le sujet de l’après-midi était les « rencontres extraterrestres ». Le sujet était présenté dans le programme comme un état altéré de perception. Le rédacteur évoquait « quelque chose de pas très bien défini ». A la demande de John Mack, et à titre exceptionnel, Stéphane Allix a été autorisé à assister à cette séance de travail. Il était accompagné de l’experiencer Karin.

Il y avait deux intervenants : le professeur de psychologie Richard McNally et John Mack. Richard McNally a utilisé quelques experiencers pour ses recherches sur la mémoire. C’est lui qui s’est exprimé le premier. Il a présenté son explication du phénomène.

Certains psychologues du comportement, dont il fait partie, ont développé l’hypothèse que les traumatismes seraient presque toujours accessibles consciemment. Quelques détails peuvent disparaître, mais pas le souvenir d’ensemble. Pour Richard McNally, l’émotion associée au « souvenir », pour sincère qu’elle puisse être, ne prouverait pas la véracité du souvenir. Richard McNally a cherché à prouver qu’une personne peut être affectée au niveau émotionnel par de faux souvenirs. Il fallut à Richard McNally trouver des sujets dont il serait certain que leurs souvenirs ne pouvaient pas être vrais. C’est là qu’il découvrit les experiencers. L’expérience impliquait que les sujets ne soient pas mis au courant de la finalité des tests. Les six femmes et les quatre hommes recrutés pensaient participer à un programme de recherche destiné à comprendre la nature de leurs expériences traumatiques, alors qu’ils allaient en fait servir de cobayes pour des travaux n’ayant pas de rapport direct avec leurs expériences.

L’étude de Richard McNally a consisté à établir avec cette dizaine d’experiencers le récit type d’un « enlèvement ». Mise par écrit, chaque expérience fut enregistrée sur bande, puis on fit écouter ces bandes aux experiencers en mesurant leurs réactions émotionnelles, la même procédure étant réalisée sur huit personnes qui présentaient des souvenirs traumatiques « normaux », sans aucun lien avec des « enlèvements extraterrestres ».

Les experiencers montrèrent une très forte réaction physiologique à l’écoute des récits de leur « rencontre extraterrestre ». Leurs réactions étaient aussi importantes, sinon plus fortes encore, que celle des individus traumatisés par des souvenirs de combats, d’abus sexuels ou d’autres épisodes violents.

Mais Richard McNally conclut que les récits des experiencers sont imaginaires. En fait, il n’a utilisé aucune méthode d’évaluation pour juger de la réalité du traumatisme généré par les expériences que traversent ces gens. Il est simplement parti de la conviction que ce que décrivent les experiencers n’est pas possible ! Or, sur les dix sujets étudiés, on a enregistré sur six d’entre eux des réactions physiologiques tellement élevées, comme les battements du cœur ou des tensions musculaires faciales, qu’ils présentaient tous les symptômes d’un syndrome de stress post-traumatique. Comment les experiencers pourraient-ils à ce point être traumatisés par des souvenirs imaginaires ? N’importe quel psychologue dirait que c’est impossible. Richard McNally est donc contraint d’échafauder une explication « rationnelle » au phénomène des « enlèvements extraterrestres », mais il le fait en ignorant toutes les caractéristiques du phénomène contredisant son hypothèse. Mais son « explication » a l’apparence de la rationalité. Encore, écrit Stéphane Allix, une surprenante conception de la science.

Selon Richard McNally, les sujets rêvent avec les yeux ouverts ! Il évoque la paralysie du sommeil, qui intervient lors des périodes REM du sommeil. C’est durant ces périodes (dites de sommeil paradoxal) que l’on effectue les rêves les plus riches, ceux dont on se souvient en général. Lors de ces phases de sommeil paradoxal, des mécanismes neurologiques bloquent les transmissions entre le cerveau et l’ensemble du corps, et on est littéralement paralysé. Cela évite notamment de reproduire physiquement les mouvements que l’on fait pendant les rêves, ce qui dans certains cas pourrait être dangereux. Mais lorsque deux cycles de sommeil se chevauchent, il arrive parfois que durant un bref instant le cerveau se réveille alors que le corps éprouve encore une paralysie totale. C’est un peu comme si, alors que l’esprit reprenait conscience, une partie de nous continuait à rêver, et ce, en ayant le corps paralysé. Cela peut donner lieu à des formes d’hallucinations assez angoissantes. Ces épisodes ne durent que quelques instants.

Richard McNally suggère que la paralysie du sommeil, associée à des hallucinations, est à l’origine de ce que vivent les experiencers. Selon cette hypothèse, un épisode de paralysie du sommeil provoque une hallucination terrifiante pour le sujet. Ensuite, l’experiencer, qui serait, selon Richard McNally, une personne aisément influençable et versée dans la science-fiction ou l’ésotérisme, s’inventerait de manière inconsciente de faux souvenirs de « rencontre extraterrestre » par une sorte d’autosuggestion, et ce, lors de séances de régression hypnotique. Pour Richard McNally, tous les détails des procédures d’« enlèvement extraterrestre » viendraient des croyances populaires, de la télé, des lectures, en somme de la culture américaine sur le sujet.

Or, le phénomène a commencé avant que l’on en parle dans les séries télé, et ces expériences sont rapportées à travers le monde entier, dans des pays aux cultures très éloignées de celle des Etats-Unis.

Selon la thèse de Richard McNally, reprise par la psychologue Susan Clancy, on aurait donc affaire à de banales mais terrifiantes et réelles hallucinations qui se produiraient dans des phases particulières de sommeil et auxquelles les experiencers, des personnes fragiles, voudraient ensuite donner un sens en imaginant autour tout un contexte irréel.

On notera que Karin a fait partie des six femmes du groupe d’étude. Elle précisa à Stéphane Allix qu’aucun de ses souvenirs ne lui est revenu au cours d’une régression hypnotique. Elle sait pertinemment qu’elle ne rêvait pas.

Ce fut au tour de John Mack de s’exprimer. Il a observé que la plupart des hypothèses proposées à propos de ce que vivent les experiencers font systématiquement abstraction d’un nombre significatif de caractéristiques propres au phénomène. Il précisa que la théorie de Richard McNally, celle d’un mélange de paralysie du sommeil et d’influence de films de science-fiction, lui paraissait très incomplète et qu’il ne la trouvait pas satisfaisante. Il s’est borné à souligner qu’un nombre important de ces expériences se produit à travers le monde entier, en pleine journée, dans des circonstances où l’experiencer n’est manifestement pas dans une phase de sommeil, comme lorsqu’il est au volant de sa voiture par exemple. John Mack a dit qu’il est convaincu que la source de ces expériences ne se trouve pas sur un plan neurophysiologique. Aucune pathologie n’a pu être identifiée. Il n’y a pas de lien avec un dérèglement cérébral… Rien ne permet d’établir que les experiencers sont mentalement dérangés. (13)

On notera que ce “mix” ou “kit” explicatif (pseudo-scientifique et pseudo-rationnel) des “abductions” : influence des médias, paralysie du sommeil et hallucinations, est celui qui a été mis en avant, dans une émission sur les OVNIs que j’ai vue sur la TNT en décembre 2014, par quelques individus, dont d’autoproclamés “enquêteurs du paranormal” qui s’avèrent n’être en fait, au vu de leur discours, que des zététiciens à l’américaine… Il existe en effet des individus qui se disent “enquêteurs du paranormal”, mais qui, en fait, sont des sceptiques résolus appartenant à la mouvance zététicienne sectaire dont les membres, convaincus de l’inexistence du paranormal et des OVNIs, donnent systématiquement, aux divers phénomènes visés et aux cas “étudiés”, une explication réductionniste pseudo-scientifique. Ce type d’explication parfaitement erronée, faisant intervenir la fameuse “paralysie du sommeil” dans le cas des “abductions”, avait aussi été avancé par le psychologue (et parapsychologue “à ses heures”) Renaud Evrard dans une émission de “Sud Radio”, ainsi que dans un numéro de “Science et Inexpliqué” (ce qui a donné lieu, dans un numéro suivant, à une bonne critique argumentée de la part d’un lecteur, à propos de cette thèse “psychologique” réductionniste). On se demande par exemple pourquoi les “paralysés du sommeil” se mettraient à “fantasmer” systématiquement des extraterrestres (et qui se ressemblent de surcroit, tant au niveau de leur apparence qu’au niveau de leurs “pratiques”), mais jamais, par exemple, des loups-garous ou des vampires… Et pour ceux qui s’imaginent “s’en sortir” en invoquant “l’air du temps” (ère technologique), cela n’explique pas non plus pourquoi des personnes parfaitement sensibilisées à ce thème ne se mettent pas non plus à “fantasmer” des extraterrestres “abducteurs”… Personnellement, par exemple, je devrais être un excellent sujet aux “abductions répétées”, ce qui n’est pas le cas, n’en ayant jamais vécu une.

Alain Moreau

 

Références :

1. Stéphane Allix, « Extraterrestres : l’enquête », éditions Albin Michel, 2006, p. 134-136, 138-139, 141-142, 145-146, 194-195, 199.

2. Ibid., p. 123-131.

3. Ibid., p. 149-156, 307-308.

4. Ibid., p. 173-182, 198, 201, 273-274, 277-290.

5. Ibid., p. 202-206, 210, 213-214.

6. Ibid., p. 291-297.

7. Ibid., p. 171-172, 207-209.

8. Ibid., p. 183-187, 192-194.

9. Ibid., p. 187-192.

10. Ibid., p. 260-268.

11. Ibid., p. 269-272.

12. Ibid., p. 195-197.

13. Ibid., p. 158-169.

 

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