2012 et la MIVILUDES

220px-Georges_FenechJ’évoque, dans la dernière partie de mon précédent texte : Retour sur les attentes apocalyptiques de 2012, l’activiste anti-sectes (remplacé par Serge Blisko) Georges Fenech. En avril 2011, Georges Fenech, le responsable de la MIVILUDES (l’organisme étatique luttant contre « les dérives sectaires »), devait remettre au Premier Ministre un rapport sur les groupes apocalyptiques liés à 2012.

Finalement, c’est le 15 juin 2011 qu’a débuté le déferlement médiatique (chaînes télévisées, radios, journaux) dénonçant les attentes apocalyptiques pour 2012… Le sujet avait été antérieurement abordé dans la presse, depuis fin 2010 en fait. Voici, à ce propos, quelques citations extraites d’un journal, d’une revue et d’un site Internet :

 

1. “Le Figaro” :

Voici ce qu’on pouvait lire dans le journal « Le Figaro » :

« Ce 21 décembre 2012 est loin d’être pris à la légère par la Miviludes. Trente mouvements apocalyptiques recensés en France et rassemblant 30 000 membres vont être dans le collimateur de la mission. Cette dernière a récemment appris que des excavations dans les Pyrénées étaient transformées en habitation et que des yourtes y faisaient leur apparition. ‘‘Le passé nous a appris que ce genre de croyance pouvait mener à des tragédies’’, rappelle son président, Georges Fenech. La plus effroyable remonte à plus de trente ans : en Guyana, 914 membres de la secte du Temple du peuple s’étaient suicidés. Parmi eux, 276 enfants. ‘‘Il n’y a pas lieu de paniquer, mais d’exercer une vigilance : des gens peuvent être entraînés dans des aventures sans lendemain’’, recadre Georges Fenech. En avril prochain, il remettra un rapport au premier ministre sur ces mouvements apocalyptiques. Un travail destiné à avertir l’opinion publique sur tous les dangers et arnaques possibles. Une mise en garde plus que jamais nécessaire, tant le phénomène enflamme toute la planète.»

 

2. “Nexus” :

Dans le numéro 73 (mars/avril 2011, p. 74-75) de « Nexus », Jocelyn Morisson fait ce commentaire :

« Le 21 décembre 2012, le mont Bugarach va s’ouvrir en deux et, des entrailles de la Terre, surgira un immense vaisseau, enfoui là depuis des millénaires, qui prendra à son bord les humains les plus méritants pour les sauver du cataclysme prédit par les Mayas, le Yi-king et d’autres sources encore. Un conseil donc : préparez-vous à gravir les parois du Bugarach à cette période et purifiez-vous d’ici là car il n’y aura pas de place pour tout le monde !

Ce scénario, pour absurde qu’il semble, serait pris au sérieux par beaucoup, au point que ces dernières semaines des dizaines d’articles et de reportages (jusqu’au ‘‘New York Times’’ !) ont relayé l’information dans le monde entier, non sans ironie. Selon le quotidien local ‘‘Le Midi Libre’’, c’est un premier article paru dans ses colonnes le 30 novembre 2010 qui a mis le feu aux poudres. Le maire du village, Jean-Pierre Delord, s’alarmait : ‘‘Il n’y a pas de quoi rire. Si demain 10 000 personnes débarquent, étant une commune de 200 habitants, nous ne pourrons pas faire face. J’ai fait part de nos inquiétudes aux autorités, et je veux que l’armée puise être là si besoin en décembre 2012.’’ La question a été soulevée en conseil municipal, mais le maire avait déjà dénoncé d’étranges pèlerinages sur son secteur quelques années plus tôt. C’est que le foncier et la pierre flambent ; et le tourisme New Age supplante les simples amateurs de randonnées pédestres. Tiens, tiens…, n’y aurait-il pas là finalement de quoi se réjouir pour la petite commune qui pourrait profiter d’une notoriété comparable à celle de la localité voisine : Rennes-le-Château ? C’est à se demander si l’édile ne joue pas un double jeu, car avant qu’il ne tienne ces propos dans la presse, l’évocation du Bugarach comme sanctuaire sacré et refuge pour la fin du monde était limitée à quelques sites Internet ‘‘spécialisés’’. Désormais, à en croire certains articles qui ont fait enfler la rumeur, des hordes de ‘‘fin-du-mondistes’’ s’apprêteraient à déferler tels des zombies sur le paisible village audois.

Selon ‘‘Le Figaro’’, la Miviludes prend très au sérieux les mouvements apocalyptiques, qui seraient une trentaine en France et réuniraient près de 30 000 membres. Le président de la mission, Georges Fenech, sait s’y prendre pour dédramatiser puisqu’il évoque d’emblée le suicide collectif de plus de 900 personnes en Guyane en novembre 1978. Pour autant, ‘‘il n’y a pas lieu de paniquer’’, précise-t-il, annonçant qu’il prépare un rapport pour le mois d’avril. Ouf, nous voilà rassurés. »

 

3. www.sectes-infos.net :

Voici le commentaire d’André Tarassi (décembre 2010) sur le site www.sectes-infos.net :

2012 : Qui, de la MIVILUDES ou des « New-Age » de Bugarach, est le plus « apocalyptique » ?

« Le courant New Age aime s’approprier les prophéties les plus diverses. Celles associées au calendrier maya ne font pas exception et, selon ce dernier, quelque chose devrait se produire autour de 2012 (certains ont fixé la date au 21 décembre 2012). La plupart des adeptes de cette prophétie voient ce changement de manière positive : ils parlent d’une transformation (et ne sont pas seuls à l’attendre !). Il n’y a, aujourd’hui, plus guère que la MIVILUDES pour traduire cela par ‘‘fin du monde’’. Il faut bien faire tourner ‘‘la Mission’’.

Quoi qu’il en soit, la lutte antisectes a fait son œuvre depuis assez longtemps pour que, dans le village de Bugarach, dans l’Aude, haut lieu de la culture New Age, les élus s’inquiètent.

Le maire semble en particulier relever une immigration d’un genre nouveau à l’approche de l’année fatidique : des personnes qui viendraient ‘‘se réfugier’’ dans le village. Pour fuir quoi ? Ils ne le disent pas, mais les spéculations vont bon train. Les briefings alarmistes de la MIVILUDES à l’attention des élus n’augurent jamais rien de bon et ils les subissent depuis des années.

Des pèlerins aux allures inhabituelles escaladent la montagne régulièrement pour méditer à son sommet. C’était toléré, mais la crainte des élus locaux est maintenant de voir les lieux submergés par de nouveaux arrivants : ‘‘Je commence à me demander ce qui va advenir à l’approche de 2012 quand je vois que des gens s’installent ou réservent déjà des hébergements. Sans compter que l’on commence à subir une spéculation foncière et immobilière !’’ Sans rire, il interroge : ‘‘Faudra-t-il, comme dans le film ‘‘Rencontre du troisième type’’, faire venir l’armée pour canaliser l’affluence ?’’. L’adjoint Gilbert Cros tient des propos identiques : ‘‘Bugarach, comme Rennes-le-Château tout proche, ont toujours attiré des farfelus en tous genres. Cela faisait partie du folklore. Mais avec Internet et cette histoire de fin du monde, ça prend une ampleur incroyable.’’

Comme souvent dans ce genre de déballage émotionnel, la peur tisse sa toile. Les mots ‘‘apocalypses’’, ‘‘suicides collectifs’’, circulent déjà, et les médias adorent les faire circuler pour attirer le lecteur en mal de frissons et, par voie de conséquence, alimenter la phobie des minorités spirituelles.

Et si tout cela n’était qu’un battage de plus pour justifier les crédits de la mission antisectes et ses descentes policières critiquées ?

Au CICNS, nous avons observé l’engouement pour 2012 depuis quelques années et nous y avons surtout vu l’espoir d’un changement. Après tout, entre ceux qui font des piquets de grève devant les usines et ceux qui méditent au sommet du mont Bugarach, il n’y a guère qu’une différence de méthode. S’il est probable que certaines personnes y voient une occasion de parler de ‘‘fin du monde’’, la plupart des personnes qui évoquent 2012 espèrent simplement une transformation suffisamment profonde ou un ‘‘réenchantement’’ du monde.

Ce genre d’individus n’est pas une menace pour les communes. Ce sont, au pire, des personnes qui ont perdu espoir dans le modèle de société dominant, au mieux des ‘‘créateurs de culture’’. Et, sans la contre-publicité qui leur est faite par la scandaleuse et bruyante lutte antisectes à la française, l’attention pourrait être portée sur les vrais problèmes de société pour finalement sortir du marasme social.

 

C’est ce jour-là que les médias télévisés, radiophoniques et électroniques ont largement évoqué le rapport de la MIVILUDES.

Ce 15 juin 2011, on a vu, au journal de 13 heures de TF1, un reportage sur le cas de Robert Le Dinh, un individu qui s’est qualifié de “troisième Messie”, qui a annoncé la fin du monde, et qui a eu des démêlés avec la justice pour des affaires de moeurs. Le rapport dénonçant aussi des dérives thérapeutiques, il y a eu un reportage à propos d’une victime d’un charlatan. Idem, ce même jour, pour le journal de 13 heures de France 2 : évocation d’un cas de pratique charlatanesque d’un “thérapeute” (cas d’un frère atteint d’un cancer et décédé en 2008 suite à une diète à base de légumes et d’un arrêt total de traitement médical). S’agissant de décembre 2012, la journaliste (Elise Lucet) a seulement dit que la MIVILUDES craignait des suicides collectifs.

Ce même jour, le journal de France 3 de 19 heures 30 a seulement montré le cas d’une personne décédée d’un cancer du sein, cette personne (la soeur de la personne qui s’exprimait) ayant été victime d’une disciple du docteur Hamer (qui enseignait que le cancer est déclenché par un choc émotionnel…), laquellle lui avait recommandé de ne pas suivre de traitement médical.

La “grosse artillerie” a été employée, ce 15 juin, dans les journaux de 20 heures, sur TF1 et France 2. Les deux chaînes ont évoqué le Bugarach :

* Le journal de 20 heures de TF1 a même débuté avec le reportage, en deux parties, sur le rapport de la MIVILUDES. Dans la première partie, on a vu le même témoignage que celui qui venait d’être diffusé sur France 3, celui de la femme victime de la pratique charlatanesque d’une disciple du docteur Hamer.

Dans la seconde partie, on a évoqué l’annonce de la fin du monde pour le 21 décembre 2012, les “illuminés de l’apocalypse” et divers scénarios pour cette date (cinquième cycle solaire synonyme de déluge de feu, etc.).

Le Bugarach a été présenté comme étant réputé être l’un des rares endroits permettant de survivre à la fin du monde et donc être un refuge contre les cataclysmes.

Une femme a témoigné avoir vu, au Bugarach, des lumières et a dit que ce lieu ressemblait à une porte des étoiles. Le reportage a parlé de “gourous faisant commerce”, un individu parlant de “sociétés secrètes pour faire peur aux gens” (!)… Un correspondant sur place a confirmé que les autorités prenaient très au sérieux la menace et qu’un “plan de veille” avait été institué afin de faire face à un “afflux massif” de personnes…

* Dans le reportage de France 2, cela a été “la totale” : on a parlé de l’anonce de la fin du monde pour 2012, de la construction, par certains individus, d’un bunker (pour échapper à l’apocalypse, bien sûr), et de la crainte de suicides collectifs. On a entendu la psychologue Sonya Jougla évoquer une “porte d’entrée pour les adeptes”… Le Bugarach a été mentionné (celui-ci, nous dit-on, étant présenté comme le seul endroit à rester intact au moment de la fin du monde). Une résidente a parlé de rumeurs associées au lieu : cinquième dimension, extraterrestres, pouvoirs magnétiques. Une femme (dont on ne voyait pas le visage) s’est présentée comme étant la traductrice française de “L’école de sagesse de Ramtha“. Dans la foulée, on a eu “droit” à la référence (avec des images montrant la “prophétesse” J. Z. Knight) à la “secte bien connue Ramtha” (sic). On a précisé que Knight “fait payer l’apocalypse au prix fort” (sic). Et on a mentionné qu’en Afrique du Sud, en janvier 2011, deux adeptes français de la “secte” ont tué un policier avant de se suicider (alors qu’ils étaient retranchés “dans leur bunker de fin du monde”). Les autorités ont retouvé des vivres, des armes, des munitions, mais “la secte n’a pas été inquiétée”.

J’ai moi-même évoqué le cas Knight dans mon livre paru fin 2007. Voici le passage correspondant :

Evoquons le cas de l’Américaine J. Z. Knight, canal de l’entité Ramtha. J. Z. Knight est le pseudonyme de Judith Darlene Hampton. Née dans l’Etat du Nouveau-Mexique en 1946, elle épousa, en 1984, Jeffrey Knight, après quatre divorces. C’est en 1977 qu’elle a commencé à être en contact avec Ramtha, alors qu’elle vivait à Tacoma, dans l’Etat de Washington, avec son mari J. Mark Burnett.

Elle transmet l’entité dans un état de transe profonde, Ramtha s’exprimant dans un anglais vieilli et complexe. Cette entité dit avoir vécu en Lémurie. Dans cette incarnation, Ramtha aurait assisté à la fin de la Lémurie, détruite par des pluies exceptionnelles imprudemment provoquées par un groupe de savants, et il aurait fui en Atlantide, où Ramtha dit avoir vécu, pauvre, dans les baraques situées à la périphérie de la cité d’Onai. Il a organisé une révolte contre les tyrans atlantes et il a été sérieusement blessé lors d’un affrontement. Cette expérience l’a poussé vers la contemplation et la communion avec Dieu. Il a appris à voyager hors de son corps et ses facultés spirituelles lui auraient permis d’éviter la mort. Il se serait transformé en un être de lumière. Ce dernier serait apparu ensuite en Inde, où il est connu sous le nom de Rama.

Les séances de J. Z. Knight sont disponibles sous la forme de cassettes vidéo. Certaines célébrités ont été disciples de Ramtha : Shirley MacLaine, Linda Evans (héroïne de la série Dynastie), Michael Thomas (série télévisée Miami Vice). Shirley MacLaine a déclaré en 1992 avoir abandonné Ramtha pour suivre d’autres explorations. En réalité, commente Massimo Introvigne, l’actrice californienne a commencé à prendre ses distances d’avec J. Z. Knight à cause des controverses relatives à la médium. Nombre de disciples de cette dernière étaient venus s’installer à Yelms, dans l’Etat de Washington, où Knight a acheté une villa de plus de deux millions de dollars, cet exode étant consécutif à l’annonce, par Ramtha, de grandes catastrophes naturelles devant frapper sous peu d’autres régions des Etats-Unis. Voici ce que précise Massimo Introvigne :

« A Yelms, J. Z. Knight dispose aussi d’un élevage de chevaux arabes dans lequel plusieurs disciples, suivant en cela les conseils de Ramtha, ont investi des sommes importantes. Traduite en justice après les résultats désastreux de cet investissement, J. Z. Knight s’est empressée de rembourser les sommes investies par ses fidèles. Enfin, en septembre 1992, le tribunal de Tacoma dut s’occuper d’une action en justice intentée par Jeffrey Knight, cinquième mari de la médium, à son ex-épouse, qui s’était séparée de lui aussi, en 1989. Jeffrey Knight affirmait avoir été persuadé par Ramtha – à une époque où il croyait fermement en celui-ci, alors qu’il estime maintenant qu’il s’agit d’une fraude – d’accepter une compensation inappropriée au moment du divorce. En proie à toutes sortes de problèmes et séropositif, il réclamait sa part de l’empire financier bâti autour des activités de J. Z. Knight. Le procès de Tacoma – qui a vu défiler à la barre des spécialistes des nouvelles religions, des psychiatres liés au mouvement ‘‘anti-sectes’’ et des disciples déçus de J. Z. Knight affirmant lui avoir remis des dizaines de milliers de dollars – a été interprété par la grande presse comme ‘‘le procès du New Age lui-même’’, mais le tribunal a fini par donner raison à J. Z. Knight. »

Certains représentants du New Age ont porté un jugement négatif sur J. Z. Knight, voyant, note Massimo Introvigne, « dans ses activités un exemple typique et délétère des risques de commercialisation et de corruption dans une nébuleuse de cultes ou de sectes, risques auxquels le New Age a dû faire face ces dernières années ». J. Z. Knight, quant à elle, a fondé l’Ecole d’Illumination Ramtha, un mouvement qui a pris ses distances d’avec le New Age.

Jon Klimo rappelle, quant à lui, que J. Z. Knight entre dans des transes profondes et cataleptiques où elle prétend quitter son corps pour que Ramtha puisse entrer. Ce dernier affirme avoir vécu en Lémurie il y a 35.000 ans dans la peau d’un chef politique et spirituel.

« Ramtha manifeste également une rare présence physique pendant les transes ; il n’hésite pas à marcher de long en large pendant les séances, à regarder les membres de l’assistance droit dans les yeux et à les prendre dans ses bras. »

Il existe plus de 900 heures d’enregistrement vidéo et audio des séances de Ramtha. En 1985, Douglass James Mahr publia le premier recueil de communications choisies de Ramtha, avec des interviews de J. Z. Knight et de ses adeptes. Un deuxième livre a été publié par Steven Lee WeinbergJ. Z. Knight a aussi été présentée par Shirley MacLaine dans son livre intitulé : Danser dans la Lumière. Une équipe de quatorze personnes s’est occupée de l’organisation des séminaires bimensuels de Knight, ainsi que de la publication de ses brochures et enregistrements. Un séminaire de week-end normal attirait jusqu’à 700 participants, à 400 dollars par personne. Elle admet avoir gagné des millions de dollars grâce à Ramtha.

Erik Pigani cite le cas d’une jeune femme de 32 ans qui a dépensé en deux ans plus de 50.000 francs pour les séminaires, les vidéos et audiocassettes de Knight. Elle s’est trouvée assez rapidement au bord de la faillite personnelle. En mai 1985, lors d’un séminaire, Ramtha déclara que dans trois mois il y aurait une grande catastrophe qu’il appela les douze jours de lumière, pendant laquelle toutes les grandes villes seraient écrasées. Il conseilla de fuir vers les campagnes de l’Etat de Washington, là où Knight habitait. La jeune femme précisa que Ramtha leur a demandé d’acheter des poules, des vaches et des cochons pour aller vivre dans la nature. Et il leur a dit que si une seule des cent personnes assistant au séminaire en parlait à qui que ce soit, il détruirait tous les membres du groupe ! Beaucoup de disciples ont déménagé dans l’Oregon après l’annonce selon laquelle la faille de San Andréas était une véritable fermeture Eclair (sic)…

« Les spéculations vont bon train : quel type d’énergie passait à travers J. Z. Knight ? Ramtha a-t-il été remplacé par une entité démoniaque ? Le Ramtha nouvelle manière fait des prédictions délirantes : on trouvera en Turquie une pyramide dont la chambre forte est un sas d’accès pour le centre de la Terre ! C’était prévu pour 1985… Ou encore : les Etats-Unis seront impliqués dans une guerre internationale à la suite d’un sabotage de la Banque mondiale. Cela devait également se passer en 1985, en décembre plus précisément. Il en profita aussi pour déclarer que le sida était le moyen qu’avait pris la Terre pour se débarrasser des homosexuels et prédisait aux gays qui assistaient à ses séminaires une mort atroce. Ceux qui participaient à de tels délires quittaient les séances pour le moins perturbés. Restait aux autres channels et aux psy américains à recoller les morceaux après le passage de J. Z. Knight dans leur ville.

Si une quantité d’enseignements récents de Ramtha sentent la vieille moralité judéo-chrétienne, il ne sera pas surprenant d’apprendre que J. Z. Knight a reçu une éducation catholique très stricte et qu’elle déclare avoir lu entièrement la Bible six fois. Ramtha parle aussi d’un holocauste pendant lequel Jéhovah, le dieu colérique des Juifs, se battra contre Yahvé, Id et Ramtha, qui apparaîtront dans leurs vaisseaux de lumière aux humains terrorisés…

Nous sommes bien loin de l’enseignement et de la douceur de Lazaris. D’ailleurs, les moyens de revenus de J. Z. Knight sont pour le moins révélateurs : d’abord, elle a déposé le nom de Ramtha sous copyright… (Imaginez un peu que l’Eglise catholique dépose le nom de Jésus-Christ à la Commission des droits d’auteur !) Ensuite, ses séminaires ne coûtent pas moins de 380 dollars par personne. A raison de sept cents participants par salle, le résultat du calcul laisse rêveur. D’autant que Miss Knight ne paie pas d’impôts sur ce gain ! Mais la situation a changé, et de façon dramatique, pour ses disciples qui déduisaient leurs dons de leurs impôts alors qu’elle n’était pas reconnue d’intérêt public… et ne risque plus de l’être ! » (E. Pigani)

Le cas Knight est un cas de channel ayant cédé à l’attrait de l’argent. A un moment donné, cette femme a, semble-t-il, été parasitée par une entité n’ayant pas de rapport avec l’entité initiale.

Enfin, pour en finir avec le 15 juin 2011, signalons que le journal de France 3, “Soir 3” (le journal de la nuit), a de nouveau évoqué le cas de la patiente décédée d’un cancer (à cause du docteur Hamer). Puis un correspondant en Autriche a révélé qu’il y a, dans ce pays comportant 8 millions d’habitants, 250 000 membres de sectes ! Evidemment, cet individu – comme tous les journalistes télévisuels (entre autres) évoquant ce genre de sujet – ne sait pas, ou fait semblant de ne pas savoir, qu’il n’existe pas de définition juridique de la secte et que l’on peut donc impunément mettre dans cette catégorie devenue infamante, tout et n’importe quoi, sans le discernement requis qui s’imposerait.

 

5. Les commentaires de la presse :

A partir du 15 juin 2011, la presse a évidemment abondamment évoqué et commenté le Rapport. Voici quelques exemples :

a) www.lepoint.fr :

Les discours apocalyptiques de la mouvance New Age à l’approche de la fin 2012 constituent un risque accru de dérives sectaires, voire de suicides collectifs. C’est le cri d’alarme lancé par la Miviludes – la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires – dans son rapport annuel publié mercredi.

Rarement discours apocalyptique, amplifié à l’infini sur Internet, aura eu autant d’écho que celui annonçant la fin du monde pour le 21 décembre 2012, bien que celle-ci soit la 183e identifiée depuis la chute de l’Empire romain, souligne ainsi le rapport. “Cette date précise se fonde sur une interprétation des écritures historiques, notamment celle du calendrier Hotzkin de la civilisation précolombienne des Mayas”, note Georges Fenech, président de la Miviludes. “S’y ajoute un gloubi-boulga de mauvais présages astrophysiques, scientifiquement non validés : alignement de notre Soleil avec le centre de la Voie lactée, inversion des pôles magnétiques, suractivité des taches solaires”, dit-il. Sans compter l’entrée dans l’ère du Verseau, qui, pour la mouvance New Age – syncrétisme de doctrines fondées sur “l’éveil spirituel” -, fera de l’année 2012 le point culminant de l’avènement d’un monde plus harmonique.

Tragédie de l’Ordre du temple solaire :

Les théories holistiques de cette nébuleuse, selon lesquelles “il faut se transformer soi-même pour transformer la planète”, s’appuient sur des croyances et pratiques aussi diverses que la télépathie, le pouvoir des cristaux, le “channeling” (communication entre un humain et une entité appartenant à une autre dimension) ou encore l’ufologie (ovni). La date du 21 décembre 2012 permet au New Age de reprendre à son compte la prédiction récurrente de fin des temps, avancée par des mouvements millénaristes comme les Témoins de Jéhovah. Plus de 2,5 millions de pages Internet sur ce thème ont été référencées par un moteur de recherche américain.

Loin de considérer ces croyances comme fantaisistes, la Miviludes s’en inquiète, rappelant “l’horreur des drames que les sectes ont provoqués ces dernières années par leur discours extrêmement anxiogène”.

“Qui ne se souvient de la tragédie de l’Ordre du Temple solaire ?”, interroge Georges Fenech. De 1994 à 1997, 74 personnes s’étaient donné la mort en France, en Suisse et au Canada, persuadées qu’à l’approche de l’Apocalypse elles pourraient atteindre un lieu de pureté représenté par l’étoile Sirius. “Un lieu où résideraient des êtres de lumière.”

Un protocole de vigilance :

Le rapport évoque d’autres suicides collectifs, comme ceux du Temple des peuples (914 morts au Guyana en 1978) ou la “Porte du Paradis” (39 morts en Californie en 1997). “Déboussolé par la chute des idéologies ou les crises économiques, l’individu, en quête de spirituel, devient réceptif aux discours des gourous qui dispensent à prix d’or des remèdes aux angoisses existentielles”, relève Georges Fenech. On ne compte plus les stages, séminaires et formations liés au nouveau monde prophétisé pour 2012.

Notant que les groupes apocalyptiques “enregistrent un regain d’activité sans précédent dans de nombreux pays”, la Miviludes, dépendant de Matignon, propose aux pouvoirs publics l’adoption d’un “protocole de vigilance” pour repérer les risques de passage à l’acte, y compris via Internet.

On notera l’implication de l’ufologie (étude des OVNIs) dans les « théories holistiques » de la nébuleuse du New Age, ce qui est incorrect. Des « canaux » ont certes évoqué des vaisseaux de l’espace susceptibles d’être associés à certains événements (« apocalyptiques » ou non), mais l’étude des OVNIs en tant que telle ne fait pas partie de la mouvance New Age.

Et puis, bien sûr, il y a l’amalgame avec les quelques groupes apocalyptiques ayant provoqué des morts : Temple du Peuple, OTS, Porte du Paradis.

A la suite de ce texte, il y a bien sûr les incontournables commentaires d’internautes ayant lu ce dernier. Sur l’un d’eux, on lit, à propos du New Age :

« Inutile de demander d’où nous vient cette secte ! Des USA comme toujours ! »

Toute personne un tant soi peu informée sait que le « New Age » n’est pas une secte, mais un network (ou un réseau) de courants de pensée diversifiés (incluant des alternatives spirituelles, thérapeutiques, etc.).

 

b) “Aujourd’hui en France” (“Le Parisien”) :

Dans son édition du 15 juin 2011, ce journal titre une de ses pages : “L’apocalypse, du pain béni pour les sectes”. La journaliste écrit que le rapport annuel de la MIVILUDES alerte sur la prolifération des groupes qui prédisent, via le Net, la fin du monde pour 2012.

Dans un texte titré : “Comment Pierre a sauvé des illuminés du suicide”, la journaliste évoque un internaute bourguignon qui a été, un jour, contacté par un Québécois se faisant appeler Flot, lequel inondait certains de ses amis, sur Facebook, de messages. Cette personne inscrivit d’office Pierre, avec une cinquantaine d’autres membres, dans un groupe intitulé Les enfants du nouveau monde.

“Selon lui, à l’approche de 2012, nos vibrations étaient de plus en plus importantes. Il était temps, pour les personnes spirituelles que nous étions, de passer de la troisième dimension – celle du matériel, c’est-à-dire notre monde – à la cinquième dimension – celle du divin.”

Il a expliqué qu’avec la fin du monde qui approchait, le 21 décembre 2012, il avait lui-même l’intention d’ascensionner le 11 février. Mais cette date est passée et Flot est toujours de ce monde. Mais certains de ses adeptes l’ont pris au sérieux. Pierre a ainsi reçu un message d’une quinquagénaire française qui lui a dit qu’elle avait déjà “tout préparé” pour son “ascension”, et même réglé le notaire et les pompes funèbres. Pierre a alors averti la police qui a convoqué les personnes concernées, au moins cinq personnes en France, pour leur faire prendre conscience du danger. Flot a été entendu par la police canadienne.

“Difficile d’établir de véritables poursuites, puisque jamais des mots précis tels que ”suicide collectif” ou ”se donner la mort” n’ont été prononcés. Flot lui-même ne semble pas être affilié à une organisation sectaire de grande ampleur, mais ce qui est certain c’est que son discours est ancré dans les mouvements millénaristes qui flont florès en ce moment.”

La police a dit à Pierre qu’à quelques jours près, l’intervention de celui-ci a évité un suicide et peut-être davantage.

Outre quelques citations extraitres du rapport de la MIVILUDES (voir plus loin), l’article contient aussi, en encadré, la mention de la parution d’un livre d’Alain Cirou (le rédacteur en chef de la revue astronomique “Ciel et espace”) : “2012, la fin du monde n’aura pas lieu” (éditions Saint-Simon).

“Tout est parti du calendrier maya, qui affirmerait que le monde finira à cette date-là, avant d’entamer un nouveau cycle. A partir de là s’est bâti un ensemble de théories mêlant ces connaissances mayas, numérologie, alchimie et autres pseudo-sciences. Une date ayant été trouvée, Internet a constitué une formidable caisse de résonance alimentée à la fois par des illuminés, mais aussi des gens qui se sont amusés à bâtir des théories incroyables de fin du monde.” (A. Cirou)

Divers scénarios ont été imaginés :

“Une mystérieuse planète, Nibiru, va surgir du néant pour percuter la Terre. Une fantastique collision avec un astéroïde va la faire sortir de son orbite, avant de la projeter dans le trou noir au centre de la galaxie. Une éruption solaire monstrueuse grillera la haute atmosphère. Nous serons secoués par le réveil de supervolcans et de gigantesques tremblements de terre. Les pôles magnétiques vont s’inverser, provoquant le chaos…” (A. Cirou)

On signale aussi, sur le site du journal, une vidéo intitulée : Fin du monde : un village de l’Aude redoute l’afflux d’illuminés. On reconnaît évidemment le Bugarach.

Le journaliste Michel Valentin écrit que des millions de pages sur Internet et des dizaines de livres affirment que la fin du monde se produira le 21 décembre 2012. Ceci est inexact. Globalement, peu de sources parlent de fin du monde pour cette date. Tout au plus, la majorité de ces sources évoquent-elles “la fin de ce monde” (tel qu’il est actuellement), en d’autres termes l’émergence d’un nouveau monde, d’une nouvelle conscience, l’avènement d’un nouveau cycle, sans que tout ceci ne soit nécessairement corrélé à une catastrophe d’ampleur planétaire. C’est le symbole du passage de l’état de conscience de l’humanité à un autre état de conscience (ce que l’on pourrait en fait identifier au passage de l’ère des Poissons à l’ère du Verseau).

 

c) “L’Eclair” et “La République des Pyrénées” :

Dans l’édition du 16 juin 2011 de ces deux journaux régionaux, on trouve le même texte que celui que j’ai mis plus haut, extrait du site : www.lepoint.fr ! Ces journalistes, incapables de rédiger un texte original, se sont copié les uns les autres et ont entériné bien sûr tout ce que disait et écrivait le représentant de la MIVILUDES, sans le moindre esprit critique. Ceci a été vrai pour tous les journalistes, qu’ils étaient été télévisuels (Laurence Ferrari, Jean-Pierre Pernaud, David Pujadas, etc.) ou qu’ils aient appartenu à la presse écrite et électronique. Ces mêmes journalistes n’hésitent pas, par contre, à se faire les complices d’une pratique aussi barbare que la tauromachie, en diffusant des reportages sur cette abomination (comme cela a par exemple été le cas, en juin 2011, pour la féria de Nîmes). C’est dire la mentalité (et le niveau de conscience spirituelle très peu élevé) de tous ces promoteurs de la pensée unique…

Dans ces deux articles, on trouve aussi les résultats d’un sondage réalisé les 24 et 25 septembre 2010 auprès de 938 personnes âgées de 18 ans et plus, avec pour titre : “Les sectes jugées menaçantes”. On apprend ainsi que :

* Pour 42 %, les mouvements sectaires sont une menace importante pour leur entourage familial et amical.

* Pour 66%, les mouvements sectaires sont une menace importante pour la démocratie.

* 20 % connaissent, dans leur entourage familial, amical ou professionnel, une ou plusieurs personnes victimes de dérives sectaires.

* 44 % pensent que les pouvoirs publics n’en font pas assez face aux dérives sectaires.

Que traduisent ces pourcentages ? Ils traduisent essentiellement l’impact qu’ont eu les reportages, articles, etc., systématiquement à charge et en ne respectant pas le principe du contradictoire, que l’on voyait périodiquement sur les divers grands médias. Une forme de manipulation qui n’est pas l’apanage des seuls mouvements qualifiés de “sectes”.

 

6. Que dit le Rapport ?

Dans l’édition du 15 juin 2011 de “Aujourd’hui en France” (“Le Parisien”), quelques citations extraites du rapport de la MIVILUDES sont données :

Dans son rapport, la MIVILUDES indique ne chercher “ni à dramatiser l’importance de ce risque, ni à stigmatiser le contenu de telle ou telle doctrine”. Elle “appelle simplement à un devoir de vigilance de chacun face aux actes extrêmes auxquels ces types de discours peuvent conduire, exposant une partie de nos concitoyens à des dangers pour leur sécurité ou leur intégrité”.

* “Cette date de 2012 ne serait en fait que la 183ème fin du monde identifiée dans l’histoire de l’Homme depuis l’effondrement de l’empire romain.”

* “Ce qui a changé cependant, depuis le siècle dernier, c’est l’accélération des prophéties touchant aux cataclysmes.”

* “Ce qui caractérise également ce millésime 2012 de fin du monde, c’est le rôle des nouvelles technologies… qui donnent une résonance amplifiée au phénomène et conduisent à une certaine banalisation des discours apocalyptiques les plus extrêmes, renforçant ainsi le climat de peur anxiogène. En décembre 2010, 2,5 millions de pages Internet sur ce thème étaient référencées par un moteur de recherche américain.”

* “La perception actuelle par l’opinion publique de la fragilité accrue d’une époque où les catastrophes climatiques et les crises économiques se succèdent donne, aux yeux de certains, une raison supplémentaire de croire à des scénarios de fin du monde.”

Je reviens ici à ce que j’ai précisé plus haut : contrairement à ce qu’il y a écrit dans deux de ces citations (“Cette date de 2012 ne serait en fait que la 183ème fin du monde…”, “Ce qui caractérise également ce millésime 2012 de fin du monde”), la plupart des prédictions et interprétations associées à 2012 n’ont pas évoqué la fin du monde, mais la fin d’un monde ou la fin d’un cycle, sans que ceci soit corrélé à des catastrophes planétaires.

Voici un texte de critique (daté du 8 août 2011) du rapport de la MIVILUDES, extrait du site : http://wikistrike.over-blog.com :

Georges Fenech mélange étrangement apocalypse, médecine douce et Miviludes :

Comme pour l’histoire de la bête du Gévaudan, G. Fenech s’est déplacé jusqu’à Bugarach. Quelques jours plus tard, une dizaine d’Espagnols disparaissent (disparition contée par L’indépendant et Le Midi-Libre). Depuis, et après que nous ayons tenté de prendre des nouvelles de ce groupe, aucune réponse ne nous est parvenue. (WikiStrike)

Pour en finir avec la Miviludes :

Le 15 juin, il était impossible d’échapper à la désinformation répandue par la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires qui a utilisé la plupart des chaînes de la télévision françaises et nombre de journaux pour mettre en garde la population contre la résurgence des discours apocalyptiques.

« Les discours apocalyptiques de la mouvance New Age à l’approche de la fin 2012 constituent un risque accru de dérives sectaires, voire de suicides collectifs », s’alarme la Miviludes dans son Rapport annuel de 2010 qui vient d’être publié.

La première partie du Rapport est consacrée à un amalgame incohérent concernant « la télépathie, le pouvoir des cristaux, le channeling ou l’ufologie », mêlés à la tragédie de l’Ordre du Temple Solaire, ou à des suicides collectifs comme ceux du Temple des Peuples au Guyana en 1978, à Waco au Texas, ou en Californie en 1997, sans compter la secte Aum et le gaz sarin dans le métro au Japon. On trouve aussi dans cet assortiment hétéroclite la mention d’un voyage à Carcassonne et Perpignan pour sensibiliser les préfectures au problème du Pic de Bugarach, en pays cathare, que Fenech qualifie de “nouvel eldorado des sectes”.

Il est vrai que, depuis plusieurs décennies, la montagne de Bugarach semble être le théâtre d’observations d’Ovnis et de dérèglements magnétiques qu’étudient des spécialistes, suivis par des citoyens ordinaires intéressés par ces problèmes, mais qu’on ne peut qualifier de candidats au suicide, ni de sujets manipulables ou « réceptifs aux discours des gourous qui dispensent à prix d’or des remèdes aux angoisses existentielles ».

Et de toute manière, même si c’était le cas, ce serait LEURS problèmes et non ceux de psychopathes en mal de reconnaissance. Il est temps que les instances gouvernementales qui paient ces hystériques pour nous protéger cessent de traumatiser les citoyens pour leur bien, alors qu’ils le sont déjà par les inégalités de notre société, ses choix politiques et le lavage de cerveau qui leur est infligé chaque jour par des médias qui ne sont que des perroquets à la botte du pouvoir.

Ainsi, répondant aux questions d’un journaliste parmi des centaines d’autres, Georges Fenech estime que les groupes apocalyptiques enregistrent un regain d’activité sans précédent dans de nombreux pays. Aussi, la Miviludes, qui dépend de Matignon, propose aux pouvoirs publics l’adoption d’un protocole de vigilance pour repérer les risques de passage à l’acte, y compris via Internet. Vont-ils à présent s’occuper de l’étranger, toujours avec nos deniers ?

Pour ses travaux, la Miviludes n’a fait appel à aucun chercheur indépendant, aucun universitaire, sociologue, spécialistes de tels mouvements ou de religions dans leur ensemble. Aussi, sa vision ne peut être que tronquée et elle est extrêmement inquiétante pour la liberté de penser dans notre pays. D’autant que son président a déclaré : « Je n’ai jamais dialogué avec quiconque ayant des liens avec un mouvement sectaire. » Sa vision des choses est ainsi bien réduite.

L’autre préoccupation majeure de ce rapport annuel est la santé, particulièrement le cancer : face au marché florissant des pseudo-thérapies alternatives dans le traitement du cancer. 

Si on sait soigner la plupart de ces cancers, avec des traitements spécifiques, il n’en demeure pas moins que cette maladie fait peur et qu’il y a des cas que l’on ne sait toujours pas guérir. Il y a des charlatans de la santé qui profitent de cette désespérance pour proposer des médecines alternatives qui conduisent à une rupture avec les soins conventionnels. On a comme cela plusieurs cas de femmes qui sont décédées d’un cancer du sein alors qu’elles auraient pu être traitées. Mais sous l’emprise d’un charlatan, elles se sont contentées de jus de citron, de jus de légumes pendant 42 jours ou encore de boire leur urine. Au total, nous avons répertorié une quarantaine de ces pratiques qui nous inquiètent beaucoup car, par Internet, le message est amplifié. Et il y a même des formations, désormais, dans des facultés libres de médecine où l’on enseigne que le cancer n’est pas physiologique mais d’ordre psychologique, et qu’il faut donc régler le problème interne pour pouvoir guérir…

Le sieur Fenech qui pense qu’on sait soigner la plupart de ces cancers, mais qu’il existe des cas que l’on ne sait toujours pas guérir avec des traitements spécifiques, oublie de mentionner les quelque 150 000 décès annuels qui se produisent dans les centres spécialisés. Il ignore aussi, semble-t-il, que nombre de gens qui se réfugient dans les médecines alternatives le font en fin de parcours, lorsqu’ils prennent conscience de l’incapacité de la médecine classique de les guérir. Il cite plusieurs cas de femmes qui sont décédées d’un cancer du sein alors qu’elles auraient pu être traitées, mais se garde bien d’ajouter que traiter ne veut pas dire pas guérir et d’évoquer les milliers de décès qui se produisent malgré et même souvent à cause des chimio et radiothérapies, tout comme il oublie les nombreuses guérisons dues à ceux qu’il qualifie de charlatans.

Alors que notre gouvernement prône les restrictions économiques, il serait utile de supprimer ces dépenses qui sont non seulement inutiles, mais aussi ridicules que liberticides. Ce n’est guère intelligent de confier à un groupe de déséquilibrés ignorants la sauvegarde de la santé des Français. Les laboratoires s’en occupent déjà très activement avec leurs visiteurs médicaux et experts, ils n’ont pas besoins de séides supplémentaires.

D’autant que ces derniers sont dirigés par un personnage qui est loin d’être au-dessus de tout soupçon. En 1992, il a rendu une ordonnance de non lieu dans l’assassinat du juge François Renaud, abattu par trois tueurs en voiture le 3 juillet 1975 devant son immeuble. Ce crime qui a scandalisé la France entière est resté impuni, alors que les protagonistes ont été très rapidement identifiés.

Georges Fenech, ancien partisan de la peine de mort (de nos jours personne n’ose plus l’avouer), mais toujours partisan de la tolérance zéro, a été refusé en 1998 au poste de premier juge d’instruction pour avoir publié des propos à connotation antisémite dans la revue qu’il dirigeait, puis renvoyé en correctionnelle en 2007 par le juge Philippe Courroye dans une affaire de vente d’armes en Angola. En 2008, le Conseil Constitutionnel a annulé son mandat de député et l’a déclaré inéligible pendant un an, tandis qu’il était de plus mis en examen pour diffamation envers un parti politique et son président.

En 2005, il a fondé avec entre autres Pierre Fabre, président-directeur général des Laboratoires Pierre Fabre, le Momagri, un think tank aujourd’hui présidé par Pierre Pagesse, le président de Limagrain, chargé de promouvoir l’agriculture OGM par un lobbying intensif auprès des institutions françaises, européennes et internationales.

Il serait intéressant de vérifier les relations qui existent entre Pierre Fabre et Fenech, pourfendeur des médecines complémentaires, ce qui pourrait expliquer bien des choses. D’autant que le 10 janvier 2007, Georges Fenech a défendu à l’Assemblée Nationale l’amendement 139 relatif aux obligations vaccinales devant la commission des lois, contre l’avis du président de cette dernière et l’avis du gouvernement. L’ex-député avait alors déclaré : Les vaccinations sont obligatoires, mais, suivant la vaccination, les pénalités ne sont pas les mêmes. Nous proposons de frapper des mêmes pénalités tous les refus de vaccination, c’est-à-dire six mois d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende.

Et pour en finir avec ce personnage peu recommandable qui se targue de vérifier comment les tribunaux s’occupent des dérives sectaires, nous devons connaître la position de personnes plus qualifiées que lui pour parler de ces dérives.

En décembre 2006, Mme Sancy, du Bureau des affaires judiciaires de la législation, directeur de la protection judiciaire de la jeunesse, a déclaré que la problématique sectaire dans le travail des magistrats et des éducateurs était très marginale par rapport à l’ensemble des autres problèmes. M. Etienne Madranges, magistrat à la cour d’appel de Paris, n’a trouvé aucun cas. M. Didier Leschi, Chef du bureau central des cultes, ministère de l’Intérieur, s’est opposé à la Commission d’enquête parlementaire sur les sectes et les mineurs à propos du statut juridique des Témoins de Jéhovah et a assuré : Jamais d’incident qui mette en cause des enfants. 

Françoise Le Bihan, directrice adjointe du service des Français à l’étranger et des étrangers en France (DFAE) au ministère des Affaires étrangères, n’a trouvé trace que de deux cas présentant un lien avec le comportement sectaire, dans ce vaste ensemble. Et Thierry-Xavier Girardot, directeur des affaires juridiques au ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, a signalé que sur vingt-trois enfants déclarés être concernés par le phénomène sectaire, il n’était pas sûr qu’il y en ait un seul. Confirmation de Carola Arrighi de Casanova, sous-directrice de la Direction des affaires civiles et du Sceau au ministère de la justice : Je dois d’emblée indiquer que nous ne sommes quasiment jamais confrontés à des situations liées aux sectes, et de Michel Rispe, Chef de bureau de l’entraide civile et commerciale internationale au ministère de la justice : Il n’y a à ce jour aucun dossier ouvert, parmi les quelque cinq cents dossiers en stock, dans lequel il y ait des allégations d’appartenance sectaire.

Alors que la secte antisectes avait déclaré que 60 000 enfants étaient en danger sur tout le territoire national, Joël Bouchité, directeur central des renseignements généraux du ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, avait répondu dans le procès-verbal de la séance du 4 octobre 2006 :

Lors de nos relations sur le terrain, dans les préfectures, avec l’éducation nationale, les DDASS, les centres aérés et tous les organismes qui traitent de la jeunesse, nous n’avons jamais affaire à 60 000 signalements, ni même à 30 000, mais tout au plus à quelques dizaines…

On peut vérifier ces témoignages dans le Rapport n° 3507 enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 12 décembre 2006. Sommaire des auditions – page 288.

En outre, il suffit d’aller sur le site du CICNS ou de consulter Internet pour voir le nombre de pédiatres, sociologues et philosophes, qui s’insurgent contre ces délations liberticides.

Et pour terminer avec l’opposition de la Miviludes aux enfants instruits à la maison qui seraient endoctrinés par un discours stéréotypé, Thierry-Xavier Girardot, directeur des affaires juridiques au ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a répondu à la même époque que, sur les 1 119 contrôles opérés, 23 seulement se sont soldés par une mise en demeure de scolariser l’enfant dans un établissement d’enseignement, généralement pas pour des motifs liés à des dérives sectaires, mais tout simplement parce que l’éducation dispensée par la famille ne répondait pas aux exigences du décret de 1999, désormais codifié dans la partie réglementaire du code de l’éducation. (cf. procès-verbal de la séance du 10 octobre 2006).

Si François Fillon connaît ces déclarations, il est parfaitement coupable de complicité avec une entreprise de médisance institutionnalisée, comme l’appelle le CICNS (Centre d’Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités), et s’il les ignore étant donné sa fonction, c’est bien la preuve qu’il navigue sur un bateau ivre, sans compas ni boussole. 

 

7. “Enquêtes et révélations” :

Il n’en demeure par moins que de nombreux individus ont attendu ou redouté des catastrophes planétaires en 2012. Une émission du magazine télévisé “Enquêtes et révélations”, sur TF1, diffusée en juin et juillet 2011, a été consacrée à une enquête sur le business de l’apocalypse attendue pour 2012. Le reportage a notamment montré des « survivalistes » américains, ceux-ci s’entraînant à survivre à 2012. Le Bugarach a été évoqué, ainsi que l’organisation Ramtha.

Le mont Bugarach, dans l’Aude, est un lieu (où je me suis rendu moi-même en 2004) qui attire diverses personnes intéressées par l’ésotérisme et les OVNIs. Malheureusement, il a donné lieu à diverses spéculations et à des délires associés au thème de l’apocalypse, certains individus s’étant imaginé que le village de Bugarach allait être préservé, en 2012, des catastrophes liées à la fin du monde ! Le reportage a ainsi évoqué des démarches (une marche du silence, une promenade purificatrice, la tentative de contact avec les esprits de la montagne…) visant à harmoniser le lieu, le but recherché étant de sauver la Terre de la destruction ! Les participants étaient censés communiquer avec la Terre et apaiser sa colère. On a aussi montré une femme victime d’un manipulateur se présentant comme guérisseur et faisant référence à un trésor destiné à sauver l’humanité, ce trésor étant censé se trouver près du Bugarach (présenté par le commentateur comme étant le lieu de tous les délires)…

Le magazine de TF1 a aussi évoqué le cas de la médium J.-Z. Knight (dont la source canalisée est Ramtha). Comme je l’ai précisé plus haut, j’ai moi-même évoqué ce cas dans mon premier livre : Communications interdimensionnelles (JMG éditions, 2007). Cette médium, qui a cédé à l’appât du lucre, s’est enrichie au détriment de ses adeptes. Si l’enseignement transmis par J.-Z. Knight comporte certains éléments intéressants, elle a aussi complètement « disjoncté » en faisant des prédictions apocalyptiques fantaisistes (que j’ai évoquées plus haut). Le reportage d’“Enquêtes et révélations” montre que cela ne s’est pas arrangé, la médium ayant annoncé des catastrophes planétaires en 2012 ! Elle a évoqué un désastre nucléaire imminent, une très grosse partie de la planète devant être détruite. Pour les Etats-Unis, elle a annoncé une catastrophe nucléaire en Californie, au Missouri, en Oregon et à New York, des incendies étant censés réduire à néant la côte ouest.

J.-Z. Knight (qui a été montrée, dans le reportage, dans son ranch luxueux) organisait des stages permettant de se préparer aux catastrophes annoncées, ce qui lui rapportait, bien sûr, beaucoup d’argent. Dans le reportage, on a vu un ancien adepte dénoncer les pratiques de J.-Z. Knight, qualifiée, par lui, de prédatrice spirituelle. Il a parlé de lavage de cerveau, les adeptes pensant être les seuls futurs survivants en charge du nouveau monde et faire ainsi partie des élus.

La représentante française de Ramtha a été évoquée. Un bunker se trouvant près de Carcassonne a été montré, ainsi qu’une carte montrant les changements terrestres censés se produire, avec la disparition du Japon et la submersion de la France (à l’exception des Pyrénées, des Alpes et des Corbières !). Il semble, déclara un adepte de Ramtha, que cinq milliards d’individus vont disparaître…

Dans le reportage de TF1, on a entendu Georges Fenech (le responsable de la MIVILUDES) dire que l’organisation Ramtha est l’organisation à caractère sectaire par excellence. Le rapport, paru en 2011, de cette Mission interministérielle, évoque par ailleurs cette organisation.

On a aussi mentionné l’implantation en France du mouvement Ramtha, tout en précisant que celui-ci « inquiète ». Pour montrer que ce type de mouvement peut favoriser les tendances suicidaires, le drame de lOrdre du Temple Solaire a été brièvement évoqué.

Le reportage a aussi évoqué un couple de Français adeptes de l’école Ramtha, qui résidaient en Afrique du Sud, et qui ont été à l’origine d’un fait divers meurtrier. Ils accumulaient des armes et souhaitaient construire un bunker afin d’échapper à la fin du monde. Ils ont refusé de partir et cela s’est terminé en drame : un policier a été tué, un autre a été blessé, et le couple s’est suicidé.

Ceux qui ont profité du business 2012/apocalypse ont animé des stages. Le reportage de TF1 a montré Gilles Sinquin, l’auteur du livre : “Se préparer pour 2012” (aux éditions Lanore), un homme dont les stages de « préparation à 2012 » incluaient la pratique de la méditation/respiration, sans oublier les consultations privées assurées par sa compagne.

Sur son site Web, Gilles Sinquin (qui est aussi l’auteur, aux éditions Lanore, de : L’élévation personnelle) a réagi à la présentation qui a été faite de ses activités liées à 2012. Voici un extrait :

« Nous avons été victimes d’un abus de confiance car il avait vraiment été prévu avec l’équipe de journalistes de TF1 que l’interview devait parler de 2012 en démystifiant tout catastrophisme. C’était la condition que moi, Gilles Sinquin, j’avais expressément demandée.
(…)

Tous les propos du reportage ont été ramenés uniquement à l’aspect financier en me faisant passer pour un gourou qui exploite 2012 pour s’enrichir personnellement.

En effet, quand le journaliste explique que nous avons eu 70 personnes à 10 euros l’entrée lors d’une conférence à Paris, et donc un bénéfice de 700 euros, il oublie de préciser les charges de fonctionnement que cela a occasionné.

D’une part, il y a eu, en réalité, 60 personnes qui ont payé une entrée à 10 euros, ce qui fait 600 euros, et, d’autre part, le journaliste ne parle pas des frais de location de la salle de conférence qui se sont élevés à 380 euros, ni de la nuit d’hôtel à 80 euros. Ce qui reste de cette intervention se chiffre donc à 140 euros, sans compter les frais de transport de Clermont-Ferrand à Paris et les frais de restauration. »

Le reportage de TF1 a aussi montré une femme, Suzanne Shumsky, qui organisait une croisière spéciale 2012. Cette croisière comprenait des conférences, ainsi que l’exposé de méthodes censées permettre d’échapper à la fin du monde… Interrogée, cette femme a dit : « Je suis vraiment sûre que rien ne se passera en 2012 », avouant ainsi arnaquer les personnes crédules qui sont clientes de ce type de croisière !

La fin du reportage de TF1 a montré l’astrophysicien Fabrice Mottez et le journaliste scientifique Didier Jamet, lesquels étaient engagés dans une entreprise de démystification par rapport aux attentes apocalyptiques liées à 2012. L’un d’eux se trouvait dans un établissement scolaire, le but recherché étant de permettre aux adolescents de discerner ce qui relève des prophéties délirantes et des théories scientifiques.

 alain_moreau

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